dimanche, 31 mars 2013

L’île infernale, tome 2 (天獄の島, Tengoku no Shima) - Yusuke Ochiai - 2009

tome 2,yusuke ochiai,l ile infernale,manga,litterature japonaise,bandes dessinees,bande dessinee,action,thrillersLe périple de Ei Mikoshiba sur l’île infernale continue. Pour être accepté dans la ville de Paradis il doit affronter d’autres prisonniers dans une arène. Il réussit à en sortir victorieux, de justesse et aidé d’un étrange sort qui aura anéanti l’un de ses adversaires les plus tenaces. Mais surtout il réussit à retrouver Sakaki, son meilleur ami et assassin de toute sa famille. Mais Sakaki, semble jouer un rôle des plus étranges sur cette île. Il fait en effet partie d’un équipe médicale qui semble faire des essais sur les prisonniers. Et si le but de cette île-pénitencier était tout autre que celui annoncé officiellement ? Et qui est cette mystérieuse jeune fille qui passe pour une déesse immortelle aux yeux des prisonniers ? Peu à peu Ei Mikoshiba réussit à lever le voile sur les secrets de l’île tout en étant encore bien loin de la vérité si étrange et insondable encore...

Si le premier tome de L’île infernale du mangaka japonais Yusuke Ochiai se basait clairement sur de l’action sans fin avec un scénario des plus simplistes, ici dans ce second tome, l’histoire ainsi que les personnages prennent une toute autre envergure. Heureusement que j’ai continué ma lecture après un début plutôt intéressant. Et tout prend de la force, le lecteur s’immerge enfin dans l’histoire qui gagne en crédibilité et en sens, tout en laissant néanmoins certains problèmes et manquements exister.Et c’est ce qui manquait au premier tome : une bonne histoire pour soutenir l’action. L’auteur a parfaitement réussit à corriger le tir avec ce second volume. Au fur et à mesure le dessin s’améliore également, les scènes d’action deviennent plus nette, les personnages un peu mieux dessinés. Et peu à peu on avance vers ce qui pourrait devenir un grand manga.

A la lecture de ce second tome on sent aussi que l’histoire touche bientôt à sa conclusion, le troisième tome, à sortir en avril 2013 en France, devrait être le dernier de cette série qui se dévoile comme étant bien plus intéressante que ne laissait présager le premier tome.

L’île infernale de Yusuke Ochiai est donc bien un manga à découvrir.

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Extrait : une planche au hasard

 

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Présente édition : traduit en français par Arnaud Delage, éditions Komikku, 10 janvier 2013, 198 pages
ISBN-13: 979-1091610094

Voir également :
- L'île infernale, tome 1 - Yusuke Ochiai (2009), présentation et extrait 

lundi, 18 mars 2013

L’île infernale, tome 1 (天獄の島, Tengoku no Shima) - Yusuke Ochiai - 2009

Yusuke Ochiai, l ile infernale, manga, litterature japonaise, bandes dessinees, bande dessinee, action, thrillersLe Japon dans un futur très proche. La peine de mort a été abolie, pour être remplacée par une peine bine plus terrible : le bannissement. Ainsi les criminels sont condamnés à terminer leurs jours sur des îles totalement coupés du monde. Et plus l’île est éloignée du pays, plus dangereux sont les criminels qui y sont envoyés.
Ei Mikoshibo vient d’être condamné pour meurtre multiple et a été condamné à être exilé sur l’île la plus éloignée, la plus dangereuse, celle qui est simplement nommée L’île infernale. Mais Ei Mikoshiba a un dessein secret. Il a tout fait pour être condamné à la plus pire des peines afin de pouvoir assouvir sa vengeance en y retrouvant l’assassin de sa famille, un ancien ami et médecin dénommé Sasaki. En débarquant sur l’île-pénitencier, lui et quelques autres criminels, il découvrira ce véritable enfer qu’est l’île infernale, un rocher envahi par une jungle dans laquelle les prisonniers, livrés à eux-mêmes, ont constitué une société à la violence inouïe dans laquelle seuls les plus forts peuvent survivre. Mais pour lui l’importance n’est pas la survie, mais l’assouvissement de sa vengeance...  

L’île infernale du mangaka japonais Ysuke Ochiai offre un divertissement très violent se basant sur une idée certes que peu originale mais traitée avec une grande efficacité. Le lecteur est immergé dès les premières pages dans cet enfer sur terre où règne la violence brute, quelques flash-backs viennent cependant gonfler quelque peu le contexte. Les personnages sont typiques du genre, jouent leur rôle, mais il ne faut pas trop s’attendre à de la psychologie fine. D’ailleurs il ne faut pas non plus se poser trop de questions quant l’univers imaginé par Yusuke Ochiai car pas tout n’est parfaitement crédible et des lacunes scénaristiques existent. Mais de toute façon on sent bien la volonté de l’auteur de donner dans le pur divertissement, vif, violent, et sans trop se poser de questions.
Le dessin colle au sujet, tout aussi vif, violent et brut. Toujours sombre, et au moindre éclaircissement une nouvelle horreur vient se présenter.

L’île infernale de Ysuke Ochiai a quelque part atteint son but en donnant un divertissement plein d’action et de violence évoluant sur un rythme effréné. Mais d’un autre côté, plus de profondeur et aussi d’originalité dans le scénario auraient peut-être augmenté l’immersion du lecteur dans l’histoire. De fait mon avis est plutôt mitigé, attendant tout de même avec une certaine impatience de lire la suite.

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Extrait : une planche prise au hasard

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Présente édition : traduit en français par Arnaud Delage, editions Komikku, 11 octobre 2012, 208 pages
ISBN-13: 979-1091610001

Voir également:
- L'île infernale, tome 2 - Yusuke Ochiai (2009), présentation et extrait 

jeudi, 27 décembre 2012

Sommeil (Nemuri / 眠り) - Haruki Murakami - 1989

haruki murakami, sommeil, kat menschik, nouvelles, litterature japonaise, insomnie, fantastique, nemuriDix-sept nuits qu’elle ne dort plus.

Une jeune femme, la trentaine, mariée un enfant mène une vie bien monotone. Le matin, elle fait les courses et prépare les repas et l'après-midi, elle va nager à la piscine. Tous les jours c’est la même chose, elle vit sa vie comme un robot.
Et une nuit, elle a cessé de dormir. Cela a commencé par un cauchemar, puis le sommeil n’est plus venu. Au lieu de cela elle se plonge dans la lecture, de la littérature russe principalement. La nuit est faite pour se reposer, et elle se repose de se journées monotones en prenant un plaisir oublié depuis longtemps, celui de la nuit quand tout le monde, toute sa famille dort, et qu’elle est seule avec elle-même.
Et peu à peu cette insomnie est une nouvelle liberté qu’elle découvre... à moins que ce ne soit la folie qui la guette...

Parue initialement en 1990 dans le recueil TV People et en France dans Un éléphant s’évapore l’onirique et poétique nouvelle Sommeil paraît en 2009 en édition plus luxueuse, illustrée de superbes dessins de l’artiste Kat Menschik, dessins qui renforcent tout le mystère et la magie du récit. Cela hélas parfois au point d’en faire trop. Cela fait plaisir de retrouver un texte de ce grand auteur qu’est Haruki Murakami, hélas ce texte n’est pas son plus grand. Certes le récit étonne, émerveille... on y retrouve de nombreux éléments bien classiques de l’oeuvre du maître japonais, mais le texte manque d’aboutissement au point où l’on peut se demander si pas un autre texte de l’auteur aurait peut-être plus mérité une telle mise en page et illustration.

La nouvelle Sommeil de Haruki Murakami peut être lue comme introduction dans l’univers de l’auteur, soit appréciée par les amateurs de l’auteur. Les autres n’en tireront guère grand chose sinon la possibilité de découvrir les magnifiques dessins de Kat Menschik.

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Extrait : les premières pages avec deux illustrations prises au hasardharuki murakami, sommeil, kat menschik, nouvelles, litterature japonaise, insomnie, fantastique, nemuri

Voilà dix-sept nuits que je ne dors plus.


Attention, je ne parle pas d'insomnie. L'insomnie, j'ai une idée de ce que c'est. J'en ai fait une sorte à l'époque où j'étais à l'université. Je dis «une sorte» parce que je n'ai pas la certitude que les symptômes correspondaient exactement à ce qu'on appelle communément «insomnie». Si j'étais allée consulter dans un hôpital, j'aurais sans doute au moins appris si c'était de l'insomnie ou pas. Mais il me semblait inutile d'aller à l'hôpital. Je n'avais aucune raison fondée de croire ça, une intuition, c'est tout. Je ne suis même pas allée voir un médecin. Et je n'en ai même pas parlé à ma famille ou à mes amis. De toute façon, ils m'auraient dit d'aller à l'hôpital.


Cette «sorte d'insomnie» avait duré tout un mois. Pendant ce mois-là, je n'ai pas passé une seule nuit de sommeil normale. Il suffisait que je me mette au lit avec l'idée de dormir pour qu'instantanément, comme par un réflexe conditionné, je me sente complètement réveillée. Plus je m'efforçais de m'endormir, moins j'y parvenais. Je me sentais au contraire de plus en plus réveillée. J'essayai toutes les méthodes possibles mais rien n'y fit, pas même les somnifères ni l'alcool.


haruki murakami, sommeil, kat menschik, nouvelles, litterature japonaise, insomnie, fantastique, nemuriVers l'aube enfin, je sentais un assoupissement me gagner. Ce n'était cependant pas un véritable sommeil. A peine le bout de mes doigts effleurait-il le bord du sommeil que déjà je me réveillais. Je commençais à somnoler, mais je sentais ma conscience complètement éveillée me surveiller de la pièce voisine, à peine séparée de moi par une mince paroi. Mon corps physique flottait vaguement dans la clarté de l'aube, et juste à côté je sentais le regard insistant et la respiration de ma conscience. Mon corps voulait dormir, ma conscience voulait rester éveillée.


Je passais la journée entière dans un état de semi-somnolence. J'avais la tête vague, embrumée. Je n'arrivais plus à évaluer la distance qui me séparait des objets alentour, ni leur volume ou leur texture. Cette somnolence me submergeait, à intervalles réguliers, comme une vague. Sur la banquette du métro, à ma table de travail, pendant les cours ou le dîner, je m'assoupissais à mon insu. Ma conscience s'éloignait de mon corps. Le monde se mettait à vaciller sans bruit. Tout s'écroulait autour de moi. Je laissais tomber bruyamment à terre mon stylo, ma fourchette, mon sac à main. J'aurais voulu m'endormir profondément. Mais non. L'état de veille était toujours présent. Je sentais son ombre glacée au-dessus de moi. C'était ma propre ombre. Étrange, pensais-je au milieu de ma torpeur. Je suis à l'intérieur de mon ombre. Je marchais en somnolant, mangeais en somnolant, parlais en somnolant. Or, bizarrement, personne de mon entourage ne s'apercevait de l'état limite dans lequel je me trouvais. En un mois, je perdis six kilos. Mais ni ma famille ni mes amis n'y prêtèrent attention. Je vivais en dormant.

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Présente édition : traduit du japonais par Corinne Atlan et illustré par Kat Menschik, éditions 10 18, 25 août 2011, 92 pages
ISBN-10: 2264055871 / ISBN-13: 978-2264055873

Voir également :
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami (2000), présentation
- 1Q84 : Livre 1, Avril, Juin - Haruki Murakami (2009), présentation et extrait
- 1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre - Haruki Murakami (2009), présentation
- 1Q84, Livre 3 : Octobre-Décembre - Haruki Murakami (2009), présentation

lundi, 22 octobre 2012

L'âge des méchancetés (Iyagarase No Nenrei) - Fumio Niwa - 1947

fumio niwa, litterature japonaise, l age des mechancetes, romans de societeDe toutes les sociétés et de toutes les cultures, le Vieux, une fois passé l’âge de l’utilité, ne cesse de devenir un fardeau pour sa famille.
Et c’est notamment le problème d’Itami qui accueille chez lui la grand-mère de sa femme, la vieille Umejo qui depuis son arrivée empoisonne la vie de tous les habitants de la maison. Il faut préciser qu’Umejo n’est pas une dame facile. D’un caractère acariâtre, elle n’hésite pas à voler les objets personnels des membres de sa famille avec une dextérité époustouflante pour une dame de son âge ou à interpeller grossièrement ses hôtes pendant la nuit, voire à leur lancer des malédictions.
A bout de nerfs en à peine trois mois, Itami décide d’envoyer la vieille dame chez une sœur de sa femme, vivant à la compagne depuis l’évacuation de sa maison après un bombardement ennemi. C’est ainsi que la vieille, attachée comme un sac sur le dos de sa petite-fille, est envoyée ailleurs.
La sœur est bien obligée d’accepter mais est aussi outrée du comportement familial de ses proches, étant qu’elle pauvre et vivant à la compagne vit bien loin du luxe d’une grande maison de Tokyo.
Et de toute façon, gare à tous, car on ne se débarrasse pas impunément de ses aïeuls.

L’âge des méchancetés de l’auteur japonais Fumio Niwa est un délicieux texte, drôle et féroce sur la vieillesse, et la place de celle-ci dans la société moderne. Ecrit en 1947 ce texte nous plonge dans le Japon de l’après-guerre, une période où tout le monde se devait de participer à la reconstruction du pays tout en envisageant un avenir certainement meilleur mais encore inconnu. Et dans une société dédiée au travail et à l’avenir, il n’y a guère plus de place pour ceux qui ne sont plus capable d’y participer. Et l’auteur se montre très cynique face à son sujet, défendant jusqu’à l’absurde les jeunes générations avant de leur faire payer le prix de leur égoïsme. D’un côté bien drôle, perspicace dans l’analyse des rapports à a vieillesse de la société moderne, mais le texte s’avère surtout bien méchant et cruel. D’ailleurs aucun des personnages n’échappera à la plume féroce de Fumio Niwa.

De nombreux passages en dérangeront plus d’un, certains propos feront froid dans le dos. Mais ouvrons les yeux et voyons autour de nous ! Ce qui est décrit n’est que vérité, peut-être juste un peu moins déguisé.

L’âge des méchancetés est un texte féroce sur la vieillesse, et la place de la personne âgée dans notre société.

A lire !

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Présente édition : traduit du japonais par Jean Cholley, Folio, 28 septembre 2006, 112 pages
ISBN-10: 2070339890 / ISBN-13: 978-2070339891

samedi, 25 août 2012

Kaïro - Kiyoshi Kurosawa - 2001

Kiyoshi Kurosawa, litterature japonaise, fantastique, kairo, horreur, apocalypseLe monde est en train de se dérégler, quelque chose se passe… et surtout des personnes disparaissent… Pour Michi, 21 ans, elle s’en rend compte après la disparition brutale et sans raison d’un collègue de travail. Et en se rendant à son domicile il lui semble même voir son fantôme avant qu’il ne s’évapore à jamais.
Ailleurs, un jeune homme découvre dans un laboratoire un étrange programme informatique sur la vie artificielle. Il est étudiant en économie et lui aussi constate ces disparitions, d’abord par l’apparition de personnes qui ne sont plus que l’ombre d’eux-même avant de disparaître à jamais, puis par le dépeuplement bien visible de sa ville.
Et en effet, quelque part dans l’au-delà, des fantômes condamnés à la léthargie de l’éternité ont perçu un moyen d’accéder au monde des vivants, cela par le biais des ordinateurs et connections réseaux. Et peu à peu ils prennent la place des vivants, les envoyant à leur tour dans l’au-delà, alors que peu à peu le monde se vide de toute humanité.

Est-ce la fin du monde ?

Kaïro de l’auteur-cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa est un sombre roman fantastique dans lequel le monde se voit peu à peu envahi, cela avec un calme terrifiant par des fantômes utilisant les connections du net pour faire disparaître les vivants. Mais Kaïro est aussi un film, réalisé par l’auteur lui-même et produit à peu près au même moment que l’écriture de ce roman. Et si les deux oeuvres se ressemblent elles ne sont pourtant pas égales. D’où l’intérêt du livre, qui est bien plus qu’une novélisation du très réussi film.
Et le roman étonne à plus d’un titre. D’abord par l’ambiance sombre qui s’installe dès les premières pages, avec ses personnages solitaires qui vivotent dans cette société aliénante. Et puis par son horreur... mais ici guère de fantastique à gros effets avec des scènes violentes. Non, l’horreur est celle de la solitude qui s’installe de plus en plus et du vide qui se fait dans le monde, un vide bien plus angoissant et suffocant pour les héros du roman. Peu à peu ils voient tout et tout le monde disparaître autour, les gens deviennent spectre avant de s’évaporer... et tout cela dans une non-violence qui en devient d’autant plus dérangeante. Et l’auteur ne laisse guère d’espoir à ses personnages de stopper cette invasion. Le peuvent-ils, le veulent-ils même ?
Si l’auteur excelle dans son écriture, la lenteur du texte et son absence d’action pourront tout de même ennuyer plus d’un lecteur en recherche de ce que ce genre de fantastique offre généralement. Toutefois ce livre vaut certainement la peine, d’autant plus que la société décrite par Kurosawa, une société connectée sans plus de lien social humain, se matérialise de plus en plus autour de nous.

Kaïro de Kiyoshi Kurosawa est certainement un roman à lire !

Kiyoshi Kurosawa, litterature japonaise, fantastique, kairo, horreur, apocalypse


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Présente édition : Editions Philippe Picquier, 1 septembre 2004, 254 pages

dimanche, 24 juin 2012

1Q84, Livre 3 : Octobre-Décembre - Haruki Murakami - 2009

haruki murakami,1q84,fantastique,1984,litterature japonaise,livre 3Ils ne le savaient pas alors, mais c'était là l'unique lieu parfait en ce monde. Un lieu totalement isolé et le seul pourtant à n'être pas aux couleurs de la solitude.

Le Livre 3 fait entendre une nouvelle voix, celle d'Ushikawa. Et pose d'autres questions : quel est ce père qui sans cesse revient frapper à notre porte ? La réalité est-elle jamais véritable ? Et le temps, cette illusion, à jamais perdu ?

Sous les deux lunes de 1Q84, Aomamé et Tengo ne sont plus seuls.

L’aventure de cette formaidable trilogie de Haruki Murakami continue dans ce troisième au point où le lecteur l’avait laissé à la fin du deuxième livre.
Mais ce dernier volume déçoit tout de même un peu. De nombreux mystères sont dévoilés, mais pas tant que cela, et on se doutait déjà de certains d’entre eux. Donc guère plus à dire à ce sujet. Et la troisième voix, celle d’Ushikawa, n’apporte pas tant que cela à l’ensemble. Le plaisir reste toujours égal, et si comme précédemment Murakami souvent se répète, remplit parfois inutilement, le tout reste magnifique.


Aujourd’hui, arrivé à la fin de cette trilogie, avec plus de 1500 pages de lues, je ne peux que confirmer tout le bien qu’il a déjà était à ce sujet. Et si tout n’est pas parfait de nombreuses scènes, certains personnages et autre événements resteront, je pense, à jamais marqués dans ma mémoire.


1Q84 de Haruki Murakami est une véritable réussite, un roman à lire absolument.

Présente édition : traduit du japonais par Hélène Morita, éditions Belfond, 1 mars 2012, 530 pages

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Voir également :
- Sommeil (Nemuri) - Haruki Murakami (1989), présentation et extrait
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami (2000), présentation

- 1Q84 : Livre 1, Avril, Juin - Haruki Murakami (2009), présentation et extrait
- 1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre - Haruki Murakami (2009), présentation

dimanche, 18 mars 2012

1Q84, Livre 2 : Juillet-septembre - Haruki Murakami - 2009

haruki murakami, 1Q84, fantastique, 1984, litterature japonaise, livre 2Japon, 1984. Un second monde est apparu, parrallèle au réel et tout aussi vivant, et qui évolue dans l’année 1Q84. Ce sont deux mondes imbriqués dans lesquels évoluent, en alternance, Aomamé et Tengo, 29 ans tous deux, qui ont fréquenté la même école lorsqu'ils avaient dix ans. A l'époque, les autres enfants se moquaient d'Aomamé à cause de son prénom, « Haricot de soja », et de l'appartenance de ses parents à la nouvelle religion des Témoins. Un jour, Tengo l'a défendue et Aomamé lui a serré la main. Un pacte secret conclu entre deux enfants, le signe d'un amour pur dont ils auront toujours la nostalgie.
Deux mondes En 1984, chacun mène sa vie, ses amours, ses activités.
Tueuse professionnelle, Aomamé se croit investie d'une mission : exécuter les hommes qui ont fait violence aux femmes. Aomamé a aussi une particularité : la faculté innée de retenir quantité de faits, d'événements, de dates en rapport avec l'Histoire.
Tengo est un génie des maths, apprenti-écrivain et nègre pour un éditeur qui lui demande de réécrire l'autobiographie d'une jeune fille échappé ç la secte des Précurseurs. Il est aussi régulièrement pris de malaises lors desquels il revoit une scène dont il a été témoin à l'âge d'un an et demi.
Les deux jeunes gens sont destinés à se retrouver mais où ? Quand ? En 1984 ? Dans 1Q84 ? Dans cette vie ? Dans la mort ?

Suite direct du Livre 1, l’auteur japonais Haruki Murakami nous entraîne ici encore un peu plus dans son histoire si passionnante, magique et envoûtante autour de ses deux personnages Tengo et Aomamé, si attachants, dans ces deux mondes si mystérieux que sont 1984 et 1Q84. Le mystère autour des Little People s’étoffe ici de plus en plus, certaines solutions sont apportées mais pas toutes... et il ne reste plus qu’à attendre de lire le Livre 3.

Avec ce deuxième livre, Haruki Murakami s’affirme de plus en plus dans ce qui sera sûrement son oeuvre phare, 1Q84, un texte unique qui ne cesse de surprendre par sa beauté et sa magie.

Présente édition : traduit du japonais par Hélène Morita, éditions Belfond, 25 août 2011, 529 pages

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Voir également :
- Sommeil (Nemuri) - Haruki Murakami (1989), présentation et extrait
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami (2000), présentation

- 1Q84 : Livre 1, Avril, Juin - Haruki Murakami (2009), présentation et extrait
- 1Q84, Livre 3 : Octobre-Décembre - Haruki Murakami (2009), présentation

lundi, 02 janvier 2012

1Q84, Livre 1 : Avril-Juin - Haruki Murakami – 2009

haruki murakami, litterature japonaise, 1984, 1Q84, fantastiqueTokyo, avril 1984. Aomamé, 29 ans, mène une vie très solitaire. Elle donne des cours d’arts martiauxdans un centre sportif et de temps à autre elle exerce la profession de tueuse à gages, remplissant des contrats engagés par une riche vieille dame qui cherche à éliminer des hommes qui se sont rendus responsables de graves violences conjugales sans jamais en porter de quelconques suites judiciaires. Et Aomamé est plutôt douée dans ce métier. Mais un jour alors qu’elle partexécuter un contrat, une drôle d’impression l’assaille, un peu comme si, peu avant son meurtre, le monde l’environnant aurait subtilement changé. Rien de bien spectaculaire, juste des détails… et pourtant Aomamé sent bien quelque chose cloche.
Pendant ce temps Tengo, un jeune homme solitaire de 29 ans également, enseigne les maths et s'essaie au roman à ses heures perdues. D’ailleurs il œuvre de temps à autre en tant que nègre pour une maison d’édition.
Chargé de sélectionner des manuscrits en vue du prix des Nouveaux Auteurs, il tombe sous le charme de "La Chrysalide de l'air", roman fantastique écrit par une jeune fille de 17 ans.
Son éditeur, séduit par l'histoire mais nettement moins par sa mise en forme, charge Tengo de ré-écrire le manuscrit.
Le jeune homme rencontre alors Fukaéri, l'auteure dudit roman qui provoque en lui un curieux trouble. Cette fille est simplement étrange, elle ne semble pas avoir écrit ce roman, ni même en étre capable, et pourtant, cette histoire fantastique, elle semble l’avoir réellement vécue.
Aomamé et Tengo, que rien ne semble relier alors que leurs destins vont vite s’avérer être inextricablement liés, voient peu à peu en cet avril 1984 tout leur monde basculer vers quelque chose d’autre, vers l’an 1Q84, un lieu et temps inconnu à la fois dangereux et envoûtant…

Le roman en trois volumes 1Q84 du japonais Haruki Murakami a été, dès sa sortie au Japon en 2009, un véritable phénomène de librairie, battant coup sur coup tous les records de vente tout en rencontrant un véritable succès critique. A l’origine deux volumes étaient parus en 2009, le troisième en 2010, et c’est en 2011 que paraissent en français les deux premiers dans l’attente du dernier pour 2012.

Pourquoi 1Q84 : référence au 1984 de George Orwell ? Certainement un peu. En japonais la lettre Q se prononce "kyu", comme le chiffre 9... Et ce sont ces deux mondes 1984 et 1Q84 qui vont vivre en parallèle, le deuxième semblable au premier avec pourtant un décalage subtil.
Le lecteur est vite entraîné dans cette histoire étrange, aux allures de fantastique sans pour autant entrer dans le genre, à la suite de personnages très attachants. Ce premier tome ne divulgue encore que bien peu de choses sur l’intrigue, mais qu’importe, tout y est pour se retrouver irrésistiblement attiré par sa suite.


1Q84
de Haruki Murakaami est un roman passionnant, envoûtant même, qui n’annonce que le meilleur pour ce qui risque d’être une trilogie du meilleur niveau.

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Extrait : les premières pages

La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C'était la Sinfonietta de Janacek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D'ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L'homme, d'un âge moyen, se contentait de contempler l'alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos.


Combien y aurait-il d'auditeurs, à l'écoute des premières mesures de la Sinfonietta de Janacek, qui reconnaîtraient immédiatement ce morceau ? Disons : entre "très peu" et "presque aucun". Mais Aomamé, elle, pour une raison ou une autre, en était capable.


Janacek avait composé cette courte symphonie en 1926. Le thème principal avait été conçu à l'origine pour une fanfare à l'occasion d'une rencontre sportive. Aomamé imaginait la Tchécoslovaquie de 1926. Après la Première Guerre mondiale, le pays s'était enfin libéré de la très longue domination des Habsbourg, les gens buvaient de la bière Pilsner dans les cafés, ils fabriquaient des mitrailleuses efficaces et raffinées, ils goûtaient la paix passagère qui visitait l'Europe centrale. Franz Kafka, encore méconnu, avait disparu deux ans auparavant. Bientôt apparaîtrait Hitler, qui ne ferait qu'une bouchée de ce joli petit pays. Mais, en ce temps-là, tout le monde ignorait que des événements aussi terribles allaient advenir. Ce que l'Histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi : "A l'époque, personne ne savait ce qui allait arriver."


En écoutant cette musique, Aomamé imaginait les vents qui balayaient sans obstacle les plaines de Bohême et laissait ses pensées vagabonder sur l'Histoire.


1926, c'était la mort de l'empereur Taishô, le commencement d'une ère nouvelle, l'ère Shôwa. Au Japon aussi, ce serait le début d'une époque sombre et terrible. Le modernisme et la démocratie avaient joué leur bref intermède. Celui-ci achevé, le fascisme imposerait sa loi.


L'histoire, comme le sport, était ce qui intéressait le plus Aomamé. Elle ne se lassait pas de lire de nombreux ouvrages historiques, alors qu'elle n'était guère portée sur les romans. En matière d'histoire, elle aimait avant tout que tous les événements soient bien reliés à une chronologie et à un lieu précis. Elle n'avait aucune difficulté à se souvenir des dates. Même quand elle ne l'avait pas apprise par coeur, la chronologie se dessinait automatiquement, du moment qu'elle avait saisi la cohésion d'ensemble des divers événements. Au collège et au lycée, Aomamé avait toujours les meilleures notes de la classe aux contrôles d'histoire, et elle trouvait étrange qu'un élève ait du mal à retenir la succession des dates, alors que c'était si facile d'y parvenir.


Aomamé était son vrai nom. Son grand-père paternel était originaire de la préfecture de Fukushima et là-bas, dans des petites villes ou villages des montagnes, un certain nombre de personnes portaient réellement ce nom d'"Aomamé" - haricots de soja verts. Elle-même ne s'était jamais rendue dans cette région. Avant sa naissance, son père avait rompu avec sa famille. Il en allait de même avec sa lignée maternelle. Par conséquent, Aomamé n'avait jamais rencontré un seul de ses grands-parents. Elle n'avait pour ainsi dire pas voyagé, mais, en de rares occasions, elle avait consulté l'annuaire téléphonique de son hôtel pour chercher si des gens portaient ce patronyme. Jamais elle n'en avait trouvé nulle part, dans aucune ville, grande ou petite. Elle avait chaque fois l'impression d'être une naufragée solitaire jetée dans un immense océan.


Donner son nom était pénible. Dès qu'elle l'avait prononcé, son interlocuteur prenait un air surpris ou la considérait d'un oeil embarrassé. Mademoiselle Aomamé ? Oui, c'est bien ça. Et mon nom s'écrit A-o-m-a-m-é, comme les haricots de soja, bleu-vert, oui. Quand elle avait travaillé dans une entreprise et qu'elle avait dû avoir des cartes de visite, les tracasseries avaient été d'autant plus nombreuses. L'autre regardait longuement, d'un oeil méfiant, la carte qu'elle lui tendait. Comme si elle lui avait fait lire une lettre maléfique à brûle-pourpoint. Lorsqu'elle se présentait au téléphone, il y avait même des rires étouffés. Dans la salle d'attente de la mairie ou de l'hôpital, dès que son nom était appelé, les gens levaient le nez pour la regarder. Quelle tête pouvait bien avoir quelqu'un affublé d'un nom pareil ?


Parfois, les gens se trompaient et l'appelaient "Edamamé" - haricots de soja encore verts - ou même "Soramamé" - fèves. Chaque fois, elle rectifiait. "Non, ce n'est pas Edamamé (ou Soramamé). Bien sûr, ces noms se ressemblent..." Et la personne de s'excuser avec un petit rire. "Voyez-vous, c'est un nom tellement rare..." En trente ans, combien de fois lui avait-il fallu entendre la même chose ? Combien de plaisanteries stupides ?


Si je n'étais pas née avec un nom pareil, peut-être ma vie aurait-elle pris un tour différent. Si je m'étais appelée "Satô" ou "Tanaka" ou encore "Suzuki", un patronyme bien banal, j'aurais peut-être eu une existence plus tranquille et regardé les autres d'un oeil plus tolérant. Possible.


Aomamé, les yeux clos, écoutait la musique avec attention. Elle se laissait envahir par les belles vibrations produites par l'unisson des bois. Brusquement, quelque chose la frappa. La qualité de la musique était trop bonne pour une radio de taxi. Même à faible volume, le son était profond et les harmoniques clairement restitués. Elle ouvrit les yeux, se redressa et examina la stéréo encastrée dans le tableau de bord. L'appareil était tout noir, élégant et brillant. Elle ne pouvait voir le nom du fabricant mais comprenait bien que c'était un modèle de prix, avec ses multiples réglages et son affichage numérique vert en façade. Sans doute un appareil de première qualité. Pour un taxi ordinaire appartenant à une compagnie, une aussi belle installation stéréo, c'était étonnant.


Aomamé examina l'intérieur de la voiture plus attentivement. Elle n'y avait pas vraiment prêté attention en montant, car elle était absorbée dans ses pensées, mais avec un examen plus minutieux elle voyait bien que ce n'était pas un taxi ordinaire. La qualité de l'équipement intérieur était remarquable, le confort des sièges parfait. Et surtout, le calme régnait dans l'habitacle. La voiture semblait être équipée d'un dispositif antibruit, et le vacarme extérieur ne pénétrait pratiquement pas à l'intérieur. Comme dans un studio insonorisé. Peut-être s'agissait-il d'un taxi indépendant ? Il existait parmi eux des chauffeurs qui dépensaient sans compter afin d'améliorer leur véhicule. Elle chercha de l'oeil la plaque d'enregistrement, en vain. Il n'avait cependant pas l'air d'être un clandestin, sans permis. Il y avait bien un compteur qui calculait précisément le prix de la course. Il indiquait alors 2 150 yens. Mais on ne voyait nulle part de plaque portant le nom du chauffeur.


"C'est une belle voiture ! Très silencieuse, dit Aomamé dans le dos du chauffeur. Qu'est-ce que c'est, comme marque ?


- Une Toyota Crown Royal Saloon, répondit l'homme d'un ton laconique.


- On entend bien la musique.


- C'est une voiture silencieuse. C'est pour cette raison que je l'ai choisie. Et pour ce qui est de l'insonorisation, les Toyota sont parmi les meilleures au monde."


Aomamé approuva et se renfonça dans son siège. La façon de parler du chauffeur l'intriguait. Comme s'il laissait entendre que des paroles importantes n'avaient pas été dites. Par exemple, qu'il n'avait rien à critiquer sur l'isolation sonore des Toyota, certes, mais qu'il y avait un problème à propos de quelque chose. Voilà, par exemple. Et puis, une fois qu'il avait fini de parler, subsistait un petit bloc de silence lourd de sens. Dans l'espace étroit de la voiture se découpait nettement comme un nuage miniature imaginaire. Qui provoquait chez Aomamé une certaine inquiétude.


"Vraiment silencieuse, reprit-elle comme pour chasser ce petit nuage. En plus, votre installation stéréo est de première qualité.


- Quand je l'ai achetée, j'ai jugé que c'était indispensable, répondit le chauffeur sur le ton d'un officier d'état-major retraité qui veut expliquer une opération militaire du passé. Je passe énormément de temps dans ma voiture, je voulais entendre des sons aussi bons que possible, et en outre..."


Aomamé attendit la suite. Il n'y eut pas de suite. Elle ferma de nouveau les yeux et se concentra sur la musique. Aomamé ne savait pas quelle sorte d'homme était Janacek. En tout état de cause, il n'avait vraisemblablement pas imaginé que des hommes de 1984 auraient écouté sa musique dans une voiture parfaitement silencieuse, une Toyota Crown Royal Saloon, coincée dans de terribles embouteillages sur une autoroute urbaine de Tokyo.


Mais pourquoi, se demandait Aomamé, perplexe, ai-je su immédiatement qu'il s'agissait de la Sinfonietta de Janacek ? Et aussi pourquoi est-ce que je savais que ce morceau avait été écrit en 1926 ?


Elle n'était pas spécialement fan de musique classique. N'avait pas non plus de souvenirs personnels sur Janacek. Pourtant, à l'instant où elle avait entendu une simple mesure du morceau, ces diverses données s'étaient inscrites comme un flash dans sa tête. Comme une nuée d'oiseaux qui auraient fait irruption dans une chambre par une fenêtre ouverte. En outre, cette musique laissait à Aomamé une curieuse impression de "tordu". Non pas de douloureux ou de déplaisant. Elle ressentait seulement que tous les constituants de son corps s'étaient comme retournés et tordus. Aomamé n'en comprenait pas la raison. Serait-ce cette Sinfonietta qui provoque en moi cette sensation incompréhensible ?


"Janacek", prononça Aomamé presque sans s'en rendre compte. Puis elle pensa qu'elle aurait mieux fait de s'abstenir.


"Pardon ?


- Janácek. L'homme qui a composé cette musique.


- Je ne savais pas.


- Un compositeur tchèque.


- Ah..., fit l'homme d'un ton admiratif.


- Vous êtes indépendant ? demanda Aomamé, pour changer de sujet.


- Oui", répondit le chauffeur. Puis il laissa un silence. "Je travaille en indépendant. C'est ma deuxième voiture.


- Les sièges sont très confortables.


- Je vous remercie. Au fait, madame, dit le chauffeur en tournant légèrement la tête vers Aomamé. Est-ce que vous êtes pressée ?


- On m'attend à Shibuya. C'est pourquoi je vous ai demandé de prendre la voie express.


- A quelle heure est votre rendez-vous ?


- A quatre heures et demie.


- Il est quatre heures moins le quart. Je pense que vous n'y serez pas.


- Les embouteillages vont continuer ?


- Il doit y avoir un gros accident plus loin. Ce ne sont pas des bouchons ordinaires. Ça n'avance presque pas depuis un bon moment."


Pourquoi ce chauffeur n'écoute-t-il pas les informations sur le trafic à la radio ? se demanda Aomamé, étonnée. Voie express totalement bloquée en raison d'embouteillages monstres. D'habitude, les chauffeurs de taxi recherchent les fréquences réservées à ces bulletins.


"Vous comprenez ce qui se passe sans même écouter la radio ?


- Ça ne sert à rien, les infos trafic, dit le chauffeur, d'une voix atone. Ces trucs, c'est à moitié faux. La régie du réseau routier ne diffuse que ce qui lui convient. Ici et maintenant, avec mes yeux, avec ma tête, je comprends qu'il se passe vraiment quelque chose.


- Et donc, selon vous, ces embouteillages ne vont pas se dissiper facilement ?


- Sûrement pas, confirma tranquillement le chauffeur en hochant la tête. Je vous le garantis. Une fois qu'elle est bouchée comme ça, la voie express, c'est l'enfer. Votre rendez-vous, c'est pour une affaire importante ?"


Aomamé réfléchit.


"Oui. Très. Je dois rencontrer un client.


- C'est ennuyeux. Je suis désolé mais vous n'y serez sûrement pas à temps."


Sur ces mots, le chauffeur secoua légèrement la tête à plusieurs reprises, comme s'il voulait soulager une courbature. Les rides de sa nuque bougeaient à la manière d'un animal préhistorique. A cette vue, Aomamé se souvint brusquement de l'objet pointu et aiguisé placé au fond de son sac en bandoulière. Ses paumes étaient moites de sueur.


"Bon, qu'est-ce que vous me proposez ?


- Rien. On ne peut rien faire avant la prochaine sortie. La voie express, ce n'est pas une route ordinaire, on ne peut pas descendre le plus près possible d'une gare pour prendre le train.


- La prochaine sortie ?


- C'est Ikejiri, mais si ça se trouve, on n'y arrivera pas avant le coucher du soleil."


Pas avant le coucher du soleil ? Aomamé s'imagina enfermée dans ce taxi jusqu'au crépuscule. La musique de Janacek continuait. Les cordes qui jouaient en sourdine ressortaient à présent au premier plan, comme pour atténuer l'émotion croissante d'Aomamé. La sensation de distorsion qu'elle avait éprouvée depuis un moment avait sensiblement disparu. Qu'est-ce que ç'avait donc été ?


Aomamé avait arrêté ce taxi non loin de Kinuta, et la voiture roulait depuis Yôga sur la voie express n° 3. Au début, le flot des voitures s'écoulait tranquillement. Mais, un peu avant Sangenjaya, les embouteillages avaient brusquement commencé. Ensuite, la circulation avait été presque bloquée. Dans le sens Tokyo banlieue, on circulait normalement. Mais le sens inverse était affreusement embouteillé. D'ordinaire, à un peu plus de trois heures de l'après-midi, il n'y avait pas de bouchons sur la voie express n° 3 dans ce sens. C'est pourquoi Aomamé avait indiqué au chauffeur de l'emprunter.


"Je ne vous compterai pas le temps passé sur la voie express, dit le chauffeur en regardant dans le rétroviseur. Ne vous faites pas de souci pour ça. Mais, dites-moi, c'est embêtant si vous êtes en retard à votre rendez-vous ?


- Bien sûr, ce serait ennuyeux ! Mais on dirait qu'il n'y a rien à faire, non ?"


Le chauffeur regarda de nouveau brièvement Aomamé dans le rétro. Il portait des lunettes de soleil légèrement teintées. A cause de la lumière, Aomamé ne pouvait voir son expression.

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Présente édition : traduit du japonais par Hélène Morita, éditions Belfond, 25 août 2011, 533 pages

Voir également :
- Sommeil (Nemuri) - Haruki Murakami (1989), présentation et extrait
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami (2000), présentation

- 1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre - Haruki Murakami (2009), présentation
- 1Q84, Livre 3 : Octobre-Décembre - Haruki Murakami (2009), présentation

jeudi, 04 août 2011

Le convoi de l’eau (Mizo no soretsu) - Akira Yoshimura - 1976

le convoi de l eau, akira yoshimura, litterature japonaiseUne équipe d’ouvriers est en route pour une vallée isolée du Japon afin d’y construire un barrage. Dans cette étroite et sombre vallée abandonnée ils trouvent un hameau, vieux de plus d’une centaine d’années et qui semble vivre reclus de la civilisation depuis toujours. Ordre est donné de ne pas se mêler aux habitants de la vallée dans la mesure où ceux-ci seront chassés de leurs foyers et le hameau inondé comme toute l’entièreté de la vallée à la fin des travaux, et donc des tensions sont à craindre. Et ainsi les deux communautés vont cohabiter l’une à côté de l’autre, en s’observant continuellement avec méfiance et curiosité.
Le narrateur est l’un de ces ouvriers. Il sort de prison où il a purgé une peine pour le meurtre de sa femme infidèle et il s’est engagé pour ce boulot afin de fuir la ville, ses tentations et ses souvenirs. Il craint la violence qui est en lui et vient chercher la rédemption qu’il trouvera au sein de cet hameau dans cette vallée vouée à une mort prochaine.

Le convoi de l’eau est un impressionnant roman de l’auteur japonais Akira Yoshimura, écrit en 1976, et qui mène le lecteur à la découverte d’une vallée perdue vouée à la mort et dans les profondeurs de l’âme d’un ouvrier meurtri par son passé. Bien sûr l’un va se refléter dans l’autre et donner un sens fort et édifiant à l’ensemble. Mas ce qui frappe avant tout c’est l’incroyable beauté de l’écriture qui, en toute simplicité, donne des images magnifiques et inoubliables à cette histoire tout en faisant baigner le tout dans une atmosphère mystérieuse et glaciale. Au-delà de la rédemption du narrateur, le roman s’amuse à confronter deux mondes, celui qu’on appelle « civilisé » à un plus simple et plus reclus qui ne peut paraître qu’incompréhensible et mystérieux à tout regard extérieur. Certaines scènes fortes, à la violence souvent plus suggérée qu’explicite, renforcent la tension qui se crée entre ces deux mondes. Tel par exemple la jeune fille violée puis pendue et dont le corps restera accroché durant toute la durée des travaux en symbole de la faute des uns par rapport aux autres.

Le convoi de l’eau d’Akira Yoshimura est un roman magnifique et poignant sur la rencontre forcément tendue et violente de deux mondes qui se confrontent.

Pour commander ce livre :

Présente édition : traduit du japonais par Yutaka Makino, éditions Actes Sud, 4 mai 2011, 176 pages

Voir également :
- La jeune fille suppliciée sur une étagère (Shojo Kakei) suivi de Le sourire de pierres (Ishi no Bisho) - Akira Yoshimura (1959 et 1962), présentation

lundi, 07 février 2011

Le meurtre d’O-Tsuya (お艶殺し) - Junichirô Tanizaki - 1915

Junichiro tanizaki, tanizaki, le meurtre d'o-tsuya, litterature japonaise, japon, romans d aventuresDans le Japon du XIXème siècle, le jeune Shinsuke travaille comme apprenti dans une boutique de prêt sur gage. Il est amoureux de la fille du patron, la belle et irrésistible O-Tsuya. Il sait qu’elle n’est pas pour lui, simple et modest apprenti, et pourtant l’amour est bien réciproque. Un soir, alors que les deux amoureux se retrouvent seuls O-Tsuya propose à Shin de s’enfuir pour enfin pouvoir consommer leur amour. L’idée est dans un premier temps de se réfugier chez Seiji, un client de la boutique. Celui-ci engagera des pour-parlers afin de permettre cette union. Shinsuke est quelque peu réticent, mais envoûté par les charmes de sa belle il ne peut refuser. Mais les choses ne se dérouleront pas comme prévu, et les deux amants filent droit à la catastrophe.

Le court roman Le meurtre d’O-Tsuya du grand écrivain japonais Junchirô Tanizaki met en scène dans un écriture simple et belle une tragique histoire d’amour pleine de rebondissements. Shinsuke qui laisse tout tomber par un amour irréfléchi pour une femme manipulatrice se verra entraîné dans un tourbillon de sentiments allant de l’amour à la haine en passant par la trahison et la vengeance. Poussé par une passion qui le dépasse il commettra catastrophe sur catastrophe. A peine 120 pages constituent ce roman, fort court, mais qui suffisent largement à créer une véritable histoire avec de beaux personnages hauts en couleur, le tout d’une belle densité et entraînant d’un bout à l’autre. Ce roman présente aussi une belle entrée en matière dans l’œuvre riche et foisonnante de son auteur.

Le meurtre d’O-Tsuya est un beau petit roman sur un amour passionnel, un texte à découvrir.

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Présente édition : traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin, éditions Folio/Gallimard, 13 mai 2005, 124 pages

Voir également :
 - Le pont flottant des songes (Yume no ukihashi) - Junichirô Tanizaki (1959), présentation et extrait

vendredi, 14 mai 2010

Le pont flottant des songes (Yume no ukihashi) - Junchirô Tanizaki - 1959

bibliotheca le pont flottant des songes

Tadasu est adulte, mais lorsqu'il pense à sa mère il retombe dans l'enfance. Sa mère, Chinu, cette femme merveilleuse lui rappelle sans cesse tant de bonheur. Et la deuxième femme de son père réincarne parfaitement la première, d'ailleurs elle sera également appelée Chinu. Et envers cette deuxième femme Tadasu va entretenir une relation des plus troubles, quelque part entre amour familial et désir plus charnel.

Ce court texte plein de saveur qu'est Le pont flottant des songes écrit en 1959 par le grand écrivain japonais Junichirô Tanizaki est un hommage, voire un éloge, saisissant de la maternité et des femmes de façon plus générale. Fortement autobiographique l'auteur nous porte à travers une prose des plus poétiques à la découverte de cet amour qui le marqua lui-même autant.

Le pont flottant des songes est un texte magnifique sur l'amour maternel et sur l'image de la femme.

A lire !

Extrait :

Lorsque, n'arrivant pas à m'endormir, je faisais mon enfant gâté et que, tout agité, je réclamais: "Maman! Laisse-moi dormir avec toi!", elle venait voir ce qui se passait et, en me disant: "Allons, mon petit chéri!", elle me prenait dans ses bras pour m'emmener dans sa chambre à coucher. Bien que la literie fût déjà préparée dans la grand pièce où dormaient mes parents, mon père, qui était probablement allé à la villa au fond du jardin, n'était pas là. Ma mère, qui ne s'était pas encore changée pour la nuit, s'allongeait dans sa tenue habituelle, sans même défaire son obi, pour me serrer contre elle, ma tête sous son menton. Une lampe éclairait la chambre, mais comme j'enssevelissais mn visage entre les pans entrouverts de son kimono, je ne percevais qu'une vague pénombre alentour. Le parfum de ses cheveux, qu'elle nouait en chignon, effleurait mes narines. Je cherchais de mes lèvres le bout de son sein, le prenais dans ma bouche, le roulais sous ma langue. Sans rien dire, maman me laissait téter aussi longtemps que je voulais. Je crois me souvenir d'avoir pris le sein jusqu'à ce que je sois devenu passablement grand, car à cette époque personne personne n'insistait sur la questio du sevrage. Tout en jouant sur son mamelon de la pointe de ma langue, je tétais de mon mieux,et alors, ô bonheur! j'en tirais du lait. Des effluves où cette odeur lactée se mêlaient au parfum de sa chevelure flottaient tout autour de mon visage enfoui dans sa poitrine. Il régnait là une obscurité profonde qui laissait pourtant deviner un halo blanchâtre autour de ses seins.

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Présente édition : traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin, Editions Folio, 7 mai 2009, 109 pages

Voir également :
- Le meurtre d’O-Tsuya (お艶殺し) - Junichirô Tanizaki (1915), présentation 

dimanche, 01 février 2009

Dojoji et autres nouvelles - Yukio Mishima - 1953-1966

bibliotheca dojoji

Initialement parus dans le recueil La mort en été (1966), les quatre textes (Dojoji, Les Sept Ponts, Patriotisme et La Perle) de Dojoji et autres nouvelles de l'écrivain japonais Yukio Mishima nous font découvrir à la fois de nombreuses particularités de la société japonaise ainsi que les multiples facettes et talents de l'auteur. D'une étrange vente aux enchères dans une boutique d'antiquaire, au rituel sacrificiel du seppuku d'un officier, en passant par l'univers plein de superstition des geishas à la cérémonie du thé, Mishima étonne et bouleverse par ces quatre situations toujours tragiques, parfois en même temps comique. La nouvelle Patriotisme dans laquelle un jeune officier japonais, juste marié à une femme qu'il aime et dont il est aimé en retour, apprend que ses plus proches compagnons d'armes se sont mutinés contre l'armée impériale, et, qui de peur d'être chargé de leur exécution, décide de se donner la mort rituellement. Cette nouvelle prend une dimensionsupplémentaire en sachant que Mishima lui-même s'est tué de cette même façon et impressionne par le fait que tout est dit dès le début poussant le lecteur à suivre au pas les sinistres préparatifs de ce suicide. le sens de l'honneur est d'ailleurs également le sujet principal de la nouvelle La Perle, dans laquelle quelques amis se déchirent, chacune suspectant l'autred'avoir volée une perle égarée. mais dans toutes ces histoires on ressent l'admiration d'Yukio Mishima pour les rites et traditions de son pays, que ce soit le seppuku, les geishas ou autres.

Dojoji et autres nouvelles est un très beau recueil qui permet de facilement comprendre l'univers de Yukio Mishima.

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dimanche, 19 octobre 2008

Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) - Haruki Murakami - 2000

bibliotheca apres le tremblement de terre

1995, la ville de Kobé au Japon est victime d'un immense tremblement de terre. Kobé est aussi la ville d'origine de l'écrivain japonais Haruki Murakami. Le choc de ce tremblement de terre inspirera l'écrivain dans l'écriture de ces six nouvelles reprises dans ce recueil, qui toutes ont un lien plus ou moins éloigné avec la catastrophe de Kobé. Mais pour Murakami il n'est pas question de décrire le séisme en soi, ou alors ses victimes directes, non, Murakami se concentre sur les conséquences plus psychologiques qu'a eu cet événement tragique pour les habitants du Japon. D'ailleurs le tremblement de terre n'est jamais clairement évoqué. Par exemple dans la première nouvelle la femme de Kamura, après avoir vu les images du tremblement de terre à la télévision, décide de quitter son mari sans dire un mot. L'évocation du tremblement peut à l'inverse faire surgir chez d'autres personnages le sentiment amoureux. Pour Katagiri, médiocre employé de l'administration, ce tremblement lui inspire la vision d'une grenouille géante venant l'avertir de la catastrophe et lui demandant son aide pour sauver la ville. Dans tous les cas le tremblement vient bousculer l'équilibre intérieur de chacun, un peu comme l'écho du séisme qui se propage au sein de tous, et cela peu importe son âge ou sa condition.
Par une écriture fluide et limpide, Haruki Murakami réussit à donner une force émotionnelle et psychologique immense à ses récits qui emporteront le lecteur au fin fond des tremblements qui secouent sans cesse l'âme humaine.

A noter que que le titre original du recueil Après le tremblement de terre : Kami no kodomo-tachi wa mina odoru est le titre de la troisième nouvelle: Tous les enfants de Dieu savent danser.

Les nouvelles reprises dans ce recueil sont:
- Un ovni a atterri à Kushiro
- Paysage avec fer
- Tous les enfants de Dieu savent danser
- Thaïlande
- Crapaudin sauve Tokyo
- Galette au miel

A lire!

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Voir également :
- Sommeil (Nemuri) - Haruki Murakami (1989), présentation et extrait
- 1Q84 : Livre 1, Avril, Juin - Haruki Murakami (2009), présentation et extrait
- 1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre - Haruki Murakami (2009), présentation
- 1Q84, Livre 3 : Octobre-Décembre - Haruki Murakami (2009), présentation

samedi, 31 mai 2008

Ring (Ringu) - Koji Suzuki - 1991

bibliotheca ring

Asakawa, un jeune journaliste travaillant pour un grand journal de Tokyo, apprend par le plus pur des hasards la mort quasi simultanée à des endroits bien différents de quatre adolescents, qui de plus se connaissaient. Et tous sont morts de façon inexpliquée. S'agirait-il d'un virus, d'un ou plusieurs assassins particulièrement doués... en tout cas Asakawa décide d'enquêter. Il découvre rapidement que les quatre jeunes ont passé une soirée ensemble dans un pavillon de vacances, et cela exactement une semaine avant de mourir. Il décide de se rendre sur place et dans le but de mieux comprendre ce qui a pu se passer, il décide d'y passer la nuit. Durant la soirée il découvre une cassette vidéo et décide de la regarder. Devant ces yeux défilent des images des plus étranges et qui lui procurent une étrange sensation d'angoisse. La cassette se termine sur un terrible message: tous ceux qui auront regardé ce film mourront dans exactement une semaine. D'un coup Asakawa comprend ce qui est arrivé aux quatre adolescents et il ne lui reste plus qu'à attendre sa mort... à moins qu'il n'arrive à conjurer le sort de ce film. Commence alors pour Asakawa une enquête qui va le mener à une certaine Yamamura Sadako, une fille avec des pouvoirs étranges et qui aurait réalisé ce film. Mais aura-t-il seulement suffisamment de temps de résoudre cette énigme, sa mort étant programmée pour dans pile une semaine.

Ring n'est que le second roman du romancier japonais Koji Suzuki qui à l'époque de sa parution était encore un parfait inconnu. Le roman devient rapidement un best seller. Deux suites seront écrites: Double Hélice (Rasen, 1995) et Loop (Rupu, 1998). Sortira ensuite Ring 0 (Birthday, 1999), une nouvelle dont l'histoire se déroule avant celle du présent roman. Et tous ces livres ont été d'immenses succès. Mais ce n'est pas tout. Cette série de livres ont donné lieu à de nombreuses adaptations cinématographiques à succès à la fois dans des productions japonaises, américaines et coréennes, des téléfilms et plusieurs séries télévisées, ainsi que des mangas. En bref Ring est devenu un véritable objet culte, principalement au Japon et petit à petit à travers le monde entier.
Pour Koji Suzuki tout commença lors de la découverte d'un étrange fait divers datant du début du 20ième siècle, un fait bien morbide puisqu'il tourne autour de deux femmes Chizuko Ofuna et Sadako Takahashi qui ont toutes deux ont été des sujets du professeur Tomokichi Fukuri (1869 - 1952), enseignant à l'université de Tokyo et menant des études de télépathie jusqu'en 1910 où il fut discrédité en public. Suite à cette malheureuse aventure Chizuko Ofuna se suicida, en revanche on perdit toute trace de Sadako…qui aujourd'hui, grâce aux romans de Suzuki, est devenue une véritable légende.
Mais derrière tout cet engouement publique, qu'en est-il réellement du roman. Il n'y a que bien peu à dire, c'est parfaitement réussi. L'auteur réussit à rendre son histoire tout à fait crédible et le lecteur accroche du début jusqu'à la fin. Le montage est parfait, la tension réelle et le suspense ne fait qu'augmenter. Le style d'écriture est un peu plat mais au bout de quelques pages ce défaut est vite oblié tant l'histoire est fascinante. Certains critiqueront cependant la légèreté de ce roman qui ne véhicule fianlement guère de message quelconque et ne sert qu'au seul et unique but de divertir. Mais au moins cela est bien réussi.
Seul point réellement dérangeant est la quantité de fautes de frappe et de traduction dans la version française du roman qui laisse présager la hâte qu'avait l'éditeur à publier ce roman suite à l'immense succès qu'a connu le film de Hideo Nakata, sorti bien avant en Europe.

A lire !

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22:42 Écrit par Marc dans Suzuki, Koji | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fantastique, horreur, ring, koji suzuki, litterature japonaise | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 28 avril 2008

Hôtel Iris (Hoteru Airisu) - Yoko Ogawa - 1996

bibliotheca hotel iris

Dans une station balnéaire, Mari une adolescente travaille avec sa mère dans l’Hôtel Iris dont la famille est propriétaire. L’hôtel n’est guère reluisant et attire une clientèle parfois étrange et recherchant souvent la discrétion. Mère et fille sont voués corps et âmes à l’hôtel, Mari ayant même dû abandonner ses études pour aider sa mère en tant que réceptionniste de l’hôtel. Mais sa vie se limite à son travail qu’elle ne quitte que pour faire quelques courses. Un soir l’hôtel devient le théâtre d’un incident : une prostituée quitte en fureur un vieillard qui avait loué une chambre en faisant un scandale sans pareil dans le hall. En voyant le vieil homme, Mari en est tout de suite fasciné, quelque chose dans sa voix, dans son comportement l’attire irrémédiablement à lui. Malgré son âge bien plus avancé, son passé trouble et sa mauvaise réputation, Mari va tout faire pour retrouver cet homme et se lier à lui. Elle le retrouvera quelques jours plus tard et se donnera petit à petit complètement à lui, quitte à subir avec un certain plaisir caché toutes ses perversités dominatrices. Mais cette relation aussi passionnée que dangereuse ne pourra durer éternellement et un drame se prépare…

Hôtel Iris est un magnifique roman de l’écrivaine japonaise Yoko Ogawa qui, ici, emmène son lecteur dans une sombre et glauque histoire d’amour, de désir et de mort entre un vieillard et une adolescente, un amour sans limites entre deux âmes perdues qui se retrouvent ici dans une relation interdite qui ne pourra être que fatale. Comme toujours dans les écrits de Yoko Ogawa, c’est l’atmosphère étrange et malsaine qui frappe avant tout, et le lecteur est comme aspiré dès les premières pages dans les tréfonds psychologiques et pervers des personnages de l’histoire. C’est dérangeant, malsain, mais toujours captivant. De plus il y a le style de Yoko Ogawa, un style direct, épuré, précis, sans métaphores, sans trop de descriptions, guère d’adjectifs. Ses personnages parlent à peine, ils agissent. Pas non plus de monologues intérieurs, l’écriture précise permet au lecteur de tout comprendre via les comportements de chacun et par les nombreux non-dits qui semblent chez Ogawa en dire bien plus que de nombreuses phrases. Les différents personnages sont parfaitement caractérisés, et leur évolution est parfaitement décrite. Cependant cette ambiance lourde, le contenu malsain, en plus d’un rythme assez lent, risque de ne guère accrocher certains lecteurs.

Hôtel Iris est un étonnant et troublant roman qu’on ne peut que recommander.

A lire absolument !

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Voir également :
- L'annulaire (Kusuriyubi no hyohon) - Yoko Ogawa (1994), présentation et extrait

22:37 Écrit par Marc dans Ogawa, Yoko | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yoko ogawa, romans psychologiques, litterature japonaise | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!