dimanche, 26 février 2012

L’Homme - Camille Rouaire - 2011

Camille rouaire, theatre, l'homme, absurdeQu’est-ce qu’une bonne révolution ? Un tableau noir est-il une oeuvre géniale d’un artiste génialiste ? La médisance est-elle un sport olympique ? Blaise Pascal avait-il un gros nez ?

Ce sont six courtes pièces de théâtre, des dialogues en plein absurde et grotesque, que nous présente le jeune auteur Camille Rouaire dans cet ouvrage qui enchantera tous le amateurs de ce genre de théâtre.
Les textes sont courts et bien écrits, les situations originales, décalées et toujours surprenantes. La langue est riche, les mots justes, le style impeccable. Mais avant tout c’est l’humour, si cher au genre, que l’auteur y rend parfaitement et qui m’a enchanté à découvrir l’un après l’autre ces six savoureux dialogues.

A découvrir !

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00:11 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Rouaire, Camille | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : camille rouaire, theatre, l'homme, absurde | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 29 juillet 2011

Lucrèce Borgia - Victor Hugo - 1833

theatre,lucrece borgia,victor hugo,litterature francaise,borgia,drame,tragediesLucrèce Borgia, la duchesse de Ferrare règne sur l’Italie de cette fin de XVe siècle. Et son pouvoir et influence elle les a obtenus par le crime, les complots, l’adultère et même l’inceste. Cela au point qu’elle haïe de partout. Et pourtant cette femme si puissante et dangereuse tremble devant un seul homme, Gennaro, un simple capitaine à la solde de la République de Venise. Elle va même jusqu’à tout mettre en jeu pour le retrouver dans la foule du carnaval de Venise, cela sous l’œil suspect de son mari. Mais pour Lucrèce Borgia, rien ne peut l’empêcher de retrouver le jeune Gennaro, et pour cause, le jeune capitaine n’est autre que son fils caché, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines.
Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? Et surtout, comment Gennaro réagira-t-il en apprenant que sa mère n’est autre que ce monstre du nom de Lucrèce Borgia ?

Représenté pour la première fois le 2 février 1833 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris, le drame Lucrèce Borgia de Victor Hugo a vite rencontré un immense succès dû à la force des sentiments exaltés par ses personnages, le tragique féroce auquel ils succombent et l’écriture puissante en prose, faite de répliques enlevées et efficaces et qui fait directement entrer dans le sujet. Le rôle de la duchesse Borgia émeut et horrifie à la fois, bref elle fascine, tout comme l’entièreté de la pièce.
Le dramaturge, touché par l’échec l’année précédente du Roi s’amuse, a écrit cette pièce en quatorze jours et s’est attaché les services de grands comédiens de l’époque dont notamment la célèbre Juliette Drouet. Le succès a été tel que le compositeur italien Gaetano Donizetti en tira la même année un opéra.

Un grand classique à lire et à relire !

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Présente édition : Editions Pocket, 19 mai 2011, 155 pages

Voir également :
- Bug-Jargal - Victor Hugo (1826), présentation
- Le dernier jour d’un condamné - Victor Hugo (1829), présentation et extrait
- Claude Gueux - Victor Hugo (1834), présentation et texte intégral

- Les Misérables - Victor Hugo (1862), présentation et extrait

samedi, 05 février 2011

“Werk” et “Nog” - Josse de Pauwe - 2001 et 2004

josse de pauw, litterature belge, recueils, nouvelles, notes, reflexions, radeis, theatre, nog, werk, cinemaSommige mensen zijn lief,' zeg ik, 'andere niet.'

'Ja,' zegt ze, 'sommige mensen zijn lief en de mama is een sommige mens.'

'Dat is waar,' zeg ik.

Het blijft weer een tijdje stil en dan vanuit het niets:

'... en papa is een slechte mens.'

Ik schrik van zoveel inzicht.

'Ah ja... papa is een slechte mens want papa heeft toch slechte ogen?'

Blij met deze uitleg, doe ik er een schep bovenop:

'Papa is ook een valse mens,' zeg ik, 'want papa heeft valse tanden.'

'Ja,' zegt ze, 'papa is een valse en een slechte mens... maar ook wel een beetje een sommige mens.'

Josse de Pauw, né en 1952, est à la fois un acteur, metteur en scène de théâtre et cinéaste belge néerlandophone. Après des débuts dans la troupe de théâtrre Radeis (1976) une riche carrière s’offrira à lui et qui sera tout aussi reconnue en Belgique qu’à l’international. Il jouera notamment dans des films tels que Crazy Love, Wait until Spring Bandini, Hombres Complicados de Dominique Deruddere, Toto Le Héros de Jaco Van Dormael et dans Sailors Don't Cry de Marc Didden. De nombreuses récompenses lui seront d’ailleurs attribués jusqu’à aujourd’hui.
Dès 2001 il fait publier un premier livre Werk qui sera suivi en 2004 par Nog (les deux titres pouvant se traduire en français par Travaux et Encore). Ces deux livres sont en fait des recueils de notes que l’artiste a fait durant plusieurs années, et on y trouve un peu de tout que ce soit des nouvelles de fiction, de la poésie, des extraits de journal de bord, des photos, des observations de la vie quotidienne, des réflexions sur la représentation théâtrale, des souvenirs de ses tournées avec la troupe Radeis, des rencontres avec certains artistes, des collaborations avezc d’autres... bref un peu de tout, toujours décrit avec une belle dose d’humour et d’inventivité. Tous ces textes se retrouvent ainsi offerts pêle-mêle dans ces deux volumes à un lecteur qui plongera avec le plus grand plaisir dans cet univers décalé qu’est celui de l’un des plus grands acteurs et réalisateurs belges flamands de notre époque.
Artiste flamand à la base, et cela malgré une carrière qui a outrepassée les frontières linguistiques et nationales de la Belgique, ces deux livres ont été publiés en néerlandais et il n’existe à ma connaissance encore aucune traduction. Une autre compilation de ces deux livres a été réalisée et publiée en français par les éditions Genèse sous le titre de Le Temps d'être.

Werk et Nog représentent une plongée dans l’univers du grand acteur et réalisateur qu’est Josse de Pauw, deux livres qui sont à découvrir !

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Présentes éditions : éditions Houtekiet, 2001 et 2004 

 

dimanche, 24 janvier 2010

Andromicmac - Elisa Vix - 2010

bibliotheca andromicmac

Une pièce de théâtre se prépare à jouer Andromaque de Racine, alors que son metteur en scène, Pierre Kosta, est retrouvé assassiné. Son amie, la belle Hélène Brémont, l'a retrouvé à son appartement, ligoté sur le lit et émasculé. Le policier Thierry Sauvage mène l'enquête, et découvre rapidement que tous les membres de la troupe avaient un très bon mobile pour assassiner celui qui s'avère vite avoir été un véritable tortionnaire. Mais comment démêler le vrai du faux parmi des suspects dont le métier est jouer la comédie, et donc de mentir. De plus qu'en ce mois d'août, alors que la plupart de ses collègues sont en congé, Thierry Sauvage a bien d'autres problèmes à régler entre son divorce, la garde de son fils, sa campagne qui lui a fait des enfants dans le dos et une mère qui se volatilise d'une maison de retraite dans laquelle semble se produire des événements des plus étranges.
En bref, l'enquête est loin de connaître son dénouement... et Sauvage, est loin de se douter jusqu'où elle le mènera.

L'excellent roman Andromicmac d'Elisa Vix sort en 2010 aux éditions Krakoen et présente une nouvelle aventure du personnage de Thierry Sauvage dans une enquête des plus épatantes. Le lecteur est entraîné dans les coulisses du théâtre antique de Racine pour y découvrir l'envers du décor d'une troupe de théâtre soumise à de multiples tensions, rancœurs et vieilles histoires qui semblent toutes tourner autour du metteur en scène, quelque part heureusement assassiné. Chacun est un suspect potentiel et Elisa Vix multiplie avec beaucoup de talent les indices et fausses pistes dans ce qui paraît au départ être un roman à énigmes des plus classiques. Mais l'accent n'est pas mis sur ce drame, mais plus sur Thierry Sauvage et ses multiples aventures, ses affaires de femmes, de famille... et qui fait avancer l'enquête, ou plutôt les enquêtes, en fonction de sa vie privée tumultueuse. Ce mélange dans les intrigues autour du même personnage est des plus réussis, et on accroche du début à la fin. Le style vif, relevé et plein d'humour de l'auteur en font une lecture des plus agréables.

Andromicmac, troisième roman d'Elisa Vix, est un polar très réussi, bien ficellé et qui tiendra en haleine le lecteur du début à la fin.

A découvrir !

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lundi, 26 octobre 2009

Le Bal des voleurs - Jean Anouilh - 1932

bibliotheca le bal des voleurs

«Gustave, ta mère t'a confié à moi. Je t'ai admis dans notre association comme aide-rabatteur. Tu as vingt ans. Tu es ambitieux, c'est bien. Moi aussi, j'étais ambitieux à ton âge. Mais attention ! Dans notre carrière, comme dans toutes les carrières, il y a une hiérarchie à suivre. Hector est un des meilleurs séducteurs professionnels que je connaisse sur la place de Paris. C'est un homme qui ne rate pas une femme sur trois... et permets-moi de te dire que c'est joli, comme moyenne. Tu n'as tout de même pas l'intention, toi, un apprenti, de faire du meilleur ouvrage, non ?»

Vichy, les années 1930, tranquille petite ville française où une certaine noblesse anglaise vient profiter de sa fortune. La riche mais vieille Lady Hurf s'ennuie à Vichy, ainsi que ses deux nièces, Eva et Juliette, et son vieil ami Lord Edgard. Elle et ses nièces sont harcelées par les Dupont-Dufort, Père et Fils, banquiers au bord de la faillite qui aimeraient renflouer leur entreprise grâce à une belle dot.
L'arrivée de trois voleurs va tout changer, Peterbono le chef, Hector le séducteur et Gustave l'apprenti. En effet, Hector flirte avec Eva tandis que Gustave et Juliette tombent amoureux. Alors que Peterbono, flairant un bon coup, décide de les faire passer pour un Grand d'Espagne ruiné par la révolution, Lady Hurf détecte immédiatement la supercherie et saute sur cette occasion de s'amuser en faisant semblant de reconnaître son ami le Duc de Miraflor, rencontré à Biarritz en 1902 et mort depuis, et invite nos trois voleurs dans sa villa. Hector et Peterbono sont ravis mais Gustave est malheureux de devoir jouer la comédie à sa bien-aimée, qui sent que quelque chose cloche. Lord Edgard finit par retrouver le faire-part de décès, mais Juliette le lui subtilise et découvre la vérité. Un bal est organisé au casino, le Bal des voleurs, où tous attendent un dénouement à cette histoire. Mais quand les mensonges et les supercheries l'emportent sur tout, la vérité, si jamais elle réussit à transpercer, peut s'avérer bien plus surprenante que prévue...

Le Bal des voleurs, datant de 1932, est une pièce de théâtre, dénommée comédie-ballet, de l'écrivain et dramaturge français Jean Anouilh qui sera présentée pour la première fois au théâtre des Arts de Paris le 17 septembre 1938 dans une mise en scène d'André Barsacq.
Dans l'œuvre d'Anouilh, elle fait partie des Pièces roses avec Humulus le Muet (1932), Léocadia (1940) et Le Rendez-vous de Senlis (1941).
Le Bal des voleurs reprend sur le ton de la comédie une partie des personnages du Voyageur sans bagage, créé en 1937 dans la série des Pièces noires. Le nom de Dupont-Dufort vient quant à lui de Y'avait un prisonnier (1934).
D'un premier aspect Le Bal des voleurs se présente sous la forme d'une comédie des plus légères, sans prétention mais des plus divertissantes. L'humour est omniprésent et le tout est d'une immense gaité. La construction est certainement intelligente et sophistiquée, mais en fin de compte assez vide de sens. Pour Jean Anouilh cette pièce représente cependant un élément clé dans son oeuvre, le point de départ d'une véritable évolution de son écriture.  "Il me semble que tout est dans Le bal des voleurs : mes personnages, mes thèmes", a dit Jean Anouilh dans une interview dans ART (N°333 datant du 16 novembre 1951). Et en effet, par sa construction apparaissent dans cette pièce plusieurs autres qui s'imbriquent parfaitement les unes dans les autres : celles que les personnages montent pour le public et les autres qu'ils imaginent à leur intention. Et cela principalement par les trois personnages de Lady Hurf, Lord Edgard et Eva, qui tous trois partagent d'une manière différente les fonctions du metteur en scène en devenant autant d'intermédiaires entre l'auteur, ses personnages et le public.

Avant tout un divertissement très réussi par son humour et son intelligence, Le Bal des voleurs se démarque aussi et surtout par sa construction qui en fait une œuvre clé de Jean Anouilh.

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Voir également :
- Le voyageur sans bagage - Jean Anouilh (1937), présentation

13:17 Écrit par Marc dans Anouilh, Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean anouilh, litterature francaise, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 08 février 2009

Knock ou le Triomphe de la médecine - Jules Romains - 1923

bibliotheca knock

"LE TAMBOUR - Quand j'ai dîné, il y a des fois que je sens une espèce de démangeaison ici. Ça me chatouille, ou plutôt ça me gratouille.

KNOCK - Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous gratouille.

LE TAMBOUR - Ça me gratouille. Mais ça me chatouille bien un peu aussi...

KNOCK - Est-ce que ça ne vous gratouille pas davantage quand vous avec mangé de la tête de veau à la vinaigrette ?

LE TAMBOUR - Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, çà me gratouillerait plus"

Pendant vingt-cinq ans qu'il est installé au village de Saint-Maurice, le Docteur Paraplaid n'a guère servi de médecin ni fait fortune, les maladies étant rares dans la région. Il revend ainsi son cabinet à un jeune médecin, Knock, pour s'installer en ville. Mais pour Knock les choses vont être différentes. Pour lui tout personne saine est un malade qui s'ignore, il suffit de lui trouver une maladie et un traitement adéquat et elle en sera même contente. Knock commence par donner des consultations gratuites afin d'insuffler l'idée de maladie à chacun et peu à peu Saint-Maurice entre dans un nouvel âge, celui de la médecine.

Knock ou le Triomphe de la médecine
du poète et écrivain français de l'Académie française Jules Romains est une comédie théâtrale écrite en 1923, qui ironise sur l'arrivée d'outre-atlantique d'un phénomène publicitaire plus intensif et qui commence à envahir l'Europe. Comble de l'ironie, Jules Romains s'imagine comment cette commercialisation à outrance pourrait s'en prendre au domaine de la santé... Jules Romains est évidemment bien loin de se douter de l'évolution commerciale que connaîtra la médecine au vingtième siècle et après. Et Knock est le parfait exemple de ce médecin qui est avant tout homme d'affaires, considérant tout patient comme un client à qui l'on se doit de toujours trouver quelque chose à vendre. Et au-delà de cela, la médecine devient un outil de pouvoir pour Knock qui tient d'une main de fer toute la population du village qui de par la peur de la maladie lui est totalement dévouée.
C'est ainsi que Jules Romains finalement dénonce le viol des consciences et l'asservissement des foules à l'heure de l'âge scientifique et commercial totalement déshumanisé.
Cette pièce a été représentée pour la première fois à Paris, à la Comédie des Champs-Elysées, le 15 décembre 1923, sous la direction de Jacques Hébertot, avec la mise en scène et les décors de Louis Jouvet qui interpréta également le rôle principal.

Knock ou le Triomphe de la médecine est aujourd'hui l'œuvre la plus célèbre de Jules Romains et surtout celle qui est le plus d'actualité.

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Extrait : Acte II, scene IV - Knock, la dame en noir.

KNOCK
Ah! voici les consultants. (A la cantonade.) Une douzaine, déjà? Prévenez les nouveaux arrivants qu'après onze heures et demie je ne puis plus rece voir personne, au moins en consultation gratuite. C'est vous qui êtes la première, madame? (Il fait entrer la dame en noir et referme la porte.) Vous êtes bien du canton?

LA DAME EN NOIR
Je suis de la commune.

KNOCK
De Saint-Maurice même?

LA DAME
J'habite la grande ferme qui est sur la route de Luchère.

KNOCK
Elle vous appartient?

LA DAME
Oui, à mon mari et à moi

KNOCK
Si vous l'exploitez vous-même, vous devez avoir beaucoup de travail?

LA DAME
Pensez, monsieur! dix-huit vaches, deux bceufs, deux taureaux, la jument et le poulain, six chèvres, une bonne douzaine de cochons, sans compter la basse-cour.

KNOCK
Diable! Vous n'avez pas de domestiques?

LA DAME
Dame si. Trois valets, une servante, et les journaliers dans la belle saison.

KNOCK
Je vous plains. Il ne doit guère vous rester de temps pour vous soigner?

LA DAME
Oh! non.

KNOCK
Et pourtant vous souffrez.

LA DAME
Ce n'est pas le mot. J'ai plutôt de la fatigue.

KNOCK
Oui, vous appelez ça de la fatigue. (Il s'approche d'elle.) Tirez la langue. Vous ne devez pas avoir beaucoup d'appétit.

LA DAME
Non.

KNOCK
Vous êtes constipée.

LA DAME
Oui, assez.

KNOCK, il l'ausculte.
Baissez la tête. Respirez. Toussez. Vous n'êtes jamais tombée d'une échelle, étant petite?

LA DAME
Je ne me souviens pas.

KNOCK, il lui palpe et lui percute le dos, lui presse brusquement les reins.
Vous n'avez jamais mal ici le soir en vous couchant? Une espèce de courbature?

LA DAME
Oui, des fois.

KNOCK,il continue de I'ausculter.
Essayez de vous rappeler. Ça devait être une grande échelle.

LA DAME
Ça se peut bien.

KNOCK, très affirmatif.
C'était une échelle d'environ trois mètres cinquante, posée contre un mur. Vous êtes tombée à la renverse. C'est la fesse gauche, heureusement, qui a porté.

LA DAME
Ah oui!

KNOCK
Vous aviez déjà consulté le docteur Parpalaid?

LA DAME
Non, jamais.

KNOCK
Pourquoi ?

LA DAME
Il ne donnait pas de consultations gratuites.

Un silence.

KNOCK, la fait asseoir.
Vous vous rendez compte de votre état?

LA DAME
Non.

KNOCK,il s'assied en face d'elle.
Tant mieux. Vous avez envie de guérir, ou vous n'avez pas envie?

LA DAME
J'ai envie.

KNOCK
J'aime mieux vous prévenir tout de suite que ce sera très long et très coûteux.

LA DAME
Ah! mon Dieu! Et pourquoi ça?

KNOCK
Parce qu'on ne guérit pas en cinq minutes un mal qu'on traîne depuis quarante ans.

LA DAME
Depuis quarante ans?


KNOCK
Oui, depuis que vous êtes tombée de votre échelle.

LA DAME
Et combien que ça me coûterait?

KNOCK
Qu'est-ce que valent les veaux, actuellement?

LA DAME
Ca dépend des marchés et de la grosseur. Mais on ne peut guère en avoir de propres à moins de quatre ou cinq cents francs.

KNOCK
Et les cochons gras?

LA DAME
Il y en a qui font plus de mille.

KNOCK
Eh bien! ça vous coûtera à peu près deux cochons et deux veaux.

LA DAME
Ah! là! là! Près de trois mille francs? C'est une désolation, Jésus Marie!

KNOCK
Si vous aimez mieux faire un pèlerinage, je ne vous en empêche pas.


LA DAME
Oh! un pèlerinage, ça revient cher aussi et ça ne réussit pas souvent. (Un silence.) Mais qu'est-ce que je peux donc avoir de si terrible que ça?


KNOCK, avec une grande courtoisie. Je vais vous l'expliquer en une minute au tableau noir. (Il va au tableau et commence un croquis.) Voici votre moelle épinière, en coupe, très schématiquement, n'est-ce pas? Vous reconnaissez ici votre faisceau de Turck et ici votre colonne de Clarke. Vous me suivez? Eh bien! quand vous êtes tombée de l'échelle, votre Turck et votre Clarke ont glissé en sens inverse (il trace des flèches de direction) de quelques dixièmes de millimètre. Vous me direz que c'est très peu. Évidemment. Mais c'est très mal placé. Et puis vous avez ici un tiraillement continu qui s'exerce sur les multipolaires.

Il s'essuie les doigts.

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14:56 Écrit par Marc dans Romains, Jules | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : litterature francaise, theatre, medecine, romans humoristiques, satires, comedies, jules romains | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 23 septembre 2008

Le voyageur sans bagage - Jean Anouilh - 1937

bibliotheca le voyageur sans bagage

"Je ne suis pas Jacques Renaud ; je ne reconnais rien ici de ce qui a été à lui. Un moment, oui, en vous écoutant parler, je me suis confondu avec lui. Je vous demande pardon. Mais, voyez-vous pour un homme sans mémoire, un passé tout entier, c'est trop lourd à endosser en une seule fois. Si vous voulez me faire plaisir, pas seulement me faire plaisir, me faire du bien, vous me permettriez de retourner à l'asile. Je plantais des salades, je cirais les parquets. Les jours passaient... Mais même au bout de dix-huit ans - une autre moitié exactement de ma vie - ils n'étaient pas parvenus, en s'ajoutant les uns aux autres, à faire cette chose dévorante que vous appelez un passé."

À la fin de la Première Guerre mondiale, Gaston est retrouvé amnésique. Il ne se souvient de plus rien rien concernant son passé, plus aucun souvenir de sa famille ou d’un quelconque événement. Un hôpital l’emploie en tant que jardinier. Mais, parmi les nombreux disparus de la guerre, beaucoup de familles pensent reconnaître en lui un fils tragiquement disparu. C’est notamment le cas de la famille Renaud. Et en effet de nombreux éléments semblent indiquer que Gaston est leur fils. Afin qu’il recouvre la mémoire, Gaston est invité à loger chez les Renauds. Mais ce qu’il découvre est loin de l’enchanter : en effet Gaston a eu un passé fort crapuleux, un personnage violent et sans scrupules, et lorsqu'une blessure, infligée par l'aiguille à chapeau de son ancienne maitresse, est reconnue sans l'ombre d'un doute, Gaston rejette sa famille d'origine et choisit de se déclarer membre d'une des autres familles revendiquant un membre disparu.

La pièce de théâtre Le voyageur sans bagage de l’écrivain et dramaturge français Jean Anouilh paraît en 1937 et est représenté en première le 16 février 1937 au Théâtre des Mathurins à Paris sous la direction de Georges Pitoeff. Elle est pour Jean Anouilh le premier succès à la fois critique et populaire. 190 représentations ont été donné à l’époque. Cette histoire d'un soldat amnésique tire son origine dans la vie d'Anthelme Mangin, l'amnésique de Rodez, et sert à Jean Anouilh à mettre en scène la douloureuse servitude du passé, à laquelle Gaston réussit finalement à s’échapper miraculeusement. Car étonnement Gaston préfère à la fin renoncer à la vérité pour vivre volontairement dans un mensonge qui lui permettra une seconde jeunesse plus saine et qui de toute façon ne nuira à personne.

A la fois touchant et drôle Le voyageur sans bagage est devenu un grand classique du théâtre français.

A lire !

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Voir également :
- Le Bal des voleurs - Jean Anouilh (1932), présentation

14:11 Écrit par Marc dans Anouilh, Jean | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : litterature francaise, theatre, jean anouilh | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 01 juin 2008

L'Invitée - Franck Bellucci - 2008

bibliotheca l invitee1985. Paul débarque à l'improviste dans la maison de ses parents accompagnée de Solange, sa dernière conquête féminine. Mais l'ambiance dans la maison familiale est des plus tendues entre le père gravement malade, la fille Claire quise dévoue corps et âme à ses parents, et Paul qui débarque, visiblement dans l'insouciance la plus totale. En effet il ne veut pas entendre parler des souffrances de son père et est bien décidé à provoquer toute sa petite famille. Et la présence de Solange ne va guère apaiser les tensions. Car son arrivée en compagnie de Paul n'est que prétexte pour mettre au grand jour un terrible secret datant des années quarante et qui risque d'ébranler le peu d'équilibre qui subsiste dans cette famille.

Franck Bellucci est déjà l'auteur d'un roman, Ce Silence-là, paru cette même année 2008, et nous revient avec une belle pièce de théâtre au nom de L'Invitée présentant un huis-clos d'une famille en pleine rupture. La pièce a été créée en mars 2008 à la Chapelle Saint Mesmin (Loiret) par la troupe associative du Théâtre de la Rive, troupe dont Franck Bellucci fait également partie en tant que acteur.
Dès les premières pages cette famille, au centre de la pièce, fait froid dans le dos par son inconsistance et semble ne trouver de repères que dans la maladie du père. Et ce mal-être familial est parfaitement rendu par le personnage de Paul, cynique et orgueilleux, qui semble totalement rejeter la figure du père; la fin expliquera d'ailleurs le pourquoi de ce comportement. L'auteur réussit à parfaitement rendre cette ambiance malsaine par des dialogues souvent très tendus entre les différents personnages. Et encore le mot dialogue est beaucoup dire pour ce qui ne semble être que des disputes entre des personnages qui justement ne semblent guère pouvoir dialoguer et qui ne cherchent qu'à se provoquer et se mesurer l'un à l'autre.
Vient ensuite la présence de Solange, et son terrible secret qui va tout ébranler. Ici l'auteur tente ni plus ni moins d'aborder le vaste et complexe sujet de la culpabilité, ainsi que de sa transmission générationnelle. Ce côté-là de la pièce est bien moins convaincant, à moins que l'on ne le considère juste en tant que prétexte à la destruction finale de la famille. Mais alors il aurait mieux fallu cacher derrière ce secret un sujet différent et certainement moins complexe.

En bref, L'Invitée de Franck Bellucci est une pièce de théâtre qui, dans son ensemble, est plutôt réussie et qui promet de belles représentations sur les planches.

Voir également:
- Ce Silence-là - Franck Bellucci (2008), présentation et extrait
- Et pour le pire, Fragments de vie - Franck Bellucci (2009), présentation et extrait

19:52 Écrit par Marc dans Bellucci, Franck | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : franck bellucci, litterature francaise, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 05 novembre 2006

L'amour de loin - Amin Maalouf - 2001

bibliotheca amour de loin

Au XIIe siècle, an Aquitaine, Jaufré Rudel, troubadour et Prince de Blaye, se lasse de son état et de la vie de plaisirs menée par les jeunes de son rang. Il rêve d'une femme sublime, différente. Ses compagnons le moquent de lui en disant qu'une telle personne n'existe pas. Mais un pèlerin, de retour des Terres Saintes, lui affirme qu'il a rencontré outre-mer une femme qui correspond parfaitement aux attentes du jeune troubadour. A partir de ce moment Jaufré Rudel ne cessera de penser à cette belle et lointaine inconnue. Le pèlerin retournera outre-mer et dira à la belle, comtesse de Tripoli, qu'un jeune troubadour qui ne la connaît pas est follement amoureux d'elle.

L'Amour de loin n'est pas un roman, mais un livret d'opéra pour l'opéra en cinq actes de la compositrice finlandaise Kaika Saariaho. Mais peu importe la forme utilisée, Amin Maalouf réussit ici un admirable conte sur l'amour pur, passionné et intense. Un amour majestueux et fou qui ne peut hélas connaître autre qu'une fin tragique. Amin Maalouf nous raconte cette histoire tel un conteur oriental, un troubadour qui comme le pèlerin, parcourt le monde pour propager ce message d'amour. Il réussit parfaitement à faire vivre ces sentiments forts dans cette courte histoire.

Il est à noter que ce mythe de l'amour lointain a déjà souvent ét repris dans la littérature, comme par exemple dans La Princesse lointaine (1895) d'Edmond Rostand.

Mais L'Amour de loin est donc avant tout un opéra en cinq actes de Kaika Saariaho se basant sur le texte d'Amin Maalouf. Cet opéra a été créé pour la première fois en août 2000 à Salzbourg, et repris en novembre 2001 au Théâtre du Châtelet en France. Amin Maalouf et Kaika Saariho recollaboreront ensemble en 2004 pour un opéra intitulé Adriana Mater.

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Extrait: extrait du deuxième acte

Le Pèlerin
(après un long silence d'hésitation):
Un homme pense à vous.

Clémence (qui avait parlé pour elle-même, oubliant presque la présence du Pèlerin, et qui revient à la réalité):
Qu'avez vous dit?

Le Pèlerin:
Un homme pense à vous quelquefois.

Clémence:
Quel homme?

Le Pèlerin:
Un troubadour

Clémence:
Un troubadour? Quel est son nom?

Le Pèlerin:
On l'appelle Jaufré Rudel. Il est également prince de Blaye.

Clémence (feignant l'indifférence):
Jaufré... Rudel;;; il m'aurait sans doute aperçue jadis lorsque j'étais enfant...

Le Pèlerin:
Non, il ne vous a jamais vue... paraît-il.

Clémence (troublée):
Mais alors comment pourrait-il me connaître?

Le Pèlerin:
Un voyageur lui a dit un jour que vous étiez
Belle sans l'arrogance de la beauté,
Noble sans l'arrogance de la noblesse,
Pieuse sans l'arrogance de la piété.
Depuis, il pense à vous sans cesse... paraît-il

Clémence:
Et il parle de moi dans ses chansons?

Le Pèlerin:
Il ne chante plus aucune autre dame.

Clémence:
Et il... mentionne mon nom dans ses chansons?

Le Pèlerin:
Non, mais ceux qui l'écoutent savent qu'il parle de vous.

Clémence (désemparée, et soudain irritée):
De moi? Mais de quel droit parle-t-il de moi?

Le Pèlerin:
C'est à vous que Dieu a donné la beauté, comtesse,
Mais pour les yeux des autres.

Clémence:
Et que dit ce troubadour?

Le Pèlerin:
Ce que disent tous les poètes, que vous êtes belles et qu'il vous aime.

Clémence (outrée):
Mais de quel droit, Seigneur, de quel droit?

Le Pèlerin:
Rien ne vous oblige à l'aimer, comtesse
Mais vous ne pouvez empêcher qu'il vous aime de loin.
Il dit d'ailleurs dans ses chansons
Que vous êtes l'étoile lointaine,
Et qu'il se languit de vous sans espoir de retour.

Clémence:
Et que dit-il d'autre?

Le Pèlerin:
Je n'ai pas bonne mémoire... Il y a cependant
Une chanson qui dit à peu près ceci:
"Jamais d'amour je ne jouirai
Si je ne jouis de cet amour de loin
Car plus noble et meilleure je ne connais
En aucun lieu ni près ni loin
Sa valeur est si grande et si vraie
Que là-bas, au royaume des Sarrasins
Pour elle, je voudrais être captif."

Clémence (qui a les larmes aux yeux):
Ah Seigneur, et c'est moi qui l'inspire.

Le Pèlerin (poursuivant sur le même ton):
"Je tiens Notre Seigneur pour vrai
Par qui je verrai l'amour de loin
Mais pour un bien qui m'en échoit
J'ai deux maux, car elle est si loin
Ah que je voudrais être là-bas en pèlerin
Afin que mon bâton et mon esclavine
Soient contemplés par ses yeux si beaux."

Clémence (continuant à feindre le détachement, mais les tremblements de sa voix la trahissent):
Vous rappelez-vous d'autres vers encore?

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Voir également:
- Le périple de Baldassare - Amin Maalouf (2000), présentation et extrait

19:24 Écrit par Marc dans Maalouf, Amin | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : amin maalouf, litterature libanaise, theatre, opera, livret d opera | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 02 novembre 2006

La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame) - Friedrich Dürrenmatt - 1956

bibliotheca la visite de la vieille dame

Lorsque la milliardaire Clara Zahanassian arrive en train dans la petite ville de Güllen, tous les habitants lui réservent un accueil aussi somptueux que possible. En effet Claire Zahanassian est une enfant du pays qui à l'époque s'appelait encore Klara Wascher, surnommée Kläri, et qui était une petite fille modeste avant qu'elle ne parte trouver fortune ailleurs. Les habitants de Güllen comptent soutirer à la milliardaire quelques millions afin de relancer leurs affaires, surtout que la ville n'a jamais été très riche. Mais Clara est revenu dans cette ville dans un bout bien précis. Elle veut se venger du fait que sa propre ville natale l'avait trahie et abandonnée quelques années plus tôt. "Je vous donne cent milliards, et pour ce prix je m'achète la justice" annonce-t-elle aux habitants de Güllen. Cent milliards contre la tête d'Alfred III, son ancien amant qui, après qu'elle ne soit tombée en enceinte, l'avait éconduite, trahie et abandonnée. Alfred avait renié sa paternité à supporté par de faux témoins, notables de Güllen, bien d'accord pour ruiner Klara qu'ils considéraient à l'époque comme une pauvre traînée. Klara dut alors quitter sa ville natale sous les insultes et moqueries de ses concitoyens, pour tomber plus tard dans les bras d'un riche industriel pétrolier qui fera d'elle une richissime héritière. Aujourd'hui elle est de retour pour assouvir sa vengeance. "Le monde a fait de moi une putain, je ferai du monde un bordel !". Tout d'abord horrifiés par sa conception de la justice, heurtés dans leur morale et philanthropie, les habitants de Güllen cèdent cependant progressivement à la tentation de la prospérité, voulant sacrifier Alfred III en en faisant un bienfaiteur de la ville.

La visite de la vieille est une pièce de théâtre en trois actes de l'écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt et qui a été produite pour la première fois le 29 janvier 1956 à Zürich sous la direction de Oskar Wälterlin. La pièce a vite été un succès mondial garantissant à son auteur à jamais une indépendance financière plus que confortable. Mais La visite de la vieille dame est avant tout une fable cruelle se situant à la fois entre tragédie et comédie. Et comme si souvent dans l'oeuvre de Dürrenmatt, le tout est écrit avec un humour grinçant dans un style très ironique qui tranche dans le vif. La pièce dérange terriblement, car elle y met en scène la cupidité et la vénalité de l'homme, rendant tout acte, aussi horrible qu'il soit, uniquement justifiable par l'argent. On nous décrit une société guidée uniquement guidée par ses intérêts et dont les grands discours moraux et démocratiques ne sont finalement que des masques servant à donner une bonne figure à l'autre. Le message de la pièce est plutôt pessimiste et se montre comme un reflet sans complaisance d'une humanité pervertie par toutes les tentations, une humanité finalement bien peu civilisée qui se cache derrière son intellect.

La visite de la vieille dame a été plusieurs fois adapté au cinéma, dont je citerai ici la version de 1963, adaptée sous le titre de The Visit et réalisée par Bernard Wickis. Les rôles principaux ont été tenus par Ingrid Bergmann et Antony Quinn. Friedrich Dürrenmatt réécrirera lui-même sa pièce en 1971 pour l'adapter à l'opéra (accompagné de la musique de Gottfried von Einem).

Un grand classique!

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Voir également:
- Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker) – Friedrich Dürrenmatt (1950), présentation
- Le Soupçon (Der Verdacht) – Friedrich Dürrenmatt (1951), présentation
- La promesse (Das Versprechen) - Friedrich Dürrenmatt (1958), présentation

13:32 Écrit par Marc dans Dürrenmatt, Friedrich | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : friedrich durrenmatt, litterature suisse, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 27 octobre 2006

L'éducation de Rita (Educating Rita) - Willy Russell - 1981

bibliotheca educating rita

Frank, professeur de littérature à l’université, nécessite de l’argent supplémentaire. Il coule sous les problèmes, principalement liés à la consommation abusive d’alcool et à un métier qui ne l’intéresse plus. Il décide de prendre en charge des étudiants afin d’arrondir ses fins de mois. Se présente alors à lui Rita, une jeune coiffeuse pour dames sans éducation ni culture qui veut absolument changer de vie. Elle veut apprendre, étudier et se cultiver, et cela à l’encontre de son mari qui accepte mal de voir sa femme reprendre les études. Frank au départ refuse de donner à Rita des cours particuliers mais il se laissera rapidement convaincre. Rita, qui n’a aucune éducation académique, va cependant vite étonner son professeur par une approche peu conventionnelle de la matière. Au fur et à mesure, Rita va s’élever et dépasser le maître, devenu jaloux de l’ascension intellectuelle de son élève.

Cette pièce du dramaturge anglais William Martin Russell (plus communément dénommé Willy Russell), présentée en première au The Warehouse à Londres en 1980 et qui de par son développement et son intrigue s’inspire de la pièce Pygmalion (1913) de George Bernard Shaw, est une comédie qui à un premier aspect semble plutôt légère, mais aborde de sérieux sujets de société dont les principaux sont la place de la culture dans la société et l’accès à cette culture par une certaine tranche sociale de la population. Il est aussi question de l’abrutissement général causé par la pub omniprésente de nos jours et les médias de masse en général. Mais Rita refuse de se complaire dans cette vie et tente de prendre les choses en main pour en sortir. Rita, issu d’un milieu plus défavorisé, se voit lors de son apprentissage rompre petit à petit avec son entourage. Elle n’en supporte plus les conversations de ses clientes du salon de coiffure, de son mari, mais en même temps elle a du mal à intégrer le milieu plus intellectuel. Mais il est aussi question de cette relation enseignant-enseigné qui met face à face deux personnes conscientes de leurs lacunes spécifiques mais que la fierté s’efforce de masquer. Mais aussi une histoire d’amour qui ne pourra pas aboutir. Le tout est présenté avec beaucoup d’humour. La pièce a cependant un peu vieillie aujourd’hui. En effet certains éléments ne collent plus, tel par exemple le fait que les coiffeuses ne constituent plus la catégorie socioprofessionnelle décrite dans le texte.

Mais cette histoire est aussi celle de Willy Russell lui-même, issu d’un milieu défavorisé et qui un beau jour décide de s’inscrire à l’université sans aucune base préalable.

Cette pièce a été adapté au cinéma en 1983 sous la direction de Lewis Gilbert avec Michael Caine et Julie Walters dans les rôles principaux.

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13:55 Écrit par Marc dans Russell, Willy | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : willy russell, litterature britannique, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 05 octobre 2006

Le Gardien (The Caretaker) - Harold Pinter - 1959

caretaker

Aston, qui s'est remis récemment d'une maladie mentale traitée aux électrochocs, vit avec son frère Mick, et invite un jour le clochard Davies à la maison. Aston a précédemment sauvé Davies alors que celui-ci allait être tabassé, et voyant qu'il s'agît d'un sans-abri, lui a proposé de venir loger chez lui et son frère. Mais Davies va petit à petit pendre le pas sur Aston et occuper de plus en plus son espace. Mick, qui a des problèmes de communication avec son frère, n'apprécie guère Davies et va avoir un comportement harcelant et même sadique envers le sans-abri.

Le Gardien a été produit en première à Londres en 1960 et a été l'un des premiers grands succès, à la fois critiques et publiques, de Harold Pinter en tant que dramaturge. L'auteur britannique s'est vraisemblablement inspiré de la pièce En attendant Godot (Waiting for Godot, 1955) de Samuel Beckett, dans laquelle deux clodos attendent infiniment l'arrivée d'un certain dénommé Godot, dont ils ne connaissent que le nom, qui est censé leur donner un sens à leur vie et une raison de vivre.

Le Gardien est une pièce de théâtre très surprenante à plus d'un titre. Ce n'est pas l'intrigue qui intéresse Pinter mais plutôt la situation, pas ce qui s'est passé mais ce qui se passe en ce moment. En effet on assiste à une scène de vie sans véritable origine, ni véritable conclusion. Pinter fait évoluer ses trois personnages dans un jeu de pouvoir psychologique parfois léger et drôle allant jusqu'à devenir terrifiant et angoissant, en utilisant à la fois des éléments du genre de la comédie et de la tragédie. Les thèmes traités sont les relations familiales, la distance entre le réel et la fantaisie, et la lutte pour le pouvoir. De plus il parle de la maladie mentale et de ses conséquences pour les personnes atteintes. Tous ces éléments feront naître des sentiments complexes auprès des lecteurs / spectateurs concernant ce qui se passe entre les trois personnages. On est sûr de rien, on ne sait qui soutenir, qui a ou devrait avoir raison... La complexité de la pièce, la qualité des dialogues, ainsi que la profondeur et la perception des thèmes traités ont contribué a faire du Gardien un chef-d’œuvre moderne du théâtre contemporain.

Harold Pinter a été récompensé en 2005 par le Prix Nobel de littérature.

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Voir également:
- Harold Pinter - biographie
- Harold Pinter - bibliographie

mercredi, 06 septembre 2006

Andorra - Max Frisch - 1961

Andorra est un petit pays, qui vit en véritable paix, et qui attend avec angoisse l’invasion des Casaques Noires, les redoutables soldats de la dictature du grand pays voisin. Andorra est une société parfaite, du moins c’est ce prétendent fièrement ses habitants. Tous les Andorriens sont purs et aux bonnes moeurs, les façades de leurs maisons sont blanches comme la neige, et de plus ils tolèrent même les juifs. Donc tout à fait le contraire des barbares du grand pays voisin. Un juif habite effectivement parmi eux, Andri, un jeune juif que, selon les racontars locaux, le maître d’école aurait courageusement enlevé à la barbarie du grand pays voisin. Mais aujourd’hui que l’invasion est proche, les habitants de Andorra commencent à réfléchir et à se demander s’il ne vaudrait peut-être pas mieux se débarrasser de ce juif encombrant ? Et la vie pour Andri va devenir de plus en plus difficile. Le menuisier ne veut pas d’Andri comme apprenti, le soldat lui cherche continuellement noise, le médecin rechigne à le soigner, l’aubergiste à le servir. Un jour un gibet est dressé au milieu de la place. Mais la population, si riche en vertus telle qu’elle le prétend, ferme les yeux. Le maître d’école voit cette vague d’antisémitisme monter et dévoile enfin la terrible vérité sur Andri : celui-ci ne serait pas juif, mais plutôt le fruit d’une affaire extra-conjugale avec une femme du pays des Casaques Noires, et l’histoire du juif sauvé d’une mort certaine n’était que prétexte à sauver sa propre morale.. Mais le mal est fait. Andri a adopté son identité de juif, même si elle n’est pas la sienne, et cette identité risquera de lui devenir fatale très rapidement.

Andorra est un drame de Max Frisch, présenté en première en novembre 1961 à Zürich. Les sujets principaux de ce classique de la littérature germanophone sont l’antisémitisme, la lâcheté et aussi l’identité de l’homme dans la société. Car c’est le manque de culpabilité, de mauvaise conscience et la lâcheté qui font agir les Andorriens, eux-mêmes n’ont jamais de torts et de responsabilités dans les atroces événements décrits. Personne n’a envie de se mouiller. «Je ne suis pas pour les massacres. Moi aussi j’ai sauvé des juifs, bien que je ne puisse pas les sentir. Et qu’est-ce qu’on a comme récompense? Rien ne les changera jamais.», déclare le médecin à la fin de la pièce. Sur quoi le soldat ajoute: «Je reconnais: je ne pouvais pas le sentir. Est-ce que je pouvais savoir que c’en était pas un, tout le monde a toujours dit que c’en était un, et puis d’ailleurs, je continue à croire que c’en était un tout de même. Depuis le début je n’ai jamais pu le sentir, mais c’est pas moi qui l’ai tué. J’ai simplement fait mon service. La consigne, c’est la consigne. Où est-ce qu’on irait, si les ordres n’étaient pas exécutés? Moi, j’étais militaire.».

Andorra en devient un puissant exemple des mécanismes de racisme et de manque de solidarité et un formidable palidoyer contre l’obéissance aveugle et finalement contre la bêtise humaine.

Andorra, dans cette pièce, est un état fictif, imaginaire, qui n’a rien à voir avec le petit pays pyrénéen que l’on connaît actuellement. C’est un modèle. Mais derrière ce modèle on reconnaît rapidement l’image de la Suisse, le pays natal de Max Frisch. La Suisse à l’image irréprochable face au grand méchant voisin des années quarante : L’Allemagne nazie.

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13:32 Écrit par Marc dans Frisch, Max | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : max frisch, seconde guerre mondiale, litterature suisse, antisemitisme, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 04 janvier 2006

La vie... selon William Shakespeare

extrait de Macbeth (1608, imprimé en 1623)

"La vie n'est qu'un fantôme errant;
l'homme n'est qu'un misérable comédien
qui se pavane et s'agite durant son heure sur la scène et que l'on
n'entend plus ensuite; la vie n'est qu'une histoire racontée par
un sot, plein de bruit et de fureur, mais ne signifiant rien."

18:14 Écrit par Marc dans Shakespeare, William | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : citation, william shakespeare, litterature britannique, theatre, tragedie | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 03 janvier 2006

Dans "La vie de Galilée" (1938) de Bertolt Brecht

Andréa:
Malheur au pays qui n'a pas de héros!


17:22 Écrit par Marc dans Brecht, Bertolt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bertolt brecht, litterature allemande, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!