lundi, 20 septembre 2010

L’appartement témoin – Tatiana de Rosnay - 1992

bibliotheca l'appartement temoin.jpgUn homme désabusé de la vie, divorcé avec une fille, emménage dans un bel appartement d’un immeuble rénové. Il choisit l’appartement témoin, car lors de sa visite il ressent comme une onde énigmatique qui l’attire. Une fois installé ces ondes s’annoncent de plus belle, il perçoit la musique d’un piano, le chant d’une voix mélodieuse et entrevoit même, tel un fantôme, une jeune femme blonde jouant du piano avec une petite fille qui joure à ses pieds.
Obsédé par cette vision, il s’y consacre entièrement. D’abord il essaie de retrouver la musique jouée, du Mozart, et décide fianlement de partir sur les traces de cette énigmatique jeune femme dont il découvre que c’était une chanteuse au destin tragique. Entre Paris, Londres, New York et Venise, l’homme est loin d’être à bout des ses surprises.


En 1992, lorsque sort L’appartement témoin, le premier roman de Tatiana de Rosnay, celle-ci n’est encore guère connue et son roman passera assez inaperçu. Dix-huit ans plus tard, le texte, inchangé, est réédité aux éditions J’ai Lu et permet aux lecteurs de découvrir ce qui fera le succès des œuvres de l’auteur, dont par exemple La mémoire des murs (2003), notamment le principe du lieu imprégné par le passé et qui obsède la personne qui y vit. On y découvre aussi déjà cette même sensibilité envers les personnes et les choses, qui touche tant dans ses romans ultérieurs. Une certaine importance est donnée à la découverte de la grande musqie, dont celle de Mozart, et à celle de la resplendissante Venise. Or, en tant que premier roman, celui-ci souffre de certains défauts : le tout s’essouffle un peu vers la fin il semble bien difficile de s’attacher réellement au personnage principal qui n’inspire pas vraiment de sympathie. D’ailleurs dans les parties narrés à la première personne par cet homme quinquagénaire, on sent bien qu’il s’agît en fait d’une femme qui écrit.

L’appartement témoin de Tatiana de Rosnay est un très agréable premier roman, comportant quelques défauts sur lesquelles on passe sans trop de difficulté.

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Présente édition : Editions J’ai Lu, 3 février 2010, 250 pages

Voir également :
- Spirales - Tatiana de Rosnay (2004), présentation et extrait

jeudi, 28 septembre 2006

Spirales - Tatiana de Rosnay - 2004

spirales

Hélène, une bourgeoise bécébégé à la cinquantaine, se laisse un jour tenter pour la première fois par une aventure extra-conjugale avec un inconnu rencontré dans la rue. Lorsqu’ils se retrouvent chez l’homme en question, son amant meurt d’une crise cardiaque lors de l’acte sexuel. Hélène paniquée s’enfuit sans même appeler les secours. Hélène est une femme « bien » et se jure que jamais personne ne saura rien de cette aventure. Il faut juste tout oublier. Mais dans sa fuite, Hélène a oublié son sac à main contenant ses papiers chez son amant. La police la questionnera, elle mentira. Mais ses remords la rattrapent, le mort commence à hanter ses pensées. Un beau jour, bien plus tard, deux jeunes gens apparaissent prétendant être les enfants de l’amant défunt. Ils essaieront de faire chanter Hélène qui fera tout pour que la vérité ne sorte jamais. Telle une spirale, les mensonges et les problèmes d‘Hélène vont s’accumuler, ses certitudes sur sa vie s’écrouler, jusqu’au surprenant dénouement final.

Partant de bien peu de chose (une histoire assez classique d’adultère qui tourne mal), Tatiana de Rosnay réussit ici cependant un brillant thriller psychologique. Tatiana de Rosnay nous décrit le tout dans un style concis bien rythmé et de façon froide et très analytique. On suit au pas les pensées de l’héroïne principale, dans ses actes, ses mensonges, sa lâcheté…. Une vraie descente aux enfers pour cette femme, profondément malheureuse qui pourtant ne mérite pas de fin heureuse. Le tout est servi avec un suspense haletant et un léger humour noir très hitchcockiens.

Un excellent thriller de la part de Tatiana de Rosnay. A lire absolument!

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Extrait: Premier chapitre

 

"Il n’a pas bougé. Il est toujours étendu à même le carrelage, les bras en croix, les jambes raides. Pas de bruit. Juste un robinet qui goutte. Le ronronnement du Frigidaire. Sa respiration à elle. Elle le regarde, elle ne fait que cela, le regarder. Puis elle détache enfin les yeux du polo rouge, de la parka noire, et elle regarde la cuisine, comme si c’était la première fois qu’elle la voyait. Large. Moderne. Pratique. Ordonnée. Une grande table en chêne, lisse, lustrée, malgré les années et le passage turbulent d’enfants et de petits-enfants. Elle revoit encore les siens, à cette même table. Leur adolescence lointaine et les petits matins difficiles, muets, paupières gonflées, lèvres boudeuses. Son fils, grognon. Sa fille, avachie. Elle revoit tout cela. Elle ne sait pas pourquoi elle y pense. Elle a l’impression d’un pan de vie tout entier qui vient de se terminer. Quelque chose d’irrémédiable. De fini. D’envolé.

Le robinet goutte, opiniâtre. Lui, ne bouge toujours pas. Sa main gauche est passée sous une chaise. Il porte une de ces grosses montres modernes, laides, qui doivent biper.

Elle se tient encore debout, à quelques pas de l’endroit où il est tombé. Elle a envie de s’asseoir, ses jambes lui semblent faibles. Elle saisit une chaise, celle qui se trouve le plus loin de lui, et se pose.

Elle se sent apaisée. Malgré ce corps tout près, elle est soulagée. Immensément soulagée. Enfin, elle va se libérer de ce poids qui lui pèse depuis si longtemps. Enfin, elle va pouvoir respirer, ne plus faire ces cauchemars qui la terrifient.

Il ne lui reste plus qu’à attendre le retour de son mari. Il ne va pas tarder. Elle entendra le claquement du portail automatique, le grondement du moteur, puis sa clef dans la serrure. Comme tous les soirs, il rentrera, il enlèvera son loden, il rangera son attaché-case lourd de manuscrits et il prononcera son prénom d’une voix joviale. Il se dirigera vers la cuisine, d’un pas léger, d’un pas insouciant, comme il le faisait, soir après soir, s’apprêtant à poser ses lèvres sur le haut de la tête de sa femme.

Sa femme. Ce soir, il la trouvera assise à la grande table lisse, les mains à plat devant elle. Et à ses pieds, un mort.

Elle dira : Je vais tout t’expliquer. Depuis le début.


Cinquante ans. Elle ne les faisait pas, finalement. Les autres le lui disaient, souvent. Mais le demi-siècle était là. Définitif. Sans erreur. Là. Sur le papier. Et dans sa tête.

Elancée, distinguée, elle respirait la discrétion, les bonnes manières. Hélène était bien née, son nom de jeune fille était joli. Elle portait ses longs cheveux bruns à peine argentés attachés dans un catogan de velours. Elle se tenait droite et souriait souvent. Dans le quartier, tout le monde aimait Hélène. Elle faisait partie d’une association de bénévolat, elle s’occupait parfois de la bibliothèque et elle avait participé à l’ouverture d’une halte-garderie. Elle prenait aussi le temps de veiller sur sa belle-mère, une vieille femme édentée et acariâtre qu’elle avait réussi à amadouer à force de lui sourire, de l’écouter, de lui tenir la main.

Hélène était calme, placide. Elle élevait rarement la voix. Parfois, une mèche s’échappait de son catogan lorsqu’elle était contrariée, et c’était là le seul signe de son énervement intérieur. D’un geste ferme, elle la rabattait derrière son oreille. Une respiration. Les épaules redressées. Voilà. Elle attendait que les choses se passent.

Elle fuyait les conflits. Tout glissait sur elle. Rien ne laissait de trace.

Son mari, Henri, était éditeur. Il ramenait à dîner des écrivains. Hélène les recevait avec simplicité et convivialité. Pendant la journée, elle s’occupait des menus, des courses, des fleurs. Elle prenait son rôle d’hôtesse au sérieux. Lors des repas, elle laissait son mari parler, non pas par ignorance, car elle était cultivée, mais parce qu’Henri avait besoin de briller. Elle le regardait avec un sourire bienveillant. Elle était fière de lui. Rien ne manquait à leur bonheur. Leurs deux enfants avaient la trentaine, ils avaient réussi. Il y avait des petits-enfants, aussi.

Elle était une grand-mère sereine. Cela ne la gênait pas d’être grand-mère, si jeune. Quand un des bébés braillait, elle le berçait, tout doucement. Jamais elle ne perdait patience. Elle exaspérait sa fille Alice. Son fils Julien se moquait gentiment d’elle. Il l’appelait « sainte Hélène ». Cela ne la dérangeait pas.

Elle n’avait jamais trompé son mari. En trente ans, pas une fois l’idée d’une aventure ne l’avait effleurée, pas une seule fois, même lorsqu’elle avait appris que son mari lui avait été infidèle.

Hélène se laissait couler dans sa vie placide et douce. A l’écoute des autres, elle se montrait généreuse, affectueuse. Elle ne se plaignait de rien. D’ailleurs, de quoi pourrait-elle se plaindre ? Son existence feutrée, calme, ne lui apportait que des petites joies prévisibles, faciles à digérer.

Un matin d’été, elle était allée rendre visite à une amie malade dans un quartier qu’elle connaissait peu. Elle avait eu du mal à garer sa voiture, et elle avait longtemps tourné dans un lacis de ruelles poussiéreuses, étouffantes de chaleur. Elle s’était rangée difficilement dans un passage étroit, sombre et silencieux. Tandis qu’elle effectuait la manœuvre, un homme brun, debout sur le trottoir, la regardait. Il devait avoir une quarantaine d’années. Le teint mat. Une barbe de quelques jours. Il l’observait en souriant. Elle se sentit mal à l’aise. Hélène n’avait pas l’habitude qu’on la regarde ainsi. Elle ferma sa voiture à clef, et s’en alla rapidement.

A son retour, après avoir passé quelques heures avec son amie, elle constata que l’homme était encore là. Adossé au mur de l’immeuble, il semblait l’attendre. Hélène s’inquiéta. Que voulait-il ? Pourquoi la regardait-il ainsi ? Elle fit mine de ne pas le voir et s’engouffra dans sa voiture. Il s’approcha d’elle, se pencha. Les yeux verts, les dents blanches dans un visage basané. Il sentait quelque chose de puissant, un mélange d’eau de toilette et de tabac.
"

© Plon, 2004

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Voir également :
- L'appartement témoin - Tatiana de Rosnay (1992), présentation