jeudi, 23 juin 2011

Coeur de Jade, Lame du Dragon, tome 3 : L’éclipse des neuf lunes - Kristoff Valla - 2011

kristoff valla,litterature francaise,chine,qin,coeur de jade,l eclipse des neuf lunes,lame du dragon,romans d aventures,romans jeunesse,fantasyLa Chine, il y a plusieurs siècles. Coeur de Jade poursuit ses aventures alors que la libération du démon Shityu est désormais imminente.
Est- ce la fin du temps des hommes, enlisés dans leurs rivalités et leurs intrigues de pouvoir ?
Portée par la puissance de Dao Long, Cœur de Jade pourra-t- elle empêcher l’inéluctable ?
Et surtout, quel sera le choix du clan des Neuf Lunes, ultime rempart face aux forces maléfiques, dont la reine nourrit d’inquiétantes et secrètes ambitions ?

Dans L’éclipse des neuf lunes, troisième et dernier tome de la saga  pour ados Coeur de Jade, Lame du Dragon, l’auteur Kristoff Valla fait continuer ces superbes aventures mêlant fantasy et mythologie chinoise tout en alternant d’incroyables scènes épiques et des moments d’une rare intensité autour de ses personnages devenus depuis les premières pages tellement attachants. Mais cette fois se finit sur un dénouement bien réussi cette belle saga qui a su tout au long de ses près de mille pages faire voyager et rêver le jeune lecteur qui s’y est aventuré.

Et comme c'était le cas pour les deux premiers tomes celui-ci est à nouveau augmenté d’un Carnet de voyage magnifiquement illustré qui suit les pas des héros de l’histoire, ainsi qu’un lexique et des explicatifs sur divers sujets abordés ayant trait à la Chine antique.

La saga Coeur de Jade, Lame de Dragon se termine donc en beauté avec ce troisième tome très réussi.

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Présente édition
:
Nouvel Angle / Matagot, 9 juin 2011, 384 pages

Voir également :
- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 1 : Le Secret des Masques - Kristoff Valla (2010), présentation et extrait
- Coeur de Jade : Lame de Dragon, tome 2 : Les Brumes des Sources jaunes (2011), présentation

jeudi, 24 février 2011

Coeur de Jade, Lame du Dragon, tome 2 : Les Brumes des Sources jaunes - Kristoff Valla - 2010

kristoff valla,litterature francaise,chine,qin,coeur de jade,les brumes des sources jaunes,lame du dragon,romans d aventures,romans jeunesse,fantasyLa Chine, il y a plus de 2000 ans. Les Royaumes combattants ne cessent de se déchirer. Coeur de Jade, depuis sa révélation par un Dragon, continue à parcourir la Chine en compagnie de Xian, Trois Vérités et Lune de Sang. Leur lutte contre la secte des Masques n’est guère finie et pour empêcher la résurgence du démon Shiryu, ils doivent se rendre là où aucun vivant n’est autorisé à pénétrer : traverser le royaume des morts afin d’affronter les périls des Sources jaunes. Et biensûr le plus dur sera ‘en revenir sain et sauf...

Pareil au premier tome Le Secret des Masques, ce second volet de la série Coeur de Jade, Lame de Dragon : Les Brumes des Sources jaunes plonge le lecteur à nouveau dans cette Chine mythique à l’aube de sa création, peuplée de démons et de sorciers, un univers qui sous la plume de Kristoff Valla prend vie de façon impressionnante. Le même plaisir subsiste également à suivre ce quatuor d’héros, formés précédemment, dans leur quête et leur combat contre cette secte maléfique. Les scènes d’action sont toujours décrites avec le même entrain et souci du détail qui les ressortent de ce qui existe dans le genre.
Et comme pour le premier, ce second tome est à nouveau augmenté d’un Carnet de voyage magnifiquement illustré qui suit les pas des héros de l’histoire, ainsi qu’un lexique, des explicatifs quant à de nombreux sujets tel le Tao, la magie et le surnaturel de la Chine antique, les écoles de pensée de l’époque...
Divertissant, passionnant, éducatif même, tout comme le premier tome, Coeur de Jade, Lame de Dragon : Les Brumes des Sources jaunes constitue un roman jeunesse hors pair, plein de magie et de dépaysement.

Ne reste plus qu’à attendre le troisième tome.

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Présente édition
:
Nouvel Angle / Matagot, 27 janvier 2011, 432 pages

Voir également :
- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 1 : Le Secret des Masques - Kristoff Valla (2010), présentation et extrait

- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 3 : L'éclipse des neuf lunes - Kristoff Valla (2011), présentation

lundi, 10 janvier 2011

Coeur de Jade, Lame du Dragon, tome 1 : Le Secret des Masques - Kristoff Valla - 2010

bibliotheca coeur de jade lame du dragon le secret des masques.jpgLa Chine, il y a bien des siècles, était en plusieurs Royaumes qui ne cessaient de se combattre. A cette époque un petit village de ces royaumes Combattants se fait piller par une troupe de mercenaires. La jeune Su Yi voit sa famille massacrée sous ses yeux. Elle-même arrive à s’enfuir. Alors qu’elle est pourchassée elle fait une drôle de rencontre : un Dragon dénommé Dao Long et qui semblait l’attendre afin de lui révéler une marque sacrée dont elle porteuse. Désormais elle s’appellera Cœur de Jade et va parcourir les Royaumes combattants en quête de vengeance. Les brigands commencent à la craindre alors que peu à peu sa réputation la transforme en un véritable mythe.
Mais quelques années, elle devient la cible de tueurs acharnés, et cela pour une raison qu’elle ignore si ce n’est qu’elle trouve son origine dans son passé. De plus des forces maléfiques menacent le pays : la mystérieuse secte des Masques étend son emprise sur le territoire. Pour la contrer, Coeur de Jade doit renouer avec d’anciens compagnons de route, l’impétueux guerrier Xian et l’exorciste Trois Vérités, et affronter les fantômes de son passé...


Cœur de Jade, Lame du Dragon, tome 1 : La Secte des Masques est le premier tome d’une trilogie de l’écrivain Kristoff Valla et qui s’inspire largement d’un jeu de rôle auquel le même auteur avait déjà contribué.
Avec cet excellent roman d’aventures, principalement dédié à un public adolescent, Kristoff Valla invite son lecteur dans une histoire épique et fantastique dans l’univers mythologique de la Chine antique sur les traces d’une bande d’héros hors du commun dans sa quête de vengeance. L’histoire ici ne prend pas encore tout à fait son vol, mais laisse envisager une suite des plus palpitantes. Difficile de ne pas plonger dans ce univers merveilleux qu’est la Chine ancestrale et ses légendes, ici parfaitement rendue avec magie et fascination. On retrouve une ambiance clairement inspirée et avouée du cinéma chinois d’arts martiaux dont le célèbre film Tigre et Dragon d’Ang Lee. Et semblable à ces films, cet époustouflant roman met l’accent avant tout sur des scènes d’action parfaitement décrites et chorégraphiées. Le quatuor d’héros est de plus très attachant, et le mystère qui plane sur la secte des Masques tient jusqu’au bout.
Ce volume est de plus augmenté d'un certain nombre d'annexes très intéressantes, tel un carnet de voyage en dessin qui suit les traces de Coeur de Jade, ainsi que de nompbreux explicatifs pour que le lecteur puisse mieux cerner le contexte historique du roman. Très intéressant.

Bref Cœur de Jade, Lame du Dragon, tome 1 : La Secret des Masques est un très beau roman d’aventures, très captivant, mêlant combats épiques et mythologie chinoise. Premier d’une trilogie ce tome laisse présager le meilleur pour la suite à venir.

Principalement pour un public adolescent !

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Extrait :

Prologue

Trois jours. Cela faisait maintenant trois jours qu’elle fuyait à travers une forêt sauvage et jaunie qu’elle ne connaissait pas. Trois jours à s’écorcher les pieds et les mains sur des pentes abruptes et des sols traîtres. Trois jours que Su Yi ne trouvait que quelques fruits ou racines à se mettre sous la dent, et de l’eau de pluie récoltée dans des flaques saumâtres pour se désaltérer.

Trois jours et ils étaient toujours à ses trousses, suivant sa piste comme des chiens enragés, leurs armes de fer cliquetant sur les cuirasses laquées. Mais elle n’avait plus peur. L’épuisement avait eu raison de sa frayeur et, désormais, il ne restait en Su Yi qu’une froide détermination. Avancer, encore et encore, s’enfuir droit devant pour enfin semer ses poursuivants. Son dernier espoir.

Trois jours auparavant, elle avait tué l’un d’eux. Un coup de chance assurément. En combat singulier, la frêle jeune fille de quinze ans n’aurait eu aucune chance contre les terribles membres de la garde personnelle de Poing de Bronze, les mercenaires les plus cruels au service du roi de Zhao. Le royaume du Cheval ne se trouvait qu’à une journée de marche au nord, mais la paix régnait actuelle- ment dans cette région frontalière.

Les mercenaires étaient apparus au petit matin, venant de l’est. Leurs noires silhouettes et celles de leurs chevaux puissants se découpaient dans l’aube rouge. Le vieux chef du village s’était empressé de les accueillir. La petite communauté paysanne qu’il dirigeait servait fidèlement le roi du Wei, payait chaque année l’impôt et n’avait jamais émis la moindre protestation contre son monarque. Mais ces hommes n’étaient pas vraiment des soldats du Zhao et leur rudesse trahissait des vétérans de nombreuses guerres, soudards sans scrupule et sans foi. Le vieil homme avait été le premier à mourir, une lance fichée en pleine poitrine.

En quelques minutes, le village était en feu, et les mai- sons de terre et de paille s’embrasaient comme des torches. La terreur et la panique gagnaient les paysans sans défense. Su Yi se souvenait encore des cris mêlés des bêtes et des gens affolés, de la peur et de l’incompréhension dans leurs regards. Au milieu du tumulte et de la fumée, elle avait pensé que le Feng Du ouvrait ses portes et déversait ses hordes damnées, sanglées dans leurs armures rouges, sur sa maison. Les soldats tuaient, un sourire aux lèvres, abattaient leurs sabres sanglants, rugissant comme des démons. Il ne leur fallut que quelques minutes pour achever leur sinistre besogne. Ils rassemblèrent ensuite les survivants, femmes, enfants et vieillards au cœur du village en proie aux flammes. Au moment de l’attaque, Su Yi puisait de l’eau pour la toilette du matin. Le corps du vieil homme touchait à peine le sol qu’elle courait déjà se cacher au beau milieu de l’enclos des cochons. Dans la boue nauséabonde, parmi les animaux paniqués qui menaçaient de la piétiner, elle avait rampé jusqu’à leur abri de pierres disjointes. De là, elle avait assisté au massacre de son père et de ses deux frères. Ju, ce cadet dont elle aimait tant le sourire et la voix chantante, avait tenté de résister, armé d’un pauvre râteau de bois. Sa tête avait roulé à quelques mètres de la cachette de l’adolescente. L’un des bandits, descendu de sa monture, passa à côté sans prendre garde au trophée macabre. Su Yi s’était mordu la lèvre au sang afin de ne pas crier, hurler de peur et de chagrin et trahir ainsi sa présence. Des larmes coulaient sur ses joues crasseuses et en chassaient la boue. Des spasmes secouaient tout son corps. Le monde s’écroulait autour d’elle. Elle priait l’Empereur du Ciel pour que tout cela ne soit qu’un horrible cauchemar. Un porc s’approcha doucement d’elle, renifla ses longs cheveux tressés et poussa un grognement strident, indigné de cette présence dans son refuge. Son destin était scellé.

Aussitôt, deux des soudards se précipitèrent vers sa cachette. Elle tenta de s’enfuir, mais glissa dans la boue collante, et chuta lourdement dans la fange. Ils se saisirent d’elle sans ménagement, la tirant par ses tresses, l’obligeant à avancer à genoux, humiliée, pour les suivre jusqu’au milieu du village. Là, ils rirent d’elle et de son visage crotté. Su Yi aperçut parmi les autres villageois apeurés sa mère et sa jeune sœur enlacées. Un sentiment de rage l’envahit et elle se redressa subitement, se jetant sur l’un des soldats. Elle le mordit au visage comme une bête sauvage acculée. L’homme était trop fort pour elle et elle se retrouva rapide- ment repoussée au sol. Ils la battirent alors à coups de pied et de bâton. Su Yi pensa qu’ils allaient la tuer, et souvent, elle se dirait par la suite que cela eût été préférable.

Elle passa le reste de la journée aveuglée par un voile opaque de souffrance physique et morale. Elle perçut vaguement le bûcher où ils jetèrent les cadavres de ceux qu’ils avaient décidé de tuer sur place, l’odeur abjecte des corps carbonisés, les pleurs et les cris des femmes de son village. Elles n’étaient plus qu’une trentaine, destinées à rejoindre les bordels de quelque ville de garnison. Les mercenaires pillèrent méthodiquement le hameau, vidèrent les greniers et remplirent leurs besaces de cuir craquelé des rares objets de valeur qu’ils trouvèrent. Ils incendièrent même le temple de Shen Nong puis firent monter leurs captives aux pieds et aux mains entravés par des cordes rugueuses dans de lourds chariots aux roues cerclées de bronze. Su Yi releva péniblement la tête et jeta un dernier regard vers ce qui avait été son seul foyer.

Elle pensa alors qu’elle venait de mourir.

La journée passa dans les brumes de son cauchemar.

Pétrie de douleur, les cahots du chariot où elle gisait en compagnie de neuf autres femmes de son village réveillaient les souffrances de son corps. La soif et ses muscles endoloris lui hurlaient qu’elle était encore vivante. Mais tout autour d’elle, Su Yi ne percevait que l’odeur âcre de la fumée du bûcher qui avait imprégné leurs cheveux, et les sanglots de ses camarades d’infortune. Dehors, les sou- dards échangeaient des rires gras et des blagues vulgaires. La jeune fille retombait parfois dans une bienheureuse inconscience, mais, à son réveil, la dure réalité la blessait à nouveau. Lorsque le soleil pâle de l’automne déclina derrière la frondaison de la forêt qui bordait son village au nord, le convoi fit halte un peu en retrait de la route.

Toujours attachées, les captives reçurent un maigre bol de soupe pour toute nourriture. Les mercenaires, une trentaine compta Su Yi, établirent un bivouac de fortune. Autour d’un large feu, ils commencèrent à boire à même la cruche un mauvais vin dont les relents acides remontaient jusqu’aux chariots. Au bout d’une heure, la plupart portaient déjà sur leurs visages empourprés les stigmates de l’ivresse. Ils parlèrent alors de prendre un peu de bon temps. Après tout, les prisonnières finiraient bientôt vendues dans un quelconque bordel, autant en profiter dès maintenant ricanaient les plus ivres d’entre eux. Malgré leurs suppliques, ils s’emparèrent de trois des femmes et les emmenèrent vers les buissons les plus proches. Su Yi se sentit saisie par le dos de son chang pao crasseux et violemment tirée en arrière. Les pieds entravés, elle s’affaissa lourdement sur le sol, et le choc lui arracha un petit gémissement entre ses dents serrées. Mais lorsque la main de l’ivrogne s’approcha de son visage, à nouveau Su Yi sentit monter en elle cette force sauvage. L’adolescente planta vigoureusement ses dents dans la paume dénudée et le soldat poussa un hurlement de douleur et de sur- prise. D’un coup de poing de sa main libre, il la frappa sèchement, ouvrant largement sa pommette délicate. Elle lâcha aussitôt prise et retomba dans l’herbe humide. Avec détachement, elle entendit l’homme pousser un juron et dégainer son sabre.

C’est alors qu’elle aperçut la femme en noir. Elle semblait surgir de nulle part. De son corps gracile enroulé dans des voiles vaporeux, on pouvait deviner la peau pâle et les seins ronds. Un long manteau à capuchon couvrait ses épaules et sa tête, masquant le haut de son visage et ne laissant apparaître que quelques mèches de cheveux d’un noir brillant. Brodées sur l’un des côtés du vêtement, les armes honnies de Poing de Bronze. Relevant la tête, Su Yi devinait plus qu’elle ne voyait la bouche fine aux lèvres pourpres et les traits délicats de la jeune femme. Ses pieds nus semblaient n’effleurer qu’à peine l’herbe grasse et des bracelets d’or tintaient autour de ses chevilles et de ses poignets. Su Yi remarqua les ongles de la jeune femme, longs et verts, brillants comme du jade pur. Elle sentait le jasmin.

Le mercenaire brandissait déjà son sabre au-dessus de la tête de l’adolescente, mais un ordre ferme de la femme arrêta son geste. Sa voix était rauque et autoritaire, et elle semblait habituée à ce qu’on lui obéisse. L’homme recula immédiatement et Su Yi crut discerner de la peur sur sa face avinée. La femme mystérieuse s’approcha d’elle et, sous le capuchon de son manteau noir, semblait l’observer. Elle s’accroupit près de Su Yi et caressa la joue meurtrie de ses doigts fins.

– Oui, je lis en toi. Et je vois la Marque.

Se relevant, elle fit deux pas en arrière, son menton toujours pointé en direction de la jeune paysanne.

– Nul ne doit la toucher, ordonna-t-elle. Le capuchon d’ombre se tourna vers le soudard.

– Tu ne voudrais pas encourir la fureur de ton seigneur, n’est-ce pas ? Ni la mienne ? L’homme balbutia quelques mots incompréhensibles, tremblant de peur. Les autres mercenaires s’étaient figés sur place et regardaient la scène, avec dans les yeux le même effroi. La femme se détourna et commença à s’éloigner.

- Il y a une clairière et une mare à une centaine de mètres au sud. Conduis-la, qu’elle puisse se laver un peu. Elle pue.

*

– Je ne peux pas retirer mes vêtements avec les mains attachées.

Tout en lissant sa moustache graisseuse, l’homme lui jeta un regard méfiant. Il l’avait poussée du bout de son sabre à travers les buissons touffus, jusqu’à un trou d’eau qui disparaissait à moitié sous des feuilles mortes flottant mollement à sa surface. Su Yi avait perçu sa crainte, elle ne savait qui pouvait bien être cette femme étrange, mais elle occupait certainement une place de choix dans la hiérarchie des mercenaires de Poing de Bronze. Une sorcière peut-être, ou pire, un emo. Cela expliquerait sans doute la sauvagerie avec laquelle ces hommes avaient attaqué son village. Su Yi ignorait totalement ce que la femme en noir avait voulu dire. Quelle marque ? Et que lui voulait Poing de Bronze ? Elle ne l’avait jamais rencontré. En tout cas, une chose était sûre, elle ne devait pas rester là à attendre qu’un sort pire que la mort s’abatte sur elle.

Elle tendit innocemment devant elle ses mains liées, un faible sourire à peine esquissé sur ses lèvres fines. Le garde cracha par terre et daigna s’approcher. Il sortit un court poignard d’un étui d’os qui battait contre sa cuisse et trancha d’un seul geste la lourde corde. Su Yi baissa la tête et massa ses poignets endoloris. Des stries sanglantes marquaient sa peau délicate et elle se promit que plus per- sonne jamais ne l’entraverait ainsi. Elle se détourna et se mit à défaire la ceinture de lin qui retenait son vêtement crasseux. Le garde n’avait pas bougé d’un pouce, à quelques pas derrière elle. Il la regardait avec une concupiscence évidente, passant une langue avide sur ses lèvres rouges. Mais l’adolescente devinait également dans ses yeux le terrible interdit que lui avait formulé la femme en noir. Elle laissa doucement glisser son manteau sur le sol et ramena ses nattes sur ses épaules.

– Veux-tu m’aider à défaire mes cheveux ? Ils sont sales et je n’ai pas de peigne, dit-elle en se plantant face à lui.

L’homme était grand, il devait bien mesurer une à deux têtes de plus que la jeune fille. Elle le regarda sans ciller, droit dans les yeux. Sourcils froncés, il la toisa quelques secondes puis un sourire hautain passa sur son visage buriné. Il remit son poignard en place et se saisit d’une des longues tresses de Su Yi, défaisant le nœud qui la maintenait en place. L’adolescente lui sourit, comme pour le remercier, un sourire sans chaleur, presque carnassier. Étrangement, elle ne ressentit aucune satisfaction lorsqu’un masque de surprise et de douleur figea la face du mercenaire. Les yeux écarquillés, sans un cri, il glissa lentement vers le sol. Un moment à genoux devant elle, il s’effondra, les deux mains sur son ventre ouvert dans une vaine tentative de retenir le souffle de vie qui l’abandonnait. Su Yi contemplait le cadavre, les jointures de ses longs doigts blanchies à trop serrer le poignard ensanglanté. Elle venait de tuer un homme et ne ressentait rien, ni effroi, ni soulagement. Il lui semblait qu’un bloc de pierre avait pris la place de son cœur, au creux de sa poitrine. Aussitôt, elle redevint lucide. Il fallait fuir, très vite, très loin. Elle enfila rapidement son chang pao, noua sa ceinture et y glissa le poignard effilé. Avec peine, elle poussa le corps dans le trou d’eau. Il flotta quelques secondes puis, attiré vers le fond par le poids de son armure, disparut sous les feuilles brunes.

Su Yi n’avait aucune idée de l’endroit où elle se trouvait. Elle entendait les bruits provenant du campement, mais ne pouvait distinguer la lueur du feu à travers l’épaisseur des buissons et des arbustes persistants. Il commençait à faire très noir et le froid devenait plus intense. Mais elle savait ne plus pouvoir reculer. La jeune fille se mit à courir à travers la forêt, dans la direction opposée aux rires et aux cris qui se mêlaient derrière elle.

Il ne fallut qu’une dizaine de minutes aux mercenaires pour qu’ils découvrent sa disparition, alertés par l’absence prolongée de leur camarade. L’un d’eux perçut l’odeur du sang sur les feuilles mortes et, à la lueur des torches, quatre hommes se lancèrent à sa poursuite. Ils n’avaient aucune autre alternative. Le maître voulait cette fille, il fallait la lui ramener, coûte que coûte.

La mystérieuse femme en noir restait silencieuse, immobile au milieu du tumulte. Un pâle sourire se dessina sur ses lèvres.

- Cours comme le vent, fille du dragon. Je t’ai donné une chance, à toi de la saisir et d’accomplir ton destin. Cours et ne te retourne pas. Nous nous reverrons, mais tu ne seras plus la même. Adieu Su Yi.

*

La forêt devenait plus clairsemée au fur et à mesure que le terrain s’élevait en pente plus abrupte. Des blocs de rochers gris et moussus, aux angles arrondis par le temps et l’eau, émergeaient de loin en loin, faisant penser à de monstrueux œufs de pierre, rejetons figés d’une antique créature céleste. Les cailloux roulaient sous ses pas, écorchant la plante de ses pieds nus déjà bien meurtris. Le soleil brillait haut dans le ciel, l’air chaud et l’effort brûlaient ses poumons. Elle quitta l’ombre salvatrice des derniers pins et déboucha subitement sur un plateau rocailleux et désert, à peine plus grand que la place de son village. Une paroi de pierre formait un arc de cercle face à elle. Su Yi leva les yeux et crut distinguer le sommet de cette falaise à plus de douze mètres au-dessus d’elle. Elle ne voyait nulle prise où s’accrocher, nul sentier permettant de contourner le mur de rochers. Plus bas, elle entendait les voix de ses poursuivants qui se rapprochaient, jurant et la maudissant. Un instant, la jeune fille faillit céder au découragement. Mais non, elle n’avait pas enduré tout cela pour en finir ainsi. Elle saisit le poignard passé à sa ceinture et se retourna vivement. Adossée à la paroi verticale, l’arme tendue devant elle, SuYi se jura qu’ils ne l’auraient pas vivante... et qu’au moins l’un d’eux mourrait avec elle. Dans quelques minutes, les mercenaires seraient là. Et tout serait fini. C’est à cet ins- tant qu’elle sentit qu’on la tirait en arrière...

Su Yi, totalement surprise, bascula et s’affaissa sur le sol de pierre. Il faisait sombre et elle ne distinguait que vaguement ce qui l’entourait. Une caverne, mais elle n’en apercevait pas l’ouverture. Une odeur de terre et de renfermé planait dans l’air ; au loin, un filet d’eau tombait goutte à goutte. Il faisait froid tout à coup et sa respiration formait des volutes de vapeur autour de sa bouche. Su Yi se redressa prompte- ment, brandissant son poignard, tous ses sens en alerte. Elle n’entendait plus les voix de ses ravisseurs, mais elle ne se sentait pas non plus seule ici. Et où se trouvait-elle donc ?

– Range ton croc petite fille, il ne m’impressionne pas.

La voix était rauque mais douce. On aurait dit celle d’un vieillard, mais elle vibrait d’une force surnaturelle.

Elle défia son interlocuteur invisible :

– Montre-toi ! Que tu sois homme ou bête, nul ne peut me retenir captive.

Elle avait crié plus fort qu’elle ne l’aurait souhaité. Il y eut un mouvement rapide sur sa droite.

– Tu es bien prompte à réclamer une liberté que je ne t’ai point volée. Je pense même t’avoir offert un sursis. Qui sont donc ces gredins et que te veulent-ils ? Attention, ne me mens pas, je le saurai.

Su Yi était convaincue que la voix venant de nulle part disait la vérité.

- Ce sont des mercenaires au service de Poing de Bronze. Ils ont détruit mon village et massacré ses habitants. Leur maître me veut à cause de je ne sais quelle marque. Je suis fatiguée, j’ai faim et j’ai froid. Je vous en prie, qui que vous soyez, ne les laissez pas me trouver.

- La Marque ? Serait-ce possible ? Enfin !

– Mais de quoi parlez-vous à la fin ? Et qui êtes-vous ? Surgissant soudain de l’ombre, une énorme gueule sortie des légendes vint se coller à quelques centimètres du visage de la jeune fille. Elle sursauta brusquement, lâchant son poignard qui chuta en tintant sur le sol.

– Eh bien quoi ? Tu n’as jamais vu de dragon ? Non, apparemment. Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te manger. Ouvre grand tes yeux que je vérifie si... Oui ! La Marque !

Su Yi sentait l’haleine brûlante du dragon effleurer son visage. Ses écailles bleues luisaient faiblement, son corps de serpent se perdant dans les ombres de la grotte. Il plongeait son regard expressif dans celui de l’adolescente et semblait... sourire.

– Mais, je ne comprends rien. Je...

– Peu importe, jeune fille, coupa le dragon. Le signe est là. Élue du destin, je t’attends depuis bien longtemps. Es- tu prête ?

Su Yi se sentait perdue. Sa fatigue laissait place à de la colère, et à l’impression de quitter un danger pour un autre encore plus grand.

– Prête à quoi ? Explique-toi, dragon, ou il va t’en cuire !

– Ha ha ha ! Quel caractère !

Son rire fit trembler la voûte et Su Yi ne put s’empêcher de porter instinctivement les mains au-dessus de sa tête.

– Dans tes yeux brûle la flamme du destin. C’est un maître capricieux et il a mis du temps à te mener à moi. Mais te voilà aujourd’hui au carrefour de ton existence. Et je suis celui qui peut te guider.

- Peux-tu me donner la vengeance ? Peux-tu détruire mes ennemis, les faire souffrir, lacérer leurs corps et déchirer leurs âmes ? Peux-tu faire cela, dragon ?

Le dragon fronça les sourcils.

– Charmante nature. Non. Ce n’est pas mon rôle, mais je peux te donner le pouvoir de réaliser tout cela. Je t’ap- prendrai les lois de l’univers et les arts de la guerre. Les secrets du Chi et ceux des maîtres divins. Tu auras ta vengeance et plus encore. Je te donnerai les moyens d’accomplir le destin pour lequel tu es née. Mais tu devras pour cela renoncer à Su Yi la paysanne.

– Su Yi est déjà morte, se renfrogna-t-elle. Si tu peux faire tout cela pour moi dragon, alors je me soumettrai au destin que tu me proposes.

– Je n’en doute pas un seul instant. As-tu vraiment le choix ? Commençons immédiatement. Quatre hommes épuisés et furieux se tiennent devant ma demeure. Ils te cherchent, te haïssent et te craignent. Il en sera toujours ainsi des hommes qui t’approcheront, tel est ton fardeau. Mais ceux-là, je veux que ton juste courroux s’abatte sur eux. Tue-les !

– Mais comment ? Ils sont quatre ! Ce sont des guerriers, et moi... Tu m’as menti dragon ! gronda-t-elle.

– Silence enfant ! Et apprends. Ramasse ton poignard et prépare-toi. Laisse-toi faire, je vais guider ta main. Observe et vois la puissance des héros !

Le dragon se lovait maintenant tout autour d’elle et la jeune fille sentit un frisson parcourir son échine. Une force nouvelle coulait dans ses veines, restaurant ses forces émoussées et ravivant sa rage.

- Prête ? Première leçon, attaquer à la vitesse du vent... Au fait, chétive créature, les seigneurs immortels me nomment Dao Long Lin Yang Ming, maître des chemins détournés. Pour toi, nous nous contenterons de Dao Long.

*

Douze mètres au-dessous d’elle, elle distinguait nettement les quatre soudards. Fatigués, ils s’étaient assis contre les rochers et se reprochaient l’un l’autre d’avoir perdu la trace de leur proie. Ils avaient posé négligemment au sol leurs armes de fer. Elle ne ressentait rien hormis une froide détermination. Le poignard dans sa main lui paraissait n’être qu’une simple extension d’elle-même. Elle entendit Dao Long murmurer à son oreille.

– Concentre-toi. Tu sais ce que tu dois faire. Ton esprit et ton corps ne doivent faire qu’un, une énergie tendue vers un seul but. Vaincre. Sois rapide comme le vent. Crois en toi. Prête ?

Elle prit une profonde inspiration et se prépara à bondir. Su Yi était morte. Désormais, Poing de Bronze apprendrait à craindre Cœur de Jade.

Elle pensa alors qu’elle venait de renaître.

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Présente édition : Nouvel Angle / Matagot, 9 septembre 2010, 336 pages

Voir également :
- Coeur de Jade : Lame de Dragon, tome 2 : Les Brumes des Sources jaunes (2011), présentation

- Coeur de Jade, Lame de Dragon, tome 3 : L'éclipse des neuf lunes - Kristoff Valla (2011), présentation