mardi, 07 septembre 2010

Le dernier chameau et autres histoires - Mohamed Saïd Fellag - 2004

bibliotheca fellag le dernier chameau.jpgCinq nouvelles étonnantes et pleines d’humour, alors qu’elles ont pour la plupart comme toile de fond les massacres islamistes d’Algérie, tel est ce recueil Le dernier chameau et autres histoires écrit par l’écrivain Mohamed Saïd Fellag, bien plus connu en son pays par son métier d’humoriste. D’ailleurs la nouvelle titre, Le dernier chameau, qui nous conte avec beaucoup d’émotion la jeunesse de l’auteur remplie d’aventures burlesques jusqu’à l’indépendance de son pays et son exil en France, a été à la base un spectacle interprété sur scène par l’auteur lui-même. On y retrouve aussi l’histoire d’un auteur de polars à l’inspiration toujours bloquée à la douzième page (Le Syndrome de la page 12), un amateur de poésie qui devient héros malgré d’un fait divers de toute brutalité (Train-Train) ainsi que le témoignage naïf d’une jeune fille d’un massacre sanglant (Rentrée des classes). La meilleure à mes yeux est Un coing en hiver, métaphore burlesque du déracinement culturel et de l’exil de nombreux algériens lors des années qu’a connu le pays.

Finalement, dans toutes ces nouvelles l’humour sert à surpasser la violence du quotidien, cela dans une société qui au fil des ans a de plus en plus perdu toute raison.
L’écriture est riche et vivante, elle entraîne sans jamais lasser, et, au contraire, ne cesse de surprendre. Par moments, toutefois, on y reconnaît l’origine orale de ces textes, surtout la nouvelle Le dernier chameau qui provient d’un spectacle donné sur scène, mais cela ne nuit pas trop au texte. Au contraire cela donne envie de lire à voix haute afin de savourer tout instant.

Le dernier chameau et autres histoires est un recueil édifiant, drôle à souhait, et que l’on ne peut que conseiller.

Comme quoi derrière l’humoriste qu’est Fellag se cache également un grand auteur.

A lire !

Court extrait :

Dans ma petite tête d'enfant, les Français étaient une entité abstraite, et j'étais très impatient de les voir arriver, afin de découvrir comment ils étaient faits. Je n'en dormais plus. Une légende, qui courait depuis la nuit des temps, disait qu'ils étaient d'une grande beauté. Au point que nous utilisions couramment l'expression Yeçbeh am-urumi!, qui veut dire: Il est beau comme un Français! Mais, en même temps, dans l'imaginaire transmis par ma grand-mère, ma mère et mes tantes, ils n'étaient pas tout à fait humains. Ainsi, quand je refusais d'aller au lit, ma mère n'évoquait-elle pas le loup, mais disait d'une voix menaçante: Va te coucher tout de suite, sinon Bitchouh viendra te manger tout cru! Dans les cinq secondes qui suivaient, je dormais à poings fermés, de peur de me faire dévorer par cet ogre, dont les deux syllabes me terrifiaient. Bitchouh était la transcription phonétique kabyle de Bugeaud, l'un des fameux généraux qui avaient " pacifié " l'Algérie, comme on dit chez vous, et auquel les autochtones prêtaient un caractère sanguinaire et monstrueux. Est-ce que les militaires français, malgré leur grande beauté, seraient aussi terribles que leur auguste prédécesseur ?

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Présente édition : Editions J’ai Lu, 25 août 2010, 119 pages

dimanche, 20 juin 2010

La Sale Guerre : Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne - Habib Souaïdia - 2001

bibliotheca la sale guerre

"J'ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J'ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J'ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J'ai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes. J'ai vu trop de choses. Autant d'atteintes à la dignité humaine que je ne saurais taire. Ce sont là des raisons suffisantes, j'en suis convaincu, pour briser le mur du silence."

Habib Souaïdia était un officier dans l'armée algérienne. Il a été entraîné dans ce qu'on appellera "la sale guerre", celle qui déchirera son pays depuis 1992, avec l'arrêt du processus électoral face à la victoire annoncée des islamistes du FIS et qui plongera le pays dans la terreur pendant de nombreuses années entre la barbarie de ces islamistes, mais aussi et peut-être surtout les dérives de l'armée algérienne. Souaïdia va ensuite se réfugier en France et va enfin témoigner sur les horreurs qu'il a vécu. "La Sale Guerre" sortira en 2001 et fera l'effet d'une bombe.

Dans ce livre Habib Souaïdia se présente comme un militaire de coeur, qui poussé par un profond esprit patriotique, va s'engager à l'âge de size ans, en 1985, à l'Ecole des cadets de Koléa, dans la plaine de Mitidja. Un an plus tard, l’école est fermée, et il retourne chez lui, à Tébessa, où il passe son bac. En septembre 1989, il s’engage pour vingt-cinq ans dans l’Armée nationale populaire (ANP) et entre dans le saint des saints : l’Académie interarmes de Cherchell, où est formée l’élite militaire algérienne. Souaïdia va y rester trois ans, afin d'apprendre le métier, que ce soit la conduite de chars ou le maniement des fusils d'assaut Kalachnikov ou missiles sol-sol, les arts martiaux, le génie de combat et bien d'autres.
C'est une époque où l'armée est en grande puissance. Mais le malaise gagne peu à peu le pays, sous la forme d'une opposition religieuse. En effet, dehors, le Front islamique du salut (FIS), créé en mars 1989, conquiert la rue et les esprits. Après le triomphe des municipales de mai 1990, ses militants commencent, là où ils sont en force, à imposer la loi de la chorta islamiya - la police islamique -, notamment aux femmes. Habib, qui ne s’intéresse aucunement à la politique, s’accroche au mythe : ” l’armée était là pour protéger le peuple et la nation, pas pour rétablir l’ordre ou intervenir dans les problèmes intérieurs “. Mais quand éclate la grève insurrectionnelle de mai 1991 au cours de laquelle le FIS réclame la dawla islamiya, la république islamique, il n’en est plus si sûr. Un conflit s'annonçait, d'ailleurs des armes commençaient à circuler aux abords des mosquées.
A la fin de ses trois années de formation, Habib Souaïdia entre en volontaire dans les "forces spéciales". Et la guerre civile commence, l'armée se voyant de plus en plus menacée dans sa position de pouvoir par les islamistes.
Au début, enthousiaste pour ce combat qu'il croit juste, Souaïdia va très vite déchanter. L'armée va tout faire pour sauver sa place au pouvoir au dépit de l'ordre et de la sécurité. Les massacres vont s'enchaîner, se multiplier. Et s'ils ne trouvent plus rien à reprocher aux islamistes, ils vont attribuer leurs propres massacres à ces islamistes. L'Algérie va connaître ses pires heures...

Des années plus tard, après avoir été emprisonné en 1995 et 1999 pour avoir osé dénoncer les exécutions sommaires et questionner la torture, Habib Souaïdia va fournir ce témoignage exceptionnel, question de "ne pas se sentir complice de crimes contre les humanité" dit-il. Et le choc est énorme. Il était difficile d'y comprendre quelque chose lors de cette guerre, ici on la vit de l'intérieur, dans toute son horreur. Sans remettre en question le moins du monde la violence islamiste, Habib Souaïdia dénonce la stratégie du pouvoir militaire – "il faut terroriser les terroristes", qui a conduit à "la mort inutile de dizaines de milliers de civils, que rien ne justifiait". La stratégie d'un pouvoir qui n'a jamais cherché à analyser et à comprendre la situation du peuple algérien, ses motivations sociales et économiques aussi bien que religieuse.
Mais pour lui le combat n'est pas fini, on ne trahit pas l'armée impunément,Habib Souaïdia sera condamné à mort par contumace par un procès militaire algérien. Depuis lors il vit réfugié en France en attente d'un hypothétique réhabilitation.

"La sale guerre" de Habib Souaïdia est un document choc, incontournable sur son sujet, qui permet de mieux comprendre cette guerre obscur qui, pendant des années, a terrorisé tout un pays en massacrant des dizaines de milliers de civils.

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Présente édition : Editions Folio Gallimard, 29 août 2001, 340 pages

lundi, 20 octobre 2008

Le village de l'Allemand, ou le journal des frères Schiller - Boualem Sansal - 2008

bibliotheca le village de l allemand

"Tu n’avais pas le droit de vivre, tu n’avais pas le droit de nous donner la vie, cette vie, je n’en veux pas, elle est un cauchemar, une honte indélébile. Tu n’avais pas le droit de fuir, papa. Je dois assumer à ta place, je vais payer pour toi, papa."

Rachel (pour Rachid-Helmut) et Malrich (pour Malek-Ulrich) Schiller, deux frères nés de l’union d’une Algérienne et d’un Allemand, Hans Schiller, dans un hameau du côté de Sétif. Ils habitent aujourd'hui en France, où ils ont été élevés par un oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, alors que leurs parents sont restés en Algérie. En 1994 les parents sont massacrés avec d'autres villageois lors d'un égorgement collectif par un groupe armé islamiste.
Rachel, le plus intégré et le plus responsable des deux frères, marié à une française, Ophélie, décide de partir en Algérie pour se recueillir sur la tombe de ses parents. Mais il découvre peu à peu qu’un certain nombre de mystères entourent le passé de son père, ce mystérieux allemand qui en 1962 s'installa dans un village perdu d'Algérie pour ne plus jamais le quitter. Dans une petite valise contenant des archives familiales collectées par son père, Rachel découvre l'affreuse vérité:  
Hans Schiller était un gradé nazi, ayant fui après 1945, via la Turquie et l'Égypte, la responsabilité de ses crimes à l'encontre des juifs d'Europe, pour se fondre dans la guerre de libération algérienne. Auréolé par sa condition de moudjahid, il avait épousé la fille du cheikh du village et, héritant de ce titre à la mort de son beau-père, avait fait merveille grâce à son sens de l'organisation. Une intégration parfaitement réussie, en somme, qui n’était pourtant qu’un odieux camouflage.Ces archives qu'il rapporte ne France signeront sa fin. Au fil de ses découvertes il s'abîme dans l'horreur nazie, pour finalement suivre l'itinéraire que son  père aurait dû suivre à travers l'Europe avant de se perdre à jamais au fin fond de l'Algérie. ne pouvant supporter la faute de son père, il finit par se suicider.
Après la mort de Rachel, Malrich, jusque là insoucieux de toutes choses de la société, récupère le journal de son frère à peine décédé. Lui aussi va se mettre sur les traces de son père et sur celles de son frère afin de comprendre toute cette horreur. Alors que ces révélations sur le passé nazi des Schiller ont abattues Rachel, Malrich va en sortir grandi, et saura même utiliser ses découvertes dans un combat bien plus actuel, mais tout aussi semblable, celui contre la montée de l'islamisme dans sa banlieue de Paris et qu'il identifie à des SS en marche.

Dans l'excellent roman Le village de l'Allemand, ou le journal des frères Schiller de l'écrivain algérien Boualem Sansal le lecteur est confronté à destins de deux frères issus d'un mariage mixte qui les relie par les générations à la fois à l'horreur des exterminations du régime nazi, et à celle plus actuelle, des massacres islamistes de l'Algérie des années 1990. Le récit est composé de passages entremêlés issus des journaux intimes des deux frères: au journal de Rachel, sérieux et accablé par la faute de son père, se mêle celui de Malrich, moins sage et plus révolté. L'un, Rachel le mari d’Ophélie (référence au Hamlet de Shakespeare) s’interroge et intellectualise beaucoup, l'autre est très pertinent.
Et conformes à leurs tempéraments, les deux frères vont réagir de façon diamétralement opposée face aux terribles découvertes qu'ils font. Ce récit à deux voix serait selon l'auteur adapté d'un fait réel, disant lui-même dans le magazine Lire: «Ce village existe vraiment, je l'ai découvert par hasard, au début des années 1980, lors d'un déplacement professionnel: un village très charmant, très propre, contrastant avec les localités poussiéreuses de la région. J'ai vite appris que c'était le fait de l'Allemand qui le "gouvernait", un ancien officier SS devenu moudjahid et considéré comme un héros.»
Et comme souvent dans son œuvre Boualem Sansal par son récit s'attaque directement à son pays, ses années noires de la guerre civile de années 1990, victime d'un islamisme qu'il se permet de comparer au nazisme de l'Allemagne des années 1930 à 1940. Une parallèle est également faite entre la montée de cet intégrisme en Algérie et celui qui se fait dans les communautés maghrébines de France. Lui-même dira que «ceux qui ont conduit l'Algérie à la guerre civile ont eu recours aux mêmes méthodes que les nazis: parti unique, militarisation du pays, propagande à outrance, omniprésence de la police, délation, falsification de l'histoire, xénophobie, affirmation d'un complot ourdi par Israël et les Etats-Unis, etc. Dans les banlieues françaises, les islamistes imposent une façon de vivre et procèdent à un embrigadement qui fait penser aux camps de concentration.» Et par là il critique ce manque de travail de mémoire, notamment envers la Shoah, qui aurait pu ou dû empêcher les catastrophes des années 1990 et après. Or tout s'oublie, c'est d'ailleurs cela qui a permis ici à un cruel officier nazi de devenir un exemplaire citoyen algérien. Boualem Sansal va très loin dans ses idées, cela sent même la provocation et ce rapprochement intellectuel entre ces deux périodes risque de faire couler beaucoup d'encre. D'ailleurs le roman a vite été interdit en Algérie et Boualem Sansal ne s'est pas que fait des amis. Mais au-delà de cela le sujet principal reste toutefois  la question de la responsabilité intergénérationnelle, où l'on voit comment l'un des fils de l'Allemand décide de payer pour les crimes commis alors que l'autre essaie d'en tirer les leçons.

A noter cependant le travail assez médiocre de l'éditeur qui, dans cette édition originale, n'a pas cru bon de faire vérifier les nombreuses expressions allemandes citées dont plus de la moitié comportent des fautes graves.

Le village de l'Allemand, ou le journal des frères Schiller
, est un roman très poignant et souvent dérangeant.

A lire !

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14:09 Écrit par Marc dans Sansal, Boualem | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islamisme, nazisme, algerie, litterature algerienne, romans de societe, boualem sansal | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 28 octobre 2007

Cours sur la rive sauvage - Mohammed Dib - 1964

bibliotheca cours sur la rive sauvageLe jeune Iven Zohar est amoureux de Radia et les deux s’apprêtent à se marier. Mais un cataclysme vient mettre fin à la cérémonie et Radia disparaît. Commence alors une longue quête pour Iven afin de retrouver sa bien-aimée. Plusieurs fois il pense la retrouver, elle qui l’attire vers un monde étrange et inconnu, mais en réalité celle qu’il retrouve est Hellé, un démon qui prend l’apparence de Radia dans une ambiance de charme sulfureux. Et ainsi Iven ne cessera plus de chercher Radia qui lui sera à jamais insaisissable.

Mohammed Dib, poète et romancier algérien de langue française, écrit en 1964 Cours sur la rive sauvage, une quête initiatique, onirique, voire fantastique, qui fait un peu suite, tout en restant parfaitement indépendant, à Qui se souvient de la mer, un roman d’amour politiquement engagé paru en 1962. Ici, le récit prend la forme d’un conte, c’est bien plus métaphorique et onirique et l’univers dans lequel Mohammed Dib fait évoluer son personnage principal dans un univers chaotique bien plus ambigu et difficile à cerner. Iven part en quête de son amour qu’il ne trouvera jamais et se perdra de plus en plus dans ce monde qui lui apparaît au fur et à mesure de sa progression de moins en moins compréhensible. L’écriture est difficile et magnifique à la fois, le texte toujours envoûtant et qui apparaît au lecteur tel un songe, voire d’un cauchemar sans fin.

Cours sur la rive sauvage est un magnifique court roman sur la quête de l’amour, très envoûtant, mais qui peut s’avérer assez difficile d’accès.

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15:15 Écrit par Marc dans Dib, Mohammed | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mohammed dib, litterature algerienne, contes, romans initiatiques, poesie, fantastique | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 02 janvier 2007

L'attentat – Yasmina Khadra - 2005

bibliotheca attentat

Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme se fait exploser à l’aide d’une bombe dissimulée sous sa robe. Les victimes sont nombreuses. A quelques mètres de là, le chirurgien Amine, un Palestinien naturalisé Israélien, opère à la chaîne les innombrables victimes de cet horrible attentat.
Amine est un exemple d’intégration. Etudiant, il avait fini premier de sa promotion. Ensuite il s’est parfaitement intégré dans la société Israélienne comptant de nombreux amis, et parmi eux même des personnalités bien placés dans la société. Les conflits dans les territoires occupés sont bien loins de sa vie quotidienne. Sa situation en fait rêver plus d’un.
Mais la réalité va très vite le rattraper. Au milieu de la nuit il est rappelé à l’hôpital pour voir le cadavre de la femme kamikaze qui provoqué ce meurtrier attentat plus tôt dans la journée. Amine ne comprend pas pourquoi on fait appel spécialement à lui. Mais la police, en le faisant venir, ne recherche pas en Amine le médecin. Elle veut qu’il identifie le corps. En effet Amine reconnaît la victime. C’est sa propre femme qui s’est fait exploser tuant de nombreuses personnes.
C'est un séisme pour cet homme qui a toujours refusé de prendre parti dans le conflit qui oppose son peuple d'origine et son peuple d'adoption, se consacrant à son métier et à sa femme qu'il adore. L'enquête qu'il mène le conduit au cœur de l'enfer et le contraint à regarder en face une situation qu'il refuse d'affronter depuis trop d'années.

Quel sujet brûlant qu’est celui des attentats terroristes. Il faut tout le talent d’un grand écrivain pour réussir néanmoins à convaincre sur ce sujet opprimé par les préjugés. Le roman est puissant et ne laissera personne indifférent. Yasmina Khadra embarque le lecteur, à la façon d’un thriller policier, à suivre le héros de cette histoire pour découvrir la vérité sur ce qui s’est passé. Mais cette quête s’avérera terriblement douloureuse. Le destin du médecin, à la vie si stable, va petit à petit basculer dans un chaos semblable à celui de son pays. D’ailleurs petit à petit sa personne va s’assimiler à ce pays chaotique, tiraillé entre deux peuples qui n’arrivent pas à vivre ensemble et où des vivants sont prêts à se sacrifier pour des causes alimentées par la haine et l’humiliation quotidienne. Khadra ne justifie jamais les attentats mais tentent de nous faire comprendre comment et pourquoi l’idée d’un tel acte prend naissance chez certains. Le récit est monté en cercle représentant le cercle vicieux qu’est le conflit, où la violence appelle inlassablement plus de violence. Et Yasmina Khadra réussit à nous amener tout cela avec beaucoup de finesse et d’objectivité.
Mais derrière ce tragique conflit israélo-palestinien se cache également la tragédie d’un couple qui finalement n’a jamais réussi à se comprendre parfaitement et faire part l’un à l’autre de leurs de leurs frustrations. Sihem, la femme d’Amine, en se faisant exploser attaque, détruit également son couple.


Dans ce brillant roman à l’immense succès critique et populaire Yasmina Khadra de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, ancien officier algérien pendant la guerre contre les islamistes dans son pays, continue avec L’attentat d’explorer le domaine de l’intolérance, du fanatisme et de la haine en décrivant des portraits saisissants des passions souvent meurtrières qui agitent le monde musulman. Dans Les Agneaux (1998) il décrit la vie d’un village d’Algérie sous la coupe d’un maquis islamiste, A quoi rêvent les loups (1999) raconte le terrible parcours d’un jeune déshérité devenu émir du GIA, dans Les hirondelles de Kaboul (2002) il nous conte le destin fatal de deux femmes sous le régime archaïque et barbare des talibans et Les sirènes de Bagdad (2006) expose la descente aux enfers d’un jeune homme broyé par le terrorisme.

L’attentat est un roman terriblement percutant, un pur chef-d’œuvre.

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Voir également :
- Les hirondelles de Kaboul – Yasmina Khadra (2002), présentation et extraits

samedi, 04 novembre 2006

Les hirondelles de Kaboul - Yasmina Khadra - 2002

bibliotheca les hirondelles de kaboul

"Une prostituée a été lapidée sur la place. J'ignore comment je me suis joint à la foule de dégénérés qui réclamait du sang. J' étais comme absorbé par un tourbillon. Moi aussi, je voulais être aux premières loges, regarder de près périr la bête immonde. Et lorsque le déluge de pierres à commencé à submerger le succube, je me suis pris à ramasser des cailloux et à le mitrailler, moi aussi. J'étais devenu fou, Zunaira. Comment ai-je osé ?"

A Kaboul, une ville qui se meurt dû au régime impitoyable des talibans, les destins de deux couples vont se croiser jusqu'à un dénouement fatal dont personne ne survivra. Il y a d’un côté Atiq Shawquat, un ancien combattant devenu geôlier et qui a perdu toute sa fierté, et son épouse Mussarat, droite et courageuse mais atteinte d’une maladie incurable. Puis, il y a Mohsen et la belle Zunaira, un couple bourgeois, éduqué et libéral, qui dans la société actuelle afghane n'arrive plus à vivre et s’accroche à l’amour comme pour échapper à la folie et donner un sens à leur existence. Mais les talibans veillent dans une ville que la folie guette et qui est à deux pas de tomber dans le barbarisme le plus total.

Yasmina Khadra, ancien militaire algérien exilé en France et de son vrai nom Mohammed Moulessehoules, nous conte ici un récit terriblement bouleversant. Il s'agît finalement juste d'une histoire d'amour tragique. Mais Yasmina Khadra choisit de placer son histoire dans le cadre du Kaboul des talibans, une ville aux mains du fondamentalisme religieux et qu'il décrit comme "l'antichambre de l'au-delà. Une antichambre obscure où les repères sont falsifiés, un calvaire pudibond; une insoutenable latence observée dans la plus stricte intimité.". Yasmina Khadra lui-même avait été fortement choqué par la montée de ce même fondamentalisme dans son pays d'origine. Au fil des pages de ce récit, surviennent des personnages complexes en quête d'une liberté inespérée et qui périront, non pas en se révoltant, mais juste en voulant vivre. Les hirondelles de Kaboul est une terrible fable noire définitivement pessimiste à l'atmosphère dense et oppressante. Le style est plutôt lyrique sans être trop original. mais la lecture, du à la dureté des propos, est souvent éprouvante.

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Extrait: Avant-propos

"Au diable vauvert, une tornade déploie sa robe à falbalas dans la danse grand-guignolesque d'une sorcière en transe; son hystérie ne parvient même pas à épousseter les deux palmiers calcifiés dressés dans le ciel comme les bras d'un supplicié. Une chaleur caniculaire a resorbé les hypothétiques bouffées d'air que la nuit, dans la débâcle de sa retraite, avait omis d'emporter. Depuis la fin de la matinée, pas un rapace n'a rassemblé assez de motivation pour survoler ses proies. Les bergers, qui, d'habitude, poussaient leurs maigres troupeaux jusqu'au pied des collines, ont disparu. A des lieues à la ronde, hormis les quelques sentinelles tapies dans leurs miradors rudimentaires, pas âme qui vive. Un silence mortel accompagne la déréliction à perte de vue.

Les terres afghanes ne sont que des champs de bataille, arènes et cimetières. Les prières s'émiettent dans la furie des mitrailles, les loups hurlent chaque soir à la mort, et le vent, lorsqu'il se lève, livre la complainte des mendiants au croassement des corbeaux.

Tout paraît embrasé, fossilisé, foudroyé par un sortilège innommable. Le racloir de l'érosion gratte, désincruste, débourre, pave le sol nécrotique, érigeant en toute impunité les stèles de sa force tranquille. Puis, sans préavis, au pied des montagnes rageusement épilées par le souffle des fournaises, surgit Kaboul... ou bien ce qu'il en reste: une ville en état de décomposition avancée.

Plus rien ne sera comme avant, semblent dire les routes crevassées, les collines teigneuses, l'horizon chauffé à blanc et le cliquetis des culasses. La ruine des remparts a atteint les âmes. La poussière a terrassé les vergers, aveuglé les regards et cimenté les esprits. Par endroits, le bourdonnement des mouches et la puanteur des bêtes crevées ajoutent à la désolation quelque chose d'irréversible. On dirait que le monde est en train de pourrir, que sa gangrène a choisi de se développer à partir d'ici, dans le Pashtoun, tandis que la désertification poursuit ses implacables reptations à travers la conscience des hommes, et leurs mentalités.

Personne ne croit au miracle des pluies, aux féeries du printemps, encore moins aux aurores d'un lendemain clément. Les hommes sont devenus fous; ils ont tourné le dos au jour pour fare face à la nuit. Les saints patrons ont été destitués. Les prophètes sont morts et leurs fantômes crucifiés sur le front des enfants...

Et pourtant, c'est ici aussi, dans le mutisme des rocailles et le silence des tombes, parmi la sécheresse des sols et l'aridité des coeurs, qu'est née notre histoire comme éclôt le nénuphar sur les eaux croupissantes du marais."


Extrait: pris du premier chapitre

"Le mollah lève une main majestueuse pour apaiser le hurleur. Après la récitation d’un verset coranique, il lit quelque chose qui ressemble à une sentence, remet la feuille de papier dans une poche intérieure de son gilet et, au bout d’une brève méditation, il invite la foule à s’armer de pierres. C’est le signal. Dans une ruée indescriptible, les gens se jettent sur les monceaux de cailloux que l’on avait intentionnellement disposés sur la place quelques heures plus tôt. Aussitôt, un déluge de projectiles s’abat sur la suppliciée qui, bâillonnée, vibre sous la furie des impacts sans un cri. Mohsen ramasse trois pierres et les lance sur la cible. Les deux premières faillissent à cause de la frénésie alentour mais, à la troisième tentative, il atteint la victime en pleine tête et voit, avec une insondable jubilation, une tache rouge éclore à l’endroit où il l’a touchée. Au bout d’une minute, ensanglantée et brisée, la suppliciée s’écroule et ne bouge plus. Sa raideur galvanise davantage les lapideurs qui, les yeux révulsés et la bouche salivante, redoublent de férocité comme s’ils cherchaient à la ressusciter pour prolonger son supplice. Dans leur hystérie collective, persuadés d’exorciser leurs démons à travers ceux du succube, d’aucuns ne se rendent pas compte que le corps criblé de partout ne répond plus aux agressions, que la femme immolée gît sans vie, à moitié ensevelie, tel un sac d’horreur jeté aux vautours."

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Voir également:
- L'attentat - Yasmina Khadra (2005), présentation

22:40 Écrit par Marc dans Khadra, Yasmina | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : yasmina khadra, litterature algerienne, romans politiques, islamisme, afghanistan | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 21 octobre 2005

INDEX - Algérie

Dib, Mohammed
- Cours sur la rive sauvage (1964), présentation

Fellag, Mohamed Saïd

Le dernier chameau et autres histoires (2004), présentation et extrait

Khadra, Yasmina
- Les hirondelles de Kaboul (2002), présentation et extraits
- L'attentat (2005), présentation
Sansal, Boualem
- Le village de l'allemand, ou le journal des frères Schiller (2008), présentation
Souaïdia, Habib
- La Sale Guerre : Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne (2001), présentation

 





 

10:29 Écrit par Marc dans INDEX | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : algerie, litterature algerienne | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!