lundi, 20 mai 2013

I Am a Hero, tome 2 - Kengo Hanazawa - 2009

i am a hero,manga,japon,fantastique,horreur,zombies,kengo hanazawaHideo, dessinateur parano de mangas, commence à se rendre compte de ce qui se passe autour de lui, surtout depuis qu’il s’est fait attaquer par sa copine, métamorphosée en zombie. Il erre ainsi dans la ville en proie au chaos, ne sachant toujours pas faire parfaitement la part des choses. Un ancien collègue à lui va s’avérer être un drôle d’allié, mais Hideo commence peu à peu à comprendre que le monde dans lequel il vit n’a plus lieu d’être et qu’il ne peut plus que compter sur lui-même.

Survival ultra-gore à l’humour très grinçant, ce second tome de la série I Am a Hero de Kengo Hanazawa offre une suite impeccable à un premier tome qui mettait du temps à mettre les choses en place. L’auteur s’attardede nouveau sur moultes détails, ceci afin de rendre les choses le plus réel possible, mais aussi afin que le lecteur comprenne au mieux la vision des choses de son héros. Et certaines scènes, dont entre autres celle de l’avion, sont tout simplement à couper le souffle.

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Extrait : une planche au hasard

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Présente édition : Kana, Big Kana, 27 avril 2012, 208 pages
ISBN-10: 2505014418 / ISBN-13: 978-2505014416


Voir également :
- I Am a Hero, tome 1 - Kengo Hanazawa (2009), présentation et extrait
- I Am a Hero, tome 2 - Kengo Hanazawa (2009), présentation et extrait

16:25 Écrit par Marc dans Hanazawa, Kengo, Manga | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : i am a hero, manga, japon, fantastique, horreur, zombies, kengo hanazawa | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 17 mai 2013

Samurai, tome 1 : Le Cœur du prophète - Jean-François Di Giorgio et Frédéric Genêt - 2005

delphine rieu, jean-francois di giorgio, frederic genet, bd, bande dessinee, bandes dessinnees, bande dessinee franco-belge, samurai, le coeur du prophete, japon, japon medievalAu Japon médiéval, le seigneur Akuma est appelé en pleine par l’un de ses mineurs pour cause de la découverte d’un mystérieux sarcophage dont les secrets pourraient anéantir l’empire tout entier.
16 ans plus tard. Le jeune samurai Takeo se lance sur les routes en compagnie de son serviteur Shiro à la recherche de son frère. Son objectif : l’île sans nom, dont la simple évocation du nom fait trembler tous les habitants de la région. Cependant en arrivant dans un village portuaire à proximité de l’île, Takeo doit venir en aide à une famille de Coréens en proie à des rustres locaux. Les choses vont se gâter quand au soir, la petite fille coréenne Natsumi trouve la clé d’un casse-tête énigmatique appelé le cœur du prophète. Alors que la nouvelle se propage dans la terreur, des forces maléfiques se mettent en branle pour retrouver la jeune fille. Takeo décide de fuir avec la fille, emportant également la nounou de celle-ci, ainsi que son serviteur Shiro.
Commence alors une course-poursuite infernale à travers le Japon médiéval dont la solution se trouvera dans le bouleversement du pays tout entier.

Samurai, tome 1 : Le cœur du prophète du scénariste Jean-François Di Giorgio et du dessinateur Frédéric Genêt est un sublime album de bande dessinée plongeant dans un Japon médiévo-fantastique sur les traces d’un samurai en fuite devant un obscur seigneur de guerre. Ce qui frappe avant tout est la magnificience des dessins et le montage donné aux planches, cela bien sûr aidé par de très belles couleurs automnales réalisées par Delphine Rieu. Le scénario est également costaud et très efficace. Par ces nombreuses qualités, tout à fait indéniables, le lecteur se trouve vite happé par l’histoire.
Mais malgré cela, tout n’est pas parfait. Et ce qui m’a dérangé le plus a été un certain manque d’originalité dans l’histoire et dans différents éléments de l’intrigue. Depuis le début jusqu’à la fin, on a une impression de déjà-vu. Les auteurs ont puisé un peu partout leurs idées et surtout dans de la fantasy de base. Et puis la fin de l’album, en cliffhanger, dérange, alors qu’en bande dessinée on a tendance à rendre les albums un peu plus autonomes. Ici pas de doute, il faut de suite prendre le second volume de la série pour finir la scène d’action entamée à la fin du premier.

En bref Samurai, tome 1 : Le cœur du prophète est une bande dessinée très réussie, malgré un certain manque d’originalité, mais qui donne bien envie de continuer cette série bien prometteuse.

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Extrait : une planche prise au hasard

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Présente édition : Soleil Productions, 1 août 2005, 48 pages
ISBN-10: 2849462500 / ISBN-13: 978-2849462508

Voir également :
Bruxelles Métropole, tome 1 : Ville Haute - Jean-François Di Giorgio et Pablo Santander (2007), présentation
Bruxelles Métropole, tome 2 : Ville Basse - Jean-François Di Giorgio et Pablo Santander (2009), présentation et extraits

lundi, 07 janvier 2013

I Am a Hero, tome 1 - Kengo Hanazawa - 2009

i am a hero, manga, japon, fantastique, horreur, zombies, kengo hanazawaHideo Suzuki est un assistant mangaka en manque de succès. De par le passé il était maître de sa propre série et promis à un bel avenir, pourtant il a été lâché par son éditeur pour se retrouver aujourd’hui à assister des créateurs finalement plus talentueux que lui. Mais au-delà de ça Hideo est aussi craintif, paranoïaque et souffre d’hallucinations.
En pleine crise existentielle, Hideo ne remarque hélas pas les prémices d’une épidémie transformant tout être humain en monstre sanguinaire, et qui peu à peu, est en train de mettre un terme à toute la société japonaise.

I Am a Hero (アイアムアヒーロー)
est une série manga, type seinen, écrite et dessinée par Kengo Hanazawa, prépubliée dans l'hebdomadaire Big Comic Spirits de l'éditeur Shōgakukan depuis août 2009. Fin 2012 10 tomes sont compilés au Japon, 6 en Europe pour la traduction française.

Il s’agît ici évidemment d’un n-ième récit d’invasion zombie, genre dans lequel on ne compte plus les films, bandes dessinées et romans à paraître depuis quelques années, et qui ici nous est servie avec grand réalisme à la sauce manga. Et l’horreur on la découvre peu à peu, très peu même, dans ce premier volume, dédié à un héros qui finalement  tient bien plus du mort-vivant que d’autre chose. Pourtant, à tout instant, le lecteur risque de basculer à la suite de son héros soit dans la folie, soit dans l’horreur, cela jusqu’à la fin quand le tout tranche définitivement dans un fantastique des plus morbides. Et l’auteur fait preuve d’un grand savoir-faire en la matière, car cette longue entrée en matière instille aussi le doute sur la réalité des faits : Assiste-t-on à une réelle histoire d’horreur ancrée dans l’actualité ou aux délires d’un fou qui se fabrique des visions pour meubler la monotonie de son existence ? S’ajoutent à ce très solide thriller des notions sur le monde du manga qui raviront les amateurs du genre. L’humour noir et décalé, omniprésent, est également des plus réussis.

Fans d’horreur, de zombies et de mangas, I Am a Hero est certainement une série à suivre !

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Extrait : deux double-pages

 

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Présente edition :  Kana, collection Big Kana, 27 avril 2012, 208 pages
ISBN-10: 250501440X / ISBN-13: 978-2505014409

Voir également :
- I Am a Hero, tome 1 - Kengo Hanazawa (2009), présentation et extrait
- I Am a Hero, tome 2 - Kengo Hanazawa (2009), présentation et extrait

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dimanche, 01 juillet 2012

Les mille automnes de Jacob de Zoet (The Thousand Autumns of Jacob de Zoet) - David Mitchell - 2010

david mitchell, les mille automnes de jacob de zoet, jacob de zoet, romans historiques, japon, xviiie siecle, romans d aventures, litterature britanniqueJapon 1799, le pays est fermé aux étrangers vivant dans l’isolement le plus total. Afin de pouvoir commercer avec les étrangers des zones franches isolées sont créés dans certains ports, c’est le cas notamment de l’île artificielle de Dejima construite dans la baie de Nagasaki qui sert de port d’attache à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. A partir de là Néerlandais et Japonais peuvent faire affaire, mais qu’un Néerlandais mette un jour pied sur la terre ferme est un événement rare et exceptionnel.
C’est en 1799 qu’arrive à Dejima le jeune clerc Jacob de Zoet, ambitieux et idéaliste, venu pour faire fortune sur un contrat de cinq ans. Très vite il se fascine pour ce pays mystérieux qu’il devine vu des quais de Dejima, mais entre aussi en conflit avec les pratiques ayant cours sur cette île, car doté d’une morale irréprochable le jeune Jacob se trouve vite désemparé face à la corruption qui règne en ces lieux. Dejima est tel un temple dédié au commerce et à l’argent-roi, et il n’y a guère de place pour autre chose. Évidemment des échanges plus culturels et scientifiques, mais ceux-là ne sont que bien secondaires. C’est ainsi d’ailleurs qu’en suivant un vieux médecin hollandais, Jacob de Zoet rencontre la belle Orito, une sage-femme au visage partiellement brûlé. Il s’en éprend vite, intrigué par cette femme et sa marque, et bien sûr sa culture si mystérieuse.
Mais Orito est enlevée puis emprisonnée dans le mystérieux temple Shiranui, dirigé par l'abbé Enomoto, un puissant notable japonais. Il garde captives douze femmes dont il fait ses esclaves sexuelles. Uzaemon, interprète de Jacob lui aussi épris d'Orito, part à la recherche de la jeune femme avec deux samouraïs.

Les mille automnes de Jacob de Zoet de l’auteur britannique David Mitchell est une incroyable fresque historique plongeant le lecteur dans le Japon envoûtant et mystérieux du 18ème et 19 ème siècle, le Japon des shoguns tel qu’il a été vu par les négociants hollandais de l’époque, c’est-à-dire voilé et occulté, et vu de cette île artificielle de Dejima. Et c’est à Dejima que se produira la confrontation de ces deux univers, celle d’un Japon encore inconnu face à aux anciens Pays-Bas se situant à plusieurs milliers de lieues de là, personne ne réussissant à réellement à cerner l’autre.
Pour exemple, à un moment dans le texte un personnage japonais posera à Jacob de Zoet des questions sur son “île” d’origine, étant donné qu’il ne peut imaginer que d’autres n’habitent pas aussi sur des îles ; ce à quoi le personnage néerlandais répondra que son pays est fait de terrres sous le niveau de la mer. Bref l’un ne pourra jamais comprendre l’autre et vice-versa.

Avec Les mille automnes de Jacob de Zoet Mitchell renoue aussi avec le grand roman historique classique mêlant aventures et romantisme au pays du soleil levant. Son approche est très détaillée, trop parfois même. On suit le clerc Jacob de Zoet à travers son travail, le négoce des Hollandais, avant de découvrir peu à peu ce Japon dont à l’époque on ignorait quasiment tout. Car bien sûr Mitchell nous décrit un univers qui n’existe absolument et qu’il tente de faire revivre du mieux qu’il peut. C’est à un point détaillé, que le lecteur s’y croit vraiment, tant Mitchell met l’accent sur de multiples choses de la vie à Dejima, des événements qui ne sont que des intrigues secondaires avant d’aborder la véritable histoire, celle d’Orito emprisonné par l’abbé Enomoto, et l’amour que porte le jeune hollandais à la belle orientale. Le lecteur entrera réellement dans la peau de l’un de ces négociants hollandais de l’époque face à un monde encore tout à fait inconnu.
Hélas le lecteur peu assidu risque de s’y perdre car l’intrigue véritable qui le passionnera ne se dessine que réellement au bout de 200 pages.
Mais pour tous les autres ce texte s’avèrera vite être un roman historique tout à fait exceptionnel. Et le dépaysement est garanti.

Le mille automnes de Jacob de Zoet de David Mitchell est un roman historique exceptionnel à découvrir de toute urgence. Cela même si de nombreux lecteurs se lasseront dû à la complexité et le détail du texte.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Manuel Berri, éditions de l’Olivier, 5 janvier 2012, 701 pages

lundi, 07 février 2011

Le meurtre d’O-Tsuya (お艶殺し) - Junichirô Tanizaki - 1915

Junichiro tanizaki, tanizaki, le meurtre d'o-tsuya, litterature japonaise, japon, romans d aventuresDans le Japon du XIXème siècle, le jeune Shinsuke travaille comme apprenti dans une boutique de prêt sur gage. Il est amoureux de la fille du patron, la belle et irrésistible O-Tsuya. Il sait qu’elle n’est pas pour lui, simple et modest apprenti, et pourtant l’amour est bien réciproque. Un soir, alors que les deux amoureux se retrouvent seuls O-Tsuya propose à Shin de s’enfuir pour enfin pouvoir consommer leur amour. L’idée est dans un premier temps de se réfugier chez Seiji, un client de la boutique. Celui-ci engagera des pour-parlers afin de permettre cette union. Shinsuke est quelque peu réticent, mais envoûté par les charmes de sa belle il ne peut refuser. Mais les choses ne se dérouleront pas comme prévu, et les deux amants filent droit à la catastrophe.

Le court roman Le meurtre d’O-Tsuya du grand écrivain japonais Junchirô Tanizaki met en scène dans un écriture simple et belle une tragique histoire d’amour pleine de rebondissements. Shinsuke qui laisse tout tomber par un amour irréfléchi pour une femme manipulatrice se verra entraîné dans un tourbillon de sentiments allant de l’amour à la haine en passant par la trahison et la vengeance. Poussé par une passion qui le dépasse il commettra catastrophe sur catastrophe. A peine 120 pages constituent ce roman, fort court, mais qui suffisent largement à créer une véritable histoire avec de beaux personnages hauts en couleur, le tout d’une belle densité et entraînant d’un bout à l’autre. Ce roman présente aussi une belle entrée en matière dans l’œuvre riche et foisonnante de son auteur.

Le meurtre d’O-Tsuya est un beau petit roman sur un amour passionnel, un texte à découvrir.

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Présente édition : traduit du japonais par Jean-Jacques Tschudin, éditions Folio/Gallimard, 13 mai 2005, 124 pages

Voir également :
 - Le pont flottant des songes (Yume no ukihashi) - Junichirô Tanizaki (1959), présentation et extrait

mercredi, 13 octobre 2010

Young Samurai, tome 3 : La Voie du Dragon (The Way of the Dragon) - Chris Bradford - 2010

 

bibliotheca young samurai la voie du dragon.jpgNaufragé et recueilli par le légendaire maître samouraï Masamoto Takeshi, le jeune anglais Jack Fletcher intègre l’école des samouraïs de Kyoto où il lie des liens très forts avec d’autres jeunes enfants. Depuis son arrivée (voir les tomes précédents) un mystérieux tueur ne cesse de le poursuivre afin de lui dérober le routier hérité de son père, objet à la valeur inestimable qui ouvrira la voie des mers à tous les brigands. D’ailleurs le terrifiant Œil-de-Dragon a réussi à mettre la main dessus.
Au-delà la situation du Japon se dégrade aussi de plus en plus et une guerre pourrait être déclarée d’un moment à l’autre.
Alors que le sang commence à couler, Jack est soumis à une ultime épreuve pour parfaire son entraînement. C’est la Voie du Dragon. D’elle dépendra sa survie, ainsi que celle de ses amis. Seule la maîtrise de la technique des Deux ciels leur permettra de survivre à leur ennemis qui se font de plus en plus pressants. Mais Jack doit tout d’abord reprendre possession du routier dérobé par Oeil-de-Dragon. Mais pour cela il lui faudra l’affronter et le tuer. En saura-t-il capable, alors que son entraînement n’est pas encore tout à fait finalisé ?

Dans Young Samurai, tome 3 : La Voie du Dragon de l’écrivain anglais Chris Bradford les aventures de Jack Fletcher continuent de plus et mènent au final de cette passionnante trilogie de Young Samurai. Que les amateurs ne s’inquiètent pas, une seconde trilogie en suite à la première est en préparation et les deux premiers tomes ont déjà vu le jour en version originale.
Ce troisième tome est tout à fait semblable aux deux précédents : le lecteur suit l’apprentissage difficile de Jack, interrompu par de multiples aventures, tout en en apprenant de plus en plus sur la vie et l’histoire du Japon. Le lecteur est entre autre initié à l’art de la poésie japonaise, les haikus, et en apprend encore plus sur les divers arts martiaux utilisés.
En tant qu’épisode final de cette première série, le récit répond parfaitement à toutes les promesses et attentes. Plus d’action, plus de suspense et un final à la hauteur.

Que demander de plus ? Peut-être que la suite ne se fasse pas trop tarder.
 

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Extrait
:


PROLOGUE - L’ASSASSIN

Japon, juin1613

Silencieux comme une ombre, l’assassin voltigeait de toit en toit.

Dissimulé dans la nuit, le ninja traversa les douves, escalada le mur de l’enceinte intérieure et s’enfonça dans les jardins du château. Son objectif, le donjon, était une puissante bâtisse de huit étages, qui se dressait au centre de la forteresse présumée imprenable. Déjouer la surveillance des gardes postés sur les remparts extérieurs n’avait pas été bien difficile. Ceux-là, à moitié endormis à cause de la chaleur étouffante, étaient plus préoccupés par leur manque de confort que par la sécurité de leur daimyo dans sa tour. En outre, ils croyaient vraiment que le château était inexpugnable et n’étaient guère scrupuleux dans l’accomplissement de leur devoir – qui tenterait de s’introduire dans une telle place forte?

Pour l’assassin, le plus dur serait d’entrer dans le donjon. La garde personnelle du daimyo ne serait pas aussi négligente et le ninja ne pouvait s’approcher davantage sans quitter les toits des bâtiments annexes. Il lui fallait maintenant s’avancer en terrain découvert, jusqu’aux solides fondations de pierre de la tour. L’homme se laissa tomber d’un toit et longea le bord d’une cour, se cachant derrière les pruniers et les sakuras.

Traversant silencieusement un jardin zen avec un étang ovale, il s’avança jusqu’au puits couvert qui se trouvait au milieu de la cour. Il se blottit à l’intérieur de la construction en entendant venir une patrouille de samouraïs.

Quand la route fut libre, le ninja se précipita jusqu’au donjon et, tel un lézard noir, gravit sans effort la pente abrupte de son énorme socle. Habilement parvenu au troisième étage, il se glissa dans l’ouverture d’une fenêtre. Une fois à l’intérieur, l’assassin savait exactement où aller. Parcourant à pas de loup un couloir obscur, il passa plusieurs portes avant de tourner à droite pour emprunter un escalier de bois. Il allait monter quand un garde apparut soudainement sur la plus haute marche.

Telle une fumée noire, le ninja s’évanouit dans les ténèbres, rendu invisible par son shinobi shozoku couleur d’encre. Il dégaina calmement un tanto, prêt à égorger le nouvel arrivant.

Ignorant que la mort fût si proche, l’autre descendit l’escalier et passa devant l’espion. Celui-ci, soucieux de ne pas attirer l’attention, décida d’épargner la vie du soldat. Aussitôt que le garde eut tourné à l’angle du passage, le ninja rengaina son arme et grimpa jusqu’au couloir de l’étage supérieur.

À travers le fin papier d’un shoji, il distingua les halos de deux chandelles qui luisaient dans la pénombre. Faisant glisser légèrement le panneau, il jeta un oeil par l’entrebâillement. Un homme était agenouillé en prière devant un autel. Il n’y avait là aucun samouraï.

L’assassin se coula dans la pièce.

Lorsqu’il fut à la bonne distance pour frapper, le ninja fouilla dans un petit sac passé à sa ceinture et en sortit un objet rectangulaire, enveloppé dans une toile cirée noire. Il le posa à côté de l’homme à genoux et s’inclina brièvement.

«Tu es à peu près à l’heure», grommela l’autre.

Sans même se retourner, il ramassa le paquet et le défit, faisant apparaître un livre à la reliure de cuir fatiguée.

«Le routier, souffla-t-il, caressant la couverture, puis ouvrant les pages pour examiner les cartes maritimes, les descriptions d’océans et les minutieuses annotations concernant les marées, les relevés au compas et les configurations du ciel. Nous sommes maintenant en possession de ce qui nous revient de plein droit. Penser que le sort du monde est entre mes mains! Les secrets des océans dévoilés, offrant à notre pays le contrôle des routes commerciales! C’est Dieu qui nous donne la maîtrise des mers.»

L’homme plaça le livre de navigation sur l’autel.

«Et le garçon? demanda-t-il, tournant toujours le dos au ninja. Est-il mort?

- Non.

- Pourquoi? Mes instructions étaient pourtant claires.

- Comme vous le savez, le samouraï Masamoto l’a entraîné à la Voie du guerrier, expliqua l’assassin. Le garçon possède à présent de grandes compétences et s’est montré assez… résistant.

- Résistant? Es-tu en train de m’expliquer qu’un simple gamin a mis en échec le grand Dokugan Ryu?»

L’insulte fit flamboyer l’unique oeil vert émeraude du ninja. Il envisagea de trancher la gorge de son interlocuteur sur-le-champ mais, auparavant, il lui fallait recevoir la rétribution de ses services. Le plaisir attendrait.

«Je t’ai employé parce que tu étais le meilleur. Le plus impitoyable. Me suis-je trompé sur ton compte, Oeil-de-Dragon? Pourquoi ne l’as-tu pas tué?

- Parce que vous pourriez bien avoir encore besoin de lui.»

L’homme agenouillé se retourna, le visage caché dans l’ombre.

«Qu’est-ce que je pourrais attendre de Jack Fletcher?

- Le routier est codé. Seul le garçon peut le décrypter.

- Comment sais-tu cela? demanda l’homme, d’une voix légèrement inquiète. As-tu essayé de trouver le code?

- Évidemment, reconnut le ninja. Après l’erreur que j’avais commise en dérobant le dictionnaire japonais-portugais, j’ai pensé qu’il serait avisé de vérifier le contenu du livre que j’allais vous remettre.

- As-tu réussi à en décoder des passages?

- Pas vraiment. La combinaison inhabituelle de portugais et d’anglais a rendu la tâche plus complexe que je ne l’avais prévu.

- Peu importe, fit l’homme, visiblement soulagé que le contenu du livre restât inaccessible à l’assassin. Il y a dans ce donjon un moine franciscain, un mathématicien qui parle couramment les deux langues. Une simple promesse de remise en liberté devrait nous assurer ses services pour déchiffrer l’ouvrage.

- Et le petit gaijin? s’enquit OEil-de-Dragon.

- Quand le secret du code sera percé, achève ta mission, ordonna l’autre, se tournant à nouveau face à l’autel. Tue-le.»

CHAPITRE 1 - LA BÉQUILLE

Le sang de Jack lui battait aux oreilles. Son cœur s’était emballé. Ses poumons étaient en feu. Mais il ne pouvait s’arrêter maintenant.

Il fonçait tête baissée dans la forêt de bambous, zigzaguant entre les troncs épais qui s’étiraient comme des doigts noueux à travers les frondaisons vert olive.

«Où est-il passé?» cria une voix derrière lui. Jack continua à courir. En dépit de ses muscles qui protestaient, il n’abandonnerait pas la poursuite.

Depuis l’arrivée fatidique du garçon au Japon, lorsque son navire, l’Alexandria, s’était échoué, puis avait été attaqué par des ninjas, OEil-de-Dragon avait été le fléau de son existence. L’assassin avait tué son père, avant de le traquer d’un bout à l’autre du pays, jusqu’à ce qu’il trouve l’occasion de lui dérober le routier.

C’est à Jack qu’avait incombé la responsabilité de ne pas laisser le livre de navigation tomber dans de mauvaises mains. Les informations qu’il contenait avaient une grande valeur, non seulement pour l’Angleterre, mais également pour ses ennemis. Le garçon était bien décidé à retrouver le ninja et à récupérer le précieux ouvrage.

«On l’a perdu!» s’étonna une seconde voix.

Jack ralentit son pas et regarda tout autour de lui.

Ses amis avaient raison. L’homme qu’ils pourchassaient s’était volatilisé dans les halliers.

Yamato et Akiko rejoignirent Jack. Akiko dut s’asseoir pour se reposer. Elle ne s’était pas totalement remise après son récent empoisonnement et la course lui avait coûté un grand effort. L’éclat habituel de son teint clair avait terni et des ombres noires cernaient ses yeux en amande. Un sentiment de culpabilité étreignit le coeur de Jack. Même si la jeune fille ne lui faisait aucun reproche, il était la cause de son état présent. Voulant mettre le routier à l’abri des recherches, il l’avait caché dans le château du daimyo Takatomi, gouverneur de la province de Kyoto. Cet emplacement lui avait semblé le plus sûr. Il savait à présent qu’il n’en était rien. Œil-de-Dragon s’était introduit dans le château, Akiko avait failli mourir en essayant de défendre son ami et la vie du daimyo avait été mise en danger.

«Comment a-t-il pu s’enfuir? demanda Yamato, s’appuyant sur son bo pour reprendre son souffle. Il est infirme!

- Il a dû revenir en arrière», suggéra Jack, qui se retourna et scruta le sous-bois à la recherche d’une trace quelconque.

Il savait que ses compagnons étaient aussi déterminés que lui-même. Quatre ans auparavant, OEil-de-Dragon avait assassiné le frère aîné de Yamato, Tenno.

«Je n’en reviens pas qu’il ait volé la perle d’Akiko!» s’exclama Yamato en donnant un coup de pied rageur à un bambou.

Le heurt avec le tronc, dur comme la pierre, lui arracha un hurlement de douleur.

Akiko poussa un soupir et fit les gros yeux devant l’impétuosité caractéristique de son cousin. «Ne t’inquiète pas, dit-elle, tirant ses longs cheveux noirs en arrière, je pourrai en pêcher une autre quand nous irons à Toba.

- Ce n’est pas la question. Il a pris la perle, mais ne nous a rien appris en échange sur OEil-de-Dragon.»

Jack était d’accord. Obtenir des renseignements sur le ninja avait été le seul but de leur expédition dans les contreforts des monts Iga. Après avoir été mis à la porte de leur école de samouraïs pour avoir compromis la sécurité du daimyo Takatomi, ils avaient été envoyés chez la mère d’Akiko, dans l’attente d’une décision définitive à leur sujet. Au cours de leur voyage, cependant, leur guide samouraï, Kuma-san, s’était déboîté l’épaule en tombant de cheval. Ils avaient dû s’arrêter à Kameyama en attendant qu’il se rétablisse. C’est là qu’ils avaient entendu dire qu’un homme du nom d’Orochi se vantait de connaître l’infâme OEil-de-Dragon. Le village de Kabuto, où habitait l’homme en question, n’était pas très éloigné, aussi étaient-ils partis tous les trois à la recherche de celui-ci.

Jack espérait non seulement récupérer le routier, mais également découvrir où se cachait OEil-de-Dragon et en informer le père de Yamato, Masamoto Takeshi. Cela, espérait-il, les rachèterait, ses amis et lui, aux yeux du légendaire guerrier et leur permettrait de réintégrer la Niten Ichi Ryu, afin de poursuivre leur formation de samouraïs.

Kabuto n’était guère plus qu’un ensemble de fermes dispersées autour d’un carrefour, avec une auberge décrépite qui offrait ses services aux rares voyageurs allant de la route du Tokaido à la ville fortifiée d’Ueno. C’est dans la grand-salle de l’auberge qu’ils trouvèrent Orochi.

Un silence soudain les accueillit. L’apparence physique de Jack faisait souvent sensation, en particulier en dehors de Kyoto, où l’on ne voyait quasiment jamais d’étrangers. Son épaisse chevelure paille et ses yeux bleu ciel fascinaient les Japonais aux yeux et aux cheveux noirs. En outre, bien qu’il n’eût que quatorze ans, sa taille et sa force dépassaient celles de bien des autochtones, qui tendaient à réagir par la peur ou la suspicion, en particulier depuis que le garçon s’habillait et se comportait comme un guerrier samouraï.

Jack balaya la salle des yeux. L’endroit ressemblait plus à un tripot qu’à une halte pour les voyageurs. Joueurs de dés ou de cartes se pressaient autour de tables basses que du saké renversé avait recouvertes d’une pellicule poisseuse. Une compagnie hétérogène de marchands, de samouraïs et de paysans dévisagea les nouveaux venus avec circonspection. Un murmure d’approbation accueillit l’entrée d’Akiko. À part une jeune serveuse effarouchée dans un coin, il n’y avait pas d’autre femme dans la pièce.

Les trois adolescents s’avancèrent jusqu’au comptoir, tous les yeux rivés sur eux.

«Excusez-moi, commença Yamato en s’adressant au patron de l’auberge, un homme gros comme une barrique avec des mains larges comme des battoirs. Savez-vous où nous pourrions trouver Orochi-san?»

L’autre émit un grognement et se contenta de hocher la tête en direction de l’extrémité opposée de la salle. Dans une alcôve faiblement éclairée par une seule chandelle, était assis un homme voûté, avec dans son dos une béquille de bois appuyée contre le mur.

«Pouvons-nous parler avec vous un moment ? demanda Yamato en s’approchant de ce dernier.

- Ça dépend de qui régale, répliqua l’homme d’une voix rauque, les examinant de la tête aux pieds et se posant manifestement la question de savoir ce qu’un jeune samouraï aux cheveux noirs en épis faisait avec une jolie fille et un étranger dans un lieu aussi louche.

- Je suppose que c’est nous, répondit Yamato, s’inclinant en signe de consentement.

- Alors vous êtes les bienvenus. Le gaijin aussi peut venir.»

Jack ignora le terme insultant désignant un étranger. Cet homme était leur seule piste et ils devaient se concilier ses bonnes grâces. De plus, si Orochi ignorait que Jack parlait couramment japonais, cela ne pouvait que jouer en leur faveur.

L’homme leva une main gauche difforme, dont les doigts étaient tordus comme des racines rabougries, et demanda du saké. La boisson commandée et Orochi ayant apparemment accepté ses trois hôtes, les conversations et les jeux reprirent autour d’eux.

Jack, Akiko et Yamato s’assirent jambes croisées de l’autre côté de la table basse, tandis que la serveuse apportait un grand flacon de saké et une unique petite coupe. Elle empocha l’argent de Yamato, puis s’éloigna.

«Je dois m’excuser pour mes mauvaises manières à table, dit aimablement Orochi à l’adresse d’Akiko, tout en indiquant sa jambe droite crasseuse, qui reposait sur un coussin et mettait la plante de son pied bien en vue. Je ne veux pas vous offenser, mais je suis infirme de naissance, comprenez-vous?

- Ce n’est pas un problème», rétorqua la jeune fille, versant sa boisson à Orochi, ainsi que le voulait l’usage en cas de présence féminine.

Saisissant la coupe de sa main valide, Orochi la but d’un trait. Akiko la remplit à nouveau.

«Nous cherchons un renseignement, confia Akiko à voix basse, tandis que l’autre récupérait sa coupe pleine. Nous voudrions savoir où se trouve Dokugan Ryu.»

La mention du nom d’OEil-de-Dragonfit trembler la main d’Orochi, qui vida néanmoins sa coupe.

«Ce saké est infect! se plaignit-il, toussant bruyamment et se frappant la poitrine avec le poing. L’information que vous cherchez vaut beaucoup plus que ça.»

L’homme jeta à Yamato un regard qui en disait long, cependant qu’Akiko lui servait une autre coupe. Yamato fit un signe de tête et la jeune fille sortit de la manche de son kimono une grosse perle d’un blanc laiteux, qu’elle posa sur la table devant leur interlocuteur.

«Voilà qui devrait plus que suffire à vos besoins», déclara Yamato.

À la vue de la perle, les yeux sombres d’Orochi étincelèrent, avant de faire le tour de la pièce pour s’assurer que personne ne les observait. Rassuré, l’homme laissa un sourire lui déformer la bouche.

Il avança la main vers la perle.

Yamato lui saisit le poignet.

«Nous payons après réception de l’information, fit-il remarquer.

—Bien entendu», acquiesça l’autre, retirant sa main. Alors il chuchota: «Si j’étais vous, j’irais voir au village de…»

Une cloche tinta alors que la porte d’entrée de l’auberge coulissait et que deux nouveaux clients entraient. Orochi cessa de parler et attendit que ces derniers fussent assis au comptoir. Comme l’un d’eux faisait un signe au patron pour passer sa commande, Jack nota qu’il lui manquait un petit doigt.

«Vous disiez?» insista Yamato.

Pendant un court moment, Orochi sembla distrait, mais son attention revint rapidement à la perle.

«Oui… Pouvez-vous m’excuser? L’appel de la nature, dit-il en attrapant sa béquille. Il me faut un moment pour arriver jusque-là, aussi je dois y aller aussitôt que l’envie s’en fait sentir. Je suis sûr que vous comprenez.»

Comme l’homme tentait de se mettre debout, il retomba sur la table en renversant le flacon de saké, dont le contenu s’échappa.

«Cette faiblesse dans ma jambe est insupportable, maugréa-t-il en guise d’excuse. Je suis de retour dans un instant. Jeune fille, veuillez nettoyer tout ça!»

Plié en deux, Orochi clopina jusqu’à la porte de derrière. La serveuse accourut à leur table et entreprit d’y remettre de l’ordre. Tandis qu’elle s’affairait, Jack remarqua que quelque chose manquait.

«Où est la perle?»

Ils inspectèrent le sol, puis échangèrent des regards consternés et se précipitèrent vers la porte du fond. Orochi avait disparu. Akiko entrevit alors une silhouette qui pénétrait dans la forêt de bambous située à l’arrière de l’auberge. Avant même que l’un d’eux n’eût atteint la lisière, l’homme s’était enfoncé dans les profondeurs de la sylve. Ils plongèrent à leur tour dans le sous-bois et prirent le voleur en chasse… mais il s’était évanoui dans les fourrés.

«Tu as entendu? demanda Akiko, interrompant Jack dans ses recherches.

- Entendu quoi? répondit son ami.

- Chut! Écoute!»

Tous trois devinrent silencieux.

Tel le clapotis des vagues sur le rivage, un bruissement de feuilles leur parvenait depuis la cime des arbres. À ce bruit paisible, se joignait de temps à autre celui de l’entrechoquement des troncs.

«Tu n’entends pas? insista la jeune fille, avant de murmurer: Retiens ta respiration!»

Les lèvres closes, ils se regardèrent les uns les autres.

On entendait quelqu’un respirer.

Les techniques de perception que sensei Kano, leur maître de bojutsu aveugle, leur avait enseignées se montraient une fois de plus utiles. Jack repéra aussitôt l’origine du son et s’en approcha à pas de loup.

Soudain, Orochi jaillit des buissons, à moins de cinq pas du garçon. Pas un instant il ne s’était éloigné d’eux!

«Reviens! lança Jack, dont le cri fit s’envoler un oiseau dans les hauteurs du feuillage.

- Allez-y! les pressa Akiko, trop épuisée pour se remettre à courir. Je garde les affaires.

Yamato jeta son havresac à terre et se rua derrière son ami, qui poursuivait déjà Orochi. L’homme disparut à nouveau en se baissant au milieu des halliers.

Jack continua sur sa lancée. Il ne se laisserait pas berner cette fois. Comme il atteignait l’endroit où l’autre avait disparu, ses jambes se dérobèrent et il roula le long d’une pente abrupte.

Parvenu au bas de cette dernière, il se rétablit sur ses pieds et s’aperçut qu’il était sur un chemin forestier. Peu après, Yamato le rejoignit. Averti du danger par le cri de son camarade, il avait réussi à éviter de tomber à son tour.

«De quel côté est-il allé? s’enquit Yamato.

- Je ne sais pas. J’étais trop occupé à distinguer le haut du bas! répliqua Jack avec irritation tout en balayant de la main les feuilles mortes accrochées dans ses cheveux.

- D’accord. Va de ce côté pendant que j’irai de l’autre, ordonna Yamato. Crie si tu le trouves.»

Il s’élança.

Jack s’apprêtait à l’imiter quand il entendit quelque chose heurter le tronc d’un bambou. Il fit volte-face.

«Je sais que tu es là», affirma-t-il.

Orochi se releva péniblement, avec l’aide de sa béquille, et émergea des buissons.

«Ah! Tu comprends le japonais… C’est bien.»

L’homme s’inclina pitoyablement et boitilla en direction de son poursuivant.

«Tu ne ferais pas de mal à un infirme, n’est-ce pas? implora-t-il, tendant sa main droite difforme en signe de reddition.

- Tu n’es pas infirme! constata Jack. N’est-ce pas ta main gauche qui avait les doigts tordus?»

Orochi exhiba son sourire grimaçant.

«Exact. Mais je vous ai bien eus, n’est-ce pas?» répondit-il, tendant la jambe, se redressant de toute sa hauteur et dépliant ses doigts crochus.

À la vitesse de l’éclair, il tira sur la partie inférieure de sa béquille, découvrant un fer de lance ébréché. Orochi dirigea l’arme mortelle vers la poitrine de Jack.

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Présente édition : traduit par Laurent Strim, Editions Baam !, 9 août 2010, 300 pages


Voir également :

Young Samurai, tome 1 : La voie du guerrier (The Way of The Warrior) - Chris Bradford (2008), présentation et extrait
Young Samurai, tome 2 : La voie du sabre (The Way of the Sword) - Chris Bradford (2009), présentation et extrait

 

mercredi, 15 septembre 2010

Young Samurai, tome 2 : La voie du sabre (The Way of the Sword) - Chris Bradford - 2009

bibliotheca young samurai la voie du sabre.jpgJapon, 1612. Après un an d’entraînement dans la Voie du guerrier au sein de son école de samouraïs, Jack Fletcher sent qu’il n’est toujours pas le bienvenu parmi ses nouveaux collègues, et cela malgré la protection du maître qu’est le grand samouraï Masamoto Takeshi. Alors qu'il se prépare au Cercle des Trois, un rituel ancestral mettant à l'épreuve l'Esprit, le Corps et l'Ame, il se retrouve confronté à la terrible bande du Scorpion, qui vise à chasser du Japon jusqu'au dernier gaijin (étranger en japonais). Mais là n’est pas le pire, son ennemi juré, le terrible et mystérieux ninja Œil-de-Dragon est toujours à ses trousses, en quête du trésor que Jack détient, le routier des mers qui ouvrira les voies navigables à tous les pirates. L’affrontement est inévitable, et celui-ci ne pourra être que fatal pour l’un des deux. Jack saura-t-il maîtriser la Voie du sabre pour survivre à un combat mortel ?


L’histoire débutée dans le tome précédent La voie du guerrier continue ici un an après les événements relatés précédemment. L’auteur anglais Chris Bradford continue ainsi à nous narrer l’apprentissage de son jeune héros Jack Fletcher aux arts des samouraïs, tout en élaborant l’intrigue autour du routier et du ninja Œil-de-Dragon. Evidemment il ne se lasse pas à nous faire découvrir encore davantage la culture japonaise ainsi qu’un pan de l’histoire de cet archipel, une époque trouble pour tous les étrangers, principalement chrétiens présents sur le territoire. Tout cela est apporté finement, au compte goutte, accompagnant toujours l’action sans jamais la prédominer, et aussi de façon simple, afin que le jeune public visé par cette trilogie puisse facilement apprendre tout en se divertissant. 
Ce deuxième tome, comme c’est souvent le cas dans une trilogie, peut paraître le plus long des trois. En effet ici l’auteur s’amuse à étoffer le tout, mais on sent bien que le dénouement final n’est pas proche. Les plus impatients s’y ennuieront peut-être, mais cela en vaut bien la peine, tant le troisième et dernier tome s’annonce passionnant.

La voie du sabre de Chris Bradford, second tome de la trilogie de Young Samurai, continue parfaitement sur la lancée du premier. Pour les jeunes surtout, mais aussi pour les moins jeunes.

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Extrait

Prologue : Dokujutsu


Japon, août1612

«Le scorpion doré de Mandchourie est l’un des animaux les plus venimeux d’Asie, expliqua le ninja, extirpant d’une boîte un grand spécimen couleur d’ambre et le déposant dans la main tremblante de son élève. Armé, silencieux, mortel: l’assassin suprême.»

La jeune fille tenta vainement de réprimer un tremblement tandis que la créature à huit pattes, dont l’aiguillon luisait dans le demi-jour, rampait sur sa peau.

Elle était agenouillée face au ninja dans une pièce étroite éclairée par une chandelle, où s’entassaient des pots en terre, des boîtes en bois et de petites cages. Ce bric-à-brac contenait toute une collection de potions ou de poudres empoisonnées, et de plantes ou d’animaux venimeux. Le ninja lui avait déjà montré des baies rouge sang, des poissons-globes, des crapauds multicolores, des araignées aux pattes démesurées et les anneaux de serpents dont la tête était recouverte par un capuchon noir – tous mortels pour les êtres humains.

«Une simple piqûre du traqueur de la mort et la victime éprouve une souffrance intolérable, continua le ninja, observant la lueur d’effroi dans les yeux de son élève. Des convulsions, puis la paralysie, la perte de conscience et pour finir la mort.»

À ces derniers mots, la jeune fille devint aussi immobile qu’une pierre, les yeux fixés sur le scorpion qui escaladait son bras en direction de son cou. Sans prêter attention au danger imminent qui menaçait son élève, le ninja poursuivit son enseignement.

«Dans le cadre de ta formation de ninjutsu, tu dois apprendre dokujutsu, l’art du poison. Lorsque tu seras envoyée en mission, tu découvriras que poignarder quelqu’un est aussi malcommode que salissant et que le risque d’échouer est grand. Au contraire, l’empoisonnement est silencieux, difficile à détecter et, si le poison est administré convenablement, le résultat est sûr.»

Le scorpion avait maintenant atteint la nuque de la jeune fille et s’était glissé dans l’ombre attrayante de ses longs cheveux noirs. Essayant d’échapper à la progression de l’animal, l’élève, dont le souffle était devenu court et superficiel sous l’emprise de la panique, détourna la tête. Le ninja ignora sa fâcheuse posture.

«Je t’apprendrai comment extraire les poisons de différents végétaux et animaux, lesquels mélanger à la nourriture ou additionner à la boisson de tes victimes, ou encore avec lesquels enduire tes armes, continua le ninja tout en faisant glisser ses doigts sur une cage, déclenchant ainsi une attaque du serpent qui se trouvait à l’intérieur et qui se cogna contre les barreaux. Tu dois également développer une tolérance à ces poisons, car tu n’as aucun intérêt à devenir ta propre victime.»

L’homme se retourna pour voir son élève lever le bras afin de chasser le scorpion blotti au creux de sa nuque. Il secoua doucement la tête en signe de réprobation.

«De nombreuses toxines possèdent leurs antidotes. Je te montrerai comment les préparer. D’autres peuvent être contrées en absorbant de petites doses de poison jusqu’à ce que le corps mette en place ses propres défenses. Cependant, pour d’autres encore, il n’existe aucun remède.»

Le ninja désigna du doigt, dans une auge emplie d’eau, une pieuvre cerclée d’anneaux bleus pas plus grande que le poing d’un bébé.

«Cette créature si belle recèle un venin capable de provoquer la mort d’un homme en quelques minutes. Je recommande de l’utiliser dans des boissons telles que le saké ou le sencha, car il n’a aucun goût.»

L’élève ne supportait plus la présence du scorpion sur son corps. Elle le balaya d’un geste de la main, le délogeant de sa chevelure, et poussa un cri perçant comme l’aiguillon de l’animal s’enfonçait profondément dans sa paume. La chair autour de la plaie se mit immédiatement à gonfler.

«À l’aide…», gémit-elle tandis qu’une douleur aiguë jaillissait dans son bras.

L’homme observa ses soubresauts sans la moindre compassion. «Tu vivras, répondit-il tout en ramassant le scorpion par la queue et en le laissant retomber dans sa boîte. Il est vieux et gros. C’est des femelles de petite taille que tu dois te méfier.»

L’élève s’effondra sans connaissance sur le plancher.

Chapitre 1 : Les osselets

- Tu triches! s’écria la fillette.

- Pas du tout! protesta Jack, agenouillé face à sa petite soeur, dans le jardin situé à l’arrière du cottage de leurs parents.

- Si! Tu dois frapper dans tes mains avant de ramasser les osselets.»

Le garçon cessa de discuter; son innocence feinte ne pouvait duper Jess. Autant il aimait sa soeur, frêle gamine de sept ans aux yeux bleu clair et aux cheveux blond-châtain, autant il la savait tatillonne en matière de règles. En général, Jess était aussi inoffensive qu’un bouton-d’or mais, lorsqu’ils jouaient aux osselets, elle devenait aussi stricte et sévère que leur mère l’était pour le ménage.

Jack ramassa les cinq petits os de mouton et reprit le jeu. Les ossements blanchis avaient la taille de petits cailloux et les nombreuses parties que le frère et la soeur leur avaient fait subir au cours de l’été en avaient poli les bords. En dépit de la chaleur étouffante, ils semblaient étrangement froids dans sa main.

«Je parie que tu ne pourras pas battre mon deux!» le provoqua Jess.

Relevant le défi, le garçon jeta quatre osselets sur le sol. Il lança alors le cinquième en l’air, frappa dans ses mains et saisit l’un de ceux qui étaient par terre avant de capturer celui qui retombait. Il répéta le procédé avec l’aisance d’un expert, jusqu’à ce que les cinq osselets soient à nouveau dans sa main.

«Un», déclara Jack.

Peu impressionnée, Jess cueillit une pâquerette sur la pelouse en simulant l’ennui.

Jack relança les osselets et accomplit le deuxième tour en deux gestes fluides de la main.

«Deux!» s’écria-t-il, avant d’envoyer à nouveau quatre osselets dans l’herbe. Alors, après avoir lancé celui qui restait en hauteur et tapé dans ses mains, il en recueillit trois et récupéra le cinquième dans sa chute.

«TROIS!» s’exclama Jess, incapable de contenir sa surprise.

Avec un large sourire, le garçon jeta les osselets sur le gazon pour le dernier tour.

Au loin, le roulement grave du tonnerre traversa le ciel de plus en plus sombre. L’air s’alourdissait à l’approche d’un orage estival, mais Jack ignora ce changement de temps. Il préféra se concentrer sur le défi que représentait la possibilité de ramasser les quatre osselets en même temps.

Le garçon en lança un loin en l’air et frappa dans ses mains au moment même où retentissait un craquement épouvantable. La ligne brisée d’un éclair incandescent déchira le ciel, s’abattant sur le sommet éloigné d’une colline et embrasant un arbre. Ce dernier émit une lueur rouge sang qui se détachait sur le ciel noircissant. Mais Jack était trop absorbé par le jeu pour se laisser distraire. Il saisit les quatre osselets avant de rattraper le cinquième, à seulement une largeur de main du sol.

«J’ai réussi! J’ai réussi! Quatre d’un coup!» cria le garçon d’une voix enthousiaste.

L’air triomphant, il leva les yeux et vit que Jess avait disparu.

De même que le soleil. Des nuages de tempête noirs comme la poix filaient à présent à travers un ciel bouillonnant.

Jack regarda avec ahurissement la soudaine férocité du temps. Il prit alors vaguement conscience de quelque chose qui rampait à l’intérieur de son poing fermé.

On aurait dit que les osselets bougeaient.

Non sans hésitation, il ouvrit la main.

Le souffle lui manqua. Dans sa paume se bousculaient quatre minuscules scorpions noirs.

Ils entouraient le dernier osselet blanchâtre, qu’ils frappaient de leurs aiguillons, enduits d’un poison mortel.

L’un des scorpions fit volte-face et courut le long de son poignet. Pris de panique, Jack secoua le bras, faisant tomber tous les insectes dans l’herbe, et s’élança vers la maison.

«Mère! Mère!» hurla-t-il, puis aussitôt il pensa à Jess. Où était-elle?

La pluie se mit à tomber à grosses gouttes et le jardin s’enfonça dans l’ombre. Il ne distinguait plus que les cinq osselets abandonnés sur la pelouse, mais les scorpions et sa petite soeur étaient devenus invisibles.

«Jess? Mère?» s’époumona-t-il.

Personne ne répondit.

Il entendit alors sa mère chantonner dans la cuisine:

«Lorsque tous ses actes diffèrent de son verbe
L’homme devient un jardin empli de mauvaises herbes
Lorsque les mauvaises herbes commencent à pousser
Ce devient un jardin par la neige caché…»

Jack fonça le long du corridor qui menait à la cuisine.

Le cottage était plongé dans l’obscurité, humide et froid comme des catacombes. Une pâle clarté filtrait par une petite fente dans la porte de la cuisine. Depuis l’intérieur, la voix de sa mère s’élevait et retombait comme les gémissements du vent:

«Et lorsque cette neige commence à tomber
Ce devient un oiseau sur un muret perché
Et lorsque cet oiseau s’éloigne dans le vent
Ce devient un faucon dans le ciel, planant…»

Le garçon colla l’oeil contre la fente et vit sa mère en tablier, assise dos à la porte, en train d’éplucher des pommes de terre avec un grand couteau incurvé. Une unique chandelle éclairait la pièce, faisant apparaître l’ombre de la lame sur le mur aussi monstrueuse que le sabre d’un samouraï.

«Lorsque soudain le ciel commence à gronder
Ce devient une porte, par un lion surveillée…»

Jack poussa la porte de la cuisine. Le bois grinça sur le pavement de pierres, mais sa mère regardait toujours devant elle.

«Mère? demanda-t-il. M’avez-vous entendu…?»

«Et lorsque cette porte commence à craquer
Ce devient une canne, qui ton dos vient cingler…»

«Mère? Pourquoi ne me répondez-vous pas?»

La pluie tombait maintenant si dru qu’elle faisait le même bruit qu’un poisson en train de frire dans une poêle. Jack franchit le seuil de la pièce et s’approcha de sa mère. Elle continuait à lui tourner le dos, ses doigts s’activant fébrilement avec le couteau et retirant tour à tour la peau de chaque pomme de terre.

«Et lorsque alors ton dos commence à te brûler
Ce devient une lame dans ton coeur enfoncée…»

Jack tira sur son tablier.

«Mère? Est-ce que ça va?»

Venant de l’autre pièce, un cri étouffé parvint à ses oreilles et, au même instant, sa mère se tourna vers lui, la voix soudain cassante et discordante:

«Lorsque ton pauvre coeur commence à saigner
Tu es mort, oui bien mort, il n’en faut pas douter.»

Les yeux du garçon plongèrent tout à coup dans les orbites creuses d’une vieille sorcière dont les cheveux gris poisseux grouillaient de poux. Celle qu’il avait prise pour sa mère pointait à présent vers sa gorge le couteau, auquel était suspendue une épluchure de pomme de terre, pareille à un lambeau de peau.

«Tu es mort, bien mort, gaijin!» fit d’une voix grinçante la sorcière ratatinée, dont le souffle putride lui donnait la nausée.

Elle eut un rire dur, tandis que Jack se précipitait vers la porte en hurlant.

Le garçon entendait les cris angoissés de Jess au fond du cottage. Il s’élança dans la pièce de devant. Le grand fauteuil, dans lequel son père avait l’habitude de s’asseoir, faisait face au feu qui brûlait dans l’âtre. Une silhouette encagoulée en émergeait, se découpant sur la lueur tremblotante des flammes.

«Père? interrogea le garçon, hésitant.

- Non, gaijin. Ton père est mort.»

Un doigt noueux émergea d’une main gantée de noir et désigna, dans un coin éloigné de la pièce, un corps étendu face contre terre, inerte et perdant son sang. Le garçon eut un mouvement de recul involontaire en découvrant le sort horrible de son père, et le sol se souleva comme le pont d’un navire. D’un bond, la forme encagoulée vola du fauteuil à la fenêtre treillissée. L’intrus étreignait Jess dans ses bras. Le coeur de Jack cessa de battre.

Il reconnaissait l’oeil unique vert jade qui lui lançait un regard mauvais par la fente de la cagoule. La silhouette, vêtue de pied en cap du shinobi shozoku noir des ninjas, était celle de Dokugan Ryu. Oeil-de-Dragon. Le ninja qui avait tué son père et pourchassé Jack sans pitié enlevait maintenant sa petite soeur.

«Non!» hurla le garçon en se jetant à l’autre bout de la pièce pour sauver Jess.

Cependant, d’autres ninjas, telles des veuves noires, surgirent des murs pour l’arrêter. Jack les combattit de toutes ses forces, mais chaque assassin sans visage dont il venait à bout était immédiatement remplacé par un autre.

«Une autre fois, gaijin ! siffla Oeil-de-Dragon en se retournant et en disparaissant dans la tempête déchaînée. Je n’oublie pas le routier.»

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Présente édition : traduit par Laurent Strim, Editions Baam !, 414 pages, 3 mars 2010


Voir également :
- Young Samurai, tome 1 : La Voie du Guerrier (The Way of The Warrior) - Chris Bradford (2008), présentation et extrait
- Young Samurai, tome 3 : La Voie du Dragon (The Way of The Dragon) - Chris Bradford (2010), présentation et extrait

mercredi, 01 septembre 2010

Young Samurai, tome 1 : La voie du guerrier (The Way of the Warrior) - Chris Bradford - 2008

bibliotheca young samurai la voie du guerrier.jpgAoût 1611. A bord du majestueux navire marchand l’Alexandria, fierté de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, la vie de Jack Fletcher, âgé seulement de 12 ans, est soumise aux humeurs de l’océan. Le navire a d’ailleurs déjà parcouru plus de la moitié du globe pour se retrouver proche des côtes japonaises, terres mythiques sur lesquelles nul anglais n’a encore posé les pieds. Pour Jack Fletcher, fils du célèbre John Fletcher, pilote de l’Alexandria dont la connaissance des mers est immense et incomparable, aucune erreur n’est permise. Plus que tout autre mousse il doit faire faire ses preuves.

Lorsque l’océan, dans un accès de fureur, fait chavirer le navire aux abords des côtes japonaises, le destin vient frapper le jeune garçon. L’équipage, naufragé est vite victime d’une attaque de wakos, des pirates ninjas. Tous seront massacrés. Sous les yeux de Jack, son père est assassiné par un terrifiant ninja à l’œil vert.
Seul Jack réchappe au massacre grâce à l’intervention de Masamoto Takeshi, seigneur guerrier respecté de tous. Il accueille Jack au sein de sa famille et le traite comme un fils. Il l’introduit même dans sa prestigieuse école de samouraïs ; mais l’adaptation du jeune gaijin, l’étranger blond aux yeux bleu, à un monde si différent du sien est tout sauf évidente.
De sa vie de jeune marin, bien révolue, ne lui restent donc que la terrible image de l’assassin de son père, le terrifiant Œil-de-Dragon, et cette furieuse soif de vengeance.
Sa seule chance de l’assouvir : relever le défi de la
Voie du Guerrier et devenir un grand samouraï.

Young Samurai : La voie du guerrier, paru en 2009 aux éditions Baam !, premier tome d’une saga en trois volumes, nous conte les aventures d’un jeune naufragé et sa carrière au sein des samouraïs dans le Japon du XVIIe siècle. Entre roman d’apprentissage, roman d’aventures et roman historique ce roman, particulièrement dédié à un public jeune et adolescent, a tout pour plaire.
Dès les premières pages le lecteur est pris dans le récit des aventures de Jack et la découverte du Japon et des arts martiaux. Le suspense et l’action sont omniprésents, mais ce qui prévaut avant tout est l’immersion dans la culture japonaise, par ses rites, mœurs et bien sûr ses arts martiaux. Un petit lexique existe d'ailleurs en annexe du livre sur la langue japonaise, et un descriptif de plusieurs coups d'arts martiaux sont également donnés en annexe. Et pour un jeune homme comme il s’avère vite bien difficile de se conformer à une société si différente de celle qu’il a connue, mais ô combien celle-ci se montre bien vite fascinante. Les arts martiaux sont particulièrement bien décrits, l’auteur étant lui-même un grand adepte de sports de combat, et l’apprentissage pour Jack sera long et bien dur. Les descriptions sont à la fois simples et précises, permettant d’en apprendre énormément tout en se divertissant. Bien sûr au-delà de l’apprentissage de Jack, et sa découverte du Japon, le suspense est maintenu par une intrigue encore peu dévoilée dans ce premier tome : Jack se rendant vite compte qu’il est menacé au sein même de son école par le terrifiant Œil-de-Dragon, qui semble le poursuivre sans relâche.
Evidemment, si ce livre regorge de qualités, il ne faut toutefois pas oublier qu'il s'adresse avant tout à un public jeune et adolescent. Par exemple si les personnages sont bien étoffés, concernant Jack ses motivations et sentiments sont bien décrits, ils n'en restent assez simples.

Bref,
La voie du guerrier de Chris Bradford, premier tome de la trilogie de Young Samurai est un excellent roman d’aventures, adressé principalement à la jeunesse, mais qui, par ses nombreuses qualités, en ravira bien d’autres.

A découvrir !

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Extrait
 :


Prologue - Masamoto Tenno

Kyoto, Japon, août1609

Le garçon se réveilla en sursaut. Il saisit son sabre.

Tenno osait à peine respirer. Il sentait une présence étrangère dans la pièce. Tandis que ses yeux s’habituaient à l’obscurité, il recherchait des indices de mouvement. Mais il ne voyait rien, seulement des ombres dans l’ombre et le clair de lune fantomatique qui suintait à travers les murs de papier phosphorescents.

Peut-être s’était-il trompé… Cependant, son entraînement de samouraï l’avertissait du contraire.

Tenno était à l’affût du moindre bruit trahissant la présence d’un intrus. Mais il n’entendait rien d’inhabituel.

Les cerisiers du jardin, traversés par une légère brise, produisaient un bruissement de soie. La petite fontaine déversait son goutte-à-goutte familier dans l’étang aux carpes. Tout près de là, un grillon émettait son incessant cricri nocturne. Le reste de la maison demeurait silencieux.

Sa réaction était exagérée… C’était seulement un mauvais kami qui troublait ses rêves, se raisonna-t-il. Depuis un mois, toute la famille Masamoto était à cran à cause des rumeurs de guerre. On parlait de rébellion et le père de Tenno avait été appelé pour aider à étouffer un éventuel soulèvement. La paix que le Japon avait savourée au cours des douze dernières années était soudainement menacée et les gens avaient peur d’être plongés dans un nouveau conflit. Pas étonnant qu’il fût si tendu.

Tenno baissa sa garde et se rallongea sur son futon. Au même moment, le cricri du grillon devint un peu plus fort et la main du garçon se resserra sur la poignée de son sabre. Son père avait dit un jour : «Un samouraï doit toujours obéir à son instinct» – et son instinct lui disait que quelque chose n’allait pas.

Il se releva pour examiner la pièce.

Soudain une étoile argentée jaillit des ténèbres. Tenno se jeta sur le côté mais il était trop tard. Le shuriken tailla à travers sa joue avant de s’enfoncer profondément dans le futon. Roulant toujours sur luimême, le garçon sentit un jet de sang chaud s’écouler de son visage, tandis qu’un second shuriken se fichait dans les tatamis avec un bruit mat. Il bondit sur ses pieds avec souplesse et leva son sabre pour se protéger. Vêtue de noir de pied en cap, une silhouette fantomatique émergea peu à peu de l’obscurité.

Un ninja! L’assassin japonais de la nuit.

Avec une lenteur mesurée, le ninja dégaina de son saya une lame d’aspect redoutable. Au contraire du katana long et courbé de Tenno, le tanto était court et droit, idéal pour poignarder quelqu’un.

Le ninja se rapprocha silencieusement et brandit son arme, tel un cobra humain prêt à attaquer. Tenno, anticipant l’attaque, abaissa son sabre de manière à trancher à travers le corps de l’assassin. Mais le ninja évita adroitement la lame du garçon, tout en tournoyant pour lui donner un coup de pied en pleine poitrine.

Projeté en arrière, Tenno passa à travers le papier fin des shojis et se retrouva dans la nuit. Il atterrit lourdement au milieu du jardin intérieur, désorienté et le souffle coupé.

Le ninja bondit par la déchirure béante, pour retomber comme un chat juste devant lui.

Tenno voulut se redresser et se défendre, mais ses jambes se dérobèrent. Elles étaient devenues inertes et insensibles. Pris de panique, il essaya de crier pour appeler à l’aide mais sa gorge était tout enflée. Elle le brûlait et ses cris se muèrent en douloureuses suffocations. La silhouette du ninja se brouilla avant de disparaître dans une volute de fumée noire. Le champ de vision du garçon se rétrécit et il comprit que le shuriken avait été enduit de poison. La paralysie le gagnait membre après membre, le laissant à la merci de son assassin.

Aveuglé par le produit mortel, Tenno tendait l’oreille mais il n’entendait que le cricri du grillon. Son père lui avait expliqué un jour que les ninjas imitaient les stridulations de l’insecte pour masquer le bruit de leurs propres mouvements. C’était donc ainsi que son assassin s’était faufilé à l’insu des gardes !

Le garçon recouvra brièvement la vue. Sous le faible éclairage d’une lune décroissante, un visage encagoulé flotta dans sa direction. Tenno pouvait à présent sentir sur son propre visage le souffle chaud du ninja, aigre comme du saké bon marché. À travers la fente dans le shinobi shozoku, il vit un oeil unique, vert émeraude, étinceler de haine.

«Ceci est un message pour ton pèreþ», siffla le ninja.

Tenno sentit brusquement l’extrémité froide du tanto sur sa poitrine, juste au-dessus du coeur. Une simple poussée acérée et tout son corps s’embrasa de douleur…

Puis, plus rien…

Masamoto Tenno était passé dans le Grand Vide.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Laurent Strim, Editions Baam !, 1 mai 2009, 381 pages


Voir également :
- Young Samurai, tome 2 : La Voie du Sabre (The Way of the Sword) - Chris Bradford (2009), présentation et extrait
Young Samurai, tome 3 : La Voie du Dragon (The Way of The Dragon) - Chris Bradford (2010), présentation et extrait

dimanche, 22 août 2010

Madame Chrysanthème - Pierre Loti - 1887

bibliotheca madame chrysantheme pierre loti.jpgLe 9 juillet 1885, dès son arrivée à Nagasaki, Loti épouse par contrat d'un mois renouvelable, une jeune ). Le 12 août, âgé de 35 ans, il quitte Nagasaki. Ce mariage auquel les parents ont donné leur consentement a été arrangé par un agent et enregistré par la police locale. Il ne dure que le temps du séjour et la jeune fille pourra par la suite se marier avec un Japonais. Cette pratique peut paraître curieuse mais elle est alors courante au Japon, même si elle s’avère coûteuse pour l'étranger. Le mariage est arrangé par un agent, enregistré par la police locale, et ne durera que le temps du séjour. C’est une pratique étrange, mais bien commune au Japon d’alors.
Pierre Loti va alors vivre avec sa jeune épouse dans une petite maison japonaise, en plein pays des fleurs et des lanternes, fréquentant les maisons de thé et les fêtes des temples,en compagnie de « frère Yves » et des mousmés qui, à l'exemple de Mme Chrysanthème, ont fondé avec des Européens des ménages éphémères. Mais Pierre Loti s’y ennuie et découvre vite que l’amour de Madame Chrysanthème ne repose que sur un contrat. Comment aurait-il pu en être autrement ? ...

Pierre Loti, par ses nombreux textes a fait découvrir le monde à ses lecteurs comme nul autre avant lui. Ici,, avec Madame Chrysanthème, il s’attaque au Japon, et à ses moeurs si étrangères pour les Européens de l’époque. Entre faux carnet de voyage et faux roman de moeurs, ce texte de Pierre Loti est un peu tout à la fois. aucune aventure réelle à suivre, sinon celle d’un mariage insensé  et condamné d’avance à l’autre bout du monde. Mais encore, comme l’auteur le signale lui-même, le roman parle avant tout de lui, du Japon et de l’effet qu’a porduit ce pays sur lui. Il s'agit donc avant tout d'impressions peintes : des tableaux décrits, une galerie de portraits, des scènes de vie à Diou-djen-dji. Et la ville est bien l'un des personnages principaux de ce récit : le Nagasaki d'avant la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui complètement disparu , et que le témoignage de Loti restitue en partie (pour rappel la ville de Nagasaki a été complètement détruite en 1945 par une bombe atomique américaine). Un certain nombre de personnages y sont bien décrits tel Okané-San et sa famile : son cousin pauvre le Djin 415, le plus rapide des hommes-coureurs traînant des petits chars et voiturant des particuliers pour de l'argent, la mère d’Okané-San, Madame Renoncule, son petit frère Bambou, et aussi toutes ses soeurs. Il y a M. Kangourou, l'entremetteur de mariage, M. Sucre et Madame Prune, leurs propriétaires, Oyouki, leur fille de 15 ans, Madame Très-Propre, la vendeuse de lanternes, Madame l'Heure, la marchande de gaufres, Matsou-San et Donata-San, les chefs bonzes du temple de la Tortue Sauteuse, le photographe de renom, les tatoueurs... Il y décrit aussi ces rites et lieux bien particuliers décrits avec grand soin et de nombreux détails : es maisons, les jardins, les montagnes, le cimetière, la baie, les salons de thés, les temples… ; les petites mousmés (les jeunes femmes japonaises) et leurs costumes ; les rituels du repas et du bain ; les bruits que font les insectes, le roulement des panneaux de bois et la petite pipe que les femmes tapotent tous les soirs pour la vider.
Mais le pays ne lui plaît guère, en commençant par ce mariage. Etrangement les Chrysanthèmes symbolisent pourtant le coeur humain, la précarité de la beauté et l’amour fidèle. Le reste de la société, il la voit de haut, sans jamais réussir à s’y mêler. Il observe tout, tente de tout expliquer, mais le regard qu’il en laisse reste hautain et n’ voit que des étrangetésc et bizarreries par rapport à ce qu’il connaît en Occident.

Il n’empêche que Madame Chrysanthème, tel un carnet de voyage d’un autre temps fait à l’autre bout du monde, ne peut qu’intéresser tous les passionnées du Japon, de voayages et littérature.

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Extrait : avant-propos et premier chapitre


Avant-propos

En mer, aux environs de deux heures du matin, par une nuit calme, sous un ciel plein d'étoiles.

Yves se tenait sur la passerelle auprès de moi, et nous causions du pays, absolument nouveau pour nous deux, où nous conduisaient cette fois les hasards de notre destinée. C'était le lendemain que nous devions atterrir ; cette attente nous amusait et nous formions mille projets.

— Moi, disais-je, aussitôt arrivé, je me marie...

— Ah ! fit Yves, de son air détaché, en homme que rien ne surprend plus.

— Oui... avec une petite femme à peau jaune, à cheveux noirs, à yeux de chat.

— Je la choisirai jolie.

— Elle ne sera pas plus haute qu'une poupée.

— Tu auras ta chambre chez nous.

— Ça se passera dans une maison de papier, bien à l'ombre, au milieu des jardins verts.

— Je veux que tout soit fleuri alentour ; nous habiterons au milieu des fleurs, et chaque matin on remplira notre logis de bouquets, de bouquets comme jamais tu n'en as vu...

Yves semblait maintenant prendre intérêt à ces projets de ménage. Il m'eût d'ailleurs écouté avec autant de confiance, si je lui avais manifesté l'intention de prononcer des vœux temporaires chez des moines de ce pays, ou bien d'épouser quelque reine des îles et de m'enfermer avec elle, au milieu d'un lac enchanté, dans une maison de jade.

Mais c'était réellement bien arrêté dans ma tête, ce plan d'existence que je lui exposais là. Par ennui, mon Dieu, par solitude, j'en étais venu peu à peu à imaginer et à désirer ce mariage.

— Et puis surtout, vivre un peu à terre, en un recoin ombreux, parmi les arbres et les fleurs, comme cela était tentant, après ces mois de notre existence que nous venions de perdre aux Pescadores (qui sont des îles chaudes et sinistres, sans verdure, sans bois, sans ruisseaux, ayant l'odeur de la Chine et de la mort).

Nous avions fait beaucoup de chemin en latitude, depuis que notre navire était sorti de cette fournaise chinoise, et les constellations de notre ciel avaient rapidement changé : la Croix du Sud disparue avec les autres étoiles australes, la Grande-Ourse était remontée vers le zénith et se tenait maintenant presque aussi haut que dans le ciel de France. Déjà l'air plus frais qu'on respirait cette nuit-là nous reposait, nous vivifiait délicieusement, nous rappelait nos nuits de quart d'autrefois, l'été, sur les côtes bretonnes...

Et pourtant, à quelle distance nous en étions, de ces côtes familières, à quelle distance effroyable !...

I

Au petit jour naissant, nous aperçûmes le Japon. Juste à l'heure prévue, il apparut, encore lointain, en un point précis de cette mer qui, pendant tant de jours, avait été l'étendue vide.

Ce ne fut d'abord qu'une série de petits sommets roses (l'archipel avancé des Fukaï au soleil levant). Mais derrière, tout le long de l'horizon, on vit bientôt comme une lourdeur en l'air, comme un voile pesant sur les eaux : c'était cela, le vrai Japon, et peu à peu, dans cette sorte de grande nuée confuse, se découpèrent des silhouettes tout à fait opaques qui étaient les montagnes de Nagasaki.

Nous avions vent debout, une brise fraîche qui augmentait toujours, comme si ce pays eût soufflé de toutes ses forces contre nous pour nous éloigner de lui.

La mer, les cordages, le navire, étaient agités et bruissants.


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Présente édition : Editions Flammarion, 7 janvier 1993, 285 pages

Voir également :
- Aziyadé - Pierre Loti (1879), présentation
- Suleïma - Pierre Loti (1882), présentation
- Madame Chrysanthème - Pierre Loti (1887), présentation
- Au Maroc - Pierre Loti (1890), présentation
- Un pèlerin d'Angkor - Pierre Loti (1912), présentation et texte intégral

mercredi, 06 mai 2009

La maison aux fenêtres de papier - Thomas Day - 2009

la maison aux fenetres de papier

Nagasaki Oni et Hiroshima Oni sont deux chefs de clans yakuzas dans le Japon d’aujourd’hui, mais aussi et surtout deux démons, frères nés lors des explosions atomiques américaines pendant la Seconde guerre mondiale et que tout depuis oppose comme les deux faces d'une même pièce. Et c’est depuis leur naissance en août 1945 qui se livrent une guerre sans relâche. Mais derrière cela se cache l’opposition de deux conceptions du monde, l’une ne pourra l’emporter sur l’autre que dans la violence et le sang.
Aidé de l’Oni No Shi, l’épée mythique tueuse de démons, ou de la belle Sadako, la femme-panthère experte dans l’art de tuer, Nagasaki Oni compte bien imposer sa vision du monde. Et pour cela il commence à se faire tuer lui-même…

L’écrivain français Thomas Day a une immense passion pour l’Asie, La maison aux fenêtres de papier n’étant pas son premier roman à se dérouler dans un monde mythologique directement inspiré de l’Asie. Et ici, outre quelques histoires et légendes anciennes, dont celles sur l’origine de l’épée tueuse de démons, Thomas Day fait évoluer son histoire dans l’après 1945 dans un Japon en pleine reconstruction, se relevant difficilement de l’attaque nucléaire subie et se soumettant peu à peu à la loi du crime organisé. Si tout ce qui y est raconté ressemble fort à l’histoire vraie, il s’agît pourtant bel et bien d’un monde imaginaire en tout sens excessif par rapport à la réalité. D’ailleurs les éléments fantastiques, voire de science-fiction, ne manquent dans ce qui est finalement une sorte d’uchronie de l’histoire récente du Japon. Les inspirations de Thomas Day sont multiples et très diverses, une source majeure en est cependant un certain cinéma japonais et américain de films de yakuzas ; l'auteur affiche d’ailleurs ses sources dans une bibliographie et filmographie sélective se trouvant en annexe du roman. Quant au style de tout cela il est tout simplement parfait, Thomas Day excelle en véritable conteur d’histoires et ne cesse de surprendre le lecteur. Certaines descriptions (viols, meurtres, …) sont très fortes, parfois excessives, et risquent choquer les plus sensibles. Le roman n’est toutefois pas parfait non plus, certains éléments (dont surtout certains personnages et leurs réactions) ne sont pas crédibles, d’autres ne sont pas suffisamment développés (tel par exemple le combat final, certes violent mais bien trop court, ou alors l’entraînement de Sadako auprès du mystérieux Huang).

La maison aux fenêtres de papier
est un excellent roman, hommage réussi à une certaine culture japonaise.

Un roman à découvrir !

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Voir également :
- La Cité des crânes - Thomas Day (2005), présentation et extrait
- L’automate de Nuremberg - Thomas Day (2008), présentation

14:59 Écrit par Marc dans Day, Thomas | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fantastique, japon, science-fiction, uchronie, litterature francaise, thomas day, yakuzas | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 26 octobre 2007

Rashômon et autres contes - Ryûnosuke Akutagawa – 1915-1922

bibliotheca rashomon et autres contes

Ryûnosuke Akutagawa est l’un des écrivains majeurs japonais du début du XXème siècle, même si son œuvre reste assez peu connue. Sa révélation en Occident est d’ailleurs dû au film du grand réalisateur Akira Kurosawa qui adapta en les mélangeant deux des nouvelles de l’auteur sous le titre unique de Rashômon en 1950. Ce film est un véritable chef-d’œuvre et a très vite obtenu une renommée internationale en tirant derrière lui la renommée de l’écrivain.
Ryûnosuke Akutagawa s’est dans son écriture beaucoup inspiré de la littérature française du XIXe siècle et cela se ressent fortement notamment dans les descriptions et dans la figuration des personnages. Ses excellents récits sont aussi surprenants qu’inquiétants qu’il fait évoluer dans une ambiance très sombre et toujours fascinante, mais cela toujours dans un rythme très tranquille. Le suspense s’installe lentement et la fin n’est jamais choquante mais laisse derrière elle une sensation étrange et dérangeante.

Dans la nouvelle "Rashômon", qui parait dès 1915 dans la revue littéraire Shinshichô (Idées nouvelles) alors que l’auteur est encore étudiant, Ryûnosuke Akutagawa évoque l’incroyable détresse d'une période de famine et l’horreur et l’inhumanité que celle-ci peut amener. Un miséreux s’abrite de la pluie à la porte Râsho, une ruine transformée en charnier. Il y trouve une vieille dame en train d’arracher les cheveux aux cadavres…
"Dans le fourré"
rassemble des comptes-rendus d'un meurtre, comptes-rendus contradictoires de témoins, de l'assassin (présumé, car deux témoins vont revendiquer le meurtre) et enfin de la victime elle-même, plongeant le lecteur dans la confusion la plus complète.
Pour "Figures infernales" Ryûnosuke Akutagawa nous décrit une possession démoniaque autour d’un crime très cruel.
Et enfin, "Gruau d'ignames" décrit toute la cruauté humaine autour d’un groupe faisant régner la terreur parmi les plus faibles.

Rashômon et autres contes est un magnifique recueil de nouvelles qui reprend dans l’édition présente quatre contes de Ryûnosuke Akutagawa. Tous sont magistraux et ce recueil vaut vraiment la peine d’être découvert.

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16:20 Écrit par Marc dans Akutagawa, Ryûnosuke | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ryunosuke akutagawa, litterature japonaise, rashomon, fantastique, japon, contes | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

samedi, 14 janvier 2006

Stupeur et tremblements - Amélie Nothomb - 1999

"Moi, quand j'étais petite, je voulais devenir Dieu. Le Dieu des chrétiens avec un grand D. Vers l'âge de 5 ans, j'ai compris que mon ambition était irréalisable. Alors, j'ai mis un peu d'eau dans mon vin et j'ai décidé de devenir le Christ. J'imaginais ma mort sur la croix devant l'humanité entière. A l'âge de 7 ans, j'ai pris conscience que cela ne m'arriverait pas. J'ai résolu, plus modestement, de devenir martyre."

 

Amélie, jeune femme belge à peine diplômée en lettres, va accomplir l’un de ses rêves : aller travailler au Japon pour une société japonaise. Sa connaissance parfaite du japonais, langue qu'elle maîtrise pour avoir vécu au Japon dans son enfance, lui permet de décrocher un contrat dans une prestigieuse entreprise japonaise, la compagnie d’import/export Yumimoto. Amélie espère réussir dans ce pays qui la fascine tant. Mais ses débuts sont déconcertants et Amélie va rapidement déchanter à la découverte d'une culture que certes elle connaît bien, mais n’arrive pas à s’y intégrer. La jeune Européenne, embauchée comme interprète, peu au fait de l'hyper susceptibilité nippone, commet gaffe sur gaffe, ce qui va la précipiter dans une foudroyante chute sociale qui ne réussira pourtant pas à lui faire « perdre la face ». La jeune femme désœuvrée prendra un plaisir pervers et délicieux à tenter de surmonter l'ennui des tâches de plus en plus futiles que sa supérieure hiérarchique, une beauté japonaise au cœur de pierre, lui confie avec condescendance. Elle va être affectée à plusieurs tâches et descendra successivement les échelons pour arriver à l'humiliation la plus totale.

L’auteur décortique dans son roman auto-biographique un à un les codes de la société japonaise : la négation de l'individualité, culte de l’obéissance, le respect de la pyramide patronale, la soumission de la femme, harcèlement moral, humiliations. Amélie semble régler ses compte avec la culture d’entreprise nippone, si difficile à vivre pour un esprit occidental. Et pour elle toutes ses humiliations deviennent des défis. On le ton féroce caustique et humoristique raffiné, utilisé par Amélie Nothomb tout au long de ce livre. Amélie Nothomb montre quelle folle dimension ils prennent dans une société obsédée par les «codes d'honneur». Et qui ne doute jamais. «Un Japonais qui s'excuse pour de vrai, cela arrive environ une fois par siècle.»

Le titre de ce roman vient de l'ancien protocole impérial stipulant qu'on s'adressera à l'Empereur avec «stupeur et tremblements».

A la fois drôle, grave et angoissant. Un roman à ne pas manquer, qui d’ailleurs a obtenu le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.

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Extrait:


"Mine de rien, eut lieu un événement : je rencontrai Dieu. L'ignoble viceprésident m'avait commandé une bière, trouvant sans doute qu'il n'était pas assez gros comme ça. J'étais venue la lui apporter avec un dégoût poli. Je quittais l'antre de l'obèse quand s'ouvrit la porte du bureau voisin : je tombai nez à nez avec le président.

Nous nous regardâmes l'un l'autre avec stupéfaction. De ma part, c'était compréhensible : il m'était enfin donné de voir le dieu de Yumimoto. De la
sienne, c'était moins facile à expliquer : savait-il même que j'existais ? Il sembla que ce fut le cas car il s'exclama, avec une voix d'une beauté et d'une délicatesse insensées :

- Vous êtes sûrement Amélie-san !

Il sourit et me tendit la main. J'étais tellement ahurie que je ne pus émettre un son. Monsieur Haneda était un homme d'une cinquantaine d'années, au corps mince et au visage d'une élégance exceptionnelle. Il se dégageait de lui une impression de profonde bonté et d'harmonie. Il eut pour moi un regard d'une amabilité si vraie que je perdis le peu de contenance qui me restait.

Il s'en alla. Je demeurai seule dans le couloir, incapable de bouger. Ainsi donc, le président de ce lieu de torture, où je subissais chaque jour des humiliations absurdes, où j'étais l'objet de tous les mépris, le maître de cette géhenne était ce magnifique être humain, cette âme supérieure !

C'était à n'y rien comprendre. Une société dirigée par un homme d'une noblesse si criante eût dû être un paradis raffiné, un espace d'épanouissement et de douceur. Quel était ce mystère ? Etait-il possible que Dieu règne sur les Enfers ?

J'étais toujours figée de stupeur quand me fut apportée la réponse à cette question. La porte du bureau de l'énorme Omochi s'ouvrit et j'entendis la voix de l'infâme qui me hurlait :

- Qu'est-ce que vous fichez là ? On ne vous paie pas pour traîner dans les couloirs !

Tout s'expliquait : à la compagnie Yumimoto, Dieu était le président et le vice-président était le Diable."

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Voir également:
- Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb (1992), présentation et extrait
-
Les Catilinaires - Amélie Nothomb (1995), présentation et extrait
- Attentat - Amélie Nothomb (1997), présentation et extrait
- Robert des noms propres - Amélie Nothomb (2002), présentation
- Antéchrista - Amélie Nothomb (2003), présentation
- Acide sulfurique - Amélie Nothomb (2005), présentation et extrait

- Ni d'Eve ni d'Adam - Amélie Nothomb (2007), présentation

16:25 Écrit par Marc dans Nothomb, Amélie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : japon, amelie nothomb, litterature belge, romans initiatiques, recits biographiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 17 novembre 2005

Soie (Seta) - Alessandro Baricco - 1996

Vers 1860 dans la région de Lyon, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour ese voit contraint d'effectuer une expédition "jusqu'au bout du monde" pour acheter des oeufs sains. En ces temps-là, le bout du monde est un Japon qui sort à peine de son isolationisme. Et c'est au Japon que la vie du héros prend un tour nouveau en rencontrant une femme mystérieuse. C'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d'une voix, la sacralisation d'un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable.

A la base, Alessandro Baricco, à créé ce récit pour être lu à voix haute devant un public au théâtre. On comprend dès lors le soin apporté par cet ancien musicologue au choix des mots qu'ils utilise et au rythme qu'il donne au récit.

Ce très bref roman, proche du conte, est un récit émouvant de par son histoire mais aussi de par son type de nartration. Poétique, lyrique, beau et pur à la fois, ce récit est absolument à découvrir.

Voir également:
- Alessandro Baricco - bibliographie et note biographique
- Novecento, pianiste (Novecento) - Alessandro Barrico (1994), présentation
- Novecento, pianiste (Novecento) - Alessandro Barrico (1994), extrait
-
Sans sang (Senza Sangue) - Alessandro Baricco (2002), présentation

15:27 Écrit par Marc dans Baricco, Alessandro | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : alessandro baricco, japon, litterature italienne, contes | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 08 novembre 2005

INDEX - Japon

Akutagawa, Ryûnosuke
- Rashômon et autres contes (1915-1922), présentation
Inoue, Yasushi

- Le fusil de chasse (Ryoju, 1949), présentation
- Le Sabre des Takeda (FûRinKaZan, 1953), présentation et extrait
Kurosawa, Kiyoshi
- Kaïro (2001), présentation
Mishima, Yukio
- Dojoji et autres nouvelles (1953-1966), présentation
Murakami, Haruki

- Sommeil (Nemuri, 1989),présentation et extrait
- Après le tremblement de terre (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru, 2000), présentation
- 1Q84 : Livre 1, Avril, Juin (2009), présentation et extrait
- 1Q84, Livre 2 : Juillet-Septembre (2009), présentation
- 1Q84, Livre 3 : Octobre-Décembre (2009), présentation
Niwa, Fumio
- L'âge des méchancetés (1947), présentation
Ogawa, Yoko

- L'annulaire (Kusuriyubi no hyohon, 1994), présentation et extrait
- Hôtel Iris (Hoteru Airisu, 1996), présentation
Suzuki, Koji

- Ring (Ringu, 1991), présentation
Takami, Koushun

- Battle Royale (2000), présentation
Tanizaki, Junichirô

Le meurtre d’O-Tsuya (お艶殺し, 1915), présentation
- Le pont flottant des songes (Ume no ukihashi, 1959), présentation et extrait
Yoshimura, Akira
- La jeune fille suppliciée sur une étagère (Shojo Kakei, 1959), présentation

- Le sourire des pierres (Ishi no Bisho, 1962), présentation
- Le convoi de l'eau (Mizo no soretsu, 1976), présentation


MANGAS

Hanazawa, Kengo
- I Am a Hero, tome 1 (2009), présentation et extrait
- I Am a hero, tome 2 (2009), présentation et extrait
Kishiro, Yukito
- Gunnm, tome 1 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 2 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 3 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 4 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 5 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 6 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 7 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 8 (1990-1995), présentation et extraits
- Gunnm, tome 9 (1990-1995), présentation et extraits
Nakamura, Hikaru
- Les vacances de Jésus et Bouddha (2008), présentation et extrait

Ochiai, Yusuke
L'île infernale, tome 1 (2009), présentation et extrait
L'île infernale, tome 2 (2009), présentation et extrait
Oku, Hiroya
- Gantz, volume 1 (ガンツ), présentation et extrait
Tsutsui, Tetsuya

Prophecy, tome 1 (2012), présentation et extraits
- Prophecy, tome 2 (2012), présentation
Urasawa, Naoki

Billy Bat, tome 1 (2009), présentation et extraits

 
 
 

00:08 Écrit par Marc dans INDEX | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature japonaise, japon | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!