lundi, 20 mai 2013

Le Roi prédateur - Catherine Graciet et Eric Laurent - 2012

eric laurent, catherine graciet, le roi predateur, maroc, mohammed VI, m6, enqueteMohammed VI, roi du Maroc depuis 1999 suite au décès de son père Hassan II, a clairement tranché dans la politique royale de son prédécesseur. Surnomméà ses débuts Le Roi des pauvres, il s’est vite distingué en véritable prédateur économique, maintenant  la dictature et s’emparant peu à peu de nombreuses sociétés privées.
Aujourd’hui Mohammed VI est le premier banquier, le premier assureur, le premier agriculteur de son pays. Il y joue un rôle prédominant dans l’agro-alimentaire, l’immobilier, la grande distribution, l’énergie et les télécoms. La fortune personnelle du roi du Maroc a quintuplé en dix ans, et le magazine Forbes le classe désormais parmi les personnalités les plus riches du monde.
Par le biais des holdings que contrôle la famille royale, avec l’aide du secrétaire particulier de Sa Majesté et la complaisance de nombre de dignitaires et de valets du pouvoir, c’est à une véritable mise en coupe réglée de l’économie du royaume que l’on assiste depuis plus de dix ans. Et si l’absolutisme royal selon Hassan II visait à assurer la pérennité de la monarchie, la structure de gouvernement mise en place par son fils est tout entière tendue vers l’accaparement privé.
Voici ce système, et les hommes qui en tirent les ficelles, pour la première fois mis au jour au terme de nombreuses rencontres avec les principaux témoins de cette royale prédation, y compris parmi les proches du Palais. Voici comment le souverain d’un des régimes désormais les plus menacés par la vague démocratique dans les pays arabes a transformé ses sujets en clients, l’Etat en machine à subventionner les intérêts de la famille royale.
Voici...

Le Roi prédateur est issu d’une enquête menée par les deux journalistes Catherine Graciet et Eric Laurent, et constitue une claire attaque bien critique contre le monarque chérifien. C’est intéressant, parfois passionnant, mais aussi assez léger et pas si documenté que cela. Les journalistes semblent beaucoup se baser sur les dires de témoins, souvent anonymes (normal quelque part), et le tout n’est que peu documenté et peu référencé. Certes au-delà des témoins, de nombreux journaux marocains d’opposition sont cités (dont Telquel), mais le tout s’arrête là.
Sans guère contester la véracité du contenu de ce livre, dont de nombreux points sont déjà bien connus par tous ceux qui connaissent le Maroc, on a l’impression que les deux journalistes ont composé le tout à la va-vite dans le contexte des révolutions arabes... les dictateurs arabes sont devenus une mode... mais mieux aurait-il tout de même fallu travailler un peu plus dans le fond des choses. Certains sujets plus particuliers sont assez bien abordés (TGV, zoo de Temara, le  festival de Mazzawine...) ainsi que certains montages et magouilles, le tout quand même toujours peu documenté. Néanmoins le lecteur peu à jour avec le sujet apprendra de nombreuses choses, surtout celle qu’une dictature moderne est désormais avant tout économique.

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Le Roi prédateur (Extrait) by MarcM77

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Présente édition : Le Seuil / Points, 8 novembre 2012, 231 pages
ISBN-10: 2757830856 / ISBN-13: 978-2757830857

21:07 Écrit par Marc dans Graciet, Catherine, Laurent, Eric | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eric laurent, catherine graciet, le roi predateur, maroc, mohammed vi, m6, enquete | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 29 juin 2010

Histoire du règne de Moulay Ismaïl - Dominique Busnot - 1714

bibliotheca histoire du regne de moulay ismail

Le père Dominique Busnot rédigea l’Histoire du règne de Moulay Ismaïl à la suite de trois voyages effectués au Royaume du Maroc (1714, 1708 et 1712), où, accompagné de pères mercédaires et trinitaires, il cherche à acheter la liberté de quelque cent cinquante esclaves français et chrétiens détenus à Meknès et obligés de travailler au service du puissant monarque. Ces trois voyages représentent un pan d’histoire quelque peu oublié de nos jours et aussi un mélange unique de mission humanitaire et de rachat religieux à la fin du siècle de Louis XIV, sur fond de piraterie barbaresque.

Se concentrant avant tout dans son Histoire du règne de Moulay Ismaïl à la description de ses négociations souvent épiques et toujours infructueuses, le religieux ne peut s’empêcher de donner un portrait fort saisissant de celui qui deviendra pour la postérité plus connu sous le titre de « roi sanguinaire ». Ce roi, né en 1646 et mort en 1727, était déjà fort célèbre à l’époque pour sa cruauté légendaire. De nombreux ouvrages étaient déjà parus en France à ce sujet, et le public faisait preuve d’une curiosité grandissante pour les pays barbaresques et le sort des captifs chrétiens du sultan. Busnot y décrit tout ce qu’il voit, ce qu’il entend au sujet de ce roi, faisant appel à des témoins, et décrivant avec minutie de nombreux événements illustrant ce terrible règne. Ainsi il décrit de nombreux rouages politiques en service autour du monarque ainsi que la façon dont le monarque contrôle son entourage. Ni trop romancé, ni cherchant à masquer ses échecs pourtant prévisibles, Busnot réussit à faire de son récit une narration animée et précise. Et cela dans le but d’informer, de la façon la plus neutre possible, et de donner la parole aux acteurs du drame, en commençant par les captifs eux-mêmes.

Histoire du règne de Moulay Ismaïl de Dominique Busnot plaira énormément à tous les amateurs d’Histoire, principalement ceux intéressés par le règne légendaire de Moulay ismaïl.

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Présente édition : Editions Mercure de France, 24 février 2002, 138 pages

dimanche, 27 juin 2010

Souk à Marrakech - Philippe Huet - 2006

bibliotheca souk a marrakech

Rien de tel que Marrakech pour passer de magnifiques vacances. Gus et Vickie veulent s'y retrouver pour sauver leur liaison. Mais très vite tout le monde va déchanter. Comme si souvent Vickie est retenue par son travail de galériste. Et pendant ce temps Gus erre dans un palace de Marrakech essayant de s'occuper comme il peut. Une randonnée en 4x4 lui fait rencontrer une jolie auto-stoppeuse qui n'aura aucun mal à séduire l'homme abandonné. Finalement ce séjour, dans l'attente de Vickie, ne sera peut-être pas si triste que cela. Sauf que, après une nuit d'amour avec l'auto-stoppeuse, Gus se retrouve aux prises avec la police marocaine. La jeune femme a disparue, enlevée, et a vraisemblablement été tuée. Avec l'arrivée de Vickie le lendemain, les choses ne font que s'empirer. Mais les deux se rendent vite compte qu'il n'y a guère de temps pour leur disputes : un étau mortel se resserre sur eux, lié à un drôle de trafic d'arts entre la France et le Maroc. Des tueurs sont à leurs trousses et ils doivent coûte que coûte quitter le souk mortel de Marrakech.

Philippe Huet, écrivain français de polars, avait habitué son lectorat à des romans se déroulant dans le nord-ouest français, principalement la Normandie. Ici, dans Souk Marrakech, l'auteur balade son personnage récurrent qu'est le journaliste Gus Mazurier dans une palpitante aventure policière se déroulant entre Rouen en Normandie et le sud marocain. Ce roman, plein de suspense et aussi d'humour, convainc dès les premières pages. Cela malgré que l'intrigue en soi tarde un peu trop à démarrer. Le style de Philippe Huet rend ce roman terriblement divertissant, et toujours intéressant. Le tout se lit d'une traite, d'un bout à l'autre, et sans que ce soit réellement passionnant, le roman plaira au plus grand nombre.

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Présente édition : Editions Le Livre de Poche, 14 mars 2008, 282 pages

dimanche, 08 novembre 2009

Oudayas - Hélène Decuyper et Patrick Lowie - 2009

bibliotheca oudayas

A l'origine une petite forteresse érigée par les Almoravides pour lutter contre les tribus Bouraghouata, la Kasbah des Oudayas (ou Oudaïa), quartier fortifié de Rabat, capitale du Maroc, voit son histoire débuter réellement lorsque es Almoravides en font un ribat surplombant l'embouchure du fleuve Bouregreg.
De nos jours, le site qui a gardé son charme d'antan, et frappe surtout par sa beauté unique et par l'atmosphère qui s'en dégage. Rien de tel que de se balader dans ses ruelles labyrinthiques qui ne cessent de fasciner ses nombreux visiteurs. Et c'est à cette balade que nous invitent la photographe française Hélène Decuyper et le poète belge Patrick Lowie dans ce magnifique livre Oudayas, publié par les éditions Biliki.
Et à l'image de la célèbre kasbah marocaine, le livre, à travers sa soixantaine de pages, se décline en cette magnifique bichromie, de bleu et de blanc, telles les murs de l'Oudayas et qui fascine tant. Et pour porter le lecteur à travers ces images, les mots poétiques de Patrick Lowie, dans son texte intitulé "Ô Pirate de Salé" dont les échos lointains de l'ouïe et du regard résonnent au toucher de ce bleu, parfois triste à noircir, parfois optimal à s'illuminer. Le livre est augmenté  d'un texte sur l'origine du nom de Salé, ville pirate située face à l'Oudayas de l'autre côté du Bouregreg, extrait du livre de Peter Lamborn Wilson Utopies pirates, corsaires maures et renegados.
L’ouvrage est écrit en français avec des traductions des textes en allemand et en italien.

Oudayas, à la fois livre de photographie et de poésie, marque par sa beauté et son originalité.

A découvrir !

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lundi, 19 octobre 2009

Le sommeil de l’esclave - Mahi Binebine - 1992

bibliotheca le sommeil de l esclave"Ce n'est pas pour panser les plaies du passé que je reviens aujourd'hui réveiller ta mémoire, le temps l'a déjà fait. Non, si je veux te conter ton histoire, c'est peut être, et seulement, pour trouver ma mémoire"

Retour sur une enfance par les nombreux personnages qui l’ont marqué, mais aussi évocation de la face cachée de la société traditionnelle marocaine, Le sommeil de l’esclave de l’écrivain et peintre marocain Mahi Binebine est tout cela à la fois. L’auteur-narrateur y revient dans la ville de son enfance, dans les années de la décolonisation pour y décrire toute une galerie de personnages des plus cocasses allant de Madame Kolomer, la veuve d’un sous-officier français qui s’accroche aux restes dérisoires de ses splendeurs passées, Milouda, la « mère blanche » et le Fqih, parents du narrateur et notables vénérés, le porteur d’eau, surnommé l’Allemand parce qu’il est albinos, et bien d’autres. Mais avant tout il y a aussi Dada, l’esclave noire achetée il y a bien longtemps aux hommes bleus qui l’avaient razziée avec s’on tout jeune frère. Dada qui s’enfonçait la tête dans le sable pour ne pas entendre les cris de l’enfant violé par le chef caravanier, Dada qui vit et rêve immergée dans les mots simples qui disent la terre, le feu, l’odeur du chèvrefeuille, le goût des graines de tournesol, Dada qui ne pourra que tuer l’enfant né des visites nocturnes du Fqih et qu’on veut lui arracher comme lui fut arraché autrefois son « P’tit frère ».

Ces souvenirs sont à la fois poignants et féroces, à l’image de la férocité de cette société qui se complait, jusqu’aux limites du ridicule dans, l’univers clos de son cocon étanche et dont le silence est le lot : la honte, le qu’en-dira-t-on, sa hantise. Et le tout est décrit avec force, mais aussi avec poésie. Et malgré l’horreur de certains faits, ce qui marque aussi est l’immense tendresse de l’auteur envers son petit monde.

Le sommeil de l’esclave est un très beau roman de l’écrivain Mahi Binebine.

A découvrir !

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Extrait :

Ce jour-là, Dada s’arrêta devant la fontaine. Du coin de l’œil elle inspecta les alentours : point de visage familier parmi les passants. Elle défit son fichu, libéra ses tresses et trempa rapidement sa tête dans le bassin. C’est alors qu’elle entendit le rire. ’Un rire coupant, derrière elle. L’esclave resta figée, puis se releva, tout doucement. Sa chevelure huilée dégoulinait sur son haïk ; l’eau ruisselant sur son dos refroidit d’un coup. Elle frissonna, resta sur le qui-vive, souffle coupé, jambes tremblantes comme ces funambules sur la corde raide un jour de cirque. M’bark riait encore lorsqu’elle se retourna :

- Mais qu’est-ce que tu fabriques là, Dada ?

Honteuse, l’esclave ne sut quoi répondre.

- Que je sache, ajouta-t-il, le bain n’est pas interdit aux esclaves. En tout cas, pas encore !

- C’est pas ça... Je ne peux pas y aller... Et puis c’est mon secret ! Les histoires de femmes ne regardent que les femmes !

Le porteur d’eau fit mine de s’en aller.

- Attends, M’bark ! Dis, sais-tu garder un secret ?

- Ma poubelle intérieure en est pleine, ma fille, si pleine que je les oublie !

- Jure-moi, M’bark, jure-moi qu’on ne s’est jamais rencontrés aujourd’hui !

- Allons, ne sois pas sotte... Nous sommes faits de la même pâte.

- Jure d’abord !

Le porteur d’eau comprit que, s’il voulait soutirer un mot à cette esclave, il lui faudrait sortir des tripes dieux et prophètes.

- Puissent mes pieds être brisés en mille morceaux si j’ai franchi le seuil de la ruelle depuis trois jours ! Ça te va ? Ou bien veux-tu qu’on arrondisse à une semaine ?

- M’bark, le maître me vole depuis longtemps...

- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Es-tu devenue folle ? On ne vole pas son bien ! Tu as été achetée, Dada, tu es une esclave et tu as la chance de ne pas l’ignorer, bien d’autres le sont sans le savoir !

- Ne m’embrouille pas, M’bark. Le maître me vole... je veux dire pendant mon sommeil.

- Tu as coûté fort cher, Dada ! Le sommeil est compris. En plus, il n’est pas de première main, ton sommeil !

- Tu parles comme les maîtres, M’bark.

- C’est parce que je dis vrai ! Les maîtres disent toujours vrai, c’est pour ça qu’ils sont maîtres. Mais parle, parle, soulage ton silence.

- Au début, ça me faisait mal, son corps est si lourd qu’il m’étouffait, mais je n’ai jamais crié.

- Il ne manquerait plus que ça ! Ah ! Ces esclaves ! A peine les laisse-t-on parler qu’ils veulent déjà crier ! Mais où va le monde ?

- Après, ça a été plus facile. J’ai dû prendre l’habitude... et même que je l’attendais ! Tu sais, j’étais triste quand il oubliait de venir, son odeur me manquait. La nuit il m’appelle « mon enfant ». Les maîtres sont si tendres la nuit.

- Par Allah, je ne t’ai pas rencontrée aujourd’hui ! C’est juré !

- Il Y a quelqu’un dans mon ventre. Au bain, ça risque de se voir. Quand elles se regardent, les femmes sont terribles. Celui-ci, on me le prendra pas. Non, on me reprendra pas P’tit frère !

- Dada, mon enfant, ton sommeil appartient â ton maître. Tes rêves, par contre... Oui, tes rêves t’appartiennent !

Même dans ses rêves, c’est eux que Dada voit. Eux, les maîtres. Pas plus loin que la veille, elle avait fait un rêve. Du sable. Il y en avait partout. La maisonnée marchait, le Fqih en tête, Milouda boitait, elle s’aidait d’une canne qui ne servait â rien. A quoi bon une canne dans le désert ? Cette pénible marche sur le sable finit par affaiblir la maîtresse, on l’abandonna en chemin. Dada, elle, portait un caftan jaune, des babouches brodées en fil de soie et avançait â son aise. Le Fqih se perdit â son tour - pourtant il était si beau -, elle ne sut comment. Ni où. Ni quand. Puis soudain, elle se retrouva seule devant le puits. Tout autour, l’argile demeurait humide comme au temps de son enfance ; elle lui rappelait toujours l’odeur de son père. Son père le paysan. Dada eut peur d’abîmer ses babouches, les enleva et marcha pieds nus. Elle s’approcha du puits, vit qu’il n’était pas profond. Dedans il y avait P’tit frère ; le petit fou…

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13:34 Écrit par Marc dans Binebine, Mahi | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mahi binebine, litterature marocaine, maroc, romans de societe | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 28 décembre 2008

L'œuf du coq - Mohamed Zefzaf - 1984

bibliotheca l oeuf du coq

De Rahal, celui comblé par Dieu mais étudiant recalé, de Lahjja, juive convertie qui s'en est sortie, d'Omar, perdu et exclu, de Jiji éprise de Rahal, de Kenza... tous des destins d'exclus et de marginaux qui se croisent à Casablanca, métropole qui attre en son sein tous les délaissés, dont Mohamed Zefzaf dresse le portrait dans son roman L'oeuf du coq, consacré par le Prix Grand Atlas du Maroc. Chaque chapitre narré par une voix différente s'entremêlent tel dans un roman policier pour décrire de multiples petits détails de la vie quotidienne avec ses mesquineries, ses contraintes et ses arrangements qui mènent, poussés par la pauvreté, à la corruption et à la violence dans ce qui est finalement un portrait global de la situation sociale marocaine.

Mohamed Zefzaf a débuté sa carrière d'écrivain dans les années 60 pour devenir rapidement un nouvelliste consacré. Son roman L'œuf du coq est à ce jour son roman le plus célèbre et le plus abouti, le premier à avoir été traduit en français ainsi que dans d'autres langues.

L'oeuf du coq de Mohamed Zefzaf est un beau et poignant roman dressant nous dressant un portrait social unique du Maroc

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17:15 Écrit par Marc dans Zefzaf, Mohamed | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maroc, casablanca, litterature marocaine, romans de societe, mohamed zefzaf | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 05 décembre 2008

Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun - 1978

bibliotheca moha le fou moha le sage

"Le rapport médical était formel: "M. Ahmed R. est décédé d'un arrêt cardiaque compliqué d'une atteinte méningée." La Ligue nationale des droits de l'homme publia un communiqué confirmant cette thèse. Elle reconnut cependant que le jeune homme "avait subi quelques sévices durant l'interrogatoire de la police". Elle exprima aussi "son émotion devant les circonstances du décès".

Un homme politique déclara à la presse étrangère: "Ici, ce n'est pas le Chili ou l'Argentine. On ne meurt pas sous la torture!""


Qu'importe les déclarations officielles. Un homme a été torturé. Pour résister à la douleur, pour triompher de la souffrance, il eut recours à un stratagème: se remémorer les plus beaux souvenirs de sa courte vie.

C'est sa parole qu'on entendra. Seul Moha saura la capter et la transmettre aux autres."

Très difficile de résumer ce roman de l'écrivain marocain Tahar Ben Jelloun dans lequel le fou Moha dénonce sur la place publique tous les torts de la société maghrébine. Il déchire des billets devant une banque, dénonce les sévices subies par une esclave noire employée dans une bonne famille ainsi que d'une domestique devenue muette. Il prend à part technocrates et psychiatres et converse avec d'autres fous, d'autres exclus.Tout cela pour finir arrêté, torturé et enterré. Mais sa parole pleine de vérité ne peut cesser d'exister.

Le personnage du fou, qui ose dire ce que tout le monde préfère voir taire, est un grand classique de la littérature de nombreuses cultures. Tahar Ben Jelloun, ici, l'utilise dans la culture marocaine afin de déclamer des vérités que personne d'autre qu'un fou n'oserait dire. Comme toujours c'est la tradition maghrébine et marocaine qui est visée, et cela dans toutes ses contradictions et hypocrisies. Comme souvent aussi chez Ben Jelloun ce roman se distingue par son style original et très cru, et son étrange montage, très peu linéaire, le rendant parfois fort incompréhensible. Et bien évidemment ce roman, comme beaucoup d'autres du même auteur, procura un immense plaisir littéraire au lecteur.

Moha le fou, Moha le sage est un roman plutôt complexe et guère facile d'accès, mais pourtant une véritable réussite pour ceux qui s'y aventureront.

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Voir également :
- Harrouda - Tahar Ben Jelloun (1973), présentation
- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 17 novembre 2008

Harrouda - Tahar Ben Jelloun - 1973

bibliotheca harrouda

Entre souvenirs et fantasmes le narrateur se rappelle d’Harrouda, prostituée déchue, qui a tant fait rêver les jeunes enfants, maîtresse de nombreux hommes, mais aussi de deux villes, de Fès, lieu de toutes les vertus et traditions, et Tanger, ville à l’opposée de la première. Harrouda, l’image d’une femme, de toutes les femmes, finalement liés au destin de ces deux villes.

Harrouda de l’auteur marocain Tahar Ben Jelloun sort en 1973 et est considéré comme son premier roman. L’axe central de ce roman-poème sont les souvenirs et fantasmes de l’enfant-narrateur entremêlés à plusieurs autres narrations autour du même thème. En effet ses cinq chapitres, ou plutôt récits, font naître plusieurs voix qui s’enchaînent et se mélangent en de nombreux fragments. Evidemment certains passages ont une allure plus conventionnelle, mais le roman reste définitivement hors norme que ce soit dans sa forme ou dans son style. Mais de par son originalité le roman en devient aussi assez difficile, dans le sens où on ne comprend pas toujours de quoi l’on parle. De plus l’auteur n’hésite pas à brouiller les interprétations par son écriture souvent bien complexe.
Concernant le contenu, comme à son habitude, Ben Jelloun s’attaque avant tout à la société marocaine, ses contradictions, ses hypocrisies, pour dénoncer l’image de la femme, certes tant adorée, mais aussi tant méprisée. Mais son pays il le décrit aussi par les destins de ces deux villes si opposées que sont Fès, la ville sainte, et Tanger, la ville de débauche. Le thème de la sexualité, également fort présent dans l’œuvre de l’auteur, tient ici aussi un rôle prépondérant.

Harrouda
de Tahar Ben Jelloun est certes un roman remarquable mais assez difficile d’accès.

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Voir également :
- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

mercredi, 03 septembre 2008

Le temps des erreurs (Zemen El Akhtaa) - Mohamed Choukri - 1992

bibliotheca le temps des erreurs

Le temps des erreurs est la suite de Le Pain nu (1980), livre devenu culte et véritable classique de la littérature marocaine. Alors que dans le Pain nu (1980), Mohamed Choukri raconte son enfance faite de violence, de misère et de cruauté, ici il s’attache à l’adolescence et au début de l’âge adulte. C’est une période importante dans la vie de Choukri, car c’est à ce moment que le jeune garçon des rues qu’il était se rend pleinement compte que la liberté et son indépendance passe inévitablement par la connaissance et le savoir. En effet, à vingt ans passés, l’auteur décide de s’inscrire à l’école afin d’apprendre à lire et à écrire. Mais à cet âge-là rien n’est simple, surtout lorsqu’on est un marginal, et seule son immense volonté va le faire réussir.
Mais malgré sa réussite scolaire, c’est toujours la vie des rues et des bas-fonds qu’il retrouve, les prostituées, l’alcool et les drogues. Il ne survit qu’à l’aide de petits boulots. Mais malgré cela il persiste dans l’apprentissage : la découverte de la littérature et ses premiers essais d’écriture vont peu à peu faire de lui l’immense écrivain que l’on connaît.
Le temps des erreurs, les nécessaires, les revendiquées, est donc le livre de la libération intellectuelle, même si la vie de misère subsiste. Au moins Choukri commence à y voir la porte de sortie. De Larache à Tanger, le cheminement de l’auteur est raconté sous forme d’un véritable roman picaresque. La société marocaine, oppressante, pousse le narrateur à obéir à ses pulsions et à s'enfoncer dans la marginalité, et c'est une lutte à mort qu'il engage avec lui-même pour devenir ce qu'il a décidé d'être: un écrivain et un homme libre. Et pour cela il n’hésite pas à enfreindre tous les tabous et à porter en lui, finalement, toutes les souffrances de la société toute entière. Ce qui touche avant tout dans ce récit autobiographique, comme dans le Pain nu (1980) d’ailleurs, est l’immense sincérité de l’auteur, à la fois poignante et audacieuse.

Mohamed Choukri terminera son autobiographie par Visages (1996), véritable trilogie devenue culte aujourd’hui.

A lire !

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Voir également :
- Le Pain nu (Al-Khubz Al-Hâfî) - Mohamed Choukri - 1980

15:07 Écrit par Marc dans Choukri, Mohamed | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maroc, tanger, litterature marocaine, recits autobiographiques, mohamed choukri | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 03 janvier 2008

L’inspecteur Ali – Driss Chraïbi - 1991

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Brahim Orourke est l’auteur de plusieurs romans dont une série policière à succès mettant en scène le célèbre personnage l’inspecteur Ali. Par ses écrits Brahim Orourke est devenu une véritable légende dans son pays d’origine dans lequel il est récemment retourné vivre accompagné de Fiona, sa femme écossaise, enceinte, et de ses enfants. Quand l’histoire débute on apprend que le couple va recevoir la visite des parents de Fiona, Jock et Susan, qui n’ont jamais auparavant fait de voyages au Maroc et qui donc en ressentent certaines appréhensions. Brahim Orourke, appréhendant certaines appréhensions de la part de ses beaux-parents, s’inquiète également. De plus que le moment est bien mal choisi. En effet Brahim Orourke décide de donner une nouvelle orientation assez radicale à sa carrière d’écrivain en voulant abandonner à jamais l’inspecteur Ali. Son but est d’écrire un roman politico-social, Le Second Passé simple, où il dénoncera les injustices que subit l’homme arabe dans le monde. Hélas il n’arrivera jamais à ses fins, et à force d’insister dans cette voie il finit par écrire un livre, pas celui espéré, mais plutôt une nouvelle aventure de l’inspecteur Ali qui réussira à reprendre le dessus sur l’écrivain.

L’inspecteur Ali est un bien étrange roman policier, d’ailleurs ce n’est pas vraiment un. Un policier, caractère récurrent dans l’œuvre de Driss Chraïbi, est mis en scène, mais ce dont il est question est plutôt son auteur, un écrivain marocain qui pourrait être le double parfait de Driss Chraïbi lui-même. Mais finalement il est bien difficile de cerner le sujet exact de ce livre, et peut-être que cela n’est pas si important que cela. Derrière cette mise en abîmes autour du personnage de l’écrivain, renforcée par l’avertissement qui ouvre le roman indiquant que le vrai auteur ne serait autre que l’inspecteur Ali lui-même, on ressent la volonté de Chraïbi d’écrire sur sa longue carrière bibliographique et de se poser une multitude de questions sur son devenir, son succès et sa motivation réelle d’écrire.
Mais il s’agît également du conflit orient-occident présent dans la famille même du personnage. Les références à son précédent roman Le Passé simple (1954) qui mettait en scène l'incompréhension et la rupture entre un père, ancré dans les traditions, et un fils, de retour après de longues études en Occident, sont nombreuses. L’auteur Brahim Orourke tentant même d’écrire une suite à ce roman. Ici, par contre, Driss Chraïbi semble voir une conciliation possible entre l’orient et l’occident, et cela principalement grâce aux personnages féminins du livre, un peu comme si les véritables coupables des conflits entre orient et occident n’étaient autres que les hommes et leur fierté culturelle.

Le roman est écrit avec énormément d’humour et de tendresse et donne l’occasion à Driss Chraïbi de dresser une irrésistible galerie de personnages et de situations. Malgré ses sujets plutôt intéressants et son style très vif et prenant, le lecteur se sentira cependant un peu perdu par la complexe construction du texte.

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Voir également :
- L’homme qui venait du passé - Driss Chraïbi (2004), présentation et extrait

dimanche, 29 juillet 2007

Les Voix de Marrakech: Journal d'un voyage (Die Stimmen von Marrakesch : Aufzeichnungen nach einer Reise) - Elias Canetti - 1967

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Elias Canetti fait un voyage à Marrakech en 1954 et relate dans son journal les voix, les bruits, les gestes et les images qu’il enregistre au cours de ses promenades à travers les quartiers arabes et juifs, le Mellah, de la ville. Il décèle ce qui se passe entre ces hommes étrangers et il approfondit leur attitude devant la mort.

Ecrivain d'origine bulgare à la double nationalité turque et britannique, d'expression allemande et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1981, Elias Canetti relate dans ce magnifique recueil publié en 1967 des impressions faites lors d'un voyage à Marrakech quatorze ans plus tôt pour le tournage d'un film. Ce n'est pas un récit de voyage mais un assemblage désordonné de notes quotidiennes, de moments vécus dans cette ville qui émerveilla l'écrivain à jamais. A travers ces quatorze récits Canetti nous fait vivre la ville de Marrakech sous plusieurs de ses aspects, visite d'un marché de chameaux, les souks, les commerces, le Mellah, la Place Jamaa-El-Fna, .... Mais au fil de la lecture au travers de ces divers récits il en dévoile tout autant sur lui-même.

A découvrir!

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lundi, 18 juin 2007

L’enfant de sable - Tahar Ben Jelloun - 1985

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« L’enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme, il s’appellera Ahmed même si c’est une fille ! »

Sur la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech, un conteur relate la troublante histoire d’Ahmed, huitième fille d’un couple qui faute d’héritier, décide de l’élever comme un garçon. En effet lors de la huitième grossesse de sa femme, le père décide de conjurer ce sort maudit qui ne fait lui donner que des filles. Il perçoit cela comme une disgrâce et décide de faire croire à tous que son huitième enfant sera un garçon. Il y croira lui-même si fort, que lui aussi ne verra qu’un fils dans les traits de sa fille. L’enfant va grandir en garçon et en découvrant petit à petit sa féminité il décidera de la cacher, ayant bien compris que dans cette société il valait bien mieux être de sexe masculin. Il ira même jusqu’à épouser une fille délaissée qui l’accompagnera dans sa chute vertigineuse avant qu’il ne disparaisse mystérieusement.
Le récit du conteur fait alors place à ceux de plusieurs spectateurs qui croient avoir reconnu la personne et plusieurs versions sont donnés sur le devenir de Ahmed. Mais selon tus les prétendus témoins, son destin ne pourra être que très chaotique et forcément tragique.

L'enfant de sable de l’écrivain marocain de langue française Tahar Ben Jelloun est un magnifique et très original roman mêlant brillamment contes et légendes à des sujets tabous (enfance saccagée, prostitution, machisme, l’homme-femme, la sexualité…) dans la société maghrébine et marocaine. L'enfant de sable a immédiatement été un grand succès et sa suite, La nuit sacrée (1987), dans laquelle Tahar Ben Jelloun donne la parole au personnage d’Ahmed pour que celui-ci donne sa propre version des faits, a obtenu le prix Goncourt 1987.
L’histoire commence admirablement dans la plus pure ambiance de la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech au rythme d’un conteur de rue. D’abord le récit suit le point de vue d'Ahmed raconté par le conteur prétendant se baser sur un manuscrit laissé par Ahmed lui-même. Ensuite la narration se démultiplie et devient assez chaotique tout en gardant cependant une certaine structure. Le résultat en est que le roman devient extrêmement vivant au dépit parfois du lecteur qui risque de s’y perdre un peu. Tahar Ben Jelloun aborde brillamment le sujet de la femme dans la société mais le roman est aussi un formidable conte philosophique sur la quête de l’identité. Et comme souvent dans son œuvre, Tahar Ben Jelloun y traite aussi de la sexualité et de la frustration qui y est souvent liée.
L’écriture est envoûtante et le roman est d’un bout à l’autre très prenant. Cependant toute la dernière partie du roman, la deuxième moitié, est parfois trop confuse et la fin laisse une certaine frustration au lecteur.

L’enfant de sable est un très original roman sur la condition féminine et la quête de son identité.

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Extrait :

Il y avait d'abord ce visage allongé par quelques rides verticales, telles des cicatrices creusées par de lointaines insomnies, un visage mal rasé, travaillé par le temps. La vie - quelle vie ? une étrange apparence faite d'oubli - avait dû le malmener, le contrarier ou même l'offusquer. On pouvait y lire ou deviner une profonde blessure qu'un geste maladroit de la main ou un regard appuyé, un œil scrutateur ou malintentionné suffisaient à rouvrir. Il évitait de s'exposer à la lumière crue et se cachait les yeux avec son bras. La lumière du jour, d'une lampe ou de la pleine lune lui faisait mal : elle le dénudait, pénétrait sous sa peau et y décelait la honte ou des larmes secrètes. Il la sentait passer sur son corps comme une flamme qui brûlerait ses masque, une lame qui lui retirerait lentement le voile de chair qui maintenait entre lui et les autres la distance nécessaire. Que serait-il en effet si cet espace qui le séparait et le protégeait des autres venait à s'annuler ? Il serait projeté nu et sans défenses entre les mains de ceux qui n'avaient cessé de le poursuivre de leur curiosité, de leur méfiance et même d'une haine tenace; ils s'accommodaient mal du silence et de l'intelligence d'une figure qui les dérangeait par sa seule présence autoritaire et énigmatique.

La lumière le déshabillait. Le bruit le perturbait. Depuis qu'il s'était retiré dans cette chambre haute, voisine de la terrasse, il ne supportait plus le monde extérieur avec lequel il communiquait une fois par jour en ouvrant la porte à Malika, la bonne qui lui apportait la nourriture, le courrier et un bol de fleur d'oranger. Il aimait bien cette vieille femme qui faisait partie de la famille. Discrète et douce, elle ne lui posait jamais de questions mais une complicité devait les rapprocher.

Le bruit. Celui des voix aiguës ou blafardes. Celui des rires vulgaires, des chants lancinants des radios. Celui des seaux d'eau versés dans la cour. Celui des enfants torturant un chat aveugle ou un chien à trois pattes perdu dans ces ruelles où les bêtes et les fous se font piéger. Le bruit des plaintes et lamentations des mendiants. Le bruit strident de l'appel à la prière mal enregistré et qu'un haut-parleur émet cinq fois par jour. Ce n'était plus un appel à la prière mais une incitation à l'émeute. Le bruit de toutes les voix et clameurs montant de la ville et restant suspendues là, juste au-dessus de sa chambre, le que le vent les disperse ou en atténue la force.

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Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation

- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 15 janvier 2007

Maroc (Morocco) - Daniel Easterman - 2002

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De nos jours à Oxford en Angleterre. Nick, un ancien agent de police spécialisé dans la lutte contre le terrorisme, est sans nouvelles de son ex-femme Nathalie. Un jour, son fils Peter reçoit une lettre au contenu inquiétant de la part de sa mère qui semble indiquer qu’elle veuille se suicider. Cette lettre a été postée à Deauville, et Nick décide de s’y rendre afin de retrouver Nathalie. Suite à une petite enquête il retrouve sa trace, mais arrive trop tard : Nathalie est déjà morte,elle s'est suicidée. Nick trouve à côté du cadavre de son épouse une pile de documents faisant état d’affaires secrètes s’étant déroulé dans le passé familial de Nathalie. Cela concerne les parents de Nathalie et quelque chose que ceux-ci auraient vécu alors qu’ils vivaient dans les années quarante au Maroc : papiers officiels rédigés sous le régime de Vichy au Maroc, bulletins de la Résistance,… Son intuition et son expérience lui soufflent qu'il y a là un lien certain avec la mort de sa femme. Mais lequel ? Nick envoie son fils sur place afin de découvrir de quoi il s’agît réellement. Mais l’affaire semble plus sérieuse qu’il ne le pensait au départ. Au bout de quelques jours, Peter est retrouvé mort dans un hôtel à Ouarzazate. Affligé par cette nouvelle, Nick se rend immédiatement au Maroc. Mais dans sa quête de vérité Nick ne sait pas encore dans quelle terrible affaire il va plonger. Tout le monde là-bas semble vouloir cacher quelque chose, les seuls acceptant de l’aider se feront assassiner. En effet Nick est sur le point de découvrir un immense secret concernant la France collaboratrice et son passé colonial. Un secret qu’encore aujourd’hui, après tant d’années, personne n’a encore envie de voir sortir à la lumière du jour.

Maroc (Morocco) est une saisissante enquête policière qui nous mène d’Angleterre au Maroc, entre Ouarzazate et Marrakech à travers les temps entre aujourd'hui et l'époque de l’occupation coloniale française du Maroc et le régime de Vichy. C’est un thriller étonnant, au contexte (celui du Maroc sous la colonie française) fort original et dans lequel Easterman distille le suspense avec grand maîtrise au fil des chapitres. L’histoire, surtout celle des années quarante au Maroc, est racontée par de multiples points de vue (lettres, extraits de journaux intimes, documents officiels, témoignages), nous faisant découvrir petit à petit tous les mystères de l’histoire au même rythme que Nick, de nos jours, mène son enquête semée d’embûches. Il en ressort une atmosphère très réussie de cette terrible époque de collaboration et d’occupation. Mais cette multiplicité rend le tout petit à petit de plus en plus dense et prenant. Hélas Easterman semble lui-même s’embrouiller, et retrouve vers la fin d’énormes raccourcis que l’auteur utilise afin de conclure son histoire. Le dénouement final est tout simplement incrédible et n’a aucun intérêt. Ce qui est bien dommage vu la qualité du roman jusque là.

A noter que Daniel Easterman est le pseudonyme de Denis M. MacEoin, romancier et professeur spécialisé dans les études islamiques. Il utilise son pseudonyme régulièrement afin de publier des thrillers et autres romans plus légers et non scientifiques.

En français le livre paraît sous deux titres: Maroc pour la version grand format et Morocco pour la version poche.

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jeudi, 04 janvier 2007

Le pain nu (al-khubz al-hâfî) – Mohamed Choukri - 1980

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Roman autobiographique où l’auteur raconte son enfance marquée par la misère et l’exil.
Le récit commence dans les années 1940 quand Mohamed Choukri, alors âgé de sept ans suit sa famille qui quitte le Rif, leur région d’origine, pour échapper à la famine et à la misère. Ils s’installent à Tanger. Son père, un déserteur de la légion espagnole, est un homme alcoolique, violent et haï par toute la famille. Un jour, celui-ci tue son fils, le frère de Mohamed, dans un accès de violence. Mohamed Choukri détestera tellement son père au point de totalement l’effacer de sa vie, allant même jusqu’à oublier son nom.
La misère va hélas continuer pour Mohamed et les siens. A cause de la misère, sa famille replie bagage et part pour Tétouan, puis Tanger et enfin Oran. Mohamed Choukri va petit à petit se distancer de sa famille et devenir un sans domicile. Il survit à l'aide de petits métiers, serviteur dans une famille française dans le rif algérien, ou guide pour marins arrivant à Tanger, il apprend l'espagnol et vit déjà dans un milieu peuplé de prostituées, de petits et grands voleurs.

Le pain nu dont le titre arabe est al-khubz al-hâfî fut d'abord publié en anglais, dans une adaptation faite par Paul Bowles sous le titre For Bread Alone (1973), puis traduit en France par l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, où il paraît en 1980. Cette autobiographie a vite été un immense succès international. Dans son pays d’origine il restera cependant interdit de publication jusqu’en l’an 2000. Cette censure, décidée en 1983 et, semble-t-il, recommandée par les dignitaires religieux et politiques, était motivée par les nombreuses références à la prise de drogue et d’alcool de l’auteur ainsi que des descriptions crues de ses multiples expériences sexuelles (prostitution, pédophilie, expériences homosexuelles, …). De plus, sur les dires de Mohamed Choukri lui-même, la critique du père n’avait pas été acceptée, le père étant reconnu comme quasiment sacré dans sa culture (extrait d’un entretien de Mohamed Choukri dans Le Matin du Sahara en 1999).
Sa publication n’a de plus pas été aidée dans le monde arabe par une édition bien trop conformiste. Tout cela n’a cependant pas empêché Le pain nu de devenir un roman phare de la littérature marocaine et lui-même d’être considéré comme l’un des auteurs les plus emblématiques du pays. La censure a finalement été levée en 2000. Il faudra attendre ce moment pour que le roman soit publié pour la première fois en langue arabe trois ans avant le décès de son auteur à l’âge de soixante-huit ans.
Dans Le pain nu, Mohamed Choukri ne cesse de nous fasciner en nous racontant sa jeunesse picaresque de façon très directe et sans détours. C'est un témoignage bouleversant qui permet à chaque lecteur de plonger dans un univers très dur parfois mais malheureusement réel. Le style est brusque et souvent choquant. Mohamed Choukri n’avait jamais la chance d’avoir une vie familiale dite normale. Cette enfance volée sera d’ailleurs le sujet principal de ce roman. Il n’avait pas accès à l’école. Son éducation se faisait parmi les voyous, les drogués et les prostituées. D’ailleurs Mohamed Choukri n’a appris à lire et à écrire qu’à l’âge de vingt-et-un ans suite à une rencontre avec l’écrivain américain Paul Bowles, qui vivait à ce moment-là à Tanger et qui traduira d’ailleurs plus tard son autobiographie. Durant son enfance il n’a sans cesse été exploité, principalement par son père mais aussi par certains employeurs, à un point qu’il dira considérer le vol comme légitime dans la tribu des salauds.

Alors que dans Le pain nu, Mohamed Choukri nous conte avant tout son enfance et adolescence marquée par la misère et l’exil, il terminera son autobiographie dans deux autres livres : Le temps des erreurs (1994) et Visages (1996).

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Voir également :
- Le temps des erreurs (Zemen El Akhtaa) - Mohamed Choukri - 1992

21:16 Écrit par Marc dans Choukri, Mohamed | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tanger, mohamed choukri, maroc, litterature marocaine, recits autobiographiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 24 juillet 2006

Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun - 2004

C'est à Tanger, fin des années cinquante, que les deux jeunes adolescents Mamed et Ali se rencontrent au lycée français, font connaissance et se lient d'amitié. Leur amitié durera trente ans, mais sera tissée de malentendus, d'épreuves, mais aussi de jalousie muette et de trahison. Jusqu'au point culminant trente ans plus tard, qui mettra fin à tout. Chacun des deux personnages va raconter sa version des faits. D'abord Ali, face à son incompréhension la plus totale de ce qui arrive, puis Mamed dirigé par un égoîsme pervers.

Le dernier ami est un roman sur l'amitié, mais aussi sur le Maroc, dont l'auteur décrit les années de répressions et de désillusions telles qu'elles sont vécues par ces deux jeunes gens. Les deux héros, alors qu'ils sont étudiants, passeront effectivement un certain temps dans un camp disciplinaire de l'armée pour seule faute d'avoir été memebre d'un mouvement de jeunesse communiste. Mais l'auteur laisse également entrevoir une société bien complexe, très contradictoire entre modernité et archaïsme. Mais le thème principal reste l'amitié, l'amitié entre deux hommes, sa quasi impossible sincérité et la concurrence qui en résulte. On lit avec beaucoup d'intérêt ce roman qui se compose en fait de deux récits témoignages, plus des aveux, des deux protagonistes. En lisant les deux récits de Ali et de Mamed, à certains moments on a même l'impression qu'ils ne parlent pas de la même relation, les deux points de vue ne correspondant jamis tout à fait, voir pas du tout. Le résultat en est déchirant. Le tout est décrit dans un style à la fois simple, précis et très direct (le language utilisé est parfois un peu cru et pourrait choquer).

Le dernier ami est un excellent et passionant roman de Tahar Ben Jelloun, paru en 2004.

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Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

18:28 Écrit par Marc dans Ben Jelloun, Tahar | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tahar ben jelloun, maroc, tanger, litterature marocaine | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!