mercredi, 15 mai 2013

SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie - Gérard De Villiers - 2013

sas,malko linge,gerard de villiers,197,les fantomes de lockerbie, tunisie,lockerbie, lybie,espionnage,romans d espionnage,litterature francaise,thrillers, litterature erotiqueUne voiture sortit du parking situé sur la gauche de l'hôtel et vint s'arrêter devant, juste en face de la porte tournante où Malko était coincé.

Une Alfa-Roméo blanche.

Malko vit sa glace s'abaisser pour laisser passer le canon d'une Kalachnikov.

Il était piégé comme un rat.

21 décembre 1988, un Boeing de la PanAm explose au-dessus du village écossais de Lockerbie. La Lybie est montrée du doigt, mais les Américains suspectent un autre commanditaire : l’Iran. Avec le temps qui passe l’enquête ne tient plus à grand-chose. Sauf que, depuis les révolutions arabes et la mort de Khadafi, certains ainsi hauts dignitaires libyens sont en fuite et l’un d’entre eux, Choukri El Jallah, pourrait révéler toute la vérité aux Américains. Seul problème il refuse de parler, d’ailleurs il se fera rapidement tuer. L’agent très spécial Malko Linge est chargé de trouver la maîtresse de El Jallah, la magnifique Jezia, qui pourrait avoir récupéré des données de son amant. Mais elle aussi devient rapidement la cible de mystérieux assassins...


Evidemment les romans de Gérard de Villiers avec leur mélange d’action, de sexe et d’espionnage, ne sont guère des chef-d’œuvre, mais hélas avec ce 197e tome de la série SAS : Les fantômes de Lockerbie, on touche le fond, tant l’ensemble manque d’un quelconque intérêt, et on y retrouve guère les quelques qualités habituelles de ces romans. L’auteur remplit ses 300 pages avec une histoire qui jamais ne devient réellement crédible et surtout ne nous emporte jamais.

Bref, mieux vaut ne pas s’attarder ici, ceci aussi pour les fans de la série

Dommage.

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Extrait : premier chapitre

Le timbre de la sonnette avait un son assourdi par l’épais battant d’acajou de l’unique porte palière. Malko attendit après avoir sonné, prêtant l’oreille. Aucun bruit ne filtrait de l’appartement, situé au dernier étage de cet immeuble moderne du bord de mer, avenue Kafr El Dinh, juste avant l’énorme mosquée aux minarets bleus, construite par feu Rafik Hariri en bas de l’ancienne place des Canons devenue place des Martyrs.


Malko n’avait croisé personne depuis qu’il avait garé sa voiture de location dans le parking en plein air, à côté de la mosquée. La porte de cet immeuble luxueux au sol de marbre s’était ouverte sans difficulté lorsqu’il avait composé le code fourni par Mitt Rawley, le chef de Station de la CIA à Beyrouth.

Aucun gardien dans le hall. Juste du marbre grège et de grands miroirs. On se serait cru dans la maison de la Belle au Bois Dormant. Malko appuya de nouveau sur la sonnette de l’appartement du septième étage.

Sans plus de résultat.

Il colla son oreille au battant, sans percevoir le moindre bruit venant de l’intérieur.

Agacé, il laissa alors carrément son index sur le bouton de la sonnette. On ne pouvait pas ne pas l’entendre. Ou l’appartement était vide ou on ne désirait pas ouvrir. Il prit alors son portable et appela Mitt Rawley.

– Vous êtes sûr qu’il est là ? demanda-t-il, lorsque l’Américain eut répondu.

– Certain, affirma le chef de Station de la CIA. Il ne sort pratiquement pas. Il faut insister. Cet enfoiré se terre. Il doit être mort de peur.

– Je ne peux quand même pas enfoncer la porte, objecta Malko.

– Insistez, répéta l’Américain. Il va bien finir par ouvrir.

– Vous êtes optimiste !

Quand Malko remit son portable dans sa poche, la situation en était au même point. Il essaya d’ébranler le battant, sans parvenir à le faire bouger d’un millimètre. C’était de l’acajou épais, et, en plus, il devait être renforcé par une plaque de blindage comme cela arrivait souvent à Beyrouth, dans les appartements de luxe. Il demeura planté sur le palier, furieux qu’on lui ait confié cette mission idiote.

Un quart d’heure s’écoula encore, ponctué par les coups de sonnette exaspérés de Malko. Sans le moindre résultat. Choukri El Jallah, le responsable officiel des investissements du Fonds souverain libyen en Afrique, n’avait pas envie de recevoir de visites.

La CIA le traquait depuis le moment où il avait quitté la Libye par la route, afin de gagner la capitale du Niger, Niamey. C’est là que, pour la première fois depuis son départ précipité de Libye, fin 2011, l’Agence américaine avait retrouvé sa trace.

Il s’appelait désormais officiellement Mohammed Arlit, avait la nationalité nigérienne et un magnifique passeport diplomatique qui lui permettait de se déplacer à travers le monde sans trop de problèmes. À condition de sélectionner ses points de chute.

La rumeur à Niamey disait qu’il n’avait payé son passeport que 50 000 dollars, somme modeste en regard des bontés qu’il avait eues jadis pour le Niger, via son Fonds souverain. Après Niamey, il s’était envolé pour Zurich en compagnie d’une magnifique jeune femme qui aurait pu être sa fille et qui voyageait, elle aussi, avec un passeport nigérien, le jumeau de celui de Choukri El Jallah.

Depuis son départ de Niamey, des agents de la CIA s’étaient relayés pour le suivre à la trace, sans pouvoir faire plus, à cause de son statut de diplomate.

Ce n’était pas pour lui arracher les secrets de ses investissements africains, mais pour une raison beaucoup plus sérieuse. En sus de son rôle officiel, Choukri El Jallah était le financier de toutes les opérations clandestines commandées par le responsable des Services libyens, Abdallah Senoussi. Choukri El Jallah avait donc les archives de tous les attentats financés par la Libye, ce qui intéressait beaucoup la CIA.

En effet, Abdallah Senoussi, le responsable de tous les coups tordus des Libyens avait été livré au nouveau pouvoir libyen et on ne risquait pas de le revoir de sitôt, les thuwars 1 s’étant appliqués à lui arracher tout ce qu’on pouvait arracher du corps d’un homme sans le tuer.

Le seul récipiendaire atteignable des secrets libyens était donc Choukri El Jallah.

Après Niamey, il avait été à Genève où résidaient sa femme et ses trois enfants, qu’il avait mis à l’abri depuis longtemps dans une somptueuse villa de Cologny, face au lac, achetée pour la modique somme de vingt-deux millions de francs suisses.

De là, toujours suivi par les agents de la CIA, il avait gagné Zurich par le train pour rendre visite à une succursale de l’Arab Bank, où il avait procédé à des opérations financières que la CIA n’avait pas pu percer à jour. Il était ensuite retourné à Genève, dans sa famille, tandis que sa ravissante compagne s’était installée au Noga Hilton.

Sous le nom de Mabrouka Arlit.

De Genève, il avait gagné Vienne, en Autriche, s’installant dans une suite de l’Hôtel Impérial. Son séjour avait duré six mois et il en avait profité pour faire la tournée de plusieurs banques. Transférant ou vidant systématiquement les comptes ouverts à son nom. Sans que personne ne puisse faire quoi que ce soit.

Après Vienne, il avait gagné Beyrouth, à la grande surprise de la CIA. En effet, les Libyens kadhafistes n’étaient pas en odeur de sainteté auprès des Chiites libanais, depuis la disparition, dans les années quatre-vingt, de l’imam Moussa Sadr, haute autorité religieuse chiite qui était arrivé en Libye, mais n’en était jamais ressorti.

Un homme porteur de son passeport avait bien pris un vol Tripoli-Rome, mais la police italienne avait découvert que la photo du document avait été changée.

Les Chiites libanais étaient persuadés que le colonel Khadafi avait fait assassiner l’iomam Moussa Sadr à la demande de l’ayatollah Khomeiny qui jalousait son autorité religieuse…

Aussi, depuis son arrivée à Beyrouth, Choukri El Jallah s’était-il montré extrêmement discret… Seule la CIA connaissait son adresse, cet appartement de l’avenue Kafr El Dinh, appartenant au beau-frère libanais de Choukri El Jallah, marié à la sœur de ce dernier. Évidemment, à Beyrouth, il n’était pas aussi en sécurité qu’en Suisse ou en Autriche.

Les Libyens du nouveau régime auraient donné n’importe quoi pour le capturer et le découper en morceaux, d’autres l’auraient volontiers attrappé vivant pour lui faire livrer les secrets de ses comptes bancaires où dormaient encore beaucoup de millions.

En plus, pas mal de gens mêlés aux opérations clandestines de Kadhafi auraient bien aimé le voir mort, car les morts ne parlent pas…

La CIA avait découvert rapidement la raison de ce séjour à risques au Liban : Choukri El Jallah venait vider un certain nombre de comptes bancaires sur lesquels il avait transféré des sommes importantes. Le Liban était un des rares pays au monde où on pouvait sortir d’une banque avec des valises de billets sans le moindre problème. Son séjour ne pouvait se prolonger : les Américains avaient appris que Choukri El Jallah avait demandé l’asile politique à la Suisse et qu’il avait de grandes chances de l’obtenir, étant donné sa surface financière et son profil de retraité.

Une fois dans sa somptueuse villa de Cologny, il pourrait couler des jours tranquilles. Il avait largement de quoi s’offrir une armée de gardes du corps. De toute façon, les autorités suisses détestaient que les étrangers viennent régler leurs comptes chez eux.

Quelques années plus tôt, ils avaient expulsé une équipe du MI 6 britannique qui avait l’intention d’assassiner le président yougoslave Milosevic en leur disant sèchement : « Allez faire vos saletés ailleurs ! »

La neutralité suisse n’était pas un vain mot.

Si la CIA avait fait appel à Malko, l’arrachant à ses bals de la Haute-Autriche, c’était à la demande de Mitt Rawley qui l’appréciait beaucoup, lui et sa connaissance du Liban.

Ils avaient peu de temps devant eux. Une fois en Suisse, Choukri El Jallah garderait ses secrets. Or, il y en avait un que les Américains tenaient particulièrement à percer…

Malko appuya une ultime fois sur la sonnette. Pour un résultat identique. Il commençait à avoir faim et se dit qu’il n’allait pas passer la nuit là.

Il se retourna pour appuyer sur le bouton de l’ascenseur. Son pouls grimpa au ciel : le voyant rouge clignotait, la cabine était en train de monter.

Il se pencha pour voir le dessus de la cabine se rapprocher. Comptant les étages.

Troisième, quatrième, cinquième, sixième... L’appareil continuait à monter. Quelques secondes plus tard, Malko ne se posa plus de questions : l’ascenseur venait à son étage. D’ailleurs, celui-ci s’arrêta quelques instants plus tard au septième et la porte en verre dépoli s’ouvrit, poussée par l’occupant de la cabine.

Le battant fut repoussé d’une main vigoureuse et une femme émergea de l’ascenseur.

Malko en eut le souffle coupé : c’était une des créatures les plus séduisantes qu’il ait jamais croisées. Une grande brune, avec les cheveux attachés en queue de cheval, encadrant un visage longiligne avec d’immenses yeux noirs aux cils interminables.

Elle était vêtue d’un cachemire noir moulant une poitrine aiguë et d’un jean très ajusté, glissé dans des bottes à hauts talons. Une large ceinture terminée par une grosse boucle dorée pendait sur son ventre plat.

En plus d’une plastique parfaite, cette inconnue dégageait une sensualité animale palpable, mais elle n’avait rien d’une Poupée Barbie. Le regard qu’elle posa sur Malko était totalement inexpressif. Silencieuse, elle lui tint pourtant la porte de l’ascenseur pour qu’il puisse la remplacer dans la cabine. Il saisit la poignée de la porte et la laissa se refermer, restant sur le palier.

Le regard de l’inconnue s’assombrit imperceptiblement.

1. Résistants.

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Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

lundi, 07 janvier 2013

SAS, tome 132 : L’espion du Vatican - Gérard de Villiers - 1998

gerard de villiers, litterature francaise, litterature erotique, sas, malko linge, vatican, triple meurtre du vatican, romans d espionnage, thrillersLe prêtre se retourna d'un bloc. Malko vit un visage brutal, des yeux très enfonçés à l'expression glaciale, un nez épaté. Il leva à nouveau son bréviaire et Malko aperçut une ouverture ronde dans la tranche du livre dissimulant le canon d'une arme cachée à l'intérieur du bréviaire. Il vit l'index du prêtre enfoncé à l'intérieur du bréviaire se crisper. Il allait lui tirer une balle dans la tête.

A cette distance, même une balle petit calibre faisait des dégâts irréparables dans un cerveau humain...

Tétanisé, il se dit qu'il allait mourir.


Mai 1998, le Vatican devient la scène d’un triple meurtre lorsque le jeune garde suisse valaisan Stephan Martigny est abattu par son confesseur  qui tue dans la foulée le commandant de la garde, ainsi que l’épouse de celui-ci. Ce triple meurtre sera maquillé en un coup de folie du jeune valaisan qui aurait été humilié par son supérieur, et l’aurait donc tué avant de se suicider. L’ecclésiastique ensuite disparaît ne laissant aucune trace derrière lui.
Bref, tout ressemble à un horrible fait divers, sauf que la CIA décide de s’y intéresser car sur les trois victimes, deux étaient des agents secrets agissant pour les comptes de parties adverses. Et lorsque deux agents meurent dans une même affaire, on ne peut que suspecter qu’une manipulation de quelconques services secrets. Et pour démêler le tout la CIA fait appel à Malko Linge qui ne tardera pas, au péril de sa vie, à lever le voile sur cette sombre affaire...

Ce 132e tome de
SAS des aventures de Malko Linge, L’espion du Vatican, reparaît en 2012 après une publication initiale en 1998, suite à un fait divers qui le 4 mai 1998 a fait du Vatican le théâtre d’un triple meurtre : Le 4 mai 1998, trois personnes sont retrouvées mortes dans les murs de la cité épiscopale : Aloïs Estermann, le chef des gardes suisses, nommé la veille, son épouse et un jeune vice-caporal de la garde. L'enquête, menée en interne par un juge du Vatican, aboutit très vite. Cédric Tornay, le jeune garde suisse, a laissé derrière lui une lettre de suicide non signée adressée à sa mère et expliquant son geste. Mais de nombreux points sombres, mals expliqués par les autorités vaticanes, ou simplement laissés de côté vont laisser libre cours à de multiples fantasmes de complots, surtout lorsque surgit l’information qu’Estermann et son épouse étaient deux agents secrets, l’un anciennement à la solde de la RDA, son épouse à celle de la CIA, et le jeune Tornay actif au Renseignements du Vatican. Encore aujourd’hui des doutes subsistent sur cette affaire, la mère de Tornay ayant fait demande au pape Benoît XVI fin 2011 de rouvrir l’enquête sur base qu’elle ne reconnaît pas l’écriture de son fils sur la lettre non signée que ce dernier lui aurait laissée juste avant son coup de folie.
Et Gérard de Villiers se base sur versions alternatives de la version officielle pour monter son roman d’espionnage, cela avec le talent qu’on lui connaît pour mêler des intrigues d’espionnage bien violentes aux aventures plus sexuelles du séduisant agent de la CIA dans ce qui à l’image de toute la série des SAS constitue le meilleur de la littérature dite de gare à la française, avec tous ses poncifs et défauts. Les amateurs s’y retrouveront.

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Extrait : premières pages

Stephan Martigny courut jusqu’à sa vieille Alfa 33 blanche garée devant il Torrione, la tour ronde du XVe siècle qui abritait l’IOR, la banque du Vatican, juste après les trois corps de bâtiment parallèles où logeaient les Gardes Suisses et leurs officiers. Il garait sa voiture devant les murs épais aux pierres disjointes, comme les autres Gardes suisses possédant un véhicule. Il sauta au volant, si énervé qu’il dut s’y reprendre à trois fois pour mettre en route. Après une marche arrière, il dévala l’allée en pente douce menant à la Porte Sainte-Anne, la seule entrée du Vatican ouverte en permanence, dont la grille était encadrée de sévères colonnades surmontées d’aigles plus guerriers que religieux. Les larmes brouillaient la vue du jeune Garde suisse, ses mains tremblaient sur le volant. Il ne répondit même pas au salut de son collègue en tenue bleue, coiffé d’un énorme béret, qui interdisait aux visiteurs non attendus de s’aventurer au cœur du Saint-Siège.

Le feu à la grille était au rouge, interdisant la sortie, mais Stephan Martigny le grilla et tourna à gauche dans la via di Porta Angelica, le long de la muraille sud du Vatican, en sens unique jusqu’à la piazza del Risorgimento.

Il était un peu plus de sept heures et demie du soir et la circulation était intense dans le Borgo encombré de cars pleins de touristes harassés et d’innombrables voitures particulières. Stephan Martigny se faufilait comme il le pouvait entre les véhicules, les dents serrées, sans souci des coups de klaxon réprobateurs. Pourtant, à Rome, les conducteurs étaient plutôt « cool », les manœuvres les plus inattendues admises et les feux rouges plus proches de l’indication que de l’interdiction. Dans ce carrousel sans fin, seuls les deux-roues avaient du mal à sauver leur peau.

Arrivé enfin piazza del Risorgimento, le jeune Garde suisse descendit ensuite la via Crescenzio jusqu’à la piazza Cavour, rejoignant le bord du Tibre. Là, on roulait un peu mieux. Il tourna à droite et suivit le Lungotevere jusqu’au pont Sisto, pour ensuite s’enfoncer à droite dans le dédale des ruelles sans trottoir du Trastevere, le vieux quartier de Rome, au sud du Vatican. Miracle : il trouva une place, piazza San Giovanni di Malva, et remonta à pied la via Benedetta jusqu’à l’intersection avec la vicolo del Bologne, une ruelle encore plus étroite. Le numéro 61 était une sorte de décrochement collé à l’immeuble voisin comme une verrue, un minuscule bâtiment de guigois d’un seul étage, desservi par une porte de bois marron en haut de trois marches. Seuls les verrous et l’interphone étaient neufs. Stephan Martigny appuya sur le bouton et, dès qu’on lui répondit, lança d’une voix stressée :

— C’est moi !

Le pêne se déclencha, il poussa la porte et se précipita à l’intérieur, grimpant quatre à quatre les marches d’un escalier raide. A vingt-trois ans, athlétique, il était en pleine forme physique.

Une splendide jeune femme, moulée par une robe noire très fluide découvrant une épaule et fendue très haut sur la cuisse gauche, l’attendait en haut des marches, un verre à la main. La masse de ses cheveux acajou cascadant sur ses épaules contrastait avec d’étonnants yeux bleus.
Elle était pieds nus et le vernis de ses ongles renvoyait à son épaisse bouche pulpeuse dans laquelle on avait envie de mordre.

Stephan Martigny s’immobilisa en face d’elle, essoufflé. Elle découvrit des dents régulières dans un sourire dévastateur.

— Tu ne me dis pas bonjour ? demanda-t-elle d’une voix douce.

Maladroitement, Stephan enlaça la jeune femme, écrasant sa bouche contre la sienne. C’est pour lui faire plaisir qu’elle l’accueillait pieds nus. Lorsqu’elle portait des escarpins, elle le dominait de ses cent soixante-quinze centimètres, ce qui le vexait.

Leur étreinte se prolongea. Stephan Martigny sentit le corps de la jeune femme se presser contre lui. Pendant quelques secondes, il se sentit merveilleusement bien. La musique sauvage et sacrée de la Misa Criola sortant des haut-parleurs invisibles semblait contrebalancer le côté païen de leur étreinte. L’accalmie dura peu, dans la tête de Stephan. Malgré l’appel muet du corps plaqué contre le sien, de la bouche soudée à la sienne, toute sa frustration et sa fureur remontèrent à la surface.
Pesant sur les hanches de la jeune femme, il la repoussa. Surprise, elle leva la tête et vit ses yeux humides de larmes.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle aussitôt.

La gorge nouée, Stephan Martigny secoua la tête sans pouvoir répondre. C’était la première fois qu’il se sentait comme un petit garçon devant cette femme dont il était éperdument amoureux. Il l’avait rencontrée cinq mois plus tôt. De garde à la Porte Sainte-Anne, il l’avait vue franchir la grille donnant via di Porta Angelica et se diriger aussitôt vers lui. Il faisait froid et elle était enveloppée dans un manteau de fourrure qui ne laissait voir que la masse de ses cheveux acajou et ses superbes yeux bleus.

Avec son immense béret et sa tenue bleue, Stephan Martigny se sentait un peu ridicule. Encore heureux qu’il n’ait pas arboré son grand uniforme, avec le heaume surmonté d’une aigrette rouge, l’armure à mi-corps et l’épée ! Parfaitement adaptée au XVe siècle, cette tenue immuable évoquait plutôt un déguisement de théâtre, à la fin du XXe. Dieu merci, les Gardes Suisses ne portaient cet accoutrement que dans les grandes occasions… Le reste du temps, leur travail consistait à garder les six portes du Vatican et celles des appartements privés du pape, dans des tours de garde qui additionnaient jusqu’à soixante-dix heures par semaine. Lorsque Loretta Obinski s’était approchée de lui, ce jour-là, il allait bientôt terminer le sien.

— Prego. Où est la pharmacie ? lui demanda-t-elle.

En même temps qu’elle lui mettait sous les yeux une ordonnance pour un antibiotique, elle lui avait expliqué que son pharmacien en ville n’avait pu lui fournir le médicament et lui avait conseillé de s’adresser au Vatican. La pratique était courante, la pharmacie du Saint-Siège étant la mieux achalandée de la capitale et aussi la moins chère, la TVA étant inconnue au Vatican. Par souci humanitaire, les consignes des Gardes suisses étaient de ne jamais refuser l’accès à la pharmacie, située juste au-dessus du bureau de poste du Saint-Siège, mais d’y accompagner les visiteurs. Aussi, Stephan Martigny avait-il guidé l’inconnue jusqu’à l’officine. L’observant tandis qu’elle se faisait servir, il avait pensé qu’à côté de cette rousse resplendissante, sa petite amie Gina lui semblait tout à coup bien fade.

Une fois servie, elle s’était retournée vers lui, avec un sourire éblouissant.

— Merci !

Stephan Martigny, intimidé, avait rougi et il l’avait raccompagnée jusqu’à la grille. Le claquement de ses hauts talons sur les pavés lui avait apporté quelques instants de rêve. La vie de Garde suisse n’était pas drôle, entre les interminables tours de garde, la solde misérable et les multiples brimades infligées par les quatre officiers suisses allemands qui détestaient les francophones.

Juste avant de disparaître dans la via di Porta Angelica, l’inconnue rousse s’était retournée, plongeant ses yeux bleus dans les siens.

— Vous avez de la chance de travailler ici ! avait-elle soupiré. Cela doit être fascinant…

Stephan Martigny avait rougi encore plus, et balbutié :

— Oh non, pas vraiment…

A brûle-pourpoint, la rousse lui avait soudain demandé :

— Cela vous ennuierait de me parler de la vie au Vatican ?

— Maintenant ?

S’il s’attardait trop avec un visiteur, il risquait d’être puni.

— Non, bien sûr. Quand serez-vous libre ?

Ebloui par sa chance, Stephan Martigny avait lâché rapidement :

— Demain, je suis encore de garde ici et je termine à deux heures. Le temps de me changer, je peux être dehors un quart d’heure plus tard.

— Où cela ?

— Ici, Porte Sainte-Anne.

La belle rousse avait fait la moue.

— Vous connaissez l’hôtel Columbus, via della Conciliazione ?

C’était l’avenue monumentale, bordée d’obélisques supportant des lampadaires, qui descendait de la place Saint-Pierre au Tibre.

— Oui, bien sûr.

— Je vous attendrai au bar. C’est très agréable. Vous pouvez venir à pied.

Ne croyant pas à sa chance, Stephan n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Le lendemain, Loretta Obinski était au rendez-vous. Il avait tout appris d’elle : d’origine tchèque, elle était mariée à un Italien qui la délaissait, ne pensant qu’à ses affaires. Propriétaire d’un petit chantier naval, il voyageait beaucoup.

Cette première fois, ils avaient beaucoup parlé du Vatican… Puis, au fil de leurs rencontres, l’intérêt de Loretta Obinski pour le Saint-Siège s’était émoussé. Le jour où d’une voix égale elle avait proposé à Stephan d’aller prendre un verre dans le studio qu’elle avait gardé depuis ses premiers jours à Rome, le jeune Garde suisse, qui n’était pas idiot, avait compris que son heure était arrivée.
Il l’avait retrouvée près du Vatican au volant du gros 4X4 noir Subaru qu’elle conduisait et elle l’avait emmené vicolo del Bologne dans la drôle de petite maison. Tandis qu’il se tenait gauchement au milieu de la pièce, examinant les lieux, Loretta avait ouvert une bouteille de Taittinger Comtes de Champagne Blanc de Blancs 1990 et rempli deux coupes.

Stephan Martigny n’avait jamais bu de champagne. Les bulles lui étaient rapidement montées à la tête tandis que Loretta Obinski remplissait sans cesse sa coupe de liquide pétillant. C’était comme dans un rêve. Ils étaient assis sur le même canapé rouge, et Loretta croisait et décroisait ses longues jambes découvertes par la courte jupe de son tailleur vert. Par l’échancrure de la veste, il apercevait le feston de dentelle d’un soutien-gorge noir bien rempli. Et il y avait le regard insistant, amusé et trouble, posé sur lui. Quand il s’était penché, glissant une main maladroite entre les revers de la veste pour saisir un sein lourd et ferme, Loretta s’était simplement penchée et lui avait offert sa bouche et sa langue.

De lui-même, Stephan avait trouvé le chemin de son ventre, alors qu’elle décroisait les jambes pour l’aider. Elle avait gémi, massant son membre raidi à travers son jean. Comme il n’arrivait pas à défaire sa jupe, elle s’était levée et, en quelques gestes, s’était dépouillée de son tailleur, ne gardant qu’un soutien-gorge, une culotte de dentelle noire, et une élégante Breitling Callistino au bracelet de crocodile orange.

Elle l’avait tiré par la main jusqu’au lit, se débarrassant de sa culotte au passage. Bandant comme un cerf, Stephan s’était retrouvé fiché en elle jusqu’à la garde, la martelant comme s’il voulait l’ouvrir en deux. Loretta tanguait sous lui, la bouche ouverte, les traits déformés par le plaisir, ses mains accrochées dans son dos, clouée comme un papillon par son membre puissant qui n’avait jamais été à pareille fête… Loretta haletait, repliée comme une grenouille, ses longs cheveux acajou épars autour d’elle. Lorsque Stephan s’était répandu dans son ventre et qu’elle avait hurlé, il s’était senti le maître du monde.

Ils étaient tous les deux inondés de sueur. Loretta avait les yeux au milieu du visage et les quelques mots qu’elle avait soufflés dans l’oreille de son jeune amant l’avaient propulsé au comble du bonheur.

— Quand je t’ai vu la première fois, je t’ai trouvé très beau et j’ai eu tout de suite envie de toi.

Lorsque Stephan Martigny avait regagné sa chambre, au troisième étage du quartier des Gardes Suisses, il flottait sur un petit nuage rose. Claude, son meilleur copain, l’avait accroché dans le couloir.

— Qu’est-ce que tu as ? Tu as l’air bizarre.

— Rien ! avait juré Stephan, avant de filer dans la chambre qu’il occupait seul grâce à son grade de vice-caporal.

Là, étendu sur son lit, il s’était repassé le film des dernières heures. Dans un état second.

Comment une femme aussi belle que Loretta avait-elle pu s’intéresser à un jeune homme un peu fruste déguisé la moitié du temps en soldat d’opérette, pour gagner un million huit cent mille lires par mois ?

Les semaines avaient passé. Ils s’étaient revus régulièrement, pas assez souvent au goût de Stephan. Ils allaient au restaurant, à la plage d’Ostie, dans sa vieille Alfa 33 blanche, dans des trattorias, ou visiter des musées. Le jeune Garde suisse était éperdument amoureux. Loretta était devenue, plus que sa maîtresse, sa confidente, son conseil. Stephan était plus intime avec elle qu’avec sa mère.

Hélas, Loretta ne le voyait qu’au compte-gouttes, lorsque son mari lui en laissait le loisir. Parfois, même lorsqu’ils n’avaient pas rendez-vous, Stephan Martigny venait rôder vicolo del Bologne, flairant les lieux comme un animal.

En dépit de sa liaison, il avait conservé sa « fidanzata », Gina, une brune piquante qui lui reprochait sa nouvelle froideur : il était incapable de tromper Loretta. Avec Gina, il sortait avec ses copains, allait au cinéma, manger des glaces ou faire du roller, mais il taisait jalousement à tous l’existence de Loretta, qui lui avait fait jurer de garder le silence sur leur liaison. Il n’y avait qu’une exception à cette règle : le Père Hubertus, son confesseur, à qui Stephan avait voulu présenter sa conquête. Même à sa mère, qui vivait en Suisse, il n’en avait pas parlé.

Toutes leurs rencontres se déroulaient de la même façon. Stephan se jetait sur Loretta et lui faisait l’amour avec violence, le plus longtemps possible. Ensuite, nus, ils bavardaient en vidant une bouteille de Taittinger. Une fois, Stephan, qui devait rentrer à une heure, s’était endormi, pour ne se réveiller qu’à sept heures du matin… L’incartade lui avait valu une sévère punition.

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Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 17 octobre 2012, 313 pages
ISBN-10: 2360532863 / ISBN-13: 978-2360532865

Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
- SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
- SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

vendredi, 23 novembre 2012

SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers - 2012

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Le Malien commença à déboutonner l'ample chemise bleue portée par-dessus son pantalon.

Malko sentit son sang se figer. Entre la chemise et le torse de Boubacar Wagué, il y avait un véritable plastron d'explosifs, maintenu par une armature de cerceaux métalliques qui l'empêchait de s'en débarrasser.

Ils allaient mourir tous les deux.

2012 au Mali. Le Nord du pays a été pris par des groupes islamistes armés qui peu à peu avancent vers la capitale, Bamako, délaissée par l’armée qui s’est évaporée.
Lorsque Malko arrive au Mali, appelé par la CIA afin de reprendre en main une tortueuse opération de renseignement visant à découvrir les intentions des islamistes, la situation est déjà désespérée. Quand vont-ils frapper ? Nul ne sait. Et pour la CIA il faut coûte que coûte découvrir les intentions de l’ennemi dans l’espoir de trouver de quoi les contrer.
Tout va reposer sur les épaules de Malko qui a en face de lui des adversaires féroces et rusés. Lorsque sa source revient de Gao transformée en bombe humaine, destinée à les transformer tous les deux en chaleur et lumière, tout semble perdu.
C’est un concours de circonstances extraordinaire qui va lui permettre, in extremis, de renverser la situation. Grâce à son sens de l’observation et à son astuce...

Déjà la 195ème aventure du Prince Malko Linge, parcourant le monde en mission pour la CIA et cela sous la plume de l’infatigable auteur et reporter Gérard De Villiers. Toujours la même recette... celle qui marche... action, espionnage et sexe baignant un contexte d’actualité. Hélas ici, Panique à Bamako n’est guère le meilleur de la série. L’intrigue ne prend pas vraiment et c’est bien dommage, car sinon le roman procure un certain plaisir à découvrir une ville abandonnée de tout pouvoir et dans l’attente de ses futurs occupants.

Pour les amateurs de la série.

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Extrait : premier chapitre

Souha, souple comme une liane, sa croupe cambrée moulée dans un pantalon de toile noire serré comme un gant trop petit, les bras noués autour du cou de Ted Schackley, son amant américain, se balançait languissamment contre lui, plantée au milieu de la piste de danse du « Bla-Bla », éclairée par à-coups par des stroboscopes, au son rythmé d’un zouk ivoirien.

La boîte était presque vide: depuis le coup d’État du 22 mars fomenté par le capitaine Amadou Haya Sanogo, officier des «Bérets verts » de l’armée malienne, Bamako s’était vidée comme un évier de la plupart de ses toubabs et ceux qui étaient restés sortaient moins.

Les Maliens n’étaient pas des sanguinaires. Peuple commerçant, pratiquant un islam africanisé, c’est-à-dire extrêmement modéré, ils n’aimaient pas la violence.

Le vieux président ATT chassé du pouvoir, après quelques combats dans le centre de la ville, pour la possession de l’immeuble de la radio-télévision et des heurts à l’aéroport, un calme précaire était revenu dans Bamako, surveillé avec inquiétude par la CDAO.

Le capitaine Sanogo s’était retrouvé tout seul, avec sa Révolution sur les bras et, pour tout arranger, la débâcle de l’armée malienne chassée des grandes villes du nord du pays: Tombouctou, Gao, Kidal, par une coalition improbable de Touaregs de la « Légion islamique » du colonel Kadhafi, revenus de Libye armés jusqu’aux dents, et d’islamistes fanatiques, agglutinés en plusieurs mouvements, sous la houlette de l’AQMI.

Ceux-ci avaient égorgé sauvagement les quelques soldats maliens qui n’avaient pas couru assez vite vers le Sud, abandonnant leurs armes et matériel, puis s’étaient installés dans l’Azawad, la zone désertique du Mali remontant jusqu’à l’Algérie, qui représentait 80 % de la surface du pays.

Proclamant, sous les étendards noirs brodés de sourates du Coran, un califat pur et dur, semblable au régime des Talibans.

Allant jusqu’à « chicoter » les enfants qui osaient encore jouer avec des « playstation », réputées instruments du Diable. Saccageant les bars et les restaurants, interdisant l’alcool et forçant les femmes à se voiler.

Certes, ils n’étaient encore qu’à huit cents kilomètres de Bamako, la capitale du Mali, allongée paresseusement au bord du Niger, mais il n’y avait rien pour les arrêter.

Désormais, une police islamique féroce veillait sur la morale. Un couple ayant eu des relations sexuelles hors mariage avait été fouetté en public à Tombouctou, sous le regard effaré et terrifié de la population.

Alors, Bamako, calme en apparence, vivait au ralenti, la majorité des Blancs ayant fui. Les restaurants étaient vides. L’Hôtel de l’Amitié, 200 chambres en plein centre, avait dû fermer, faute de clients, envoyant les deux seuls qui lui restaient au «El Farouk », planté au bord du fleuve, juste à l’ouest du Pont des Martyrs.

En ce samedi, la vie nocturne avait repris un peu dans les quelques discothèques encore ouvertes. Pour la plus grande joie des quelques toubabs demeurés sur place, la plupart des diplomates demeurant claquemurés dans leurs ambassades respectives.

Ted Shackley, déjà bien imbibé, décida de ne plus bouger, debout au milieu de la piste, Souha, gluée à lui comme un Bernard-l’Hermite à son rocher, son regard légèrement bovin dans le vague, mais son ventre s’agitant efficacement contre celui de l’Américain.

Très jeune pute marocaine, au corps fin et à la morale absente, elle considérait comme une importante promotion sociale d’être la favorite d’un diplomate américain, de surcroît plutôt bel homme, même s’il avait trente ans de plus qu’elle. Sentir son désir se développer contre elle la remplissait de joie.

Du coup, elle accéléra un peu son balancement, et Ted Shackley resserra un peu plus son bras autour de sa taille, l’incrustant contre son érection.

Les ventilateurs marchaient bien et la douce musique rythmée du zouk le plongeait dans un état quasi euphorique. Normalement, il aurait dû se trouver devant sa télé, dans son petit cottage niché au fond des bois, à Mac Lean, en Virginie. Heureux retraité après trente-cinq ans de bons et loyaux services à la Central Intelligence Agency, qui l’avait recruté à la sortie de l’Université. D’abord analyste, puis officier traitant et enfin, chef de Station, il avait été affecté un peu partout dans le monde, en Irak, au Zaïre, au Pakistan, dans tous les points chauds. Divorcé, sans enfant, il s’était laissé pousser la barbe et s’était mis à boire un peu plus que modérément. Faisant honneur au pot d’adieu donné un an plus tôt à Langley pour fêter son départ en retraite de « Senior Officer ».

Retraite qui n’avait duré que quatre mois.

En effet, la CIA cherchait un OT expérimenté pour le nommer à Bamako, au Mali.

N’en trouvant pas!

La plupart des OT étaient mariés et pères de famille. Pas vraiment désireux de quitter la civilisation pour une ville plantée au milieu de l’Afrique. Sans parler des épouses, encore plus réticentes, et des risques courus: violences, mort, kidnapping.

Tout le monde s’était défilé; la CIA, qui comptait de moins en moins de héros, avait fait appel à lui, lui proposant un contrat CDD de deux ans, avec des émoluments agréables. Élément qu’elle n’aurait pas pu proposer à un OT en activité.

Ted Shackley avait signé des deux mains: il commençait à s’ennuyer au fond des bois.

Il ne le regrettait pas, retrouvant avec plaisir l’environnement exotique et sensuel de l’Afrique.

Souha s’agita un peu contre lui et, mentalement, il imagina la grosse bouche se refermant sur son sexe, ce qui faillit le faire éjaculer.

Observatrice, la jeune pute marocaine colla ses lèvres tièdes à son oreille gauche et murmura:

– Tu veux qu’on aille derrière?

– Qu’est-ce qu’elle est bandante, cette salope! murmura Joe Kovarski, affalé sur la banquette de velours rouge, face à la piste du « Bla-Bla », une main crispée sur la cuisse de sa voisine, Bella, une longue Bambara à la poitrine aiguë, gentille pute ramassée à l’Appaloosa, restaurant du centre ville. L’Américain n’arrivait pas à détacher les yeux du couple oscillant sur la piste.

Avec son crâne rasé, ses épaules de Superman, ses traits brutaux et ses pectoraux monstrueux, Joe Kovarski faisait peur. C’est ce qu’il fallait pour être admis dans les « Spécial Forces » américaines. Cent quatre-vingt dix centimètres de muscles. Ses cuisses énormes faisaient éclater son pantalon de toile. La bosse qui grandissait en haut de ses cuisses intéressait beaucoup Bella. Discrètement, elle posa sa main sur le sexe serré dans la toile. Se disant que, dans très peu de temps, elle l’aurait au fond de son ventre. Maîtresse régulière de Joe Kovarski, elle avait pu, grâce à sa générosité, acheter un petit commerce d’alimentation qui faisait vivre sa famille.

À sa droite, son voisin, Dave Nichols, «Special Forces » lui aussi, le clone de Joe, lui tournait presque le dos, occupé à triturer sur toutes les coutures sa compagne Linda, autre jeune Marocaine qui s’efforçait de l’empêcher de lui arracher sa culotte.

Pour les deux membres des «Special Forces », c’était une récréation inespérée. Venus pour entraîner l’armée malienne, ils se retrouvaient au chômage, celle-ci s’étant évaporée dans les sables du désert.

Défaite par les quelques centaines de combattants de la rébellion islamo-touareg.

La plupart des « Spécial Forces » s’étaient repliés sur une base au Burkina-Fasso, ne laissant à Bamako qu’une poignée d’entre eux.

Joe Kovarski et Dave Nichols se contentaient désormais d’escorter l’ambassadrice américaine, lorsqu’elle se hasardait en ville, et de servir d’officiers de sécurité à Ted Shackley, les membres de la CIA n’ayant pas le droit de sortir seuls, la nuit tombée.

Le zouk s’arrêta brutalement et Ted Shackley, précédé par son érection, regagna le box.

D’autorité, le barman apporta une bouteille de champagne. Personne n’eut le cœur de refuser.

Les trois Américains n’avaient plus qu’une idée: profiter amplement de cette soirée de détente bien commencée à l’Appaloosa, de l’autre côté du fleuve, un restaurant tenu par un Français où on mangeait correctement.

Plus sûr que ceux des Libanais. Ceux-ci passant leur temps, par économie, à décongeler et à recongeler leurs gambas importées d’Abidjan par des camions vaguement frigorifiques. En y goûtant, on avait une chance sur deux de mourir ou de rester paralysé.

La bouteille de champagne ne dura que le temps d’une rose. Tous rêvaient désormais d’une bonne récréation sexuelle. Ted Shackley regarda son chronographe et lança:

– On va y aller!

Les deux « Spécial Forces » étaient déjà debout. Le vieil OT de la CIA était leur diamant! Ils l’escortaient souvent lorsqu’il rendait visite à ses contacts, dans des quartiers excentrés.

Pendant qu’il payait, Joe Kovarski se leva, tirant sa copine par la main et fonça vers la sortie, en lâchant:

– On va sécuriser!

Chacun d’eux portait un petit revolver « deux pouces » dans un « anckle holster » G.K. dissimulé par leur pantalon de toile.

Dave Nichols le suivit et ils se retrouvèrent tous les quatre dans la sombre allée de latérite où il y avait encore un peu de vie. Des marchands ambulants, quelques putes en solde et des Maliens appuyés au mur, dormant debout.

Après un regard circulaire, Joe Kovarski lança à son copain :

– Va lui dire que c’est OK. All clear.

Après la clim relative de la boîte, les 38° humides de la nuit tropicale vous tombaient dessus comme une couverture brûlante.

À peine dans la Land-Cruiser, Bella, la fiancée de Joe Kovarski, se colla à lui, massant discrètement le pantalon de toile.

– Où on va? demanda-t-elle.

Évidemment, ils ne pouvaient pas se rendre à l’ambassade américaine.

– On va au Farouk, annonça Joe Kovarski. Il y a la clim et de la bière.

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Présente édition : éditions Gérard de Villiers, 3 octobre 2012, 320 pages
ISBN-10: 2360530534 / ISBN-13: 978-2360530533

 

Voir également :
SAS, tome 83 : Coup d'état au Yémen - Gérard de Villiers (1985), présentation
SAS, tome 84 : Le plan Nasser - Gérard de Villiers (1986), présentation
SAS, tome 85 : Embrouilles à Panama – Gérard de Villiers (1987), présentation
SAS, tome 107 : Alerte Plutonium - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 108 : Coup d'état à Tripoli - Gérard de Villiers (1992), présentation
- SAS, tome 132 : L'espion du Vatican (1998), présentation et extrait
SAS, tome 176 : Le printemps de Tbilissi - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 177 : Pirates ! - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 178 : La Bataille des S-300 [1] - Gérard de Villiers (2009), présentation
SAS, tome 179 : La Bataille des S-300 [2] - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 180 : Le piège de Bangkok - Gérard de Villiers (2009), présentation

SAS, tome 181 : La Liste Hariri - Gérard de Villiers (2010), présentation

SAS, tome 182 : La filière suisse - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tomes 183 et 184 : Renegade - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 185 : Féroce Guinée - Gérard de Villiers (2010), présentation
SAS, tome 186 : Le Maître des Hirondelles - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 187 : Bienvenue à Nouakchott - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 188 : Rouge Dragon [1] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 189 : Rouge Dragon [2] - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 190 : Ciudad Juarez - Gérard de Villiers (2011), présentation
SAS, tome 191 : Les fous de Benghazi - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 192 : Igla S - Gérard de Villiers (2012), présentation 
SAS, tome 193 : Le chemin de Damas [1] - Gérard de Villiers (2012), présentation 
- SAS, tome 194 : Le chemin de Damas [2] - Gérard de Villiers (2012), présentation
- SAS, tome 195 : Panique à Bamako - Gérard de Villiers (2012), présentation
SAS, tome 196 : Le beau Danube rouge - Gérard de Villiers (2013), présentation et extrait
SAS, tome 197 : Les fantômes de Lockerbie (2013), présentation et extrait
SAS, tome 1 , version BD : Pacte avec le Diable (2006), présentation et extraits
SAS, tome 2, version BD : Le sabre de Bin-Laden (2006), présentation et extrait

mercredi, 20 janvier 2010

La brûlure de la neige – Françoise Rey - 1999

bibliotheca la brulure de la neige

L’hiver commence. Romain est chauffeur de car à Valdoré, une station de sports d’hiver. Son boulot est de déposer les touristes arrivants à leurs hôtels respectifs. Sa vie est simple et tranquille. Il se considère comme assez quelconque, et cela dans tous les sens du terme. Cela surtout en opposition à son frère, Mario, qui se débrouille bien mieux que lui dans tous les domaines. Marié, sa femme est partie se reposer avec son fils à la côte. Mais cette vie fort banale va être chamboulée le jour où il se retrouve coincé dans une cabine de téléphérique. Il panique, mais pas autant que la jeune femme coincée avec lui dans la même cabine. Il va la rassurer et ramène la jolie fille à son hôtel, tant elle tremble encore. Et là va commencer une liaison charnelle, unique pour Romain. Lui en tant que homme timide, n’a toujours vu dans le sexe qu’une expression éphémère du désir. Elle par contre est une femme insatiable, désarmante d’indécence, et qui va totalement bouleverser Romain. Mais à fur et à mesure que Romain enfin se dévoile, un mystère grandit autour d’elle. Qui est elle ? Quelle est la raison secrète de sa présence dans cette station de ski ?

L’écrivaine française Françoise Rey est souvent reconnue comme l’une des grandes spécialistes françaises de la littérature érotique, cela surtout depuis la publication de son premier roman La femme de papier, parue dix ans plus tôt en 1989. Dans La brûlure de la neige elle nous conte l’histoire de la relation torride d’un homme timide avec une femme qui va lui faire découvrir bien des choses au sujet de l’érotisme. L’intrigue assez classique en vient vite à son sujet réel : le sexe. Les scènes érotiques, voire pornographiques sont bien nombreuses, et se déclinent la plupart du temps avec une certaine délicatesse et sensibilité. Certaines scènes sont toutefois un peu crus. Jusque là tout va bien, et tout y est pour plaire aux amateurs du genre. Hélas, loin d’être un grand roman, La brûlure de la neige, ne s’impose guère non plus dans son genre. La narration est pénible : en effet le tout est décrit du point de vue d’un homme, mais l’écrivaine ne convainc hélas guère dans cet exercice. Un style d’écriture assez lourd, souvent ampoulé et assez artificiel, rend la lecture encore plus difficile. Un texte chaud et érotique qui finalement laisse plutôt froid, comme de la neige. Et il n’y a guère de brûlure à l’horizon.
 
La brûlure de la neige de Françoise Rey est un roman érotique assez peu convaincant et qui laisse plutôt froid.

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dimanche, 14 décembre 2008

L'attendrisseur - Jacques Serguine - 2007

bibliotheca l attendrisseur

L'été, au bord de la mer les villas sont fraîches et brûlantes. Pour que la petite fille de la voisine, colérique et intenable, se tienne tranquille, "l'attendrisseur" propose un pacte à la mère dépassée: il représentera l'autorité paternelle et viendra régulièrement lui administrer des fessées. Mais, par pur souci d'équité, la mère devra systématiquement subir le même châtiment... Recevoir ou donner des fessées, nombreuses seront celles intrigués par cette pratique au cours de ce chaud été.

L'attendrisseur est le deuxième volet d'une histoire faisant suite à L'Été des jeunes filles, publié en 2005. L'écrivain et essayiste français continue de façon romancée ce qu'il avait débuté avec son essai fétichiste L'éloge de la fessée datant de 1973.
Il est difficile à croire qu'un livre sur la fessée puisse maintenir l'attention du lecteur d'un bout à l'autre, et effectivement ce n'est pas le cas. Le lecteur n'en retiendra qu'un roman érotique un peu long aux scènes répétitives. L'auteur accumule en effet des scènes d'amours féminins, essentellement homosexuels, autour de la seule fessée sans réussir à réellement développer quoi que ce soit De plus le montage du récit est assez confus et le style d'écriture, pourtant brillant par moments, s'avère vite très lourd.

Roman érotique et fétichiste autour de la fessée, L'attendrisseur de Jacques Serguine ne réussit hélas guère à séduire.

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