mardi, 19 mars 2013

Asgard, tome 1 : Pied-de-fer - Xavier Dorison et Ralf Meyer - 2012

asgard, tome 1, pied-de-fer, ralf meyer, xavier dorison, bd, bandes dessinees, bande dessinee, bande dessinee franco-belge, krokken, vikingsAu royaume d’Asgard, alors que sa femme vient de donner naissance à leur fils, la prophétie annonce à Leif que le nouveau-né est marqué du sceau du malheur par les dieux. Il doit se débarrasser de cet enfant sans même lui donner de nom. Mais Leif, au dernier moment, désobéit. Il nommera son fils Asgard, lui coupe une jambe à hauteur du genou et puis l’abandonne.
Quarante années plus tard, la jeune et fougueuse Sieglind, originaire de Dylfin, échoue sur une plage après que son navire a été attaqué par un immense krökken (monstre). Elle est la seule survivante de tout l’équipage. Elle sera retrouvée par Asgard, qui depuis son abandon est devenu un chasseur de monstres. S’il se fait souvent appeler Pied-de-fer, en raison de son handicap, sa légende le fait surtout appeler Krökkentödter (tueur de monstres).
Asgard se fera dès lors appeler pour donner la chasse à ce monstre qui hante les mers du Fjörland, coulant les navires les uns après les autres. A Dylfin une expédition se prépare et Asgard devra en prendre les commandes.
Mais la bête qui hante les mers s’avèrera bien plus robuste, et même pour un chasseur de la renommée d’Asgard, la proie ne se fera pas attraper facilement, surtout que le barde Sven reconnaîtra en ce monstre le serpent-monde, fils des dieux et incarnation d’une terrible prophétie.

Scénarisé par Xavier Dorison et dessiné par Ralf Meyer, la bande dessinée Asgard, tome 1 : Pied-de-fer invite le lecteur à une incroyable chasse au monstre à l’époque des vikings. Initialement ce projet devait être un spin-off de la série Thorgal, projet abandonné, pour donner aujourd’hui une nouvelle aventure avec un tout nouveau héros. Le résultat en est magistral, le scénario et fort et efficace, avec un beau côté épique bien sombre, et le dessin est magistral. L’histoire se met vite en place et le lecteur découvre rapidement le monstre recherché, mais aussi les problèmes que connaissent les héros, leurs questionnements quant à leur adversaire mais aussi quant à leur devenir. Efficace, le scénario est tout de même un peu trop classique, tout comme les personnages et situations qui laissent continuellement un sentiment de déjà-vu. Evidemment il y a Moby Dick de Herman Melville, célèbre roman devenu classique dans lequel un capitaine aussi boîteux chassait un autre monstre des mers. Et quand on connaît le nombre d’œuvres inspirés par le texte de Melville, cette bande dessinée ci n’émerge qu’à peine du lot. Et cela malgré les grandes qualités de l’ensemble.

Extrait : une planche prise au hasard

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Présente édition :  Dargaud, 2 mars 2012, 54 pages
ISBN-10: 2505013829 / ISBN-13: 978-2505013822

mercredi, 09 janvier 2013

Thorgal, tome 1 : La Magicienne trahie - Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski - 1980

Grzegorz rosinski, jean van hamme, bd, bd belges, bande dessinee, bandes dessinees, thorgal, la magicienne trahie, tome 1, la reine des mers gelees, fantasy, vikingsThorgal Aegirsson, élevé parmi les Vikings, n’en est pourtant pas un. Ainsi il est difficilement accepté par son entourage... et lorsque la fille du roi souhaite l’épouser, Thorgal se retrouve fouetté en enchaîné à l’anneau des sacrifices. Car jamais Ganadalf-le-fou, roi des Vikings du Nord, ne tolérera qu’un scalde tel Thorgal épouse sa fille Aaricia.
Mais une mystérieuse femme, borgne et à la chevelure rouge flamme, viendra sauver Thorgal en échange d’un pacte consistant à la servir durant un an jour pour jour.
Thorgal se rendra vite compte que, si ses désirs de vengeance sont immenses, ceux de la Magicienne trahie sont démesurés...

C’est ainsi qu’en 1980 avec Thorgal, tome 1 : La Magicienne trahie débute une légendaire saga en bande dessinée , qui trente ans après, voit encore et toujours de nouveaux tomes paraître. Les dessins de Grzegorz Rosinski et les scénarios de Jean Van Hamme ont ainsi marqués à jamais le neuvième art. Le récit a été prépublié dans le journal de Tintin depuis 1977.
Et ce premier album impressionne par sa mise en scène et son démarrage abrupt, et l’on sent bien que les auteurs doutent encore du succès que connaîtra leur travail, cela malgré certains défauts.
La Magicienne trahie, publiée en janvier 1980, est en fait le premier tome d’un diptyque, le Cycle de la Reine des mers gelées, qui verra sa conclusion dans le tome 2 de la série : L’île des mers gelées, paru en octobre 1980, et qui dévoile, en tout cas dans les grandes lignes, le mystère à la fois sur les origines de Thorgal et de la dite Magicienne.
Mais cet album est aussi divisé en deux parties, une première de trente planches retraçant l’histoire de la saga de Thorgal, et une seconde, présentant une histoire à part sous le titre de Presque le paradis, qui nous narre une histoire cruelle et émouvante digne d’un tragique conte de fées, et qui semble se situer hors de la série.
Cependant, malgré tout ce que représente cet album, il faut dire que graphiquement et scénaristiquement, il n’est pas à la hauteur de ce qui va suivre. On sent certaines hésitations, et les dessins, dont bien couvent les couleurs, ne sont pas toujours à la hauteur.

Thorgal, tome 1 : La Magicienne trahie, n’est certainement pas le meilleur album de la série de Rosinski et Van Hamme, mais c’est bien par là que tout commence, et il vaut donc certainement la peine d’être découvert.

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Extrait : première planche

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Présente édition : Le Lombard, 7 juin 1996, 48 pages
ISBN-10: 2803603586 / ISBN-13: 978-2803603589

samedi, 06 août 2011

Saga d’Eirikr le Rouge, suivi de Saga des Groenlandais - Anonyme - XIIe et XIIIe siècle

sagas islandaises, regis boyer, erik le rouge, eirikr le rouge, saga d'eirikr le rouge, saga des groenlandais, littérature islandaise, groenland, vinland, vikings"Il y avait un roi guerrier qui s'appelait Olafr, surnommé Olafr le Blanc. Il était le fils de Helgi, fils d'Olafr, fils de Gudrodr, fils de Halfdan aux jambes blanches, roi des Uplönd. Olafre guerroyait sur la route de l'ouest et conquit Dyflinn en Irlande ainsi que le pays de Dyflinn. Il s'en fit roi."

Au Xe siècle, Eirikr le Rouge, banni à la suite des meurtres d’Eyjóld la Fiente et de Hrafn le Duelliste est contrait de quitter sa Norvège natale. D’abord il se rend en Islande, puis il met les voiles et découvre le Groenland où il fonde la première colonie.

Leifr, fils d’ Eiríkr et de Thjódhildr, part du Groenland vers la Norvège mais son bateau est détourné vers les Hébrides … Quant à Thorfinn Karlsefni, fils de Thórdr Tête-de-cheval, il part à la découverte du Vinland, contrée bien lointaine de Terre-Neuve… l’Amérique du Nord.

Les sagas islandaises écrites au courant des XIIe et XIIIe siècles par des auteurs islandais anonymes retracent avec une grande fidélité les histoires des grands héros de l’Islande. Ainsi les Islandais consignaient par écrit les récits du passé, établissaient les hagiographies des grands rois de Norvège, des premiers évêques islandais, puis des héros illustres et légendaires. Et parmi ceux-là Eirikr, ou Erik, le Rouge, est certainement le plus célèbre : il n’est autre que l’un des premiers colonisateurs du Groenland et ses fils ont été sûrement les premiers européens à fouler le sol américain. De plus son nom est à jamais associé à l’aventure, la bravoure, les découvertes du Grand Nord et à tout ce qui se rattache à la légende des Vikings.
Le terme saga vient du verbe segja qui signifie dire, raconter, et ainsi ces auteurs racontent ce passé, toujours en prose et sans fioritures afin de figer la mémoire. Jamais d’embellissements, ni d’apport personnel, mais beaucoup de sous-entendus qui apportent souvent un certain humour et même de la dérision à l’histoire.
Les deux sagas présentes ici, Saga d’Eirikr le Rouge et Saga des Groenlandais, sont deux exemples types de cette littérature nordique, et vraisemblablement les plus emblématiques. L’intérêt à lire ces textes est bien sûr immense, mais la forte concision de l’écrit et de nombreuses informations historiques qui s’enchaînent rendent la lecture quelque peu difficile et pas toujours plaisante. Une période d’adaptation est nécessaire avant de bien plonger dans la lecture.

Les traductions françaises ont toutes été réalisées par Régis Boyer et paraissent soit dans ce petit recueil des éditions Folio, ou alors en intégrale dans Sagas islandaises à la Bibliothèque de la Pléiade.

Saga d’Eirikr le Rouge, suivi de Saga des Groenlandais est bien sûr une lecture très intéressante, que ce soit d’un point de vue à la fois historique et littéraire. L’écriture difficile et le style trop concis des auteurs de l’apoque risquent toutefois de faire fuir de nombreux lecteurs. Donc à chacun de voir !

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Présente édition : éditions Folio / Gallimard, 5 janvier 2011, 107 pages

dimanche, 10 janvier 2010

La Princesse noire - Serge Brussolo - 2004

bibliotheca la princesse noire

Inga est une jeune fille éduquée en tant qu'orfèvre par sa mère chrétienne. Son père viking tente de lui inculquer les valeurs ancestrales des siens. Mais pour Inga ces temps sont révolus. Du moins c'est ce qu'elle pense jusqu'au jour, où parti en mission dans un monastère dans le but de vendre une croix, elle se fait capturer par des pillards vikings et qui la revendent comme esclave à Björngötland à une mystérieuse châtelaine, que tout le monde dans le pays appelle la Princesse noire. Celle-ci règne en maître dans un manoir en ruine où elle recueille des enfants infirmes abandonnés par leur parents.Il est en effet tradition chez les vikings d'abandonner les enfants dont les incapacités physiques risqueraient de nuire à la bonne santé de la lignée. Mais Inga sent très vite qu'un mystère plane sur les lieux. La Princesse noire ne semble guère s'intéresser aux enfants qu'elle recueille, et ce qui aurait pu passer pour de l'hospitalité  et de la générosité cache un dessein bien différent. Les enfants dont elle a la garde lui racontent de plus de bien curieuses histoires, notamment à propos d'une créature qui hanterait les sous-sols, un assassin qui, à chaque nouvelle lune viendrait prélever son tribut. Certains pensent même qu'ils servent de garde-manger à cette bête.
Que se cache-t-il derrière tout cela. Inga mettra sa vie en danger pour arriver à bout de ce mystère, d'autant plus qu'un dénouement final dans l'horreur semble s'annoncer de toute part.

L'écrivain français Serge Brussolo a déjà fait ses preuves dans un peu tous les genres possibles de la littérature, que ce soit le fantastique, la science-fiction, le polar et bien d'autres. Ici dans La Princesse noire, il s'agît d'un roman d'aventures historique au relents d'un policier qui se déroule sur une île nordique à l'aube du christianisme où l'héroïne sera confrontée aux multiples superstitions populaires qui tendent à rendre tous les mystères qui l'entourent fantastiques. Mais quand le fantastique semble être présent partout, il n'en est finalement rien : la dure réalité que Brussolo nous dévoile étant bien plus sombre et même fantastique. On y retrouve de nombreux thèmes chers à Brussolo dont notamment l'évolution de sociétés isolées en proie à toutes sortes de croyances et de barbaries. La folie aussi, qui guette La Princesse noire dans son horrible dessein, et pour qui tous les moyens sont bons pour arriver au bout. Et tout cela toujours décrit dans une ambiance très sombre et lourde. Mais s'il s'agît d'un plutôt bon roman de l'auteur, celui-ci en a toutefois écrit des meilleurs. le contexte historique est suffisamment bien décrit pour fonctionner l'histoire, mais les amateurs d'histoire y verront cependant un manque de documentation.

La Princesse noire de Serge Brussolo est un bon roman mêlant histoire et mystère, un excellent divertissement à l'ambiance pesante qui ne laissera guère indifférent.

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Voir également:
- Trajets et itinéraires de l’oubli – Serge Brussolo (1981), présentation et extrait
- Bunker - Serge Brussolo (1985), présentation
- Boulevard des banquises - Serge Brussolo (1990), présentation
- Les emmurés - Serge Brussolo (1990), présentation
- Le livre du grand secret - Serge Brussolo (1999), présentation
- Baignade accompagnée - Serge Brussolo (1999), présentation
- La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond - Serge Brussolo (2004), présentation
La maison des murmures - Serge Brussolo (2005), présentation
Dortoir interdit - Serge Brussolo (2009), présentation et extrait
- L'héritier des abîmes - Serge Brussolo (2009), présentation
- Le vestiaire de la reine morte - Serge Brussolo (2010), présentation
Ceux d'en bas - Serge Brussolo (2010), présentation

17:14 Écrit par Marc | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : romans historiques, litterature francaise, vikings, thrillers, serge brussolo, romans de mystere | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 11 juillet 2008

Vikings - Patrick Weber - 2006

bibliotheca vikings

En Normandie dans la France occupée à la vaille du débarquement des alliés, les SS sous les ordres de Himmler s'agitent et semblent activement rechercher quelque chose en rapport avec Rollon, le premier duc normand et ancien viking qui près de mille ans auparavant avait pris possession de cette terre franque à la suite d'un traité avec le roi français Charles III. Plus qu'un trésors, les allemands recherchent l'arme absolue, le marteau de Thor, qui pourra renverser le déroulement de la guerre qui leur semble en 44 plutôt défavorable. Mais ce marteau a-t-il réellement existé ou ne s'agit-il que d'une légende. Alors que les SS font leurs fouilles, la résistance française tente par tous les moyens de percer le secret qui se cache derrière tout cela. A cette fin ils recrutent le brillant archéologue Pierre Le Bihan qui doit replonger dans l'histoire de Rollon et en dénouer les mystères pour contrer la puissante SS. Aidé de Joséphine, une jeune et jolie résistante, il n'a d'autre choix que d'affronter l'occupant et de découvrir avant lui un secret dont dépend l'avenir du IIIe Reich et l'issue de la Seconde Guerre mondiale.

Vikings de l'écrivain, scénariste et journaliste belge Patrick Weber est un thriller ésotérique et historique qui mène son lecteur sur deux périodes historiques: la Seconde Guerre mondiale et les invasions vikings en France autour de l'an mille qui résulteront dans la prise en possession par les vikings des terres normandes. Et tout tourne autour de la légende du marteau de Thor, pure légende ou arme fabuleuse qui n'attend qu'à être retrouvée. Le sujet des vikings et de leurs légendes, ainsi que des origines de la Normandie, est rarement repris dans la culture populaire ce qui donne à ce roman-ci une certaine originalité. Patrick Weber conte cette histoire de façon très efficace en utilisant un montage minutieux et un court chapitrage. Hélas le style d'écriture, qui se veut simple et efficace, apparaît un peu scolaire et souvent maladroit. Et malgré un sujet de départ bien prenant, il est difficile de s'intéresser à cette histoire: le suspense ne monte guère et il devient au fil des pages difficile de s'accrocher à l'histoire. La fin, peu réfléchie, ne remplit guère les attentes du lecteur ce qui le laisse sur une impression d'inachevé. 

Prometteur, mais finalement peu réussi, Vikings reste cependant un divertissement convenable.

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Extrait : premier chapitre

Première partie

Chapitre 1

Ludwig Storman s’accorda une seconde de répit, le temps de lever les yeux vers le ciel et d’espérer y trouver une trace de lumière d’étoile. Mais la chance n’était pas de son côté, la nuit était noire et profonde, aussi hostile que la forêt froide dans laquelle il s’enfonçait. Les quatre silhouettes se faufilaient entre les troncs comme des loups qui coursent un cerf blessé. Les animaux ne connaissent ni la pitié, ni la peur. Ils se laissent guider par leur instinct et bravent le danger quand la nécessité l’impose. C’est au prix de ce courage que les faibles nomment inconscience que l’ordre naturel peut être respecté.

Storman avait fini par croire qu’il était lui-même devenu l’un de ces animaux féroces sans frayeur ni remords. À un âge où tant de jeunes trompent leur ennui dans des occupations stériles, il avait décidé de placer sa vie sous le signe de l’Idéal. Il ne retirait aucun mérite de ce choix. Il avait eu la chance de naître à l’une de ces époques où le monde connaissait une authentique révolution. Une de ces pages glorieuses de l’Histoire qui permettent d’envisager l’ordre des choses différemment avant et après qu’un guide visionnaire a accompli son œuvre. Pour se hisser à la hauteur de son ambition, il avait renoncé à tout ce qui avait fait sa vie pendant l’enfance. Il s’était éloigné de ses parents, qu’il jugeait trop tièdes patriotes, et surtout, il s’était éloigné d’une longue tradition familiale qui avait toujours placé la religion au cœur de l’existence. La religion de Storman, il l’avait choisie ; elle portait le nom de nazisme. Son dieu, il avait eu le bonheur de le connaître vivant ; il portait le nom d’Adolf Hitler.

Jamais il n’avait laissé le doute insidieux pervertir son esprit. De la Hitlerjugend aux rangs de la SS, il s’était conformé en tout point à ce que ses supérieurs attendaient de lui. Comme l’expliquait Himmler, sur cent candidats à l’Ordre Noir, seule une quinzaine était retenue. La hiérarchie exigeait non seulement les certificats politiques des parents, mais aussi la liste des ancêtres jusque 1750, un examen médical rigoureux et le certificat délivré par les Jeunesses Hitlériennes. L’examen physique était impitoyable et il se doublait d’une appréciation de l’attitude générale. Un garçon de plus d’un mètre quatre-vingt-cinq qui se comportait comme un domestique n’avait aucune chance d’intégrer les rangs de la SS. Storman avait franchi toutes ces épreuves au point d’être convaincu de faire partie de l’élite. L’ordre était son credo, la discipline, sa manière de concevoir la vie. Il avait été honoré quand sa hiérarchie l’avait choisi pour intégrer les rangs de la prestigieuse institution de l’Ahnenerbe. Ses brillantes études d’histoire et d’archéologie à l’université avaient fait beaucoup pour sa notoriété. Les recherches qu’il avait menées sur les racines profondes de la germanité avaient fait grand bruit jusqu’au sommet de l’État. Combien de nuits blanches n’avait-il pas passées à compulser des milliers de pages pour faire éclater la vérité et combattre les mensonges colportés depuis des siècles ? Il savait la différence fondamentale qui opposait les peuples des forêts, dont étaient issus les Allemands du XXe siècle, et les tribus du désert qui prétendaient gouverner le monde depuis des millénaires, au point d’avoir réussi à occulter les véritables origines de toute une nation. Il connaissait le rôle néfaste des Hébreux, mais il savait aussi la responsabilité que portait le christianisme dans la dévirilisation de toute une civilisation. Depuis qu’il avait été en âge de raisonner, il n’avait eu de cesse de combattre les complots des ennemis du peuple aryen.

À présent, il courait avec trois camarades dans l’obscurité de la nuit norvégienne pour mener son ultime combat. L’heure n’était ni aux pensées ni aux souvenirs, et pourtant, il y avait dans cette course nocturne comme une invitation à se retourner sur le chemin parcouru. Ludwig Storman avait laissé ses compagnons prendre la tête de la course pour fermer la marche. Tous les quatre connaissaient le but à atteindre et aucun d’entre eux n’ignorait le danger qui les guettait. Là, quelque part dans la forêt profonde, des hommes les avaient pris en chasse. Les loups étaient traqués par ceux qui voulaient réduire à néant toute l’oeuvre accomplie depuis qu’un peuple avait décidé de remonter aux sources de son Histoire. La mission était périlleuse, mais aucun de ces hommes n’aurait songé à discuter les ordres. De l’objet de leur quête dépendait assurément l’issue de la guerre. Affaibli par une coalition contre nature réunissant des capitalistes et des bolcheviques, rongé par mille lâchetés, le Reich millénaire trouverait bientôt la clé de son salut. Ludwig sourit ; il était convaincu que sa mission capitale servirait la cause légitime et garantirait la victoire finale. Le Führer serait satisfait et tous ceux qui, jusqu’aux palais de Berlin, mettaient en doute ses recherches, seraient bientôt contraints de reconnaître sa clairvoyance. Il n’y a pas de futur sans Histoire et les vaincus sont toujours des aveugles qui refusent de puiser dans leurs racines la force de combattre.

- Là ! Obersturmführer, je le vois !

Max Koenig était le plus jeune d’entre eux. Il courait plus vite et la nature l’avait pourvu d’yeux de loup aptes à distinguer les formes dans la nuit la plus profonde. Storman accéléra encore sa course et sentit que son coeur commençait à fatiguer. Ils n’en étaient pourtant pas encore à la fin de leurs efforts. Koenig avait vu juste. Devant eux s’élevait ce que des yeux non avertis auraient pu prendre pour une insignifiante petite butte hérissée de résineux. Un simple monticule de terre aplani par les siècles, les pluies et les rudes hivers scandinaves.

Mais Storman en avait déjà observé assez pour ne pas s’y tromper ; il s’agissait d’un tumulus élevé par les anciens pour honorer leurs morts en se fondant à la perfection dans la nature qui les avait vus naître.

- Sortez les pelles, vite ! ordonna Storman qui avait retrouvé son souffle.

Les quatre hommes s’emparèrent de leurs outils et commencèrent à creuser. L’entreprise aurait pu paraître incongrue ou irréelle, mais l’acharnement mis par ces hommes à atteindre leur but la rendait presque épique. Storman donnait des coups de pelle rageurs, comme si sa vie en dépendait ; probablement était-ce le cas. Ils étaient bien trop occupés pour s’apercevoir qu’un harfang des neiges qui les observait perchés sur une haute branche venait de tourner la tête dans l’autre sens. Dès lors, tout alla très vite. Le jeune Koenig sentit une résistance au niveau du bout de sa pelle qui s’accompagna d’un petit bruit : « toc ». Il appela Storman et ses compagnons à venir voir ce qu’il avait trouvé. Cette pierre devait être la porte d’accès aux trésors qui dormaient depuis tant de générations sous ce linceul de terre. Mais Storman n’eut pas le temps de s’assurer par lui-même de la découverte de son camarade.

- Ne bougez pas ! Mains en l’air !

La nuit noire comme leurs uniformes fut soudain inondée de lumière. Une troupe d’une quinzaine de partisans entourait les quatre SS de l’Ahnenerbe. Storman songea à broyer la capsule de cyanure qui ne le quittait jamais. Un bref instant, il pensa à l’homme qu’il avait laissé à quelques mètres de là et qui l’avait mené jusqu’à cette forêt. Jamais il ne lui offrirait la victoire.

D’ailleurs, était-il possible d’échouer si près du but ? Sans savoir pourquoi, Storman finit par obéir et lever les bras. Ce n’était ni la peur ni la lâcheté qui le poussait à se conformer à ces ordres. Peut-être était-ce le fol espoir de réussir à percer le secret du tumulus et d’écrire une nouvelle page de la glorieuse saga des ancêtres vikings.

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