mercredi, 15 mai 2013

SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie - Gérard De Villiers - 2013

sas,malko linge,gerard de villiers,197,les fantomes de lockerbie, tunisie,lockerbie, lybie,espionnage,romans d espionnage,litterature francaise,thrillers, litterature erotiqueUne voiture sortit du parking situé sur la gauche de l'hôtel et vint s'arrêter devant, juste en face de la porte tournante où Malko était coincé.

Une Alfa-Roméo blanche.

Malko vit sa glace s'abaisser pour laisser passer le canon d'une Kalachnikov.

Il était piégé comme un rat.

21 décembre 1988, un Boeing de la PanAm explose au-dessus du village écossais de Lockerbie. La Lybie est montrée du doigt, mais les Américains suspectent un autre commanditaire : l’Iran. Avec le temps qui passe l’enquête ne tient plus à grand-chose. Sauf que, depuis les révolutions arabes et la mort de Khadafi, certains ainsi hauts dignitaires libyens sont en fuite et l’un d’entre eux, Choukri El Jallah, pourrait révéler toute la vérité aux Américains. Seul problème il refuse de parler, d’ailleurs il se fera rapidement tuer. L’agent très spécial Malko Linge est chargé de trouver la maîtresse de El Jallah, la magnifique Jezia, qui pourrait avoir récupéré des données de son amant. Mais elle aussi devient rapidement la cible de mystérieux assassins...


Evidemment les romans de Gérard de Villiers avec leur mélange d’action, de sexe et d’espionnage, ne sont guère des chef-d’œuvre, mais hélas avec ce 197e tome de la série SAS : Les fantômes de Lockerbie, on touche le fond, tant l’ensemble manque d’un quelconque intérêt, et on y retrouve guère les quelques qualités habituelles de ces romans. L’auteur remplit ses 300 pages avec une histoire qui jamais ne devient réellement crédible et surtout ne nous emporte jamais.

Bref, mieux vaut ne pas s’attarder ici, ceci aussi pour les fans de la série

Dommage.

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Extrait : premier chapitre

Le timbre de la sonnette avait un son assourdi par l’épais battant d’acajou de l’unique porte palière. Malko attendit après avoir sonné, prêtant l’oreille. Aucun bruit ne filtrait de l’appartement, situé au dernier étage de cet immeuble moderne du bord de mer, avenue Kafr El Dinh, juste avant l’énorme mosquée aux minarets bleus, construite par feu Rafik Hariri en bas de l’ancienne place des Canons devenue place des Martyrs.


Malko n’avait croisé personne depuis qu’il avait garé sa voiture de location dans le parking en plein air, à côté de la mosquée. La porte de cet immeuble luxueux au sol de marbre s’était ouverte sans difficulté lorsqu’il avait composé le code fourni par Mitt Rawley, le chef de Station de la CIA à Beyrouth.

Aucun gardien dans le hall. Juste du marbre grège et de grands miroirs. On se serait cru dans la maison de la Belle au Bois Dormant. Malko appuya de nouveau sur la sonnette de l’appartement du septième étage.

Sans plus de résultat.

Il colla son oreille au battant, sans percevoir le moindre bruit venant de l’intérieur.

Agacé, il laissa alors carrément son index sur le bouton de la sonnette. On ne pouvait pas ne pas l’entendre. Ou l’appartement était vide ou on ne désirait pas ouvrir. Il prit alors son portable et appela Mitt Rawley.

– Vous êtes sûr qu’il est là ? demanda-t-il, lorsque l’Américain eut répondu.

– Certain, affirma le chef de Station de la CIA. Il ne sort pratiquement pas. Il faut insister. Cet enfoiré se terre. Il doit être mort de peur.

– Je ne peux quand même pas enfoncer la porte, objecta Malko.

– Insistez, répéta l’Américain. Il va bien finir par ouvrir.

– Vous êtes optimiste !

Quand Malko remit son portable dans sa poche, la situation en était au même point. Il essaya d’ébranler le battant, sans parvenir à le faire bouger d’un millimètre. C’était de l’acajou épais, et, en plus, il devait être renforcé par une plaque de blindage comme cela arrivait souvent à Beyrouth, dans les appartements de luxe. Il demeura planté sur le palier, furieux qu’on lui ait confié cette mission idiote.

Un quart d’heure s’écoula encore, ponctué par les coups de sonnette exaspérés de Malko. Sans le moindre résultat. Choukri El Jallah, le responsable officiel des investissements du Fonds souverain libyen en Afrique, n’avait pas envie de recevoir de visites.

La CIA le traquait depuis le moment où il avait quitté la Libye par la route, afin de gagner la capitale du Niger, Niamey. C’est là que, pour la première fois depuis son départ précipité de Libye, fin 2011, l’Agence américaine avait retrouvé sa trace.

Il s’appelait désormais officiellement Mohammed Arlit, avait la nationalité nigérienne et un magnifique passeport diplomatique qui lui permettait de se déplacer à travers le monde sans trop de problèmes. À condition de sélectionner ses points de chute.

La rumeur à Niamey disait qu’il n’avait payé son passeport que 50 000 dollars, somme modeste en regard des bontés qu’il avait eues jadis pour le Niger, via son Fonds souverain. Après Niamey, il s’était envolé pour Zurich en compagnie d’une magnifique jeune femme qui aurait pu être sa fille et qui voyageait, elle aussi, avec un passeport nigérien, le jumeau de celui de Choukri El Jallah.

Depuis son départ de Niamey, des agents de la CIA s’étaient relayés pour le suivre à la trace, sans pouvoir faire plus, à cause de son statut de diplomate.

Ce n’était pas pour lui arracher les secrets de ses investissements africains, mais pour une raison beaucoup plus sérieuse. En sus de son rôle officiel, Choukri El Jallah était le financier de toutes les opérations clandestines commandées par le responsable des Services libyens, Abdallah Senoussi. Choukri El Jallah avait donc les archives de tous les attentats financés par la Libye, ce qui intéressait beaucoup la CIA.

En effet, Abdallah Senoussi, le responsable de tous les coups tordus des Libyens avait été livré au nouveau pouvoir libyen et on ne risquait pas de le revoir de sitôt, les thuwars 1 s’étant appliqués à lui arracher tout ce qu’on pouvait arracher du corps d’un homme sans le tuer.

Le seul récipiendaire atteignable des secrets libyens était donc Choukri El Jallah.

Après Niamey, il avait été à Genève où résidaient sa femme et ses trois enfants, qu’il avait mis à l’abri depuis longtemps dans une somptueuse villa de Cologny, face au lac, achetée pour la modique somme de vingt-deux millions de francs suisses.

De là, toujours suivi par les agents de la CIA, il avait gagné Zurich par le train pour rendre visite à une succursale de l’Arab Bank, où il avait procédé à des opérations financières que la CIA n’avait pas pu percer à jour. Il était ensuite retourné à Genève, dans sa famille, tandis que sa ravissante compagne s’était installée au Noga Hilton.

Sous le nom de Mabrouka Arlit.

De Genève, il avait gagné Vienne, en Autriche, s’installant dans une suite de l’Hôtel Impérial. Son séjour avait duré six mois et il en avait profité pour faire la tournée de plusieurs banques. Transférant ou vidant systématiquement les comptes ouverts à son nom. Sans que personne ne puisse faire quoi que ce soit.

Après Vienne, il avait gagné Beyrouth, à la grande surprise de la CIA. En effet, les Libyens kadhafistes n’étaient pas en odeur de sainteté auprès des Chiites libanais, depuis la disparition, dans les années quatre-vingt, de l’imam Moussa Sadr, haute autorité religieuse chiite qui était arrivé en Libye, mais n’en était jamais ressorti.

Un homme porteur de son passeport avait bien pris un vol Tripoli-Rome, mais la police italienne avait découvert que la photo du document avait été changée.

Les Chiites libanais étaient persuadés que le colonel Khadafi avait fait assassiner l’iomam Moussa Sadr à la demande de l’ayatollah Khomeiny qui jalousait son autorité religieuse…

Aussi, depuis son arrivée à Beyrouth, Choukri El Jallah s’était-il montré extrêmement discret… Seule la CIA connaissait son adresse, cet appartement de l’avenue Kafr El Dinh, appartenant au beau-frère libanais de Choukri El Jallah, marié à la sœur de ce dernier. Évidemment, à Beyrouth, il n’était pas aussi en sécurité qu’en Suisse ou en Autriche.

Les Libyens du nouveau régime auraient donné n’importe quoi pour le capturer et le découper en morceaux, d’autres l’auraient volontiers attrappé vivant pour lui faire livrer les secrets de ses comptes bancaires où dormaient encore beaucoup de millions.

En plus, pas mal de gens mêlés aux opérations clandestines de Kadhafi auraient bien aimé le voir mort, car les morts ne parlent pas…

La CIA avait découvert rapidement la raison de ce séjour à risques au Liban : Choukri El Jallah venait vider un certain nombre de comptes bancaires sur lesquels il avait transféré des sommes importantes. Le Liban était un des rares pays au monde où on pouvait sortir d’une banque avec des valises de billets sans le moindre problème. Son séjour ne pouvait se prolonger : les Américains avaient appris que Choukri El Jallah avait demandé l’asile politique à la Suisse et qu’il avait de grandes chances de l’obtenir, étant donné sa surface financière et son profil de retraité.

Une fois dans sa somptueuse villa de Cologny, il pourrait couler des jours tranquilles. Il avait largement de quoi s’offrir une armée de gardes du corps. De toute façon, les autorités suisses détestaient que les étrangers viennent régler leurs comptes chez eux.

Quelques années plus tôt, ils avaient expulsé une équipe du MI 6 britannique qui avait l’intention d’assassiner le président yougoslave Milosevic en leur disant sèchement : « Allez faire vos saletés ailleurs ! »

La neutralité suisse n’était pas un vain mot.

Si la CIA avait fait appel à Malko, l’arrachant à ses bals de la Haute-Autriche, c’était à la demande de Mitt Rawley qui l’appréciait beaucoup, lui et sa connaissance du Liban.

Ils avaient peu de temps devant eux. Une fois en Suisse, Choukri El Jallah garderait ses secrets. Or, il y en avait un que les Américains tenaient particulièrement à percer…

Malko appuya une ultime fois sur la sonnette. Pour un résultat identique. Il commençait à avoir faim et se dit qu’il n’allait pas passer la nuit là.

Il se retourna pour appuyer sur le bouton de l’ascenseur. Son pouls grimpa au ciel : le voyant rouge clignotait, la cabine était en train de monter.

Il se pencha pour voir le dessus de la cabine se rapprocher. Comptant les étages.

Troisième, quatrième, cinquième, sixième... L’appareil continuait à monter. Quelques secondes plus tard, Malko ne se posa plus de questions : l’ascenseur venait à son étage. D’ailleurs, celui-ci s’arrêta quelques instants plus tard au septième et la porte en verre dépoli s’ouvrit, poussée par l’occupant de la cabine.

Le battant fut repoussé d’une main vigoureuse et une femme émergea de l’ascenseur.

Malko en eut le souffle coupé : c’était une des créatures les plus séduisantes qu’il ait jamais croisées. Une grande brune, avec les cheveux attachés en queue de cheval, encadrant un visage longiligne avec d’immenses yeux noirs aux cils interminables.

Elle était vêtue d’un cachemire noir moulant une poitrine aiguë et d’un jean très ajusté, glissé dans des bottes à hauts talons. Une large ceinture terminée par une grosse boucle dorée pendait sur son ventre plat.

En plus d’une plastique parfaite, cette inconnue dégageait une sensualité animale palpable, mais elle n’avait rien d’une Poupée Barbie. Le regard qu’elle posa sur Malko était totalement inexpressif. Silencieuse, elle lui tint pourtant la porte de l’ascenseur pour qu’il puisse la remplacer dans la cabine. Il saisit la poignée de la porte et la laissa se refermer, restant sur le palier.

Le regard de l’inconnue s’assombrit imperceptiblement.

1. Résistants.

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Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
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SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
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SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
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SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

dimanche, 31 mars 2013

SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers - 2013

sas, malko linge, gerard de villiers, 196, vienne, le beau danube rouge, iran, israel, programme nucleaire, espionnage, romans d espionnage, litterature francaise, thrillersLes poignets et les chevilles attachés par des menottes au montant du grand lit de cuivre, Malko savourait la caresse de Maryam Nassiri, les yeux fermés.

Soudain il les rouvrit et aperçut, derrière la jeune femme agenouillée sur le lit, un homme debout dans l'encadrement de la porte de la chambre.

Des traits brutaux, les cheveux gris, vêtu d'un blouson de cuir et d'un jean. Un long pistolet dans sa main gantée de noir.

L'homme qui venait le tuer.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale Vienne a continuellement un nid d’espions. Tous les services y sont représentés et l’état autrichien semble tout faire pour leur faciliter la tâche. Vienne est bien sûr le siège de multiples organisations et institutions internationales telles l’OSCE, l’OPEP, l’AIEA, l’UNODC... en tout 16000 personnes ayant le statut de diplomates. Les Autrichiens ne discutent d’ailleurs jamais la liste des Seconds secrétaires ou conseillers. Et lorsqu’un de ces « diplomates » décédait de mort violente, la police conclue toujours à un suicide, sachant parfaitement qu’il s’agit d un meurtre dont elle ne connaîtra jamais les raisons.
Et c’est dans ce contexte que se prépare une vaste opération visant les intérêts nucléaires de l’Iran. En effet l’un de leurs ingénieurs est amené à Vienne pour être soigné. Américains et Israéliens vont tout faire pour lui mettre la main dessus, les premiers pour le kidnapper, les seconds pour l’assassiner. Les services iraniens sont sur leurs gardes, craignant le pire... qui d’ailleurs ne tardera pas d’arriver sous forme d’un immense bain de sang.
Seul l’agent de la CIA Malko Linge saura peut-être faire un peu d’ordre dans tout cela. Mais même s’il agit sur ses terres natales, sa survie ne tiendra qu’à un fil dans cette ruche à espions qu’est la capitale autrichienne.

SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge est donc déjà le 196e tome de cette série à la recette bien huilée, de laquelle, tome après tome, jamais rien de réellement neuf n’apparaît. Son Altesse Sérénissime Malko Linge se bat cette fois à domicile, entre Vienne et Liezen, pour démêler une trouble affaire d’espionnage réunissant à la fois les services secrets Américains, Iraniens et Israéliens. Evidemment l’action ne manque pas, ni le suspense façon SAS, et bien sûr les multiples conquêtes du prince, ici personnifiées par une magnifique espionne iranienne. La qualité est peut-être légèrement supérieure bien d’autres, mais seulement à peine.

Bref, rien de neuf, et toujours le même plaisir ou mépris, que l’on aime ou que l’on n’aime pas cette série de l’auteur français Gérard de Villiers.

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Extrait : chapitre premier

– Je te hais, dit Maryam Nassiri. Elle ajouta aussitôt d’un ton gourmand : je vais t’envoyer en enfer.

Ses mots mirent quelques secondes à imprégner le cerveau d’Oswald Fisk. Il faut dire qu’il était dans un trip très éloigné de ce que la jeune femme évoquait. Allongé sur son grand lit bas de deux mètres sur deux au couvre-lit en fausse panthère, les chevilles et les poignets attachés solidement aux montants de cuivre du lit, maintenant ses jambes et ses bras écartés, entièrement nu, le sexe en érection, il savourait chaque seconde de ce jeu sado-maso imposé par sa maîtresse.

Celle-ci, maquillée soigneusement, était inclinée vers lui, son visage proche du sien. Parfois, elle se penchait un peu plus, leurs lèvres se touchaient et, à deux ou trois reprises, elle avait brièvement glissé une langue audacieuse dans sa bouche, sans jamais s’attarder, même lorsqu’Oswald Fisk soulevait la tête de toutes ses forces, pour prolonger le baiser.

Délicieuse frustration.

Maryam Nassiri était vêtue d’un ensemble blanc. Une veste blanche cintrée dont elle avait défait les boutons, révélant un soutien-gorge assorti qui dévoilait presque entièrement sa poitrine pleine. Depuis le début de leur séance, Oswald Fisk avait dû se contenter de s’user les yeux sur ces globes magnifiques. Immobilisé totalement, il était esclave du bon vouloir de Maryam.

Celle-ci, au début de leur « séance », avant qu’il ne soit attaché par ses soins, lui avait laissé promener ses mains sur les courbes de ses fesses, lui permettant même de glisser quelques doigts dans la fente verticale du dos de sa jupe ajustée qui remontait si haut qu’il pouvait effleurer sa culotte sans effort.

Il adorait qu’elle s’habille de cette façon : extraordinairement provocante et inaccessible, sauf si elle y mettait du sien.

Lors de leurs séances précédentes, lorsqu’elle avait poussé son excitation au rouge écarlate, Maryam Nassiri montait sur le lit, remontait sa jupe étroite sur ses hanches, juste assez pour pouvoir se placer à califourchon sur lui et enfouissait le sexe de son amant dans son ventre.

C’était elle qui se faisait l’amour, en se balançant doucement jusqu’à ce que son amant éjacule au fond d’elle.

Les derniers mots prononcés par Maryam Nassiri atteignirent enfin le cortex d’Oswald Fisk. Il la fixa. Il ne vit qu’un regard un peu trop brillant, montrant, qu’une fois de plus, elle avait abusé de la cocaïne avant de le retrouver. Le sourire, certes, était un peu crispé, mais toujours éblouissant.

Comme si elle n’avait pas menacé Oswald Fisk, Maryam Nassiri continuait à caresser son amant, sa main montait et descendait le long de son sexe dressé vers le plafond, pour une masturbation régulière et exquise, ce qui n’avait rien d’inhabituel. Parfois, lorsqu’elle était d’humeur taquine, elle continuait jusqu’à ce que la sève jaillisse, en dépit des supplications d’Oswald Fisk réclamant sa bouche ou son sexe.

D’autres fois, elle lui faisait l’offrande de sa bouche, mais si rapidement qu’il avait à peine le temps d’éprouver quelques spasmes avant de s’y répandre.

Plus surpris qu’effrayé, Oswald Fisk fixa sa maîtresse avec plus d’attention, surprenant dans son regard une lueur sombre qu’il ne connaissait pas, glaciale et intense à la fois.

Il s’ébroua mentalement, encore plongé dans son jeu et demanda, voulant encore croire à un jeu de rôle.

– Qu’est-ce que tu veux dire, honey ?

– Que je vais te tuer, répliqua calmement Maryam Nassiri.

– Comment? insista Oswald Fisk, presque sur le ton de la plaisanterie.

– Avec ça, répliqua du même ton calme la jeune femme.

Sa main droite, qui pendait le long du lit, invisible pour Oswald Fisk, remonta et l’Américain découvrit un rasoir ouvert, tenu fermement dans la longue main aux ongles rouges. Sadiquement, Maryam Nassiri remua doucement le poignet pour faire étinceler l’acier de la lame effilée.

Alors, seulement, Oswald Fisk comprit, dépassé, que ce n’était plus un jeu.

Instinctivement, il tenta de se libérer, mais les cordelières qui immobilisaient ses quatre membres étaient trop serrées pour qu’il puisse se dégager.

Ce qui l’alerta encore plus fut la main gauche de Maryam Nassiri. Ses doigts venaient d’abandonner son sexe. Celui-ci était encore dur et gonflé mais l’Américain sentait déjà le sang qui s’était rué dans sa verge refluer dans son ventre.

– Qu’est-ce qui te prend ? demanda-t-il. Si tu ne veux plus jouer, détache-moi.

Il ne comprenait pas. Maryam Nassiri avait toujours été douce et amoureuse, même si elle était un peu givrée.

La jeune femme, immobile, penchée sur lui, le rasoir toujours serré dans sa main droite :

– Est-ce que tu te souviens du vol Iran Air 655 ? demanda-t-elle soudain de la même voix douce. 

Oswald Fisk fit un effort de mémoire intense, mais ne parvint pas à répondre à sa question. Devant son silence, Maryam Nassiri enchaîna :

– C’était il y a longtemps. Le 3 juillet 1988. J’avais neuf ans. Le vol 655 reliait Bandar Abbas à Dubaï. Il a décollé de Bandar Abbas avec vingt-sept minutes de retard. Presque son temps de vol. D’ailleurs, en raison de son court trajet, il ne volait qu’à 14 000 pieds.

« Seulement, il n’a jamais atteint Dubaï.

Elle récitait son texte comme une leçon bien apprise, d’une voix égale et précise. Soudain, Oswald Fisk se souvint.

– My God ! fit-il d’une voix étranglée. C’est le vol Iran Air qui a été abattu par erreur par le croiseur Vincennes.

À cette époque, la situation était très instable dans le Golfe persique et la guerre Irak-Iran s’ éternisait depuis 1980. Il y avait eu plusieurs incidents entre les navires américains et les belligérants. La flotte US était chargée d’assurer la protection des pétroliers dans le détroit d’Ormouz. Le jour de l’accident, la frégate US Elmer Montgomerry se trouvait face à treize vedettes iraniennes et le croiseur Vincennes venait l’assister.

C’est alors que le radar du Vincennes détecta un avion en approche, potentiellement ennemi, à cause de son code de reconnaissance. Les Américains pensaient avoir affaire à un appareil militaire de combat iranien F. 14.

En réalité, il s’agissait d’un Airbus A 300 civil, qui avait décollé en même temps que le F.14. Il se trouvait alors à 20 miles du Vincennes. Or, deux ans plus tôt, en 1987, deux missiles Exocet tirés par un avion irakien avaient failli couler une frégate américaine, faisant 37 morts et 21 blessés.

Persuadé d’avoir affaire à une attaque similaire, le commandant de l’USS Vincennes avait alors décidé de tirer deux missiles surface-Air Rim-66.

– C’était une erreur, répéta Oswald Fisk, une terrible erreur…

– Dont vous ne vous êtes jamais excusés, vous les Américains, continua Maryam Nassiri. Il y a eu 290 morts, dont 60 enfants…

– Je sais, désolé, bredouilla Oswald Fisk. Mais pourquoi me parles-tu de cela? 

Elle esquissa un sourire teinté d’ironie.

– Tu ne sais pas qui était le commandant du Vincennes ? Celui qui a donné l’ordre de tirer sur cet avion civil iranien ?

Oswald Fisk comprit d’un coup.

– Si, dit-il, c’était mon père. Georges B. Fisk. Il est mort il y a trois ans.

Maryam Nassiri ne changea pas d’expression.

– Ma mère était à bord, dit-elle. Le retard à Bandar Abbas lui a accordé vingt-sept minutes supplémentaires de vie, mais je ne l’ai jamais revue.

Ici, dans cet intérieur cossu d’un quartier chic de Vienne, cela semblait complètement incongru d’évoquer ce drame lointain, dans l’espace et le temps. Oswald Fisk essaya de ne pas paniquer. Sans fuir le regard de sa maîtresse, il dit le plus calmement possible :

– C’est atroce et je comprends ton chagrin, mais pourquoi me parles-tu de cela maintenant ?

Comme si elle ne l’avait pas entendu, Maryam Nassiri continua.

– Remarque, c’est à cause du Vincennes que nous nous sommes rencontrés. La Cour Internationale de Justice a condamné ton pays en 1996 à verser à l’Iran une compensation de 131 millions de dollars. En tant qu’héritière de ma mère, j’ai reçu assez d’argent pour venir faire des études en Europe. Toute petite, je voulais déjà être décoratrice. Depuis, je suis restée à Vienne. Et je t’ai rencontré…

Elle corrigea aussitôt : 

– J’ai reçu l’ordre de te rencontrer… 

Oswald Fisk sentit son sang se glacer. 

– De qui ? réussit-il à demander. 

Le sourire de Maryam Nassiri s’accentua imperceptiblement. 

– De gens que tu connais bien. L’Etta’alat.

Les Services de Renseignement de la République Islamique d’Iran. Ceux contre qui Oswald Fisk et ses amis de la CIA luttaient avec acharnement… Comme si elle avait lu dans ses pensées, la jeune Iranienne continua :

– Quand tu m’as connue, tu as sûrement fait procéder à des vérifications sur moi. Les autorités autrichiennes t’ont assuré que je n’avais jamais eu d’activité politique à Vienne. Que j’étais une simple émigrée économique… Elles ne sont pas très regardantes et, d’ailleurs, c’est vrai, avant de te connaître, je ne m’occupais que de mon métier. « Ils » m’ont dit qui tu étais : un agent de la CIA et le fils du commandant du Vincennes… Dès cet instant, je n’ai eu qu’une idée : venger ma mère. J’y avais souvent pensé, mais je ne savais pas comment faire.

« Seulement, grâce à « eux », tu as eu un sursis. Je devais d’abord te séduire, afin d’obtenir des informations sur la CIA, sur tes activités. Après seulement, je pourrai exercer ma vengeance.

Oswald Fisk écoutait cette diatribe débitée d’un ton monocorde. Stupéfait.

– Tu travailles pour les Ayatollahs ! s’exclama-t-il. Des rétrogrades, des fanatiques religieux ! Tu n’es pas comme ça, quand même !

Maryam Nassiri secoua la tête.

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Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 3 janvier 2013, 320 pages
ISBN-10: 2360532979 / ISBN-13: 978-2360532971

Voir également :

SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
- SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits

SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

L’île infernale, tome 2 (天獄の島, Tengoku no Shima) - Yusuke Ochiai - 2009

tome 2,yusuke ochiai,l ile infernale,manga,litterature japonaise,bandes dessinees,bande dessinee,action,thrillersLe périple de Ei Mikoshiba sur l’île infernale continue. Pour être accepté dans la ville de Paradis il doit affronter d’autres prisonniers dans une arène. Il réussit à en sortir victorieux, de justesse et aidé d’un étrange sort qui aura anéanti l’un de ses adversaires les plus tenaces. Mais surtout il réussit à retrouver Sakaki, son meilleur ami et assassin de toute sa famille. Mais Sakaki, semble jouer un rôle des plus étranges sur cette île. Il fait en effet partie d’un équipe médicale qui semble faire des essais sur les prisonniers. Et si le but de cette île-pénitencier était tout autre que celui annoncé officiellement ? Et qui est cette mystérieuse jeune fille qui passe pour une déesse immortelle aux yeux des prisonniers ? Peu à peu Ei Mikoshiba réussit à lever le voile sur les secrets de l’île tout en étant encore bien loin de la vérité si étrange et insondable encore...

Si le premier tome de L’île infernale du mangaka japonais Yusuke Ochiai se basait clairement sur de l’action sans fin avec un scénario des plus simplistes, ici dans ce second tome, l’histoire ainsi que les personnages prennent une toute autre envergure. Heureusement que j’ai continué ma lecture après un début plutôt intéressant. Et tout prend de la force, le lecteur s’immerge enfin dans l’histoire qui gagne en crédibilité et en sens, tout en laissant néanmoins certains problèmes et manquements exister.Et c’est ce qui manquait au premier tome : une bonne histoire pour soutenir l’action. L’auteur a parfaitement réussit à corriger le tir avec ce second volume. Au fur et à mesure le dessin s’améliore également, les scènes d’action deviennent plus nette, les personnages un peu mieux dessinés. Et peu à peu on avance vers ce qui pourrait devenir un grand manga.

A la lecture de ce second tome on sent aussi que l’histoire touche bientôt à sa conclusion, le troisième tome, à sortir en avril 2013 en France, devrait être le dernier de cette série qui se dévoile comme étant bien plus intéressante que ne laissait présager le premier tome.

L’île infernale de Yusuke Ochiai est donc bien un manga à découvrir.

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Extrait : une planche au hasard

 

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Présente édition : traduit en français par Arnaud Delage, éditions Komikku, 10 janvier 2013, 198 pages
ISBN-13: 979-1091610094

Voir également :
- L'île infernale, tome 1 - Yusuke Ochiai (2009), présentation et extrait 

lundi, 18 mars 2013

L’île infernale, tome 1 (天獄の島, Tengoku no Shima) - Yusuke Ochiai - 2009

Yusuke Ochiai, l ile infernale, manga, litterature japonaise, bandes dessinees, bande dessinee, action, thrillersLe Japon dans un futur très proche. La peine de mort a été abolie, pour être remplacée par une peine bine plus terrible : le bannissement. Ainsi les criminels sont condamnés à terminer leurs jours sur des îles totalement coupés du monde. Et plus l’île est éloignée du pays, plus dangereux sont les criminels qui y sont envoyés.
Ei Mikoshibo vient d’être condamné pour meurtre multiple et a été condamné à être exilé sur l’île la plus éloignée, la plus dangereuse, celle qui est simplement nommée L’île infernale. Mais Ei Mikoshiba a un dessein secret. Il a tout fait pour être condamné à la plus pire des peines afin de pouvoir assouvir sa vengeance en y retrouvant l’assassin de sa famille, un ancien ami et médecin dénommé Sasaki. En débarquant sur l’île-pénitencier, lui et quelques autres criminels, il découvrira ce véritable enfer qu’est l’île infernale, un rocher envahi par une jungle dans laquelle les prisonniers, livrés à eux-mêmes, ont constitué une société à la violence inouïe dans laquelle seuls les plus forts peuvent survivre. Mais pour lui l’importance n’est pas la survie, mais l’assouvissement de sa vengeance...  

L’île infernale du mangaka japonais Ysuke Ochiai offre un divertissement très violent se basant sur une idée certes que peu originale mais traitée avec une grande efficacité. Le lecteur est immergé dès les premières pages dans cet enfer sur terre où règne la violence brute, quelques flash-backs viennent cependant gonfler quelque peu le contexte. Les personnages sont typiques du genre, jouent leur rôle, mais il ne faut pas trop s’attendre à de la psychologie fine. D’ailleurs il ne faut pas non plus se poser trop de questions quant l’univers imaginé par Yusuke Ochiai car pas tout n’est parfaitement crédible et des lacunes scénaristiques existent. Mais de toute façon on sent bien la volonté de l’auteur de donner dans le pur divertissement, vif, violent, et sans trop se poser de questions.
Le dessin colle au sujet, tout aussi vif, violent et brut. Toujours sombre, et au moindre éclaircissement une nouvelle horreur vient se présenter.

L’île infernale de Ysuke Ochiai a quelque part atteint son but en donnant un divertissement plein d’action et de violence évoluant sur un rythme effréné. Mais d’un autre côté, plus de profondeur et aussi d’originalité dans le scénario auraient peut-être augmenté l’immersion du lecteur dans l’histoire. De fait mon avis est plutôt mitigé, attendant tout de même avec une certaine impatience de lire la suite.

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Extrait : une planche prise au hasard

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Présente édition : traduit en français par Arnaud Delage, editions Komikku, 11 octobre 2012, 208 pages
ISBN-13: 979-1091610001

Voir également:
- L'île infernale, tome 2 - Yusuke Ochiai (2009), présentation et extrait 

lundi, 07 janvier 2013

SAS, tome 132 : L’espion du Vatican - Gérard de Villiers - 1998

gerard de villiers, litterature francaise, litterature erotique, sas, malko linge, vatican, triple meurtre du vatican, romans d espionnage, thrillersLe prêtre se retourna d'un bloc. Malko vit un visage brutal, des yeux très enfonçés à l'expression glaciale, un nez épaté. Il leva à nouveau son bréviaire et Malko aperçut une ouverture ronde dans la tranche du livre dissimulant le canon d'une arme cachée à l'intérieur du bréviaire. Il vit l'index du prêtre enfoncé à l'intérieur du bréviaire se crisper. Il allait lui tirer une balle dans la tête.

A cette distance, même une balle petit calibre faisait des dégâts irréparables dans un cerveau humain...

Tétanisé, il se dit qu'il allait mourir.


Mai 1998, le Vatican devient la scène d’un triple meurtre lorsque le jeune garde suisse valaisan Stephan Martigny est abattu par son confesseur  qui tue dans la foulée le commandant de la garde, ainsi que l’épouse de celui-ci. Ce triple meurtre sera maquillé en un coup de folie du jeune valaisan qui aurait été humilié par son supérieur, et l’aurait donc tué avant de se suicider. L’ecclésiastique ensuite disparaît ne laissant aucune trace derrière lui.
Bref, tout ressemble à un horrible fait divers, sauf que la CIA décide de s’y intéresser car sur les trois victimes, deux étaient des agents secrets agissant pour les comptes de parties adverses. Et lorsque deux agents meurent dans une même affaire, on ne peut que suspecter qu’une manipulation de quelconques services secrets. Et pour démêler le tout la CIA fait appel à Malko Linge qui ne tardera pas, au péril de sa vie, à lever le voile sur cette sombre affaire...

Ce 132e tome de
SAS des aventures de Malko Linge, L’espion du Vatican, reparaît en 2012 après une publication initiale en 1998, suite à un fait divers qui le 4 mai 1998 a fait du Vatican le théâtre d’un triple meurtre : Le 4 mai 1998, trois personnes sont retrouvées mortes dans les murs de la cité épiscopale : Aloïs Estermann, le chef des gardes suisses, nommé la veille, son épouse et un jeune vice-caporal de la garde. L'enquête, menée en interne par un juge du Vatican, aboutit très vite. Cédric Tornay, le jeune garde suisse, a laissé derrière lui une lettre de suicide non signée adressée à sa mère et expliquant son geste. Mais de nombreux points sombres, mals expliqués par les autorités vaticanes, ou simplement laissés de côté vont laisser libre cours à de multiples fantasmes de complots, surtout lorsque surgit l’information qu’Estermann et son épouse étaient deux agents secrets, l’un anciennement à la solde de la RDA, son épouse à celle de la CIA, et le jeune Tornay actif au Renseignements du Vatican. Encore aujourd’hui des doutes subsistent sur cette affaire, la mère de Tornay ayant fait demande au pape Benoît XVI fin 2011 de rouvrir l’enquête sur base qu’elle ne reconnaît pas l’écriture de son fils sur la lettre non signée que ce dernier lui aurait laissée juste avant son coup de folie.
Et Gérard de Villiers se base sur versions alternatives de la version officielle pour monter son roman d’espionnage, cela avec le talent qu’on lui connaît pour mêler des intrigues d’espionnage bien violentes aux aventures plus sexuelles du séduisant agent de la CIA dans ce qui à l’image de toute la série des SAS constitue le meilleur de la littérature dite de gare à la française, avec tous ses poncifs et défauts. Les amateurs s’y retrouveront.

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Extrait : premières pages

Stephan Martigny courut jusqu’à sa vieille Alfa 33 blanche garée devant il Torrione, la tour ronde du XVe siècle qui abritait l’IOR, la banque du Vatican, juste après les trois corps de bâtiment parallèles où logeaient les Gardes Suisses et leurs officiers. Il garait sa voiture devant les murs épais aux pierres disjointes, comme les autres Gardes suisses possédant un véhicule. Il sauta au volant, si énervé qu’il dut s’y reprendre à trois fois pour mettre en route. Après une marche arrière, il dévala l’allée en pente douce menant à la Porte Sainte-Anne, la seule entrée du Vatican ouverte en permanence, dont la grille était encadrée de sévères colonnades surmontées d’aigles plus guerriers que religieux. Les larmes brouillaient la vue du jeune Garde suisse, ses mains tremblaient sur le volant. Il ne répondit même pas au salut de son collègue en tenue bleue, coiffé d’un énorme béret, qui interdisait aux visiteurs non attendus de s’aventurer au cœur du Saint-Siège.

Le feu à la grille était au rouge, interdisant la sortie, mais Stephan Martigny le grilla et tourna à gauche dans la via di Porta Angelica, le long de la muraille sud du Vatican, en sens unique jusqu’à la piazza del Risorgimento.

Il était un peu plus de sept heures et demie du soir et la circulation était intense dans le Borgo encombré de cars pleins de touristes harassés et d’innombrables voitures particulières. Stephan Martigny se faufilait comme il le pouvait entre les véhicules, les dents serrées, sans souci des coups de klaxon réprobateurs. Pourtant, à Rome, les conducteurs étaient plutôt « cool », les manœuvres les plus inattendues admises et les feux rouges plus proches de l’indication que de l’interdiction. Dans ce carrousel sans fin, seuls les deux-roues avaient du mal à sauver leur peau.

Arrivé enfin piazza del Risorgimento, le jeune Garde suisse descendit ensuite la via Crescenzio jusqu’à la piazza Cavour, rejoignant le bord du Tibre. Là, on roulait un peu mieux. Il tourna à droite et suivit le Lungotevere jusqu’au pont Sisto, pour ensuite s’enfoncer à droite dans le dédale des ruelles sans trottoir du Trastevere, le vieux quartier de Rome, au sud du Vatican. Miracle : il trouva une place, piazza San Giovanni di Malva, et remonta à pied la via Benedetta jusqu’à l’intersection avec la vicolo del Bologne, une ruelle encore plus étroite. Le numéro 61 était une sorte de décrochement collé à l’immeuble voisin comme une verrue, un minuscule bâtiment de guigois d’un seul étage, desservi par une porte de bois marron en haut de trois marches. Seuls les verrous et l’interphone étaient neufs. Stephan Martigny appuya sur le bouton et, dès qu’on lui répondit, lança d’une voix stressée :

— C’est moi !

Le pêne se déclencha, il poussa la porte et se précipita à l’intérieur, grimpant quatre à quatre les marches d’un escalier raide. A vingt-trois ans, athlétique, il était en pleine forme physique.

Une splendide jeune femme, moulée par une robe noire très fluide découvrant une épaule et fendue très haut sur la cuisse gauche, l’attendait en haut des marches, un verre à la main. La masse de ses cheveux acajou cascadant sur ses épaules contrastait avec d’étonnants yeux bleus.
Elle était pieds nus et le vernis de ses ongles renvoyait à son épaisse bouche pulpeuse dans laquelle on avait envie de mordre.

Stephan Martigny s’immobilisa en face d’elle, essoufflé. Elle découvrit des dents régulières dans un sourire dévastateur.

— Tu ne me dis pas bonjour ? demanda-t-elle d’une voix douce.

Maladroitement, Stephan enlaça la jeune femme, écrasant sa bouche contre la sienne. C’est pour lui faire plaisir qu’elle l’accueillait pieds nus. Lorsqu’elle portait des escarpins, elle le dominait de ses cent soixante-quinze centimètres, ce qui le vexait.

Leur étreinte se prolongea. Stephan Martigny sentit le corps de la jeune femme se presser contre lui. Pendant quelques secondes, il se sentit merveilleusement bien. La musique sauvage et sacrée de la Misa Criola sortant des haut-parleurs invisibles semblait contrebalancer le côté païen de leur étreinte. L’accalmie dura peu, dans la tête de Stephan. Malgré l’appel muet du corps plaqué contre le sien, de la bouche soudée à la sienne, toute sa frustration et sa fureur remontèrent à la surface.
Pesant sur les hanches de la jeune femme, il la repoussa. Surprise, elle leva la tête et vit ses yeux humides de larmes.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle aussitôt.

La gorge nouée, Stephan Martigny secoua la tête sans pouvoir répondre. C’était la première fois qu’il se sentait comme un petit garçon devant cette femme dont il était éperdument amoureux. Il l’avait rencontrée cinq mois plus tôt. De garde à la Porte Sainte-Anne, il l’avait vue franchir la grille donnant via di Porta Angelica et se diriger aussitôt vers lui. Il faisait froid et elle était enveloppée dans un manteau de fourrure qui ne laissait voir que la masse de ses cheveux acajou et ses superbes yeux bleus.

Avec son immense béret et sa tenue bleue, Stephan Martigny se sentait un peu ridicule. Encore heureux qu’il n’ait pas arboré son grand uniforme, avec le heaume surmonté d’une aigrette rouge, l’armure à mi-corps et l’épée ! Parfaitement adaptée au XVe siècle, cette tenue immuable évoquait plutôt un déguisement de théâtre, à la fin du XXe. Dieu merci, les Gardes Suisses ne portaient cet accoutrement que dans les grandes occasions… Le reste du temps, leur travail consistait à garder les six portes du Vatican et celles des appartements privés du pape, dans des tours de garde qui additionnaient jusqu’à soixante-dix heures par semaine. Lorsque Loretta Obinski s’était approchée de lui, ce jour-là, il allait bientôt terminer le sien.

— Prego. Où est la pharmacie ? lui demanda-t-elle.

En même temps qu’elle lui mettait sous les yeux une ordonnance pour un antibiotique, elle lui avait expliqué que son pharmacien en ville n’avait pu lui fournir le médicament et lui avait conseillé de s’adresser au Vatican. La pratique était courante, la pharmacie du Saint-Siège étant la mieux achalandée de la capitale et aussi la moins chère, la TVA étant inconnue au Vatican. Par souci humanitaire, les consignes des Gardes suisses étaient de ne jamais refuser l’accès à la pharmacie, située juste au-dessus du bureau de poste du Saint-Siège, mais d’y accompagner les visiteurs. Aussi, Stephan Martigny avait-il guidé l’inconnue jusqu’à l’officine. L’observant tandis qu’elle se faisait servir, il avait pensé qu’à côté de cette rousse resplendissante, sa petite amie Gina lui semblait tout à coup bien fade.

Une fois servie, elle s’était retournée vers lui, avec un sourire éblouissant.

— Merci !

Stephan Martigny, intimidé, avait rougi et il l’avait raccompagnée jusqu’à la grille. Le claquement de ses hauts talons sur les pavés lui avait apporté quelques instants de rêve. La vie de Garde suisse n’était pas drôle, entre les interminables tours de garde, la solde misérable et les multiples brimades infligées par les quatre officiers suisses allemands qui détestaient les francophones.

Juste avant de disparaître dans la via di Porta Angelica, l’inconnue rousse s’était retournée, plongeant ses yeux bleus dans les siens.

— Vous avez de la chance de travailler ici ! avait-elle soupiré. Cela doit être fascinant…

Stephan Martigny avait rougi encore plus, et balbutié :

— Oh non, pas vraiment…

A brûle-pourpoint, la rousse lui avait soudain demandé :

— Cela vous ennuierait de me parler de la vie au Vatican ?

— Maintenant ?

S’il s’attardait trop avec un visiteur, il risquait d’être puni.

— Non, bien sûr. Quand serez-vous libre ?

Ebloui par sa chance, Stephan Martigny avait lâché rapidement :

— Demain, je suis encore de garde ici et je termine à deux heures. Le temps de me changer, je peux être dehors un quart d’heure plus tard.

— Où cela ?

— Ici, Porte Sainte-Anne.

La belle rousse avait fait la moue.

— Vous connaissez l’hôtel Columbus, via della Conciliazione ?

C’était l’avenue monumentale, bordée d’obélisques supportant des lampadaires, qui descendait de la place Saint-Pierre au Tibre.

— Oui, bien sûr.

— Je vous attendrai au bar. C’est très agréable. Vous pouvez venir à pied.

Ne croyant pas à sa chance, Stephan n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Le lendemain, Loretta Obinski était au rendez-vous. Il avait tout appris d’elle : d’origine tchèque, elle était mariée à un Italien qui la délaissait, ne pensant qu’à ses affaires. Propriétaire d’un petit chantier naval, il voyageait beaucoup.

Cette première fois, ils avaient beaucoup parlé du Vatican… Puis, au fil de leurs rencontres, l’intérêt de Loretta Obinski pour le Saint-Siège s’était émoussé. Le jour où d’une voix égale elle avait proposé à Stephan d’aller prendre un verre dans le studio qu’elle avait gardé depuis ses premiers jours à Rome, le jeune Garde suisse, qui n’était pas idiot, avait compris que son heure était arrivée.
Il l’avait retrouvée près du Vatican au volant du gros 4X4 noir Subaru qu’elle conduisait et elle l’avait emmené vicolo del Bologne dans la drôle de petite maison. Tandis qu’il se tenait gauchement au milieu de la pièce, examinant les lieux, Loretta avait ouvert une bouteille de Taittinger Comtes de Champagne Blanc de Blancs 1990 et rempli deux coupes.

Stephan Martigny n’avait jamais bu de champagne. Les bulles lui étaient rapidement montées à la tête tandis que Loretta Obinski remplissait sans cesse sa coupe de liquide pétillant. C’était comme dans un rêve. Ils étaient assis sur le même canapé rouge, et Loretta croisait et décroisait ses longues jambes découvertes par la courte jupe de son tailleur vert. Par l’échancrure de la veste, il apercevait le feston de dentelle d’un soutien-gorge noir bien rempli. Et il y avait le regard insistant, amusé et trouble, posé sur lui. Quand il s’était penché, glissant une main maladroite entre les revers de la veste pour saisir un sein lourd et ferme, Loretta s’était simplement penchée et lui avait offert sa bouche et sa langue.

De lui-même, Stephan avait trouvé le chemin de son ventre, alors qu’elle décroisait les jambes pour l’aider. Elle avait gémi, massant son membre raidi à travers son jean. Comme il n’arrivait pas à défaire sa jupe, elle s’était levée et, en quelques gestes, s’était dépouillée de son tailleur, ne gardant qu’un soutien-gorge, une culotte de dentelle noire, et une élégante Breitling Callistino au bracelet de crocodile orange.

Elle l’avait tiré par la main jusqu’au lit, se débarrassant de sa culotte au passage. Bandant comme un cerf, Stephan s’était retrouvé fiché en elle jusqu’à la garde, la martelant comme s’il voulait l’ouvrir en deux. Loretta tanguait sous lui, la bouche ouverte, les traits déformés par le plaisir, ses mains accrochées dans son dos, clouée comme un papillon par son membre puissant qui n’avait jamais été à pareille fête… Loretta haletait, repliée comme une grenouille, ses longs cheveux acajou épars autour d’elle. Lorsque Stephan s’était répandu dans son ventre et qu’elle avait hurlé, il s’était senti le maître du monde.

Ils étaient tous les deux inondés de sueur. Loretta avait les yeux au milieu du visage et les quelques mots qu’elle avait soufflés dans l’oreille de son jeune amant l’avaient propulsé au comble du bonheur.

— Quand je t’ai vu la première fois, je t’ai trouvé très beau et j’ai eu tout de suite envie de toi.

Lorsque Stephan Martigny avait regagné sa chambre, au troisième étage du quartier des Gardes Suisses, il flottait sur un petit nuage rose. Claude, son meilleur copain, l’avait accroché dans le couloir.

— Qu’est-ce que tu as ? Tu as l’air bizarre.

— Rien ! avait juré Stephan, avant de filer dans la chambre qu’il occupait seul grâce à son grade de vice-caporal.

Là, étendu sur son lit, il s’était repassé le film des dernières heures. Dans un état second.

Comment une femme aussi belle que Loretta avait-elle pu s’intéresser à un jeune homme un peu fruste déguisé la moitié du temps en soldat d’opérette, pour gagner un million huit cent mille lires par mois ?

Les semaines avaient passé. Ils s’étaient revus régulièrement, pas assez souvent au goût de Stephan. Ils allaient au restaurant, à la plage d’Ostie, dans sa vieille Alfa 33 blanche, dans des trattorias, ou visiter des musées. Le jeune Garde suisse était éperdument amoureux. Loretta était devenue, plus que sa maîtresse, sa confidente, son conseil. Stephan était plus intime avec elle qu’avec sa mère.

Hélas, Loretta ne le voyait qu’au compte-gouttes, lorsque son mari lui en laissait le loisir. Parfois, même lorsqu’ils n’avaient pas rendez-vous, Stephan Martigny venait rôder vicolo del Bologne, flairant les lieux comme un animal.

En dépit de sa liaison, il avait conservé sa « fidanzata », Gina, une brune piquante qui lui reprochait sa nouvelle froideur : il était incapable de tromper Loretta. Avec Gina, il sortait avec ses copains, allait au cinéma, manger des glaces ou faire du roller, mais il taisait jalousement à tous l’existence de Loretta, qui lui avait fait jurer de garder le silence sur leur liaison. Il n’y avait qu’une exception à cette règle : le Père Hubertus, son confesseur, à qui Stephan avait voulu présenter sa conquête. Même à sa mère, qui vivait en Suisse, il n’en avait pas parlé.

Toutes leurs rencontres se déroulaient de la même façon. Stephan se jetait sur Loretta et lui faisait l’amour avec violence, le plus longtemps possible. Ensuite, nus, ils bavardaient en vidant une bouteille de Taittinger. Une fois, Stephan, qui devait rentrer à une heure, s’était endormi, pour ne se réveiller qu’à sept heures du matin… L’incartade lui avait valu une sévère punition.

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Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 17 octobre 2012, 313 pages
ISBN-10: 2360532863 / ISBN-13: 978-2360532865

Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
- SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
- SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

lundi, 31 décembre 2012

Le Chat aux yeux jaunes - Serge Brussolo - 2011

serge brussolo, thrillers, séries télévisés, agence 13, le chat aux yeux jaunes, litterature francaise,romans policiersHollywood est un monde ingrat. On a beau y connaître un succès planétaire, et pourtant y vieillir est rude. Et de la gloire et la fortune toute vedette peut très vite tomber dans l’oubli et la misère.
Dans les années 60, l'actrice Peggy McFloyd a connu un succès planétaire grâce à la série télévisée « First Lady ». Aujourd'hui riche et âgée, elle s'est reconvertie dans l'action caritative en érigeant sur sa propriété, une immense demeure type hispano-texan du nom d’Esteranza, une maison de retraite où elle accueille ses vieux camarades de scène. Il semblerait toutefois que depuis quelque temps, ce petit paradis soit le théâtre d'événements aussi étranges qu'inquiétants. Des rumeurs circulent. Et certains mystères de cette ancienne série qu’était « First Lady » risquent de refaire surface. En effet certains parlent d’une série maudite. Qu’est-il arrivé à l’acteur principal Lawrence Brickstone, disparu mystérieusement après avoir sombré dans la folie ? Qu’en est-il de la vitrioleuse, féministe acarnée dans les années 1960 aujourd’hui bigote adoratrice du Christ qui semble mener une double vie ? Esteranza est-elle effectivement une noble et caritative maison de retraite, ou plutôt une prison servant à garder prisonniers tous les anciens acteurs de « First Lady »? Et quel est le rôle de cet horrible chat empaillé aux yeux jaunes, dont on dit qu’il fut instigateur d’un crime.
Et tous ces mystères vont refaire surface alors que Mickie Katz, de l’Agence 13 est engagée par Peggy McFloyd pour redécorer les appartements très spéciaux de l’ancienne starlette.

Le Chat aux yeux jaunes de Serge Brussolo est, même si l’histoire est indépendante, censé être le troisième tome de la série Agence 13 après Dortoir interdit (2009) et Ceux d’en bas (2010). Et pourtant il ne reste plus grand chose de cette série sauf le nom du protagoniste prinicipal Mickie Katz, personnage et héros brussolien bien classique, et quelques lignes par-ci par-là faisant référence à cette dite Agence 13 et au père de l’héroïne qui ajoué un petit rôle, du moins marqué de sa présence les tomes précédents. On sent bien que Serge Brussolo, peut-être lié par contrat, a dû fournir un troisième volume à cette série, mais qu’il ne s’est guère donné grand peine. Car au final Le Chat aux yeux jeunes de Serge Brussolo est un thriller des plus classiques dans la bibliographie de l’auteur, n’apportant absolument rien de neuf avec tous les éléments récurrents de quasi tous ces romans. Ici comme d’habitude on en sait jamais ce qui est vrai de tout ce qui se raconte, des légendes qui circulent concernant l’affaire. L’héroïne toujours aussi crédule se laisse prendre au jeu... Hélas le lecteur lui sera moins crédule, les propos ici étaient bien moins convaincants que dans d’autres romans semblables de l’auteur.
Reste le plaisir pour le lecteur de se plonger dans l’univers des séries télévisés des années 1960, celles avec des scénarios minces comme des feuilles de cigarettes,  des décors en carton et des stars et starlettes qui ne brillaient guère par leur jeu d’acteur. Et cela, ici, en vaut amplement la peine.

Le Chat aux yeux jaunes de Serge Brussolo est un thriller qui ne convainc pas toujours, assez inégal, et qui pourtant m’a procuré un certain plaisir par moments. Mais ce n’est certainement pas le meilleur de l’auteur.

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Présente édition : Pocket, 15 novembre 2012, 320 pages
ISBN-10: 2266220446 / ISBN-13: 978-2266220446

Voir également :
Trajets et itinéraires de l’oubli - Serge Brussolo (1981), présentation et extrait
Bunker - Serge Brussolo (1985), présentation
Les emmurés - Serge Brussolo (1990), présentation
Boulevard des banquises - Serge Brussolo (1990), présentation
Baignade accompagnée - Serge Brussolo (1999), présentation
Le livre du grand secret - Serge Brussolo (1999), présentation
La Princesse noire - Serge Brussolo (2004), présentation
-
 La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond - Serge Brussolo (2004), présentation
La maison des murmures - Serge Brussolo (2005), présentation
Dortoir interdit - Serge Brussolo (2009), présentation et extrait
L'héritier des abîmes - Serge Brussolo (2009), présentation
Le vestiaire de la reine morte - Serge Brussolo (2010), présentation
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mercredi, 26 décembre 2012

Millenium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Flickan som lekte med elden) - Stieg Larsson - 2006

stieg larsson, millenium, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, romans policiers, thrillers, lisbeth Salander, litterature suedoiseAlors que, suite aux précédentes aventures, Lisbeth Salander passe du beau temps aux Caraïbes, ou presque si elle ne devait faire face à une tempête et à une tentative de meurtre de la part d’un covacancier sur son épouse, Mikael Blomkvist, Super Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millenium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l’Est. Et il se rendra rapidement compte à quel point certains sujets peuvent s’avérer dangereux, lorsque le pigiste de la principale enquête est retrouvé mort assassiné, que les services secrets et de troubles mafieux issus de l’est se mêlent. Mais sa surprise est au comble lorsque la police semble suspecter comme principal suspect une certaine... Lisbeth Salander.
Une longue enquête va débuter pour le journaliste, et surtout pour Lisbeth qui doit tout faire pour sauver sa peau.

Deuxième roman de la série policière Millenium, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, de l’auteur suédois Stieg Larsson, décédé lors de sa parution, et qui nous conte une sombre histoire d’enquête sur les milieux de la prostitution, ou du moins s’en approche. Cela commence assez fort sur les traces de Lisbeth Salander avec une intrigue secondaire mais qui hélas s’enlise rapidement avant le démarrage de l’intrigue principale. L’auteur met l’accent sur les personnages, parfois de façon maladroite, et surtout il en fait trop, dévoilant de multiples et inutiles détails notamment sur la vie sexuelle de ses protagonistes. Soit on s’y laisse prendre à découvrir plus de facettes de Salander ou de Blomkvist, et dans ce cas tant mieux, sinon on s’ennuie. Et ce n’est pas l’intrigue principale qui viendra ensuite sauver le tout, se basant trop sur un suspense partant d’un meurtre plutôt que de s’attaquer au sujet de base de l’intrigue qu’est censé être la prostitution. Tout comme pour le premier tome, pourtant plus réussi à de multiples égards, le texte souffre tout autant, voir même plus de l’absence de tout style littéraire.

A mes yeux Millenium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette de Stieg Larsson représente donc une belle déception.

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Extrait : le prologue

Prologue

Elle était attachée sur une étroite couchette au cadre en acier. Des courroies de cuir l'emprisonnaient et un harnais lui maintenait la cage thoracique. Elle était couchée sur le dos. Ses mains étaient retenues par des lanières de cuir de part et d'autre du lit.

Elle avait depuis longtemps abandonné toute tentative de se détacher. Elle était éveillée mais gardait les yeux fermés. Quand elle les ouvrait, elle se trouvait dans le noir et la seule source de lumière visible était un mince rayon qui filtrait au-dessus de la porte. Elle avait un mauvais goût dans la bouche et ressentait un besoin impérieux de se laver les dents.

Une partie de sa conscience épiait le bruit de pas qui signifierait qu'il venait. Elle savait que c'était le soir mais n'avait aucune idée de l'heure, à part qu'elle sentait que ça devenait trop tard pour une de ses visites. Elle sentit une vibration soudaine dans le lit et ouvrit les yeux. On aurait dit qu'une sorte de machine s'était mise en marche quelque part dans le bâtiment. Quelques secondes plus tard, elle n'aurait su dire si elle l'inventait ou si le bruit était réel.

Dans sa tête, elle cocha un jour de plus.

C'était son quarante-troisième jour de captivité.

Son nez la grattait et elle tourna la tête pour pouvoir le frotter contre l'oreiller. Elle transpirait. L'air de la pièce était chaud et renfermé. Elle était vêtue d'une simple chemise de nuit en tissu uni qui remontait sous son corps. En déplaçant la hanche du peu qu'elle pouvait, elle réussit à attraper le tissu avec l'index et le majeur et à tirer la chemise de côté, centimètre par centimètre. Elle essaya avec l'autre main. Mais la chemise formait toujours des plis eh bas de son dos. Le matelas était bosselé et inconfortable. L'isolement total auquel elle était livrée amplifiait terriblement la moindre impression qu'autrement elle aurait ignorée. Le harnais, bien que serré, était suffisamment lâche pour qu'elle puisse changer de position et se coucher sur le côté, mais cela l'obligeait alors à garder une main dans le dos et son bras s'engourdissait vite.

Si un sentiment dominait son esprit, ce devait être une colère accumulée.

En revanche, elle était torturée par ses propres pensées qui, malgré toutes ses tentatives pour l'éviter, se transformaient en fantasmes désagréables sur ce qui allait lui arriver. Elle haïssait cet état de vulnérabilité forcée. Elle avait beau essayer de se concentrer sur un sujet de réflexion pour passer le temps et refouler sa situation, l'angoisse suintait quand même et flottait comme un nuage toxique autour d'elle, menaçant de pénétrer ses pores et d'empoisonner son existence. Elle avait découvert que la meilleure façon de tenir l'angoisse à distance était de fantasmer sur quelque chose de plus fort que ses pensées. Quand elle fermait les yeux, elle matérialisait l'odeur d'essence.

Il était assis dans une voiture avec la vitre latérale baissée. Elle se précipitait sur la voiture, balançait l'essence par la vitre ouverte et craquait une allumette. C'était l'affaire d'une seconde. Les flammes fusaient instantanément.

Il se tordait de douleur et elle entendait ses cris de terreur et de souffrance. Elle pouvait sentir l'odeur de chair brûlée et l'odeur plus acre du plastique et de la garniture du siège qui se carbonisaient.

Elle s’était probablement assoupie, parce qu'elle ne l'avait pas entendu venir, mais elle fut parfaitement éveillée quand la porte s'ouvrit. La lumière de l'ouverture l'aveugla.

Il était venu quand même.

Il était grand. Elle ne connaissait pas son âge, mais il était adulte. Ses cheveux étaient roux et touffus, il avait des lunettes à monture noire et une barbiche clairsemée. Il sentait l'après-rasage. Elle haïssait son odeur.

Il resta en silence au pied du lit et la contempla un long moment.

Elle haïssait son silence.

Son visage n'était pas éclairé et elle ne le percevait que comme une silhouette à contre-jour. Brusquement, il lui parla. Sa voix était grave et nette et il insistait avec affectation sur chaque mot.

Elle haïssait sa voix.

Il dit qu'il voulait lui souhaiter un bon anniversaire, puisque c'en était le jour. La voix n'était ni désagréable ni ironique. Elle était neutre. Elle devina qu'il lui souriait.

Elle le haïssait.

Il s'approcha et contourna la couchette pour venir près de sa tête, posa le dos d'une main humide sur son front et glissa les doigts le long de la racine des cheveux en un geste sans doute destiné à être amical. C'était son cadeau d'anniversaire.

Elle haïssait qu'il la touche.

Il lui parlait. Elle vit sa bouche remuer mais elle ne laissa pas entrer le son de sa voix. Elle ne voulait pas écouter. Elle ne voulait pas répondre. Elle l'entendit élever la voix. Une note d'irritation due à son refus de répondre s'était glissée dans les mots. Il parlait de confiance réciproque. Au bout de plusieurs minutes, il se tut. Elle ignora son regard.

Puis il haussa les épaules, contourna le lit par la tête et ajusta les courroies de cuir. Il serra le harnais d'un cran et se pencha sur elle.

Elle se tourna soudain sur la gauche, se détourna de lui, autant qu'elle le put et aussi loin que les courroies le lui permettaient. Elle replia la jambe et lui décocha un violent coup de pied. Elle visa la pomme d'Adam et elle le toucha avec le bout d'un orteil quelque part sous le menton, mais il s'y attendait et il esquiva, et le coup fut très léger, à peine perceptible. Elle essaya de nouveau mais il était déjà hors d'atteinte.

Elle laissa retomber ses jambes sur la couchette.

Le drap avait glissé et formait un tas par terre. Elle sentit que sa chemise de nuit était remontée loin au-dessus des hanches. Elle n'aimait pas ça. Elle ne pouvait pas couvrir
sa nudité.

Il resta immobile un long moment sans rien dire. Puis il contourna la couchette et installa la lanière de pied. Elle essaya de ramener les jambes vers elle, mais il saisit sa cheville et lui rabattit vigoureusement le genou avec l'autre main, puis il bloqua le pied avec la courroie de cuir. Il passa de l'autre côté du lit et attacha l'autre pied.

Maintenant, elle était totalement à sa merci. Il ramassa le drap et la couvrit. Il la contempla en silence pendant deux minutes. Dans l'obscurité, elle pouvait sentir son excitation même s'il la dissimulait ou du moins essayait. Elle savait qu'il bandait. Elle savait qu'il voulait tendre une main et la toucher.

Ensuite il fit demi-tour, sortit et tira la porte derrière lui.

Elle entendit qu'il fermait à clé, ce qui était largement exagéré puisqu'elle n'avait aucune possibilité de se dégager du lit.

Elle resta immobile pendant plusieurs minutes et regarda le mince rai de lumière en haut de la porte. Puis elle bougea et essaya de sentir si les courroies étaient vraiment très serrées. Elle pouvait remonter un peu les genoux mais le harnais se tendit immédiatement. Elle se décontracta. Elle resta allongée complètement immobile, les yeux fixés dans
le néant.

Elle attendait.

Elle rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette. Elle le voyait imbibé d'essence. Elle pouvait sentir physiquement la boîte d'allumettes dans sa main. Elle la secouait. Ça faisait du bruit. Elle ouvrait la boîte et choisissait une allumette. Elle l'entendait dire quelque chose mais fermait ses oreilles et n 'écoutaitpas les mots. Elle voyait l'expression de son visage lorsqu'elle passait l'allumette sur le grattoir.

Elle entendait le raclement du soufre contre le grattoir. On aurait dit un coup de tonnerre qui dure. Elle voyait le bout s'enflammer.

Elle esquissa un sourire totalement dépourvu de joie et se blinda.

C'était la nuit de ses treize ans.

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Présente édition : traduit du suédois par Lena Grumbach, Actes Sud - Babel noir, 4 janvier 2012, 800 pages
ISBN-10: 2742797874 / ISBN-13: 978-2742797875

Voir également :
- Millenium, tome 1 : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes (Män som hatar kvinnor, 2006), présentation et extrait

vendredi, 23 novembre 2012

SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers - 2012

gerard de villiers, panique a bamako, bamako, 195, sas, malko linge, litterature francaise, romans d espionnage, islamistes, mali, bamako, litterature erotique, thrillers, romans erotiques- Boubacar, cria Malko, ouvrez votre chemise !

Le Malien commença à déboutonner l'ample chemise bleue portée par-dessus son pantalon.

Malko sentit son sang se figer. Entre la chemise et le torse de Boubacar Wagué, il y avait un véritable plastron d'explosifs, maintenu par une armature de cerceaux métalliques qui l'empêchait de s'en débarrasser.

Ils allaient mourir tous les deux.

2012 au Mali. Le Nord du pays a été pris par des groupes islamistes armés qui peu à peu avancent vers la capitale, Bamako, délaissée par l’armée qui s’est évaporée.
Lorsque Malko arrive au Mali, appelé par la CIA afin de reprendre en main une tortueuse opération de renseignement visant à découvrir les intentions des islamistes, la situation est déjà désespérée. Quand vont-ils frapper ? Nul ne sait. Et pour la CIA il faut coûte que coûte découvrir les intentions de l’ennemi dans l’espoir de trouver de quoi les contrer.
Tout va reposer sur les épaules de Malko qui a en face de lui des adversaires féroces et rusés. Lorsque sa source revient de Gao transformée en bombe humaine, destinée à les transformer tous les deux en chaleur et lumière, tout semble perdu.
C’est un concours de circonstances extraordinaire qui va lui permettre, in extremis, de renverser la situation. Grâce à son sens de l’observation et à son astuce...

Déjà la 195ème aventure du Prince Malko Linge, parcourant le monde en mission pour la CIA et cela sous la plume de l’infatigable auteur et reporter Gérard De Villiers. Toujours la même recette... celle qui marche... action, espionnage et sexe baignant un contexte d’actualité. Hélas ici, Panique à Bamako n’est guère le meilleur de la série. L’intrigue ne prend pas vraiment et c’est bien dommage, car sinon le roman procure un certain plaisir à découvrir une ville abandonnée de tout pouvoir et dans l’attente de ses futurs occupants.

Pour les amateurs de la série.

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Extrait : premier chapitre

Souha, souple comme une liane, sa croupe cambrée moulée dans un pantalon de toile noire serré comme un gant trop petit, les bras noués autour du cou de Ted Schackley, son amant américain, se balançait languissamment contre lui, plantée au milieu de la piste de danse du « Bla-Bla », éclairée par à-coups par des stroboscopes, au son rythmé d’un zouk ivoirien.

La boîte était presque vide: depuis le coup d’État du 22 mars fomenté par le capitaine Amadou Haya Sanogo, officier des «Bérets verts » de l’armée malienne, Bamako s’était vidée comme un évier de la plupart de ses toubabs et ceux qui étaient restés sortaient moins.

Les Maliens n’étaient pas des sanguinaires. Peuple commerçant, pratiquant un islam africanisé, c’est-à-dire extrêmement modéré, ils n’aimaient pas la violence.

Le vieux président ATT chassé du pouvoir, après quelques combats dans le centre de la ville, pour la possession de l’immeuble de la radio-télévision et des heurts à l’aéroport, un calme précaire était revenu dans Bamako, surveillé avec inquiétude par la CDAO.

Le capitaine Sanogo s’était retrouvé tout seul, avec sa Révolution sur les bras et, pour tout arranger, la débâcle de l’armée malienne chassée des grandes villes du nord du pays: Tombouctou, Gao, Kidal, par une coalition improbable de Touaregs de la « Légion islamique » du colonel Kadhafi, revenus de Libye armés jusqu’aux dents, et d’islamistes fanatiques, agglutinés en plusieurs mouvements, sous la houlette de l’AQMI.

Ceux-ci avaient égorgé sauvagement les quelques soldats maliens qui n’avaient pas couru assez vite vers le Sud, abandonnant leurs armes et matériel, puis s’étaient installés dans l’Azawad, la zone désertique du Mali remontant jusqu’à l’Algérie, qui représentait 80 % de la surface du pays.

Proclamant, sous les étendards noirs brodés de sourates du Coran, un califat pur et dur, semblable au régime des Talibans.

Allant jusqu’à « chicoter » les enfants qui osaient encore jouer avec des « playstation », réputées instruments du Diable. Saccageant les bars et les restaurants, interdisant l’alcool et forçant les femmes à se voiler.

Certes, ils n’étaient encore qu’à huit cents kilomètres de Bamako, la capitale du Mali, allongée paresseusement au bord du Niger, mais il n’y avait rien pour les arrêter.

Désormais, une police islamique féroce veillait sur la morale. Un couple ayant eu des relations sexuelles hors mariage avait été fouetté en public à Tombouctou, sous le regard effaré et terrifié de la population.

Alors, Bamako, calme en apparence, vivait au ralenti, la majorité des Blancs ayant fui. Les restaurants étaient vides. L’Hôtel de l’Amitié, 200 chambres en plein centre, avait dû fermer, faute de clients, envoyant les deux seuls qui lui restaient au «El Farouk », planté au bord du fleuve, juste à l’ouest du Pont des Martyrs.

En ce samedi, la vie nocturne avait repris un peu dans les quelques discothèques encore ouvertes. Pour la plus grande joie des quelques toubabs demeurés sur place, la plupart des diplomates demeurant claquemurés dans leurs ambassades respectives.

Ted Shackley, déjà bien imbibé, décida de ne plus bouger, debout au milieu de la piste, Souha, gluée à lui comme un Bernard-l’Hermite à son rocher, son regard légèrement bovin dans le vague, mais son ventre s’agitant efficacement contre celui de l’Américain.

Très jeune pute marocaine, au corps fin et à la morale absente, elle considérait comme une importante promotion sociale d’être la favorite d’un diplomate américain, de surcroît plutôt bel homme, même s’il avait trente ans de plus qu’elle. Sentir son désir se développer contre elle la remplissait de joie.

Du coup, elle accéléra un peu son balancement, et Ted Shackley resserra un peu plus son bras autour de sa taille, l’incrustant contre son érection.

Les ventilateurs marchaient bien et la douce musique rythmée du zouk le plongeait dans un état quasi euphorique. Normalement, il aurait dû se trouver devant sa télé, dans son petit cottage niché au fond des bois, à Mac Lean, en Virginie. Heureux retraité après trente-cinq ans de bons et loyaux services à la Central Intelligence Agency, qui l’avait recruté à la sortie de l’Université. D’abord analyste, puis officier traitant et enfin, chef de Station, il avait été affecté un peu partout dans le monde, en Irak, au Zaïre, au Pakistan, dans tous les points chauds. Divorcé, sans enfant, il s’était laissé pousser la barbe et s’était mis à boire un peu plus que modérément. Faisant honneur au pot d’adieu donné un an plus tôt à Langley pour fêter son départ en retraite de « Senior Officer ».

Retraite qui n’avait duré que quatre mois.

En effet, la CIA cherchait un OT expérimenté pour le nommer à Bamako, au Mali.

N’en trouvant pas!

La plupart des OT étaient mariés et pères de famille. Pas vraiment désireux de quitter la civilisation pour une ville plantée au milieu de l’Afrique. Sans parler des épouses, encore plus réticentes, et des risques courus: violences, mort, kidnapping.

Tout le monde s’était défilé; la CIA, qui comptait de moins en moins de héros, avait fait appel à lui, lui proposant un contrat CDD de deux ans, avec des émoluments agréables. Élément qu’elle n’aurait pas pu proposer à un OT en activité.

Ted Shackley avait signé des deux mains: il commençait à s’ennuyer au fond des bois.

Il ne le regrettait pas, retrouvant avec plaisir l’environnement exotique et sensuel de l’Afrique.

Souha s’agita un peu contre lui et, mentalement, il imagina la grosse bouche se refermant sur son sexe, ce qui faillit le faire éjaculer.

Observatrice, la jeune pute marocaine colla ses lèvres tièdes à son oreille gauche et murmura:

– Tu veux qu’on aille derrière?

– Qu’est-ce qu’elle est bandante, cette salope! murmura Joe Kovarski, affalé sur la banquette de velours rouge, face à la piste du « Bla-Bla », une main crispée sur la cuisse de sa voisine, Bella, une longue Bambara à la poitrine aiguë, gentille pute ramassée à l’Appaloosa, restaurant du centre ville. L’Américain n’arrivait pas à détacher les yeux du couple oscillant sur la piste.

Avec son crâne rasé, ses épaules de Superman, ses traits brutaux et ses pectoraux monstrueux, Joe Kovarski faisait peur. C’est ce qu’il fallait pour être admis dans les « Spécial Forces » américaines. Cent quatre-vingt dix centimètres de muscles. Ses cuisses énormes faisaient éclater son pantalon de toile. La bosse qui grandissait en haut de ses cuisses intéressait beaucoup Bella. Discrètement, elle posa sa main sur le sexe serré dans la toile. Se disant que, dans très peu de temps, elle l’aurait au fond de son ventre. Maîtresse régulière de Joe Kovarski, elle avait pu, grâce à sa générosité, acheter un petit commerce d’alimentation qui faisait vivre sa famille.

À sa droite, son voisin, Dave Nichols, «Special Forces » lui aussi, le clone de Joe, lui tournait presque le dos, occupé à triturer sur toutes les coutures sa compagne Linda, autre jeune Marocaine qui s’efforçait de l’empêcher de lui arracher sa culotte.

Pour les deux membres des «Special Forces », c’était une récréation inespérée. Venus pour entraîner l’armée malienne, ils se retrouvaient au chômage, celle-ci s’étant évaporée dans les sables du désert.

Défaite par les quelques centaines de combattants de la rébellion islamo-touareg.

La plupart des « Spécial Forces » s’étaient repliés sur une base au Burkina-Fasso, ne laissant à Bamako qu’une poignée d’entre eux.

Joe Kovarski et Dave Nichols se contentaient désormais d’escorter l’ambassadrice américaine, lorsqu’elle se hasardait en ville, et de servir d’officiers de sécurité à Ted Shackley, les membres de la CIA n’ayant pas le droit de sortir seuls, la nuit tombée.

Le zouk s’arrêta brutalement et Ted Shackley, précédé par son érection, regagna le box.

D’autorité, le barman apporta une bouteille de champagne. Personne n’eut le cœur de refuser.

Les trois Américains n’avaient plus qu’une idée: profiter amplement de cette soirée de détente bien commencée à l’Appaloosa, de l’autre côté du fleuve, un restaurant tenu par un Français où on mangeait correctement.

Plus sûr que ceux des Libanais. Ceux-ci passant leur temps, par économie, à décongeler et à recongeler leurs gambas importées d’Abidjan par des camions vaguement frigorifiques. En y goûtant, on avait une chance sur deux de mourir ou de rester paralysé.

La bouteille de champagne ne dura que le temps d’une rose. Tous rêvaient désormais d’une bonne récréation sexuelle. Ted Shackley regarda son chronographe et lança:

– On va y aller!

Les deux « Spécial Forces » étaient déjà debout. Le vieil OT de la CIA était leur diamant! Ils l’escortaient souvent lorsqu’il rendait visite à ses contacts, dans des quartiers excentrés.

Pendant qu’il payait, Joe Kovarski se leva, tirant sa copine par la main et fonça vers la sortie, en lâchant:

– On va sécuriser!

Chacun d’eux portait un petit revolver « deux pouces » dans un « anckle holster » G.K. dissimulé par leur pantalon de toile.

Dave Nichols le suivit et ils se retrouvèrent tous les quatre dans la sombre allée de latérite où il y avait encore un peu de vie. Des marchands ambulants, quelques putes en solde et des Maliens appuyés au mur, dormant debout.

Après un regard circulaire, Joe Kovarski lança à son copain :

– Va lui dire que c’est OK. All clear.

Après la clim relative de la boîte, les 38° humides de la nuit tropicale vous tombaient dessus comme une couverture brûlante.

À peine dans la Land-Cruiser, Bella, la fiancée de Joe Kovarski, se colla à lui, massant discrètement le pantalon de toile.

– Où on va? demanda-t-elle.

Évidemment, ils ne pouvaient pas se rendre à l’ambassade américaine.

– On va au Farouk, annonça Joe Kovarski. Il y a la clim et de la bière.

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Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 3 octobre 2012, 320 pages
ISBN-10: 2360530534 / ISBN-13: 978-2360530533

 

Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
- SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
- SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

mardi, 30 octobre 2012

Millenium, tome 1 : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes (Män som hatar kvinnor) - Stieg Larsson - 2005

stieg larsson, millenium, liesbeth salander, mikael blomkvist, litterature suedoise, romans policiers, thrillers, les hommes qui n'aimaient pas les femmesLe journaliste économique Mikael Blomkvist voit sa carrière mise à mal après la publication d’un article attaquant le multimillionnaire Hans-Erik Wennerström, cela par des erreurs inexpliqués dans son enquête qui le font condamner pour diffamation.
Alors qu'il va prendre de la distance avec sa vie et son métier – et aussi pour aller purger une peine de prison ferme –, le riche industriel Henrik Vanger lui confie un travail de la plus haute importance. Officiellement Blomkvist doit écrire une biographie de l'histoire de la puissante famille Vanger. Mais en réalité la véritable mission de Blomkvist concerne un meurtre non élucidé depuis plus de quarante ans, celui de la nièce préférée de Henrik, Harriet Vanger, disparue à l'âge de seize ans. Pour compléter le mystère et susciter la curiosité de Blomkvist, Henrik est provoqué chaque année par un expéditeur anonyme qui lui fait parvenir une fleur sous cadre. De plus, la famille Vanger, composée d'une soixantaine de personnes, semble cacher bien des haines et des secrets. Tous ces éléments sont attrayants et Blomkvist accepte la proposition de Henrik Vanger, aussi parce que celui-ci s'est engagé à lui confier des informations sensibles sur Wennerström, avec lesquels une vengeance sera possible.
Cette enquête va également l’amener à rencontrer Lisbeth Salander, une jeune femme de vingt-quatre ans, plutôt étrange, en total déphasage avec la société dans laquelle elle vit, qui possède le don extraordinaire de découvrir des informations introuvables par des moyens connus d'elle seule. Elle travaille d'ailleurs en freelance pour une société active dans le domaine de la sécurité et sera engagée comme assistante auprès de Mikael dans le cadre de la mission confiée par Henrik Vanger.
Rapidement ces deux enquêteurs vont tomber sur des indices qui risquent de dévoiler un effroyable secret familial, un secret vieux de quarante ans et dont la révélation risque d’être fatale à tout ce monde.

Les trois romans de la série Millenium ont connu un véritable succès à travers l’Europe et au-delà, et cela dès leur première parution. Une histoire habile, une intrigue passionnante et même surprenante, des personnages forts... et surtout un beau coup de marketing se basant sur la mort de l’auteur avant que les trois romans ne soient, ce dernier étant de plus mort d’une façon décrite dans l’un de ses romans... du moins c’est ce qui a été raconté. Méfiant au départ et découragé par le nombre de pages fort important, j’ai tardé à m’y mettre... et cela sans regret. Car la qualité est effectivement là et ce premier roman Millenium, tome 1 : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes s'avère être un polar très réussi. Certains regretteront la présence de nombreuses longueurs dans le livre, qui peuvent tout de même étre justifiés par le fait de donner de nombreux détails à l’histoire et à son contexte, rendant le tout ainsi plus fort. L’enquête est bien menée, l’intrigue se construit admirablement bien. Hélas pour principal défaut, notons tout de même l’absence totale de style littéraire, l’auteur étant journaliste de base et non romancier, cela se sent à chacune des pages de ce roman.

Le roman a été adapté au cinéma dans une production suédo-danoise sous le titre Millenium (Män som hatar kvinnor) par Niels Arden Oplev, sorti en France le 13 mai 2009.
Une autre adaptation suédo-américaine, Millénium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes , réalisée par David Fincher et avec Daniel Craig, est sortie en France le 18 janvier 20125.

Millenium, tome 1 : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes est un polar très réussi et bien passionnant, de la part d’un auteur jusque-là inconnu, et déjà disparu depuis.

A lire !

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Extrait : prologue

PROLOGUE

VENDREDI 1« NOVEMBRE

C'ÉTAIT MAINTENANT devenu un événement annuel. L'homme qui recevait la fleur fêtait ce jour-là ses quatre-vingt-deux ans. Il sortit le paquet de l'enveloppe et retira le papier cadeau. Puis il souleva le combiné du téléphone et composa le numéro d'un ancien commissaire de police qui depuis sa mise à la retraite était installé en Dalécarlie, près du lac Siljan. Non seulement les deux hommes avaient le même âge mais ils étaient aussi nés le même jour - ce qui, vu le contexte, pouvait paraître de l'humour. Le commissaire savait qu'il allait recevoir cet appel après le passage du facteur vers 11 heures du matin, et il prenait son café en attendant. Cette année, le téléphone sonna dès 10 h 30. Il décrocha et ne s'embarrassa même pas des préambules.

— Elle est arrivée, je suppose. Qu'est-ce que c'est, comme fleur, cette année ?

— Aucune idée. Je vais la faire identifier. Une fleur blanche.

— Pas de lettre, évidemment ?

— Non. Rien que la fleur. Le cadre est le même que l'année dernière. Un de ces cadres bon marché à monter soimême.

— Cachet de la poste ?

— Stockholm.

— Ecriture ?

— Comme toujours, des majuscules d'imprimerie. Des lettres droites et soignées.

Ils avaient épuisé le sujet et observèrent le silence, chacun à son bout de la ligne, pendant une bonne minute.

Le commissaire à la retraite se pencha en arrière sur sa chaise de cuisine et suçota sa pipe. Il savait très bien qu'on ne comptait plus sur lui pour poser la question qui ferait déclic, la question d'une folle perspicacité qui jetterait une nouvelle lumière sur cette affaire. Ce temps-là était révolu depuis de nombreuses années et la conversation entre les  deux hommes âgés avait le caractère d'un rituel entourant un mystère que personne d'autre au monde qu'eux n'avait à coeur de résoudre.


LE NOM LATIN de la plante était Leptospermum rubinette (Myrtaceae). Une plante au port buissonnant, relativement quelconque, avec de petites feuilles rappelant celles de la bruyère, et une fleur blanche de deux centimètres, dotée de cinq pétales. Longueur totale : environ douze centimètres. On la trouvait dans le bush et les régions montagneuses de l'Australie, où elle poussait sous forme de grosses touffes herbeuses. Là-bas, on l'appelait désert snow. Plus tard, une experte d'un jardin botanique d'Uppsala allait constater qu'il s'agissait d'une plante rare, très peu cultivée en Suède. Dans son rapport, la botaniste écrivait que la plante était apparentée au myrte d'appartement, et qu'on la confondait souvent avec sa cousine bien plus fréquente Leptospermum scoparium, dont la Nouvelle-Zélande regorgeait. D'après l'experte, la différence consistait en un nombre restreint de microscopiques points roses au bout des pétales, qui donnaient à la fleur une faible nuance rosée. D'une manière générale, la rubinette était une fleur particulièrement insignifiante. Aucune valeur commerciale, pas de vertus médicinales connues, et elle n'était pas hallucinogène. Non comestible, inutilisable comme condiment et sans aucune propriété colorante. Elle avait néanmoins une certaine importance pour les aborigènes d'Australie, qui par tradition considéraient la région et la flore autour d'Ayers Rock comme sacrées. Le seul but de cette fleur semblait donc être de faire agréablement profiter l'entourage de sa beauté capricieuse.

Dans son rapport, la botaniste d'Uppsala constatait que si la désert snow était peu répandue en Australie, elle était carrément rarissime en Scandinavie. Personnellement, elle n'en avait jamais vu mais, renseignements pris auprès de quelques collègues, elle avait connaissance de tentatives d'introduction de la plante dans un jardin à Gôteborg, et on ne pouvait exclure que des jardiniers amateurs et des fanatiques de botanique la cultivent dans leurs petites serres personnelles. La principale difficulté de son acclimatation en Suède était qu'elle exigeait un climat doux et sec, et qu'elle devait passer les six mois de l'hiver à l'abri. Les sols calcaires ne lui convenaient pas et elle avait besoin d'un arrosage souterrain, directement absorbable par la racine.

Elle exigeait savoir-faire et main verte.


THÉORIQUEMENT, le fait que cette plante soit rare en Suède aurait dû faciliter le pistage de l'origine de cet exemplaire mais, concrètement, la tâche était impossible. Il n'existait ni registres à consulter, ni licences à examiner. Personne ne savait combien d'horticulteurs amateurs avaient pu procéder à l'importation aléatoire d'une plante aussi difficile - cela pouvait aller de quelques-uns jusqu'à des centaines de passionnés de fleurs qui avaient accès aux graines et aux plantes. N'importe quel jardinier avait pu les acheter à un confrère sans trace ni facture, ou par correspondance, ou à un jardin botanique n'importe où en Europe. Elle aurait même pu être introduite en Suède au retour d'un voyage en Australie. Autrement dit, identifier ces cultivateurs parmi les millions de Suédois qui possèdent une petite serre ou un pot de fleurs sur un rebord de fenêtre était une tâche vouée à l'échec.

Elle n'était qu'un numéro dans la suite de fleurs mystificatrices qui arrivaient chaque année toujours dans une grosse enveloppe molletonnée le 1e r novembre. L'espèce changeait d'une année sur l'autre, mais c'étaient de belles fleurs et souvent assez rares. Comme toujours, la fleur était pressée, soigneusement fixée sur dû papier à dessin et encadrée sous verre au format 29 x 16.


LE MYSTÈRE DE CES FLEURS n'avait jamais été communiqué aux médias et n'était connu que d'un cercle limité. Trois décennies plus tôt, l'arrivée annuelle de la fleur avait fait l'objet d'analyses - du Laboratoire criminologique de l'Etat, d'experts en empreintes digitales et de graphologues, de criminologues patentés et d'un certain nombre de proches et amis du destinataire. A présent, les acteurs du drame n'étaient plus que trois : le vieux héros de la fête, le policier à la retraite et, naturellement, l'individu inconnu qui avait envoyé le cadeau. Les deux premiers, au moins, ayant atteint un âge plus que respectable, il était grand temps de se préparer à l'inéluctable, le cercle des initiés allait diminuer sous peu.

Le policier à la retraite était un vétéran que les épreuves avaient fortifié. Jamais il n'avait oublié sa première intervention : l'arrestation d'un homme ivre - un mécanicien des chemins de fer -, violent et prêt à mettre en jeu sa vie ou celle de quelqu'un d'autre. Au cours de sa carrière, le policier avait expédié en taule des braconniers, des hommes qui battaient leur femme, des escrocs, des voleurs de voitures et des conducteurs en état d'ébriété. Il avait été confronté à des cambrioleurs, des voleurs, des trafiquants, des violeurs et au moins un dynamiteur plus ou moins malade mental. Il avait participé à neuf enquêtes sur des meurtres ou des assassinats. Dans cinq d'entre elles, le coupable avait lui-même appelé la police, bourrelé de remords, pour avouer être le meurtrier de sa femme, de son frère ou d'un autre proche. Trois cas avaient nécessité des investigations ; deux avaient trouvé leur dénouement au bout de quelques jours et un avec l'assistance de la Sâpo* au bout de deux ans. La neuvième enquête n'avait pas de bases policières solides, c'est-à-dire que les investigateurs savaient qui était l'assassin, mais les preuves étaient si minces que le procureur avait décidé de laisser l'affaire en sommeil. Au grand dam du commissaire, il y avait finalement eu prescription. Globalement, il avait cependant derrière lui une carrière impressionnante, et aurait logiquement dû se sentir satisfait du travail accompli.

Il était tout sauf satisfait.

Pour le commissaire, Y affaire des fleurs sécbées était une épine qui restait plantée - l'enquête frustrante toujours irrésolue à laquelle il avait sans conteste consacré le plus de temps.

La situation était doublement saugrenue, puisque après des milliers d'heures de réflexion, en service autant que hors service, il n'était même pas sûr qu'il y avait eu crime. Les deux hommes savaient que l'individu qui avait collé la fleur séchée avait utilisé des gants, on ne trouvait d'empreintes ni sur le cadre ni sur le verre. Ils savaient qu'on ne pouvait absolument pas remonter à l'expéditeur. Ils savaient que le cadre était en vente dans des magasins de photos ou dans des papeteries du monde entier. Il n'y avait tout simplement aucune piste d'investigation à suivre. Et le cachet de la poste changeait toujours ; le plus souvent il était de Stockholm, mais trois fois de Londres, deux de Paris, deux de Copenhague, une fois de Madrid, une de Bonn et une fois, la plus intrigante, de Pensacola, Etats-Unis. Alors que toutes les autres villes étaient des capitales, Pensacola était un nom tellement inconnu que le commissaire avait été obligé de chercher la ville dans un atlas.


APRÈS AVOIR RACCROCHÉ , l'homme qui fêtait ses quatrevingt-deux ans resta un long moment sans bouger à contempler la belle mais insignifiante fleur australienne dont il ne connaissait pas encore le nom. Puis il leva les yeux vers le mur au-dessus du bureau. Quarante-trois fleurs pressées y étaient accrochées, encadrées sous verre, formant quatre rangées de dix fleurs chacune et une rangée inachevée de quatre tableaux. Dans la rangée supérieure, il en manquait un. La place n° 9 était béante. La désert snow allait devenir le n° 44.

Pour la première fois, cependant, quelque chose se passa qui rompit la routine des années précédentes. Tout à coup, et sans qu'il s'y soit attendu, il se mit à pleurer. Il fut lui-même surpris par cette soudaine effusion sentimentale après près de quarante ans.

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Présente édition : traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, éditions Actes Sud / Babel, 4 janvier 2012, 705 pages
ISBN-10: 2330004990 / ISBN-13: 978-2330004996

Voir également :
- Millenium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Flickan som lekte med elden, 2006), présentation et extrait

vendredi, 28 septembre 2012

Le Barrage (The Dam) - Robert Byrne - 1981

robert byrne, le barrage, the dam, litterature americaine, thrillers, romans catastropheLe barrage du Sierra Canyon en Californie est le plus grand barrage en enrochements du monde. Que ce soit par ses dimensions, ou alors par les technologies utilisées, ce fantastique édifice semble être à l’épreuve de tout. Même un tremblement ne pourrait le détruire, d’ailleurs le dernier en date ne l’a même pas fait vaciller. Pourtant derrière les apparences ce séisme a provoqué de nombreux dégâts, invisibles, mais qui peu à peu font craquer le barrage.
Philip Kramer est un jeune ingénieur fraîchement engagé par le bureau d'études Roshek, Belch & Benedetz, le bureau responsable de nombreux barrages dans le monde, y compris celui du Sierra Canyon. Grâce à un programme informatique, développé par lui-même durant ses études, Philip va découvrir l’horrible vérité sur le barrage : le Sierra Canyon cèdera, et cela même très prochainement. Or que faire lorsque ni sa hiérarchie, ni les autorités ne veulent entendre quoique ce soit à ce sujet. Philip s’engage dès lors dans une course-poursuite infernale afin de sauver le plus de gens possible de cette catastrophe qui semble inévitable.

Le Barrage de l’auteur américain Robert Byrne est un thriller sorti en 1981, plus disponible aujourd’hui, et qui fut un certain succès à son époque. Ce thriller et roman catastrophe nous conte l’histoire d’une catastrophe, et d’un héros qui, seul contre tous, tente le tout pour le tout pour sauver le monde.

Bref du bon divertissement, beaucoup de suspense mais rien de bien surprenant. 

N.B. : Pour ma part il m’intéressait de lire un roman mettant en scène un problème barrage, raison pour laquelle j’avais déniché ce roman dans une brocante. Résultat : j’ai été satisfait.

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mardi, 25 septembre 2012

Ceux d’en bas - Serge Brussolo - 2010

serge brussolo, ceux d'en bas, thrillers, litterature francaise, fantastique, horreur, survival, agence 13, mickie katz,"Le lac fonctionnait à la manière d'un piège pour l'imagination, ses eaux n'avaient rien de rassurant, sa géographie suscitait l'angoisse. C'était une pochette-surprise démoniaque mêlant des lames de rasoir aux friandises contenues dans ses flancs."

L’Agence 13 est spécialisée dans la réhabilitation de lieux ayant été le théâtre de drames horribles dans le passé. Mais pas facile de transformer le lieu d’un génocide indien en parc d’attraction. C’est pourtant le défi que doit relever Mickie Katz, la spécialiste de l’Agence 13, en se rendant dans un village perdu du Montana qui survit dans une nature sauvage hantée par l'esprit-totem d'un grizzly en colère et les fantômes d'Indiens assassinés en des temps anciens. Folklores et légendes fantaisistes cachent néanmoins des secrets bien réels et Mickie va peu à peu découvrir une population tenaillée par une culpabilité que rien n'apaise, et prête à tout pour expier ses fautes. De plus un archer invisible fait régner la peur dans la région en décochant des flèches au hasard sur la population. Mais c’est au fond du sinistre lac que borde la bourgade que Mickie Katz découvrira la terrible vérité qui hantera à jamais la région.

Ceux d’en bas est le second tome de série Agence 13, après Dortoir interdit, et on retrouve ainsi le même personnage central, Mickie Katz, en charge de restaurer un nouveau lieu hanté par ses démons du passé. L’histoire est indépendante du tome précédent, sauf pour certaines allusions à la relation de l’héroïne à son père qui semble être une sorte de fil conducteur de la série.
Mais de toute façon, série ou non, on retrouve tous les éléments qui font la majeure partie des romans de Brussolo et avec un personnage principal qui ressemble à tant d’autres créés par l’auteur. Après un début un peu long, Brussolo construit peu à peu son histoire avec ses faux-semblants, légendes vraies ou fausses pour réussir à recréer une société isolée et étouffée dans ses secrets au point qu’elle ne distingue plus le vrai du faux. Alors que souvent dans l’œuvre de Brussolo le fantastique n’est que effleuré, souvent suggéré mais rarement confirmé, ici le dénouement laisse pourtant de réelles surprises, efficaces sans être toujours très crédibles.

Ceux d’en bas est certes un bon roman de Serge Brussolo, mais sûrement pas le meilleur.

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Présente édition : Pocket, 10 novembre 2011, 316 pages
ISBN-10: 2266208470 / ISBN-13: 978-2266208475

Voir également :
Trajets et itinéraires de l’oubli - Serge Brussolo (1981), présentation et extrait
Bunker - Serge Brussolo (1985), présentation
Les emmurés - Serge Brussolo (1990), présentation
Boulevard des banquises - Serge Brussolo (1990), présentation
Baignade accompagnée - Serge Brussolo (1999), présentation
Le livre du grand secret - Serge Brussolo (1999), présentation
La Princesse noire - Serge Brussolo (2004), présentation
-
 La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond - Serge Brussolo (2004), présentation
La maison des murmures - Serge Brussolo (2005), présentation
Dortoir interdit - Serge Brussolo (2009), présentation et extrait
L'héritier des abîmes - Serge Brussolo (2009), présentation
Le vestiaire de la reine morte - Serge Brussolo (2010), présentation
- Le Chat aux yeux jaunes - Serge Brussolo (2011), présentation


vendredi, 07 septembre 2012

SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers - 2012

romans erotiques,sas,gerard de villiers,malko linge,litterature francaise,beyrouth,damas,le chemin de damas,193,thrillers,romans d espionnage,syrie,liban"Le visage de Talai Abu Saniyeh s'était crispé, comme s'il souffrait. Malko se dit que sa rage de dents le reprenait.

Seulement, quand la main du Palestinien ressortit de sa sacoche, elle ne tenait pas sa boîte de comprimés, mais un gros pistolet automatique.

- Crève, chien de juif ! lança-t-il en braquant son arme sur Malko."

Suite directe de SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] dans lequel la CIA a été pris de court par le moukhabarat syrien, les américains tentent ici de nouveau de prendre le dessus. A Malko Linge de trouver un nouveau traître parmi les rangs syriens pour faire chuter le Raïs. Les Israéliens ont un plan, mais est-il faible ? Et surtout ce cache-t-il rien d’autre aux Américains.

A Malko Linge de trouver la solution. Ses efforts le mèneront cette fois du Liban en Egypte, puis en Russie, rencontrer des gens dont on ne sait jamais de quel bord ils sont. Or, la moindre erreur de jugement mène au cimetière, et de préférence un cimetière dans le désert à la frontière syrienne.
Malko réussit enfin à monter une seconde machine infernale contre Bachar El Assad. Cette fois, cela devrait fonctionner... à moins que…

Suite et fin de cette histoire de complot syrien, ce second tome, SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2], tente de rebondir là où le précédent s’était assez magistralement arrêté. Or en reprenant le tout à zéro, on s’en lasse également par moments. En effet plus de surprise, et un suspense assez faible. De plus ce pauvre Malko semble se fatiguer, cela se voit au nombre assez réduit de ses conquêtes féminines. Le complot qui se construit au fil de l’intrigue qui, même si elle est inspirée d’un fait authentique (ou qui devrait l’être), ne gagne à aucun moment sa crédibilité. Toutefois le dénouement surprend par un agissement des plus étonnants de l’agent si spécial de la CIA.

Bref SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] est un SAS classique, toujours aussi divertissant, mais qui traîne un peu avant d’aboutir. Pour les fans de la série.

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Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 6 juin 2012, 320 pages

Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
- SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

mardi, 28 août 2012

SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers - 2012

romans erotiques,sas,gerard de villiers,malko linge,litterature francaise,beyrouth, damas,le chemin de damas, 193,thrillers,romans d espionnage,syrie, libanUn grand maigre au nez proéminent et à la barbe fournie, s'approcha de Malko et s'assit sur un petit banc en face de lui, braquant sa perceuse sur son genou gauche.

- Bismallah al Rahin al Rahman, psalmodia-t-il. Chien, dis-nous la vérité.

La méthode habituelle d'interrogatoire du Hezbollah.

Début 2012, les émeutes populaires contre le régime syrien ne cessent de s’amplifier. Et pourtant le Raïs, Bachar El Assad se maintient au pouvoir, cela coûte que coûte, et peu importe le nombre de victimes.
Les Etats-Unis d’Amérique soutiennent officiellement les insurgés, mais pour aider leur allié israélien et empêcher une prise de pouvoir par les Frères musulmans syriens, ils souhaitent maintenir le régime alaouite en en remplacer seulement la tête afin de contenter l’opinion publique.
Mais le régime alaouite est bien soudé et le moindre élément qui tente de s’en écarter se voit vite assassiné. Dès lors la CIA dépêche son meilleur agent au Liban, à Beyrouth, pour trouver et convaincre un traître pour à la fois servir leur cause et sauver le régime alaouite tout en dégageant Bachar El Assad.
En ces temps troubles, hélas, Beyrouth fourmille d’espions et d’assassins et la tâche s’avérera vite bien plus dangereuse pour Malko et s’il réussit, cela ne se fera qu’au péril de sa vie.

Le chemin de Damas, tomes 193 et 194 sont le double volume de l’année auquel l’auteur Gérard de Villiers a habitué son lectorat depuis quelques années. Une aventure sur deux volumes, bien plus longue avec bien plus d’aventures… et aussi bien mois relue, tant le texte est parsemé de fautes. Il n’empêche que ce premier volume est tout de même une réussite pour tout amateur de cette longue série de romans d’espionnage. D’autant plus que l’ancrage dans l’actualité du moment est bien réelle, au point de retrouver dans l’actualité un certain nombre de personnages cités dans le roman. Les aventures de toute sorte pour l’agent spécial Malko Linge sont comme d’habitude bien nombreuses, les femmes à ravir en étant tout aussi séduisantes que dangereuses.

Le premier volume de SAS, tome 193 : Le chemin de Damas de Gérard de Villiers est dans son ensemble plutôt réussi, donne envie de continuer sur le second, le tome 194, et ravira tous les amateurs de la série.

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Présente édition : Editions Gérard de Villiers, 6 juin 2012, 320 pages

Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
- SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
- SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

samedi, 14 juillet 2012

Une nuit de pleine lune - Hermann et Yves H. - 2011

une nuit de pleine lune, hermann, yves h., bandes dessinées, bd, thrillers, hermann huppen, BD belges,litterature belgeLucas, Karim, Quentin, Pat et Cynthia sont cinq jeunes qui un samedi décident de partir à la compagne pour cambrioler une maison, celle des Boisseau, un couple de retraités partis ce soir-là en ville. Les choses commencent bien mal, des tensions naissent entre eux, et puis ils ne semblent guère préparés. Pourtant ils connaissent l’adresse, l’absence des propriétaires, et la présence du coffre-fort... mais une fois le soir tombé et les Boisseau sortis, en pénétrant dans la maison, les jeunes se rendent compte que le coffre a été changé par un autre qu’ils sont bien incapables d’ouvrir. Décision est prise d’attendre le retour du vieux couple pour le faire parler et obtenir par la violence la combinaison du coffre. Mais lorsque les deux retraités rentrent à la maison, tout dérape dans la violence. Le passé caché du vieux Boisseau se réveille et il est bien loin d’être le paisible retraité auquel tout le monde s’attend. Et peu à peu les cinq jeunes leur virée se transformer en un véritable cauchemar, et dont plus personne n’est sûr de s’en sortir vivant...

L’auteur-dessinateur belge Hermann Huppen est déjà bien connu du public pour ses nombreuses séries dont la célèbre Jérémiah.
Pour Une nuit de pleine lune il s’associe avec son fils Yves H. qui lui écrit un scénario type polar bien noir qui vire rapidement au survival horror bien glauque et d’une rare violence. Le tout se déroule dans une ambiance bien lourde et étouffante, d’abord celle d’un groupe de jeunes mal dans leur peau, puis celui d’un huis-clos dans une maison en proie à une violence rare. L’angoisse et les frissons prennent rapidement le lecteur, cela lié à la force des personnages, même si pas toujours très bien dessinés, aux dessins sombres et souvent sublimes et à un scénario qui en vient rapidement à l’essentiel.

Bien sûr cela sent un peu le déjà-vu, tout est quelque peu prévisible, mais parfaitement construit. Ne reste donc plus qu’au lecteur à assister impuissant à cette violente descente aux enfers.

Il est à noter qu’une version en noir et blanc augmentée d’un cahier graphique de 8 pages a été publié en tirage limité. Avis aux amateurs.

Une nuit de pleine lune de Hermann et Yves H. est un thriller glaçant et angoissant très réussi.

A lire !

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 Extrait : les premières planches

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Présente édition : éditions Glénat, 14 septembre 2011, 56 pages
ISBN-10: 2723480542 / ISBN-13: 978-2723480543

vendredi, 13 juillet 2012

Opération Khéops - Guillaume Richez - 2012

litterature francaise, romans erotiques, thrillers, guillaume richez, operation kheops, En Egypte, début 2011 : la révolution arabe se fait peu à peu et le pays succombe de plus à plus à la colère de la foule.
Un cyberdissident est enlevé par des hommes cagoulés. De son côté, la CIA met tout en oeuvre pour le retrouver, espérant ainsi avoir une carte en main pour faire tomber le régime. Mais l’opération s’annonce bien plus complexe que cela. Cela se fera avec l’aide d’une tueuse du Mossad, ainsi que, et surtout, la fille de cette dernière : Kathryn Moore, américano-israélienne, un mètre soixante-dix de grâce pour cinquante-quatre kilos de muscles. Malgré ses grandes connaissances des arts martiaux, cet agent préfère parfois utiliser des méthodes d'interrogatoire très très personnelles... plutôt sensuelles... et bien convaincantes.

Le thriller d’espionnage érotique Opération Khéops de l’auteur Guillaume Richez  est publié en 2012 après avoir remporté un jeu-concours, dénommé SAS au féminin, sur une communauté d’écriture sur le Web, encadrée par l’éditeur en question.
Appréciant fort la série SAS de Gérard de Villiers, malgré leurs nombreux défauts, je tente donc cette lecture.
Hélas ce roman s’avère vite être une grosse déception. Pas si évident de faire du SAS, finalement, car ce SAS au féminin est clairement un raté. L’auteur ne semble pas avoir bien saisi quelle est la réelle recette des romans de de Villiers : un écriture vive et simple, une savante réutilisation de tous les clichés du genre de l’espionnage depuis James Bond, tout en en gardant le ton quelque peu désuet, un ancrage dans l’actualité immédiate et une vision politique du monde bien désabusée de tous ses principes.

Ici on a droit à un roman d’espionnage avec un faux air de modernité, une intrigue mal ficelée et sans suspense qui suit une héroïne sans charme ni crédibilité. S’y ajoutent des scènes érotiques peu nombreuses et bien plates, une écriture inégale ainsi qu’une idéologie quelque peu douteuse.
On voit ainsi une étudiante semi-nympho découvrir la vraie vie de sa mère, celle d’assassin politique, lui emboîter le pas du jour au lendemain pour le service qui l’emploie, cela de suite avec le plus grand talent, pour résoudre un complot égyptien fantaisiste.

Question thriller d’espionnage, facile de trouver mieux, question érotique tout autant. Finalement que reste-t-il ici ?

Pas tout n’est à jeter pour autant. L’auteur ne semble pas dénué de talent, je suspecte bien plus que son projet ait été mal choisi ou mal dirigé, peut-être même écrit à la va-vite pour pouvoir répondre au concours dont il a fini lauréat.
La fin ouverte indique une possible suite, espérons quelle sera plus réussie et surtout bien plus convaincante.


Opération Khéops est selon moi un roman à éviter. Dommage.

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Présente édition : éditions J’ai Lu, 21 mars 2012, 318 pages