jeudi, 24 décembre 2009

Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller - 1992

bibliotheca le renard etait deja le chasseur

En Roumanie, sous la dictature de Ceausescu, dans un petit village habitée par la minorité allemande su pays. Adine est une enseignante proche d'auteurs et compositeurs dissidents. Un jour elle s'aperçoit que des inconnus entrent chez elle en son absence et y découpent jour après jour la fourrure de renard qui décore son appartement. Se sentant menacée elle est persuadée d'être espionnée, surtout qu'elle découvre qu'une de ses amies fréquente justement un officier de la Securitate, la police secrète roumaine. Le renard est le chasseur : les victimes se rapprochent de leurs bourreaux, les amis disparaissent ou se trahissent... et la chute du dictateur n'y changera rien.

D'une écriture simple et poétique, l'écrivaine allemande d'origine roumaine Herta Müller, Prix Nobel de littérature en 2009, nous conte ici dans Le renard était déjà le chasseur un récit étrange et cruel qui nous fait revivre les difficultés matérielles et existentielles que l'auteur a bien connues sous la dictature roumaine où l’expression ne pouvait guère échapper à l’oppression. Ce roman, en une succession d'images saisissantes, nous dépeint cette vie oppressée que vivent les personnages d'Adina et de Clara au quotidien, et cela nous contant des scènes de vie, souvent anodines et banales de prime abord, mais qui dans l'ensemble se révèlent terriblement cruelles.
Ce texte, Le renard était déjà un chasseur, comme la majorité de l'œuvre de Herta Müller, est tout simplement sublime, présentant une forme remarquable et un fond des plus poignants.

A lire !

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Voir également :
- L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) - Herta Müller (1986), présentation et extrait
- La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller (1997), présentation et extrait

lundi, 23 novembre 2009

La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller - 1997

bibliotheca la convocation

“Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n‘ai pu m'empêcher de penser au commandant Albu (...). Dès que la fenêtre était devenue grise, j‘avais vu au plafond la bouche d'Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise : Pourquoi être à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer.”

Elle n’a plus que cela en tête : sa Convocation. La narratrice, une ouvrière travaillant dans une usine de confection qui fournit l'Italie, a été convoquée par la Securitate, les renseignements roumains, après avoir glissé un SOS dans la doublure d’un vêtement de luxe qu’elle cousait. Elle sait qu’ils ne la lâcheront plus. Il faut leur rendre des comptes, élaborer des scénarios pour répondre à leurs questions, se justifier, s’entraîner à supporter la douleur et ne surtout pas perdre la tête.
Assise dans le tramway qui la conduit à sa convocation elle revoit en flash-back les principaux épisodes de sa vie, la vie misérable d’une ouvrière roumaine d’origine allemande dans la Roumanie de Ceausescu. Le tramway ne s'arrête pas à la station où elle doit descendre. Sur un coup de tête elle décide de ne pas se rendre à la convocation…

Dans La Convocation de l’écrivaine allemande d’origine roumaine Herta Müller, Prix Nobel de littérature en 2009, l’auteur reprend ses thèmes qui lui sont si chères, ceux de son expérience de la dictature roumaine en tant que représentante de la minorité germanophone plus particulièrement persécutée par le régime et du désir de fuite vers l’ouest, fuite qu’elle effectuera elle-même en 1987. La fuite reste pourtant ici une idée vague, les motifs et moyens du départ puérils, légers : la narratrice ne rêve pas, n’imagine pas un lendemain ailleurs, tout juste pense-t-elle au besoin d’un ailleurs. Car le présent, sa réalité à elle, celle faite de la peur, de l’angoisse et de l’humiliation, c’est elle qui prime et étouffe la narratrice.

Poète avant tout, Herta Müller y excelle avant tout par son style fait de petites phrases, réduites à l’essentiel, qui telles des coups de pinceaux viennent peindre cette vie perdue dont est victime l’héroïne du roman.

La Convocation est un livre fort et poignant, écrit dans un style magnifique.

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Voir également :
- L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) - Herta Müller (1986), présentation et extrait

- Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller (1992), présentation

mercredi, 04 novembre 2009

L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) – Herta Müller - 1986

bibliotheca l homme est un grand faisan sur terre

Roumanie. Depuis que le meunier Windisch a décidé d’émigrer et de quitter à jamais son pays natal, la Roumanie de Ceausescu, il voit la fin partout dans le village. Peut-être n'a-t-il pas tort. Tout est triste, rien ne change jamais et tout le monde doit être prêt à tout pour survivre. Ou alors il faut émigrer. Mais pour Windisch, il a beau livrer des sacs de farine, et payer, le passeport promis se fait toujours attendre. Sa fille Amélie a le même but que lui, ses moyens sont différents : elle se donne au milicien et au pasteur dans le but d’obtenir ce sésame synonyme de liberté. Un jour, ils partiront… puis, plus tard, ils reviendront, un jour d'été, en visite, revêtus des vêtements qu'on porte à l'Ouest, de chaussures qui les mettent en déséquilibre dans l'ornière de leur village, avec des objets de l'Ouest, signe de leur réussite sociale, et, sur la joue de Windisch, une larme de verre.

Herta Müller, né en 1953 en Roumanie, romancière et poète, est une Allemande du Banat, qui a émigré vers l’Allemagne en 1987, fuyant la dictature de Nicolae Ceaucescu. En 2009 elle obtient le Prix Nobel de littérature, pour « qui avec la concentration de la poésie et l’objectivé de la prose dessine les paysages de l’abandon ».
Ses œuvres traitent plus particulièrement du sort qu’elle a subi elle-même, celui des minorités allemandes de sa région natale et des injustices subies par ceux-ci durant l’ère communiste.
L’Homme est un grand faisan sur terre, écrit en 1986, suit justement le personnage de Windisch, voulant fuir vers l’étranger et qui mène sa vie routinière, sans avenir ni perspective, dans l’attente de son passeport qui lui ouvrira les portes de la liberté. La misère est réelle, et dans ce village, toute personne ayant le moindre pouvoir en profite pour exploiter les autres. Et le lecteur voit ainsi la vie de celui-ci et de sa famille, ses longues journées au moulin, ses discussions sans intérêt avec le veilleur de nuit, sa jalousie pour ceux qui ont réussi à obtenir leur passeport, ses efforts pour en obtenir un soi-même, et sa famille, qui se défait sous ce même désir.
Le tout est porté par une écriture très poétique, qui en de phrases brèves et fortes, toujours belles et très imagées, tels des coups de pinceaux, peignent cette morne vie qui attend. Et tel un tableau les multiples courts chapitres, ressemblant plus à des photos prises un instant donné, viennent donner peu à peu l’image globale de la situation, Müller nous montrant plus les choses que de nous les raconter.

L’Homme est un grand faisan sur terre est un roman poétique décrivant avec force une société perdue et à l’abandon.

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Extrait : premier chapitre

"L’ornière

Des roses poussent autour du monument aux morts. Un buisson de roses. Si folles qu’elles étouffent l’herbe. Les fleurs sont blanches, rabougries, serrées comme des fleurs en papier. Elles froufroutent. C’est l’aube. Il fera bientôt jour.

Chaque matin, quand Windisch fait tout seul la route qui le mène au moulin, il compte : quel jour sommes-nous ? Arrivé devant le monument aux morts, il compte les années. Plus loin, près du premier peuplier, à l’endroit où le vélo s’enfonce toujours dans la même ornière, il compte les jours. Et le soir, quand Windisch ferme le moulin, il compte encore une fois les années et les jours.

De loin, il voit les petites roses blanches, le monument aux morts et le peuplier. Lorsque, par temps de brouillard, Windisch passe à bicyclette, il a le blanc des roses et le blanc de la pierre juste sous les yeux. Windisch passe au travers. Il a le visage humide et va jusqu’au moulin. Deux fois déjà le buisson de roses n’a eu que des épines et les mauvaises herbes dessous étaient roussies. A deux reprises le peuplier a perdu tant de feuilles sue le bois a failli éclater. Deux fois la neige a recouvert les routes.

Devant le monument aux morts, Windisch compte deux années et, dans l’ornière près du peuplier, deux cent vingt et un jours.

Tous les matins, quand Windisch roule dans l’ornière en cahotant, il se dit : « Ça va être la fin. » Depuis que Windisch veut émigrer, il voit la fin partout dans le village. Le temps s’arrête pour ceux qui veulent rester. Que le veilleur de nuit reste, c’est pour Windisch au-delà de la fin.

Et quand Windisch a compté deux cent vingt et un jours et qu’il est passé en brinquebalant dans l’ornière, il pose pied à terre pour la première fois. Il met la bicyclette contre le peuplier. On entend ses pas. Des tourterelles sauvages s’envolent des cerisiers. Elles sont grises comme la lumière. Seul le froissement de leurs ailes permet de les percevoir.

Windisch se signe. La poignée de la porte est mouillée. Elle lui reste collée à la main. La porte de l’église est fermée à clé. Saint Antoine est enfermé derrière le mur. Il a à la main un lis blanc et un livre marron.

Windisch a froid. Il regarde la route. Elle s’arrête là où les herbes envahissent le village. Tout là-bas au bout de la route un homme marche. Ligne noire dans les champs. La houle herbeuse le soulève au-dessus de la terre."

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Voir également :
- Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller (1992), présentation
- La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller (1997), présentation et extrait

mardi, 12 mai 2009

La Belle du Caire (Al-Qâhira al-jadîda) - Naguib Mahfouz - 1945

bibliotheca la belle du caire

1930, au Caire. La vie est dure pour de nombreux étudiants de l'Égypte de l'époque. Ma'moun Radwan, Ali Taha, Amed Badir, Mahgoub Abd el-Dayim et Ihsane Shehata sont quatre étudiants à éprouver cette dure réalité, et cela malgré leurs nombreux rêves et ambitions. Et c'est surtout difficile d'arriver à quoique que ce soit quand on est pas de bonne famille, et qu'aucun piston ne peut venir aider. La Belle Ihsane, va céder à la pression de sa famille, pauvre et sans scrupules, et du riche aristocrate Qasim bey Fahmi. Ali son fiancé essaye de se consoler tandis que Mahgoub prêt à tout pour s'élever socialement et gagner les faveurs de la Belle va lui, aussi accepter un marché de dupe et devenir le mari "de façade" de la Belle Ishane, tandis qu'elle restera la maîtresse du Bey.
Cette situation est-elle réellement tenable ? Tout est-il possible au nom de l'ascension sociale ?
La chute risque d'être dure..

Comme si souvent dans l'œuvre de l'écrivain égyptien Naguib Mahfouz, le roman La Belle du Caire se déroule dans la ville du Caire, une ville dont l'auteur connaît tous les recoins, ainsi que les us et coutumes de ses habitants (le titre traduit littéralement signifie 'Le Nouveau Caire'). Moins connu que la prestigieuse Trilogie du Caire, ce roman vaut pourtant parfaitement le détour. Naguib Mahfouz s'attaque ici avant tout à la corruption dans la société égyptienne et au sacrifice auquel les hommes consentent pour progresser dans cette société pourrie. Si le tout est typique de l'Egypte des années 1930, le roman n'a pourtant guère perdu de son intérêt de nos jours. De plus, s'il reste tout à fait contemporain, son sujet est parfaitement universel. De nombreux autres sujets sont abordés, des sujets notamment plus politiques, religieux et philosophiques. Et la force du récit, comme souvent chez Mahfouz, vient ici aussi des personnages, leur parfaites descriptions les rendant tellement vivants.

La Belle du Caire est un très beau roman de Naguib Mahfouz.

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Voir également:
- biographie et bibliographie de Naguib Mahfouz
- La Trilogie du Caire: Volume I: Impasse des deux palais (Bayn al-Qasrayn) - Naguib Mahfouz (1956), présentation
- La Trilogie du Caire: Volume I: Impasse des deux palais (Bayn al-Qasrayn) - Naguib Mahfouz (1956), citations

vendredi, 13 février 2009

Un enfant de l’amour (A Love Child) - Doris Lessing - 2003

bibliotheca un enfant de l amour

1939. James Reid part pour l’Inde en soldat plein d’idéaux dans la tête et bien loin de se douter de ce qui l’attend. Pourtant son père est un rescapé de la bataille de la Somme, James pourrait donc s’attendre à l’horreur, mais il n’en est rien. Avec son régiment, il suit tranquillement ses entraînements jusqu’à ce jour d’été, le jour de l’embarquement pour la guerre. Déjà ce voyage en fond de cale est un véritable calvaire et se déroule quelque part entre solitude, ennui et fortes maladies. Mais lors d’une escale au Cap, au beau milieu de toute cette horreur, James Reid croit pourtant découvrir l’amour en la personne de Daphne, une épouse de militaire qui l’héberge. Il voit en elle la femme idéale, véritable nymphe issue des romans qu’il a tant aimés. Une relation va naître et durer quatre jours… jusqu’à ce que reparte le bateau de Reid. Arrivé en Inde, Reid n’arrive à se défaire de cette amour connu en Afrique. Aux marins qui arrivent, il demande des nouvelles de cette blonde qui reçoit toujours les soldats en escale, et finit par apprendre qu’elle est tombée enceinte… de lui. Ce fils, son fils, va devenir peu à peu son obsession durant toutes les années de guerre… dans l’espoir de peut-être un jour le voir.

Un enfant de l’amour de l’écrivaine britannique Doris Lessing est une nouvelle, ou court roman, paru en version originale en 2003 dans une édition comprenant également la nouvelle Les Grand-mères. En français ces deux textes ont été publiés de façon indépendante, leurs histoires n’étant nullement liées.
Dans ce texte Doris Lessing nous livre un poignant récit de guerre, d’amour et de désillusion confrontant un jeune héros à la terrible réalité de la vie. Le personnage de James Reid sera d’ailleurs à jamais tourmenté par ces quatre jours au Cap, ce moment perdu dont bien entendu il ne retrouvera rien. Hélas le texte laisse cependant un certain sentiment de vide après lecture. Le texte manque de quelque chose et l’on comprend pourquoi il n’a pas été publié de façon indépendante en version originale, le texte ne se suffisant pas pour exister ainsi seul.

Un enfant de l’amour de Doris Lessing raconte une belle histoire d’un homme perdu dans les méandres de l’amour et de la guerre, mais déçoit quelque peu par un certain manque de fond.

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Voir également :
- Les Grand-mères (The Grandmothers) - Doris Lessing (2003), présentation

jeudi, 06 novembre 2008

Impératrice de Chine (Imperial Woman) - Pearl Buck - 1956

bibliotheca imperatrice de chine

Pékin, avril 1852. Soixante jeunes filles appartenant aux meilleures familles mandchoues sont convoquées au palais de l'empereur de Chine, Hsien Feng, afin qu'il choisisse ses épouses. Seule sera impératrice celle qui lui aura donné un fils, aussi ne suffit-il pas d'être élue, encore faut-il ne pas se laisser oublier...
Yehonala ne l'ignore pas. Elle a rusé pour se faire distinguer par l'empereur, mais se souviendra-t-il encore d'elle demain? Ambitieuse et intelligente, elle prépare avec soin les voies de son succès. Sa patience sera récompensée: elle devient la favorite et, à la naissance de l'Héritier, un décret la proclame impératrice sous le nom de Tzu-Hsi.
La mort précoce de l'empereur remet tout en question, mais Tzu-Hsi sort victorieuse de la bataille pour la régence. A moins de trente ans, elle tient en main les rênes du pouvoir - elle les gardera pendant près d'un demi-siècle crucial pour l'Empire du Milieu. Personnage fabuleux, Tzu-Hsi appartient en effet au passé historique de la Chine que le récit de Pearl Buck recrée magnifiquement dans son faste et sa beauté.

Impératrice de Chine de l’écrivaine américaine Pearl Buck est un roman de fiction s’inspirant directement de la vie de Cixi, concubine de l’empereur Xianfeng qui devint impératrice à la tête de la dynastie Qing jusqu’à sa mort en 1908. Plutôt fidèle à l’histoire (c’est presque un roman historique) Pearl Buck livre ici un magnifique portrait du pouvoir impérial chinois à une époque bien trouble politiquement. Certains faits historiques s’avèrent cependant inexacts face aux connaissances d’aujourd’hui. Mais ce qui plaît toujours dans les livres de Pearl Buck c’est sa fine analyse de la culture chinoise, une culture très riche et si particulière aux yeux du reste du monde. L’écriture est parfaite, l’histoire fascinante et le lecteur accroche au destin de cette femme si particulière.

Impératrice de Chine
est un grand classique de la littérature, un roman indispensable sur l’histoire de la Chine impériale.

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Voir également :
- Vent d’est, vent d’ouest (East Wind, West Wind) - Pearl Buck (1930), présentation

jeudi, 09 octobre 2008

Le Prix Nobel de Littérature 2008 est décerné à Jean-Marie Gustave Le Clézio

leclezio

Le prix Nobel de littérature pour l’année 2008 est attribué à l’écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio, né le 13 avril 1940, « l’écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante ».

Voir également :
- Ourania - J.M.G. Le Clézio (2005), présentation et extrait

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dimanche, 21 octobre 2007

Les Grand-mères (The Grandmothers) - Doris Lessing - 2003

bibliotheca les grand-meres

A Baxter's Teeth, paisible lieu au bord de mer, se retrouvent deux familles qui ne semblent en former qu'une et qui parassent vivre un bonheur parfait. Ces deux familles sont composées de Roz et Lil, les deux grand-mères, entourés par leurs fils respectifs Tom et Ian et leur petites-filles. Roz et Lil se connaissent depuis leur enfance et sont devenus inséparables depuis, emménageant même avec leurs maris et enfants dans la même rue de Baxter'sTeeth. Mais cette forte relation entre les deux fait peu à peu fuir les deux maris et la famille unie qu'ils forment aujourd'hui semble aussi trop hermétique pour les belles-filles de Roz et Lil qui ont le plus grand mal de s'y intégrer. Et c'est ainsi que ce bonheur idyllique va basculer le jour où débarque à Baxter'sTeeth Mary, la femme de Tom, en pleine colère.

Les Grand-mères
est un court roman qui dans la version originale a été publié en 2003 dans un recueil de quatre nouvelles également appelé The Grandmothers. Pour l'écrivaine anglaise Doris Lessing, lauréate du Prix Nobel de littérature en 2007, elle quitte un peu ses récits sur l'Afrique qui ont pourtant fait sa renommée pour nous raconter une histoire bien plus intimiste au sein d'une famille britannique privilégiée.
Il s'agît en effet ici d'une chronique de famille qui retrace la vie des deux personnages principaux, Roz et Lil, et l'influence de leur relation fusionnelle et souvent dévastatrice sur toute leur famille et leur entourage en général. Cette relation devient si forte et unit à un point tous les membres de la famille que le tout semble vivre dans son propre monde, et ceux qui essaient de s'en échapper, tel Harold l'un des maris des grand-mères, s'excluent involontairement à jamais. Doris Lessing utilise de nombreux clichés du parfait bonheur, par exemple vie paisible sous le soleil au bord de mer, une belle famille bien unie, pour ensuite nous surprendre en nous décrivant les travers cachés derrière. L'écriture est simple et Lessing nous raconte les choses sans concessions, notamment l'amour sous toutes ses formes que ce soit conjugal ou même quasi incestueux. Les personnages sont bien peu attachants créant un volontaire distancement entre le lecteur et les lecteurs, car eux aussi ne sont pas conviés dans ce petit monde familial.

Les Grand-mères est un excellent court roman, souvent dérangeant, de la part de Doris Lessing, Prix Nobel de littérature en 2007.

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Voir également :
- Un enfant de l’amour (A Love Child) - Doris Lessing (2003), présentation

vendredi, 21 septembre 2007

L’autre comme moi (O Homen duplicado) - José Saramago - 2002

bibliotheca l autre comme moi

Tertuliano Màximo Afonso, 38 ans divorcé et vivant seul, est professeur d’histoire dans un collège. Il mène une vie un tranquille, un peu trop même, dans laquelle les jours se suivent et se ressemblent dans une parfaite monotonie. Un jour cependant tout va basculer au moment où il aperçoit son double parfait dans un film loué dans un club vidéo sur les conseils d’un collègue. Pas un jumeau, mais vraiment lui-même, son identique, jouant un rôle de figurant dans une petite production nationale. En proie à la plus grande confusion il visionne d'autres films du même producteur en espérant tomber à nouveau sur le même acteur afin de confirmer sa découverte, mais aussi, évidemment, afin de découvrir l’identité de son identique.

Dans L’autre comme moi, l’écrivain portugais et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1998 José Saramago nous raconte une merveilleuse histoire de double qui côtoie le fantastique sans jamais y entrer. Le thème du double nous est présenté de façon très forte et très originale. L’histoire, même si elle se base sur des personnages très banaux, des gens comme tout le monde, devient quasiment mythique. A travers ce sujet José Saramago parle finalement de la crise d’identité mais aussi de la contradiction de l’individualité de l’homme dans la société moderne faite de millions d’êtres semblables accomplissant des choses semblables et dans laquelle pourtant tout individu se croit absolument unique, au point même que l’apparition d’un double devient terrorisante.
Le tout est écrit dans un style très vif, toujours plaisant, malgré la complexité de certaines constructions. Saramago réussit particulièrement dans les descriptions plus psychologiques, devenant véritablement vertigineuses, qu’il donne de ses personnages ainsi que de leurs pensées.

L’autre comme moi est un excellent roman José Saramago.

Un roman à lire de toute urgence.

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Voir également :
- L'Aveuglement (Ensaio sobre a cegueira) - José Saramago (1995), présentation

dimanche, 29 juillet 2007

Les Voix de Marrakech: Journal d'un voyage (Die Stimmen von Marrakesch : Aufzeichnungen nach einer Reise) - Elias Canetti - 1967

bibliotheca les voix de marrakech

Elias Canetti fait un voyage à Marrakech en 1954 et relate dans son journal les voix, les bruits, les gestes et les images qu’il enregistre au cours de ses promenades à travers les quartiers arabes et juifs, le Mellah, de la ville. Il décèle ce qui se passe entre ces hommes étrangers et il approfondit leur attitude devant la mort.

Ecrivain d'origine bulgare à la double nationalité turque et britannique, d'expression allemande et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1981, Elias Canetti relate dans ce magnifique recueil publié en 1967 des impressions faites lors d'un voyage à Marrakech quatorze ans plus tôt pour le tournage d'un film. Ce n'est pas un récit de voyage mais un assemblage désordonné de notes quotidiennes, de moments vécus dans cette ville qui émerveilla l'écrivain à jamais. A travers ces quatorze récits Canetti nous fait vivre la ville de Marrakech sous plusieurs de ses aspects, visite d'un marché de chameaux, les souks, les commerces, le Mellah, la Place Jamaa-El-Fna, .... Mais au fil de la lecture au travers de ces divers récits il en dévoile tout autant sur lui-même.

A découvrir!

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jeudi, 26 juillet 2007

La Montagne magique (Der Zauberberg) - Thomas Mann - 1924

bibliotheca la montagne magique

Durant l’été 1907, Hans Castorp, un jeune ingénieur de Hambourg alors âgé de vingt-trois ans, rend visite à son cousin Joachim Ziemssen au Sanatorium Berghof à Davos où celui-ci soigne sa tuberculose. le jeune est vite impressionné et aussi fortement attiré par ce microcosme de gens malades vivant isolés en haut de cette montagne alors que le temps dans lequel ils évoluent semble s'être arrêté. Son séjour lui donne l’occasion de découvrir une galerie de personnages incarnant chacun une facette de l’époque : l’Italien Settembrini, avocat de la Raison et du Progrès ; le mystique jésuite Naphta, contempteur implacable de la société bourgeoise; l’hédoniste Peepenkorn et son ensorcelante compagne la Russe Clawdia Chauchat. Au début Hans Castorp était cnsé rester là-bas trois semaines, mais son séjour ne cessera de se prolonger. Il finira par contracter une maladie pulmonaire qui semble plus être une excuse subconsciente pour pouvoir rester encore plus longtemps au Berghof.Sept années passeront, hors du temps et loin de la société, jusqu'à ce que Hans Castorp redescende parmi les bien vivants pour plonger avec violence dans la Première Guerre mondiale.

C'est en 1924 qu'est publié La Montagne magique (Der Zauberberg), une des oeuvres les plus influents de la littérature allemande du XXe siècle. il a fallu près de douze années à Thomas Mann pour écrire ce gigantesque roman, véritable pièce médiane dans l'édifice romanesque de l'auteur, lauréat cinq plus tard du Prix Nobel de littérature. Pour écrire La Montagne magique Thomas Mann reprend les idées déjà traités dans son précédent roman Tristan (1903), qui ressemble plus à un brouillon, certes parfait, du présent roman.
Le thème central de ce roman, comme dans Tristan (1903), est à nouveau le conflit entre une spiritualité sans vie, maladive, uniquement esthétique, représentée par les habitants du Sanatorium, face à la vie, bien vivante celle-là, des gens de la vallée. Le personnage de Hans Castorp trouve au sanatorium une vie parfaite, idyllique agrémentée par la société de riches bourgeois et intellectuels venus s'y faire soigner. Les problèmes de la vie, notamment les préludes à la Grande Guerre, semblent bien loin alors pour Hans Castorp. Mais nul ne peut échapper à la vie indéfiniment et les résidents de Berghof seront bien rattrapés par la réalité qui les entoure.
Ce roman est aussi une parodie des romans initiatiques classiques dans lesquels, tout comme Hans Castorp, les héros quittent le foyer familial pour suit à de multiples rencontres devenir quelqu'un dans la société. Cependant l'initiation de Hans ne le mènera que sur vers du vide et vers la mort. Hans Castorp ne sortira pas grandi de son expérience, au contraire il ne cessera de régresser dans la vie tout au long du roman.
Pour nous décrire tout cela Thomas Mann utilise un style certes classique mais toujours magnifiquement poétique et terriblement riche, accumulant les descriptions merveilleuses, que ce soit des lieux ou alors des psychologies des personnages, et le tout est augmenté de très prenants débats philosophiques. Le rythme donné au roman est très lent, ce qui peut par moments ennuyer le lecteur, mais ce rythme correspond parfaitement à celui de la vie des résidents du sanatorium, une vie finalement sans suspense faite d'un immense laisser-aller vers la mort dans un monde où le temps semble s'être arrêté.

La Montagne magique a été porté au grand écran en 1982 par Hans W. Geissendörfer dans une production européenne qui regroupe entre autres les acteurs Christoph Eichhorn, Marie-France Pisier, Rod Steiger et Charles Aznavour.

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Voir également:
- Tristan - Thomas Mann (1903), présentation

lundi, 16 juillet 2007

Liquidation (Felszámolás) - Imre Kertész - 2003

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L'écrivain hongrois B. s'est suicidé peu après les bouleversements de 1989, bouleversements rendus d'autant plus difficiles par ses amis: mais quel rôle y ont-ils effectivement joué. Judith, son épouse, l'a quitté quand elle a compris qu'il ne voulait pas d'enfants ; Sara, sa maîtresse et l'épouse d'un de ses amis, a partagé d'intenses moments d'amour avec celui qui passait pour pessimiste et bourru ; Oblath, un professeur de philosophie, a souvent fait preuve d'incompréhension totale envers lui ; Keserü, le collaborateur d'une maison d'édition dont le directeur avait refusé un roman de B. mais l'employait en tant que traducteur, se sent étrangement redevable envers cet écrivain maudit d'un genre contemporain.
En 1999, Keserü relit Liquidation, pièce de théâtre écrite par son ami B. dont il rêve, depuis dix ans, de publier les œuvres posthumes sans jamais y parvenir. Keserü est convaincu que B. a écrit un roman sur ses origines, sur l'origine de son mal-être - car B. est né à Auschwitz, en 1944, et n'a jamais connu sa mère. A travers la quête obsessionnelle de ce manuscrit perdu, Keserü cherche à donner un sens à sa propre vie.
Mais en relisant à présent Liquidation, Keserü se rend compte du côté politrique et prophétique de cette oeuvre en y découvrant une description des changements survenus depuis la mort de B. dans cette Hongrie devenue capitaliste après le déclin de l'ennemi de toujours: le socialisme d'Etat. L'écrivain B. ayant si bien décrit cette période, pensait-il peut-être que de la vivre n'en valait pas la peine.

Le bref descriptif de ce magnifique petit roman de l'écrivain hongrois et lauréat 2002 du Prix Nobel de littérature Imre Kertész, résume parfaitement tous les sujets abordés dans ce roman ainsi que dans l'oeuvre intégrale du romancier. On y retrouve les sujets de l'écriture, des camps de concentration, du communisme et du capitalisme qui y a fait suite. A travers cela Kertész place des personnages rongés par tout cela qui ne réussissent pas à passer au-delà des événements historiqaues pour tout simplement les oublier. Liquidation dénonce les illusions qui font vivre ces personnages à travers le temps et auxquels le personnage principal, l'écrivain B. ne pourra jamais se faire. Dans ce poignant roman, premier à avoir été publié après sa consécration suédoise de 2002, Imre Kertész fait preuve d'un style plein de beautés mais aussi d'exigences et y mêle plusieurs formes narratives que ce soient des discours et récits, dialogues et monologues, narration à la troisième personne et confessions. Mais le roman est aussi très éprouvant, assez tortueux, et le lecteur le referme avec un immense sentiment de désespoir lié au naufrage du personnage de B.

Liquidation d'Imre Kertész est une oeuvre sombre et poignante.

A lire!

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mardi, 19 juin 2007

Ourania – Jean-Marie Gustave Le Clézio - 2005

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Ourania, le pays du ciel, est un monde idéal inventé par le narrateur alors qu’il était encore enfant durant la Seconde Guerre mondiale. Devenu adulte, Daniel Sillitoe est géographe et chargé de partir en mission au Mexique. Il se rend notamment dans la vallée du Tepalcatepec, une région fort agraire, où il découvre deux communautés closes qui se sont formés en utopie : l’Emporio créé par un groupe de scientifiques indépendants, et Campos, une communauté un peu hippie où les enfants sont maîtres, l’argent et l’école inexistants et la sexualité libre. «A Campos, on n'enseigne rien d'autre que la vie.».  Ainsi Daniel Sillitoe passe d’une utopie à l’autre en se retrouvant entre les deux face à la dure réalité d’un Mexique terriblement pauvre et en proie à la mondialisation sauvage. A travers ses rencontres et découvertes Daniel Sillitoe arrive à recomposer Ourania, le monde de son enfance. Mais ces deux sociétés utopiques ne peuvent survivre face au cynisme du pouvoir en place et face à la dure réalité économique du pays. Il sera ainsi le témoin de l’effondrement de ces deux sociétés.

Jean-Marie Gustave Le Clézio (abrégé J.M.G. Le Clézio) base l'histoire de son roman Ourania, paru en 2005, sur deux cités idéales ayant réellement existé au Mexique et qui y avaient été édifiés peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui ont disparu depuis: Santa Fe de la Laguna qui s’inspirait de l’oeuvre L’Utopie (1515) de Thomas Moore et une autre basée sur la Jérusalem céleste qui avait été installée par des Jésuites. C’est sur cette histoire que J.M.G. Le Clézio se base pour nous raconter l’histoire d’un géographe Daniel Sillitoe (dont le nom fait penser à Daniel Defoe et donc à son personnage de Robinson Crusoé qui lui aussi avait construit un monde idéal sur une île abandonnée) face deux utopies en train de déliter inéluctablement. Emprunt d’une forte nostalgie ce conte philosophique nous relate comment la force des choses et le dure poids des réalités finit toujours par briser les rêves des hommes. Dès qu’il découvre ces deux sociétés, Daniel Sillitoe sait déjà qu’elles ne pourront pas survivre. Le narrateur en gardera cependant le rêve, signe d’espoir, bien plus important finalement que la réalité. J.M.G. Le Clézio s’attaque ainsi violemment à la guerre, la cupidité et l’égoïsme des hommes, l’exploitation des enfants et des femmes par un monde mercantile et industriel, tous responsables de la chute de ces idéaux.
Comme souvent dans son oeuvre, J.M.G. Le Clézio aborde également les rêves d’enfants, notamment celui d’un monde merveilleux Ourania, nommé ainsi après la muse Uranie qui présidait les sciences célestes dans la mythologie grecque, qui deviennent une quête pour ces héros et qu’ils retrouveront le temps d’un instant au bout d’un long voyage.
Ourania est écrit dans un style simple et très poétique, toujours fascinant.

Ourania est une invitation au voyage dans un monde où les rêves même s’ils sont fragiles et éphémères peuvent être possibles.

Un très beau livre !

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Extrait :

Dahlia Roig était portoricaine, elle était venue au Mexique il y a plusieurs années. Elle s'était mariée avec un Salvadorien, un révolutionnaire en exil, étudiant à l'Université Autonome. Après la naissance de leur enfant, ils s'étaient séparés, et c'est lui qui avait eu la garde de son fils pour des raisons économiques. Elle était venue ici, elle s'était inscrite à l'Emporio, en histoire de l'art, en ethnomusicologie, quelque chose de ce genre. Dahlia était une grande fille brune, à la peau couleur de pain brûlé, aux yeux couleur de miel. Elle était longue et souple, elle avait sur le ventre une cicatrice violette au-dessus du pubis. La première fois que je l'ai vue nue, je lui ai demandé: «Qu'est-ce qui s'est passé là?» Elle a pris ma main, elle l'a appuyée sur son ventre, sur le bourrelet durci. «C'est par là que mon fils Fabio est né. Je ne pouvais pas l'appeler Cesar, alors j'ai trouvé un autre nom latin.»

Nous avons marché dans les allées du marché aux légumes, elle me tenait par la main. A cause de sa haute stature, elle avançait un peu courbée, une main en avant pour écarter les pans de toile. Nous respirions une odeur puissante de coriandre, de goyave, de piment grillé. Une odeur d'eau noire, qui sortait des caniveaux recouverts de grilles en ciment. Par instant, nous débouchions en plein soleil, au milieu d'un vol de fausses guêpes rouge et noir. C'était enivrant. Nous avons terminé notre reconnaissance par les rues adjacentes à la gare des cars, où les Indiens de Capacuaro vendent leur cargaison de meubles mal équarris en bois de pin encore vert, qui sentent bon. L'esprit du quartier, nous l'avons rencontré sous les traits d'un homme cul-de-jatte, sans âge, qui se faufilait en ramant sur son petit chariot, un fer à repasser dans chaque main, comme dans le film de Buñuel. Je lui ai donné un billet, il m'a fait un clin d'œil. Après midi, nous avons rapporté des sacs de fruits à l'hôtel Peter Pan. Nous nous sommes gorgés de pastèques douces, de mangues, de bananes primitives. Nous avons fait l'amour sur le matelas posé à même le sol, pour éviter le sommier défoncé. Puis nous avons somnolé en regardant la lumière changer sur les rideaux de la fenêtre, au fur et à mesure que les nuages emplissaient le ciel. C'était une façon de faire connaissance avec cette ville, de ressentir ses toits de tuiles et ses rues encombrées d'autos, ses places archaïques et ses grands centres commerciaux. C'était pour ne pas trop se sentir de passage. Pour croire qu'on allait rester, un certain temps, peut-être même longtemps.

Le lendemain j'ai trouvé un appartement à louer devant l'église en ruine. Nous avons emménagé en quelques heures. Un matelas matrimonial à ressorts sur une natte de jonc, une table en sapin dont j'ai fait scier les pieds, trois chaises basses achetées aux vendeurs à la sauvette sur l'avenue Cinco de Mayo. L'appartement recélait un gros réfrigérateur rouillé qui ronflait comme un chien asthmatique, et une cuisinière graisseuse. Il a fallu acheter deux cylindres de gaz propane avec leur détendeur, et quelques ustensiles. Les deux fenêtres de la pièce à vivre faisaient face à l'église en ruine, donc nul besoin de rideaux. Pour la chambre, j'avais pensé installer un pan de tissu, mais Dahlia a préféré coller des journaux sur les carreaux. Elle n'était pas très fille d'intérieur. L'appartement comportait aussi une petite pièce pouvant servir de bureau, mais Dahlia a décidé que ce serait la chambre de Fabio, lorsqu'elle en aurait obtenu la garde.

Dahlia aimait bien faire la cuisine. Elle préparait les plats de son enfance à San Juan, des légumes mélangés à du riz et des pois cassés, de la morue, des plantains frits. Je ne lui posais pas de questions, ni elle non plus. Je crois que nous étions reconnaissants l'un à l'autre de ne rien prendre pour acquis.

En même temps, elle était dépressive. Parfois elle buvait plus que de raison, des rhum-Coca ou des palomas, cañazo additionné de soda à l'orange, elle se recroquevillait sur le matelas, la tête tournée vers la fenêtre aux journaux. Elle sortait de là le teint gris et les yeux bouffis, comme si elle remontait d'une longue plongée. Nous n'en parlions pas, mais nous sentions que tout cela ne durerait pas. Je rédigerais mon rapport sur la vallée du Tepalcatepec et sur l'expropriation des petits agriculteurs, et j'irais vivre ailleurs, en France, je serais professeur dans un petit collège, loin de cette Vallée surpeuplée. Elle ne pourrait jamais s'en aller, un fil de chair la retiendrait toujours à son fils. Mais nous voulions croire que tout cela n'avait pas beaucoup d'importance.

Chaque soir, à partir de six heures, la ville s'engorgeait. Venues des quatre coins de la région, les autos entraient dans la ville par la rue principale ou par la Cinco de Mayo, et tournaient autour de la place pour repartir vers l'ouest. C'était pareil à une fièvre. Le grondement des quatre-quatre, des SUV, des pick-up, Dodge Ram, Ford Ranger, Ford Bronco, Chevy Silverado, Toyota Tacoma, Nissan Frontier, les crissements de leurs pneus larges sur l'asphalte brûlant, l'odeur du diesel, l'huile chaude, la poussière âcre, et sur le fond de ce grondement, les battements lourds des basses qui marquaient le rythme, une sorte de doum-doum-doum continuel qui s'éloignait, revenait, l'un reprenant l'autre, pareil à un très long animal aux organes battants enserrant la place et les maisons du centre.

Au début, nous sortions de la sieste, l'esprit engourdi, la peau encore collante de l'amour. «Ecoute, disait Dahlia. On dirait la guerre.» Je fumais une cigarette en regardant les lumières de la nuit qui commençaient à clignoter sur le plafond du salon. «C'est plutôt la fête.» Mais je ressentais l'inquiétude de Dahlia, une crainte ancestrale à l'avancée de la nuit. «Ce sont les fraisiers, les avocatiers, ils viennent de partout, ils veulent nous montrer leur puissance.»

Dahlia inventait des romans, c'était dans sa nature. Elle restait la militante communiste qui avait fui Porto Rico et avait épousé par amour un révolutionnaire.

«Ils sont seulement en train de faire étalage de leur fric, pour séduire les filles.» Dahlia était violente. Elle se bouchait les oreilles. «Qu'ils aillent se faire foutre, eux, leur fric, leurs filles et leurs bagnoles!»

Je ne pouvais pas la calmer. J'aurais pu arguer que ce n'étaient pas eux qui étaient responsables de ces bagnoles, ni de leurs sonos, que ce n'était pas pour eux qu'elles avaient été inventées. Qu'ils n'étaient, après tout, que des paysans enrichis, un maillon faible et remplaçable dans la longue chaîne de la dépendance économique.

Dahlia se réfugiait dans la cuisine. Elle allumait un joint. C'était sa façon de se boucher les oreilles. Sur son Walkman, elle écoutait sa musique portorriqueña, ses tambours et ses salsas.

A la fin de la saison des pluies, la Vallée, chaque soir, se remplissait. Derrière leurs glaces teintées, à l'abri de leurs carlingues rutilantes, décorées de flammes, de dragons, de ninjas, de guerriers aztèques, les fils des grandes familles reprenaient possession du centre-ville que leurs parents avaient fui à cause de l'insalubrité. Ils venaient de la périphérie, des ranches et des lotissements de riches, de la Glorieta, de la Media Luna, du Porvenir, des Huertas, du Nuevo Mundo. Héritiers de l'empire de la fraise, milliardaires, les Escalante, Chamorro, Patricio, De la Vega, De la Vergne, Olguin, Olid, Olmos...

Depuis longtemps leurs parents avaient troqué les antiques demeures de pierre rose déglinguées et superbes contre des villas californiennes en béton peintes en rouge et en jaune, châteaux néogothiques aux toits de fausses ardoises montés de fausses mansardes, porches à péristyle en marbre et salons de jacuzzis, piscines en forme de cœur, de guitare, de fraise.

Mais ils n'avaient pas renoncé à leur droit sur la ville. Ils avaient reconverti leurs maisons familiales en galeries marchandes, en parkings à étage, en cinémas, en marchands de glaces ou en restaurants de steaks grillés à la mode gaucho.

Au milieu de cette ville en ruine, de ces chaussées défoncées, de ces égouts à ciel ouvert, Don Thomas avait créé l'Emporio, un atelier de recherche et d'enseignement supérieur dédié aux sciences humaines et au savoir.

Thomas Moises n'était pas issu de ces grandes familles de planteurs de fraisiers et de producteurs d'avocats qui tenaient toute la Vallée dans leurs mains. Il était le dernier rejeton d'une longue lignée de lettrés et de notables qui avaient fourni à l'Etat des juges, des maîtres d'école et des curés, et qui avaient su traverser les guerres et les révolutions et se garder du pouvoir. Il n'était pas originaire de la Vallée, mais de Quitupan, un village de montagne aux sources du fleuve Tepalcatepec.

La première fois que je l'ai rencontré, dans son bureau à l'Emporio, j'ai été reçu avec une réserve bienveillante qui m'a plu. J'ai vu un petit homme rondelet, à la peau mate et aux cheveux très noirs, avec des yeux doux d'Indien, et une moustache en brosse démodée. Du reste tout était démodé dans sa personne. Il était vêtu d'un complet marron dont le veston semblait fatigué, d'une chemise guayabera bleue, ses petits pieds chaussés de souliers noirs impeccablement cirés. A cinquante ans, après une vie consacrée à enseigner l'histoire dans les universités, il avait créé ce petit collège, par amour pour sa région natale, pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être de la tradition et de la mémoire. A cette Athénée, il avait donné le nom modeste d'Emporio, c'est-à-dire la Halle. Contre un loyer élevé, il avait installé son collège dans une ancienne demeure noble de la Vallée, qu'il avait ainsi sauvée provisoirement de l'appétit des promoteurs.

Séparée du bruit de la rue par un grand porche que fermaient des grilles espagnoles, la maison était construite sur un seul niveau, avec une série de hautes pièces en enfilade dont les portes-fenêtres ouvraient sur un patio planté d'orangers et agrémenté d'une fontaine d'azulejos. C'était là, dans cette atmosphère coloniale, que les chercheurs se réunissaient et donnaient leurs cours.

Une fois par quinzaine, un vendredi soir, les portes de l'Emporio étaient ouvertes aux habitants de la Vallée. C'était l'idée de Don Thomas, pour mieux dire sa lubie: rompre le carcan des préjugés et des castes, faire accéder les paysans et les gens du peuple à la culture, libéraliser, vulgariser, échanger. L'idée faisait ricaner tout bas les chercheurs venus de la capitale, en particulier les anthropologues, tous ceux qui étaient imbus de leur savoir et le confondaient avec le pouvoir. Ils ne croyaient pas beaucoup à l'échange. «Tous ces paysans endimanchés, ces Indiens qui viennent à la messe du vendredi soir, pour écouter bouche bée du latin.»

Mais ils reconnaissaient à ces soirées portes ouvertes une utilité: «Au moins ils ne pourront pas dire que nous les tenons à l'écart ou que nous dissimulons des secrets.» Leon Saramago, l'anthropologue équatorien, ne cachait pas son dédain pour Don Thomas. Son visage jupitérien esquissait une grimace sous sa barbe: «Oui c'est génial de la part du vieux d'avoir tué dans l'œuf toute critique contre nous autres les intellectuels.» Il n'arrivait probablement pas à imaginer que Thomas Moises s'amusait à voir entrer deux fois par mois dans la demeure somptueuse des hacendados Verdolaga, les arrière-petits-enfants des esclaves qui avaient labouré les plantations de canne à sucre au siècle passé. C'était gentiment révolutionnaire.

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dimanche, 17 juin 2007

Istanbul: Souvenirs d’une ville (İstanbul: Hatıralar ve Şehir) - Orhan Pamuk - 2003

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L'écrivain Orhan Pamuk, lauréat du Prix Nobel de littérature en 2006, est né le 7 juin 1952 à Istanbul. Et depuis, toute sa vie sera attachée à cette ville. Il a grandi dans l'immeuble familial avec ses oncles, tantes, cousins, ... , et c'est de là qu'il découvre le monde et qu'il restera toute sa vie.
Dans cette autobiographie Istanbul, souvenirs d'une ville, Orhan Pamuk retrace ses premières les années de son enfance et de sa jeunesse en racontant en parallèle l'histoire de sa ville natale. Il y raconte sa vie dans une famille bourgeoise d'Istanbul, son parcours scolaire, ses rencontres et comment petit à petit a germé en lui l'idée de devenir écrivain.
Istanbul en cette deuxième moitié de vingtième siècle respire la tristesse est la mélancolie d'une grandeur déchue, l'empire ottoman n'étant plus qu'un vague souvenir. Pamuk décrit les maisons décrépies, trottoirs défoncés, murailles effondrées de cette cité qui à cette époque n'est plus que l'ombre d'elle-même. Il raconte aussi ses promenades dans les rues sombres et le long du Bosphore et sa redécouverte d'un Istanbul d'antan à travers les peintures et d'anciens livres. Orhan Pamuk s'attache beaucoup aux importantes métamorphoses de sa ville: au début une ville très hétéroclite (plus de la moitié de ses habitants étaient des grecs, Arméniens, Juifs ou autres) qui après de nombreuses purges ethniques devient une ville quasi uniquement occupée par des Turcs musulmans pour ensuite se réouvrir petit à petit au monde, notamment à l'Occident. Et c'est dans ce contexte que va évoluer Orhan Pamuk et sa famille, qui à l'image de sa ville ne cesse de se détruire suite à des séparations et d'importants problèmes financiers.

Istanbul: Souvenirs d'une ville est donc à la fois une autobiographie d'un des plus grands écrivains turcs contemporains et aussi une merveilleuse histoire d'amour entre un homme et sa ville natale. Orhan Pamuk y fait part de sa vision particulière de cette ville à la culture unique et extrêmement riche. Il est cependant regrettable que Pamuk n'y ait intégré la moindre once de dramaturgie et son récit semble fort égocentrique. Les scènes familiales sont décrites avec un certain distancement de sorte que l'on a du mal à s'en émouvoir. De ce fait ce livre ne prend de valeur que par les descriptions et l'histoire d'Istanbul et les passages autobiographiques paraissent parfois être fort inutiles.

Istanbul: Souvenirs d'une ville offre au lecteur un magnifique voyage à travers l'histoire d'Istanbul.

Il est à noter que le livre est illustré par de magnifiques photos choisies par l'auteur lui-même.

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Voir également :
- biographie et bibliographie - Orhan Pamuk
- Le château blanc (Beyaz Kale) - Orhan Pamuk (1985), présentation
- Neige (Kar) - Orhan Pamuk (2002), présentation

mercredi, 09 mai 2007

Impasse des deux palais (Bayn al-Qasrayn) - Naguib Mahfouz - 1956

bibliotheca impasse des deux palais

Tout commence au Caire pendant la Première Guerre mondiale dans le quartier de la rue nommée l'Impasse des deux palais. Ahmed Abd El Gawwad est un commerçant plutôt prospère et très réputé dans le quartier. Il est également connu pour ses nombreuses sorties et sa bonne compagnie. A la maison il est le père d'une famille composée de trois fils Yasine (21 ans) d’une première épouse répudiée, Fahmi en fin d’adolescence, et Kamal encore enfant et de deux filles Khadiga (20 ans) et Aïsha (16 ans). Sa femme est Amina, une brave et docile maîtresse de maison. Mais à domicile Ahmed Abd El Gawwad donne le visage d'un père tyrannique qui élève ses enfants en toute sévérité. Même s'il les aime tendrement, il ne le leur montrera jamais. Kamal, a un profond respect pour son père, mais du haut de ses 8 ans, la terreur n'est pas encore de mise. Fahmi, quant à lui, peut parler avec son père sans trop de problème, car il entre bientôt en faculté. Quant à Yasine il aimerait connaître son père autrement qu'à travers la peur et avoir la force de s'opposer de temps en temps à lui. Amina est une épouse totalement effacée devant lui:  elle le considère comme son seigneur et maître, se lève la nuit pour l'attendre derrière le moucharabieh afin de l'aider à se changer et à se mettre au lit. Sa vie se déroule tous les jours de la même manière, elle s'occupe des différentes tâches ménagères en alternance avec ses deux filles: Khadiga et Aïsha. Jamais elle ne sort de sa maison et jamais elle n élève la voix devant son  mari. Toute la famille vit d'ailleurs cloîtrée à l'intérieur de la maison. Seuls les garçons sont scolarisés et Yasine, qui a atteint l'âge adulte, est le seul à pouvoir sortir comme beau lui semble. Ainsi sont les traditions, et ainsi Ahmed Abd El Gawwad veut mener sa vie familiale. Mais son intransigeance va générer une révolte sourde, discrète et cependant efficace de la part de ses enfants. Pour Ahmed Abd El Gawwad tout semble figé ainsi ainsi dans le temps, mais finit quand même par bouger malgré lui. En effet dehors le monde est en ébullition, La Guerre mondiale fait rage, L'Egypte est en quête de son indépendance et les mœurs de la société égyptienne commencent petit à petit à évoluer. Ahmed Abd El Gawwad sera tiraillé entre de nombreux choix concernant sa vie: Aïsha est demandée en mariage avant sa sœur aînée, Yasine commence à faire des bêtises et veut également se marier, Fahmi participe à des manifestations estudiantines dirigées contre l'occupant britannique. Tous les choix que Ahmed Abd El Gawwad devra faire devront être en accord avec la pression sociale et religieuse qui s'exerce dans son pays et devra ainsi se débattre à travers toutes ces contradictions, y compris les siennes.

L'impasse des deux palais est le premier volet d’une immense et magnifique trilogie, dite la Trilogie du Caire, ayant pour sujet l'évolution d'une famille bourgeoise modeste dans l'entre-deux-guerres. Ce roman sera suivi par Le Palais du désir (Qasr al-Chawq, 1957) et Le jardin du passé (Al-Sukkariyya, 1957), les deux derniers volets traitant chacun d'une génération suivante de la même famille. Naguib Mahfouz nous y fait vivre l'intimité d'une famille musulmane entre 1917 et 1919, année de la révolution égyptienne, en nous décrivant avec beaucoup de réalisme et de sensibilité le quotidien de ces gens. Mais Mahfouz confronte également cette famille très traditionnelle aux chamboulements du monde extérieur, la révolution et à l'évolution des mœurs qui se prépare en Egypte. D'ailleurs le titre Bayn al-Qasrayn traduit de l'arabe mot à mot  signifie entre deux palais, ce qui outre le nom d'une rue est également une image de l'Egypte qui  à cette époque était en pleine transition entre deux états. Chaque personnage joue un rôle bien particulier face à ce qui se passe: Ahmed Abd El Gawwad est le personnage plus traditionaliste, Amina, sa femme effacée et soumise, Kamal voit le monde avec ses yeux d'enfants, Fahmi est militant politique, Yasine est le playboy qui ne s'intéresse qu'à peu de choses sauf lui-même, Khadiga la sérieuse et Aïsha est plus frivole. Le récit se concentre avant tout sur ce qui se passe dans le foyer à travers ses différentes crises, d'ailleurs lorsque les filles se marient et quittent la maison, elles deviennent secondaires au récit. Ahmed Abd El Gawwad en tant que père intransigeant est respecté et craint à la fois. Les enfants veulent lui plaire mais leur transgressions leur causent d'énormes remords surtout inspirés par la peur de décevoir leur père. Mahfouz fait avancer cette histoire que très lentement, il s'agît d'ailleurs plus d'une chronique familiale que d'un véritable roman à action. Les événements mineurs et majeurs se succèdent petit à petit et cela permet d'ailleurs de donner au lecteur une belle image de cette société orientale. Le style de Mahfouz est inimitable, tant dans la poésie de sa prose que dans la justesse des mots qu'il utilise et des descriptions qu'il fait.

L'impasse des deux palais est une oeuvre magistrale de cet auteur égyptien lauréat du Prix Nobel en 1988.

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Voir également:
- biographie et bibliographie de Naguib Mahfouz
- La Belle du Caire (Al-Qâhira al-jadîda) - Naguib Mahfouz (1945), présentation

- La Trilogie du Caire: Volume I: Impasse des deux palais (Bayn al-Qasrayn) - Naguib Mahfouz (1956), citations