mardi, 01 novembre 2011

Poèmes pour des moines immolés

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Deuil

Parce que vivre vous causait une détresse plus vive que la mort
Vous voilà devenus des squelettes rougeoyants
La bouche de feu a remué
Les mains de feu se sont tendues
La poitrine du feu s’est exhibée
Le chapelet de feu s’est éparpillé à terre, perle à perle
Les petites volutes de fumée écarquillent les yeux
Et regardent les toits du monastère
Regardent les portes de chaque cellule monastique
En cet instant
Une tempête souffle sur ce coin de la prairie
Et elle souffle sur les autres coins de la prairie
Un troupeau noir et agressif approche doucement
Il suit la direction du vent.
(Ecrit spontanément un soir d’octobre 2011)


Une torche a encore brûlé

Quelle année, quel mois sommes-nous déjà ?
Le sol sous les pieds est toujours aussi gelé
Cette froidure a enflammé les brasiers
En direction des ténèbres
En direction du froid
Ça s’est enflammé
On les a enflammés
Au cœur des volutes de fumée bleue
La chair et les os
Endurant la torture aiguë
Ont fait quelques pas furtifs, poussifs
Ces vies prises dans la toile d’araignée
Ont alors trembloté sous une scène menottée
Les flammes
Incendiant les recoins des os
Ont touché terre
L’ultime atome de fumée
S’est absorbé entre ciel et terre dans ce coin perdu.

Source : http://www.courrierinternational.com

20:30 Écrit par Marc dans Anonyme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poesie, poemes, moines immoles, tibet, moines immolés | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 14 février 2010

Correspondances codées entre George Sand et Alfred de Musset - fin XIXème siècle

Comment cacher un message d'amour secret dans une lettre bien plus chaste et irréprochable ? La correspondance codée entre George Sand et Alfred de Musset en est un parfait exemple.
 
L'idylle qui existait entre les deux grands écrivains français George Sand, pseudo d'Amantine Aurore Lucile Dupin, et Alfred de Musset, a beaucoup fait parler d'elle en son époque. Leur correspondance est d'ailleurs en partie publiée de nos jours. La partie la plus connue et reprise ci-dessous, faite de codes et d'énigmes, est toutefois un canular datant de la fin du dix-neuvième siècle, et n'est guère l'oeuvre des deux poètes. Ces textes admirables, et cela au-delà, de l'énigme qu'ils représentent, méritent toutefois un coup d'oeil.

Lettre de George Sand à Alfred de Musset
 
Cher ami,
 
Je suis toute émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l'abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. A vous je veux me sou-
mettre entièrement.
 
Votre poupée
 
 
Réponse d'Alfred De Musset:
 
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
 
Alfred de Musset
 
 
Réponse de George Sand
 
Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.
 
George Sand


Réponse à l'éngime : lire une ligne sur deux pour la première lettre, et uniquement les premiers mots de chaque ligne pour les suivante.

jeudi, 24 décembre 2009

Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller - 1992

bibliotheca le renard etait deja le chasseur

En Roumanie, sous la dictature de Ceausescu, dans un petit village habitée par la minorité allemande su pays. Adine est une enseignante proche d'auteurs et compositeurs dissidents. Un jour elle s'aperçoit que des inconnus entrent chez elle en son absence et y découpent jour après jour la fourrure de renard qui décore son appartement. Se sentant menacée elle est persuadée d'être espionnée, surtout qu'elle découvre qu'une de ses amies fréquente justement un officier de la Securitate, la police secrète roumaine. Le renard est le chasseur : les victimes se rapprochent de leurs bourreaux, les amis disparaissent ou se trahissent... et la chute du dictateur n'y changera rien.

D'une écriture simple et poétique, l'écrivaine allemande d'origine roumaine Herta Müller, Prix Nobel de littérature en 2009, nous conte ici dans Le renard était déjà le chasseur un récit étrange et cruel qui nous fait revivre les difficultés matérielles et existentielles que l'auteur a bien connues sous la dictature roumaine où l’expression ne pouvait guère échapper à l’oppression. Ce roman, en une succession d'images saisissantes, nous dépeint cette vie oppressée que vivent les personnages d'Adina et de Clara au quotidien, et cela nous contant des scènes de vie, souvent anodines et banales de prime abord, mais qui dans l'ensemble se révèlent terriblement cruelles.
Ce texte, Le renard était déjà un chasseur, comme la majorité de l'œuvre de Herta Müller, est tout simplement sublime, présentant une forme remarquable et un fond des plus poignants.

A lire !

Pour commander ce livre :

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Voir également :
- L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) - Herta Müller (1986), présentation et extrait
- La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller (1997), présentation et extrait

lundi, 23 novembre 2009

La Convocation (Heute wär ich mir lieber nicht begegnet) - Herta Müller - 1997

bibliotheca la convocation

“Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n‘ai pu m'empêcher de penser au commandant Albu (...). Dès que la fenêtre était devenue grise, j‘avais vu au plafond la bouche d'Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise : Pourquoi être à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer.”

Elle n’a plus que cela en tête : sa Convocation. La narratrice, une ouvrière travaillant dans une usine de confection qui fournit l'Italie, a été convoquée par la Securitate, les renseignements roumains, après avoir glissé un SOS dans la doublure d’un vêtement de luxe qu’elle cousait. Elle sait qu’ils ne la lâcheront plus. Il faut leur rendre des comptes, élaborer des scénarios pour répondre à leurs questions, se justifier, s’entraîner à supporter la douleur et ne surtout pas perdre la tête.
Assise dans le tramway qui la conduit à sa convocation elle revoit en flash-back les principaux épisodes de sa vie, la vie misérable d’une ouvrière roumaine d’origine allemande dans la Roumanie de Ceausescu. Le tramway ne s'arrête pas à la station où elle doit descendre. Sur un coup de tête elle décide de ne pas se rendre à la convocation…

Dans La Convocation de l’écrivaine allemande d’origine roumaine Herta Müller, Prix Nobel de littérature en 2009, l’auteur reprend ses thèmes qui lui sont si chères, ceux de son expérience de la dictature roumaine en tant que représentante de la minorité germanophone plus particulièrement persécutée par le régime et du désir de fuite vers l’ouest, fuite qu’elle effectuera elle-même en 1987. La fuite reste pourtant ici une idée vague, les motifs et moyens du départ puérils, légers : la narratrice ne rêve pas, n’imagine pas un lendemain ailleurs, tout juste pense-t-elle au besoin d’un ailleurs. Car le présent, sa réalité à elle, celle faite de la peur, de l’angoisse et de l’humiliation, c’est elle qui prime et étouffe la narratrice.

Poète avant tout, Herta Müller y excelle avant tout par son style fait de petites phrases, réduites à l’essentiel, qui telles des coups de pinceaux viennent peindre cette vie perdue dont est victime l’héroïne du roman.

La Convocation est un livre fort et poignant, écrit dans un style magnifique.

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Voir également :
- L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) - Herta Müller (1986), présentation et extrait

- Le renard était déjà le chasseur (Der Fuchs war damals schon der Jäger) - Herta Müller (1992), présentation

dimanche, 08 novembre 2009

Oudayas - Hélène Decuyper et Patrick Lowie - 2009

bibliotheca oudayas

A l'origine une petite forteresse érigée par les Almoravides pour lutter contre les tribus Bouraghouata, la Kasbah des Oudayas (ou Oudaïa), quartier fortifié de Rabat, capitale du Maroc, voit son histoire débuter réellement lorsque es Almoravides en font un ribat surplombant l'embouchure du fleuve Bouregreg.
De nos jours, le site qui a gardé son charme d'antan, et frappe surtout par sa beauté unique et par l'atmosphère qui s'en dégage. Rien de tel que de se balader dans ses ruelles labyrinthiques qui ne cessent de fasciner ses nombreux visiteurs. Et c'est à cette balade que nous invitent la photographe française Hélène Decuyper et le poète belge Patrick Lowie dans ce magnifique livre Oudayas, publié par les éditions Biliki.
Et à l'image de la célèbre kasbah marocaine, le livre, à travers sa soixantaine de pages, se décline en cette magnifique bichromie, de bleu et de blanc, telles les murs de l'Oudayas et qui fascine tant. Et pour porter le lecteur à travers ces images, les mots poétiques de Patrick Lowie, dans son texte intitulé "Ô Pirate de Salé" dont les échos lointains de l'ouïe et du regard résonnent au toucher de ce bleu, parfois triste à noircir, parfois optimal à s'illuminer. Le livre est augmenté  d'un texte sur l'origine du nom de Salé, ville pirate située face à l'Oudayas de l'autre côté du Bouregreg, extrait du livre de Peter Lamborn Wilson Utopies pirates, corsaires maures et renegados.
L’ouvrage est écrit en français avec des traductions des textes en allemand et en italien.

Oudayas, à la fois livre de photographie et de poésie, marque par sa beauté et son originalité.

A découvrir !

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mercredi, 04 novembre 2009

L’Homme est un grand faisan sur terre (Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt) – Herta Müller - 1986

bibliotheca l homme est un grand faisan sur terre

Roumanie. Depuis que le meunier Windisch a décidé d’émigrer et de quitter à jamais son pays natal, la Roumanie de Ceausescu, il voit la fin partout dans le village. Peut-être n'a-t-il pas tort. Tout est triste, rien ne change jamais et tout le monde doit être prêt à tout pour survivre. Ou alors il faut émigrer. Mais pour Windisch, il a beau livrer des sacs de farine, et payer, le passeport promis se fait toujours attendre. Sa fille Amélie a le même but que lui, ses moyens sont différents : elle se donne au milicien et au pasteur dans le but d’obtenir ce sésame synonyme de liberté. Un jour, ils partiront… puis, plus tard, ils reviendront, un jour d'été, en visite, revêtus des vêtements qu'on porte à l'Ouest, de chaussures qui les mettent en déséquilibre dans l'ornière de leur village, avec des objets de l'Ouest, signe de leur réussite sociale, et, sur la joue de Windisch, une larme de verre.

Herta Müller, né en 1953 en Roumanie, romancière et poète, est une Allemande du Banat, qui a émigré vers l’Allemagne en 1987, fuyant la dictature de Nicolae Ceaucescu. En 2009 elle obtient le Prix Nobel de littérature, pour « qui avec la concentration de la poésie et l’objectivé de la prose dessine les paysages de l’abandon ».
Ses œuvres traitent plus particulièrement du sort qu’elle a subi elle-même, celui des minorités allemandes de sa région natale et des injustices subies par ceux-ci durant l’ère communiste.
L’Homme est un grand faisan sur terre, écrit en 1986, suit justement le personnage de Windisch, voulant fuir vers l’étranger et qui mène sa vie routinière, sans avenir ni perspective, dans l’attente de son passeport qui lui ouvrira les portes de la liberté. La misère est réelle, et dans ce village, toute personne ayant le moindre pouvoir en profite pour exploiter les autres. Et le lecteur voit ainsi la vie de celui-ci et de sa famille, ses longues journées au moulin, ses discussions sans intérêt avec le veilleur de nuit, sa jalousie pour ceux qui ont réussi à obtenir leur passeport, ses efforts pour en obtenir un soi-même, et sa famille, qui se défait sous ce même désir.
Le tout est porté par une écriture très poétique, qui en de phrases brèves et fortes, toujours belles et très imagées, tels des coups de pinceaux, peignent cette morne vie qui attend. Et tel un tableau les multiples courts chapitres, ressemblant plus à des photos prises un instant donné, viennent donner peu à peu l’image globale de la situation, Müller nous montrant plus les choses que de nous les raconter.

L’Homme est un grand faisan sur terre est un roman poétique décrivant avec force une société perdue et à l’abandon.

A lire !

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Extrait : premier chapitre

"L’ornière

Des roses poussent autour du monument aux morts. Un buisson de roses. Si folles qu’elles étouffent l’herbe. Les fleurs sont blanches, rabougries, serrées comme des fleurs en papier. Elles froufroutent. C’est l’aube. Il fera bientôt jour.

Chaque matin, quand Windisch fait tout seul la route qui le mène au moulin, il compte : quel jour sommes-nous ? Arrivé devant le monument aux morts, il compte les années. Plus loin, près du premier peuplier, à l’endroit où le vélo s’enfonce toujours dans la même ornière, il compte les jours. Et le soir, quand Windisch ferme le moulin, il compte encore une fois les années et les jours.

De loin, il voit les petites roses blanches, le monument aux morts et le peuplier. Lorsque, par temps de brouillard, Windisch passe à bicyclette, il a le blanc des roses et le blanc de la pierre juste sous les yeux. Windisch passe au travers. Il a le visage humide et va jusqu’au moulin. Deux fois déjà le buisson de roses n’a eu que des épines et les mauvaises herbes dessous étaient roussies. A deux reprises le peuplier a perdu tant de feuilles sue le bois a failli éclater. Deux fois la neige a recouvert les routes.

Devant le monument aux morts, Windisch compte deux années et, dans l’ornière près du peuplier, deux cent vingt et un jours.

Tous les matins, quand Windisch roule dans l’ornière en cahotant, il se dit : « Ça va être la fin. » Depuis que Windisch veut émigrer, il voit la fin partout dans le village. Le temps s’arrête pour ceux qui veulent rester. Que le veilleur de nuit reste, c’est pour Windisch au-delà de la fin.

Et quand Windisch a compté deux cent vingt et un jours et qu’il est passé en brinquebalant dans l’ornière, il pose pied à terre pour la première fois. Il met la bicyclette contre le peuplier. On entend ses pas. Des tourterelles sauvages s’envolent des cerisiers. Elles sont grises comme la lumière. Seul le froissement de leurs ailes permet de les percevoir.

Windisch se signe. La poignée de la porte est mouillée. Elle lui reste collée à la main. La porte de l’église est fermée à clé. Saint Antoine est enfermé derrière le mur. Il a à la main un lis blanc et un livre marron.

Windisch a froid. Il regarde la route. Elle s’arrête là où les herbes envahissent le village. Tout là-bas au bout de la route un homme marche. Ligne noire dans les champs. La houle herbeuse le soulève au-dessus de la terre."

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dimanche, 11 janvier 2009

Femmes : Poèmes d'amour et de combat (All about women) - Taslima Nasreen - 2002

bibliotheca femmes

Femmes : poèmes d'amour et de combat est un recueil de poésie de la romancière, journaliste et poète Taslima Nasreen, née au Bangladesh en 1962, et qui en cesse de dénoncer l'oppression des femmes dans son pays et dans le monde. Condamnée à mort par les fondamentalistes musulmans depuis 1993, pour avoir osé dénoncer dans ses écrits le sort réservé aux femmes par la religion, elle vit en exil depuis 1994 et réside aujourd'hui en Suède.
Au fil des poèmes repris ici, Taslima Nasreen, dans une écriture servie de mots simples et directs tout en violence et en émotions, npous évoque la condition de la femme dans son inégalité face aux homme, sa soumission dans l'amour et son asclavage dans de multiples sociétés. Mais à travers ces vers vibrent aussi la solitude, les déceptions et le désespoir de l'auteure aujourd'hui exilée.

Femmes : poèmes d'amour et de combat
est un recueil poignant qui en laissera personne indifférent.

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Extraits : quelques poèmes pris au hasard

Vivre

Je vis ma vie dans un cercueil,
Cent cafards et quelques vers
M'accompagnent.

Je vis parce que
Je n'ai aucune autre alternative
Que de vivre.
Les cafards et les vers
N'ont pas d'autre chix,
Eux non plus.

Des âmes vivent dans un cercueil
Nous nous toisons tous d'un oeil vitreux
Nous nous mangeons,
Nous nous buvons,
Les uns les autres
En nous demandant
Pourquoi nous vivons!

Je ne connais pas la réponse,
Les cafards et les vers
L'ignorent eux aussi.


Pleine lune

Je suis seule.
La lune là-haut est seule aussi.
Moi qui suis la plus malheureuse sur la terre,
Je cntemps lebonheur dans le scintillement du clair de lune.
Me voyant, la lune est si embarrassée
Qu'elle se voile aussitôt la face
De honte derrière un nuage.

La lune ne savait sans doute pas
Qu'un être humain pouvait être aussi seul.
La lune a une cour aussi vaste que le ciel
Et des bandes de filles-nuages avec lesquelles jouer.

Mais moi, qui ai-je?


Ni ne vibre ni ne résonne

Tant de choses vibrent et résonnent,
Les celules à l'intérieur du corps,
Les clochettes aux chevilles quand elles dansent,
Les bracelets d'argent au poignet.
La pluie de la mousson rebondit sur la fenêtre, et les vitres, en musique, vibrent et résonnent.

Dès que les nuages s'entrechoquent, le tonnerre vibre et résonne.
Les rêves résonnent, imposent au temps leur rythme,
Puis, dans un grand chamboulement intérieur,
La solitude vibre et résonne.

Seule la cloche intime de ma porte ne vibre ni ne résonne.


Solitaire

(Un jeune homme pense à une autre femme)

Cela arrive à chaque fois qu'on n' a nulle part où aller.
Une cour sinistre, un arbre fruitier, un chat solitaire, je marche
De long en large entre les citronniers.
Quand il n'y a nulle part où aller, on sort d'une pièce pour aller dans la cour
Puis on revient dans la même pièce.
Certains soirs d'huver semblent si longs
Qu'on voudrait les repousser le plus loin possible
Pour laisser place à une nuit profonde et paisible
Ou à une matinée éclatante de soleil.
Les journées passeraient ensuite à rêvasser
Et à bavarder.
Quand il n'y a nulle part où aller,
Je m'assois tranquillement sur la véranda,
Me fraie mentalement un chemin à travers la brume
Et entre dans une autre pièce.
Qui le beau jeune homme serein
Assis là attend-il?
Je n'ai nulle part où aller.
En regardant fixement ces pièces si familières, la cour, le mur,
Les soirs d'hiver,
Je frappe mentalement à une autre porte,
Toc, toc, toc,
je retiens les larmes qui montent de mon coeur brûlant
Et je crie
Jeune homme, qui attends-tu?

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15:33 Écrit par Marc dans Nasreen, Taslima | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poesie, taslima nasreen, litterature bangladeshie | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 18 septembre 2008

La dame N°13 (La dama número trece) - José-Carlos Somoza - 2003

bibliotheca la dame 13

"... La n° 7 Empoisonne, récitait le vieux, tandis que l'enfant lisait, sans un seul murmure, sans une seule erreur. La n° 8 Conjure... La n° 9 Invoque... La n° 10 Exécute... La n° 11 Devine... La n° 12 Connaît. - Il s'arrêta et sourit. Ce sont les dames. Elles sont treize, elles sont toujours treize, mais on n'en cite que douze, tu vois... ? Tu ne dois en mentionner que douze... Ne te risque jamais, même en rêve, à parler de la dernière... Pauvre de toi, si tu mentionnais la n° 13... ! "

Salomon Rulfo a une passion: la poésie. Elle l'accompagne à tous ses instants. Or depuis un certain temps Salomon Rulfo est victime de terribles cauchemars, toujours la même chose càd. le rêve d'une étrange maison où des femmes sont massacrées. Et l'une d'elles semble l'appeler à l'aide. Et puis, quelques jours plus tard, il découvre que cette maison existe réellement et qu'un crime y a été commis. Son médecin et confident, le docteur Ballesteros ne sait comment lui venir en aide face à ce mystère. Et plus tard il rencontre une mystérieuse jeune femme, une prostituée ayant perdue la mémoire, qui fait les rêves que lui. Les trois réunsi vont essayer d'élucider tous ces mystères, mais ils ignorent encore les dangers qu'ils vont rencontrer. En effet leur quête les mène sur les traces des 13 dames, 13 sorcières des mots et muses inspiratrices des plus grands poètes depuis l'Antiquité. Véritables sorcières, elles sont prêtes à tout afin de se voir aduler et cela en asservissant les hommes par les terribles pouvoirs.

La dame N°13 de l'écrivain espagnol José-Carlos Somoza est un fort original thriller fantastique sur fond de poésie. En effet rare sont les auteurs abordant ce domaine, celui des muses et des belles lettres, pour en faire un roman aux limites de l'horreur. Car ici, dans ce suspense fantastique, la poésie, censée réfléchir toutes les beautés du monde, devient la plus raffinée des armes de destruction. Et le texte, comme son sujet, est à la fois onirique et poétique. le lecteur est plongé dès les premières pages dans ce climat d'inquiétante étrangeté où réalité et surnaturel se mêlent à merveille autour de la beauté des mots. De nombreuses scènes très violentes et jamais gratuites s'ajoutent au roman telles des épreuves que doit surmonter le lecteur pour arriver à bout et découvrir cet univers parallèle que l'on préférerait ignorer. Hélas le roman s'essouffle dans la seconde partie, et de plus, la fin laisse quelque peu à désirer. Dommage.

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10:14 Écrit par Marc dans Somoza, José-Carlos | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fantastique, poesie, horreur, thrillers, litterature espagnole, muses, jose-carlos somoza | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 29 novembre 2007

Retour à Lisbonne - Max Alhau - 2007

bibliotheca retour a lisbonne

Lisbonne, située sur l'embouchure du fleuve Tage, est certainement l'une des plus belles et fascinantes des capitales européennes. Cela surtout dû à son très riche passé historique et à sa riche culture qui en fait une ville de contrastes. Le poète Max Alhau nous invite via son livre Retour à Lisbonne de partir à la redécouverte de cette ville armé de sa caméra et de son guide de voyage. max Alhau évite de tomber dans le piège du guide touristique pour nous fournir une merveilleuse évocation de cette ville à travers les impressions d'un promeneur qui ne cesse de s'étonner à chaque coin de rue des multiples visages de la capitale lusitaine. Ainsi Max Alhau nous mène à travers l'antique quartier de l'Alfama où il se perd volontiers dans les rues labyrinthiques, à Bélèm près du monastère de Jeronimos, à Baixa, au Parc des Nations etc. Il visite les musées, les bars de fado, et tout ce qui fait la vie dans cette ville. Il y mêle un peu d'Histoire, de la littérature, de l'art, pour nous dresser un émouvant portrait plein de poésie de Lisbonne. Mais découvrir Lisbonne pour Max Alhau signifie également partir sur les traces du grand écrivain et poète du début de XXe siècle Fernando Pessoa, au pied de la statue duquel il termine sa ballade, statue qui "n’en finit pas de se taire", probablement parce que l’image de la ville est  "insaisissable, diverse, immense comme le poète".

Retour à Lisbonne est un très beau et très poétique récit de voyage sur l'une des villes les plus fascinantes du continent européen.

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Extrait :

Une ville est un lieu commun : on la partage avec ses habitants, ses visiteurs, chacun la côtoie avec sa sensibilité, ses a priori, son humeur. Le regard que l'on promène sur elle, sur ce qui la constitue, monuments, artères, ruelles, places, parcs et autres jardins, peut varier au cours des temps. Il n'est jamais définitif, sinon il est entaché de fausseté. Au reste, il n'est même pas regard, mais simple coup d'oeil inattentif ou indifférent. L'évolution d'une ville est fonction des événements, de l'histoire, à l'image de l'existence humaine, même si ce sont les hommes qui, le plus souvent, décident de sa configuration. Lisbonne, depuis sa fondation par les Phéniciens, il y a plus de trois mille ans, a participé de ce mouvement incessant, comme saisie par une frénétique envie de ne jamais s'arrêter dans son expansion, de nier la mort – et l'on sait que le tremblement de terre de 1755 faillit ruiner cette espérance – de renouveler son visage en conservant ses traits séculaires. Elle a réussi à se métamorphoser tout en restant fidèle à son architecture intime : ses pierres ont bouleversé ses limites mais ne l'ont pas trahie dans son esprit.


L'antique Lissbona, devenue Lisboa, creuset de tant de civilisations, toujours prête à répondre à l'appel de la mer grâce au Tage, cet ambassadeur majestueux qui la relie à l'Atlantique, semble regarder vers l'inconnu, ces terres invisibles de l'ouest ou de l'est que gagneront les navigateurs du siècle de l'infant Henri. Pourtant la Lisbonne qui séduit sans s'en donner la peine demeure terrienne, même si tout visiteur ne peut perdre de vue le Tage, cette mer de paille, ainsi nommée, large avenue liquide qui conduit à bon port les marchandises de toute sorte. Les passagers, eux, se contentent la plupart du temps des deux ponts, dont le tout récent et hardi pont Vasco de Gama, qui les relient au continent. Terre et mer, certes, mais pour le visiteur, seule s'impose la Lisbonne terrienne, compagne familière que l'on devine toujours détentrice de quelque secret, peu désireuse de se livrer d'emblée. Les maisons tassées les unes contre les autres, les ruelles comprimées, traduisent ce désir de préservation, même si ses larges avenues structurent son corps gigantesque, en constituent l'ossature de pierre. Il faut la parcourir en perdant le sens de la logique, de la stratégie urbaine. Il faut se laisser porter par les odeurs, les bruits, les souvenirs, vouloir la découvrir, mais à petite dose. Pour cela, se soustraire aux migrations touristiques devient une nécessité. Il est des saisons où elle connaît le repos et s'accorde avec le visiteur qui, dans un mouvement égoïste, désire se l'approprier. Aller à Lisbonne ne suffit pas. Il convient d'y revenir pour deviner qu'à chaque voyage la surprise attend le promeneur amoureux de la belle cité, la ville blanche, comme l'ont appelée on ne sait pourquoi certains cinéastes. Mais qu'est-ce qui a vraiment changé entre-temps ? La ville ? Nous-mêmes ?

15:57 Écrit par Marc dans Alhau, Max | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : max alhau, poesie, recits de voyages, lisbonne, portugal, litterature francaise | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 12 novembre 2007

Traduit de la nuit (Nadika Tamin’ Ny Alina) - Jean-Joseph Rabearivelo - 1935

bibliotheca traduit de la nuit
Écrit en même temps que Presque-Songes, le recueil Traduit de la nuit en est une suite composée d'une trentaine de poèmes écrits directement en français et en malgache par l’écrivain Jean-Joseph Rabearivelo (1901 ou 1903-1937) et qui sera publié pour la première fois en 1935 à Tunis aux Editions des Mirages.
Alors que Rabearivelo est encore fort méconnu du public francophone en général, il est devenu cependant parfaitement célèbre au Madagascar où il compte parmi l’un des plus grands écrivains et poètes malgaches. Ayant au début écrit surtout des textes marquée par l‘invasion coloniale française, l’auteur se reconcentre dès les années 30 vers la littérature malgache en soi en créant un style propre qui connaîtra plus tard un vif succès.
Dans Traduit de la nuit Rabearivelo s’attaque dans un style subtil et fin aux images linguistiques et poétiques de la nuit, en commençant par une reconnaissance des confins des jours de la nuit et en s’y enfonçant de plus en plus pour en atteindre toute la compréhension poétique avant de s’y reperdre. Rabearivelo joue sans cesse sur les variations métaphoriques qui se jouent entre le jour et la nuit pour créer à la fin une réelle mystique autour de cette nuit.


Traduit de la nuit est un beau recueil de poésie de l’un des auteurs phares de la littérature malgache.

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Extrait : trois poèmes pris au hasard


1

Une étoile pourpre
Évolue dans la profondeur du ciel —
Quelle fleur de sang éclose en la prairie de la nuit
Évolue, évolue,
Puis devient comme un cerf-volant lâché par un enfant endormi.
Paraît s'approcher et s'éloigner à la fois,
Perd sa couleur comme une fleur près de tomber,
Devient nuage, devient blanc, se réduit :
N'est plus qu'une pointe de diamant
Striant le miroir bleu du zénith
Où l'on voit déjà le leurre
Glorieux du matin nubile.

4


Ce qui se passe sous la terre,
au nadir lointain?
Penche-toi près d'une fontaine,
près d'un fleuve
ou d'une source:
tu y verras la lune
tombée dans un trou,
et tu t'y verras toi-même,
lumineux et silencieux,
parmi des arbres sans racines,
et où viennent des oiseaux muets

13


Toutes les saisons sont abolies
dans ces zones inexplorées,
qui occupent la moitié du monde
et la parent de floraisons inconnues
et de nul climat.
Poussée de sang végétal provisoire
dans un enchevêtrement de lianes ténébreuses
où est captif tout élan de branches vives.
Déroute d'oiseaux devenus étrangers
et ne reconnaissant plus leur nid,
puis heurts d'ailes - éclairs -
contre des rochers de brume
surgis du sol
qui n'est ni chaud ni froid
comme la peau de ceux qui s'étendent
loin de la vie et de la mort.

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14:45 Écrit par Marc dans Rabearivelo, Jean-Joseph | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : jean-joseph rabearivelo, poesie, litterature malgache | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 28 octobre 2007

Cours sur la rive sauvage - Mohammed Dib - 1964

bibliotheca cours sur la rive sauvageLe jeune Iven Zohar est amoureux de Radia et les deux s’apprêtent à se marier. Mais un cataclysme vient mettre fin à la cérémonie et Radia disparaît. Commence alors une longue quête pour Iven afin de retrouver sa bien-aimée. Plusieurs fois il pense la retrouver, elle qui l’attire vers un monde étrange et inconnu, mais en réalité celle qu’il retrouve est Hellé, un démon qui prend l’apparence de Radia dans une ambiance de charme sulfureux. Et ainsi Iven ne cessera plus de chercher Radia qui lui sera à jamais insaisissable.

Mohammed Dib, poète et romancier algérien de langue française, écrit en 1964 Cours sur la rive sauvage, une quête initiatique, onirique, voire fantastique, qui fait un peu suite, tout en restant parfaitement indépendant, à Qui se souvient de la mer, un roman d’amour politiquement engagé paru en 1962. Ici, le récit prend la forme d’un conte, c’est bien plus métaphorique et onirique et l’univers dans lequel Mohammed Dib fait évoluer son personnage principal dans un univers chaotique bien plus ambigu et difficile à cerner. Iven part en quête de son amour qu’il ne trouvera jamais et se perdra de plus en plus dans ce monde qui lui apparaît au fur et à mesure de sa progression de moins en moins compréhensible. L’écriture est difficile et magnifique à la fois, le texte toujours envoûtant et qui apparaît au lecteur tel un songe, voire d’un cauchemar sans fin.

Cours sur la rive sauvage est un magnifique court roman sur la quête de l’amour, très envoûtant, mais qui peut s’avérer assez difficile d’accès.

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15:15 Écrit par Marc dans Dib, Mohammed | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mohammed dib, litterature algerienne, contes, romans initiatiques, poesie, fantastique | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 08 mars 2007

Le Violon noir - Maxence Fermine - 2000

bibliotheca le violon noir

Venise, XIXe siècle. Les guerres napoléoniennes font rage à travers l’Europe. Johannes Karelski, un jeune violoniste de talent, est enrôlé dans l’armée française et est blessé au combat. Il sera alors cantonné à Venise, la Sérénissime, et logera chez un mystérieux luthier du nom d’Erasmus, amateur de jeux d’échecs et d’eau-de-vie. Les deux hommes, unis par leur passion de la musique et du violon, se rencontrent comme si c ‘était un signe du destin, et une relation forte va se nouer entre les deux. Johannes lui parle de sa vie vouée au violon depuis son plus jeune âge, ainsi que de l’opéra qu’il prépare depuis longtemps sans jamais en arriver à bout. Erasmus, quant à lui, lui raconte sa jeunesse dans les ateliers de Stradivarius et du mystérieux violon noir, l’instrument parfait et véritable chef-d’œuvre créé à l’image d’une femme, une merveilleuse cantatrice et l’amour de sa vie.

Après Neige (1999), son premier roman, Maxence Fermine renoue ici avec Le Violon noir avec le style concis et plein de poésie qui lui avait valu un immense succès pour son roman précédent. Les mêmes ingrédients sont là : une histoire d’amour passée mais qui subsiste encore au-delà de la mort, une structure semblable dans la relation des personnages (le jeune apprenti qui découvre les mystères du maître), et le tout sous forme d’un conte merveilleux pour adultes. Ici cependant le noir du Violon contraste avec le blanc, signe de pureté, de Neige (1999). Mais Le Violon noir nous parle avant tout de la passion pour la musique qu’éprouve le personnage d’Erasmus "qui n'eut jamais d'autre but dans l'existence que de changer sa vie en musique" et comme celle-ci va jusqu’à englober d’autres domaines de la vie, tel l’amour par exemple. D’ailleurs l’instrument fabriqué par le luthier sera à l’image de la dame de ses amours, jusqu’au point de se confondre. Lorsque l’un prend vie l’autre disparaît. De plus Maxence Fermine choisit comme cadre pour son roman la ville de Venise, ville de rêves à la gloire passée, qui reflète parfaitement les sentiments et passions décrites dans le récit.

Le violon noir est un magnifique petit roman de Maxence Fermine.

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Voir également :
- Neige - Maxence Fermine (1999), présentation et extrait

22:20 Écrit par Marc dans Fermine, Maxence | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : contes, litterature francaise, maxence fermine, poesie, venise | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 06 février 2007

Les amandes - Alain Billy - 2006

bibliotheca les amandes

"Un siècle de silence pour un mot d'amour,
Cela valait la peine d'attendre."


Les Amandes d'Alain Billy est une véritable petite perle dans le monde de la littérature. Fait de courts textes (deux lignes au minimum et de deux pages au maximum), de poèmes, d'expressions, de proverbes et d'aphorismes, ce petit recueil nous surprend à la fois par son humour, sa légèreté et son originalité.

On se laisse conduire avec un énormément de plaisir à travers ces petits récits, phrases abordant des sujets et des situations de tout genre et de tout sujet, allant du plus anodin au plus profond et grave. Finalement le thème qui en ressort est tout simplement la vie et sa perception dans tous leurs éléments. L'humour est présent partout, que ce soit par une situation ou par un simple jeu de mots. Mais Alain Billy nous fait aussi réfléchir et méditer sur les choses es plus simples de notre existence.

Mais Les Amandes ne sont pas que des mots, ce sont des dessins aussi qui semblables aux textes allient simplicité et humour, quelque part entre rêverie et réflexion. Juste des croquis au crayon qui sous leur ligne claire nous en disent plus que milles mots. Des dessins qui semblent avoir tant à dire qu'on se surprend à les entendre nous parler.

Le contenu de ce roman est d'assez bien assez original. mais vient s'y ajouter l'originalité surprenante du contenant : un livre biface, publié dans la Collection Biface aux Editions Parole, qu'on ouvre d'un côté pour découvrir les textes d'Alain Billy et de l'autre pour découvrir ses dessins.

Alain Billy est co-auteur de nombreux livres et l'Institut français de Thessalonique en Grèce.

Extraits : pris au hasard

"Ses épaules d'enclume
Impressionnaient tout le monde.
Quand le bateau a chaviré,
Il a coulé le premier."

"- ça alors! S'exclama le premier.
- ça alors! Répéta le second.
- ça alors! Répéta le troisième.
Ils étaient également étonnés.
C'était la première fois qu'ils partageaient quelque chose, ces trois-là.
- ça alors! Reprirent-ils en chœur.
Et, muets d'admiration, ils regardèrent passer la petite Annah,
Qui avait grandi durant leur absence."

"Il tombait des hallebardes,
Je suis sorti,
Eh bien, j'ai seulement été mouillé!"

"Donner raison à son cœur facilite le débat."

"Une maison récente,
Une voiture neuve,
Une femme jeune,
Des habits à la mode...
Il restait vieux."

"On n'est jamais satisfait :
Depuis que je visite le septième ciel,
Je suis tenté de grimper d'un étage."

"Il était large d'épaules,
Mais étroit d'esprit.
Imaginer le contraire,
L'eût chagriné."

"Chaque jour, il vieillissait un peu.
C'était si fatigant,
Qu'à la fin il en mourut."

18:43 Écrit par Marc dans Billy, Alain | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : alain billy, poesie, litterature francaise, humour | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 23 août 2006

Neige - Maxence Fermine - 1999

"En vérité, le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Écrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une oeuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe."

Au Japon à la fin du XIXe siècle, le jeune Yuko Akita alors âgé de dix-sept ans, décide de devenir poète. Mais pas un poète comme un autre, il sera le poète de la neige. Le père de Yuko, un prêtre shintoïste, estime que la poésie n'est qu'un passe-temps et certainement pas un métier. Ainsi celui-ci essaie de freiner l'activité de son fils. Mais un jour beau jour arrive un poète de la cour Meiji. Il lit les poèmes du jeune Yuko qui l'impressionne fortement. Cependant les poèmes de Yuko sont d'une blancheur exagérée, telle la neige. L'envoyé de la couleur conseille alors au jeune homme d'aller se former auprès du grand artiste de l'époque, l'ancien samouraï Soséki. Celui-ci lui apprendra à de nouvelles couleurs qui complèteront les compétences du jeune poète. En chemin à travers les campagnes japonaises pour rejoindre le maître Soséki, Yuko fait une découverte qui le marquera à jamais. Il découvre le corps d'une belle jeune fille emprisonnée dans la glace et dont il tombe éperdumment amoureux.

Neige est un petit roman, voire un conte, plein de charme et de poésie. Avec ce premier roman, Maxence Fermine réussit une oeuvre d'un style simple et dépouillé de tout artifice inutile, tel un haïku, racontant le voyage initiatique et enchanteur d'un jeune poète à la quête de couleurs. Simple, concis, limpide tel des flocons de neige. Mais malgré sa simplicité, ce roman reste d'une beauté surprenante qui envoûtera le lecteur. Ce roman permet aussi au lecteur de se familiariser avec la poésie japonaise, plus particulièrement les haïkus, petits textes de 17 syllabes et de 3 vers qui jouent surtout sur la sonorité des mots, tel ce roman d'ailleurs. Mais sont repris également dans ce petit texte sans prétention les thèmes de l'amour, de la mort, de l'art et de la création artisitique et autre.

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Extrait:

"Yuko Akita avait deux passions.
Le haïku.
Et la neige.

Le haïku est un genre littéraire japonais. Il s'agit d'un court poème composé de trois vers et de dix-sept syllabes. Pas une de plus.

La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers.
Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu.

Il porte un nom. Un nom d'une blancheur éclatante.

Neige.


Vent hivernal
Un prêtre shinto
Chemine dans la forêt

Issa

Le père de Yuko était prêtre shintoïste. Il vivait dans l'île d'Hokkaido, au nord du Japon, là où l'hiver est le plus durable et le plus rigoureux.
Il apprit à son fils la puissance des forces cosmiques, l'importance de la foi et l'amour de la nature. Il lui apprit également l'art de composer des haïku.
Un jour d'avril 1884, Yuko eut dix-sept ans. Au sud, à Kyushu, les premiers cerisiers commençaient à fleurir. Au nord du Japon, la mer était encore gelée.
L'enseignement éthique et religieux du jeune homme était désormais terminé. Il était temps pour lui de choisir un métier. Depuis des générations, les membres de la famille Akita se partageaient entre la religion et l'armée. Mais Yuko ne désirait pas plus devenir prêtre que guerrier.
- Père, dit-il le matin de son anniversaire, près de la rivière argentée, je veux devenir poète.
Le prêtre fronça les sourcils d'une manière quasiment imperceptible mais qui trahissait toutefois une profonde déception. Le soleil se reflétait dans la moire de l'eau. Un poisson-lune passa entre les bouleaux puis disparut sous le pont de bois.
- La poésie n'est pas un métier. C'est un passetemps. Un poème, c'est une eau qui s'écoule. Comme cette rivière.
Yuko plongea son regard dans l'eau silencieuse et fuyante. Puis il se tourna vers son père et lui dit :
- C'est ce que je veux faire. Je veux apprendre à regarder passer le temps."

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Voir également :
- Le Violon noir - Maxence Fermine (2000), présentation

lundi, 02 janvier 2006

Les vies encloses - Georges Rodenbach - 1896

Recueil de poésie de Georges Rodenbach, flamand de langue française, à l'esthétique symboliste. L'auteur de Bruges-La-Morte (1892) marie les notes brumeuses que lui inspirent les paysages de sa contrée natale, les Flandres, le pays des beffrois qui se reflètent dans les canaux au milieu des cygnes voguant dans une lumière incertaine. Cette oeuvre, tel les autres recueils poétiques de Rodenbach, est fortement symboliste, dû à sa dimension mystérieuse, le recours à l'allusion voilée et à la musicalité du vers.

 

Extrait:

 

Dans les ciels de Toussaint la pluie est humble et lente!
Maladive beauté de ces ciels où des fils
Ont capturé notre âme en leurs réseaux subtils,
Echeveau qu'on croit frêle et qui nous violente!
Quel remède à l'ennui des longs jours pluvieux?
Et comment éclaircir, lorsqu'on y est en proie,
Le mystère de leur tristesse qui larmoie?
Sont-ce les pleurs du ciel - en deuil de quelle peine?
Car la pluie a vraiment une tristesse humaine!
Pluie éparse. Elle nous atteint! C'est comme afin
De nous lier à sa peine contagieuse.
Elle s'étend dans l'atmosphère spongieuse
Et, grise, elle renaît d'elle-même sans fin.
Pluie étrange. Est-ce un filet où l'âme se mouille
Et se débat? Est-ce de la poussière d'eau?
Où l'effilochement fil à fil d'un rideau?
Est-ce le chanvre impalpable d'une quenouille?
Où bien le ciel a-t-il lui-même des douleurs
Et pleut-il simplement les jours que le ciel pleure?
Alors tout s'élucide: attraction des pleurs!
La pluie apporte en nous les tristesses de l'heure;
Insinuante, jusqu'en nous elle descend;
Elle cherche nos pleurs et va les accroissant,
O pluie alimentant le réservoir des larmes!
Inexorable pluie! Apporteuse d'alarmes!
Nous n'en souffrons si fort que pour prévoir un peu
Qu'après la pluie et les heures sombres enfuies,
Même lorsque le ciel sera de nouveau bleu,
Il nous faudra plus tard pleurer toutes ces pluies.

13:19 Écrit par Marc dans Critiques littéraires, Rodenbach, Georges | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : georges rodenbach, litterature belge, poesie | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!