vendredi, 19 novembre 2010

La jeune Vampire - J. H. Rosny aîné - 1920

bibliotheca la jeune vampire.jpgDans un salon français, des scientifiques discutent sur les croyances et superstitions des hommes. Selon Jacques Le Marquand certaines peuvent s’avérer vraies et il se met à conter à ses collègues une histoire de vampires :
A Londres, Evelyn Grovedale, jeune fille à la beauté surprenante, meurt subitement. Pourtant, le quatrième jour, elle revient à la vie. Elle ne semble plus être tout à fait la même. Elle parle même d’elle à la troisième personne quant il est fait état des événements antérieurs à sa “mort”. De plus, toute personne en contact prolongé avec elle, devient anormalement pâle et fragile. Son mari, intrigué par son propre état de santé, commence à la soupçonner et va découvrir avec horreur qu’un démon semble avoir pris possession de sa femme aimante, faisant d’elle un vampire. C’est d’autant plus grave qu’elle semble enceinte... mais de quoi ?

L’écrivain belge Joseph Henri Boex, dit J.H. Rosny Aîné, est l’un des grands fondateurs de la science-fiction, ayant écrit une multitude de textes remarquables dans le genre tout en se faisant connaître également pour ses romans se déroulant à l’ère préhistorique. Ici, avec La jeune Vampire, Rosny Aîné se lance dans un récit fantastique assez classique de nos jours qui nous décrit l’évolution d’un vampire dans la bonne société londonienne du début de XXe siècle. Dans ce roman assez court, mais passionnant, Rosny Aîné fait une relecture du mythe du vampire avec son regard très scientifique. Pour lui le vampire prend possession d’un corps reléguant l’autre dans un autre monde, un lieu de ténèbres, duquel il n’est pas impossible que la victime puisse revenir. Mais aussi, et cela semble-t-il pour la première fois, l’auteur décrit le vampirisme comme une sorte de mutation génétique, partiellement transmissible par naissance.
Ce court texte est très prenant, le style de l’auteur faisant en sorte que l’on accroche jusqu’à la fin. Et il faut dire que certains éléments sont assez terrifiants.

Il est toutefois dommage que ce texte ait été quelque peu oublié par l’édition française, il ne se retrouve que dans certaines anthologies et l’édition présente, datant de 1920, ne se trouvera plus qu’en occasion chez les bouquinistes ou sur internet. Il serait peut-être temps que Rosny Aîné, un si grand écrivain ayant tant marqué la science-fiction retrouve une place d’honneur dans nos librairies.

La jeune Vampire est un texte sur les vampires, original et poignant, écrit par l’un des grands maîtres de l’imaginaire.

A lire !

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Présente édition
: Editions Flammarion, 1920, 65 pages

Voir également : 
Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation
Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation
Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation
Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

samedi, 17 mars 2007

L'étonnant voyage de Hareton Ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1922

bibliotheca l etoonant voyage de hareton ironcastle

L'expédition que conduit Haréton Ironcastle s'enfonce avec précaution dans un territoire semblant tout droit surgi des rêves les plus fantasmagoriques. Et pourtant, il s'agit bien d'une terre inexplorée, peuplée de créatures étranges qui n'ont que peu de rapport avec l'espèce humaine : bêtes monstrueuses à trois yeux, sauriens velus, Hommes-Ecailleux, rhinocéros hideux, autruches à tête saugrenue, herbes bleues et violettes animées de facultés mystérieuses.

Hareton Ironcastle décide d'entreprendre une expédition au fin fond de l'Afrique suite à la lettre que lui a envoyé un ancien ami à lui, Samuel Darnley. Celui-ci lui parle d'une contrée inexplorée qu'il vient de découvrir qui est totalement différente de tout ce qui existe. Cette région serait peuplée d'êtres intelligents des plus étranges: des créatures étranges, mi-hommes mi-singes même mi-oiseaux. La flore y serait également totalement différente, faite d'herbes bleues et violettes ax facultés mystérieuses. un monde différent, à la fois inquiétant et fantastique, semblant tout droit surgi des rêves les plus fantasmagoriques et qui serait issu d'un rameau divergent de l'évolution. mais Hareton Ironcastle ne rend pas encore compte des multiples dangers qu'il va rencontrer sur sa route.

L'étonnant voyage de Hareton Ironcastle, paru en 1922, est un formidable roman d'aventures dans la lignée des plus grands romans de ce genre de l'époque. Cependant Rosny l'Aîné sait se montrer bien plus ambitieux que ses contemporains (cf. Jules Verne, H. G. Wells, Edgar Rice Burroughs, Rider Haggard etc.). Rosny l'Aîné y met une belle dose de fantastique de tout genre. Il crée ici un monde perdu très onirique rempli d'espèces imaginaires, que ce soit d'un point de vue animal ou végétal, voire à la frontière des deux. Son univers devient au fil de l'avancée de l'expédition de Hareton ironcastle parfaitement cohérent, ce qui approche cette oeuvre du genre de la science-fiction, voire du fantasy d'avant-garde. A noter que Rosny l'Aîné multiplie ici les renvois et références aux oeuvres contemporaines anglo-saxonnes, qui à l'époque jouissaient d'un immense succès commercial, tout en contournant leurs codes et poncifs.

L'étonnant voyage de Hareton Ironcastle est un roman remarquable à plus d'un titre, mais qui plaira avant tout aux amateurs du genre.

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Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation

- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
- La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
- Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation

- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

dimanche, 15 janvier 2006

Dans le monde des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1939

Dans le monde des Variants, paru en 1939, Rosny l'Aîné reprend le même sujet que celui traité dans Un autre monde datant de 1895, notamment celui d'une personne vivant entre deux mondes, l'un qui nous est bien connu, et l'autre, un monde parallel avec sa faune et flore propre, inaccessible au commun des mortels. Dans Un autre monde, l'héros voyait dans ce monde parallel surtout la nature qui différait, avec la présence des Moedigen, une espèce animale propre à ce monde. Ici, le héros perçoit des être doués d'intelligence, qu'il nommera les Variants. Eux aussi le preçoivent et notre héros devra vivre entre ces deux mondes, connaissant des personnes d'un côté et de l'autre. Jusqu'au jour où il quittera l'un des deux pour pouvoir enfin se concentrer entièrement sur l'autre.

 

Ci-joint vous trouverez un extrait reprenant le premier chapitre de la nouvelle de Rosny l'Aîné.

 

 

Extrait:

 

"Dès sa naissance, Abel parut d’une autre race que ses frères ; plus tard une atmosphère étrange l’isola parmi les enfants et les adultes. On ne découvrit pas la raison de cette anomalie. Elle ne tenait pas à sa structure ou du moins, il ne le semblait point : il avait les cheveux fauves et le visage blanc des hommes venus du Nord, sur leurs barques non pontées pour conquérir des terres, voler les richesses et violer les femmes. Dans sa province les descendants de ces hommes abondent.

 

Il inspirait une manière d’inquiétude et le sentiment de choses très lointaines, perdues dans l’Espace et dans le Temps.

 

Sa parole aussi semblait insolite – encore que, jusqu’à douze ans, il n’eût rien dit d’extraordinaire mais parfois, on ne sait quel mystère esquissait, vite perdu dans des propos familiers. Ses gestes créaient du malaise, même lorsqu’il faisait exactement la même chose que les autres enfants, il semblait que ce fût selon une autre orientation, comme s’il avait accompli des mouvements de gaucher avec sa main droite.

 

De bonne heure, il étonna quelques personnes de nature subtile : il évoquait, pour elles, des existences cachées dans les îles ou dans les solitudes de la mer, des songes enveloppés de brouillard, des profondeurs où luttaient les végétaux obscurs et les bêtes abyssales.

 

Il appartenait à une famille médiocre et pacifique, que ne tourmentait aucun rêve dévastateur. Quelques arpents d’humus environnaient une maison basse, où la lumière pénétrait par des baies petites et nombreuses, percées sur quatre façades. Le verger donnait les fruits du terroir, les légumes abondaient dans le potager, deux vaches et quatre chèvres vivaient d’un herbage très vert.

 

Parce que cette famille avait presque horreur de la viande, elle menait une vie facile où les joies n’étaient point cruelles.

 

Le père, Hugues Faverol, géomètre arpenteur, assurait le présent et consolidait l’avenir ; la mère, incohérente et douce, aurait mal conduit son ménage, mais une servante, un vieux jardinier réglaient les choses de la maison, de l’étable et de la terre.

 

La turbulence et la méchanceté des frères d’Abel étaient supportables parce qu’il était l’aîné, et le plus fort, il n’avait aucune peine à s défendre.

 

S’il y eut de bonne heure des obstacles entre lui et ceux-là mêmes qu’il aimait, il ne perçut guère, avant sa douzième année, la singulière dissemblance de son univers, et de l’univers des autres hommes. Il voyait entendait, il sentait tout ce qu’ils voient, sentent et entendent, mais autour et dans chaque apparence surgissait une apparence inconnue.

 

Ainsi concevait-il deux mondes distincts, quoique occupant la même étendue, deux mondes terrestres qui coexistaient avec tous leurs êtres.

 

Abel finit par savoir qu’il était lié aux deux mondes. Cette découverte, qui devint chaque jour plus précise, il redouta de la révéler, fût-ce à sa mère, et c’est indirectement, par des questions qui effaraient ses proches, qu’il s’assura de son entière originalité. Sûr enfin que le double monde existait pour lui seul, il pressentit que la révélation de sa réalité était inutile et pouvait être dangereuse.

 

Pendant plusieurs années, le monde qui pénétrait chaque partie du monde des hommes, demeura toutefois indistinct. On eût dit qu’Abel percevait avec des sens rudimentaires, comme peut-être un oursin perçoit l’océan et le roc où il s’accroche. À la longue, le monde se diversifia. Il commença d’y établir l’ordre que l’enfant établit parmi les métamorphoses incessantes de son ambiance et il n’ignora pas longtemps que, dans autre univers, il était plus jeune que dans celui des hommes.

 

Aucun terme humain ne saurait exprimer les existences et les phénomènes qu’il discerna : appréhendés par des sens dont le développement fut de plus en plus rapide, ils ne révélèrent rien de ce que ne révèle l’ouïe, la vue, le toucher, le goût ou l’odorat, rien de ce que nous pouvons percevoir ni imaginer.

 

Les vivants lui apparurent les derniers. Il lui fallut plusieurs mois avant de s’assimiler leur apparence totale : ils n’avaient point, comme nos animaux et nos végétaux, des structures fixes : une série de formes, sans cesse changeantes se déroulaient dans un ordre presque constant, revenant sur elles-mêmes et formaient ainsi des individualités cycliques.

 

Ainsi qu’Abel l’apprit plus tard, ils vivaient plus longtemps que les vivants de notre Règne. Dès qu’il eut bien saisi leur mode d’existence, il les reconnut selon leur esprit d’abord, puis selon leurs individualités, aussi aisément que nous reconnaissons un chant ou une symphonie :

 

Leur diversité était aussi grande, et plus grande peut-être, que la diversité de notre faune et de notre flore. Les espèces inférieures avaient des cycles lents et monotones. À mesure qu’on montait dans la hiérarchie, les variations devenaient plus rapides et plus complexes, aux degrés les plus hauts, plusieurs cycles se déroulaient ensemble, à la fois confondus et distincts.

 

Abel percevait tout cela, avec une netteté croissante, à la manière des enfants qui, pour n’être pas embarrassée de méthodes est d’autant plus vive et pénétrante. Il sut de bonne heure que les Variants, comme il les nommait, se développaient autrement que les animaux ou les plantes. Leur étendue ne s’accroissait pas ; à leur naissance ils n’étaient pas moins grands que plus tard, mais plus vagues, avec des cycles incohérents ; à mesure, les mouvements prenant de la cohérence, ils atteignaient leur pleine harmonie après des évolutions d’autant plus nombreuses que l’être était place plus haut dans la hiérarchie.

 

Ce fut un soir de juin qu’Abel connut que lui-même était ensemble un Humain et un « Variant », un soir que les nuées prolongeaient leurs métamorphoses. Lasses de pâturer l’air chaud, les hirondelles se poursuivaient avec des cris éperdus, ivres d’un plaisir qui remplissait le jeune homme de compassion et d’attendrissement. Elles lui semblaient aussi éphémères que ces pays fragiles creusés dans les vapeurs crépusculaires et, saisi d’une angoisse obscure, il avait pris la main de sa mère qu’il aimait mieux que toutes les créatures…

 

Ils étaient seuls. Ils semblaient voir les mêmes apparences de l’Univers, mais sentant d’instinct qu’il allait plus loin qu’elle dans le mystère des choses, la mère dit, avec un peu d’effarement :

 

– À quoi penses-tu ?

 

C’était une minute où le monde des Variants se superposait plus étroitement au monde des Hommes et Abel eut sa Révélation.

 

Jusqu’alors sa vie humaine avait tellement prédominé que la Vie Variante semblait toute extérieure. Ce soir il sut qu’il participait aux deux Vies : bouleversé il cessa de percevoir la présence de sa mère. Épouvantée de lui voir un visage immobile comme les minéraux et des yeux fixes dont la pupille s’accroissait dans la pénombre, elle lui pressait la main avec angoisse :

 

– Abel… mon petit ! … Qu’y a-t-il ?

 

Il la regarda sans la voir, puis il fut comme un homme qu’on réveille d’une transe et il murmura, n’ayant pas mesuré ses paroles :

 

– Je vivais dans l’autre Terre.

 

Elle ne comprit pas ; elle crut qu’il songeait à la mort et à l’âme éternelle.

 

– Il ne faut pas y penser… mon chéri… Il faut vivre avec nous !

 

Si loin de la réalité d’Abel, elle eût été vainement et tristement accablée par une confidence. L’embrassant avec une douceur où se mêlait une grande angoisse, il acquiesça de manière ambiguë.

 

– Il n’est pas nécessaire, dit-il, que j’y pense.

 

Le soir des hommes revint avec ses étoiles, son infini perdu dans d’autres infinis ; Abel veillait encore, le cœur en tumulte, quand les siens se furent endormis."

 


Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation

- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
- L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation

- Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation

16:31 Écrit par Marc dans Rosny Aîné, Joseph Henri Boex | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rosny, science-fiction, fantastique, rosny l aine, litterature belge | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 11 janvier 2006

Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1925

Dans Les Navigateurs de l'Infini le lecteur suit le voyage d'une équipe d'astronautes vers la planète Mars. Leur astronef, le Stellarium, pulsé par une gravité artificielle et fait d'argine, un matériel indestructible et transparent. Une fois arrivés sur place au bout de leur long voyage à travers l'espace, ils trouvent un paysage désertique, qui semble vide. Mais au bout de quelques explorations ils rencontrent une autre espèce douée d'intelligence, les Tripèdes. Ils sont appelés ainsi dû au fait qu'ils ont trois jambes et six yeux. De plus ils sont dotés d'une extrême beauté. La civilisation des Tripèdes est très évoluée, même plus que celle des humains. Mais leur race est en déclin dû au manque d'eau, et elle de plus menacée par l'apparition des Zoomorphes, une autre espèce marsienne composée de minéraux, moins développée que les Tripèdes mais plus jeune, vive et dynamique. Les Tripèdes vont donc demander aux humains de les aider, contre leur ennemi de plus en plus envahissant.

 

Les Navigateurs de l'Infini est certainement l'oeuvre de science-fiction la plus connue de Rosny l'Aîné. On constate tout de suite que l'histoire reprend de nombreux éléments de La Mort de la Terre, càd. l'agonie d'une race évoluée face à une autre minérale qui se répand très rapidement. On retrouve le style inimitable de Rosny l'Aîné, certes un peu désuet point de vue science-fiction, attaché au XIXème siècle, mais rempli de poésie et de précisions techniques et biologiques, style Jules Verne. Point de vue désuétude on constate que certaines idées énoncées ont été depuis démenties par la science, comme le fait de mettre la Lune sur la même ligne d'évolution écologique que la Terre, ou celle de voir l'atmosphère martienne assez riche en oxygène pour l'être humain.


Rosny Aîné nous fait découvrir petit à petit sa planète rouge: le voyage spatial est vu comme quelque chose d'ennuyeux, et la surface martienne comme un désert. Et les révélations sur les formes de vie martiennes sont très progressives, nous montrant d'abord des végétaux, puis des animaux, avant de révéler les Martiens eux-mêmes. L'originalité de Rosny l'Aîné est de montrer les extra-terrestres comme des êtres plus évolués que les hommes, ce qui était rare à l'époque et n'est toujours pas courant. De plus l'aide donnée par les astronautes humains aux Tripèdes ne s'avérera que bien peu efficace, alors que d'habitude, dans beaucoup de romans, l'homme finit toujours par trouver la solution pour sauver les autres.


Il est à signaler que le mot "astronautique", si usuel pour nous aujourd'hui, a été utilisé pour la première fois de l'histoire de la littérature dans ce roman.

Rosny l'Aîné rédigera quasi simultanément une suite aux Navigateurs de l'Infini, intitulée Les Astronautes, mais qui ne sera publiée qu'en 1960.

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Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
- L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation
- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

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dimanche, 08 janvier 2006

Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1895

Je vous mets ci-joint le texte intégral de la nouvelle Le jardin de Mary de Rosny l'Aîné, publié en 1895.


"Quand Mary approcha de la mort, elle entra dans un délire lucide où elle redevenait enfant, avec toute espèce de vieilles croyances d’hier évanouies. Elle dit alors à celui qui l’aimait :

– Allons voir le jardin que j’habiterai !

Celui qui l’aimait savait bien qu’elle voulait parler du fir-mament et il se mit à pleurer. Mais Mary insista si fort que le médecin jugea mieux ; qu’elle allât voir le ciel que de s’attrister ainsi. On fit chauffer le petit observatoire du toit, où Mary avait étudié les étoiles, puis on y transporta la mourante. Les murail-les de vitre y étaient si diaphanes qu’on se serait cru en plein air, et Mary se mit sur son séant pour contempler son jardin. L’air était merveilleux ; le délicieux infini y pointait ses petites lumiè-res. La Voie lactée étalait sa gaze fine semée de constellations. Les quartaires de la Flèche se penchaient au bas de l’ouest, prê-tes à crouler. Sur le fond laiteux, le Cygne traçait sa croix ; Cas-siopée, son Y ; Persée accumulait ses étoiles ; Erichton, son pen-tagone, où le diamant superbe de la Chèvre jetait ses feux, et très bas, au sud-est-est, s’étendait la Licorne, blême astérisme, entre Procyon, les Gémeaux et l’éblouissant Orion.

Rien ne mouvait. La terre rayonnait sa chaleur, et une gelée intense faisait reluire la neige du toit. Les yeux de Mary bril-laient très fort ; un petite écharpe bleue rendait plus blanche sa face angélique. Elle sourit à son beau jardin et joignit les mains, puis elle continua son voyage.

Elle était sortie de la Voie lactée : elle errait aux surfaces bleues. Elle parcourut les étoiles des régions hyperboréennes. Les Ourses y traînent leurs queues, le Dragon s’enroule entre elles et dresse sa tête vers Hercule ; la ravissante Wéga, pupille bleue du nord, palpitait sur la Lyre.

– Chère, chère Wega ! soupira Mary.

Et elle demeura quelques instants magnétisée par l’astre, s’élevant dans les redoutables espaces, le long du fil délié des rayons.

Et, dans la nuit pleine de paix, sa rêverie douce, son mourant enthousiasme semblait dominer les toits blancs, le square, les arbres comme une bénédiction.

Elle flâna lentement en descendant vers l’ouest. Des étoiles semées du Dauphin, elle passa à la pâle constellation du Petit-Cheval. Du Verseau, elle remonta vers le zénith en passant par Pégase le Superbe, dont le carré immense dominait l’angle des Poissons.
Puis elle fit une courte halte. Dans le bleu pur, Mira Ceti, – la Merveilleuse, – rayonnait, à l’apogée de sa magnificence. Mary chanta le Twinkle, twinkle little star, d’une voix si faible que celui qui l’aimait dut se cacher le visage ; puis elle remonta au zénith et, par le Bélier, le Triangle, elle atteignit Andromède et Persée, dans un fourmillement d’astres, puis enfin la grande région du feu. Les primaires accumulées croisaient leurs lumières rouges et blanches. L’œil pourpre du Taureau, Aldébaran, tremblait doucement sur le fond d’or de cinq tertiaires. Les Trois-Rois, splendides, se détachaient au centre d’Orion, dont le rectangle géant s’étendait, éclairé par Betelgeuse et par le soleil double Rigel. Puis, à profusion, Procyon, Pollux, Castor, Capella ouvraient leurs corolles de rayons sur la plage sombre, parmi le ruissellement éclatant de leurs astérismes.

Alors, plus pâle, Mary sentit monter son enthousiasme, un enthousiasme de lumière, la divine palpitation de l’infini. Elle demeurait comme ployée sous l’incommensurable pesée des astres, tandis que son sein faisait trembler doucement la dentelle blonde de son corsage.

Regardez, murmura-t-elle : ma plus brillante fleur va se le-ver !

Elle montrait le sud-est. Le Lièvre avait bondi. Une lueur frangeait le bas de l’horizon. Deux quaternaires se tenaient au bord de la Voie lactée, et Sirius émergea. Frémissante, Mary demeura longtemps à le voir gravir la pente bleue. Sirius ! la plus fine gemme de l’espace, blanche avec un reflet bleuâtre, et qui met quatorze ans pour nous jeter un petit tremblement de saphir ! ….

– Qu’il est beau ! dit Mary, en me prenant la main. Je vou-drais partir en le regardant, avec ta tête contre la mienne.

Je mis ma tête auprès de la sienne et j’entendis venir quel-que chose d’épouvantable et qui ne cesse de venir sur la terre. Mais elle murmurait :

– Vois-tu, tout cela est loin et tout cela est cependant si proche que nous le voyons avec nos faibles yeux. C’est pourquoi, mon cher ami, mon cher amant, il ne faut pas croire que rien nous soit étranger. Il n’y a pas d’autres mondes. tout cela se touche. Si l’on a si peur de partir, c’est que tout départ est triste, et c’est que c’est le plus grand de tous les départs. Mais tu vien-dras ; rien n’est plus sûr.

Elle continua de divaguer avec une douceur profonde, et je me sentais redevenir un enfant, malgré que le quelque chose approchât toujours.

– Donne-moi un baiser, dit-elle.

Je lui donnai un baiser tout plein de mon âme, et alors elle murmura dans un souffle :

– Au revoir !

Elle était partie, et moi, je rêvais à travers mes sanglots qu’effectivement tout cela se touche et que j’étais bien plus près de Sirius, bien plus près de la plus lointaine nébuleuse, que de l’enfant que j’aimais !"


Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
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- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
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- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

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vendredi, 06 janvier 2006

Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1892

Extrait du roman Vamireh (1892), roman situé dans un domaine où Rosny l'Aîné est passé maître sans jamais avoir été égalé, le roman préhistorique. Genre dont il a lui-même définit les codes encore d'actualité aujourd'hui: l’éveil de l’Humanité, la trame narrative mime les étapes d’une initiation, les mésaventures du héros sont autant de mise à l’épreuve de son humanité face à la sauvagerie primitive du monde et le style oratoire mise volontiers sur une tonalité épique. Genre dans lequel Rosny l'Aîné a fourni les plus grandes oeuvres, tel les Les Xipéhuz (1887) ou La guerre du feu (1909).

Je vous laisse profiter de ce petit extrait:

"C'était il y a vingt mille ans.

Alors le pôle Nord se tournait vers une étoile du Cygne.

Sur les plaines de l'Europe le Mammouth allait s'éteindre, pendant que s'achevait l'émigration des grands fauves vers le pays de la Lumière, la fuite du renne vers le Septentrion. L'Auroch, l'Urus, le Cerf élaphe paissaient l'herbe des forêts et des savanes. L'Ours colosse avait trépassé depuis des temps immenses au fond des cavernes.

Alors, les hommes d'Europe, les grands Dolichocéphales s'étendaient de la Baltique à la Méditerranée, de l'Occident à l'Orient. Habitants des cavernes, plus intimes que leurs ancêtres de l'âge du Solutré, mais toujours nomades, leur industrie déjà fut haute et leur art attendrissant. Esquisses tracées au frêle burin, timides mais fidèles, c'est la lutte du cerveau vers le rêve, contre la brutalité des appétit. Plus tard, lorsque viendra l'invasion asiatique, l'art décroîtra et tel charmant type d'industrie ne se retrouvera qu'après de longues périodes.

Or, c'était à l'Orient méridional, dans la saison du renouveau, vers les deux tiers de la nuit. Dans la lueur cendreuse d'une grande vallée retentissaient les voix des bêtes carnivores. Un fleuve, dans les intervalles de silence, chantait la vie des fluides, l'euphonie des ondes ; les aulnes et les peupliers répondaient en chuchotis, en harmonies intermittentes. L'étoile Vénus s'enchâssait dans le Levant. La théorie des constellations immortelles apparaissait entre les nues vagabondes, Altaïr, Véga, les Chariots contournant avec lenteur la Polaire du Cygne.

Tandis que la vie palpitait dans les ténèbres, féroce ou peureuse, ruée aux fêtes et aux batailles de l'amour ou de la nourriture, une pensée vint s'y joindre. A la rive du fleuve, au rebord d'un roc solitaire, une silhouette sortit de la Caverne des Hommes. Elle se tint immobile, taciturne, attentive aussi, les yeux parfois levés vers l'Etoile du Levant. Quelque rêve vague, quelque ébauche d'esthétique astrale préoccupait le veilleur, moins rare chez ces ancêtres de l'art qu'en maintes populations historiques. Une santé heureuse palpitait dans ses veines, l'haleine nocturne charmait son visage, il jouissait sans crainte des rumeurs et des calmes de la nature vierge, dans la pleine conscience de sa force.

Cependant, sous l'étoile Vénus, il transparut une lueur fine. Le boomerang de la lune s'esquissa, des rais allèrent sur le fleuves et les arbres, parsemés d'ombres très longues. L'homme alors découpa sa forme de haut chasseur, les épaules couvertes du manteau d'Urus. Sa face pâle, peinte de lignes de minium, était large sous le crâne long et combatif. Sa sagaie à pointe de corne appendait de guingois à sa taille, il tenait à la main droite l'énorme massue de bois de chêne.

Au frôlement des rayons, le paysage entra dans une existence moins farouche. Dans les peupliers, des vibrations d'élytres blanches ; des coins de paradis entrouverts sur la plaine ; une palpitation visible des choses, une timide protestation contre les férocités de l'ombre. Les voix mêmes décrurent, la bataille moins ardente aux profondeurs de la forêt voisine, les grands fauves repus d'amour et de sang.

L'homme, las d'immobilité, marcha le long du fleuve du pas élastique de poursuiveur de proie. A quinze cents coudées, il s'arrêta, au guet, la sagaie prête, à hauteur du front. Il vint sur le bord d'un bosquet d'érables, une silhouette agile, un grand cerf élaphe à dix corps."

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Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
-
L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation

- Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation
- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

jeudi, 05 janvier 2006

Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1895

Le héros de ce récit n'est pas tout à fait comme les autres. Depuis sa naissance, il a le teint différent, d'un violet pâle. Il a des problèmes de croissances, l'eau semble l'empoisonner alors qu'il sait boire de l'alcool sans en avoir les effets secondaires bien connus. Mais il va grandir, il va aller de plus en plus vite en tout sens du terme, il court beaucoup plus vite que les autres, et il parle beaucoup plus vite à un point qu'il a du mal à se faire comprendre de son entourage. Mais le pire c'est qu'il voit des choses, des bêtes qu'il baptisera les Moedigen, des plantes, tout un monde que personne à part lui ne voit. Un autre monde qui existe et évolue en parallel du notre, où seul lui a accès. Il sait même voir à travers les murs. Cependant personne de son entourage ne va le prendre. On va dire qu'il est un peu simplet, voir totalement attardé et c'est pour cela qu'il raconte n'importe quoi.
A l'âge de dix-huit ans le mutant va quitter son domicile pour se rendre à la ville. Il sait qu'il est exceptionnel et il va tenter de se faire analyser, de s'offrir à la science, afin que sa vie gâchée serve à quelque chose. Un professeur le croira et prendra soin de lui, le menant à son épanouissement tout en découvrant cet autre monde encore inconnu.

Cette nouvelle de Rosny l'Aîné se rapproche fort du Monde des Variants, qui sera publié en 1939. L'idée d'un monde parallel revient fréquemment chez cet auteur. Ici, comme dans plusieurs autres nouvelles, le héros verra son sauvetage par la science. On retrouve donc des thèmes centraux de Rosny l'Aîné dans ce récit d'initiation fantastiqe. Le personnage principal est très bien traité et approfondi, et on se lasse point du style de Rosny l'Aîné, riche, efficace et incitant au mystère.

Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
-
L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation

- Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation

- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

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lundi, 19 décembre 2005

Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny L'Aîné - 1896

Très brève nouvelle de Rosny Aîné, décrivant une rencontre du troisième type, plus spécifiquement l'arrivée d'êtres venus d'ailleurs sur un plateau dans l'arrière-campagne. Tel que l'extrait ci-dessous le montre, il se dégage de cette nouvelle une ambiance étrange et angoissante.

"Au plateau Tornadres, depuis quelques semaines, la nature palpitait, équivoque, angoissante, tout son délicat organisme végétal parcouru d'électricités intermittentes, de signes symboliques d'un grand événement matériels. Les bêtes libres, aux cultures, aux châtaigneraies, se montraient moins vives à fuir les périls quotidiens. Semblaient vouloir se rapprocher de l'hommes, elles erraient parmi les censes. Puis elles prirent un parti extraordinaire, propre à épouvanter : elles émigrèrent, elles s'enfoncèrent aux vals de l'Iaraze.

C'était, au début des nuits, dans les pénombres sylvestres et buissonnières, un drame de fauves nerveux quittant leurs retraites, à pas furtifs, avec des pauses, des arrêts, une mélancolie à fuir la terre natale. La sombre et traînante voix des loups alternait avec le grognement sourd des sangliers, les sanglots de la bête ruminante. Partout se glissaient, et généralement vers le Sud-Ouest, des silhouettes cendreuses sur les labours, sous le ciel libre : grands crânes boisés, organismes tapiriens à pattes courtes ; et des bêtes plus menues, carnassières ou herbivores : lièvres, taupes, lapins, renards, écureuils.

Les batraciens suivirent, les reptiles, les insectes aptères, et il survint une semaine où la pointe sud-ouest fut toute noyée d'une faune inférieure, une vermiculaire, visqueuse populace, depuis la silhouette sautillante des raines jusqu'aux limaces, aux porte-coquille, aux élytres merveilleuses du carabe, aux crustacés inquiétants qui vivent sous la pierre, dans les ténèbres éternelles, jusqu'au ver, à la sangsue, aux larves.

Bientôt, ne demeura que la bête ailée. Encore, l'oiseau, plein de malaise, comme accroché davantage aux ramures, saluait les crépuscules d'un chant plus bas, souvent quittait le terroir toute une partie du jour. Les corbeaux et les chouettes tenaient de grandes assemblées, les martinets se concertaient comme pour les départs d'automne, les pies s'agitaient et criaient tout le jour.

L'épouvante mystérieuse s'épandait aux esclaves : les ouailles, la vache, le cheval, le chien même. Pourtant, résignés dans leur confiance de serfs, espérant tout salut de l'Homme, ils restaient encore au plateau Tornadres, hors les chats, enfuis, eux, aux premiers jours, retournant à la vie sauvage.

Soir par soir, une confuse tristesse, une asphyxie d'âme grandissait chez les propriétaire du domaine de la Cornes, la prescience confuse d'un cataclysme et que pourtant la topographie du Tornadres démentait. Eloigné des pays volcaniques et de l'Océan, insubmersible - à peine quelques ruisselets - de texture compacte, où donc était la menace ? On la sentait pourtant, toute électrique, aux dressements des ramuscules et des brins d'herbes pendant les heures matinales, aux attitudes singulières de la feuille, à des effluves subtils et suffocants, à des phosphorescences inhabituelles, à un tourment de la chair, la nuit, qui faisait se lever les paupières, et condamnait l'être aux insomnies, à l'allure extraordinaire de la bête de labour, souvent roidie, les naseaux ouverts et tremblant, et qui tournait sa tête vers le Septentrion."


Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
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L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation

- Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation

- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

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mardi, 13 décembre 2005

Nymphée - Rosny, Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1893

Une expédition d'une quinzaine d'hommes part à la découverte d'une contré marécageuse au sein de l'Asie profonde. Au bout d'un certain temps le voyage semble se prolonger sans fin. La lassitude s'installe, l'abandon est proche. Le commandant accompagné de sa fille et du narrateur, fidèle et loyal serviteur, partent en éclairage pour une dernière avancée avant de rebrousser chemin.
Au bout de quelques jours, à leur grande surprise, ils découvrent une civilisation totalement inconnue de créatures mi-hommes mi-poissons, vivant au milieu du lac Nymphée. Même s'ils n'arrivent pas à se faire comprendre, l'accueil est chaleureux et les trois visiteurs prennent leurs aises auprès de ces créatures qui semblent si paisibles.
Cependant cette paix n'est que fictive. La tribu des hommes-des-eaux est en effet en conflit avec une tribu qui leur est semblable, et les troubles vont se répercuter sur les explorateurs.

Ce récit de Rosny Aîné est un beau roman d'aventures dans la même veine que de nombreux romans de Jules Verne (dont par exemple Le village aérien de 1901). Hélas ce roman ne présente que peu de profondeurs, et on s'y ennuie parfois, du fait que l'intrigue peut paraître au lecteur d'aujourd'hui fort prévisible. De plus, pour ce même lecteur, l'intrigue est bien peu originale. Ce bref roman a, contrairement à d'autres récits de Rosny Aîné, un peu vieilli.

Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895) présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896) présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
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L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation

- Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation

- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

 

vendredi, 02 décembre 2005

La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1910

La Terre est en train de mourir, et cela fait depuis des milliers d'années déjà. La population humaine se réduit de plus en plus, dû aux violents séismes, que connaît la Terre, et aussi dû la disparition des ressources d'eau. Et puis il y a également l'apparition d'une nouvelle espèce, les "ferromagnétaux", formes étranges qui se nourrissent de fer trouvés dans les ruines de la civilisation humaine passés et qui semble devoir remplacer l'espèce humaine sur cette Terre. Les derniers hommes, tout en sachant qu'ils sont face à l'extinction de leur espèce, tentent tant bien que mal de survivre. Alors que la résignation et le désespoir prennent de plus en plus de place dans leurs coeurs, un homme, Targ, ne se plie pas devant la fatalité. Il va tenter dans un dernier souffle de stopper cette extinction, en fuyant avec sa famille afin de donner une nouvelle chance à l'humanité...

Ce roman a été écrit en 1910, pourtant on a l'impression de lire un livre contemporain. Le style de Rosny Aîné n'a pas pris une ride. Ce court roman m'a fortement impressioné, autant de par son style qe de par son sujet. On ressent parfaitement ce que doivent ressentir les derniers hommes lors de leur longue agonie, comme si leur extinction était dû à une fatalité, celle que connaît toute espèce, càd. d'évoluer et de disparaître. Certainement l'un des livres les plus forts sur le sujet.

Dans une autre nouvelle déjà, les Les Xipéhuz (1887), Rosny Aîné faisait s'affronter deux espèces intelligentes. Cependant dans ce récit préhistorique, l'Humanité l'a emportée, démontrant l'impossibilité de deux intelligences de cohabiter sur la même planète. Ici, ce sujet est repris, mais l'Humanité ne gagnera pas toujours.

Rosny Aîné a été pendant longtemps oublié du public, alors qu'il est vraissemblablement l'un des plus grands auteurs de science-fiction. La Mort de la Terre le prouve.

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Voir également:
- Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1887), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895) présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896), présentation et extrait
La jeune Vampire - Joseph Henri Boex, dit Rosny Aîné (1920), présentation
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L'étonnant voyage de Hareton ironcastle - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1922), présentation

- Les Navigateurs de l'Infini - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1925), présentation
- Dans le mondes des Variants - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1939), présentation et extrait

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mercredi, 02 novembre 2005

Les Xipéhuz - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné - 1887

Cette nouvelle se situe aux premiers âges d'une humanité encore nomade. Une de ces tribus préhistoriques va rencontrer une autre espèce vivante absolument dissemblable de notre règne animal ou végétal, intelligente et mettant en péril l'avenir de l'homme sur terre.

J.H. Rosny, dit Rosny l'Aîné met en scène ici ce qui ressemble fort à l'une des premières interactions humains/extra-terrestres. La communication entre les deux espèces va s'avérer impossible, et la guerre va éclater. Un humain, Bakhoûn, considéré comme sorcier dû à ses idées très novatrices, va tenter de comprendre afin de vaincre ces autres espèces vivantes et inventer un rêve de tolérance en songeant à ce qu'aurait pu donner une Terre habitée par deux espèces intelligentes.

Rosny, auteur plus tard de la Guerre du feu (1909), a écrit ici une nouvelle profonde et visionnaire, précédant H.G. Wells et sa Guerre des Mondes, à laquelle les Xipéhuz peut faire penser.

Rosny n'a pas écrit que des récits préhistoriques, mais il en est l'un des précurseurs en inventant la plupart de ses codes. Depuis Rosny, ce type d’œuvres est systématiquement associé au motif de l’éveil de l’Humanité, la trame narrative mime les étapes d’une initiation, les mésaventures du héros sont autant de mise à l’épreuve de son humanité face à la sauvagerie primitive du monde et le style oratoire mise volontiers sur une tonalité épique.

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Voir également:
- Nymphée - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1893), présentation
- Vamireh - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1892), extrait
- Un autre monde - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), présentation
- Le jardin de Mary - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1895), texte intégral
- Le Cataclysme - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1896), présentation et extrait
- La Mort de la Terre - Joseph Henri Boex, dit Rosny l'Aîné (1910), présentation
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