vendredi, 10 septembre 2010

Erevan - Gilbert Sinoué - 2009

bibliotheca erevan.jpgVenez, crevez l'abcès...

Venez, crevez l'abcès, entrez dans cette sépulture dont peu de gens au pays du Croissant semblent vouloir reconnaître l'existence. Il est tellement plus facile de se réfugier dans l'ignorance… Marchez dans la boue, dans le sang, foulez du pied ces têtes tranchées, écartez sur votre passage ces corps pendus au bord des chemins, passez par-dessus ces femmes violées aux ventres ouverts et ensanglantés comme dans une boucherie. Voyez enfin ces petits enfants aux crânes fracassés…

Les Tomassian, une famille arménienne habitant Erzeroum en Anatolie, va vivre depuis la fin du 19ème siècle au début du 20ème l’une des pires tragédies de l’histoire, celle du génocide de son peuple, orchestré par le pouvoir turcs en place à Constantinople.
Et c’est là, en 1896, qu’une bande de jeunes fedaïs (combattants arméniens de la liberté) dont fait partie Houanès Tomassin, prend en otage les 150 fonctionnaires majoritairement étrangers de la banque impériale ottomane afin d’alerter le monde sur la situation déjà dramatique qu'était celle de la communauté arménienne. Les deux communautés vivaient paisiblement ensemble depuis de nombreuses années lorsque, suite à plusieurs massacres, perpétrés sur les ordres du sultan  Abdül-Hamîd II et faisant  300 000 victimes, les choses changèrent. L’entrée en guerre de 1915 de l’Empire ottoman aux côtés de l’Allemagne ne va faire que précipiter les choses : retrait des droits, déportations, exterminations.
Le jeune Aram Tomassian va survivre et décide de venger les siens en intégrant le groupe « Némésis », chargé de retrouver et d’éliminer les anciens criminels turcs, condamnés à mort par contumace mais qui coulent des jours heureux en Europe sous de fausses identités.
Mais la tâche sera loin d’être évidente, surtout concernant un génocide qui ne sera jamais reconnu par la Turquie, et rien qu’à peine par la communauté internationale.

Ecrivain reconnu de romans historiques depuis la parution en 1996 du Livre de Saphir, Gilbert Sinoué dans Erevan nous fait revivre le génocide arménien, sujet tabou pendant longtemps et toujours pas reconnu par la Turquie.
Le sujet n’a jusqu’à aujourd’hui été que bien peu traité en littérature, et même s’il peut s’avérer vaste et complexe, il est rendu ici de façon claire compréhensible, entre romanesque et documentation. A travers le destin tragique de la famille Tomassian, seuls personnages fictifs du roman, l’auteur analyse en partant de 1896, et cela jusqu’en 1921, la naissance de ce qui va être un massacre terrible. Les événements sont relatés dans leur déroulement presque jour après jour, en donnant de multiples détails sur la politique turque et internationale de l’époque, ainsi que sur l’organisation du génocide : armement de repris de justice pour faire la sale besogne, l’abandon de populations dans le désert syrien, la collaboration d’autres ethnies et bien d’autres. Tout est parfaitement examiné, que ce soit du contexte, des décisions, des actes ou des conséquences de ce drame. Et si l’histoire est vue du point de vue arménien, l’auteur ne tombe pas pour autant dans le parti pris ni dans l’apitoiement des victimes. Le tout est servi par une écriture claire et précise, au style hélas quelque peu trop classique pour le genre.

Erevan de Gilbert Sinoué est un beau roman historique qui nous permet de découvrir un drame bien méconnu et toujours pas reconnu, celui du génocide arménien.

Intéressant !

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Présente édition : Editions J’ai Lu, 28 août 2010, 379 pages


Voir également:
Le Livre de saphir - Gilbert Sinoué (1996), présentation
L'enfant de Bruges - Gilbert Sinoué (1999), présentation
Un bateau pour l’enfer - Gilbert Sinoué (2005), présentation

dimanche, 03 juin 2007

Un bateau pour l’enfer - Gilbert Sinoué - 2005

bibliotheca un bateau pour l enfer

9 novembre 1938, Goebbels lance dans toute l’Allemagne la tristement célèbre Nuit de Cristal qui résulte au pillage de tous les biens juifs. L’Allemagne est montrée du doigt dans le monde entier. Quelques mois après Adolf Hitler fait un petit geste en permettant à de nombreux juifs de quitter l’Allemagne. 13 mai 1939. A Hambourg, le SS Saint-Louis, paquebot battant pavillon nazi, largue les amarres. A son bord, 937 passagers. Tous sont des Juifs allemands munis de visas. Ils sont tous en partance pour Cuba, d’où ils espèrent rejoindre les Etats-Unis, Cuba étant le seul pays ayant bien voulu accueillier ces centaines de réfugiés. Mais alors que le paquebot s’approche de sa destination, le gouvernement cubain change d’avis et interdit au navire d’accoster. Aucun autre pays ne veut aider. Seule solution possible : retourner en Allemagne.
Commence alors l’effroyable errance du Saint-Louis, alors que s’enclenche en même temps une course diplomatique pour sauver ces pauvres gens.

Gilbert Sinoué a écrit avec un bateau pour l’enfer un excellent roman / essai historique relatant un fait divers réel plutôt tombé dans l’oubli de nos jours. Difficile en effet de s’intéresser au sort de ces pauvres gens connaissant le sort de leurs semblables peu de temps après les événements décrits ici. Il n’en reste que cet incident est assez impressionnant et fort intéressant d’un point de vue diplomatique. Cette affaire reflète également à quel point aucun pays dans le monde ne voulait finalement aider ces gens. Gilbert Sinoué raconte cette histoire de façon très sobre et avec beaucoup de respect. Les personnages décrits ont réellement existé, sauf deux fictifs servant de narrateurs pour certains événements. Le lecteur ressent parfaitement l’angoisse et le désespoir de ces personnages durant toute l’affaire. Tout le récit est parfaitement documenté, tous les faite et quasi tous les dires de différents personnages sont référencés. Malgré cela Gilbert Sinoué réussit à donner à ce texte la forme d’un roman qui se lit très agréablement.

Un bateau pour l’enfer est un excellent docu-fiction relatant un fait réel oublié de nos jours.

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Voir également:
- Le Livre de saphir - Gilbert Sinoué (1996), présentation
- L'enfant de Bruges - Gilbert Sinoué (1999), présentation
- Erevan - Gilbert Sinoué (2009), présentation

mardi, 23 mai 2006

Le Livre de saphir - Gilbert Sinoué - 1996

"...C'est l'histoire d'un livre.
Un livre né dans la nuit des temps, bien après le tohu-bohu initial, bien après que fut prononcé le premier mot: Béréchit. Cela se passait à l'époque d'Adam et de Havvah.
C'est l'histoire d'un livre.
Un livre qui n'est mentionné dans aucun des trois livres sacrés. Ni dans la Torah, ni dans les Evangiles, ni dans le Coran. Aucun verset, aucune prière ne l'évoque.
Avant d'aller plus loin, il faut que je précise que j'use du mot livre pour des raisons de commodité; car il s'agît en réalité d'une tablette. Une tablette, chose curieuse, conçue dans du saphir...."


Un Livre, dernier message envoyé par Dieu sur Terre, adressé à tous les hommes, et cela peu importe leur confession originelle. La famille Baruel détient depuis des temps immémoriaux cet objet mystérieux fait de saphir. Ce dernier est vierge de tout mot. Son contenu ne se révèle aux lecteurs et cela que de façon irrégulière. Quand enfin le Livre dévoile son secret, il s’avère que c’est Dieu lui même qui ce fait connaître. Aben Baruel est le dernier détenteur du Livre. Mais il sait que sa fin est proche. On est à la fin du XVe siècle, l'Espagne est en guerre et s'apprête à chasser les arabes de Grenade. Dans l'arrière-pays c'est l'inquisition qui fait des ravages. Les tensions entre religions sont à leur sommet, et Baruel, juif reconverti au christianisme, sait qu'il sera bientôt pris par l'inquisition pour être exécuté en autodafé. Il va donc vite écrire deux courriers. Ils sont destinés à ses amis les plus fidèles et les plus aptes à recevoir cet héritage, le Livre de saphir. Le premier courrier est destiné à son vieil ami le rabbin Samuel Ezra de Grenade. Le second au cheik Ibn Sarrag de Grenade également. Et puis il prendra encore vite contact avec le moine franciscain Raphaël Vargas, un ancien templier. A tous trois il donne des énigmes complémentaires afin de retrouver le Livre de saphir qu'il aura soin de cacher quelque part sur le territoire espagnol. Mais pour retrouver le Livre, les trois hommes devront absolument travailler ensemble. Ils se mettent donc en route, évidemment à contre coeur car la haine et les préjugés de chacun envers l'autre est immense, en résolvant petit à petit les énigmes faisant référence aux trois grandes religions laissés par Baruel qui au fur et à mesure indique différents lieux de destinations, dans lesquels ils trouveront d'autres indices.

Mais l'Inquisiton est par un grand hasard mise au courant de cette quête et fait monter l'inquiétude dans la cour d'Espagne. En effet le rapport de la Question d’Aben Baruel laisse perplexe, ainsi que son attitude devant l’échafaud avant sa mort. Une fouille en règle de son logis permet la découverte d’un feuillet contenant une bribe d'énigme, un brouillon qu'Aben Baruel n'a plus eu le temps de détruire. Et si ce mystérieux Livre de Saphir ne confirmait pas la religion catholique comme la religion suprême, cela mettrait fin au combat de l'Espagne dans sa reconquête, les inquisiteurs ne seraient plus que des meurtriers... et c'en serait fini de l'Espagne. La reine décide, sous l’influence de Torquemada, l'inquisiteur général, d’infiltrer cet étrange trio. Son agent sera Manuela Vivero. La reine a toute confiance en sa taromancienne, une amie d'enfance. Par ruse Manuela fera croire, qu'elle aussi a été contactée par Aben Baruel et qu'elle détiendrait la clée finale du mystère. Les hommes vont alors s’accommoder de cette nouvelle participante sur leur longue et périlleuse quête.

Le Livre de saphir nous raconte une belle et longue quête pleine d'aventures, de rebondissements, d'énigmes à résoudre... à travers une Espagne moyen-âgeuse ravagée entre la Reconquista et l'Inquisition. Le style est excellent : riche, profond, transmettant les émotions et les idées avec force allaint le romanesque et l'historique avec grande qualité. Les aventures relatées ont un air donquichottesque très agréable, toujours empruntes d'une certaine naïveté bon enfant. Chaque sujet traité est toujours riche d’enseignement. Et comme dans tout roman historique, les héros croiseront des personnages ayant réellement existés, tel ici un marin fabulateur du nom de Christophe Colomb qui essaye de trouver des financements pour se rendre à l'autre bout du monde. Le lecteur se lance avec joie derrière ce trio dans ce jeu de piste, essayant de résoudre les énigmes à leur place et en attendant avec impatience le message qui se dévoilera sur le Livre de saphir, s'il est retrouvé biensûr. Les trois héros finiront par comprendre qu'ils doivent mettre leurs différences de côté alors qu'autour d'eux les gens préfèrent au nom de différences infimes se massacrer en oubliant leurs nombreux points communs.

Un très beau roman historique, considéré comme le meilleur de Gilbert Sinoué. Un vrai plaisir.

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Voir également:
- L'enfant de Bruges - Gilbert Sinoué (1999), présentation
- Un bateau pour l’enfer - Gilbert Sinoué (2005), présentation
Erevan - Gilbert Sinoué (2009), présentation

 

20:53 Écrit par Marc dans Sinoué, Gilbert | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : romans historiques, fantastique, litterature francaise, gilbert sinoue | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

samedi, 19 novembre 2005

L'enfant de Bruges - Gilbert Sinoué - 1999

Bruges, 1441. Le peintre Van Eyck chuchote à son fils adoptif : Petit, il faut savoir se taire, surtout si l'on sait. À travers les brumes de Flandre et la luminosité de la Toscane, Jan, un enfant de treize ans est confronté à une effroyable conspiration. Jan est le fils adoptif et aussi l’apprenti de du grand peintre Van Eyck, et va passer son temps à découvrir l’art pictural. Cependant au même moment d’autres anciens apprentis du grand maître flamand, sont retrouvés égorgés et affreusement mutilés avec dans, dans la bouche, un bâillon enduit de poison à base de terre de Vérone. Pourquoi le meurtrier s'est-il acharné contre ses victimes qui eurent en commun d'avoir été les apprentis du célèbre peintre Jan Van Eyck? Une confrérie secrète prend en effet pour cible le peintre flamand et ses apprentis. S’agit-il d’un secret que le maître aurait pu communiquer à sa suite ? Autant de questions auxquelles l'enfant de Bruges devra s'efforcer de répondre s'il ne veut pas disparaître à son tour dans la nuit. Sauvant à plusieurs reprises Jan de la folie meurtrière de ses poursuivants, un mystérieux portugais Ser Idelsbad mène l'enquête. Elle le conduira jusqu’en Toscane et plus spécifiquement à Florence, où un complot s’organise contre les Médicis et Enrique, l’infant d’Espagne. Privé de sa famille et ses repères, confronté aux hommes les plus illustres de son temps, Jan sera contraint de grandir malgré lui. Jan devra affronter ce monde de ténèbres, qui comme un voile occulte sa soif de vérité, un monde de nuit régi par l’obscurantisme de l’époque, afin de perpétuer l’art de Van Eyck.

Il s’agit ici d’un roman historique de forme tout à fait classique avec ses caractéristiques classiques, mais également tous ces défauts (p.ex. le personnage principal va évidemment rencontrer comme par hasard toutes les personnalités importantes de l’époque). Ce roman a cependant a l’avantage de mettre l’art pictural et surtout la peinture flamande de Van Eyck en avant. Mais il s’agit également d’un roman d’initiation où le jeune Jan devra affronter le monde des adultes. Et le tout sous la forme d’un thriller haletant qui nous mène à découvrir tous les mystères de l’intrigue, mais aussi de la peinture. L’enfant de Bruges est un très bon roman mais s’il est très classique et qu’il s‘avère un peu léger sur certains points.

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Voir également:
- Le Livre de saphir - Gilbert Sinoué (1996), présentation
- Un bateau pour l’enfer - Gilbert Sinoué (2005), présentation
Erevan - Gilbert Sinoué (2009), présentation