dimanche, 15 juin 2008

Le parfum d'Adam - Jean-Christophe Rufin - 2007

bibliotheca le parfum d adam

Wroclaw en Pologne, un laboratoire est saccagé par une jeune militante écologiste française sous couvert d'une association pour la protection des animaux. Elle libère tous les animaux de leurs cages, des souris sans poils, badigeonnées de toutes les couleurs, des rats aux yeux exorbités, des chats aveugles, des singes... Et surtout elle dérobe dans une armoire frigorifique une petite fiole rouge sans en connapitre le contenu exact, ni les motivations de ses commanditaires concernant la fiole en question. Cette finalement plutôt banale affaire de vandalisme va cependant intéresser les services secrets polonais qui engagent une agence privée de renseignements américaine afin de les tuyauter. Cette agence, dirigée par un ex-patron de la CIA, va engager deux anciens de la CIA, le médecin Paul et la psychologue Kerry, pour enquêter sur les lieux de l'incident.Rapidement ceux-ci se rendent compte que cette affaire n'est guère si banale que cela et les met sur la piste d'un vaste réseau de terroristes écologistes radicaux qui, à la recherche d'un paradis perdu où l'homme vivait en équilibre avec la nature, sont prêts à donner dans le fanatisme le plus meurtrier en planifiant une catastrophe qui marquera à jamais l'humanité.

Le parfum d'Adam
de l'écrivain français Jean-Christophe Rufin est un passionnant thriller écologique qui mène le lecteur sur les traces de l'écologie radicale, menace réelle émanant actuellement principalement des pays anglo-saxons et qui semble se propager à travers le monde à une grande vitesse. L'écologie radicale et sa menace pour la société n'est que rarement traitée en littérature et présente pour ce roman une véritable originalité. Jean-Christophe Rufin, dont les talents de conteur étaient déjà connus par ses nombreux excellents romans, démontre aussi une réelle capacité, quasi journalistique, pour nous présenter ce sujet. Ce côté est très intéressant, toujours passionnant, sauf vers la fin lorsqu'on apprend les véritables motifs du groupe terroriste en question ici (qui privilégient d'agir sur les populations pauvres, plutôt que sur d'autres) qui ne semblent pas toujours très convaincants. De plus le roman semble un peu salir l'entièreté de l'écologie, les extrêmistes évidemment, mais aussi des organismes plus modérés, également critiqués dans les présentes pages, qui font fortement penser à certains bien réels qui agissent actuellement.
Autre sujet du roman est l'évolution des services de renseignements, qui depuis la Seconde Guerre mondiale se sont concentrés sur le conflit de la Guerre froide qui opposait le bloc capitaliste occidental au bloc communiste, vers une menace bien plus diffuse et présente partout, que ce soit l'extrêmisme musulman ou alors, ici, l'écologie radicale. Et si la menace a changée, ces services étatiques ont également changé privilégiant la sous-traitance à des agences privées. Mais ce côté-là est assez peu développé par l'auteur duquel on aurait pu s'attendre à une réelle remise en question de ces pratiques de privatisations.
Jean-Christophe Rufin ne convaincs donc pas réellement sur les deux sujets principaux du roman. Toutefois le roman reste parfaitement écrit, pasionnant d'un bout à l'autre, comme de nombreux autres romans d'espionnages. Hélas Rufin reprend également de nombreux défauts de ce genre de romans que ce soit le manichéisme général, des traîtres dans la hiérarchie même des services, une amourette insipide entre deux agents etc.

En bref Le parfum d'Adam de Jean-Christophe Rufin est un parfait roman d'espionnage, très réussi dans son genre, mais qui hélas déçoit un peu par un certain manque de développement sur ses sujets principaux.

Voir également :
- Asmara et les causes perdues - Jean-Christophe Rufin (1999), présentation
- Rouge-Brésil - Jean-Christophe Rufin (2001), présentation
- Globalia - Jean-Christophe Rufin (2004), présentation
- La Salamandre - Jean-Christophe Rufin (2005), présentation et extrait

samedi, 23 septembre 2006

La Salamandre - Jean-Christophe Rufin - 2005

Catherine, femme célibataire à la mi-quarantaine et pleinement occupée par son emploi, décide un jour de partir en vacances au Brésil pour rendre visite à une de ses amies d'enfance. A Recife elle fait connaissance avec ce pays violent qui l'agresse tous les jours de plus en plus. Dès les premiers jours elle rencontre Gil, un gigolo. Catherine en est bien consciente mais va se lancer dans une aventure qui lui réservera de terribles surprises au cours du temps. Elle se laisse aller à en tomber amoureuse, au point de décider de vendre tout ce qu'elle possède en France pour revenir vivre avec lui, faisant fi des avertissements de ses amis. Une nouvelle vie s'annonce pour elle, loin de la grisaille de son travail. Mais les suites de cette histoire la marquera à jamais et Catherine va vivre une descente aux enfers dans le Brésil des favelas, des voyous et des trafiquants en tout genre. Les deux personnages vont évoluer jusqu'à leur destin tragique.

On croirait une histoire d'amour, mais ce n'en est pas une. Un portrait de femme inouï, à la façon d'un Stefan Zweig, où Jean-Christophe Rufin nous décrit parfaitement les sentiments amoureux et autres de cette femme Catherine, qui tente de s'évader d'une vie monotone et terne. Rufin nous conte clairement le cheminement qui pousse cette femme vers Gil, gigolo et voyou, qui en quelques sourires l'embarque dans une pseudo histoire d'amour dévorée par une passion dévastatrice. Cette histoire d'amour est dure, mais bien belle aussi. La folie amoureuse, ainsi qu'une réflexion sur la nécessité d'avoir quelqu'un à aimer, semblent être les sujets centraux de ce magnifique roman. Mais Jean-Christophe Rufin nous parle aussi du Brésil, un pays violent dans lequel pauvreté et criminalité sont omniprésentes. Et aussi il nous raconte ce choc des cultures, cette découverte envers l'autre, qui va se produire en Catherine face à cette société brésilienne. Ce qui est d'ailleurs un sujet récurrent dans l’œuvre de Jean-Christophe Rufin, et toujours aussi bien traité. Le tout est écrit dans un style précis et bien rythmé. Un très beau et étonnant roman.

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Extrait: premier chapitre

"Le feu est la providence du voyageur. Il détourne son attention et concentre ses angoisses, lui permet d’être encore passionnément auprès de ce qu’il va quitter. Il se représente soudain son appartement ravagé par une explosion et se répète avec effroi : « Ai-je bien pansé à refermer le gaz ? » Mais Catherine était équipée à l’électricité et elle avait tout vérifié dix fois avant de quitter sa maison. Rien ne faisait obstacle entre elle et la terrifiante perspective de l’éloignement.

Il était sept heures passées. Elle attendait, assisse au huitième rang de l’immense avion. Dehors, le ciel déjà noir écoulait son catarrhe sur le tarmac et le toit des hangars. Elle voyageait en novembre parce qu’il lui restait avant la fin de l’année « des jours à prendre ». Le directeur des ressources humaines le lui avait dit : « Votre zèle finit par devenir une faute, en tout cas un mauvais exemple. Un salarié doit prendre ses congés régulièrement. Les vacances n e s’épargnent pas. »

Mais Catherine avait beaucoup de mal à quitter son travail.

Un gros homme en gilet, à côté d’elle, étalait son bras sur l’accoudoir. Pendant qu’il s’était mouché, elle avait réussi à faufiler son coude. Il le couvrait maintenant et l’écrasait mais elle tenait bon. C’était la troisième fois qu’elle prenait l’avion et c’était encore trop peu pour qu’elle fût tout à fait à l’aise. D’un coup, elle sentit vibrer la molle chair de son voisin. Il n’y avait pas lieu de s’émouvoir : le métro lui aussi vibre quand il s’ébranle. La trépidation pourtant allait crescendo. Des lumières bleues passaient sur les côtés, derrière les hublots, de plus en plus vite. Soudain, la vibration cessa et le plancher se redressa, un peu comme dans la rame quand elle remonte vers la Concorde après avoir franchi la Seine. Renversée en arrière, Catherine ferma les yeux, oublia l’avion, son coude, la France, le départ, et sentit se répandre dans son esprit, apaisant comme un dictame, le mot mystérieux de Brésil.

Ce voyage était le premier depuis dix ans, excepté deux cérémonies en province et un week-end de comité d’entreprise à Luxembourg.

Auparavant, elle n’avait pas accompli non plus de très grands déplacements. Elle avait vu la Suisse, la côte ligure et même le Danemark. Mais depuis, elle n’avait plus consacré un sou à ces dépenses éphémères. Tout l’argent qu’elle gagnait l’était pour construire. Elle ne s’autorisait que des acquisitions solides : achats immobiliers – elle était passée peu à peu du studio au trois pièces avec balcon et parking -, travaux d’embellissement – qui lui permettaient chaque fois de faire un bénéfice sur la vente -, mobilier de style tant qu’il était abordable, placements sûrs mais bien retribués – et donc peu disponibles. Ces priorités assurées, il ne lui restait de fonds que pour un peu de nourriture, un minimum de vêtements et quelques rares sorties. Il lui fallait solidifier l’argent, muer son travail en capital, procédé que les marxistes appellent la coagulation. Elle avait coagulé sa vie et ce caillot obstruait tout.

A l’adolescence, les jeunes filles font un compte lucide et presque impitoyable de leurs qualités physiques. Catherine s’était accordé de jolis bras mais jusqu’aux mains qu’elle avait un peu carrées, des jambes très moyennes, grasses aux genoux, défaut encore imperceptible mais dont sa mère offrait la triste prémonition, des cheveux d’un blond distingué quoique paraissant artificiel et qui ondulaient d’eux-mêmes. Elle sut tôt que, toute sa vie, elle aurait l’air d’avoir apprêté sa coiffure quand elle la laisserait libre et qu’elle devrait passer des heures à lui donner, pour un instant, l’air spontané. Elle se voyait un visage acceptable bien que peu marquant, un nez moyen, des yeux marron, une bouche sans expression particulière. Elle ne savait ni bien sourire ni marquer la tristesse. Le seul élément saillant était, lui, exagéré : elle avait un menton proéminent et de trop lourdes proportions. Un joli menton, comme d’élégantes chaussures, est celui qui ne se remarque pas. Pour dissimuler ce défaut, elle avait étudié un port de tête un peu incliné et, dans sa main ouverte, faisait reposer – donc disparaître – la fâcheuse proéminence. Cette pose pensive lui était devenue naturelle.

Elle avait quarante-six ans, mais ce premier bilan gardait sa pertinence. Rien n’avait vraiment changé depuis sa jeunesse sinon que des rides étroites et profondes avaient entrepris leurs fines œuvres sur son visage.

Le gros homme à son côté dormait maintenant sur l’Atlantique noir. Un va-et-vient de passagers assoiffés et somnolents animait le survol des flots invisibles. Catherine, dans tout l’avion, était sans doute la seule à sentir l’océan sous elle, car elle cultivait la nostalgie des transatlantiques. L’Amérique avait habité ses rêves d’enfant sous la forme désuète et mythique du paquebot Normandie. Bien plus tard, à une vente aux enchères, elle avait acheté une théière marquée au sigle de la Compagnie générale transatlantique. Elle désirait qu’au moins en pensée cette traversée vers le Brésil fût un peu une croisière.

Pourquoi d’ailleurs allait-elle au Brésil ? L’occasion lui avait été donnée par une amie d’enfance. Cette Aude était mariée à un professeur qui travaillait là-bas et elle avait invitée Catherine. Cependant la même amie avait déjà suivi son mari en Haïti, au Japon et à La Nouvelle-Orléans sans qu’elle fût jamais allée leur rendre visite. Cette fois-ci, Catherine avait mis en avant un prétexte économique, ces nouveaux vols à prix très réduit dont une agence voisine de son bureau faisait la promotion en vitrine. Cela non plus n’était pas un motif très convaincant : après tout Honfleur ou Cavalaire restaient plus près et moins chers. Alors ?

Peut-être était-ce plutôt cette récente visite médicale et le dialogue entre le médecin et elle, au moment où il s’était assis pour rédiger une ordonnance : « Ce sont des fibromes, mais petits, autant dire rien. Il faudra sans soute les opérer un jour ou l’autre. »

Ce n’était ni grave ni urgent, seulement un vilain mot. « Fibrome » évoquait quelque chose de rugueux et de sec, un paquet de cordes rêches qui se noue, se contracte, comme un sarment mort, là où il ne devrait y avoir que la vie.

L’idée de ce flétrissement invisible, intime, introduisit le dérèglement dans l’existence de Catherine. Elle commença à ne plus pouvoir se réveiller le matin. Dans la grande piscine tiède du sommeil, les bords devenaient soudain trop hauts et l’empêchaient de sortir. Le soir, au contraire, elle hésitait à se coucher. Elle trouvait son lit froid, entendait partout des bruits suspects. Elle se relevait dix fois, fouillait les armoires, regardait sous les meubles. Elle s’inquiétait que quelqu’un eût pu pénétrer chez elle mais sa terreur venait de ce que, au contraire, il n’y avait personne. Elle était seule avec des objets et le temps.

Alors partir ! Puisque da vie était monotone, que des coups de cymbale la réveillent ! Il lui fallait des ruptures, pas trop longues, bien sûr, mais suffisantes pour redonner une saveur au reste. Un mois serait suffisant pour repeindre ses rêves à neuf. Elle n’était jamais partie si longtemps.

Un mois ! Plus elle y pensait, plus elle se demandait ce qu’elle ferait de ce temps. Elle se dit que la seule justification des absences prolongées était les voyages lointains. La distance se nourrit de temps. Quand elle reçut la lettre de son amie Aude, elle l’accueillit comme le signe qu’elle attendait. Elle irait au Brésil.

Guère portée sur la géographie, Catherine imaginait ce pays très sommairement. Sur la côte d’Amérique du Sud, il faisait un angle saillant, un peu comme le genou d’un joueur de football. Elle imaginait vaguement que Copacabana était encore environné par la forêt vierge. Cependant, elle savait que la cour du Portugal s’était réfugiée jadis à Rio de Janeiro pour fuir l’avance des armées napoléoniennes. Elle l’avait lu dans un livre sur Talleyrand, une biographie historique comme elle les aimait.

La compagnie des hommes et des femmes illustres du passé lui plaisait. En pensée, elle évoluait au côté de Catherine de Médicis et de Frédéric II. Elle n’aurait pas voulu vivre réellement parmi eux mais elle appréciait à titre posthume leur noblesse, leur gloire et leurs petits travers. Le récit de leur vie lui donnait de bonnes raisons de ne pas frayer avec ses contemporains, qu’elle jugeait en comparaison si médiocres.

Les dépouilles de ces héros étaient enfermées dans les reliures riches qu’elle achetait à un éditeur de luxe et réglait par traites. En vérité, Catherine ne lisait guère. Son travail la fatiguait trop. Mais elle aimait sentir ces ouvrages près d’elle, bien alignés dans sa bibliothèque vitrée, à côté de la télévision. Certains dimanches, elle sortait deux ou trois lourds volumes et les cirait. C’était un peu comme si elle eût caressé la joue tannée de ces grands personnages.

L’avion berçait la troupe enfin rangée de ses passagers endormis.

Catherine commençait à s’assoupir. Elle se sentait heureuse de partir un mois en vacances au Brésil. Ce n’était ni plus compliqué ni plus original que cela.

Elle se détendit et oublia d’un coup sa passion contenue, son malheur, sa solitude, et cette rugueuse bogue d’habitudes et d’objets accumulés dont le voyage, soudain la privait. Comment aurait-elle pu imaginer le choc qu’elle allait subir."

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Voir également:
- Bibliographie et note biographique
- Asmara et les causes perdues - Jean-Christophe Rufin (1999), présentation
- Rouge-Brésil - Jean-Christophe Rufin (2001), présentation
- Globalia - Jean-Christophe Rufin (2004), présentation

-
Le parfum d'Adam - Jean-Christophe Rufin (2007), présentation

19:55 Écrit par Marc dans Rufin, Jean-Christophe | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bresil, litterature francaise, romance, jean-christophe rufin | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 23 novembre 2005

Jean-Christophe Rufin - bibliographie et note biographique

Jean-Christophe Rufin, né à Bourges en France le 28 juin 1952 est docteur en médecin et romancier. Il a également fait Sciences Po. Au début des années 1970, il se rend "incognito" en Ethiopie, pays alors ravagé par la guerre, et rejoint les bataillons humanitaires. Ancien vice-président de "Médecins sans frontières" et d'ailleurs pionnier des mouvements "sans frontières", directeur de l'ONG "Action internationale contre la faim", il a mené de nombreuses missions en Afrique et en Amérique Latine. Il a obtenu le Prix Interallié pour son roman Les causes perdues en 1999 et le Prix Goncourt en 2001 pour Rouge-Brésil.

Essais

Le Piège humanitaire (1986)
L'Empire et les nouveaux barbares (1992)
L'Aventure humanitaire (1994)
Géopolitique de la faim: Faim et responsabilité (2004)

Romans

L'Abyssin (1997)
Sauver Ispahan (1998)
Les causes perdues (1999)  
Rouge Brésil (2001)
Globalia (2003)

Le Salamandre (2005)
Le parfum d'Adam (2006)



Voir également:
- Asmara et les causes perdues - Jean-Christophe Rufin (1999), présentation
-
Rouge-Brésil - Jean-Christophe Rufin (2001), présentation
- Globalia - Jean-Christophe Rufin (2004), présentation
- La Salamandre - Jean-Christophe Rufin (2005), présentation et extrait

22:14 Écrit par Marc dans Rufin, Jean-Christophe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean-christophe rufin, litterature francaise | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 21 novembre 2005

Globalia - Jean-Christophe Rufin - 2004

Des forêts vierges intactes, pas de voitures ni aucune sorte de pollution, prospérité, paix et liberté pour tous. Tel est Globalia, la démocratie parfaite.

Jean-Christophe Rufin nous décrit une utopie brillante, riche; une utopie dédiée à la liberté, loin du 1984 de George Orwell, si sinistre, pauvre et totalitaire. Cependant Globalia nous montre comment la liberté et le libéralisme dans nos riches démocraties peuvent s'avérer tout aussi totalitaires que le monde décrit dans 1984.

Au premier abord, Globalia est un monde idéal: protégé sous leur bulle de verre, les citoyens de cette société peuvent faire ce qu'ils veulent, que ce soit glander ou travailler, peu importe, de toute façon l'Etat paye pour tout. Le soleil brille sans cesse, laissant tomber la pluie qu'à des jours choisis. Même la mort a été repoussée grâce aux progrés de la médecine. Mais tout cela a un prix: la surveillance totale. Tout ce qui peut gêner, mettre en danger cette société doit être éliminé. Surveillance totale pour une sécurité totale, car la sécurité devient l'une des choses les plus importantes de cette démocratie totale et libérale, au même niveau que la liberté et la prospérité.

Pourtant au-délà de Globalia existe des non-zones, qui n'ont pas été intégrés dans cette société parfaite, des zones régis par la pauvreté, la guerre civile et l'anarchie. Malgré tout cela, l'héros du livre, Baikal, veut fuir Globalia pour se retrouver dans ces non-zones. La liberté globalienne ne lui suffit plus, tout lui semble suspect, surtout le grand mal qui y sévit selon les autorités, le terrorisme. En effet afin que tout cela tienne ensemble, il faut un ennemi, et si on n'en a pas ou plus, il faut en inventer un. Baikal sera petit à petit aidé par les autorités pour devenir terroriste, et ainsi la plus grande menace de Globalia, tout en apparences biensûr.

Hélas, en lisant ce livre on se rend compte que notre société n'est plus très loin de ce monde totalitaire. Nos dirigeants utilisent le terrorisme aux même fin, en France un ministre a déclaré que la chose la plus importante pour la démocratie est la sécurité (au lieu de la liberté).

Le roman de Jean-Christophe Rufin, malgré certaines longueurs (l'auteur fait beaucoup de détours pour amener son intrigue), et un suspense qui ne tient pas toujours, vaut vraiment la peine d'être lu. On y trouve également beaucoup de références, notamment à 1984 de Georges Orwell ou à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Pour un premier roman de science-fiction, Rufin entre en force dans ce genre.

Voir également:
- Jean-Christophe Rufin - bibliographie et note biographique
- Asmara et les causes perdues - Jean-Christophe Rufin (1999), présentation
- Rouge-Brésil - Jean-Christophe Rufin (2001), présentation  
- La Salamandre - Jean-Christophe Rufin (2005), présentation et extrait
- Le parfum d'Adam - Jean-Christophe Rufin (2007), présentation

23:11 Écrit par Marc dans Rufin, Jean-Christophe | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : jean-christophe rufin, science-fiction, litterature francaise, utopies | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 18 octobre 2005

Rouge-Brésil - Jean-Christophe Rufin - 2001

La conquête du Brésil par les Français est un des épisodes les plus extraordinaires et les plus méconnus de la Renaissance. Deux enfants, Just et Colombe, sont embarqués de force dans cette expédition pour servir d'interprètes auprès des tribus indiennes...

Cependant la colonie va mal tourner, les intérêts vont diverger, l'autorité du commandant, le Chavalier de Villegagnon, sera mise en doute. La fatigue, la faim, les maladies vont définitivement mettre à terre le moral des troupes.

Le Chevalier de Villegagnon fait alors venir des prêtres calvinistes, espérant que leur rigueur et austérité fera à nouveau avancer les travaux de la colonisation. Cependant les colons vont alors choisir leurs camps, entre les catholiques et les calvinistes, et les conflits vont commencer très sérieusement.

Le roman tient du roman historique mais est surtout une métaphore en miniature de l'histoire de la colonisation et des guerres de religion. Il y est également décrit la perte des valeurs humaines pour ces hommes si loin de leur civilisation, et confrontés au monde sauvage, cruel et aussi sensuel de la nature. La colonisation européenne, malgré toutes ses bonnes volontés, va s'avérer sanglante et s'opposer au monde harmonieux de la nature et des indiens. Le choc des mondes et des civilisations sera fatal.

Jean-Christophe Rufin a obtenu et mérité le Prix Goncourt en 2001.

Voir également:

- Jean-Christophe Rufin - bibliographie et note biographique
-
Asmara et les causes perdues - Jean-Christophe Rufin (1999), présentation
-
Globalia - Jean-Christophe Rufin (2004), présentation
- La Salamandre - Jean-Christophe Rufin (2005), présentation et extrait
- Le parfum d'Adam - Jean-Christophe Rufin (2007), présentation