vendredi, 15 juin 2012

La vallée du désespoir - Gustave Le Rouge - 1927-1928

mexique, thrillers, litterature francaise, romans d aventures, la vallee du desespoir, ebook, gustave le rouge"Mais ce qui troublait profondément Martial c’était les voix qui s’élevaient de ce marécage damné ; le coassement des grenouilles-taureaux et le sifflement des crapauds se mêlaient à d’autres cris d’une nature inexplicable. C’était de temps à autre la clameur d’agonie de quelque petite bête surprise par un serpent ; puis il y avait des froissements d’écailles, des hululements, des bruits assourdis, dont rien ne saurait rendre l’accent tragique et déchirant. Tout ce monde de la fange, ce peuple de reptiles, se livrait dans les ténèbres une guerre atroce où les plus faibles étaient, sans merci, dévorés par les plus forts."

Lorsque l’ingénieur Wilcox disparaît lors de travaux miniers au Mexique, son beau-fils Martial Norbert, un vétéran de la Première Guerre mondiale et fiancé à Rosy, la fille de Wilcox, décide de partir à la recherche de son future beau-père. Or cela fait aujourd’hui plus de trois ans que celui-ci a disparu alors qu’il était parti exploiter une concession minière dans un lieu encore que bien peu connu que les Indien appellent La vallée du désespoir. D’ailleurs le guide mexicain de Martial Norbert ne cesse de me mettre en garde le jeune aventurier des risques qu’il court en se rendant dans cette maudite vallée, enchâssée par de très hautes montagnes et défendue par des zones désertiques. Mais quels sont donc réellement les dangers qui le guettent ? A vrai dire personne ne le sait, sauf que toute personne s’y rendant n’en revient jamais.
Et Martial est encore loin de se douter du sort qui l’attend, car ce qui semble n’être que des superstitions indiennes semble cacher un mystère des plus inattendus et des plus dangereux.

L’écrivain français Gustave Le Rouge a été en son temps l’une des vedettes du roman populaire français, mélangeant les genres en se donnant à la fois dans le roman d’aventures, le fantastique ou la science-fiction. Un style d’écriture devenu aujourd’hui quelque peu vieillot et une qualité littéraire pas toujours à la hauteur l’ont toutefois poussé peu à peu dans l’oubli. D’ailleurs son oeuvre foisonnante n’est plus qu’à peine éditée, sauf sous forme de livres électroniques le plus souvent gratuits.
Il n’empêche que les oeuvres de Gustave Le Rouge méritent toujours d’être lues, cela même s’il ne s’agît pas toujours de grande littérature, mais pour le sens de l’intrigue, de l’aventure et du dépaysement que l’auteur développe dans ses histoires.
Ainsi ce roman, La vallée du désespoir, réussit encore aujourd’hui à ce pourquoi il a été écrit : nous divertir et nous passionner autour d’un sombre mystère tout à fait inattendu.

Donc à découvrir !

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Texte intégral :

La Vallée du Désespoir - Gustave Le Rouge - 1927-1928

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mardi, 03 janvier 2012

SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers - 2011

romans erotiques,sas,gerard de villiers,malko linge,litterature francaise,farcs,ciudad juarez,thrillers,romans d espionnage,mexiqueLe 4x4 aux glaces fumées surgit brutalement et pila à la hauteur de la voiture de Malko.

Les portières s'ouvrirent, crachant deux hommes, le visage dissimulé derrière des masques de "Halloween" avec de grandes bouches rigolardes aux lèvres rouge fluo.

En revanche, leurs riot-guns n'étaient pas des accessoires de carnaval.


A peine à terre, ils ouvrirent le feu sur Malko.


La ville de Ciudad Juarez au Mexique est certainement l’un des endroits les plus dangereux au monde. Un trafic intense de cocaïne y passe tous les ans pour traverser la frontière avec les Etats-Unis , deux cartels maffieux y livrent une lutte à mort pour s’emparer du marché, la police locale est totalement corrompue et la fédérale ne sait s’y prendre… bref à lieu à éviter !
Mais si on y arrive à transiter des drogues, pourquoi pas autre chose. Ainsi la DEA, l’agence américaine qui lutte contre le trafic de drogue, apprend que le cartel de Juarez, mandaté par les FARCS colombiens, eux-mêmes mandatés par le Hezbollah, a accepté de faire passer clandestinement la frontière à cinq Libanais qui veulent venger la mort de Bin Laden e, commettant plusieurs attentats suicides sur le sol américain. La CIA est immédiatement prévenue. Mais comment intervenir dans cette ville qui ne connaît plus aucune loi ?
Un seul homme saura venir à bout de tout cela : Malko Linge.
Mais même pour ce surhomme des services secrets découvrir et neutraliser cinq Libanais dans une ville pleine de sicarios qui cherchent à lui faire la peau, n’est pas qi facile. Surtout que les Farcs font venir de colombien l’un des plus grands tueurs que l’Amérique latine n’ait jamais connu.

Numéro 190 de cette vaste série de littérature de gare qu’est SAS ce tome-ci a l’originalité de nous faire découvrir la ville la plus meurtrière au monde qu’est Ciudad Juarez. On pouvait s’attendre à une intrigue quelque peu différente de celle des autres numéros, cette ville mexicaine n’étant guère réputée pour ses affaires d’espionnage ou de terrorisme, mais rien n’y fait, Gérard de Villiers réussit à y insérer cinq terroristes en transit pour se faire exploser aux Etats-Unis.
Comme c’est le cas pour la plupart des aventures de Malko Linge, le lecteur découvre cette ville dangereuse comme s’il y était. C’est bien documenté, très réaliste, même si l’on aurait pu s’attendre à plus encore. Plus de violence, plus de sexe… il s’agît de Ciudad Juarez tout de même ! h élas que ce soit pour l’auteur,  tout comme pour son héros, la forme n’y est pas vraiment. On sent tout ce beau monde quelque peu fatigué.

 Bref, SAS, tome 190 : Ciudad Juarez de Gérard de Villiers n’est certainement pas le volume le plus palpitant de la série. Tout y est tout de même  pour plaire aux amateurs des aventures de ce célèbre agent secret.

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Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 1 juin 2011, 306 pages

Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
- SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

mardi, 13 juillet 2010

INDEX - Mexique


Arriagas, Guillermo
- Un doux parfum de mort (Un dulce odor de muerte, 1994), présentation et extrait











20:09 Écrit par Marc dans INDEX | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mexique, litterature mexicaine | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 09 février 2010

Les hommes-couleurs - Cloé Korman - 2010

bibliotheca les hommes-couleurs

1989. L'ingénieur canadien Joshua Hopper, travaillant pour la société Bombardier, grand constructeur d'infrastructures de transport, doit enquêter sur un ancien chantier ferroviaire qui a englouti dans les années 1950 des sommes considérables et mobilisé des milliers, sans pour autant laisser la moindre trace derrière lui. Il retrouve le nom d"un ingénieur français, Georges Bernache, qui a dirigé les travaux sans que le moindre rail ne soit posé, mais sinon rien d'autre. A New York il va découvrir un autre témoin en la personne de Grís Bandejo, un ancien travailleur du mystérieux projet mexicain. Ce dernier va lui raconter une histoire des plus étranges, entraînant Joshua à Minas Blancas, une petite ville au sud de la frontière entre les Etats-unis et le Mexique, là où le projet a eu lieu, mais où celui-ci a été détourné. Pendant des années les ouvriers ont construit un immense tunnel destiné à les conduire aux Etats-Unis.
Joshua découvre peu à peu la vie de ces deux expatriés, isolés avec leurs enfants au milieu d’une foule mexicaine qui les fascine et les inquiète. Entre les murs du jardin des Bernache, miracle de verdure dans ce paysage pierreux, leur fille Suzanne et leurs jumeaux grandissent avec bonheur sous le regard de l’aîné, Niño, enfant adopté aux airs de dieu aztèque. Mais bien qu’ils soient complices de l’entreprise des clandestins, Georges et Florence savent aussi qu’elle risque à tout moment de les détruire.

Premier roman de Cloé Korman, Les hommes-couleurs paraît en 2010 et convainc immédiatement une bonne partie de la critique. Le roman est en effet ambitieux. Korman entraîne le lecteur dans cette ample fresque familliale qui débute dans le Mexique des années 40 sur les pas d'un ingénieur français et de sa femme Florence qui débutent un faux chantier ferroviaire dans l'espoir de conduire les migrants mexicains vers l'espoir américain et où le destin d'une famille se mêle aux grandes migrations modernes. Le sujet est ambitieux, comme on l'a dit, mais surtout bien vaste, et difficile pour l'auteur âgé que de vingt-six ans et dont ce n'est que le premier roman, d'en faire tout le tour sans laisser de lacunes. Korman se concentre à la fois aux personnages, à leur évolution dans le temps, au projet ferroviaire ainsi qu'à l'histoire plus vaste de l'époque. Cela fait beaucoup et le traitement qui en est fait ne convainc guère. Le style d'écriture et la narration laissent également présager du meilleur, sans toutefois jamais l'atteindre
C'est dommage, tant le sujet de départ avait tout pour faire de Les hommes-couleurs un grand roman.

En bref, dans Les hommes-couleurs de Cloé Korman, tout est prometteur, mais il manque un petit quelque chose pour convaincre. Difficile à ce moment-là de s'y accrocher.

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Présente édition : Editions Le Seuil, 7 janvier 2010, 318 pages

20:06 Écrit par Marc dans Korman, Cloé | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cloe korman, litterature francaise, mexique, romans de societe | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 17 décembre 2008

2666 - Roberto Bolaño - 2003

bibliotheca 2666

Roberto Bolaño est décidément un écrivain hors norme. Toute sa bibliographie est composée de romans, d'essais et de nouvelles hors du commun et traitant de sujet des plus divers... et souvent des plus horribles. C'est à juste titre qu'il est considéré comme l'un des plus grands auteurs latino-américains.
2666
, publié à titre posthume un an après la mort de l'écrivain alors âgé de 50 ans, est un véritable chef-d'œuvre, le roman d'une vie, énorme, indispensable, et qui clôture en beauté la riche et prolifique carrière de Bolaño. Mais hélas, l'auteur est mort trop tôt n'ayant ainsi pas pu parfaitement finaliser le texte. Il n'empêche que le résultat est pourtant largement suffisant, Bolaño lui-mêle se sentait proche du but. L'auteur lui-même, sentant sa mort approcher, laissa des instructions à son éditeur selon lesquelles son roman 2666, plus de mille denses pages, devrait se publier en cinq volumes qui correspondraient aux cinq parties de celui-ci. Il alla même à préciser la périodicité des publications et le prix à négocier avec l'éditeur. Bolaño pensait ainsi assurer une fois pour toute l'avenir économique de ses enfants. Cependant l'éditeur après avoir lu le texte n'a plus pu suivre les instructions de l'auteur, tant l'ensemble des cinq parties formaient un tout, une œuvre des plus impressionnantes qui soient.

Résumer le roman est une tâche difficile, presque impossible, tant l'œuvre est vaste et foisonnante. Toutes les cinq parties du roman permettent une lecture autonome, pourtant elles sont intiment liées autour de ce chiffre 2666, énigmatique jusqu'au bout, une date en réalité, qui agit comme point de fuite à partir duquel s'ordonnent les différentes parties du roman. A partir de là tout s'articule autour d'un axe central: la littérature. D'abord telle qu'elle est vue par les critiques littéraires qui, à force de vouloir s'en approcher ne font que s'en éloigner, puis par les vivants, les morts, et enfin par l'écrivain lui-même qui par son parcours réussit à écrire avant d'être étudié par les critiques... et la boucle est bouclée.
Et Bolaño use de tous les styles et tous les genres pour emmener le lecteur jusqu'au vertige. On y retrouve à la fois le roman réaliste, le policier, le roman d'amour, historique, fantastique et même la science-fiction dans lesquels se tourmentent une multitude de protagonistes à la fois fantomatiques et dotées d'une très forte humanité.
Le livre s'ouvre sur La partie des critiques où l'on voit quatre jeunes universitaires vouer leur vie à s'approcher au plus près de l'œuvre d'un mystérieux écrivain allemand, Benno von Archimboldi, exilé au Mexique et dont on ignore à peu près tout. D'ailleurs c'est à la recherche d'Archimboldi qu'ils se retrouvent à Santa Teresa, une lugubre ville mexicaine à la frontière étasunienne. Là-bas ils rencontrent un certain Amalfitano, c'est La partie d'Amalfitano, un professeur de philosophie exilé d'Espagne avec sa fille après avoir été abandonné par sa femme. Jusque là il est encore difficile à cerner où l'auteur veut mener son lecteur. Surtout, qu'ensuite dans La partie de Fate, ne ressemble plus du tout au deux premières parties et constitue un véritable polar, se déroulant également à Santa Teresa, avant de plonger le lecteur dans l'horreur la plus pure de La partie des crimes, une hallucinante descente aux enfers dans la réalité mexicaine la plus sordide à Santa Teresa, ville qui est au fait la copie littéraire de Ciudad Juarez, où depuis plusieurs années de nombreuses femmes sont régulièrement retrouvés mortes dans le désert, souvent violées et mutilées. Et Bolaño dresse ici une incroyable liste de tous ces meurtres, décrits d'un ton froid, administratif et à la précision quasi chirurgicale. Le lecteur croit alors atteindre fond de l'horreur, mais reste encore La partie d'Archimboldi, celle de l'écrivain, qui confronte le lecteur à l'apocalypse de la Seconde Guerre mondiale, telle qu'elle est vue par un jeune soldat allemand qui n'est pas encore devenu l'écrivain Benno von Archimboldi, et, qui après la guerre et une reconstruction difficile en Allemagne verra sa vie basculer en quittant tout pour le Mexique... pour Santa Teresa.

2666
est un roman exceptionnel, tout à fait unique et indispensable, expérience littéraire qui remet en cause la nature même du roman et de la narration

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mardi, 19 juin 2007

Ourania – Jean-Marie Gustave Le Clézio - 2005

bibliotheca ourania

Ourania, le pays du ciel, est un monde idéal inventé par le narrateur alors qu’il était encore enfant durant la Seconde Guerre mondiale. Devenu adulte, Daniel Sillitoe est géographe et chargé de partir en mission au Mexique. Il se rend notamment dans la vallée du Tepalcatepec, une région fort agraire, où il découvre deux communautés closes qui se sont formés en utopie : l’Emporio créé par un groupe de scientifiques indépendants, et Campos, une communauté un peu hippie où les enfants sont maîtres, l’argent et l’école inexistants et la sexualité libre. «A Campos, on n'enseigne rien d'autre que la vie.».  Ainsi Daniel Sillitoe passe d’une utopie à l’autre en se retrouvant entre les deux face à la dure réalité d’un Mexique terriblement pauvre et en proie à la mondialisation sauvage. A travers ses rencontres et découvertes Daniel Sillitoe arrive à recomposer Ourania, le monde de son enfance. Mais ces deux sociétés utopiques ne peuvent survivre face au cynisme du pouvoir en place et face à la dure réalité économique du pays. Il sera ainsi le témoin de l’effondrement de ces deux sociétés.

Jean-Marie Gustave Le Clézio (abrégé J.M.G. Le Clézio) base l'histoire de son roman Ourania, paru en 2005, sur deux cités idéales ayant réellement existé au Mexique et qui y avaient été édifiés peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui ont disparu depuis: Santa Fe de la Laguna qui s’inspirait de l’oeuvre L’Utopie (1515) de Thomas Moore et une autre basée sur la Jérusalem céleste qui avait été installée par des Jésuites. C’est sur cette histoire que J.M.G. Le Clézio se base pour nous raconter l’histoire d’un géographe Daniel Sillitoe (dont le nom fait penser à Daniel Defoe et donc à son personnage de Robinson Crusoé qui lui aussi avait construit un monde idéal sur une île abandonnée) face deux utopies en train de déliter inéluctablement. Emprunt d’une forte nostalgie ce conte philosophique nous relate comment la force des choses et le dure poids des réalités finit toujours par briser les rêves des hommes. Dès qu’il découvre ces deux sociétés, Daniel Sillitoe sait déjà qu’elles ne pourront pas survivre. Le narrateur en gardera cependant le rêve, signe d’espoir, bien plus important finalement que la réalité. J.M.G. Le Clézio s’attaque ainsi violemment à la guerre, la cupidité et l’égoïsme des hommes, l’exploitation des enfants et des femmes par un monde mercantile et industriel, tous responsables de la chute de ces idéaux.
Comme souvent dans son oeuvre, J.M.G. Le Clézio aborde également les rêves d’enfants, notamment celui d’un monde merveilleux Ourania, nommé ainsi après la muse Uranie qui présidait les sciences célestes dans la mythologie grecque, qui deviennent une quête pour ces héros et qu’ils retrouveront le temps d’un instant au bout d’un long voyage.
Ourania est écrit dans un style simple et très poétique, toujours fascinant.

Ourania est une invitation au voyage dans un monde où les rêves même s’ils sont fragiles et éphémères peuvent être possibles.

Un très beau livre !

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Extrait :

Dahlia Roig était portoricaine, elle était venue au Mexique il y a plusieurs années. Elle s'était mariée avec un Salvadorien, un révolutionnaire en exil, étudiant à l'Université Autonome. Après la naissance de leur enfant, ils s'étaient séparés, et c'est lui qui avait eu la garde de son fils pour des raisons économiques. Elle était venue ici, elle s'était inscrite à l'Emporio, en histoire de l'art, en ethnomusicologie, quelque chose de ce genre. Dahlia était une grande fille brune, à la peau couleur de pain brûlé, aux yeux couleur de miel. Elle était longue et souple, elle avait sur le ventre une cicatrice violette au-dessus du pubis. La première fois que je l'ai vue nue, je lui ai demandé: «Qu'est-ce qui s'est passé là?» Elle a pris ma main, elle l'a appuyée sur son ventre, sur le bourrelet durci. «C'est par là que mon fils Fabio est né. Je ne pouvais pas l'appeler Cesar, alors j'ai trouvé un autre nom latin.»

Nous avons marché dans les allées du marché aux légumes, elle me tenait par la main. A cause de sa haute stature, elle avançait un peu courbée, une main en avant pour écarter les pans de toile. Nous respirions une odeur puissante de coriandre, de goyave, de piment grillé. Une odeur d'eau noire, qui sortait des caniveaux recouverts de grilles en ciment. Par instant, nous débouchions en plein soleil, au milieu d'un vol de fausses guêpes rouge et noir. C'était enivrant. Nous avons terminé notre reconnaissance par les rues adjacentes à la gare des cars, où les Indiens de Capacuaro vendent leur cargaison de meubles mal équarris en bois de pin encore vert, qui sentent bon. L'esprit du quartier, nous l'avons rencontré sous les traits d'un homme cul-de-jatte, sans âge, qui se faufilait en ramant sur son petit chariot, un fer à repasser dans chaque main, comme dans le film de Buñuel. Je lui ai donné un billet, il m'a fait un clin d'œil. Après midi, nous avons rapporté des sacs de fruits à l'hôtel Peter Pan. Nous nous sommes gorgés de pastèques douces, de mangues, de bananes primitives. Nous avons fait l'amour sur le matelas posé à même le sol, pour éviter le sommier défoncé. Puis nous avons somnolé en regardant la lumière changer sur les rideaux de la fenêtre, au fur et à mesure que les nuages emplissaient le ciel. C'était une façon de faire connaissance avec cette ville, de ressentir ses toits de tuiles et ses rues encombrées d'autos, ses places archaïques et ses grands centres commerciaux. C'était pour ne pas trop se sentir de passage. Pour croire qu'on allait rester, un certain temps, peut-être même longtemps.

Le lendemain j'ai trouvé un appartement à louer devant l'église en ruine. Nous avons emménagé en quelques heures. Un matelas matrimonial à ressorts sur une natte de jonc, une table en sapin dont j'ai fait scier les pieds, trois chaises basses achetées aux vendeurs à la sauvette sur l'avenue Cinco de Mayo. L'appartement recélait un gros réfrigérateur rouillé qui ronflait comme un chien asthmatique, et une cuisinière graisseuse. Il a fallu acheter deux cylindres de gaz propane avec leur détendeur, et quelques ustensiles. Les deux fenêtres de la pièce à vivre faisaient face à l'église en ruine, donc nul besoin de rideaux. Pour la chambre, j'avais pensé installer un pan de tissu, mais Dahlia a préféré coller des journaux sur les carreaux. Elle n'était pas très fille d'intérieur. L'appartement comportait aussi une petite pièce pouvant servir de bureau, mais Dahlia a décidé que ce serait la chambre de Fabio, lorsqu'elle en aurait obtenu la garde.

Dahlia aimait bien faire la cuisine. Elle préparait les plats de son enfance à San Juan, des légumes mélangés à du riz et des pois cassés, de la morue, des plantains frits. Je ne lui posais pas de questions, ni elle non plus. Je crois que nous étions reconnaissants l'un à l'autre de ne rien prendre pour acquis.

En même temps, elle était dépressive. Parfois elle buvait plus que de raison, des rhum-Coca ou des palomas, cañazo additionné de soda à l'orange, elle se recroquevillait sur le matelas, la tête tournée vers la fenêtre aux journaux. Elle sortait de là le teint gris et les yeux bouffis, comme si elle remontait d'une longue plongée. Nous n'en parlions pas, mais nous sentions que tout cela ne durerait pas. Je rédigerais mon rapport sur la vallée du Tepalcatepec et sur l'expropriation des petits agriculteurs, et j'irais vivre ailleurs, en France, je serais professeur dans un petit collège, loin de cette Vallée surpeuplée. Elle ne pourrait jamais s'en aller, un fil de chair la retiendrait toujours à son fils. Mais nous voulions croire que tout cela n'avait pas beaucoup d'importance.

Chaque soir, à partir de six heures, la ville s'engorgeait. Venues des quatre coins de la région, les autos entraient dans la ville par la rue principale ou par la Cinco de Mayo, et tournaient autour de la place pour repartir vers l'ouest. C'était pareil à une fièvre. Le grondement des quatre-quatre, des SUV, des pick-up, Dodge Ram, Ford Ranger, Ford Bronco, Chevy Silverado, Toyota Tacoma, Nissan Frontier, les crissements de leurs pneus larges sur l'asphalte brûlant, l'odeur du diesel, l'huile chaude, la poussière âcre, et sur le fond de ce grondement, les battements lourds des basses qui marquaient le rythme, une sorte de doum-doum-doum continuel qui s'éloignait, revenait, l'un reprenant l'autre, pareil à un très long animal aux organes battants enserrant la place et les maisons du centre.

Au début, nous sortions de la sieste, l'esprit engourdi, la peau encore collante de l'amour. «Ecoute, disait Dahlia. On dirait la guerre.» Je fumais une cigarette en regardant les lumières de la nuit qui commençaient à clignoter sur le plafond du salon. «C'est plutôt la fête.» Mais je ressentais l'inquiétude de Dahlia, une crainte ancestrale à l'avancée de la nuit. «Ce sont les fraisiers, les avocatiers, ils viennent de partout, ils veulent nous montrer leur puissance.»

Dahlia inventait des romans, c'était dans sa nature. Elle restait la militante communiste qui avait fui Porto Rico et avait épousé par amour un révolutionnaire.

«Ils sont seulement en train de faire étalage de leur fric, pour séduire les filles.» Dahlia était violente. Elle se bouchait les oreilles. «Qu'ils aillent se faire foutre, eux, leur fric, leurs filles et leurs bagnoles!»

Je ne pouvais pas la calmer. J'aurais pu arguer que ce n'étaient pas eux qui étaient responsables de ces bagnoles, ni de leurs sonos, que ce n'était pas pour eux qu'elles avaient été inventées. Qu'ils n'étaient, après tout, que des paysans enrichis, un maillon faible et remplaçable dans la longue chaîne de la dépendance économique.

Dahlia se réfugiait dans la cuisine. Elle allumait un joint. C'était sa façon de se boucher les oreilles. Sur son Walkman, elle écoutait sa musique portorriqueña, ses tambours et ses salsas.

A la fin de la saison des pluies, la Vallée, chaque soir, se remplissait. Derrière leurs glaces teintées, à l'abri de leurs carlingues rutilantes, décorées de flammes, de dragons, de ninjas, de guerriers aztèques, les fils des grandes familles reprenaient possession du centre-ville que leurs parents avaient fui à cause de l'insalubrité. Ils venaient de la périphérie, des ranches et des lotissements de riches, de la Glorieta, de la Media Luna, du Porvenir, des Huertas, du Nuevo Mundo. Héritiers de l'empire de la fraise, milliardaires, les Escalante, Chamorro, Patricio, De la Vega, De la Vergne, Olguin, Olid, Olmos...

Depuis longtemps leurs parents avaient troqué les antiques demeures de pierre rose déglinguées et superbes contre des villas californiennes en béton peintes en rouge et en jaune, châteaux néogothiques aux toits de fausses ardoises montés de fausses mansardes, porches à péristyle en marbre et salons de jacuzzis, piscines en forme de cœur, de guitare, de fraise.

Mais ils n'avaient pas renoncé à leur droit sur la ville. Ils avaient reconverti leurs maisons familiales en galeries marchandes, en parkings à étage, en cinémas, en marchands de glaces ou en restaurants de steaks grillés à la mode gaucho.

Au milieu de cette ville en ruine, de ces chaussées défoncées, de ces égouts à ciel ouvert, Don Thomas avait créé l'Emporio, un atelier de recherche et d'enseignement supérieur dédié aux sciences humaines et au savoir.

Thomas Moises n'était pas issu de ces grandes familles de planteurs de fraisiers et de producteurs d'avocats qui tenaient toute la Vallée dans leurs mains. Il était le dernier rejeton d'une longue lignée de lettrés et de notables qui avaient fourni à l'Etat des juges, des maîtres d'école et des curés, et qui avaient su traverser les guerres et les révolutions et se garder du pouvoir. Il n'était pas originaire de la Vallée, mais de Quitupan, un village de montagne aux sources du fleuve Tepalcatepec.

La première fois que je l'ai rencontré, dans son bureau à l'Emporio, j'ai été reçu avec une réserve bienveillante qui m'a plu. J'ai vu un petit homme rondelet, à la peau mate et aux cheveux très noirs, avec des yeux doux d'Indien, et une moustache en brosse démodée. Du reste tout était démodé dans sa personne. Il était vêtu d'un complet marron dont le veston semblait fatigué, d'une chemise guayabera bleue, ses petits pieds chaussés de souliers noirs impeccablement cirés. A cinquante ans, après une vie consacrée à enseigner l'histoire dans les universités, il avait créé ce petit collège, par amour pour sa région natale, pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être de la tradition et de la mémoire. A cette Athénée, il avait donné le nom modeste d'Emporio, c'est-à-dire la Halle. Contre un loyer élevé, il avait installé son collège dans une ancienne demeure noble de la Vallée, qu'il avait ainsi sauvée provisoirement de l'appétit des promoteurs.

Séparée du bruit de la rue par un grand porche que fermaient des grilles espagnoles, la maison était construite sur un seul niveau, avec une série de hautes pièces en enfilade dont les portes-fenêtres ouvraient sur un patio planté d'orangers et agrémenté d'une fontaine d'azulejos. C'était là, dans cette atmosphère coloniale, que les chercheurs se réunissaient et donnaient leurs cours.

Une fois par quinzaine, un vendredi soir, les portes de l'Emporio étaient ouvertes aux habitants de la Vallée. C'était l'idée de Don Thomas, pour mieux dire sa lubie: rompre le carcan des préjugés et des castes, faire accéder les paysans et les gens du peuple à la culture, libéraliser, vulgariser, échanger. L'idée faisait ricaner tout bas les chercheurs venus de la capitale, en particulier les anthropologues, tous ceux qui étaient imbus de leur savoir et le confondaient avec le pouvoir. Ils ne croyaient pas beaucoup à l'échange. «Tous ces paysans endimanchés, ces Indiens qui viennent à la messe du vendredi soir, pour écouter bouche bée du latin.»

Mais ils reconnaissaient à ces soirées portes ouvertes une utilité: «Au moins ils ne pourront pas dire que nous les tenons à l'écart ou que nous dissimulons des secrets.» Leon Saramago, l'anthropologue équatorien, ne cachait pas son dédain pour Don Thomas. Son visage jupitérien esquissait une grimace sous sa barbe: «Oui c'est génial de la part du vieux d'avoir tué dans l'œuf toute critique contre nous autres les intellectuels.» Il n'arrivait probablement pas à imaginer que Thomas Moises s'amusait à voir entrer deux fois par mois dans la demeure somptueuse des hacendados Verdolaga, les arrière-petits-enfants des esclaves qui avaient labouré les plantations de canne à sucre au siècle passé. C'était gentiment révolutionnaire.

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