dimanche, 21 octobre 2012

Pulsions de femmes - Collectif - 2006

recueil de nouvelles, recueils, recueils de nouvelles, nouvelles érotiques, romans pornographiques, romans erotiques, pulsions de femmes, litterature francaisePulsions de femmes est un recueil de 23 nouvelles érotiques, autant d’histoires non pas d’amour mais de pulsions sexuelles et féminines racontées par 23 auteures qui, l’une après l’autre se livrent avec des inspirations diverses dans ce jeu érotique. Inspirations diverses et plus ou moins inspirées ce recueil varie les jeux, les tons et les situations, la femme désireuse y est prête à tout, ou du moins le croient-elles.

Paru initialement en 2006 aux éditions Blanche ce recueil varie par ces auteurs, ces styles, mais aussi une qualité assez inégale des textes. A chacun ses fantasmes, et pas tout le monde ne s’y retrouvera à chaque texte.

Néanmoins les amateurs du genre apprécieront.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com


Extrait : première nouvelle

TGV 6969 - Corine Allouch

Il était là, juste en face d’elle, comme un électron libre pris au piège de ses lèvres.

Au début, lorsqu’ils étaient tous les deux face à face, debout, juste au départ, avant de trouver sa place, il l’avait regardée droit dans les yeux. Du moins, c’est l’impression qu’elle avait eue. Elle avait soutenu son regard et là, le temps d’un quart de seconde, elle avait ressenti ce drôle d’envoûtement déjà connu, déjà vécu. Lui bien sûr, elle ne l’avait jamais vu, mais ce qu’il déclenchait en elle, elle le percevait, elle le reconnaissait, elle pouvait déjà mettre un nom dessus. Rivés l’un à l’autre, ils ne se lâchaient pas et bien qu’elle sût d’avance qu’elle céderait la première, elle s’amusait à se faire peur, en ne bougeant pas, en ne respirant pas, en ne quittant pas le fond de son iris. Vert, bien sûr, il ne pouvait être que vert puisque les hommes qu’elle préférait de tout temps étaient bruns aux yeux verts. Alors celui-là qui s’était posé en face d’elle comme dans un film, il était exactement comme dans ses rêves. Long, mince, carré, les cheveux en bataille, le regard clair et le visage ravagé par la vie qu’il n’avait pas vécue et celle à laquelle il s’astreignait.

Elle, en le fixant, se demandait quel effet elle pouvait bien lui faire et si c’était le même... Toute droite, bien calée sur ses deux pieds comme à son habitude en situation de danger et surtout pour éviter que ses jambes ne tremblent, elle sentait déjà le flux léger remonter de sa cavité. Elle adorait cet instant où le désir devenait concret pour se liquéfier d’abord dans sa tête avant de prendre corps très haut, entre ses cuisses. Cet homme-là, toujours en face d’elle, qui ne bougeait pas plus qu’elle, même pas pour s’asseoir, devinait le filet qui doucement filait de sa tête à son corps. Elle serrait les jambes aussi fort qu’elle le pouvait comme si, tout à coup, ce filet devait grossir, devenir énorme, large, dense, incontrôlable, comme s’il allait lui échapper pour se transformer en immense flaque sous sa robe et que chacun pourrait y lire le désir pressant, inconditionnel, absolu qu’elle avait de cet homme-là, rivé en face d’elle depuis de longues minutes. Lorsqu’elle quitta son regard, ce fut pour descendre le long de son torse et s’accrocher à son ceinturon. Elle ne voulait pas plus. Elle ne voulait pas descendre. Elle s’interdisait d’aller plus bas. Pour éviter l’inévitable, elle songea à ses impôts, évalua sa charge de travail, réfléchit à son planning... Elle tenta de se concentrer sur les choses les plus désagréables qui soient pour elle, tout ce qui la retenait à terre, la piégeait dans un quotidien professionnel, pour ne pas descendre, pour ne pas chuter, pour ne pas constater ce qu’elle savait déjà : elle le faisait bander autant qu’il la faisait mouiller.
C’était bon ce sentiment de faire triquer un homme, un inconnu, surtout lorsque l’homme est beau et qu’il ne regarde que vous. Pour prolonger cette extase de l’instant qui ne revient jamais, ce désir insensé d’une peau, d’un ventre, d’une verge et de couilles à saisir, elle se força à refaire le chemin inverse, à remonter le long de ses tétons qu’elle percevait durs et prêts pour elle, à effleurer son cou et à faire une longue pause sur sa bouche. Et là, elle n’aurait pas dû, là fut son erreur. Lorsqu’elle fixa sa bouche, il était en train de la mordre au sang, lui révélant par ce simple geste l’envie furieuse qu’il avait d’elle. Elle n’aurait pas dû s’attarder sur ses deux ourlets de chair si bien dessinés qu’ils se suffisaient à eux-mêmes pour provoquer le désir fou de les engloutir, de les mouiller, de les saliver, de les avaler, de les sucer.
Lorsqu’elle tomba sur sa bouche, indépendante de tout le reste de son visage et de son corps, le filet qu’elle avait réussi à bloquer entre ses cuisses commença à lui échapper. Elle le serra alors si fort qu’elle aurait pu jouir là tout de suite, sans effleurement, sans doigts, sans langue, rien qu’avec son regard sur la vulve entrouverte de l’homme et l’idée de sa queue gonflée, accessible, vivante et prête. À ce moment précis, lorsqu’elle sentit que l’orgasme montait dans sa tête, elle détourna le regard et décida de s’asseoir. Avec un peu de chance, la place libre juste en face d’elle n’était pas celle de l’homme. Avec un peu de chance, il renoncerait, partirait d’elle pour aller se poser ailleurs. Lorsqu’elle s’assit, elle sentit le filet poisseux coller ses cuisses l’une contre l’autre. Elle perçut une légère odeur, l’odeur bien connue du désir, du sexe et de la mort. Elle s’en voulait terriblement de mouiller ainsi pour lui qu’elle ne connaissait pas, et en même temps, elle se sentait de nouveau si belle, si jeune, si vivante. Ses yeux fixés sur elle et son mordillement de lèvres avaient suffi à la transporter ailleurs et maintenant elle luttait pour ne pas y revenir. Assise, elle osait à peine desserrer les jambes. Elle avait ouvert son imperméable pour qu’il la voie, qu’il la sente, qu’il la hume. Bien sûr ça, elle ne l’aurait jamais avoué, aurait prétexté le long trajet à venir et la chaleur d’une fin d’été. Pendant qu’elle s’installait, il ne l’avait pas quittée des yeux, il savait et cela l’amusait de savoir qu’elle se demandait où était sa place. Mais sa place bien sûr était en face d’elle, sur elle, au fond d’elle. Il savait que bientôt, elle et lui allaient se fondre, se boire, se déguster, se baiser, se troncher, se bousculer, se bouleverser. Ce qu’il ignorait c’était quand, car il avait bien l’intention de lui laisser l’initiative. Lui, il était là, posé en face d’elle, pour elle, il l’attendait, il savait déjà ses frémissements, ses hésitations, ses regards, son musc, sa fuite, son odeur. Il savait déjà. Sa queue lui avait déjà tout raconté. Il savait depuis le départ que sa queue voulait sa chatte et que sa chatte voulait sa queue. Il savait qu’elle luttait mais que, chaque fois, son regard revenait sur le braquemart interdit.

Elle pensait ne pas le regarder. Il savait que même lorsqu’elle tournait la tête ou se concentrait sur son imperméable, elle ne pensait qu’à ça, ne voulait que ça, avec lui. Alors, il la faisait descendre le long de ses jambes, lui posait une main tendre et douce sur la tête en l’attirant vers sa bosse énorme, brûlante, pleine de ce jus qu’il allait lui déverser dessus, dedans et ailleurs, partout où elle le lui demanderait. Car il voulait que ce soit elle qui réclame, qui quête, qui supplie du regard et du corps lorsqu’elle n’en pourrait plus de sa petite douleur au creux de ses lèvres, là au bord du string. Il la savait trempée, tremblante presque jouissante. Il l’avait lu dans son regard lorsqu’en s’asseyant, elle avait serré les jambes pour éteindre le feu, stopper la tempête, canaliser le flux. Il l’avait lu lorsque la tête baissée, elle avait prié pour qu’il ne s’assoit pas en face d’elle. Il l’avait définitivement compris lorsqu’elle avait ouvert son imper pour qu’il voie ce qui jusqu’à présent lui avait été caché, ses hanches, son ventre, ses seins, son décolleté. Lorsqu’elle les lui avait offerts sans le regarder, il s’était mis à triquer comme un fou. C’était à son tour d’avoir l’impression d’exploser. Alors, comme elle, il s’était assis pour se calmer, pour endiguer le flot de sperme qui montait et qu’il n’était pas sûr de pouvoir contrôler. Comme elle, il avait détourné un instant le regard pour oublier cette femme, posée en face de lui, les jambes serrées, les seins tendus, les mains à portée de ses bourses. S’il s’était écouté, il se serait jeté à sa vulve, là tout de suite, il aurait remonté sa jupe, vite, sans ménagement, et il l’aurait léchée sur son string. Elle n’attendait que cela, il le savait, elle aurait joui instantanément, elle aurait coulé dans sa gorge et il aurait crié de sentir sa bite exploser sous l’odeur de cette femme, mais loin de ses mains, loin de ses lèvres, loin de tout attouchement. Là où ils en étaient, ils le savaient, l’un et l’autre, ils pourraient jouir rien qu’en se regardant. Un autre mordillement sur une lèvre, une langue mouillée qui s’échappe, un doigt dans la bouche, un regard sur un téton, un frôlement de seins, tout, rien et n’importe quoi auraient pu à cet instant précis leur arracher le cri du musc et du sperme mêlés. Mais ni l’un ni l’autre ne le voulaient déjà. Ce qu’ils désiraient plus que tout, sans mot, sans regard tant ils étaient fatigués de se vouloir, c’était se désirer encore et se tarder l’un l’autre. Lorsqu’il s’était assis en face d’elle, comme elle le redoutait, et qu’il avait baissé la tête pour reprendre moralement le pouvoir sur sa bite, elle en avait profité pour l’observer. Elle aurait adoré passer sa main dans sa tignasse brune, soulager ses épaules qu’elle sentait contractées sous le pull, débarrasser ses tétons de cette incroyable tension qu’elle percevait et surtout, surtout, elle aurait adoré plus que tout se mettre à genoux, sentir sa main d’homme posée sur ses cheveux de femme et regarder l’autre déboutonner son jean.

Elle adorait les hommes en jean, elle adorait imaginer leur bite flottant sous cette toile souple et rugueuse. Elle adorait l’idée de sa main qui la dirigeait vers son centre de vie. Elle adorait l’idée qu’il ne pourrait pas lui résister et qu’il ne ferait rien pour retenir son jet et taire son cri.
À genoux entre ses jambes, elle le humait, elle le reniflait et elle commençait à le laper comme un jeune chiot affamé. À chaque fois qu’il sentait son petit bout de langue rose se poser sur ses couilles, sur sa queue ou sur son gland, il sursautait. Il ne voulait pas qu’il parte de là et, en même temps, il rêvait de le sentir ailleurs, plus haut, plus bas, il ne savait plus, il la voulait partout à la fois mais l’idée qu’il préférait, c’était celle de son petit bout de langue doux et très rose, dans son trou à lui. Souvent, il avait rêvé de cet instant unique où il ouvrirait sa plus grande intimité à la femme qui choisirait de la découvrir. Souvent, il avait imaginé une bouche, un doigt, un gode, jamais il n’avait osé rêver à ce petit bout de chair si tendre et si précis. Le jean à mi-jambes, il écartait les cuisses pour ce petit bout de vie qui ne voulait que lui. Il sentait le bonheur absolu se frayer un chemin doucement, langoureusement jusqu’à son cul. Il percevait de très loin cette femme à genoux devant lui et il adorait sentir ses cheveux sur ses couilles, ses yeux sur les gouttes de sperme qu’elle lui arrachait malgré lui, sa bouche gourmande qui prenait sans demander. Épuisé, il releva la tête d’un geste brusque, presque violent, dégagea son front de la mèche qui lui avait permis de récupérer quelque contenance et planta de nouveau son regard dans ses yeux, juste dans ses yeux. Rattrapée par l’attention qu’il lui portait, elle ravala son fantasme et tenta un regard autour d’elle. Rien, elle ne voyait rien. Il y avait bien là-bas, cette étudiante rivée à son ordinateur, un livre de latin à côté d’elle. Il y avait bien cet homme somnolent dans l’autre allée. Il y avait bien cette jeune femme et son bébé jappant de temps en temps des areu, areu. Il y avait bien... Mais en fait, il n’y avait qu’eux, elle et lui, l’un en face de l’autre, prêts à se sauter dessus dès qu’ils l’auraient décidé, enfin qu’elle l’aurait décidé, mais ça, elle ne le savait pas, elle attendait que lui le fasse, qu’il lui parle, qu’il lui raconte n’importe quoi pourvu qu’il fasse le premier geste et qu’il la prenne. Lui pour entamer leur danse, une jambe croisée sur l’autre, attendait le signal de celle qu’il ne quittait plus du regard. Elle revenait inlassablement à son visage, à l’image qu’il lui renvoyait d’elle : une femme soumise à son désir et entièrement dévouée à la pulsion sexuelle qu’il avait fait naître et émerger à fleur de clitoris. Si elle prenait là, maintenant, le risque de bouger, ne serait-ce que d’écarter les jambes comme elle en rêvait, il plongerait son regard dedans, elle en était sûre, et il l’enserrerait sans la toucher pour la faire couler de ses lèvres à sa bite qu’il lui tendrait ensuite pour qu’elle la glisse et l’avale au plus profond de sa gorge. Si elle continuait à le regarder ainsi et qu’il continuait à la chercher en passant de ses yeux à ses seins, de ses seins à son ventre, de son ventre à son vagin, trempé, dégoulinant de lui, c’est sûr, elle allait lui céder. S’il continuait à lui braquer sa verge droit dans les yeux, à lui tendre sa braguette, l’air de rien, comme ça, simplement en se tournant vers elle, elle allait tomber, venir mourir à ses pieds et le faire jouir et jouir avec lui infiniment longtemps et si vite.
Son flux et son sperme se mêleraient comme deux êtres connus totalement indépendants d’eux et pourtant si dépendants de leur mental qu’ils jouiraient ensemble entièrement, absolument tendus l’un vers l’autre sans se toucher. Mais tout à coup, l’idée de ne pas le toucher une fois, une seule fois, juste le temps de sentir sa bite si grosse au creux de sa main, lui parut insupportable. Alors elle s’avança tout au bord de son fauteuil, écarta nettement les jambes, lui offrit sa vulve qui avait taché son petit slip blanc de jeune fille et se rapprocha de plus en plus près de lui en faisant glisser son cul sur le fauteuil. Arrivée tout au bord, dépouillée de toute décence, la tête et le corps exclusivement occupés par l’envie de sa bite dans son con, de son doigt dans son cul et de sa langue dans sa bouche, elle se jeta contre lui, dans un soupir de bord de jouissance. Mais là, quelque chose ne se passa pas. Contre toute attente, l’homme ne bougea pas. Il ne la reçut pas dans ses bras, ne l’attira pas contre son ventre, ne lui tendit pas les bras, ne la prit pas à pleines lèvres, ne lui toucha pas les seins, n’essaya pas de se faufiler le long de son slip blanc maculé par le désir de lui, ne l’écarta pas pour la pénétrer, ne lui tendit pas son sexe énorme et dur, ne lui offrit pas ses couilles... Contre toute attente, l’homme ne broncha pas. Pas un mot, pas un râle ne sortit de sa bouche rouge aux dents blanches, si blanches. L’homme ne cilla pas. Ses yeux étaient verts, si verts. Rien n’en sortait. Ils n’exprimaient rien. Tout à coup, ses iris, tout à l’heure entièrement rivés à ses lèvres, ne lui parlaient plus, ne l’attiraient plus, ne soudoyaient plus son désir. Autour d’elle, la jeune fille refermait son ordinateur, le bébé dormait dans les bras de sa mère, l’homme somnolent était réveillé, et tous la regardaient. Elle était debout, les jambes écartées, tremblantes, les yeux hagards, les mains projetées en avant, les yeux braqués droit devant elle, son corps mou, si mou la portait à peine. Elle était debout, les jambes légèrement fléchies, le corps en déroute, la tête dans son rêve: l’homme en face d’elle ne la regardait plus. Elle était sur lui. Il ne la voyait plus. Indifférente à son entourage, elle lui baisa les lèvres doucement, tendrement, posa un doigt sur ses yeux, toucha son sexe à travers son jean de papier et se rassit tranquillement en face de l’homme sur l’affiche. Un long signal sonore venait de mentionner l’arrêt du 6969. Assise, seule, en face de lui, elle releva sa jupe, écarta son string, lui montra ses bas haut perchés sur ses cuisses ruisselantes, mouilla son doigt lentement et le glissa dans sa vulve, le regard perdu dans ses iris verts. Ses yeux de nouveau à hauteur de ses lèvres pulpeuses, il l’encouragea en lui rendant son désir. Elle s’ouvrit davantage et partit loin, très loin, là-bas avec lui. Trempée, gonflée, elle se fit jouir jusqu’au bout du désir de lui.

On entendit son cri, très longtemps et très loin là-bas sur le quai où son amour l’attendait.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com

Présente édition : Pocket, 24 août 2007, 245 pages
ISBN-10: 2266162101 / ISBN-13: 978-2266162104

Voir également :
- Folies de femmes (2011), présentation

mardi, 04 septembre 2012

Le temps des mots à voix basse : Suivi de Du mal à une mouche - Anne-Lise Grobéty - 2012

anne-lise grobety, le temps des mots a voix basse, du mal a une mouche, recueil de nouvelles, recueils de nouvelles, litterature jeunesse, litterature suisseLe temps des mots à voix basse (2001)

Une petite ville allemande, fin des années 1930. Deux garçons partagent une amitié profonde, de même que leurs pères qui aiment se retrouver et passer des soirées à faire des vers de poésie. Ils adorent ainsi s’exprimer, rire et s’exclamer sur tout et n’importe quoi. Les deux enfants les suivent toujours avec le même bonheur.
Mais les temps changent, un nouveau parti a pris le pouvoir dans le pays et peu à peu la peur s’installe. Dire ce que l’on veut devient difficile, et mieux vaut s’exprimer en silence : c’est pour les deux garçons le Temps des mots à voix basse qui commence.  Mais rien est éternel, et ce temps-là va vite être remplacé par celui du silence, tout comme l’amitié des deux enfants qui va s’arrêter net car l’un des deux est différent : il est juif.
Et rapidement la folie et la haine des hommes vont prendre le dessus sur l’innocence des enfants. L’unb doit fuir, très vite, et l’autre peut-il encore aider ? Que peut encore faire l’amitié dans ces cas-là ?

Du mal à une mouche (2004)

« Au suivant ! » C’est au tour d’une vieille dame qui vient de quitter le monde, de faire ce qu’on appelle « son dernier bilan ». Un greffier très consciencieux et austère tient des comptes d’apothicaire. Il dresse la liste impressionnante de tous les êtres (de A à Z, des abeilles aux vers de terre, ni wapiti ni zèbre mais un loup tout de même !) auxquels elle a ôté la vie. Toutes les créatures, même les puces, les fourmis et les mouches, sont prises en compte.
La liste est bien longue pour celle qui se croyait innocente.


2012 voit la republication aux éditions La joie de lire de deux nouvelles de l’auteur suisse Anne-Lise Grobéty, deux nouvelles adressées à un public jeune mais qui gardent leur force pour tout autre lecteur. La première, Le Temps des mots à voix basse, plus dramatique se distingue de la seconde, Du mal à une mouche, bien plus drôle et cela même si le sujet reste toujours aussi grave et profond. Le style simple, concis et poétique de l’auteur apporte toute sa force à ses deux nouvelles. Si la première interroge sur le devoir de mémoire, la tolérance et la révolte que l’on doit avoir contre toute injustice et barbarie, la seconde appelle avec humour à une réflexion sur nos actes de tous les jours et de leur portée réelle.

Le Temps des mots à voix basse d’Anne-Lise Grobéty est un recueil à découvrir de toute urgence !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com 

Présente édition : éditions La joie de lire, 25 juillet 2012, 105 pages
ISBN-10: 2889081389

mardi, 05 octobre 2010

Être père, disent-ils - Olivier Adam, Philippe Claudel et Philippe Delerm - 2010

bibliotheca etre pere disent-ils.jpgEtre père, disent-ils... mais qu’est-ce donc qu’être père. Ce recueil réunit ainsi trois témoignages de trois auteurs reconnus de la littérature qui chacun à sa manière nous conte cette aventure qu’est la paternité.

Dans Ma petite fille, Philippe Claudel nous conte sa relation privilégiée, parfois difficile mais toujours forte, qu’il a avec sa fille. Olivier Adam, dans Naissances, revient sur la magie de l’instant qu’est précisément la naissance, cet instant merveilleux où tout change. Et puis dans Quelle sera votre rime Philippe Delerm nous parle de l’enfance, en se concentrant sur celle de son fils unique Vincent.
A la fois tendres, poétiques et émouvants, ces trois récits abordent un sujet quelque part banal mais si peu traité en littérature. Il est souvent question de maternité, mais que bien rarement de paternité.

Et à la question qu’est-ce donc que d’être père, l’on comprend vite par ces trois textes que ce n’est finalement qu’une suite d’événements très intimes et personnels, petits et grands, qui se pratiquent au jour le jour tout en marquant à jamais.

Tendre et émouvant... à lire !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  PRICEMINISTER.com


Présente édition : Editions Librio, 25 août 2010, 77 pages

samedi, 11 septembre 2010

La capitale du monde, suivi de L'heure triomphale de Francis Macomber - Ernest Hemingway - 1936

bibliotheca la capitale du monde.jpgLa capitale du monde (The Capital of the World)

Le jeune Paco n’a qu’un seul but dans la vie : devenir torero. Il débarque ainsi à Madrid, la ville où tout se passe, pour se faire une place dans le milieu de la corrida. Alors qu’il oeuvre en tant que serveur dans une petite pension de famille, il fait la connaissance d’Enrique qui décide de lui enseigner les rudiments du métier...

L’heure triomphale de Francis Macomber (The Short Happy Life of Francis Macomber)

Francis et Margot Macomber sont un couple de riches américains en voyage en Afrique. Lors d’un safari de chasse et après avoir fui devant un lion blessé, Macomber décide de se venger en tuant un buffle, et ainsi prouver à sa femme sa compétence. Mais son heure triomphale risque bien d’être sa dernière...



Dans ce court recueil de deux nouvelles, extraites du plus ancien Les neiges du Kilimandjaro, le grand écrivain américain Ernest Hemingway, Prix Nobel de littérature en 1954,  nous conte deux histoires de rêves brisés, qui font évoluer et périr au sommet de leur gloire deux personnages qui n’ont vécu que par leur passion, la corrida pour l’un et la chasse pour l’autre. Que ce soit pour Paco ou pour Francis Macomber, leurs destins se rejoindront, poussés par le courage et la passion, dont regorge le jeune torero et que découvre le chasseur si tardivement.
Ces deux textes très poignants font entrevoir au lecteur l’ampleur de l’oeuvre d’Hemingway, sa richesse psychologique ainsi que sa simplicité étonnante, tout en l’invitant à un beau voyage entre Madrid et les savanes africaines.

A lire !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com


Présente édition : traduit par Marcel Duhamel, Editions Folio/Gallimard, 112 pages


Voir également :
- Le vieil homme et la mer (The Old Man and The Sea) - Ernest Hemingway (1952), présentation et extrait 

mardi, 07 septembre 2010

Le dernier chameau et autres histoires - Mohamed Saïd Fellag - 2004

bibliotheca fellag le dernier chameau.jpgCinq nouvelles étonnantes et pleines d’humour, alors qu’elles ont pour la plupart comme toile de fond les massacres islamistes d’Algérie, tel est ce recueil Le dernier chameau et autres histoires écrit par l’écrivain Mohamed Saïd Fellag, bien plus connu en son pays par son métier d’humoriste. D’ailleurs la nouvelle titre, Le dernier chameau, qui nous conte avec beaucoup d’émotion la jeunesse de l’auteur remplie d’aventures burlesques jusqu’à l’indépendance de son pays et son exil en France, a été à la base un spectacle interprété sur scène par l’auteur lui-même. On y retrouve aussi l’histoire d’un auteur de polars à l’inspiration toujours bloquée à la douzième page (Le Syndrome de la page 12), un amateur de poésie qui devient héros malgré d’un fait divers de toute brutalité (Train-Train) ainsi que le témoignage naïf d’une jeune fille d’un massacre sanglant (Rentrée des classes). La meilleure à mes yeux est Un coing en hiver, métaphore burlesque du déracinement culturel et de l’exil de nombreux algériens lors des années qu’a connu le pays.

Finalement, dans toutes ces nouvelles l’humour sert à surpasser la violence du quotidien, cela dans une société qui au fil des ans a de plus en plus perdu toute raison.
L’écriture est riche et vivante, elle entraîne sans jamais lasser, et, au contraire, ne cesse de surprendre. Par moments, toutefois, on y reconnaît l’origine orale de ces textes, surtout la nouvelle Le dernier chameau qui provient d’un spectacle donné sur scène, mais cela ne nuit pas trop au texte. Au contraire cela donne envie de lire à voix haute afin de savourer tout instant.

Le dernier chameau et autres histoires est un recueil édifiant, drôle à souhait, et que l’on ne peut que conseiller.

Comme quoi derrière l’humoriste qu’est Fellag se cache également un grand auteur.

A lire !

Court extrait :

Dans ma petite tête d'enfant, les Français étaient une entité abstraite, et j'étais très impatient de les voir arriver, afin de découvrir comment ils étaient faits. Je n'en dormais plus. Une légende, qui courait depuis la nuit des temps, disait qu'ils étaient d'une grande beauté. Au point que nous utilisions couramment l'expression Yeçbeh am-urumi!, qui veut dire: Il est beau comme un Français! Mais, en même temps, dans l'imaginaire transmis par ma grand-mère, ma mère et mes tantes, ils n'étaient pas tout à fait humains. Ainsi, quand je refusais d'aller au lit, ma mère n'évoquait-elle pas le loup, mais disait d'une voix menaçante: Va te coucher tout de suite, sinon Bitchouh viendra te manger tout cru! Dans les cinq secondes qui suivaient, je dormais à poings fermés, de peur de me faire dévorer par cet ogre, dont les deux syllabes me terrifiaient. Bitchouh était la transcription phonétique kabyle de Bugeaud, l'un des fameux généraux qui avaient " pacifié " l'Algérie, comme on dit chez vous, et auquel les autochtones prêtaient un caractère sanguinaire et monstrueux. Est-ce que les militaires français, malgré leur grande beauté, seraient aussi terribles que leur auguste prédécesseur ?

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr  -  FNAC.com  -  ABEBOOKS.fr  -  PRICEMINISTER.com


Présente édition : Editions J’ai Lu, 25 août 2010, 119 pages

mercredi, 11 août 2010

Les dimensions fantastiques : Vingt-six nouvelles de Marie de France à Richard Matheson, présenté par Barbara Sadoul - 2010

bibliotheca les dimensions fantastiques.jpgLes monstres, fantômes, esprits malfaisants, loups-garous et autres vampires ont depuis toujours hanté l’esprit des hommes. Et ainsi, depuis tout aussi longtemps, sont-ils présents dans la littérature. La frontière entre le réel et l’imaginaire est parfois bien mince, de nombreux auteurs s’y sont ainsi aventuré pour nous procurer, le temps d’une lecture, peurs et frissons que l’on ne peut rencontrer que lorsque le fantastique prend le pas sur le rationnel.

Entre 1996 et 2007 les éditions Librio ont fait paraître quatre volumes d’une anthologie, La Dimension fantastique, nous présentant justement comment, au fil du temps, le fantastique s’est installé  pour devenir un genre à part. En 2010 sort, toujours chez Librio, ce nouveau recueil, Les dimensions fantastiques, reprenant sous une forme nouvelle les quatre précédents, présenté par l’écrivain français Barbara Sadoul et qui compile sur 350 pages 26 nouvelles, de tout autant d’auteurs différents.
La première, Bisclavret de Marie de France (XIIe siècle), nous fait revivre la légende médiévale d’un seigneur se transformant les soirs de pleine lune en loup-garou. Ensuite le lecteur remonte peu à peu le temps en passant par E. T. A. Hoffmann, Honoré de Balzac, Guy de Maupassant, Alphonse Daudet, Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe, Jules Verne, H. P. Lovecraft, Emile Zola, Ray Bradbury et bien d’autres. Toutes ces nouvelles sont aujourd’hui des classiques de la littérature, certaines encore bien connues, d’autres quelque peu oubliées, mais qui toutes contribuent à nous montrer le fantastique sous toutes ses formes. Certaines d’entre elles m’ont plus marqués que d’autres tel que le magnifique texte de Ray Bradbury Le vent (The Wind, 1943) ou alors le terrifiant Le Masque de la Mort Rouge (1842) d'Edgar Allan Poe.

Les dimensions fantastiques, une anthologie présentée par Barbara Sadoul, nous permet de redécouvrir tous ces textes classiques qui au fil de l’histoire ont façonné le fantastique d’aujourd’hui, un genre littéraire en perpétuelle renaissance.

Pour commander ce livre :

AMAZON.frFNAC.com -  ABEBOOKS.frPRICEMINISTER.com


Textes repris dans le recueil :

Marie de France - Bisclavret
E.T.A. Hoffmann - L’homme au sable
Honoré de Balzac - L’elixir de longue vie
Théophile Gautier - La cafetière
Gustave Flaubert - Rêve d’enfer
Victor Hugo - Le diable chiffonnier
Edgar Allan Poe - Le masque de la Mort Rouge
Gérard de Nerval - La danse des morts
Fritz James O’Brien - La chambre perdue
Erckmann-Chatrian - La montre du doyen
Alphonse Daudet - L’homme à la cervelle d’or
Ivan Tourguniev - Ellis
Charles Baudelaire - Le joueur généreux
George Sand - L’orgue du titan
Villiers de L’Isle d’Adam - Véra
Guy de Maupassant - La chevelure
Jules Verne - Frritt-Flacc
Oscar Wilde - Le Prince heureux
Emile Zola - Anegline
Saki - Sredni Vashtar
H.P. Lovecraft - Je suis d’ailleurs
Ray Bradbury - Le vent
Claude Seignolle - Le meneur de loups
Colette - Le petit chat noir (Paroles posthumes)
Richard Matheson - Né de l’homme et de la femme
Jean-Louis Bouquet - Les filles de la nuit

Pour commander ce livre :

AMAZON.frFNAC.com -  ABEBOOKS.frPRICEMINISTER.com


Présente édition : Editions Librio, 03 juillet 2010, 349 pages

vendredi, 30 octobre 2009

Des nouvelles de Coudekerque-Branche - Sandrine Berthier-Lecleire, Maxime Gillio, Christophe Lecoules et J. Wouters - 2009

bibliotheca des nouvelles de Coudekerque branche

Coudekerque-Branche, en France. Un serial-killer fait une victime dans chaque quartier de la ville; un disc-jockey n'a pas l'oreille musicale; un joaillier est retrouvé mort dans le canal de Bergues, un cadavre qui date de la Seconde Guerre mondiale est retrouvé...

Coudekerque-Branche, petite ville du Nord de la France dans la banlieue de Dunkerque, organise chaque année son petit Salon du livre et de la bande-dessinée. La dernière édition ayant eu lieu le 24 et 25 octobre de cette même année 2009. A l'occasion de cette édition, la ville de Coudekerque-Branche et l'éditeur français Ravet-Anceau ont décidé de collaborer avec trois auteurs dunkerquois, Maxime Gillio, Christophe Lecoules et J. Wouters, pour sortir un recueil de nouvelles policières qui se déroulent justement dans cette petite ville. Y est associée de plus Sandrine Berthier Lecleire, primée dans le cadre d'un concours de nouvelles organisé pour cette même occasion. Ainsi est né ce recueil : "Des nouvelles de Coudekerque-Branche" comportant quatre nouvelles et présenté en avant-première lors du Salon du livre 2009 et qui sera ensuite disponible à l'Office de Tourisme de la ville et dans certains commerces de la région.

Quatre nouvelles donc qui nous font découvrir la ville de Coudekerque-Branche et ses habitants. Mais aussi quatre intrigues et quatre styles différents qui mènent le lecteur à travers les différentes facettes du genre, et qui, de plus, s'amusent avec talent à en déjouer les codes.

"Des nouvelles de Coudekerque-Branche"
est un très bon recueil de nouvelles policières, toutes originales et bien surprenantes. Excellent pour tous les amateurs de polars.

Un recueil à découvrir !

Récapitulatif des nouvelles :

Le coup du lapin - Sandrine Berthier-Lecleire

Un cadavre qui date de la Seconde Guerre mondiale réapparaît, après des travaux, dans le jardin du couple Derryver. Un suspect, Madame Derryver, âgé de près de 90 ans. Mais après cette découverte le plus étonnant est que les meurtres recommencent, et pour suspect, toujours Madame Derryver.

Sandrine Berthier-Lecleire est la lauréate du 1er concours de nouvelles du Salon du livre et de la bande dessinée de Coudekerque-Branche. Sa nouvelle, Le coup du lapin, se déroule dans la maison de ses grands-parents à Coudekerque-Branche, et présente sa première publication.

Le tueur du cadastre - Maxime Gillio

Un assassin fait une victime dans chaque quartier de la ville. Le lieutenant Eric Fontaine enquête, et demande l'aide de Serge Vitasse, un archiviste et grand connaisseur des lieux, pour élucider ce mystère. Mais au fil de leurs entretiens un drôle de jeu s'installe entre les deux personnages...

Maxime Gillio, dunkerquois d'origine est l'auteur de plusieurs romans policiers,  dont Bienvenue à Dunkerque (2007), L'abattoir dans la dune (2008), Le cimetière des morts qui chantent (2009) et Les disparue de l'A16 (2009) (en collaboration avec Virginia Valmain).

Zone du Tonkin - Christophe Lecoules

Un bijoutier est retrouvé mort dans le canal de Bergues. Tout fait croire à un meurtre crapuleux. Des indices existent, mais les pistes auxquelles elles mènent semblent trompeuses. Et l'affaire s'envenime rapidement.

Christophe Lecoules est l'auteur de deux romans policiers : Mort à Dunkerque (2006) et Une nuit de Carnaval (2007).

Les oreilles de Mickey - de J. Wouters

Un mariage au Vieux-Coudekerque, tout le quartier est invité pour faire la fête. Au lendemain, gueule de bois pour tous, mais surtout un mort: le cadavre du disc-jockey est retrouvé portant d'immenses oreilles de Mickey...

J. Wouters est l'auteur de plusieurs romans policiers et romans jeunesse dont Le passage à canote (2007), Au pied du sémaphore (2008), Chiens d'Arras (2008), Clair de loups (2009), La petite grenouille aux pieds bleus (2008) et Rififi à Sainte-Enimie (2008).


Voir également :
- Le cimetière des morts qui chantent - Maxime Gillio (2009), présentation

mercredi, 04 juin 2008

Pavane - Keith Roberts - 1968

bibliotheca pavane

A quoi ressemblerait notre société si l’Histoire avait été différente ? Imaginez un monde soumis au règne absolu de l’Eglise catholique romaine, un monde qui serait empêtré dans un immobilisme léthargique…
1588 : la Reine Elisabeth d’Angleterre est assassinée laissant le pays dans un état de guerre civile. L’Espagne en profite et envoie en juillet de la même année son Invincible Armada à l’assaut de cette terre hérétique convertie quelques années plus tôt à l’Eglise anglicane. Et c’est un succès ! Depuis ce jour L’Eglise catholique sous l’autorité du pape va étendre son influence à travers le monde.
20ème siècle. Le monde n’est pas tel qu’on le connaît en réalité. L’avancée technologique a été condamnée comme démoniaque par l’Eglise. Des locomotives à vapeur disputent les routes aux cavaliers ; les nouvelles sont transmises par des réseaux de sémaphores ; la chasse aux sorcières continue à faire ses nombreuses victimes, et les seigneurs féodaux appuient leurs révoltes de sciences impies comme l’électricité et la chimie.
L’Histoire a définitivement changé de cours.

Pavane de Keith Roberts, publié en 1968, est un impressionnant recueil de sept nouvelles uchroniques, publiés à l’origine séparément à partir du numéro de juillet 1966 du magazine Science-Fantasy, se déroulant dans une Angleterre du 20ème siècle qui aurait pu exister, si certains événements historiques avaient évolués un peu différemment. De par ces sept nouvelles Keith Roberts essaie de toucher un peu à tous les domaines de la société qu’il a imaginée. Toutes sont indépendantes l’une de l’autre même si certains liens subsistent. Le titre de Pavane fait référence à une danse de court du XVIe siècle, dansée près du sol par des couples disposés en cortège indiquant le mouvement de danse des événements historiques qui ici se replacent différemment pour donner un monde différent. Le livre est d’ailleurs divisé en six mesures et un code pour rappeler cette danse.
Si les nouvelles sont toutes très réussies le lecteur se plaindra cependant d’un manque de cohérence ou de lien entre les différentes histoires. L’uchronie par Keith Roberts est magnifiquement illustrée mais reste cependant assez peu crédible. En effet il est difficile de croire que les événements de 1588 aient pu réussir à mettre un terme à progrès scientifique, même s’il est vrai que la première révolution industrielle a eu lieu en Angleterre. Keith Roberts semble faire preuve d’une arrogance et fierté britannique un peu trop marquée et qui risque de fortement déplaire à de nombreux lecteurs. Il reste cependant la possibilité de voir dans la démarche de l’auteur avant tout une critique des sociétés religieuses en général.

Malgré certaines critiques, Pavane reste cependant un bel exemple de littérature uchronique devenu un classique du genre.

Liste des nouvelles reprises dans Pavane :
- La Lady Margaret (The Lady Anne / The Lady Margaret, 1966)
- Le signaleur (The signaller, 1966)
- Frère Jean (Brother John, 1966)
- Le bateau blanc (The white boat, 1966)
- Seigneurs et gentes dames (Lords and ladies, 1966)
- Corfe gate (Corfe gate, 1966-1968)
- Coda (Coda, 1968)

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

dimanche, 02 mars 2008

Jusqu'au dernier jour de mes jours - Jacqueline Harpman - 2004

bibliotheca jusqu au dernier jour de mes jours

Jusqu'au dernier jour de mes jours est un recueil de nouvelles de l'écrivaine belge Jacqueline Harpman au contenu assez hétéroclite. Les différentes nouvelles n'ont guère de lien entre elles sauf peut-être le fait que Harpman s'y voit dans la peau de différents personnages fort dissemblables, une multitude de destins féminins qui se suivent sans se ressembler. Comme par exemple dans la nouvelle qui inaugure ce recueil et qui d'ailleurs en porte le titre, Jacqueleine Harpman s'y voit en résistante lors de la Seconde Guerre mondiale où elle sa bat pour venger la mort de son père et d'autres résistants. Elle y décrit une mission de sabotage qui hélas tourne mal, mais qui en même temps, va représenter un tournant sentimental dans la vie de la jeune résistante. Dans la nouvelle dénommée Angélique, Jacqueline Harpman réinterprète avec beaucoup d'ironie et d'humour le mythe de Saint-Georges et son combat contre le Dragon, en racontant cette célèbre jistoire du point de vue de la princesse qui va servir d'appât au monstre.
Les histoires se suivent sans se ressembler, certaines meilleures que d'autres, et toujours fortement allégoriques sur la position de la femme et de ses (res-)sentiments dans la société en faisant appel à des questions qui trouvent un écho plus ou moins prononcé dans l'actualité.

En bref, Jusqu'au dernier jour de mes jours de Jacqueline Harpman est un beau recueil qui manque hélas un peu de cohérence.

Les nouvelles reprises sont les suivantes:

- Jusqu'au dernier jour de mes jours
- Les Donatiens
- Angélique
- Jamais plus
- Le creux des mains des femmes
- L'amour, ma chère, toujours l'amour
- Les clameurs de la gloire

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Extrait: Angélique

Oh ! là ! là ! Toujours saint Georges! toujours le dragon! l'ange et la bête, les vertus et les vices, la victoire du bon droit! Et moi? Qui pense à moi? Ces messieurs se disputent entre eux, le meilleur l'emporte, c'est la moindre des choses, et aussi que le pape accourt et sanctifie le sauveteur des vierges, mais, par le Dieu des chrétiens et tous les Dieux des païens, qu'on oublie un peu trop, ne pourrait-on penser à moi? C'est que j'existe, dans cette histoire, j'en suis même le noeud, l'objet de l'intérêt général, tout a tourné autour moi, dont on ne parle jamais.

La terreur régnait dans le pays que le dragon parcourait à pas lents, selon le rythme de son appétit. Il ne mangeait pas très souvent, et seulement des vierges: toute autre nourriture lui donnait des coliques et de l'eczéma, dont il se plaignait amèrement.

- Concevez-vous mon malheur? Je suis le dragon le plus maigre de la famille et tous mes frères se moquent de moi. On dit que c'est un trouble psychosomatique: peut-être bien, mais que voulez-vous que cela me fasse quand je me tords de douleur après un mauvais repas et que je traîne pendant des mois ces plaies suintantes qui me rendent affreux à voir? Je voudrais me marier, avoir des enfants, de beaux dragonnaux vigoureux, mais aucune dragonne ne veut de moi, même plus toute jeune, même veuve, même dépucelée hors mariage!

Les pères de famille à qui il tenait ce langage se détournaient aussi poliment qu'ils pouvaient et couraient enfermer leurs filles dans les donjons les mieux protégés, mais le dragon exaspéré crachait des flammes et exigeait un repas.

- Je ne vous en demande que deux ou trois. Une seule, si vous n'en avez davantage. Je meurs de faim. Je ne suis pas gourmand, même pas gourmet, si elle est vierge, je la mangerai, grasse ou bossue, bigle ou boiteuse, l'esthétique n'a rien à voir dans l'affaire: c'est juste un problème de digestion.

Les maisons flambaient, les paysans désespérés regardaient les champs s'embraser, le blé et la vigne partir en fumée. L'hiver s'annonçait mal, sans pain et sans vin.

- Seigneur, notre bon maître, il faut faire quelque chose!

- Ta fille est-elle vierge?

- Aux Dieux ne plaise!

Moi, je l'étais, comme il plaisait à ma mère.

...

 

Voir également :
- Du côté d’Ostende - Jacqueline Harpman (2006), présentation

17:35 Écrit par Marc dans Harpman, Jacqueline | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jacqueline harpman, litterature belge, recueils de nouvelles | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 06 novembre 2007

L'âme damnée et autres récits fantastiques (Veillées corses) - Lorenzi de Bradi - 1929

bibliotheca l ame damnee et autres recits fantastiques

"L'étrange vision, maintenant, semblait s'enfoncer de plus en plus dans la nuit, s'effacer lentement comme si elle reculait devant la présence de Carlu... Nous la vîmes diminuer jusqu'à n'être plus qu'une ligne livide qui finit par s'éteindre... Et ce fut le noir, le grand noir autour de nous. Le vent aussitôt se mit à souffler avec une violence inouïe. La mer enfla, grondant de plus en plus, et bientôt la Speranza eut à soutenir une lutte terrible. Je n'oublierai jamais cette nuit de délire dans la tourmente."

Au début de XXe siècle alors que la télévision n'existait pas encore et que les divertissements en général étaient assez rares, et cela surtout à la compagne, les gens avaient l'habitude de se retrouver lors de veillées chez l'un ou l'autre afin de se raconter au coin du feu des histoires souvent terrifiantes faisant appel à de multiples superstitions où apparaissaient régulièrement sorcières, fantômes, maisons hantées, rêves prémonitoires et autres.

Dans son livre Veillées Corses, publié en 1929 et couronné cette année-là par l'Académie française, Lorenzi de Bradi, un renommé auteur corse de l'entre-deux-guerres, retrace une longue série de contes qu'il a notés lors de veillées vécues en son pays qu'est la Corse. C'était surtout chez le vieux Francè que Lorenzi di Bradi entendra les plus belles histoires, les unes plus étranges et angoissantes que les autres. Et ainsi l'écrivain réussit à retranscrire une large part du patrimoine culturel oral de son pays en transmettant ces dix-huit édifiantes histoires dont est, entre autres, fait son ouvrage Veillées Corses.
Dans la présente édition (voir illustration couverture), publiée en 2007, les éditions Albiana, une maison d'édition également située en Corse, invitent le lecteur d'aujourd'hui à redécouvrir les dix-huit histoires de Lorenzi de Bradi en un beau volume augmenté de magnifiques et impressionnantes illustrations en noir et blanc du dessinateur Paul Filippi.
Le lecteur en parcourant ce livre replonge dans l'ambiance du début de XXe siècle et se laisse entraîner avec plaisir à travers ces magnifiques contes tous très réussis.

L'âme damnée et autres récits fantastiques tirées des Veillées corses
est un très beau livre à découvrir et qui plaira particulièrement aux amateurs de contes fantastiques.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

mercredi, 25 juillet 2007

La jeune fille suppliciée sur une étagère (Shojo Kakei) suivi de Le sourire des pierres (Ishi no Bisho) - Akira Yoshimura - 1959 et 1962

bibliotheca la jeune fille suppliciee sur une etagere

La jeune fille suppliciée sur une étagère

Une jeune fille vient de mourir d'une pneumonie aigue, elle n'avait que seize ans. Alors qu'elle a cessé de respirer elle continue cependant de percevoir et même d'observer ce qui arrive à son corps, vendu à la science par ses parents pour une poignée de yens. Elle voit son corps être pris par des ambulanciers qui la conduisent à l'hôpital où on lui enlève des organes pour de futures greffes et servira de cobaye pour des étudiants en médecine avant d'être incinérée.


Le sourire des pierres

Eichi et Sone se retrouvent à l'université après s'être perdu de vu depuis des années. Lors de leur enfance, alors qu'ils habitaient dans le même quartier, ils aimaient jouer dans le cimetière tout proche, un fantastique terrain de jeux où ils faisaient parfois de terrifiantes mais toujours fascinantes découvertes. Devenu adulte Sone semble avoir gardé une terrible fascination pour la mort et cette fascination semble petit à petit déborder sur la vie de Eichie.


La jeune fille suppliciée sur une étagère (Shojo Kakei, 1959)
et Le sourire des pierres (Ishi no Bisho, 1962) sont deux magnifiques nouvelles , édités ensemble dans un seul volume, de l'écrivain japonais Akira Yoshimura qui ont toutes deux pour thème central la mort. Deux nouvelles glaciales, morbides mais très poétiques qui s'appliquent à nous raconter ce sujet central de l'homme, destin de tous, de points de vue tout à fait originaux.


La première nouvelle est surtout très crue, de nombreux passages mettent d'ailleurs bien mal à l'aise. L'héroïne défunte, malgré son détachement du monde qui l'entoure, semble être cependant fortement atteinte par la solitude qu'elle vit. La mort et le traitement qu'elle subit vont réveiller en elle une véritable angoisse et une grande humiliation.
La seconde nouvelle est plus ambigue et traite la mort surtout par l'entremise du suicide et la fascination qu'elle exerce sur les personnes seules et désespérées. La mort prend même une telle emprise sur le jeune Sone qu’elle devient sa raison d’être. Pire encore. Sone prend le contrôle de la vie des autres, ceux qui en souffrance laissent leur vie lentement glisser vers leur fin.

Via ces deux nouvelles c'est comme si l'écrivain adressait un message à tous les vivants: du respect des défunts dépend le destin des disparus dans l'autre monde. Les morts ne sont pas faits pour l'oubli.

Deux nouvelles à découvrir au plus vite.

Pour commander ce livre :

jeudi, 12 juillet 2007

Affaires de femmes... mais pas seulement - Laurence Luyé-Tanet - 2007

bibliotheca affaires de femmes mais pas seulement

Affaires de femmes.. et pas seulement est un beau recueil contenant environ plus d’une trentaine de nouvelles pleines d’humour et de tendresse. L’auteur, l’écrivain français Laurence Luyé-Tanet, nous décrit de petites histoires autour de moments ou d’objets plutôt anodins de la vie quotidienne. Elle décrit tout cela avec beaucoup de finesse en se concentrant principalement, mais pas seulement, sur des choses plutôt féminines : sacs à mains, boucles d’oreilles etc. Toutes ces nouvelles, certaines même très courtes, présentent dans leur ensemble un beau voyage et une redécouverte des choses de la vie.

Affaires de femmes.. et pas seulement est un savoureux recueil à lire en toutes circonstances.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Extrait :

«Excusez-moi, est-ce que je peux avoir une petite place ?» Non, je vais me vautrer. M'étaler, m'exhiber. Ce n'est pas tous les jours que l'on est une nouveauté.

Aujourd'hui, je vais m'installer, confortablement, sur l'étagère d'un rayon. Je vais prendre mes quartiers dans les librairies. Je vais sentir l'odeur du libraire, son après-rasage le matin quand il s'approchera d'un geste encore endormi et que son doigt chatouillera chacun de nous pour s'arrêter sur l'élu. Je sentirai son odeur, le soir, plus musquée, quand la journée aura fait défiler les clients, les lecteurs et les curieux.

On se regardera les yeux dans les yeux avec le lecteur, puis je sentirai sa main me caresser, me saisir, m'examiner, sa bouche esquisser un sourire, et je me retrouverai sur le comptoir, aveuglé du rayon rouge qui s'appuiera sur mon dos, assourdi du cliquetis de la caisse enregistreuse, affiché à l'écran - moi qui n'aime pas l'ordinateur, ça me fait mal aux yeux.

Je vais aussi visiter les bas-fonds, d'abord sur les lignes des bordereaux de commande, puis dans l'arrière-boutique où je serai un stock. Un stock à renouveler.

Et me voilà à nouveau au milieu de la boutique. J'accueille le lecteur. Je suis une nouveauté intéressante, un jeune auteur à découvrir, prometteur. On me saisit. J'ai l'impression d'être un petit pain en boulangerie. Au milieu, c'est bien, mais je n'ai pas trop le temps de voir le lecteur. Je pourrais être là, comme un objet exhibé, mais je suis un choix, un coup de coeur, une action commerciale pour certains. 16 €, mais 16 € multipliés par les tas au milieu de la boutique et additionnés aux stocks d'arrière-boutique, ça vous remplit un tiroir-caisse quand le soir vous baissez le rideau de la vitrine.

C'est curieux d'être en vitrine. On regarde tout le monde, ceux qui sont bien habillés, ceux qui ne savent pas harmoniser les couleurs, ceux qui courent, ceux qui flânent, ceux qui s'arrêtent, ceux qui promènent leur regard derrière la vitre. Ils hésitent, avancent, reculent, accrochent leurs yeux sur mon titre. Celle-ci se sent concernée, c'est une «affaires de femmes», celui-là aussi, c'est un «... pas seulement». Ils entrent et je les rencontre plus loin au milieu des nouveautés. Celui-ci note, pour se souvenir. C'est un curieux, pressé, qui reviendra. À moins qu'on ne se retrouve plus tôt que prévu en tête de gondole.

La tête de gondole, ça a quelque chose de l'abandon. On est déposé, ordonné le matin quand le magasin est encore vide. Et puis, tout à coup, des mains qui palpent, qui ouvrent, ferment, posent, mélangent. C'est plus fatigant que la librairie. Toute la journée dans la musique, au milieu des promos jambon - Chinon.

Encore différent est le point relais du hall de gare. À peine sorti que me voilà dans le TGV. Tout le monde me regarde car tout le monde aime savoir ce que lit son voisin. C'est sûrement intéressant et sympathique puisqu'il le lit dans le train. C'est sûr, je sens que je vais faire le voyage retour avec la dame d'en face, surtout qu'elle vient de lui demander : «C'est bien ? C'est nouveau ? Vous permettez ? Ah ! je ne connaissais pas, ça a l'air sympa.»

J'ai presque envie de l'accompagner au point relais à l'arrivée, mais je sais qu'après sa réunion, elle va se souvenir de moi et, qu'éreintée, elle va m'attraper puis se jeter dans son fauteuil de première et se détendre en ma compagnie.

Elle va sourire. Elle va décider de l'offrir à sa soeur, à une amie.

On va parler de moi, s'enquérir d'une suite.

Et un jour, immanquablement, dans la cohue du métro, je vais lever les yeux sur Affaires de femmes... Je vais me pencher pour deviner, entre les doigts du lecteur, mon nom...

« Vous aimez ? oserai-je

- Oui.

- C’est moi qui l’ai écrit. »

Et nous voilà devant une tasse de thé dans un troquet proche de la station suivante pour une rencontre impromptue.

Et puis il y a toi, toi qui me tiens en ce moment. Est-ce que tu es la femme d’en face ou son voisin ? Je suis ravi de te rencontrer. Je suis ravi que tu voyages dans mes pages, que tu t’émerveilles des paysages, que tu ries de mes histoires, que tu t’émeuves au fil de mes souvenirs.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

14:56 Écrit par Marc dans Luyé-Tanet, Laurence | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : recueils de nouvelles, litterature francaise, laurence luye tanet | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 02 juillet 2007

Acide organique - David Calvo - 2005

bibliotheca acide organique

" — vous êtes bien sur le répondeur de (inaudible) leave a message after the beep, un message s’il vous plait, merci. — c’est moi, écoute, je sais pas où tu es, je vais pas bien, j’ai besoin de toi, j’ai besoin de parler, j’ai tellement mal au ventre, j’ai avalé tout ce qui restait dans mon frigo, tout mon temps partagé entre l’attente et l’ingestion, l’extérieur vers l’intérieur, je voudrais grossir, prendre plus de place, mais j’arrête pas de vomir, j’arrive plus à dormir, quand je ferme les yeux, je digère le bouillon et je vois toujours la même séquence, une boucle, un crash, les hologrammes en Bourgogne, le froissement du kway dans la foule, Kate Bush, tous ces légumes, les bureaux éclairés en pleine journée, les nanites, les drapeaux noirs, mon petit rat, les lamantins, du merveilleux sur un champ de ruines, je ne sais pas, peut-être une archéologie du présent — (tonalité) — "

Acide organique
est un recueil de onze nouvelles de David Calvo, l’un des auteurs les plus originaux de la science-fiction française contemporaine. L’éditeur nous présente à juste titre ce recueil comme un sample de onze échos, fragments sonores d’une réalité qui rebondit sur le mur.

Au cours de ces onze nouvelles David Calvo nous fait découvrir son univers fait d’absurde, souvent dérangeant et toujours perturbant. Il est d’ailleurs bien difficile de classer ces nouvelles dans tel ou tel genre, seul point commun entre toutes semblant être l’imaginaire et l’absurde. L’écriture est très originale et le style incisif. L’immersion du lecteur dans ce recueil est au début un peu difficile et un lecteur plus habitué à une littérature plus classique aura bien du mal à s’intégrer dans ces textes décalés.

Les nouvelles reprises dans ce recueil sont les suivantes :
- Aeroplane tonight
- Archeodrome
- Ambient otaku
- Scomark telesport 10
- Acide organique
- Trente questions à la Jabule
- Viva d.i.
- Still
- Kei
- Punk à mi-temps
- Cpcbn

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Extrait :

Aeroplane tonight

Son premier crash en avion s'est produit juste après le décollage.

Ah ah.

Incliné vers l'avant, son visage épousant le verre taché du plexiglas, il avait vu disparaître la tour de contrôle. L'aile racla la piste chaude, déroulée en flou d'ébène. L'écho d'un clang, puis l'avion penché glissa sur la pelouse. Étrange, cette immobilité béate de la cabine après qu'ils eurent cessé de bouger, comme une explosion coupée en deux. Dans ce vide aéré, il enregistra le cliquetis d'une montre, les respirations silencieuses comme des mugissements, les avions distants et la sirène immédiatement ensuite. Les passagers n'avaient pas crié, juste émis un chœur surpris, aussi bref qu'intense. Encore aujourd'hui, il ne peut toujours pas décrire ce son.

En sortant, il s'étonna de la courtoisie du personnel, disposé à chaque marche de l'escalier comme des infirmiers mécaniques, mimant les gestes rassurants appris à l'Académie, signes désincarnés. Dans le bus qui les ramenait au terminal, il écouta les autres voyageurs, téléphoner à leurs proches, rire, évacuer l'anxiété. Ils avaient tous partagé une incroyable aventure, pour toujours ils feraient partie de ce club sélect. Ils se rencontreraient dix ans plus tard dans des salles polyvalentes et sur des chaises en plastiques, ils se raconteraient la même histoire, comment ils avaient survécu au pire, ressuscités par ce contact avec la mort à grande échelle. Lui ne se considérait pas comme un des leurs. Il n'avait pas besoin de le dire, il n'y avait rien à dire : toute l'expérience en lui comme la douleur d'un amour enfui, indescriptible clameur.

Il en éprouva une forme de pure immortalité. Rien à voir avec ces miraculés qui se croyaient tout permis, traverser les grandes eaux, baiser sans capotes. Plutôt le souffle intérieur d'une musique sacrée chargée d'images, la puissance lyrique d'un appel vers le vide, la carcasse béante d'un avion en flammes, en chute, et cette chance de ne pas avoir à se souvenir d'un sacrifice, mais d'un rendez-vous manqué, une absence de cadavres nourrie de toutes les catastrophes imprimées sur sa rétine de spectateur : d'infernales vitesses, des familles séparées par le vide, leurs mains tendues, une déchirure dans la coque pour les aspirer, les hurlements des condamnés qui tombaient en spirale. Il avait l'impression d'avoir déjà tout vu, que la réalité ne pourrait plus jamais le rattraper.

Ses amis secouaient la tête devant son hubris, supposant qu'un tel trauma l'enfermerait dans une voiture pour toujours. Pas vraiment, disait-il en riant, pensant au gros chèque de la compagnie aérienne.

Il pouvait désormais se permettre de voler.

En première classe.

Fréquemment.

Tous les marins, Prenant sa douche, Savonné, oint.

Il chantait :
Je suis Pilote
À jamais aux contrôles
De ces instants
Proto BdT 04

Il volait sans se soucier de sa destination, foulait le tapis rouge des couloirs flexibles en roi du ciel. Il entrait en dernier dans l'appareil, snobait les hommes d'affaires allongés dans leurs couffins, les hôtesses tiraient poliment le rideau-velcro pour cacher l'intimité de ces privilégiés, de meilleurs films, la sauce poisson à peine plus dense, et la sensation d'être un individu dans un bétail caquetant. Il appréciait la nourriture synthétique en vol sub-orbital ; il s'imaginait dans un parc d'attracrions, dans un manège; plus haut montait l'avion, plus ces mouvements, l'ascenseur nauséeux des trous d'air, étaient l'occasion pour lui de se sentir vivant, hyper-vivant. L'avion piquait, touchait terre, chaque heurt des trains d'atterrissage en secousse ontologique, une simple question de ré-entrée. Il sortait en dernier de l'appareil, appréciait le défilé des survivants reconnaissants en fin connaisseur : les yeux fatigués, les chemises chiffonnés, pauvres mortels inconscients du risque qu'ils prenaient en se croyant Icare. Lui avait été épargné parce que le ciel le réclamait, ces sols de nuages étaient siens. Il se vantait d'être le seul capable d'apprécier ces territoires cotonneux comme de nouveaux continents à coloniser, nouvelles planètes à terraformer.

La seule raison de sa présence au second accident, c'était parce que les chances d'être dans le premier étaient astronomiques.

Il avait feint le sommeil, sa tête entre deux écouteurs japonais de tapisserie new âge, et son rêve était devenu si vif, un écartèlement, du métal découpé à la tronçonneuse. Il avait hurlé au passager derrière de garder ses putains de jambes tranquilles, puis il s'était souvenu être en première classe, si loin des autres, dans son cercueil, puis un bout du plafond se pela et, cillant, il observa les événements se dérouler avec un étrange détachement. L'expérience la plus originale de toute sa vie.

Aucune référence ; pas d'alarme. Le sublime ralenti d'un instant : le déplacement des mèches de cheveux dans la nouvelle pesanteur, l'inversion des coordonnées, les crachats de lumières, la terreur de ces hommes et de ces femmes en train de mourir, déjà morts, incapables de se lever pour prendre les commandes, priant dans une jungle de masques à oxygène, lianes plastiques ; les positions fœtales qui ne servent qu'à subir, qu'à poser l'humilité, les uns après les autres, plies en séquence comme des roseaux. La fébrilarion des instructions depuis le cockpit, la gyre infernale des signaux, crachons, clignotements, et le pointillisme rapide du paysage extérieur, approchant. Lui ne cessa pas de se tenir droit, refusant de courber, il en vint même à défaire sa ceinture.

Quand les branches traversèrent les vitres, les odeurs et la fumée de feuilles brûlées s'engouffrèrent dans la cabine, il recula comme tiré d’un bungee, son menton défonça son sternum.

Une infime seconde et l'avion devint la forêt.

« Ce dont se souvient clairement le Patient après que ses yeux furent libérés de l'épave, ce n'est pas les restes noirs et tordus d'hommes, femmes et machines... Il se souvient avoir marché dans le squelette de l'avion... Le crissement et l'engluement de ses semelles fondues sur du sang carbonisé, coagulé. Une observation naturelle pour quelqu'un en situation traumatique, peut-être même une référence filmique, quelque chose qui l'aurait marqué malgré lui, un parcours initiatique. Selon ses propres mots, avant de sombrer dans l'inconscience, il dit s'être levé dans l'avion en pic, penché au milieu des passagers, pour organiser leur marche funèbre : le chef d'orchestre d'un génocide, comment chacun devait mourir, humble face au destin. Il parle de ses mains comme interface, baguettes déplaçant le tissu nerveux de ces condamnés, une énergie colossale dont il se serait servi pour affecter la réalité. Le Patient se plaint de douleurs au thorax, une séquelle de l'accident, mais il paraît convaincu d'avoir assimilé la matière vivante de ces morts en sursis dans sa poitrine, leur souffrance comme un trésor dans un coffre de petite fille, fermé par une clef dont lui seul connaît la cachette. Il s'amuse à crasher des avions en plastique sur son lit d'hôpital, pour comprendre les vertus de la chute libre. »

Le matin du onze septembre, toujours hospitalisé, il portait un nouveau tee-shirt, une chose trop grande achetée dans une de ces friperies chic, un avion qui tombe terriblement design qui lui servait de pyjama pour dormir. Toute la nuit, il avait rêvé de robots qui lui prenaient la main dans une cabane au bout du monde. Par la fenêtre de ce songe diffus, une mer bleue, ligne penchée qui ne cessait de bouger comme l'horizon artificiel d'un tableau de bord. Depuis son second accident, il ne rêvait plus, juste des couleurs, mais cette nuit prophétique, il avait envisagé avec beaucoup d'espoir la perte de son intimité, comment il avait choisi de quitter sa défroque d'humain pour rejoindre la poésie froide de ces créatures de métal, si belles, qui le prenaient dans leur bras quelque part au bout de tout. Il avait décidé de les suivre parce qu'il avait oublié pourquoi il était né, comment il avait vécu : la promesse d'une vie éternelle, confiée pendant son sommeil par une intelligence extérieure, qui prenait contact avec lui pour la première fois. En se réveillant, il avait senti quelque chose se déplacer dans sa poitrine, sa propre énergie vitale, désintégrée, et toute la douleur des autres en bouillie, terrible poids dont il ne savait comment s'affranchir.

L'habitude d'allumer la télévision le matin, pour ne pas se sentir seul. Les tartines mouillées de café. Le goût du sommeil. Sans réagir, il avait regardé la première tour s'effondrer.

Dans sa douche, Savonné, purifié, II murmurait :
Je ne vois plus,
Je ne sais pas,
Où je dois me rendre.

« Le Patient semble très affecté par ce qui vient de se passer à New York. Il pense être responsable. Pour lui, toujours selon ses propres mots, il s'agirait d'une paroi qui disparaît, disparue, une fiction qui rejoint la réalité, ou le contraire, il n'est pas certain du mouvement. Une nouvelle ère, possible parce que l'ancienne s'est terminée sans signal, sans conscience d'avoir excédé sa propre fin. Pour lui, la fin du monde est déjà consommée, nous vivons dans un mensonge virtuel où l'événement n'a plus d'importance. Il a compris qu'il n'avait plus rien d'humain : que le tee-shirt qu'il avait porté ce matin-là, le tissu chaud de son nouveau corps, son exo-squelette, avait déplacé un filament de réel, tiré vers lui comme un ressort, que par ce seul acte insensé, s'habiller, dormir dans l'image d'une catastrophe à venir, il avait signifié le passage d'un monde à l'autre, franchi le voile qui séparait l'image de son objet. La seule idée d'être un humain déclenche désormais en lui de terribles réactions psychotiques. »

Il n'a plus jamais mis le pied dans un avion.

Après sa convalescence, il se prit d'affection pour leurs débris. Hagard dans les décharges, il hantait les carcasses, y dormait parfois. Il aimait ces squelettes, l'impression de vivre dans un cimetière d'éléphant où viennent mourir les cargos de ce monde, dinosaures laissés là, rouillant. Il fredonnait Take my breath away en se souvenant d'un clip aux flambeaux, d'improbables vestes à épaulettes dans les ruines de l'Occident. La nuit, il expulsait la misère de ses compagnons d'infortune en longs soupirs, un écho de son ventre gonflé pour raconter comment il avait pris toute leur vie, pourquoi il les protégeait. Il savait qu'il n'avait plus le choix de son identité, qu'en absorbant l'énergie du crash, il avait disposé de sa propre lumière. Tout dans son être criait de remettre cette charge dans le monde. Un jour, les hommes seraient maîtres de la formidable énergie libérée par un accident, avions, voitures ou skate-boards, toutes ces blessures accumulées puis relâchées, ces souvenirs et ces vies meurtries comme une réserve de matière à modeler, à tordre et à sculpter pour remettre le réel en marche.

Quelque chose avait profondément atteint sa perception du hasard. Pas assez pour l'envoyer se perdre dans un désert, non, pas assez pour faire de lui un Prophète de la Vie, converti, convertissant les barbares, bâton à la main, le sari flottant sur des sables anciens ; pèlerin passant ses journées dans un hôpital de campagne, soignant enfants et seniors avec sourires de gentillesse ; missionnaire prêchant auprès de ses amis inquiets que le Seigneur Vous Sauvera ; néo-bab construisant des totems chtoniens pour réunir ce que le monde garde de primitif, l'énergie, les gens, l'excitation, le corps des femmes comme des pistes d'envol, même s'il pensait qu'il s'agissait toujours là d'options. Il pensait pouvoir aider le monde à découvrir cette vérité qu'il avait excavée, comment tout était déjà mort, pourquoi ils marchaient dans les vestiges fumants d'un monde fini qui n'en finissait plus. Il n'était plus dupe de ce qui n'allait pas, notre incapacité à discerner les contraires, la scission parfaite des opposés, l'escalade dans le dépassement des limites, la chute perpétuelle d'une boule de vie.

Il ne savait pas ce qu'on attendait de lui.

Il médite là-dessus pendant les soirs de printemps et d'automne, debout dans les mares du toit. Il se souvient avoir fantasmé, enfant, sur sa première musique atmosphérique quand, sur la terrasse de la maison de ses parents, il avait regardé un avion disparaître dans la nuit, ses balises comme des clins d'œil. Il avait cru entendre un larsen de guitare, un son ténu, une même note pour maintenir l'appareil en suspension, lévitation auditive qu'il pouvait à présent retrouver en fermant les yeux. Aujourd'hui, quand il voit cligner deux points dans le ciel, il les imagine bouger l'un vers l'autre avec une précision silencieuse, puis il voit flasher comme un briquet mon. Le ciel se remplit de leurs hurlements en chute, pluie technorganique. La distance de l'observateur autorise un incroyable sens du tragique.

Il a cessé de prendre ses pilules il y a longtemps.

Tous les soirs, il contemple la brique et les sections minérales de cette ville compressée, humide de néon et de lumière, sous un plafond de cobalt. L'étendue lui permet de suivre la myriade d'avions qui bourdonnent au-dessus. Parfois, il porte une attention particulière à un point, éclairé comme une croix clignotante dans l'espace, il plisse les yeux, attend et s'assure que l'avion traverse la nuit en sécurité. Il trace les déplacements invisibles des avions qui bougent à différentes altitudes, suivant des lignes différentes, et se demande ce que les passagers font dans leurs fauteuils mous, sous ces petits cônes de lumière éclairant leur lecture, trois mille pieds au-dessus de la terre. Il voit des visages calmes ou endormis, contemplatifs dans leur zone de silence sacré, celui d'une bibliothèque ou d'un urinoir. Il sait que s'ils se penchaient derrière leurs hublots glacés, ils pourraient voir un bout de leur vie ou de leur futur, où les amène leur destin. Ils n'auraient jamais de réponses, mais dans cet univers pressurisé, les questions sembleraient vraies, importantes. Ils cesseraient de sourire et reprendraient leur verre de jus de tomate ou le Stephen King du jour, ils attendraient.

Il veut qu'ils apprécient leur vol, alors il lève les bras vers le ciel et, pinçant le pouce et le majeur, il ramène l'avion à l'aéroport.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

13:46 Écrit par Marc dans Calvo, David | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : david calvo, fantastique, science-fiction, litterature francaise, recueils de nouvelles | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 13 juin 2007

Ils m’ont mis une nouvelle bouche - Jean-Marc Agrati - 2006

bibliotheca ils m ont mis une nouvelle bouche

Ils m’ont mis une nouvelle bouche est un recueil de 19 nouvelles et est le troisième recueil de l’écrivain français Jean-Marc Agrati après Le chien a des choses à dire (2004) et Un éléphant fou furieux (2005).

Comme dans ses recueils précédents Jean-Marc Agrati nous emmène à l’aide de ses histoires, véritables petits contes modernes, dans son univers totalement déjanté quelque part entre fantastique et réel. Les différentes histoires donnent souvent dans le grotesque, parfois dans l’obscène et le gore. Le ton est souvent cru et très direct. Le style d’écriture est toujours simple et très imaginatif et peut de temps à autre déranger le lecteur. Les premières nouvelles manquent cependant un peu d’enthousiasme et risquent de laisser le lecteur indifférent, certaines autres sont plus difficiles à comprendre ou alors manquent carrément d’intention. Le style de l’auteur, ainsi que le genre de ces nouvelles en fait un recueil finalement assez difficile à aborder.

Ils m’ont mis une nouvelle bouche est un recueil de nouvelles plutôt original mais pas toujours réussi.

Extrait :

Le démon de l'ennui

J’ai mis le doigt là où j’en étais et j’ai refermé le livre. J’avais à peine dépassé la moitié. C’était un gros bouquin et il me résistait. L’écriture était dense, l’univers baroque fourmillait de détails, et l’action se déroulait à un train d’enfer. Mais il y avait là-dedans de terribles morceaux de réalité qui explosaient comme des bulles. Et ce qui se dévoilait ainsi, ce n’était ni plus ni moins que la guerre d’Algérie. Une guerre d’Algérie étirée à l’infini, qui rejoignait bizarrement les mondes de l’Héroïque Fantaisie. On voyait ça au travers d’un verre dépoli, ciselé d’une élégance impensable, si bien qu’on ne savait plus si c’était beau ou immonde.

J’étais bien décidé, ce soir-là, à creuser le bouquin exigeant. Je me suis calé dans le canapé, j’avais mes coussins, une bouteille d’eau à poste, et mes pieds dans une couvrante. Tout était prêt. Et le téléphone a sonné.

J’ai soupiré. J’ai laissé sonner une fois, deux fois, et j’ai craqué.

– Allô ?

– C’est Benoît.

– Salut Ben.

– Ça fait un bail.

– Oh…

– Des mois.

– Oui, des mois.

– Neuf mois.

– Neuf mois ?

– J’ai compté. C’est beaucoup.

– Oui…

– Et là, je fais une fête et… je voudrais que tu viennes…

– Ah, putain… ça ne m’arrange pas…

– Allez…

– … pas du tout, je te jure. On ne pourrait pas plutôt se prendre une bière un autre jour ? Tous les deux ? Tiens ! Demain ! C’est pas mal, demain !

– Allez… viens… s’il te plaît…

C’était marrant, ça. Ben était un gars costaud qui parlait plus fort que tout le monde. Il avait une énergie dingue, et là, il avait une petite voix qui se traînait et qui disparaissait dans le bruit de sa fête. Et il disait s’il te plaît. Ça ne voulait rien dire. Ça m’a intrigué.

– OK, j’ai dit.

Il m’a donné le code et j’ai lacé mes chaussures. Le livre pouvait attendre.

Après tout, lui, il ne vieillissait pas.

Je suis arrivé un peu avant minuit. Il y avait six étages sans ascenseur, de quoi calculer son souffle. Un couple est sorti de l’appartement de Ben. Ils ont  évalé les escaliers comme des dératés. Je les connaissais, mais je ne me rappelais plus leurs noms.

– Salut, j’ai dit.

Ils n’ont pas répondu ! Ces pauvres cons n’ont même pas posé les yeux sur moi ! Et ils ont déboulé tellement vite, que j’ai dû me plaquer dans un coin de la cage d’escalier… Merde alors ! C’était impensable !

Je me suis dit qu’il y avait des choses, comme ça, impensables, et j’ai repris ma montée, amer. Et je me suis arrêté. Il ne fallait pas accepter ça, il fallait arrêter de mentir et s’exprimer ! bon Dieu ! s’exprimer ! Ils étaient encore dans l’escalier. J’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai gueulé par-dessus la rampe :

– Pauvres cons !

Et voilà. J’étais soulagé. Ils ont emporté mon insulte avec eux. Je respirais déjà beaucoup mieux. Je n’avais plus qu’un étage à monter.

Myriam m’a ouvert. Il y avait une musique bien trop forte, impossible à reconnaître. Un bon paquet de gars m’ont tout de suite dévisagé.

– Entre, qu’elle a dit.

C’était la femme de Ben, je la connaissais bien, j’avais été témoin à leur mariage. Elle m’a fait la bise, elle m’a pris par la main et elle m’a emmené dans la chambre. Il y avait un gros tas d’affaires sur le lit.

– Mets ton manteau là.

Évidemment. J’ai enlevé mon manteau et je l’ai jeté sur le tas.

– Viens.

Elle m’a pris à nouveau par la main. Ça aurait pu être amical, mais ses gestes étaient secs et impatients. Et donc, ça devenait ridicule. C’était si rapide qu’on a cogné les godasses des gars qui encombraient le couloir. Ils tiraient des tronches pas possibles. Et comme ça, manu militari, Myriam m’a emmené dans la cuisine, jusque devant le frigo.

– C’est là.

Elle a posé sa main sur le frigo.

– Quoi ?

– Le frigo. Tu bois des bières, n’est-ce pas ?

– Oui.

– Eh bien les bières sont là. Tu te sers.

Je savais bien. Je n’avais pas besoin qu’on m’explique des choses pareilles. J’ai ouvert le frigo et j’ai pris une bière. Puis Myriam a fait les présentations, parce que dans la cuisine, il y avait Paul, Bénédictine, Antonin et Stéphanie. On s’est salués. Leurs gueules tombaient tellement que j’ai eu peur d’y être pour quelque chose. Mais ça devait être la musique. Une musique vraiment affreuse, un martèlement insensé de fin de carnaval avec des cris, des rires déformés et des sifflets.

– Et Ben ? j’ai dit, faut quand même que je lui dise bonjour !

J’allais quitter la cuisine pour aller dans le salon, quand elle a dit :

– Reste ici.

Elle a appuyé son étrange requête en écartant ses dix doigts pour me barrer le passage. C’était surprenant.

– Je dois rester dans la cuisine ?

– Oui, s’il te plaît.

Et elle a eu, elle aussi, ce s’il te plaît traînant, exténué, qui s’est fondu dans la musique. Puis elle a fait demi-tour, et elle s’est enfoncée dans la foule du couloir où toutes les tronches tombaient.

Pourquoi pas ? Moi non plus, je ne souriais pas. Il y a des fêtes, comme ça, qui sont chiantes. J’ai mis ça sur le compte de la musique. Je me suis posté devant la fenêtre, et j’ai bu, dans la cuisine, en regardant les toits de Paris.

Et j’en ai eu marre. La recommandation était grotesque. Après tout, j’étais venu ici pour voir Ben. De toute façon, dans la cuisine, ils avaient aussi des tronches qui tombaient. Je les ai quittés et j’ai été dans le salon. Il y avait toujours ce martèlement de je ne sais quoi. Les murs étaient tapissés de gueules ennuyées, de sourires figés et de regards fuyants. Des nanas dansaient, mais pas vraiment.

Elles s’agitaient, elles faisaient cercle autour…

… de Ben ! de Ben qui frappait quelqu’un au beau milieu de la musique ! Le gars était à terre ! Et Ben, courbé dessus, frappait comme un dingue !

Et personne ne bougeait. Les gueules atterrées continuaient de s’ennuyer toutes seules. J’ai posé ma bière et j’ai bondi.

– Mais qu’est-ce que tu fais, Ben ?! Mais arrête ! Tu vas le tuer, le gars !

– Laisse ! bon Dieu ! laisse ! C’est pas un homme !

Et il a frappé avec toute l’énergie du ventre et du cœur.

– Pas un homme ?

– C’est un démon, qu’il a dit.

Et il a frappé encore et encore, et à chaque fois qu’il levait le poing, l’affreuse réalité se précisait. C’était un être fripé et nu, petit comme un enfant, et incroyablement laid. Il avait la peau parcheminée, marron, et des membres fins, bien trop longs. Son corps n’était pas plus gros qu’un tronc de bananier. Il avait deux trous en guise de nez, et un fin trait sans lèvres pour la bouche. Il se protégeait mollement et il encaissait tous les coups en riant. Et quand il riait, il ouvrait un simple trou noir, et un mélange de crécelle et de sifflet s'échappait de là. C’était lui qui composait l’essentiel de l’affreuse musique.

L’écœurement m’a étranglé. J’ai reculé. Personne n’est obligé de se confronter, ni même de voir des choses inhumaines. Et Ben aussi s’est tiré de là. Il n’en pouvait plus. Tout simplement. Vidé de tous les coups qu’il avait dans les bras. Sa grosse poitrine pompait tout l’air qu’elle pouvait pour le réoxygéner. Il a rejoint le canapé d’un pas chancelant, et il s’est laissé tomber dedans. Je me suis assis à côté de lui.

– Merde, Ben ! j’ai dit, mais c’est quoi ce truc ?

Il n’a pas répondu. Le truc affreux s’est relevé, guilleret, et il s’est mis à gambader dans le salon en faisant tout un tas de conneries. Il pinçait les convives, il mordait les pans de chemise et il tirait dessus. Il pouvait aussi baver sur les vêtements, faire des bruits de pets, mettre les bouteilles et les verres n’importe comment, si bien que plus personne ne s’y retrouvait. Il arrivait à faire chier presque tout le monde avec des petites piques à la con. Myriam fixait une latte du parquet avec de grands yeux éteints. Elle a brusquement quitté le salon.

Chacun de ses pas était comme un piquet qu’on plante. J’ai secoué Ben :

– Oh ! Ben ! Dis-moi quand même ce que c’est !

Il a repris sa respiration, il a ouvert la bouche, et Myriam a hurlé.

On s’est précipités dans le couloir. Myriam était dans les chiottes. Une tonne de gars faisaient une mêlée au pied de la porte.

– Mais tirez ! a dit l’un.

– Mais on tire ! a dit un autre.

– Ah putain ! Moi aussi je tire !

L’affreux petit bonhomme passait sous la porte ! Les gars se tétanisaient, mais la chair bizarre s’étirait et ne se déchirait pas ! Elle échappait à tous les doigts, et le truc affreux se glissait dans un espace pas plus épais qu’un doigt. Il avait déjà passé la tête, les bras, et jusqu’à la moitié de son dos. Un gars plus musclé que les autres a eu une idée.

– Attendez, qu’il a dit.

Il a pris les jambes et il les a nouées. Puis il a refait là-dessus trois nœuds, et il a tiré, tiré, tiré, en s’aidant de ses jambes et de tout son corps. C’était pas idiot. La bestiole avait plein de nœuds serrés très fort, gros comme des œufs, au niveau du bas-ventre. En principe, ça ne devait pas passer. Et la bestiole a eu un petit coup de reins, et les nœuds sont passés sous la porte sans problème.

Myriam poussait de longs râles entrecoupés de sanglots.

– Ouvre ! a dit Ben.

Il a frappé la porte avec son gros poing. Il y a eu un silence. Myriam a reniflé, le loquet a claqué et Ben a ouvert.

Elle était assise sur la cuvette, culotte baissée, jupe retroussée. Elle regardait, ahurie, la bestiole qui lui tambourinait la tête avec la brosse à chiottes. L’eau merdique et sale éclaboussait ses beaux cheveux. Ben avait des bras immenses qui ne servaient plus à rien.

16:26 Écrit par Marc dans Agrati, Jean-Marc | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean-marc agrati, litterature francaise, fantastique, contes, recueils de nouvelles | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 27 mai 2007

Changements de caps - Pierre Simon - 2007

bibliotheca changements de caps

Trois nouvelles décrivant trois changements de destin de destin brusques et à chaque fois différents. Dans Voix, oreilles et plumes une présentatrice radio s’éprend de l’un de ses admirateurs avec lequel elle échangera de nombreuses, sans se douter des implications de cette relation à distance. Changements de cap décrit la vie de Henri après la mort accidentelle de sa femme et de son fils et surtout comme celui-ci tente tant bien que mal de la réorganiser. Finalement dans Où suis-je ? Qui fus-je ? on suit un homme qui se réveille amnésique sur une plage et qui est accueilli par une tribu primitive vivant de façon idyllique.

L’écrivain français Pierre Simon, ancien professeur en pharmacologie et directeur de recherche pour un groupe pharmaceutique, nous décrit avec beaucoup de tendresse et de sensibilité trois tranches de vie faisant suite à des ruptures radicales. Ses héros vont à chaque fois se battre avec la seule chose qui leur reste et les maintient à la vie : leur passion de vivre. Les personnages sont très consistants et forts attachants. Pierre Simon place ses personnages dans des récits forts émouvants et écrits de façon très variée. Cependant les récits souffrent d’une apparence un peu trop schématique et pas toujours crédibles. De plus ils comportent également certaines longueurs.

Il ne reste que Changements de caps représente une lecture très agréable qui ne laissera pas indifférent.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

22:51 Écrit par Marc dans Simon, Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre simon, litterature francaise, recueils de nouvelles, romans psychologiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!