lundi, 08 mars 2010

Le Voyage à Venise - Jean-Claude Simoën - 2000

bibliotheca le voyage a venise

"Venise ! Est-il une ville qui ait été plus admirée, plus célébrée, plus chantée par les poètes, plus désirée par les amoureux, plus visitée et plus illustre ?

Venise ! Est-il un nom dans les langues humaines qui ait fait rêver plus que celui-là ? Il est joli, d'ailleurs, sonore et doux : il évoque d'un seul coup dans l'esprit un éclatant défilé de souvenirs magnifiques et tout un horizon de songes enchanteurs.

Venise ! Ce seul mot semble faire éclater dans l'âme une exaltation, il excite tout ce qu'il y a de poétique en nous, il provoque toutes nos facultés d'admiration. Et quand nous arrivons dans cette ville singulière, nous la contemplons infailliblement avec des yeux prévenus et ravis, nous la regardons avec nos rêves.

Car il est presque impossible à l'homme qui va par le monde de ne pas mêler son imagination à la vision des réalités. On accuse les voyageurs de mentir et de tromper ceux qui les lisent. Non, ils ne mentent pas, mais ils voient avec leur pensée bien plus qu'avec leur regard. Il suffit d'un roman qui nous a charmés, de vingt vers qui nous ont émus, d'un récit qui nous a captivés pour nous préparer au lyrisme spécial des coureurs de route, et quand nous sommes ainsi excités, de loin, par le désir d'un pays, il nous séduit irrésistiblement. Aucun coin de la terre n'a donné lieu, plus que Venise, à cette conspiration de l'enthousiasme. Lorsque nous pénétrons pour la première fois dans la lagune tant vantée il est presque impossible de réagir contre notre sentiment anticipé, de subir une désillusion. L'homme qui a lu, qui a rêvé, qui sait l'histoire de la cité où il entre, qui est pénétré par toutes les opinions de ceux qui l'ont précédé, emporte avec lui ses impressions presque toutes faites ; il sait ce qu'il doit aimer, ce qu'il doit mépriser, ce qu'il doit admirer."

Guy de Maupassant, Venise, 5 mai 1885


C'est à un voyage unique dans la Venise d'antan que nous invite l'éditeur et écrivain français Jean-Claude Simoën dans son recueil Le Voyage à Venise, paru initialement en 2000 avant d'être réédité en 2010 aux éditons J'ai Lu. La Sérénissime a été un haut lieu culturel du XIXème siècle, et cela malgré son déclin politique et économique de l'époque. Peintres, écrivains, poètes... tous voulaient y aller et découvrir cette flamboyante cité perdue au beau milieu d'une lagune, et se perdre dans ses ruelles à la recherche de ses mille et uns trésors.
Jean-Claude Simoën reprend une multitude d'extraits de récits de voyages écrits au XIXème siècle pour témoigner des impressions de ces illustres voyageurs lors de leur découverte de Venise. Le tout est de plus accompagné d'une multitude de photographies d'époque et de peintures des plus grands maîtres qui ont tous voulu immortaliser l'enchantement que représentait pour eux Venise. Et parmi tous ces grands artistes on retrouve entre autres Guy de Maupassant, les frères Goncourt, Henry James, Lord Byron, Théophile Gautier, Goethe, George Sand, Mark Twain, mais aussi des chroniqueurs amoureux plus anonymes ou souvent oubliés que sont Rubens Santoro, Julius Rollmann ou Antoine Bouvard.
Le livre commence par une belle introduction de Jean-Claude Simoën sur ces voyages à Venise, sur l'impression que la cité a laissé sur ces voyageurs en quête de romantisme et de découvertes artistiques et historiques. Ensuite vient le gros du livre consacré aux Impressions vénitiennes, composé d'un vaste florilège d'extraits de textes, citations, tableaux et autres illustrations, classées en fonction de leur sujet dans de multiples sous-chapitres. Vient après un parcours vénitien, plus proche dans sa forme du guide touristique actuel, toujours aussi richement illustré de documents d'époque et nous faisant découvrir le Palais duccal et Piazzetta, la Dogana et Santa Maria della Salute, le Grand Canal et le Pont du Rialto, ainsi que les îles de la Lagune. Plusieurs annexes viennent ensuite clore ce magnifique ouvrage, dont une très intéressante chronologie artistique et historique de la Cité, ainsi que de nombreuses biographies de ces différents voyageurs cités dans le livre. On aurait toutefois aimé que le côté historique de la Sérénissime, ainsi que son rôle politique dans l'histoire européenne, soient quelque peu plus développés.

Le Voyage à Venise de Jean-Claude Simoën est une magnifique invitation au voyage dans la Venise du dix-neuvième siècle sur les traces des grands artistes de l'époque.

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Voir également :
- Le Voyage en Egypte - Jean-Claude Simoën (2002), présentation et extraits

Présente édition : Editions J'ai Lu, 3 février 2010, 235 pages

samedi, 27 février 2010

Le Voyage en Egypte - Jean-Claude Simoën - 2002

bibliotheca le voyage en egypte

L'Egypte a été redécouverte par les Occidentaux à la fin du XVIIIème siècle, l'égyptologie était née et tout le monde ne s'intéressait plus qu'à cela. Il fallait y aller, organiser les expéditions les plus folles et en rapporter le plus de trésors possibles. Ce fût la révélation d'une civilisation, certes disparue, mais irréductible à jamais par ce qu'elle a laissée. On y comprenais encore rien, il a fallu attendre l'année 1822 et la découverte de la Pierre de Rosette, pour que l'on commence peu à peu à déchiffrer les hiéroglyphes. Et à côté de ces ruines majestueuses, tous ces voyageurs découvraient un pays au mode de vie si différent et qui vivait au rythme du Nil, ce long fleuve éternel chargé de tant d'histoire.

Et c'est cette Egypte-là que tente de nous faire revivre l'éditeur français Jean-Claude Simoën, dans son livre Le Voyage en Egypte, vue par les yeux de ses voyageurs pour la plupart du XIXème siècle, et qui revenaient de leurs voyages pleins d'écrits, de photographies et de dessins. Et cela afin de nous faire comprendre et revivre l'émerveillement des explorateurs de cette époque.

Jean-Claude Simoën commence par nous raconter l'histoire de tous ces voyageurs avant de dédier chaque chapitre à une région bien précise et en la décrivant grâce à de multiples illustrations, dessins et extraits de récits de voyages datant de l'époque. Et cela en commençant par le Delta d'Alexandrie jusqu'à la Nubie et Abou Simbel, en passant par Gizeh, Memphis, Louxor et bien d'autres. Le tout se constitue finalement comme un guide touristique moderne, sauf que le contenu a été remplacé par des témoignages de tous genre des gens de l'époque.
Et parmi ces témoins on retrouve entre autres les explorateurs Giovanni Battista Belzoni, ,
maxime Ducamp, Karl Richard Lepsius..., les écrivains Dominique Vivant Denon, Gustave Flaubert, Théophile Gautier, Pierre Loti, Mark Tawin... . Les illustrations sont de David Roberts, Emile Prisse d'Avennes, Jean-François Champollion et bien d'autres. Plus de 90 auteurs sont cités.
Pour compléter le sujet, le livre déjà accompagné de nombreuses cartes, se voit suivre de plusieurs annexes nous expliquant la chronologie de l'histoire de l'Egypte, la mythologie ancienne, des notions d'architecture, ainsi que les biographies de la plupart des auteurs, et illustrateurs.
Une bibliographie et une table des illustrations très complètes viennent conclure le tout.

Le Voyage en Egypte de Jean-Claude Simoen nous offre une vision unique de l'Egypte, celle vue à travers les yeux des écrivains et peintres du XIXème siècle qui l'ont parcourue et décrite.

Il est à noter que ce livre, paru initialement aux éditions Impact Livres, a été réédité en 2010 dans un format mi-poche aux éditions J'ai Lu, plus idéal au transport et ... au voyage.

Le Voyage en Egypte est un livre unique et très complet qui, à l'aide des voyageurs du passé, saura inspirer ceux d'aujourd'hui !

A découvrir !

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Extraits : passages pris au hasard

Les pyramides ont vu, sur leurs larges bases, les siècles et les dynasties passer comme des vagues de sable, et le sphinx colossal, à la face camarde, sourit toujours à leurs pieds de son sourire ironique et mystérieux. Eventrées, elles ont gardé leur secret et n'ont livré que des ossements de bœuf, auprès d'un sarcophage vide. Des yeux fermés depuis si longtemps que l'Europe n'était peut-être pas encore émergée du déluge, lorsqu'ils contemplaient la lumière, les ont regardées de la place oii nous sommes. Elles ont été contemporaines d'empires disparus, de races d'hommes étranges balayées de la terre. Elles ont vu des civilisations qu'on ignore, entendu des langues qu'on cherche à deviner sous les hiéroglyphes, connu des mœurs qui nous paraîtraient chimériques comme un rêve. Elles sont là depuis si longtemps, que les étoiles ont changé de place ; et leurs pointes s'enfoncent dans un passé si prodigieusement fabuleux, que derrière elles il semble qu'on voie luire les premiers jours du monde.

L'Orient, Théophile Gautier, 1877

***

Nous vîmes de l'autre côté du fleuve descendre deux cents Mamelouks avec leurs équipages; nous sûmes depuis que c'était Elfy-bey, qui, blessé à Samanhout, n'avait pas voulu passer les cataractes avec les autres beys. En approchant, nous admirions la superbe et avantageuse situation d'Apollinopolis la grande; elle dominait le fleuve et toute la vallée de l'Égypte, et son superbe temple pyramidait encore sur le tout comme une citadelle qui aurait pu commander le pays: cette idée dérive si naturellement de sa situation, que ce temple n'est connu dans le pays que sous le nom de la forteresse. Je prévoyais avec chagrin que nous arriverions tard et que nous partirions le lendemain de grand matin. Je me mis au galop pour devancer les premiers soldats, et avant que les derniers rayons du jour cessassent d'éclairer le pays. Je n'eus que le temps cette fois de parcourir à cheval cet édifice, dont la grandeur, la noblesse, la magnificence et la conservation surpassent tout ce que j'avais encore vu en Égypte et ailleurs; il me fit une impression gigantesque comme ses dimensions. Cet édifice est une longue suite de portes pyramidales, de cours décorées de galeries, de portiques, de nefs couvertes, construites, non pas avec des pierres, mais avec des rochers tout entiers. La nuit était venue avant que j'eusse eu le temps de faire le tour de ce surprenant monument; et je recommençai à gémir sur le sort qui m'obligeait de voir si rapidement ce qui méritait tant d'admiration. La conservation de cet édifice antique contraste merveilleusement avec les ruines grisâtres des habitations modernes construites dans son intérieur; une partie de la population du village habite le temple dans des huttes, bâties dans les cours et sur les combles, et qui, semblables aux nids des hirondelles dans nos maisons, les salissent sans les masquer ni les dégrader. Au reste, ce mélange, fâcheux au premier coup-d'oeil, produit un contraste pittoresque qui donne tout à la fois une échelle, et des hommes et des temps: d'ailleurs, avons-nous le droit de trouver ridicule que des peuples ignorants appuient leurs faibles constructions, et ne craignent pas de masquer des beautés sur lesquelles ils n'ont jamais arrêté leurs regards, tandis que nous laissons les arènes de Nîmes encombrées de masures?

Voyages dans la Basse et la Haute Egypte, pendant les campagnes du général Bonaparte
, Dominique Vivant Denon, 1802

***

Alors, non, les villes, les villages, à moins qu'ils ne mènent à des ruines célèbres, on ne s'y arrête plus; il faut passer outre et, pour l'étape du soir, chercher un hameau perdu, un recoin de silence, où amarrer sa dahabieh contre la vénérable terre grise de la berge.

Ainsi l'on s'en va, pendant des jours, pendant des semaines, entre ces deux interminables falaises de calcaire rose pleines d'hypogées et de momies, qui sont les murailles de la vallée du Nil et doivent vous suivre jusqu'à la première cataracte, jusqu'à l'entrée de la Nubie. Là seulement changeront enfin d'apparence et de nature les rochers des déserts, pour devenir ces granits plus sombres dans lesquels les Pharaons faisaient tailler leurs grands dieux et leurs obélisques.

On s'en va, on s'en va, remontant le fil de ce courant éternel, et, pour faire perdre la notion des heures et des dates qui fuient, il y a la régularité du vent, la persistance d'un ciel limpide, la monotonie du grand fleuve qui serpente et ne finit jamais. Si déçu que Ton soit de voir tout profané sur les bords, on n'échappe point à cette paix d'être nomade et isolé sur l'eau, étranger parmi un équipage d'Arabes silencieux, qui chaque soir se prosternent pour de confiantes prières.

D'ailleurs, on marche vers le sud, vers le soleil, et chaque jour la clarté se fait plus belle, la chaleur plus caressante, en même temps que brunit davantage le bronze des figures perçues en route.

La mort de Philae
, Pierre Loti, 1908

***

bibliotheca Les ruines d'Hieraconpolis

Les ruines d'Hiéraconpolis dans Voyage dans la Basse et la Haute Egypte, Dominique Vivant Denon, 1802

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Voir également :
- Le Voyage à Venise - Jean-Claude Simoën (2000), présentation et extrait

Présente édition : éditions J'ai Lu, 3 février 2010, 292 pages