lundi, 15 octobre 2012

Les Ages sombres (The Owl Killers) - Karen Maitland - 2009

the owl killers, les ages sombres, karen maitland, litterature britannique, romans historiquesLes habitants d’Ulewic, une bourgade isolée dans l’est de l’Angleterre du XIVe siècle, subissent le joug de leur seigneur et de leur Eglise, celle-ci ayant depuis quelques années supplanté le paganisme qui régnait dans la région. Les paysans sont broyés par les taxes et les travaux, et après un hiver particulièrement rigoureux une nouvelle menace les assaille : s’inspirant de superstitions profondément ancrées, une confrérie secrète, celle des Maîtres-Huants, fait régner la terreur en voulant imposer sa loi.
Seule lumière dans ces ténèbres, une petite communauté de béguines originaires de Bruges en Flandres, tentent d’aider les plus démunis. Mais la population se méfie, surtout qu’ils savent que ces étrangères seront les prochaines cibles des terribles Maîtres-Huants...

Les Ages sombres de l’auteure britannique Karen Maitland offre aux lecteurs une plongée dans l’une des périodes les plus sombres du Moyen-Âge, cela à l’exemple de cette petite ville isolée qui survit dans les croyances d’un autre temps. Raconté par plusieurs personnages à la fois, cette histoire semble nous donner une vision assez réaliste de l’époque et l’intrique ne manque pas non plus d’intérêts. Bref, tout y est pour aguicher le lecteur, sauf que le résultat est souvent bien pâle. Dès un départ bien trop lent, je me suis vite énervé de la narration à la première personne utilisée pour chacun des personnages. Il devient difficile de s’y retrouver, surtout que tous s’expriment de la même façon, cela de plus dans une langue plate et sans style. Est-ce l’auteur ou le traducteur ? A qui la faute de toute cette platitude ? Petit à petit le texte prend tout de même de l’intérêt, hélas après et avec toujours de nombreux passages bien inutiles et beaucoup trop longs, pour en arriver à un certain suspense dans une intrigue qui étonne par moments par certaines de ces évolutions.
Autre point dérangeant et apparent effet de mode de notre époque, on a de plus droit à un féminisme souvent ridicule et totalement inapproprié pour ce genre de texte, se dénotant dans un manichéisme idiot entre les deux sexes. Puis côté érudition on est de plus bien loin du sombre comparatif que fait l’éditeur de son auteur avec des noms célèbres tels que Umberto Eco et Iain Pears.

Il en reste tout de même un livre qui saura en divertir certains lecteur peu exigeants, les passionnant par moments, mais qui certainement ne laissera aucune trace imémorable auprès de quiconque.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Pierrre Demarty, éditions Sonatine, 8 avril 2012, 670 pages
ISBN-10: 2355841152 / ISBN-13: 978-2355841156

jeudi, 12 juillet 2012

Charly 9 - Jean Teulé - 2011

jean teule, jean teulé, litterature francaise, romans historiques, charly 9, charles IXCharles IX, roi de France au XVIe siècle, n’aurait guère laissé de trace dans l’Hisotoire s’il n’avait ordonné en août 1572 la nuit de la Saint-Barthélemy, un massacre sans précédent de protestants à Paris. Mais comment cet homme faible, peu déterminé avec guère de convictions a-t-il pu prendre une telle décision ? Bien sûr en étant poussé par son entourage, d’abord par sa mère Catherine de Médicis, puis par une bonne partie de la noblesse de France, catholique, et certains dirigeants militaires. Ce crime, un véritable génocide sera condamné par quasi toute l’Europe, sauf l’Espagne et le Vatican qui y voient la bienheureuse volonté de Dieu.
Mais cet acte va surtout pousser ce roi dans la folie, la maladie et une mort bien rapide.
Guère d’histiriens ou de romanciers ne se sont attardés au sujet de ce roi qui tour à tour est passé pour cruel, sot ou fou, surtout qu’il a vite été compris qu’il ne possédait même aucun pouvoir réel.

L’auteur français Jean Teulé va pourtant s’y attacher en écrivant en 2011 le roman Charly 9 où il nous raconte depuis la planification des massacres de la Saint-Barthélemy la rapide et terrifiante descente aux enfers que connaîtra ce malheureux monarque. Il en décrit les extravagances et bêtises qui marqueront depuis son règne : comment il massacrait le bétail, la basse-cour et tous les animaux des fermes ou le hasard de ses errances le conduisaient, comment il empoisonna une partie de la population en lui offrant du muguet le 1er mai, ce qui, en ces temps de famine, poussait ses sujets à manger cette fleur vénéneuse qu'il croyait être une sorte de salade ; comment il provoqua l'invention du poisson d'avril en officialisant le changement de date du début de l'année du 1er avril au premier janvier ; comment il crut remplir les coffres vides du royaume en fabriquant de la fausse monnaie... et bien d'autres folies encore, aussi saugrenues que sanglantes.
Non, c’est sûr ! Charly 9 n’était pas un grand homme, cela malgré son titre, et c’est peut-être bien pour cela que l’on s’y attache autant dans le récit de Jean Teulé, un récit historique bref et concis, qui sans cesse en vient à l’essentiel, avec les incomparables verve et humour dont l’auteur a déjà fait preuve dans ses romans précédents.
Et le point fort de ce texte est peut-être justement que l’Histoire peut  à la fois être simple, triste, horrible et drôle à la fois.

Pour mieux sans convaincre, je reproduis ici le premier chapitre du livre qui donne bien le ton de l’ensemble.

Charly 9 de Jean Teulé est certainement un roman à lire ! Facile à lire et divertissant, il plaira au plus grand nombre de lecteurs.

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Extrait : premières pages

Un mort ?

Un gentil garçon semblant à peine sorti de l'adolescence - il vient d'avoir vingt-deux ans - écarquille ses grands yeux :

- Quoi ? Vouloir que j'ordonne, pour cette nuit, l'assassinat d'un convalescent surpris en plein sommeil ? Mais vous n'y pensez pas, ma mère ! Et puis quel homme, l'amiral de Coligny que j'appelle "mon père". Jamais je ne scellerai cet édit !

Tout loyal, franc, ouvert du coeur et de la bouche, le garçon, à haute fraise blanche entourant sa gorge jusqu'au menton, s'étonne :

- Comment pouvez-vous venir me réclamer la mort de mon principal conseiller qui déjà hier matin, sortant du Louvre, fut arquebusé dans la rue par un tueur caché derrière du linge séchant à une fenêtre ?.. Il n'est que blessé. Ambroise Paré dit qu'il s'en tirera et je m'en réjouis.

- Pas nous, répond une voix de matrone au fort accent italien. D'autant que c'est ton jeune frère et moi qui avions commandité l'attentat.

- Quoi ? !

Le garçon, d'un naturel aimable et ayant de bonnes dispositions, n'en revient pas. Sous un bouquet de duvet de cygne à sa toque, il tourne lentement la tête vers les six personnages assis côte à côte devant lui. L'un d'eux, vieux gentilhomme vêtu d'une jupe de damas cramoisi, regrette :

- Sire, le seigneur de Maurevert, tueur professionnel mais mal habitué aux armes à feu, voulait faire ça à l'arbalète. Pour plus de sûreté, nous lui avons imposé l'arquebuse. Mal nous en a pris. Au moment du tir, Coligny s'est penché pour réajuster sa mule. Maurevert a manqué sa cible.

Le jeune roi aux joues arrondies hoche la tête d'un air consterné :

- Quand je pense que cet après-midi je suis allé rue de Béthisy, au chevet de l'amiral, lui promettre de faire rechercher et punir les coupables... C'étaient ma mère et mon frère !.. Mais pourquoi avez-vous décidé ça, tous les deux, mamma ?

Mamma, assise juste en face de son rejeton royal, porte autour du cou une immense collerette tuyautée en façon de roue de carrosse. Couverte d'une poudre de riz parfumée, celle-ci enfarine le haut des manches bouillonnées d'une robe noire de veuve. Yeux globuleux et joues molles, les lèvres lippues de la reine mère remuent :

- Charles, écoute-moi... Gaspard Coligny de Châtillon, certes grand amiral de France mais aussi chef du parti protestant, a maintenant trop d'emprise sur toi. Et depuis des semaines, il te presse en secret d'intervenir aux Pays-Bas espagnols sous prétexte que Philippe II y opprime les huguenots.

- Comment le savez-vous puisque c'est en secret ?

- Je le sais. Je sais tout ce qui se dit au Louvre.

- Encore l'escadron volant de vos espionnes, magicienne florentine ?.. sourit le doux roi indulgent.

Catherine de Médicis reprend : "Ton jeune frère Henri - Mes Chers Yeux -..." Charles a un tic à la mâchoire tandis que sa mère poursuit : "... ainsi que ton Conseil qui est ici, les Guise à la tête du parti catholique et moi, ne voulons pas de cette guerre."

- Mère, si des protestants sont maltraités quelque part, il faut sans doute aller les défendre.

- Eh bien non, il ne faut pas !

Elle s'explique :

- Lutter en Flandre contre la très dévote Espagne reviendrait à engager la France du côté des huguenots et à s'attirer la colère du pape.

L'imposante Italienne secoue un éventail à girouette - bâton au bout duquel est collé un petit drapeau fixe décoré de fleurs de lys et qui fait du vent :

- Ma ! Quelle chaleur encore à bientôt dix heures du soir... En tout cas, avant-hier jeudi, au chef protestant, tu as chuchoté que tu prendrais ta décision d'ici lundi.

- Vos espionnes ont l'ouïe fine... reconnaît le roi Charles.

- Tu allais céder à ce Coligny. J'en suis certaine. Alors oui, on a tenté de l'abattre afin qu'il ne te soit plus de mauvais conseil. Mais ça a raté alors on vient te demander l'autorisation de recommencer cette nuit même.

- En voilà bien, tout d'un coup, des scrupules, mamma ! s'amuse le monarque. Vous étiez moins embarrassée, hier vendredi, quand Maurevert avait le doigt sur la gâchette.

- C'est-à-dire que... hésite mamma, pour ce qu'on veut dorénavant accomplir, il nous faut obligatoirement ton autorisation qui a force de loi. Quand Coligny, cette fois-ci, sera exterminé à la hache, il faudrait ensuite aller égorger La Rochefoucauld.

- Foucauld, mon ami ? Lui aussi ?

- Deux morts ?

- Enfin, deux... balance en l'air, du plat de la main, un maréchal en uniforme. Un peu plus, Majesté... car on devra également cogner à l'huis de chez Andelot afin de l'éventrer comme on le fera dans la foulée, pendant qu'on y est, pour quelques autres... Disons les grands chefs protestants. En tout, on devrait arriver à six.

- Six morts ?

Près d'une petite table dans ce cabinet aux poutres dorées et murs alourdis d'allégories alambiquées, le monarque dilate ses pupilles naïves vers le maréchal :

- Mais, sieur de Tavannes, je croyais que, lundi, on avait marié ma catholique soeur Marguerite avec le protestant Henri de Navarre en signe de réconciliation entre les deux religions... Et en fait, ce samedi soir, vous voudriez faire tuer les chefs huguenots venus de la France entière pour assister à la noce ?

- Ben justement, réagit à la gauche du maréchal un gros duc empoudré et encombré de dentelles aux noeuds savants. On s'est dit que, puisque toute l'aristocratie protestante se retrouve providentiellement réunie à Paris, ce serait quand même dommage de ne pas en profiter...

Le garde des Sceaux, écharpe brodée en travers du buste, partage cet avis :

- Nevers a bien raison, Sire. Si vous voulez, c'est comme une opportunité... poursuit-il d'un air léger. Pouvoir en une nuit couper toutes les têtes du dragon de l'hérésie est une chance qu'on ne retrouvera pas de sitôt. Ils sont là. On en tue dix et c'est réglé.

- Dix, René de Birague ? J'avais entendu six.

- Oui, oh, six, dix... Vous chipotez, Majesté ! commente le capitaine de la première compagnie des gentilshommes de la Maison du roi. En tout cas, Sire, pas plus de cent.

- Cent morts ?

Charles, bouche bée, balaie du regard son Conseil aligné. Il en arrive à sa mère qui ne dit rien.
Bras droit accoudé à sa table envahie d'une arbalète et d'un cor de chasse sur des recueils de poésies, d'un filet pour attraper les oiseaux près d'une sonnette à rapace, le jeune roi ne comprend plus rien. Tout l'étonne. Alors que, près du mur, le capitaine s'adresse malignement à lui en termes de chasseur : "Nous tenons la bête dans les toiles. Hâtez-moi d'envoyer les piquiers", Charles contemple derrière le soldat une tapisserie où l'on voit un cerf qui a un oeil bleu. Le roi ne l'avait jamais remarqué. Encore un drôle de truc, ça ! Le souverain se lève.

Grand, mince et étroit d'épaules, ses longues jambes moulées dans des bas blancs vont sur les carreaux de faïence fleurdelisés du sol qui résonne du choc de ses éperons en forme de col de cygne avec une étoile roulante au bout. Descendant à mi-cuisse, sa "trousse" bouffante ressemble à une couche-culotte alors qu'il s'approche de l'intrigante tapisserie.

On peut y admirer un dix-cors bousculé par cinq chiens et même une chienne sautés ensemble sur lui. Un limier lui mord une oreille. D'autres le prennent à la gorge, fouillent vers son ventre, son coeur. Et le cervidé, cinq andouillers sur chacun des bois - à sept ans, c'est jeune pour vivre ça -, lève, de profil, sa tête aux abois vers les nuages. Il a un oeil bleu.

A hauteur de visage du monarque, l'iris tissé est gratté. Charles observe ensuite les particules de laine bleue restées sous son ongle : "Bizarre, ça. Un cerf a toujours l'oeil noir..."

Le roi de France pivote :

- Jamais, je n'ordonnerai ce que vous me réclamez. J'aimerais mieux que mon corps soit traîné dans la boue des rues de Paris !

Cette déclaration solennelle se retrouve suivie d'un ricanement dans le cabinet du souverain :

- Je vous l'avais dit qu'il n'oserait pas. C'est un chapon-maubec !

Celui qui vient de s'exprimer est debout derrière la mère et les membres du Conseil alors ils se retournent tous et lèvent la tête pour voir le roi venir postillonner dans la figure de l'insolent :

- Moi, poltron ? Henri, tu oses me dire ça, toi, le fot-en-cul !

C'est vrai que Henri a un genre... Menton ras, face pâle, geste efféminé, l'oeil d'un Sardanapale, voilà tel qu'il paraît en ce bal. Garni bas et haut de roses et de noeuds, visage de blanc et de rouge empâté, une coiffe en forme de coquillage comme un gros bulot rose sur sa tête, font voir l'idée : en la place d'un prince, une putain fardée. La reine Catherine intervient en mère de famille :

- Charles, laisse donc ton jeune frère à ses goûts et cesse tes jeux réservés à l'enfance !

Mais le roi n'en démord pas contre Henri :

- Cadet, n'oublie pas que tu n'es que duc d'Anjou !

L'autre, se hissant sur la pointe des pieds, car de plus petite taille, et rondelles d'os en boucles d'oreilles, rétorque :

- Qu'à Dieu plaise, si c'est moi qui avais eu un an de plus que toi et non le contraire, le Conseil royal n'aurait pas perdu autant de temps à me convaincre...

Catherine de Médicis - venin florentin - abonde en ce sens :

- Il est vrai, Charles, que Mes Chers Yeux aurait, sans hésiter, eu ce courage. Le connaissant, il aurait déjà deux fois fait passer par le fer les huguenots. Mais lui, c'est Mes Chers Yeux... Son ennemi, il ne l'appelle pas "Mon père".

Le monarque sensible, grosses larmes gonflant ses paupières, réplique : "Je me demande parfois si ce n'est pas celle que j'appelle "Ma mère", mon ennemie..." puis, alors que des chiens se mettent à grogner sous la table, Charles s'encolère après sa génitrice en la tutoyant : "Tu n'aimes que Henri ! Je passe mes jours à te l'entendre louer, à l'admirer. Je règne et c'est lui seul que tu chéris." On sent qu'il souffre beaucoup de cette préférence en faveur d'un frère tellement plus italien, plus Médicis que lui : "Sur l'échiquier politique, je suis le roi mais Anjou et toi ne me considérez que comme un pion ! Tuer les chefs protestants invités à la noce... quelle félonie ! Qui de vous deux a conçu ce plan machiavélique ?"

Sur la table, il s'empare de l'arbalète qu'il lève :

- Et si je vous tirais à tous deux un carreau dans la tête ?

Henri se marre :

- Avec ton courage de brebis ?

Face à l'air hautain et dédaigneux du duc d'Anjou, le roi piteux dépose l'arme et retourne s'asseoir en son royal fauteuil trop large pour lui.

Quoique derrière son dos la fenêtre du cabinet soit grande ouverte sur Paris, oppressé par la moiteur étouffante de cet été - l'air est chaud et lourd, ça sent l'orage -, Charles déboutonne sa fraise et les boutons de nacre du col de sa chemise. Il respire longuement :

- Capitaine Gondi, vous dites cent morts... mais dans les rues où logent des Coligny, Foucauld, Andelot et autres, vivent des voisins, souvent protestants, qui entendraient des cris et accourraient au secours des victimes. Que feriez-vous à ces huguenots-là ?

- On les tuera.

- Certains ont des épouses que vous assassineriez également j'imagine.

- Ah ben oui, quelques femmes aussi peut-être. On ne peut pas savoir.

- Il y aurait des vieillards...

- Ah ça, les vieillards, vous savez, Majesté, dans le noir, on ne voit pas trop l'âge non plus !

-... Et des enfants.

- Des enfants aussi, c'est possible. S'ils sont un peu trop à brailler, accrochés à la chemise de nuit de leur mère, je ne dis pas qu'il est inenvisageable que plusieurs reçoivent pareillement du fer.

Le roi blêmit et tandis que le garde des Sceaux minimise : "Il s'agira quand même de pêcher surtout les gros saumons sans trop s'amuser aux grenouilles...", Charles poursuit ses comptes :

- Ah, mais ça ne ferait pas cent mais mille morts peut-être...

"Peut-être", reconnaît avec désinvolture le duc de Nevers. Tavannes acquiesce.

- Mille morts ?

Le monarque lance mille injures à tous ceux présents dans son cabinet, les appelle assassins.

- Nous ne ferons qu'appliquer vos ordres, Altesse... plaisante le duc d'Anjou dans une profonde révérence de princesse.

Un lévrier s'approche de Charles, pose deux pattes sur ses genoux et lève la tête. Il ouvre sa large gueule et baille tandis que le roi lui gratte gentiment la gorge en regrettant :

- Pourquoi luthériens et papistes ne parviennent-ils pas à danser ensemble ?

- Les réformés ne prient pas Dieu comme les catholiques, rappelle Nevers.

- Et alors ? Ne sont-ils point aussi des chrétiens ?

- Leur façon de s'habiller et de manger est étrange, souligne Birague. Ils ne font pas maigre le vendredi.

- Si c'est leur choix...

Gondi s'enflamme en se signant :

- Que périssent ces choix d'hérétiques ! Et que cette nuit, un roi béni du ciel ose enfin commander d'abattre sa foudre sur les ennemis.

- Oui, mais qui sont ces ennemis ? s'agace Charles. Des Mongols, des Chinois... ? Nous sommes tous du même royaume que je sache. Par des mains de Français, des Français immolés ?

- Dieu attend que vous fassiez la grande lessive, plaide le garde des Sceaux, et qu'à coups de dagues vous...

- Arrêtez ! le coupe Charles. Loin de moi cet avenir horrible. Votre Dieu m'échauffe, me presse, il accable mes sens. J'en ai assez de ce XVIe siècle aux guerres de religion continuelles...

- C'est le malheur des temps qu'il faut en accuser, glousse Anjou. Alors, je sais bien, tu me diras : "La guerre c'est pas beau, la pluie ça mouille et les hommes pourraient être tous des frères..." Ils sont très jolis tes rêves mais il y a aussi la réalité, ricane le cadet.

- De là à détruire tant d'humains... soupire l'aîné.

- Ce ne sont quand même que des protestants, relativise Nevers.

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Présente édition : éditions Pocket, 1 mars 2012, 221 pages
ISBN-10: 2266220152 / ISBN-13: 978-2266220156

dimanche, 01 juillet 2012

Les mille automnes de Jacob de Zoet (The Thousand Autumns of Jacob de Zoet) - David Mitchell - 2010

david mitchell, les mille automnes de jacob de zoet, jacob de zoet, romans historiques, japon, xviiie siecle, romans d aventures, litterature britanniqueJapon 1799, le pays est fermé aux étrangers vivant dans l’isolement le plus total. Afin de pouvoir commercer avec les étrangers des zones franches isolées sont créés dans certains ports, c’est le cas notamment de l’île artificielle de Dejima construite dans la baie de Nagasaki qui sert de port d’attache à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. A partir de là Néerlandais et Japonais peuvent faire affaire, mais qu’un Néerlandais mette un jour pied sur la terre ferme est un événement rare et exceptionnel.
C’est en 1799 qu’arrive à Dejima le jeune clerc Jacob de Zoet, ambitieux et idéaliste, venu pour faire fortune sur un contrat de cinq ans. Très vite il se fascine pour ce pays mystérieux qu’il devine vu des quais de Dejima, mais entre aussi en conflit avec les pratiques ayant cours sur cette île, car doté d’une morale irréprochable le jeune Jacob se trouve vite désemparé face à la corruption qui règne en ces lieux. Dejima est tel un temple dédié au commerce et à l’argent-roi, et il n’y a guère de place pour autre chose. Évidemment des échanges plus culturels et scientifiques, mais ceux-là ne sont que bien secondaires. C’est ainsi d’ailleurs qu’en suivant un vieux médecin hollandais, Jacob de Zoet rencontre la belle Orito, une sage-femme au visage partiellement brûlé. Il s’en éprend vite, intrigué par cette femme et sa marque, et bien sûr sa culture si mystérieuse.
Mais Orito est enlevée puis emprisonnée dans le mystérieux temple Shiranui, dirigé par l'abbé Enomoto, un puissant notable japonais. Il garde captives douze femmes dont il fait ses esclaves sexuelles. Uzaemon, interprète de Jacob lui aussi épris d'Orito, part à la recherche de la jeune femme avec deux samouraïs.

Les mille automnes de Jacob de Zoet de l’auteur britannique David Mitchell est une incroyable fresque historique plongeant le lecteur dans le Japon envoûtant et mystérieux du 18ème et 19 ème siècle, le Japon des shoguns tel qu’il a été vu par les négociants hollandais de l’époque, c’est-à-dire voilé et occulté, et vu de cette île artificielle de Dejima. Et c’est à Dejima que se produira la confrontation de ces deux univers, celle d’un Japon encore inconnu face à aux anciens Pays-Bas se situant à plusieurs milliers de lieues de là, personne ne réussissant à réellement à cerner l’autre.
Pour exemple, à un moment dans le texte un personnage japonais posera à Jacob de Zoet des questions sur son “île” d’origine, étant donné qu’il ne peut imaginer que d’autres n’habitent pas aussi sur des îles ; ce à quoi le personnage néerlandais répondra que son pays est fait de terrres sous le niveau de la mer. Bref l’un ne pourra jamais comprendre l’autre et vice-versa.

Avec Les mille automnes de Jacob de Zoet Mitchell renoue aussi avec le grand roman historique classique mêlant aventures et romantisme au pays du soleil levant. Son approche est très détaillée, trop parfois même. On suit le clerc Jacob de Zoet à travers son travail, le négoce des Hollandais, avant de découvrir peu à peu ce Japon dont à l’époque on ignorait quasiment tout. Car bien sûr Mitchell nous décrit un univers qui n’existe absolument et qu’il tente de faire revivre du mieux qu’il peut. C’est à un point détaillé, que le lecteur s’y croit vraiment, tant Mitchell met l’accent sur de multiples choses de la vie à Dejima, des événements qui ne sont que des intrigues secondaires avant d’aborder la véritable histoire, celle d’Orito emprisonné par l’abbé Enomoto, et l’amour que porte le jeune hollandais à la belle orientale. Le lecteur entrera réellement dans la peau de l’un de ces négociants hollandais de l’époque face à un monde encore tout à fait inconnu.
Hélas le lecteur peu assidu risque de s’y perdre car l’intrigue véritable qui le passionnera ne se dessine que réellement au bout de 200 pages.
Mais pour tous les autres ce texte s’avèrera vite être un roman historique tout à fait exceptionnel. Et le dépaysement est garanti.

Le mille automnes de Jacob de Zoet de David Mitchell est un roman historique exceptionnel à découvrir de toute urgence. Cela même si de nombreux lecteurs se lasseront dû à la complexité et le détail du texte.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Manuel Berri, éditions de l’Olivier, 5 janvier 2012, 701 pages

mardi, 26 juin 2012

Pirates (Pirate Latitudes) – Michael Crichton - 2009

michael crichton, pirates, romans d aventures, litterature americaine, piraterie1665. La Jamaïque est l’une des rares colonies britanniques au milieu des Caraïbes dominées pr l’Espagne. De plus la couronne ne lui verse que bien peu de ressources l’obligeant à se débrouiller comme elle peut pour survivre. Pour le gourveneur de l’île Sir James Almont il n’y a qu’une solution : avoir recours à la piraterie pour se défendre et améliorer le commerce par le vol. Et ainsi Port Royal, la capitale de l’île, est devenu le repère de tous les pirates de la région, un véritable coupe-gorge où se bousculent les tavernes, rhumeries et autres bordels.
Le capitaine Charles Hunter est l’un de ces pirates devenus corsaires au service de la couronne britannique. Et pour lui cette terre si dangereuse est pourtant remplie de promesses. D’ailleurs la rumeur circule bientôt qu’un navire espagnol bourré d’or  serait à quai dans le port voisin de Matanceros. Cette possession espagnole réputée imprenable est gouvernée par le terrible Cazalla, un favori du roi d’Espagne. Hunter, sur ordre du gouverneur Almont, met rapidement sur pied une équipe qui aura pour mission de s’infiltrer sur l’île pour s’emparer du galion.

Avant toute chose il faut rappeler concernant ce roman Pirates paru en 2009, que l’auteur américain Michael Crichton est mort en … 2008. Cela explique certainement ce qui va suivre sans pour autant rien excuser, car il a tout de même était relu par des éditeurs bien vivants.

Car après lecture de ce roman, alors que j’ai été attiré par la promesse de palpitantes aventures sous le soleil des Caraïbes, alors que la piraterie devient un sujet plutôt rare, et de m’emballer pour un texte écrit par un auteur réputé dans le thriller et le roman d’aventures, je n’ai trouvé qu’un texte bâclé accumulant tous les clichés du genre sans jamais réussir à me passionner d’une façon ou d’une autre. On retrouve ainsi tous les poncifs de la piraterie, entre batailles navales, tempêtes infernales et attaques de monstres marins ( ? ... si, si ), des personnages à peine esquissés de leurs gros caractères, vus mille fois auparavant, dont les pirates intrépides, les politiques corrompus, les vils traîtres et méchants (tous des espagnols ou français comme par hasard), des femmes qui sont toutes des putes et enfin des sauvages plus sauvages que de raison. S’ajoutent certains chapitres qui ressemblent plus à des trames d’histoire qu’à des textes finis, une intrigue sans aucune surprise, des dialogues insipides et inutiles  et une écriture sans saveur ni envie. Citons encore que la traduction semble à peine relue tant elle regorge de coquilles…

Concluons enfin par dire qu’il n’est jamais bon de déterrer un manuscrit d’un auteur mort, car si ce dernier n’avait pas envie de publier son texte de son vivant, c’est qu’il avait peut-être ses raisons. Reste à saluer tous ces éditeurs prêts à publier n’importe quoi pour faire leur argent, et les médias qui, sans jamais en avoir lu un seul, annoncent chaque roman de Crichton comme un événement.


Bref, Pirates de Michael Crichton est un roman tout simplement nul et médiocre.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Christine Boucheraine, éditions Pocket, 1 juin 2011, 347 pages

Voir également:
- L’homme terminal (The Terminal Man) – Michael Crichton (1972), présentation
- La Variété Andromède (The Andromeda Strain) - Michael Crichton (1980), présentation
- Congo - Michael Crichton (1980), présentation
- Les prisonniers du temps (Timeline) - Michael Crichton (1998), présentation
- Proie (Prey) - Michael Crichton (2002), présentation
- Etat d'urgence (State of Fear) - Michael Crichton (2004), présentation

vendredi, 28 octobre 2011

Les Sanguinaires, tome 6 : L’antre des écorcheurs - Sean McFarrel - 2009

l antre des ecorcheurs,jean-luc bizien,les sanguinaires,litterature francaise,romans d aventures,romans historiques,sean mcfarrel,thrillersRemontant les routes vers le Nord, le jeune Thibault, l’ancien écuyer ayant usurpé l’identité de son maître et chevalier mort, accompagné des voleurs Taureau, La Pie et Ninon, loue ses services pour escorter une caravane de marchands.
Mais à l’approche de Peyrebeille le convoi se fait attaquer par des bandits. Les dégâts sont lourds et les rescapés doivent se réfugier dans une drôle d’auberge : bien comfortable et douillette, on leur y réchauffe leurs corps et âmes... pour mieux endormir leur vigilance et les entraîner au plus profond des ténèbres, là où personne ne sort jamais plus vivant. Ce piège se refermera inévitablement sur Thibault et ses compagnons... mais sauront-ils échapper à l’horreur qui les attend ?

Dans ce sixième tome de la série Les Sanguinaires, L’antre des écorcheurs, les aventures de cette joyeuse et si attachante bande de troubadours continuent de plus belle dans ce Moyen-âge si violent et terrible. La plume de Sean McFarrel, pseudonyme de l’écrivain français Jean-Luc Bizien, est toujours aussi efficace, mais ce tome-ci ressemble un peu trop au précédent. En effet le fil de l’histoire est quasiment le même et que peu de choses n’évoluent de façon significative au niveau des personnages.
Efficace et bien divertissant L’antre des écorcheurs de Sean McFarrel a tout pour plaire, et cela surtout aux amateurs de la série.

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Voir également :
La Muraille - Jean-Luc Bizien (2001), présentation
Les Sanguinaires, tome 1 : Le masque de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 2 : Le souffle de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 3 : Le muraille des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 4 : Le labyrinthe des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 5 : A l'invitation du Dragon - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation

lundi, 19 septembre 2011

Contre-jour (Against The Day) - Thomas Pynchon - 2008

Thomas Pynchon, litterature americaine, romans d aventures, romans historiquesExposition universelle de Chicago de 1893. Le dirigeable Le Désagrément, orné d’une banderole aux couleurs de l’Amérique, prend son envol avec à son bord cinq jeunes hommes appartenant au célèbre club aéronautique des Casse-cou, une communauté volante, qui, pour se défaire de tous liens politiques s’est installé à bord d’aéronefs de tous genres en ne recevant d’ordre que de ceux qui les paient.
Et une fois le Désagrément parti, c’est le début d’une multitude d’aventures pour ces cinq jeunes héros qui vont découvrir le monde terrestre duquel leurs nombreuses aventures les ont tenus éloignés. Inventions miraculeuses, turpitudes capitalistes, complots, meurtres, espions salariés, nouvelle passion pour la vitesse, jolies femmes du bout du monde, tentations, argent… et cela à travers les continents et les temps jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, qui va provoquer un brutal retour sur Terre pour ces idéalistes aériens.

Roman vertigineux de près de 1500 pages à l’écriture dense, Contre-jour de l’écrivain américain Thomas Pynchon, émerveille par son foisonnement d’histoires et impressionne à tout moment par ses incroyables qualités,

Le tout tourne autour d’un équipage et d’une famille, les Traverse, dont le destin politique coïncide avec la jonction des XIXème et XXème siècles, et qui résume à lui seul les contradictions d’un monde qui s’écroule avec la Première Guerre mondiale. Car c’est bien de cela qu’il s’agît : d’un roman de fin de monde, l’aboutissement et l’échec d’une période, celle des sciences et de l’expansion à outrance qui n’aura su produire qu’un immense carnage dans lequel s’engouffre l’humanité.
Et pour nous faire vivre tout cela, Thomas Pynchon, dans son roman, va superposer les styles, les genres et les situations. Humour, western, tragique et fantastique cohabitent le plus sérieusement du monde dans ce fourre-tout de références parfois obscures, parfois limpides, mais dont l’extrême cohérence fait de cette accumulation d’histoires un tableau général d’une saisissante beauté. Très politique et très engagé, Contre-Jour fonctionne par emboîtement : le récit d’une personne développé pendant des pages, puis d’une personne qui en rencontre une autre, développée à son tour, qui en rencontre encore une autre… et ainsi de suite. Bien sûr le fil central de la narration se complexifie, se perd, en laissant certainement de temps à autre quelques lecteurs à l’arrière, mais malgré tout, le roman fonctionne et passionne.

Contre-jour de Thomas Pynchon est plus qu’un roman mais un véritable monument littéraire. Dense, profond et aussi joyeux et divertissant ce texte ne cesse d’émerveiller. L’abord est certes difficile, le texte d’une longueur qui en découragera plus d’un, mais malgré tout, c’est certainement l’un des grands romans de ces dernières années.

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Présente édition : traduit de l’anglais (américain) par Claro, éditions Le Seuil / Point, 19 novembre 2009, 1467 pages

dimanche, 11 septembre 2011

Dans le jardin d’Iden (In the Garden of Iden) - Kage Baker - 1997

Kage Baker, litterature americaine, science-fiction, dans le jardin d iden, mendoza, romans historiquesXXIVe siècle. Le voyage dans le temps a été inventé et est contrôlé et largement utilisé par une compagnie toute-puissante, la Dr. Zeus, Inc. Son but : ramener des objets rares ou disparus du passé afin de conserver un patrimoine culturel et naturel disparu, et par delà accumuler des trésors inestimables. Mais difficile pour la Dr. Zeus, Inc., d’envoyer des agents dans le passé. Comment un homme du XXIVe siècle peut-il s’infiltrer de façon crédible à une toute autre époque. Ainsi la compagnie recrute des agents à leur époque en leur offraznt en échange l’immortalité.
La jeune Mendoza est ainsi recrutée au XVIe siècle en Espagne dans les donjons de l’inquisition après avoir été vendue par ses parents à une famille d’hérétiques. Très vite elle montre des capacités hors du commun et sa première mission l’envoie en Angleterre, en 1554, période agitée qui voit Marie Tudor accéder au trône. Mendoza doit sauver une variété de houx (disparue cent ans plus tard) dans le jardin d'un certain William Iden. En compagnie d'autres agents "infiltrés", elle fait preuve d'une passion exclusive pour son travail. Malgré sa misanthropie notoire, elle s'attache pourtant à un mortel, un jeune hérétique idéaliste et fougueux. La période, hélas, ne se prête pas à une telle relation et Mendoza est tenue de taire sa véritable identité...



Paru en 1997, Dans le jardin d’Iden est le premier tome d’une série, La Compagnie, mettant en scène la voyageuse dans le temps Mendoza dans sa première aventure. Habile mélange entre science-fiction et réalisme historique le roman convainc dès les premières pages, après un prologue fort, intéressant et très réussi pour introduire le contexte des voyages temporels de la Dr. Zeus, Inc. avant de découvrir le personnage fort attachant de Mendoza que l’on pourra suivre au fil de très nombreuses aventures (pas encore toutes traduites en français).
C’est passionnant, jubilatoire, à tout moment prenant, et cela malgré certains passages un peu longs. Les amateurs de science-fiction risquent toutefois de rester quelque peu sur leur faim. L’écriture est belle et bien prenante.




Dans le jardin d’Iden est un beau mélange entre science-fiction et roman historique offrant un grand plaisir lecture.

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Présente édition : traduit de l’américain par Jacques Collin, éditions Pocket, 8 avril 2004, 413 pages

vendredi, 29 juillet 2011

Lucrèce Borgia - Victor Hugo - 1833

theatre,lucrece borgia,victor hugo,litterature francaise,borgia,drame,tragediesLucrèce Borgia, la duchesse de Ferrare règne sur l’Italie de cette fin de XVe siècle. Et son pouvoir et influence elle les a obtenus par le crime, les complots, l’adultère et même l’inceste. Cela au point qu’elle haïe de partout. Et pourtant cette femme si puissante et dangereuse tremble devant un seul homme, Gennaro, un simple capitaine à la solde de la République de Venise. Elle va même jusqu’à tout mettre en jeu pour le retrouver dans la foule du carnaval de Venise, cela sous l’œil suspect de son mari. Mais pour Lucrèce Borgia, rien ne peut l’empêcher de retrouver le jeune Gennaro, et pour cause, le jeune capitaine n’est autre que son fils caché, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines.
Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? Et surtout, comment Gennaro réagira-t-il en apprenant que sa mère n’est autre que ce monstre du nom de Lucrèce Borgia ?

Représenté pour la première fois le 2 février 1833 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris, le drame Lucrèce Borgia de Victor Hugo a vite rencontré un immense succès dû à la force des sentiments exaltés par ses personnages, le tragique féroce auquel ils succombent et l’écriture puissante en prose, faite de répliques enlevées et efficaces et qui fait directement entrer dans le sujet. Le rôle de la duchesse Borgia émeut et horrifie à la fois, bref elle fascine, tout comme l’entièreté de la pièce.
Le dramaturge, touché par l’échec l’année précédente du Roi s’amuse, a écrit cette pièce en quatorze jours et s’est attaché les services de grands comédiens de l’époque dont notamment la célèbre Juliette Drouet. Le succès a été tel que le compositeur italien Gaetano Donizetti en tira la même année un opéra.

Un grand classique à lire et à relire !

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Présente édition : Editions Pocket, 19 mai 2011, 155 pages

Voir également :
- Bug-Jargal - Victor Hugo (1826), présentation
- Le dernier jour d’un condamné - Victor Hugo (1829), présentation et extrait
- Claude Gueux - Victor Hugo (1834), présentation et texte intégral

- Les Misérables - Victor Hugo (1862), présentation et extrait

samedi, 19 mars 2011

L’espion de la couronne, tome 2 : 1658, L’éclipse du Roi-Soleil - Jean-Michel Riou - 2010

Jean-Michel Riou, 1658, l'eclipse du roi-soleil, l'espion de la couronne, romans historiques, litterature francaiseJuillet 1658. Louis XIV n’a que 20 ans, alors qu’il s’impose de plus en plus à toute l’Europe. Il vient de foudroyer l’armée espagnole et conquiert ainsi de plus en plus son peuple.
Mais voilà que le 8 juillet Louis XIV est à l’agonie, terrassé par la fièvre qui, selon les médecins, est transportée par les cadavres... Ou alors il a tout simplement été empoisonné. Antoine Petitbois, l’espion de la couronne, n’en doute pas. Il lui faut démasquer le criminel pour ainsi avoir une chance de trouver l’antidote qui sauvera le roi. Mais la mort n’attend pas et l’espion n’a plus que quelques heures devant lui pour résoudre cette énigme.

1658, L’Eclipse du Roi-Soleil de l’écrivain français Jean-Michel Riou est le second tome des aventures d’Antoine Petitbois, dit L’espion de la couronne après 1630, La vengeance de Richelieu, un même personnage mais deux histoires bien indépendantes. Son héros, sur la fin de sa vie, écrit une lettre à son ami Nicolas de La Reynie pour lui compter cette fabuleuse histoire de l’empoisonnement de Louis XIV dont seul lui et le cardinal Mazarin étaient au courant à l’époque. Commence alors une belle et passionnante histoire policière dans la France du XVIIe siècle, magnifiquement écrite dans un style à la fois vif et qui rappelle les écrits d’antan. Car il s’agît avant tout d’un roman historique de la plus pure espèce, et l’auteur réussit parfaitement à conjuguer le coté historique et policier de son histoire. Le tout manque quelque peu de profondeur, on est bien ici dans l’historique de divertissement et qui, il faut le dire, fonctionne à merveille, porté par une intrigue bien ficelée, toujours intéressante, au point que le lecteur a hâte d’en découvrir le fin mot.

1658, L’Eclipse du Roi-Soleil de Jean-Michel Riou est un très beau et divertissant roman historique nous faisant découvrir une sulfureuse affaire policière à la Cour de Louis XIV.

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Présente édition : éditions J’ai Lu, 2 mars 2011, 313 pages

lundi, 14 février 2011

La couleur des rêves (The Colour) - Rose Tremain - 2003

Rose Tremain, litterature britannique, romans historiques, Nouvelle-zelande, la couleur des reves1864. Joseph Blackstone s’installe sur les terres sauvages de la Nouvelle-Zélande avec  son épouse Harriet et Lilian, sa mère, et cela dans le fol espoir d'échapper à son passé et de construire une nouvelle vie. Mais l'existence est si rude près de Christchurch, où ils se sont établis, qu'elle menace de les détruire avant même que s'accomplisse la promesse tant désirée d'un avenir meilleur. Quand Joseph trouve de l'or au fond d'une rivière, il dissimule sa découverte aux yeux de sa femme et est saisi d'une obsession dévorante de faire fortune. Abandonnant alors derrière lui sa ferme et sa famille, il part vers les nouveaux champs aurifères à la conquête de ses rêves et de son destin. Harriett va entreprendre à sa suite un long voyage pour tenter non seulement de le retrouver, mais aussi de rencontrer la nourrice maori qui a bercé de légendes l'enfant de ses voisins.

La couleur des rêves de l’écrivain anglais Rose Tremain est une magnifique fresque romantique et historique plongeant le lecteur à la suite d’émigrants en Nouvelle-Zélande lors de la ruée vers l’or. Dans cette nature encore sauvage et grandiose de cette Nouvelle-Zélande du XIXème siècle c’est la folie de l’homme qui ressort, avec une force immense, poussé par l’appât de la fortune et qui ne peut que causer la perte de ces émigrants. C’est prenant du début à la fin, les personnages sont forts et attachants, et l’ensemble certes classique ne cesse d’émerveiller par la beauté de son contexte.

La couleur des rêves de Rose Tremain est un roman épique et romanesque d’une rare beauté.

A découvrir !

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Présente édition : traduit de l’anglais par Suzanne V. Mayoux, éditions J’ai Lu, 6 octobre 2010, 473 pages

jeudi, 10 février 2011

La mort, entre autres (The One From The Other) - Philip Kerr - 2006

Philip Kerr, bernhard Gunther, Seconde Guerre mondiale, nazisme, romans policiers, romans historiques, litterature britannique1937, Bernhard Gunther, un détective privé allemand, est énvoyé par la GESTAPO en mission en Palestine dans le but d’espionner un certain Adolf Eichmann ainsi que son chef, Herbert Hagen, lesquels ont été mandatés par leur service, le SD, pour étudier la possibilité d’une émigration massive de juifs allemands vers cette contrée.
Plus de dix ans plus tard, en 1949, l’ancien détective allemand Bernhard Gunther vit des moments difficiles. Sa femme Kirsten est gravement malade et se meurt peu à peu, et il craint que le matricule SS dont il garde la trace sous le bras ne lui joue de sales tours. Tant bien que mal il essaie de gérer l’affaire familiale, un hôtel à Dachau dans la banlieue de Munich. Mais son métier lui manque et très vite il s’y remet, sa femme mourant peu de temps avant. D’ailleurs dans ce contexte d’après-guerre, où la corruption fait rage, les plaintes sont bien nombreuses. Une belle et mystérieuse cliente, Britta Warzock, lui demande notamment de retrouver la trace de son époux nazi, et voici Bernhard Gunther embarqué dans une sombre affaire qui le dépasse de loin.


La Mort, entre autres de l’écrivain ecossaise Philip Kerr est le quatrième roman mettant en scène le détective privé allemand Bernhard Gunther. Les trois premiers, plus connus sous le nom de la Trilogie Berlinoise, se déroulaient dans les années 1930 dans une Allemagne en préparation de la Seconde Guerre mondiale, dans celui-ci on découvre une Allemagne qui cicatrise tant bien que mal ses plaies du passé dans un après-guerre immédiat. Or pour le détective privé, alors que dans les années 1930 il devait avant tout rechercher des juifs disparus, s’ajoutent maintenant à ses missions la recherche d’anciens tortionnaires nazis, des criminels de guerre se cachant le temps de pouvoir quitter le pays, pour en rejoindre un autre, généralement en Amérique du Sud, grâce à des réseaux mis en place par d’anciens confrères ou par le Vatican.
Et pour raconter cela, Philip Kerr nous sert une intrigue dense et foisonnante autour d’un héros complexe tout nous faisant revivre cette trouble période de l’histoire. C’est passionnant d’un bout à l’autre, souvent cynique et parfois même bien dérangeant. Mais c’est surtout l’ambiance de l’époque qui fait de ce roman un polar bien supérieur à d’autres aux intrigues quelques peu semblables.

A découvrir pour se replonger dans une période trouble de notre histoire.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, éditions Le Livre de Poche, 2 février 2011, 576 pages

mercredi, 02 février 2011

Les graffitis de Chambord - Olivia Elkaim - 2008

resistance, olivia elkaim, memoire, oubli, les graffitis de chambord, chambord, litterature francaise, seconde guerre mondiale, romans historiques2006, Trévor est un homme sans passion qui survit dans un grand appartement parisien entre un boulot de banquier sans intérêt et une vie privée dénuée de sens. Il vit seul, sans amour et sans amitiés. Un jour il va recevoir une lettre qui va totalement bouleverser sa vie.
1945, Simon est un écrivain juif qui caché durant l’occupation dans un village près de Mâcon gagne Paris à la libération. Il tente d’écrire continuellement afin de recréer son passé dont il n’a presque aucun souvenir. Ses parents ont disparu, et son passé avec eux.
1940, Isaac est un résistant qui a abandonné sa famille pour suivre Dora, une femme libre et énigmatique, et dont il est tombé amoureux. Ils font partis du réseau Chambord, installé dans le château du même nom et dans lequel ont été sauvegardés une multitude d’œuvres d’art sauvés du Louvre face à l’envahisseur allemand. Enfermés dans le château, ils errent dans les galeries, dans ses pièces froides et obscures aux murs maculés de graffitis, comme en des catacombes.
Et ce sont ces graffitis, certains datant même du XVIIe siècle, qui vont mystérieusement rapporcher les trois vies d’Isaac, Simon et Trevor.

Les graffitis de Chambord est le premier roman d’Olivia Elkaim qui jusque là n’avait publié que quelques nouvelles et essais. Avec ce premier roman elle réussit un beau tour de maître en nous contant trois histoires en une en passant d’un petit-fils à l’existence vide de sens, à celle du père qui étanche sa soif de raconter dans ses livres sans jamais pouvoir transmettre à son fils au grand-père résistant et protégeant des œuvres d’art dans un château à l’abandon. Le montage est fort habile et le sujet du texte qu’est la mémoire ou l’oubli intergénérationnel est présenté de façon bien intéressante et percutante. Ce sujet n’est hélas guère neuve, ni d’ailleurs le contexte choisi pour l’histoire (Seconde Guerre mondiale, juifs, résistants, …), contexte qui est même devenu à mes yeux rébarbatif et lassant. Mais ce qui prédomine ici est sa qualité formelle ainsi que certaines évocations quant l’époque dans laquelle cela se déroule. L’écriture est assez belle et sensible, les descriptifs bien travaillés, les mots choisis avec précision afin de créer à chaque instant l’atmosphère requise au sujet.

Les graffitis de Chambord d’Olivia Elkaim est un bien beau premier roman sur la mémoire et l’oubli. A découvrir.

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Extrait : premier chapitre

Trevor

La concierge a gardé l'enveloppe pendant trois semaines, les trois semaines où il était à Hong Kong, en mission spéciale pour Shermann & Cie. Elle était une concierge telle qu'il se l'imaginait : petite, sèche, propriétaire d'un caniche paresseux et agressif, intérieur bonbonnière. Elle avait posé l'enveloppe sur son buffet en merisier, sous le mur à clés, en attendant qu'il rentre. Et maintenant, elle soupesait l'enveloppe avec envie. " Il y a du courrier pour vous, monsieur Trevor. " Elle l'appelait " monsieur Trevor ", jamais par son nom de famille, trop difficile à prononcer, sans doute. Trevor ne rectifiait pas. Ça n'arrivait jamais, non, ça n'arrivait presque jamais qu'il reçoive du courrier chez lui, rue des Feuillantines, à part les factures, et encore, en général, il s'arrangeait pour que tout soit expédié au bureau, à sa secrétaire.

Trevor a posé l'enveloppe sur la console en verre, profilée, dans l'entrée de son appartement. Elle était épaisse et lourde, le rabat fermé par du gros scotch marron. Il a défait sa valise, pris une douche brûlante, le jet du pommeau dans l'axe de sa nuque. Il a revêtu son costume gris foncé, serré le nœud de cravate et enfilé son imperméable beige, le même depuis des années, qu'il avait acheté avec son père dans une boutique pour hommes de Saint-Germain-des-Prés.

Il est parti au travail. Il a oublié l'enveloppe. Il a oublié l'enveloppe instantanément. Elle est devenue comme un bibelot, comme le chandelier doré, vieillot, d'une autre époque, sur la table à manger, comme le soliflore rouge près de la cheminée, comme le cendrier en terre cuite, comme la lampe de chevet en fer forgé. Tous ces bibelots hérités de ses parents et qu'il ne voyait pas, dont il ne regardait pas les brèches, les contours.

Il a oublié l'enveloppe. Il l'a oubliée longtemps. Un mois, deux mois, peut-être davantage. Il ne voit pas le temps passer.

Trevor travaille même le samedi. Il lit les journaux empilés sur le côté droit de son ordinateur. New York Times, Financial Times, Herald Tribune, Le Monde, Le Figaro, Newsweek, Le Point... Il prépare des dossiers par thématique, par entreprise, par patron du CAC 40, qu'il classe chronologiquement dans l'armoire métallique, derrière son bureau. Il surveille les OPA, s'intéresse aux fusions-acquisitions réalisées par les banques concurrentes. Parfois, il surfe sur Internet, au hasard. Il consulte les horaires de cinéma sans avoir l'intention d'y aller, regarde les bandes-annonces, se connecte aux sites boursiers et cherche des recettes de plats que lui cuisinait sa mère.

Le dimanche, les marchés financiers sont fermés. Au bureau, il n'y a plus rien à faire. Alors, il attend le lundi. Le dimanche, Trevor ne voit pas d'amis. Il ne " brunche " pas. Il ne fait pas de sport. Il ne lit pas, n'écoute pas de musique. Il ne va pas à Deauville, comme la plupart de ses collègues, avec leurs femmes. Il attend. Il allume la télévision sans le son. Les filles noires aux cheveux blonds, les chaînes en or, un bandeau d'actualité, rouge, des revolvers, du sang, des gangs, des baisers, des plages aux cocotiers léchant les vagues turquoise. Trevor s'allonge sur le canapé en cuir. Il porte un pantalon noir, un T-shirt noir en hiver, un pantalon blanc, un T-shirt blanc en été. Pieds nus, immobile, il ne dort pas. Il fixe un point, juste un point dans le blanc du mur au-dessus de la télévision. Il n'y a pas de cadre, pas de photo, pas de toile, seulement du blanc. Quand c'est trop blanc, trop étincelant, presque gênant, en été par exemple, il ferme les rideaux épais et fixe à nouveau le point blanc sur le mur blanc.

Parfois, Trevor pleure.

Il pleure, ça coule tout seul, ça ne prévient pas. Ça le submerge. Il ne pleure jamais au bureau, jamais dans la semaine, jamais avant de se coucher, jamais en se levant. Ni même jamais en se regardant dans le miroir de la salle de bains, en scrutant les rides dans son cou, les poches gris-bleu sous ses yeux, la poitrine qui d'année en année s'affaisse.

Il ne pleure jamais en passant l'index sur la cicatrice bombée qui barre son front de haut en bas depuis son enfance.

Il pleure juste le dimanche, quand il est allongé sur le canapé en cuir du salon, quand il fixe le point blanc du mur blanc, comme s'il n'y avait rien d'autre que ça dans son appartement. Il ne voit ni les moulures au plafond, ni les rayures sur le vieux parquet, ni les rainures dans le bois de la table basse, ni la cheminée en marbre noir, délavé par endroits, non, il fixe ce point blanc, et il pleure, immobile, sans soubresaut, sans bruit, les larmes comme des perles sur les poches de ses yeux.

Il pleure, ça ne l'inquiète pas. Il se dit que ça lui nettoie les yeux et ça lui nettoie le nez et ça lui nettoie la tête. Sa mère voulait l'appeler Menachem. C'est peut-être la raison pour laquelle il pleure. Menachem. On le prononce " Ménarème ", c'est un prénom hébreu. Sa mère voulait l'appeler Menachem, mais son père n'a pas voulu. Enfin. Enfin... Trevor suppose que son père n'a pas voulu. En réalité, il n'en sait pas grand-chose. Il ne leur a jamais posé la question et maintenant, c'est trop tard. Il ne leur a jamais posé les bonnes questions et maintenant, c'est trop tard. Maintenant, ils sont morts et maintenant, il est seul. Pas d'oncles, pas de tantes, pas de grands-parents, pas de cousins. Pas de réponse.

Il ne connaît pas les réunions de famille. Il ne connaît pas les obligations sociales. Il est seul dans son appartement de la rue des Feuillantines, avec des bibelots qu'il ne voit pas. La solitude ne lui pèse pas. Les questions sans réponse lui pèsent.

Ces cinquante dernières années, le prénom Trevor a été donné seize fois à des bébés français. Une seule fois l'année de sa naissance, en 1960. Lui. A l'école, il était donc le seul. Ses camarades le surnommaient " Trevor l'alligator ". Ça ne lui plaisait pas trop. Il faisait des cauchemars dans lesquels lui poussaient des crocs, dans lesquels sa peau devenait verte et râpeuse. Il se réveillait en criant.

Il a rencontré des Trevor aux Etats-Unis, bien sûr, mais pas tant que ça. Certains Américains le croient américain, lui demandent s'il est né à New York, Upper West ou Upper East Side, démocrate ou républicain, à quelle association il fait des dons chaque année. Et sa femme, ah bon il est célibataire.

Parfois, il se dit que ses parents l'ont appelé Trevor pour cela, exactement pour cela, pour que ça sonne américain, pour qu'il puisse, un jour, vivre aux Etats-Unis, s'il le fallait, pour que ce prénom lui facilite la vie, en quelque sorte. Il a cherché sur Internet : Trevor ne signifie rien de particulier.

Sa mère voulait l'appeler Menachem. Il y a quatre Menachem, en France, tous nés avant 1940. Il pense que son père n'a pas voulu. Menachem, ça veut dire " consolation ".

Sans doute a-t-il déçu ses parents. Il l'aurait parié, ses parents auraient aimé qu'il soit violoniste, peintre, psychanalyste, philosophe, médecin, écrivain comme son père et son grand-père avant lui. Ecrivain, oui. Mais banquier d'affaires...

L'enveloppe est toujours dans l'entrée, sur la console achetée cher, hors de prix, l'an dernier, dans un magasin à la mode.

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Présente édition : Editions J’ai Lu, 12 janvier 2011, 216 pages

samedi, 25 décembre 2010

Les Sanguinaires, tome 5 : A l’invitation du Dragon - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) - 2009

bibliotheca a l'invitation du dragon.jpgThibault, le faux chevalier ayant usurpé l’identité de son maître après sa mort, vaganbonde sur les chemins en compagnie des brigands troubadours que sont le Taureau, La Pie et Ninon La Bellette. Depuis leurs dernières aventures au château de l’ogre des tensions sont montés dans le groupe. Certains suspectent Ninon d’avoir caché une part du trésor, mais Thibault, aveuglé par son amour pour la trobaritz, la défend corps et âme.
Et voilà que leurs pas les mènent en Dordogne au village de Sainte-Olalie, au cœur d'une forêt qui, dit-on, est hantée par un dragon.
Le monstre massacre les convois, ne laissant sur son passage que des cadavres noircis par ses flammes.
Dans les auberges, si on parle du dragon ... on évoque aussi son fabuleux trésor.
Pour les baladins, c'est l'occasion d'acquérir fortune.
Thibault, Ninon, Taureau et La Pie n'ont plus le choix. La peur au ventre, il devront répondre ... à l'invitation du dragon !

Cinquième tome des Sanguinaires, une série proposant des aventures dans un moyen-âge violent et réaliste, né de la plume de Sean McFarrel, pseudonyme de l’écrivain français Jean-Luc Bizien, A l’invitation du Dragon mène cette fois le lecteur à suivre cette bande de voleurs au défi d’un dragon qui hante les grands chemins. Alors que les quatre premiers tomes de la série étaient des rééditions de romans de Bizien parus quelques années plus tôt et réédités par les éditions Vauvenargues dans une version non censurée et bien plus réaliste et violente, ce cinquième tome est tout à fait original en paraissant pour la première fois en 2009. Les aventures de cette bande de voleurs si attachants continuent de plus belle, toujours dans cette même ambiance sombre de l’ère moyen-âgeuse emprise de superstitions qu’est le moyen-âge. Hélas, l’aventure est également plus simple, le mystère ne reposant que sur bien peu de choses. Le lecteur appréciera toutefois le style de l’auteur, jonglant continuellement entre réalisme sombre et fantastique, voire horreur. Les personnages continuent à évoluer.

Et si ce cinquième tome n’est sûrement pas le plus intéressant de la série, il plaira à de nombreux lecteurs friands de ce genre de littérature.

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Voir également :
La Muraille - Jean-Luc Bizien (2001), présentation
Les Sanguinaires, tome 1 : Le masque de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 2 : Le souffle de la bête - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 3 : Le muraille des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
Les Sanguinaires, tome 4 : Le labyrinthe des damnés - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation
- Les Sanguinaires, tome 6 : L'antre des écorcheurs - Sean McFarrel (Jean-Luc Bizien) (2009), présentation

jeudi, 07 octobre 2010

Les mystères de Marseille - Emile Zola - 1867

bibliotheca les mysteres de marseille.jpgLorsque Philippe Cayol, jeune républicain marseillais, enlève pour épouser Blanche de Cazalis, fille d’un riche aristocrate de la région, il ne se doute pas de tous les malheurs qui vont s’abattre sur lui. Blanche était destinée à entrer au couvent, et sa famille n’aurait jamais toléré son mariage avec le plébéien qu’est Cayol. Une fois le mariage consommé Blanche croit en un pardon de son père, mais celui-ci ne cessera jamais de poursuivre les deux amoureux. Car au-delà de cette romance il s’agît avant tout d’une lutte de classes. Un De Cazalis ne peut s’unir à un Cayol. Seul Marius, le frère de Philippe, tentera tant bien que mal de venir en aide aux deux amoureux.


Les mystères de Marseille paraissent en 1867 sous forme de feuilleton dans un journal phocéen du nom de Messager de Provence. Emile Zola, alors qu’il était en cours d’écriture du roman de Thérèse Raquin, n’était encore que très peu connu lorsqu’il se vit proposer d’écrire ce feuilleton pour lancer les ventes du journal. L’éditeur avait évidemment en tête l’immense succès des Mystères de Paris d’Eugène Sue qui, quelques années auparavant en 1842 et 1843, avaient tant tenu en haleine les foules. Sans le sous, Emile Zola va accepter la commande de ce roman-feuilleton. Le texte ne sera publié sous forme de roman que bien des années plus tard.
En tant que véritable roman-feuilleton Les mystères de Marseille contient toutes les caractéristiques du genre : amours impossibles, complots, drames et rebondissements à n’en plus finir. Des personnages hauts en couleur sont présentés, qu’ils soient banquiers véreux, usuriers, grisettes, joueurs ou prêtres dévoyés. Le tout s’articulant autour d’une lutte de classe entre républicains et anciens aristocrates sur fond de révolution de 1848. Le côté social de l’écrivain engagé qu’est Zola ressort déjà dans ce texte. L’affrontement entre classes verra d’ailleurs son sommet lors d’une sanglante émeute ouvrière qui n’est pas sans rappeler celle qui sera décrite plus tard dans Germinal.
Hélas les romans-feuilleton avaient pour but avant tout de divertir, vite et facilement, et ce roman contrairement à l’oeuvre future de Zola manque ainsi cruellement de profondeur.

Les mystères de Marseille est un beau roman-feuilleton d’Emile Zola, l’une de ses premières oeuvres, un texte très divertissant mais guère des meilleurs de l’auteur.

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Extrait : le premier chapitre

Comme quoi Blanche de Cazalis s’enfuit avec Philippe Cayol

Vers la fin du mois de mai 184., un homme, d’une trentaine d’années, marchait rapidement dans un sentier du quartier Saint-Joseph, près des Aygalades. Il avait confié son cheval au méger d’une campagne voisine, et il se dirigeait vers une grande maison carrée, solidement bâtie, sorte de château campagnard comme on en trouve beaucoup sur les coteaux de la Provence.


L’homme fit un détour pour éviter le château et alla s’asseoir au fond d’un bois de pins, qui s’étendait derrière l’habitation. Là, écartant les branches, inquiet et fiévreux, il interrogea les sentiers du regard, semblant attendre quelqu’un avec impatience. Par moments, il se levait, faisait quelques pas, puis s’asseyait de nouveau en frémissant.

Cet homme, haut de taille et de tournure étrange, portait de larges favoris noirs. Son visage allongé, creusé de traits énergiques, avait une sorte de beauté violente et emportée. Et, brusquement, ses yeux s’adoucirent, ses lèvres épaisses eurent un sourire tendre. Une jeune fille venait de sortir du château, et, se courbant comme pour se cacher, elle accourait vers le bois de pins.

Haletante, toute rose, elle arriva sous les arbres. Elle avait à peine seize ans. Au milieu des rubans bleus de son chapeau de paille, son jeune visage souriait d’un air joyeux et effarouché. Ses cheveux blonds tombaient sur ses épaules ; ses petites mains, appuyées contre sa poitrine, tâchaient de calmer les bonds de son cœur.

« Comme vous vous faites attendre, Blanche ! dit le jeune homme Je n’espérais plus vous voir. »

Et il la fit asseoir à son côté, sur la mousse.

« Pardonnez-moi, Philippe, répondit la jeune fille. Mon oncle est allé à Aix pour acheter une propriété ; mais je ne pouvais me débarrasser de ma gouvernante. »

Elle s’abandonna à l’étreinte de celui qu’elle aimait, et les deux amoureux eurent une de ces longues causeries, si niaises et si douces. Blanche était une grande enfant qui jouait avec son amant comme elle aurait joué avec une poupée. Philippe, ardent et muet, serrait et regardait la jeune fille avec tous les emportements de l’ambition et de la passion.

Et, comme ils étaient là, oubliant le monde, ils aperçurent, en levant la tête, des paysans qui suivaient le sentier voisin et qui les regardaient en riant. Blanche, effrayée, s’écarta de son amant.

« Je suis perdue ! dit-elle toute pâle. Ces hommes vont avertir mon oncle. Ah ! par pitié, sauvez-moi, Philippe. »

À ce cri, le jeune homme se leva d’un mouvement brusque.

« Si vous voulez que je vous sauve, répondit-il avec feu, il faut que vous me suiviez. Venez, fuyons ensemble. Demain, votre oncle consentira à notre mariage... Nous contenterons éternellement nos tendresses.

– Fuir, fuir... répétait l’enfant. Ah ! je ne m’en sens pas le courage. Je suis trop faible, trop craintive...

– Je te soutiendrai, Blanche... Nous vivrons une vie d’amour. »

Blanche, sans entendre, sans répondre, laissa tomber sa tête sur l’épaule de Philippe.

« Oh ! j’ai peur, j’ai peur du couvent, reprit-elle à voix basse. Tu m’épouseras, tu m’aimeras toujours ?

– Je t’aime... Vois, je suis à genoux. »

Alors, fermant les yeux, s’abandonnant, Blanche descendit le coteau à grands pas, au bras de Philippe. Comme elle s’éloignait, elle regarda une dernière fois la maison qu’elle quittait, et une émotion poignante lui mit de grosses larmes dans les yeux.

Une minute d’égarement avait suffi pour la jeter dans les bras du jeune homme, brisée et confiante. Elle aimait Philippe de toutes les premières ardeurs de son jeune sang, de toutes les folies de son inexpérience. Elle s’échappait comme une pensionnaire, volontairement, sans réfléchir aux terribles conséquences de sa fuite. Et Philippe l’emmenait, ivre de sa victoire, frémissant de la sentir marcher et haleter à son côté.

D’abord, il voulut courir à Marseille, pour se procurer un fiacre. Mais il craignit de la laisser seule sur la grande route, et il préféra aller à pied avec elle jusqu’à la campagne de sa mère. Ils se trouvaient à une grande lieue de cette campagne, située au quartier de Saint-Just.

Philippe dut abandonner son cheval, et les deux amants se mirent bravement en marche. Ils traversèrent des prairies, des terres labourées, des bois de pins, coupant à travers champs, marchant vite. Il était environ quatre heures. Le soleil, d’un blond ardent, jetait devant eux de larges nappes de lumière. Et ils couraient dans l’air tiède poussés en avant par la folie qui les mordait au cœur. Lorsqu’ils passaient, les paysans levaient la tête et les regardaient fuir avec étonnement.

Ils ne mirent pas une heure pour arriver à la campagne de la mère de Philippe. Blanche, exténuée, s’assit sur un banc de pierre qui se trouvait à la porte, tandis que le jeune homme était allé écarter les importuns. Puis, il revint et la fit monter dans sa chambre. Il avait prié Ayasse, un jardinier que sa mère occupait ce jour-là, d’aller chercher un fiacre à Marseille.

Tous deux restaient dans la fièvre de leur fuite. En attendant le fiacre ils demeurèrent muets et anxieux. Philippe avait fait asseoir Blanche sur une petite chaise ; à genoux devant elle, il la regardait longuement, il la rassurait en baisant avec douceur la main qu’elle lui abandonnait.

« Tu ne peux garder cette robe légère, lui dit-il enfin. Veux-tu l’habiller en homme ? » Blanche sourit. Elle éprouvait une joie d’enfant à la pensée de se déguiser.

« Mon frère est de petite taille, continua Philippe. Tu vas mettre ses vêtements. »

Ce fut une fête. La jeune fille passa le pantalon en riant. Elle était d’une gaucherie charmante, et Philippe baisait avidement la rougeur de ses joues. Quand elle fut habillée, elle avait l’air d’un petit homme, d’un gamin de douze ans. Elle eut toutes les peines du monde à faire tenir le flot de ses cheveux dans le chapeau. Et les mains de son amant tremblaient, en ramenant les boucles rebelles.

Ayasse revint enfin avec le fiacre. Il consentit à recevoir les deux fugitifs dans son domicile, situé à Saint-Barnabé. Philippe prit l’argent qu’il possédait, et tous trois montèrent dans la voiture qu’ils quittèrent au pont du Jarret, pour gagner à pied la demeure du jardinier.

Le crépuscule était venu. Des ombres transparentes tombaient du ciel pâle, et d’âcres odeurs montaient de la terre, chaude encore des derniers rayons. Alors, une vague crainte s’empara de Blanche. Lorsque, à la nuit naissante, dans les voluptés du soir elle se trouva seule, entre les bras de son amant, toutes ses pudeurs effrayées de jeune fille s’éveillèrent, et elle frissonna, prise d’un malaise inconnu. Elle s’abandonnait, elle était heureuse et épouvantée de se trouver livrée ainsi à la passion de Philippe. Elle défaillait, elle voulait gagner du temps.

« Écoute, dit-elle, je vais écrire à l’abbé Chastanier, mon confesseur... Il ira voir mon oncle, pour obtenir de lui mon pardon et le décider à nous marier ensemble... Il me semble que je tremblerais moins si j’étais ta femme. »

Philippe sourit de la naïveté tendre de cette dernière phrase.

« Écris à l’abbé Chastanier, répondit-il. Moi, je vais faire connaître notre retraite à mon frère. Il viendra demain et portera ta lettre. »

Puis, la nuit se fit, chaude et voluptueuse. Et Blanche devint l’épouse de Philippe. Elle s’était livrée d’elle-même, elle n’avait pas eu un cri de révolte, elle péchait par ignorance, comme Philippe péchait par ambition et par passion. Ah ! la douce et terrible nuit ! Elle devait frapper les amants de misère et leur apporter toute une existence de souffrance et de regrets.

Ce fut ainsi que Blanche de Cazalis s’enfuit avec Philippe Cayol, par une claire soirée de mai.

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Présente édition : Editions Jeanne Laffitte, 1 octobre 2010, 368 pages 


Voir également :
Thérèse Raquin - Emile Zola (1867), présentation et extrait
- La Fortune des Rougon (1871), présentation
La Curée - Emile Zola (1872), présentation
Le Rêve - Emile Zola (1888), présentation et extrait

vendredi, 10 septembre 2010

Erevan - Gilbert Sinoué - 2009

bibliotheca erevan.jpgVenez, crevez l'abcès...

Venez, crevez l'abcès, entrez dans cette sépulture dont peu de gens au pays du Croissant semblent vouloir reconnaître l'existence. Il est tellement plus facile de se réfugier dans l'ignorance… Marchez dans la boue, dans le sang, foulez du pied ces têtes tranchées, écartez sur votre passage ces corps pendus au bord des chemins, passez par-dessus ces femmes violées aux ventres ouverts et ensanglantés comme dans une boucherie. Voyez enfin ces petits enfants aux crânes fracassés…

Les Tomassian, une famille arménienne habitant Erzeroum en Anatolie, va vivre depuis la fin du 19ème siècle au début du 20ème l’une des pires tragédies de l’histoire, celle du génocide de son peuple, orchestré par le pouvoir turcs en place à Constantinople.
Et c’est là, en 1896, qu’une bande de jeunes fedaïs (combattants arméniens de la liberté) dont fait partie Houanès Tomassin, prend en otage les 150 fonctionnaires majoritairement étrangers de la banque impériale ottomane afin d’alerter le monde sur la situation déjà dramatique qu'était celle de la communauté arménienne. Les deux communautés vivaient paisiblement ensemble depuis de nombreuses années lorsque, suite à plusieurs massacres, perpétrés sur les ordres du sultan  Abdül-Hamîd II et faisant  300 000 victimes, les choses changèrent. L’entrée en guerre de 1915 de l’Empire ottoman aux côtés de l’Allemagne ne va faire que précipiter les choses : retrait des droits, déportations, exterminations.
Le jeune Aram Tomassian va survivre et décide de venger les siens en intégrant le groupe « Némésis », chargé de retrouver et d’éliminer les anciens criminels turcs, condamnés à mort par contumace mais qui coulent des jours heureux en Europe sous de fausses identités.
Mais la tâche sera loin d’être évidente, surtout concernant un génocide qui ne sera jamais reconnu par la Turquie, et rien qu’à peine par la communauté internationale.

Ecrivain reconnu de romans historiques depuis la parution en 1996 du Livre de Saphir, Gilbert Sinoué dans Erevan nous fait revivre le génocide arménien, sujet tabou pendant longtemps et toujours pas reconnu par la Turquie.
Le sujet n’a jusqu’à aujourd’hui été que bien peu traité en littérature, et même s’il peut s’avérer vaste et complexe, il est rendu ici de façon claire compréhensible, entre romanesque et documentation. A travers le destin tragique de la famille Tomassian, seuls personnages fictifs du roman, l’auteur analyse en partant de 1896, et cela jusqu’en 1921, la naissance de ce qui va être un massacre terrible. Les événements sont relatés dans leur déroulement presque jour après jour, en donnant de multiples détails sur la politique turque et internationale de l’époque, ainsi que sur l’organisation du génocide : armement de repris de justice pour faire la sale besogne, l’abandon de populations dans le désert syrien, la collaboration d’autres ethnies et bien d’autres. Tout est parfaitement examiné, que ce soit du contexte, des décisions, des actes ou des conséquences de ce drame. Et si l’histoire est vue du point de vue arménien, l’auteur ne tombe pas pour autant dans le parti pris ni dans l’apitoiement des victimes. Le tout est servi par une écriture claire et précise, au style hélas quelque peu trop classique pour le genre.

Erevan de Gilbert Sinoué est un beau roman historique qui nous permet de découvrir un drame bien méconnu et toujours pas reconnu, celui du génocide arménien.

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Présente édition : Editions J’ai Lu, 28 août 2010, 379 pages


Voir également:
Le Livre de saphir - Gilbert Sinoué (1996), présentation
L'enfant de Bruges - Gilbert Sinoué (1999), présentation
Un bateau pour l’enfer - Gilbert Sinoué (2005), présentation