vendredi, 30 novembre 2007

Chroniques africaines: de Casa à Tana - Albert Taïeb - 2005

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Quel immense et riche continent est l'Afrique. De multiples cultures aussi diverses que variées s'y rencontrent. Tout voyage à travers ce vaste et merveilleux continent est une incessante surprise à travers les multiples ethnies et mentalités qui le composent. Albert Taïeb, docteur en psychologie sociale d'origine tunisienne qui exerce le métier d'enseignant et de formateur, connaît parfaitement l'Afrique pour avoir travaillé dans bon nombre de ces pays et notamment durant plus de treize ans à Abidjan, à la tête de l'Institut de Formation et de Recherches Appliquées. Il nous conte dans ce livre sans ordre réel une multitude d'histoires et d'anecdotes, augmentées de nombreux proverbes et expressions, qu'il a collecté lors de ses longs séjours en Afrique et qui servent justement à mettre en valeur la particularité de ces nombreuses et diverses cultures africaines. Et il y est question de quasiment tout et n'importe quoi, que ce soient des sujets légers (histoires de familles,...) ou alors bien plus graves (SIDA, pauvreté, émigration, ...). Le style est celui d'un bloc-notes ou carnet de voyages qui n'offre aucune trame principale et le résultat donne un merveilleux portrait plein d'humour et de poésie qui ne lasse à aucun moment le lecteur qui reste accroché jusqu'à la dernière page en en demandant encore.

Chroniques africaines: de Casa à Tana
est un livre merveilleux plein d'humour et de poésie qui ne cessera d'étonner le lecteur.

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Extrait : premier chapitre

Cousins de plaisanterie (1)

Rentré à Abidjan, au cours d'une discussion anodine avec Oumar Ouattara, un vieil ami, je lui propose de venir converser avec un de mes clients, le croyant, de plus, de son ethnie:

- On va voir un certain Soumahoro, c'est un Sénoufo, non?

- Ah non! les Soumahoro ne sont pas des Sénoufo mais des Koyakas. Je les connais bien, ce sont "Les cousins de plaisanterie" des Sénoufo.

- Mais alors, lui dis-je, "Cousin de plaisanterie", c'est un système répandu ou quoi?

- Oh oui, c'est très répandu, du moins en Afrique de l'Ouest, mais pas seulement.

- Et qu'est-ce que ça recouvre précisément?

- Eh bien, ça signifie que ça autorise entre nous, quelle que soit la situation, le fait d'accepter quelque plaisanterie que ce soit de l'autre sans pouvoir répondre ou rétorquer quoi que ce soit; ça n'existe que chez nous. En Europe, vous ne pourriez pas le supporter; cela peut aller très loin.

Je vais te raconter deux histoires qui vont t'éclairer: un jour à Korhogo, on enterrait un Ouattara. Le tombeau était creusé et on allait y descendre le mort. Tout à coup il y a un Koyaka - c'est une ethnie voisine - qui jaillit de la foule, descend très vite dans le trou, surprenant tout le monde, et se met à hurler:

"Je ne sors pas de ce trou si on ne me donne pas un bœuf tout de suite, compris?"

Et bien, on a fini par lui donner un bœuf et l'on a pu enterrer le mort. Mon oncle fit juste cette remarque:

"On attendra le prochain mort chez eux et l'on récupérera notre boeuf".

L'autre histoire est celle d'un général d'armée, un vrai, qui sort de son bureau pour rentrer chez lui. Tout le monde se met au garde-à-vous et salue, sauf un individu assis dans un coin qui dit, mi-sérieux, mi-plaisantin :

"Mais vous êtes complètement fous de saluer ce type qui n'est rien, je vais le vendre comme esclave et ça va me faire un peu d'argent", et cette histoire est totalement vraie bien qu'incroyable.

Il fallut quelques secondes au général pour comprendre que ce type était un cousin de plaisanterie. Il a dit simplement devant les soldats sidérés : "Ecartez ce fou que je puisse passer."

Tu vois : être cousins de plaisanterie, ça signifie qu'on peut se permettre des comportements audacieux sans risque, pour ainsi dire. Mais la réciprocité est absolue. Tout le monde comprend, car ce cousinage est de notoriété publique et n'est évidemment qu'une source de plaisanterie, d'humour, de dérision. Il est formellement interdit de se fâcher; ça fait partie des mœurs, de la tradition africaine et personne ne déroge...

Dans beaucoup de pays du monde, on tue pour moins que ça.

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17:58 Écrit par Marc dans Taïeb, Albert | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, litterature tunisienne, recits de voyages, albert taieb | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!