mardi, 07 septembre 2010

Le dernier chameau et autres histoires - Mohamed Saïd Fellag - 2004

bibliotheca fellag le dernier chameau.jpgCinq nouvelles étonnantes et pleines d’humour, alors qu’elles ont pour la plupart comme toile de fond les massacres islamistes d’Algérie, tel est ce recueil Le dernier chameau et autres histoires écrit par l’écrivain Mohamed Saïd Fellag, bien plus connu en son pays par son métier d’humoriste. D’ailleurs la nouvelle titre, Le dernier chameau, qui nous conte avec beaucoup d’émotion la jeunesse de l’auteur remplie d’aventures burlesques jusqu’à l’indépendance de son pays et son exil en France, a été à la base un spectacle interprété sur scène par l’auteur lui-même. On y retrouve aussi l’histoire d’un auteur de polars à l’inspiration toujours bloquée à la douzième page (Le Syndrome de la page 12), un amateur de poésie qui devient héros malgré d’un fait divers de toute brutalité (Train-Train) ainsi que le témoignage naïf d’une jeune fille d’un massacre sanglant (Rentrée des classes). La meilleure à mes yeux est Un coing en hiver, métaphore burlesque du déracinement culturel et de l’exil de nombreux algériens lors des années qu’a connu le pays.

Finalement, dans toutes ces nouvelles l’humour sert à surpasser la violence du quotidien, cela dans une société qui au fil des ans a de plus en plus perdu toute raison.
L’écriture est riche et vivante, elle entraîne sans jamais lasser, et, au contraire, ne cesse de surprendre. Par moments, toutefois, on y reconnaît l’origine orale de ces textes, surtout la nouvelle Le dernier chameau qui provient d’un spectacle donné sur scène, mais cela ne nuit pas trop au texte. Au contraire cela donne envie de lire à voix haute afin de savourer tout instant.

Le dernier chameau et autres histoires est un recueil édifiant, drôle à souhait, et que l’on ne peut que conseiller.

Comme quoi derrière l’humoriste qu’est Fellag se cache également un grand auteur.

A lire !

Court extrait :

Dans ma petite tête d'enfant, les Français étaient une entité abstraite, et j'étais très impatient de les voir arriver, afin de découvrir comment ils étaient faits. Je n'en dormais plus. Une légende, qui courait depuis la nuit des temps, disait qu'ils étaient d'une grande beauté. Au point que nous utilisions couramment l'expression Yeçbeh am-urumi!, qui veut dire: Il est beau comme un Français! Mais, en même temps, dans l'imaginaire transmis par ma grand-mère, ma mère et mes tantes, ils n'étaient pas tout à fait humains. Ainsi, quand je refusais d'aller au lit, ma mère n'évoquait-elle pas le loup, mais disait d'une voix menaçante: Va te coucher tout de suite, sinon Bitchouh viendra te manger tout cru! Dans les cinq secondes qui suivaient, je dormais à poings fermés, de peur de me faire dévorer par cet ogre, dont les deux syllabes me terrifiaient. Bitchouh était la transcription phonétique kabyle de Bugeaud, l'un des fameux généraux qui avaient " pacifié " l'Algérie, comme on dit chez vous, et auquel les autochtones prêtaient un caractère sanguinaire et monstrueux. Est-ce que les militaires français, malgré leur grande beauté, seraient aussi terribles que leur auguste prédécesseur ?

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Présente édition : Editions J’ai Lu, 25 août 2010, 119 pages

lundi, 20 octobre 2008

Le village de l'Allemand, ou le journal des frères Schiller - Boualem Sansal - 2008

bibliotheca le village de l allemand

"Tu n’avais pas le droit de vivre, tu n’avais pas le droit de nous donner la vie, cette vie, je n’en veux pas, elle est un cauchemar, une honte indélébile. Tu n’avais pas le droit de fuir, papa. Je dois assumer à ta place, je vais payer pour toi, papa."

Rachel (pour Rachid-Helmut) et Malrich (pour Malek-Ulrich) Schiller, deux frères nés de l’union d’une Algérienne et d’un Allemand, Hans Schiller, dans un hameau du côté de Sétif. Ils habitent aujourd'hui en France, où ils ont été élevés par un oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, alors que leurs parents sont restés en Algérie. En 1994 les parents sont massacrés avec d'autres villageois lors d'un égorgement collectif par un groupe armé islamiste.
Rachel, le plus intégré et le plus responsable des deux frères, marié à une française, Ophélie, décide de partir en Algérie pour se recueillir sur la tombe de ses parents. Mais il découvre peu à peu qu’un certain nombre de mystères entourent le passé de son père, ce mystérieux allemand qui en 1962 s'installa dans un village perdu d'Algérie pour ne plus jamais le quitter. Dans une petite valise contenant des archives familiales collectées par son père, Rachel découvre l'affreuse vérité:  
Hans Schiller était un gradé nazi, ayant fui après 1945, via la Turquie et l'Égypte, la responsabilité de ses crimes à l'encontre des juifs d'Europe, pour se fondre dans la guerre de libération algérienne. Auréolé par sa condition de moudjahid, il avait épousé la fille du cheikh du village et, héritant de ce titre à la mort de son beau-père, avait fait merveille grâce à son sens de l'organisation. Une intégration parfaitement réussie, en somme, qui n’était pourtant qu’un odieux camouflage.Ces archives qu'il rapporte ne France signeront sa fin. Au fil de ses découvertes il s'abîme dans l'horreur nazie, pour finalement suivre l'itinéraire que son  père aurait dû suivre à travers l'Europe avant de se perdre à jamais au fin fond de l'Algérie. ne pouvant supporter la faute de son père, il finit par se suicider.
Après la mort de Rachel, Malrich, jusque là insoucieux de toutes choses de la société, récupère le journal de son frère à peine décédé. Lui aussi va se mettre sur les traces de son père et sur celles de son frère afin de comprendre toute cette horreur. Alors que ces révélations sur le passé nazi des Schiller ont abattues Rachel, Malrich va en sortir grandi, et saura même utiliser ses découvertes dans un combat bien plus actuel, mais tout aussi semblable, celui contre la montée de l'islamisme dans sa banlieue de Paris et qu'il identifie à des SS en marche.

Dans l'excellent roman Le village de l'Allemand, ou le journal des frères Schiller de l'écrivain algérien Boualem Sansal le lecteur est confronté à destins de deux frères issus d'un mariage mixte qui les relie par les générations à la fois à l'horreur des exterminations du régime nazi, et à celle plus actuelle, des massacres islamistes de l'Algérie des années 1990. Le récit est composé de passages entremêlés issus des journaux intimes des deux frères: au journal de Rachel, sérieux et accablé par la faute de son père, se mêle celui de Malrich, moins sage et plus révolté. L'un, Rachel le mari d’Ophélie (référence au Hamlet de Shakespeare) s’interroge et intellectualise beaucoup, l'autre est très pertinent.
Et conformes à leurs tempéraments, les deux frères vont réagir de façon diamétralement opposée face aux terribles découvertes qu'ils font. Ce récit à deux voix serait selon l'auteur adapté d'un fait réel, disant lui-même dans le magazine Lire: «Ce village existe vraiment, je l'ai découvert par hasard, au début des années 1980, lors d'un déplacement professionnel: un village très charmant, très propre, contrastant avec les localités poussiéreuses de la région. J'ai vite appris que c'était le fait de l'Allemand qui le "gouvernait", un ancien officier SS devenu moudjahid et considéré comme un héros.»
Et comme souvent dans son œuvre Boualem Sansal par son récit s'attaque directement à son pays, ses années noires de la guerre civile de années 1990, victime d'un islamisme qu'il se permet de comparer au nazisme de l'Allemagne des années 1930 à 1940. Une parallèle est également faite entre la montée de cet intégrisme en Algérie et celui qui se fait dans les communautés maghrébines de France. Lui-même dira que «ceux qui ont conduit l'Algérie à la guerre civile ont eu recours aux mêmes méthodes que les nazis: parti unique, militarisation du pays, propagande à outrance, omniprésence de la police, délation, falsification de l'histoire, xénophobie, affirmation d'un complot ourdi par Israël et les Etats-Unis, etc. Dans les banlieues françaises, les islamistes imposent une façon de vivre et procèdent à un embrigadement qui fait penser aux camps de concentration.» Et par là il critique ce manque de travail de mémoire, notamment envers la Shoah, qui aurait pu ou dû empêcher les catastrophes des années 1990 et après. Or tout s'oublie, c'est d'ailleurs cela qui a permis ici à un cruel officier nazi de devenir un exemplaire citoyen algérien. Boualem Sansal va très loin dans ses idées, cela sent même la provocation et ce rapprochement intellectuel entre ces deux périodes risque de faire couler beaucoup d'encre. D'ailleurs le roman a vite été interdit en Algérie et Boualem Sansal ne s'est pas que fait des amis. Mais au-delà de cela le sujet principal reste toutefois  la question de la responsabilité intergénérationnelle, où l'on voit comment l'un des fils de l'Allemand décide de payer pour les crimes commis alors que l'autre essaie d'en tirer les leçons.

A noter cependant le travail assez médiocre de l'éditeur qui, dans cette édition originale, n'a pas cru bon de faire vérifier les nombreuses expressions allemandes citées dont plus de la moitié comportent des fautes graves.

Le village de l'Allemand, ou le journal des frères Schiller
, est un roman très poignant et souvent dérangeant.

A lire !

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14:09 Écrit par Marc dans Sansal, Boualem | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islamisme, nazisme, algerie, litterature algerienne, romans de societe, boualem sansal | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 23 juillet 2007

Les silences de Médéa - Malika Madi - 2003

bibliotheca les silences de medea

Zohra vit tranquillement et sereinement à Médéa, une tranquille ville dans la campagne algérienne, où elle partage son temps entre le foyer familial et l'école où elle enseigne. Mais l'Algérie est peu à peu gagnée par l'extrémisme islamique et des massacres sont commis dans plusieurs villages. Mais tout cela paraît bien loin pour Zohra qui vit un islam serein. Jusqu'au jour où tout bascule dans l'horreur. Zohra est kidnappée une nuit avec de nombreuses autres filles de la ville par des intégristes. Elle va subir un viol collectif mais survivra miraculeusement. Ce qui la choque le plus est d'avoir reconnu parmi ses agresseurs son propre frère. Dans un premier temps, Zohra tentera d'échapper aux questions en fuyant son pays natal pour Paris où elle se mariera avec un ami de la famille. Ce n'est qu'auprès de sa belle-fille, Hanna, assistante sociale, que la jeune femme trouvera la force de revenir sur son passé.


Les silences de Médéa est un très beau roman de l'écrivaine belge d'origine algérienne Malika Madi, un roman très dur par moments, sur le drame d'une femme mais aussi du drame d'un pays, tous deux victimes de violences extrêmes. Zohra se réfugiera dans le silence, et cela durant de nombreuses années avant de trouver la force de reparler de son passé et ce que lui est arrivé. Malika Madi réussit parfaitement à décrire ce personnage de Zohra, paralysé par la peur et l'horreur de ce qui lui est arrivé, et son évolution psychologique qui l'amène à pouvoir affronter ses démons.
Le roman est très touchant et passionnant d'un bout à l'autre.

Malika Madi nous livre avec Les silences de Médéa est un très beau et très réussi roman.

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mercredi, 22 février 2006

Suleïma - Pierre Loti - 1882

Perdu dans la contemplation de sa placide mais fidèle tortue Suleïma, Pierre Loti l'éternel nostalgique, le voyageur impénitent, se laisse une fois de plus prendre à la nostalgie de l'enfance et du temps passé : entre la maison de Rochefort le havre de paix, et l'aventure dans les pays d'Orient, les impressions se confondent. Un an avant la révélation turque, c'est un jeune homme qui découvre l'Algérie en 1869. Tombé sous le charme d'une enfant dont le destin s'avérera pathétique, il la retrouve dix ans plus tard… L'esthète, le dandy capricieux et fantasque, montre ici, en même temps que son attachement excessif à l'Orient, les tourments de sa vie errante. Récits de voyage, nouvelles, journal intime, tous ses textes traduisent en effet la souffrance d'un homme qui ne peut considérer sereinement les conséquences d'une vie qu'il a pourtant choisie, à savoir d'incessantes allées et venues entre le foyer et l'exil, synonymes non plus de liberté, mais de déchirement. Chaque retour renforce sa perception déjà aiguë d'une fugacité qui rend vides de sens toutes les entreprises humaines. « À quoi bon », ne cesse-t-il de répéter, marqué par une inquiétude qui tourne à l'obsession.

Suleïma la prostituée d'Oran, la tortue des montagnes algériennes ainsi baptisée par jeu autant que par fétichisme, c'est aussi un peu de cette Aziyadé rencontrée et aimée dans les rues de Stamboul. À tout instant, les souvenirs ressurgissent, traits d'union entre des univers opposés, trahissant la force de l'évocation qui grandit et embellit les choses ; à traversd'infimes détails évocateurs, l'Orient rejoint l'Occident. Récit d'une vaine tentative pour arrêter la course du temps et reconstituer à Rochefort le charme de l'Orient, Suleïma prend par endroits la dimension d'un premier bilan. Tiraillé entre l'ici et l'ailleurs, Loti ajoute un épisode nostalgique à sa vie de voyages et de fuites.


Extrait (avant-propos du roman):


"Ce sera une histoire bien décousue que celle-ci, et mon ami Plumkett était d'avis de l'intituler : Chose sans tête ni queue.
Elle embrassera douze années de notre ère et tiendra, je pense, en une vingtaine de chapitres (dont un prologue, comme dans les pièces classiques).

L'intrigue ne sera pas très corsée ; il y aura un intervalle de dix ans pendant lequel il ne se passera rien du tout, et puis, brusquement, cela finira par un tissu de crimes.

Il y aura deux personnages portant le même nom, une femme et une bête ; et leurs affaires seront tellement amalgamées, qu'on ne saura plus trop, à certains moments, s'il s'agit de l'une ou s'il s'agit de l'autre. Mes aventures personnelles viendront s'y mêler aussi, et, pour comble de gâchis, les réflexions de Plumkett."


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Voir également :
- Aziyadé - Pierre Loti (1879), présentation
- Suleïma - Pierre Loti (1882), présentation
- Madame Chrysanthème - Pierre Loti (1887), présentation
- Au Maroc - Pierre Loti (1890), présentation
- Un pèlerin d'Angkor - Pierre Loti (1912), présentation et texte intégral

vendredi, 21 octobre 2005

INDEX - Algérie

Dib, Mohammed
- Cours sur la rive sauvage (1964), présentation

Fellag, Mohamed Saïd

Le dernier chameau et autres histoires (2004), présentation et extrait

Khadra, Yasmina
- Les hirondelles de Kaboul (2002), présentation et extraits
- L'attentat (2005), présentation
Sansal, Boualem
- Le village de l'allemand, ou le journal des frères Schiller (2008), présentation
Souaïdia, Habib
- La Sale Guerre : Le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne (2001), présentation

 





 

10:29 Écrit par Marc dans INDEX | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : algerie, litterature algerienne | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!