mardi, 07 décembre 2010

Les Mystères du Si-Fan (The Si-Fan Mysteries) – Sax Rohmer - 1917

bibliotheca les mysteres du si-fan.jpgSir Gregory, un explorateur de retour du Tibet, meurt de causes mystérieuses dans les bras de l’agent spécial anglais Nayland Smith au moment où celui-ci lui remet un coffret contenant bien des secrets. Pour Nayland Smith il n’y a pas de doutes à avoir : derrière ce crime crapuleux ne peut que se cacher la puissante organisation criminelle chinoise du Si-Fan. Aidé par le Dr Petrie, Smith se met à enquêter, parcourant ainsi tous les endroits les plus sinistres de Londres que ce soient des tripots mal famés ou des fumeries d’opium. Mais au fur et à mesure que les deux héros avancent ils perçoivent peu à peu l’ombre de leur ennemi de toujours, le terrible Fu Manchu, pourtant censé être mort. Le Mal ne peut être vaincu si facilement et dans le sillage du terrible Chinois, mort ou vif, et sur les traces de ses sbires, pullulent scorpions, fleurs vénéneuses et traîtres orientaux...

Les Mystères du Si-Fan de Sax Rohmer est le troisième volume des aventures de Nayland Smith et du Dr Petrie dans leur combat contre le sinistre Fu Manchu à être réédité aux éditions Zulma et Le Livre de Poche. Pour rappel l’œuvre du britannique Sax Rohmer est un ensemble incroyable de feuilletons et épisodes écrits entre 1910 et 1973, né des craintes de l’époque envers une Chine que l’on voyait à tort de plus en plus menaçante. Et le mal asiatique se caractérisait à la fois par son immense intelligence et raffinement que par sa cruauté sans limites, incarnée par le personnage diabolique de Fu Manchu. Difficile d’imaginer de tels écrits publiés de nos jours. Et le côté raciste prête de nos jours plus à rire. Nayland Smith paraît plus être un incroyable parano qu’un justicier modèle. La forme est bien sûr celle du feuilleton qui sans détours inutiles mène rapidement à de nombreux rebondissements qui s’enchaînent sans fin.

Bref, le roman Les Mystères du Si-Fan de Sax Rohmer est très semblable aux tomes précédents, que ce soit dans ses qualités et défauts, et il est bien difficile par la suite de distinguer ces aventures-ci de celles décrites précédemment. Il n’empêche que ce texte, à la fois dans sa légèreté et ses exagérations, procure un certain plaisir de lecture.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel, éditions Le Livre de Poche, 288 pages

Voir également :
Le mystérieux docteur Fu Manchu (The Mystery of Dr. Fu-Manchu / The Insidious Dr Fu Manchu) - Sax Rohmer (1913), présentation
Les Créatures du Docteur Fu Manchu (The Return of Doctor Fu Manchu) - Sax Rohmer (1916), présentation et extrait

lundi, 05 octobre 2009

Les Créatures du Docteur Fu Manchu (The Return of Doctor Fu Manchu) - Sax Rohmer - 1916

bibliotheca Les creatures du docteur fu manchu

Deux ans ont passé depuis les dernières aventures de Nayland Smith et de son axssocié le Dr Petrie, au combat contre le terrible Docteur Fu Manchu, le péril jaune incarné en une seule personne et un génie du crime sans équivalent. Le Dr Petrie ne s'en est d'ailleurs jamais réellement remis. Il a perdu la trace de la belle Kâramanèh, disparue en Égypte, et n'arrive guère à s'en consoler. C'est là, qu'un soir il voit débarquer chez lui le pasteur Eltham, le missionnaire combattant et ennemi juré des Boxers, et puis enfin Nayland Smith, de retour de Birmanie. Mais ces deux personnages ne sont pas là pour rien. En effet Fu Manchu est de retour lui aussi, ainsi que la belle et troublante  Kâramanèh !
Le pasteur Eltham se fait d'ailleurs enlever, et l'aventure recommence. Fu Manchu, à l'imagination criminelle débordante, et sous les yeux effarés de ses poursuivants, transforme Londres en une jungle hostile pleine de pièges et d'animaux dangereux : Singes, volatiles, rats affamés, serpents venimeux... Attiré dans son laboratoire par Kâramanèh, au comportement de plus en plus ambigu, Petrie parvient à s'échapper avant que le Dr Fu Manchu, qui apprécie ses compétences, ne le drogue pour l'expédier au fin fond de la Chine. Mais aussitôt une nouvelle mission l’attend : sauver d'une mort certaine un « homme qui en sait trop », l'Américain van Roon !
Fu Manchu lui, reste introuvable, après avoir jeté son dévolu sur une maison prétendument hantée de la banlieue de Londres...

Les aventures de Nayland Smith continuent dans ce second volume des aventures cultes du Docteur Fu Manchu, second tome d'une longue série tournant autour d'un personnage inventé en 1912 par l'écrivain britannique Sax Rohmer. Comme pour le tome précédent, Le Mystérieux Docteur Fu Manchu (1913), celui-ci est également une compilation de nombreuses aventures parues à l'époque sous forme de feuilletons. Le rythme est élevé et les rebondissements nombreux. Les crimes de Fu Manchu sont de plus en plus impressionnants et terrifiants, et pour tous ceux, qui ont aimés les premières aventures de Nayland Smith, ce tome-ci constitue une suite parfaite. Les autres, comme pour le premier tome, n'y verront qu'une succession d'aventures assez superficielles autour de personnages simples dans un contexte racial d'époque quelque peu dérangeant aujourd'hui.

Pour les amateurs du genre et de la série !

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Extrait : premier chapitre

I. Convocation à minuit

« Il y a long temps que Nayland Smith ne vous a pas donné de nouvelles ? »

La main sur le siphon, je dus réfléchir un moment.

« Cela fait bien deux mois, finis-je par répondre. Il n’aime pas beaucoup écrire, et je crois qu’il a d’autres préoccupations. »

« Comment donc – une histoire de femme, vous pensez ? »

« C’est possible. Il est si secret ! Il ne m’a pas mis dans la confidence. »

Je servis un whisky-soda à mon visiteur, le révérend J. D. Eltham, et poussai vers lui le pot à tabac.

Les traits fins et intelligents de son visage ne disaient
rien de sa vraie nature. Ses cheveux blonds et clairsemés, grisonnant aux tempes, étaient soyeux, bien peignés : l’archétype de l’homme d’Église britannique.

En Chine, cependant, on l’avait, non sans raison, surnommé « le missionnaire combattant » : ce petit homme à l’apparence paisible avait provoqué le soulèvement des Boxers !

« Savez-vous, dit- il avec une douceur toute cléricale, en fourrant une pincée de tabac dans sa pipe d’un geste énergique et franc, savez- vous que j’y pense encore… Oui, Petrie, je n’ai jamais cessé d’y penser… »

« Penser à quoi ? »

« À ce fichu Chinois ! Et depuis que j’ai entendu parler de cette cave sous la maison incendiée de Dulwich… j’y pense encore plus souvent. »

Il alluma sa pipe et fit un pas vers la cheminée pour y jeter l’allumette.

« Vous comprenez, poursuivit- il, en me jetant l’un de ses curieux regards pleins d’anxiété, on ne sait jamais – n’est- ce pas ? Si je pensais une seconde que le Dr Fu Manchu avait sur vécu – si j’avais des doutes
sérieux sur le fait que cet incroyable esprit, ce merveilleux génie, Petrie… » Il eut une hésitation bien caractéristique « … eh bien… ait pu vrai ment périr, je considérerais comme étant de mon devoir… »

« Oui ? »

Les coudes sur la table, je lui adressai un vague sourire.

« Si ce génie diabolique est encore parmi nous, la paix du monde peut voler en éclats du jour au lendemain ! »

La mâchoire saillante, claquant des doigts pour souligner le sens de ses paroles, il s’enflammait à nouveau, retrouvait ces accents de juste colère que je lui connaissais si bien. Cœur plus complexe avait- il jamais battu sous le surplis d’un pasteur ?

« Peut- être est- il rentré en Chine, docteur ! » Le feu de la bataille brilla un bref instant dans ses yeux. « Si l’on vous disait qu’il est encore vivant, pourriez- vous rester les bras croisés ? Quand un malade vous ferait
appeler tard le soir, y répondriez-vous sans craindre pour votre vie ? Allons, deux ans à peine ont passé depuis sa venue, depuis le temps où nous scrutions la moindre ombre, de crainte d’y voir luire ses terribles yeux verts ! Et que sont- ils devenus, tous ses assassins – ses étrangleurs, ses dacoïts, ses poisons de l’enfer, ses insectes, ses je- ne-sais-quoi… toute cette armée de créatures immondes, où est- elle passée ? »

Il avala une gor gée de whisky.

« Vous… vous avez fait quelques recherches en Égypte avec Nayland Smith, n’est- ce pas ? »

Oh, ces hésitations ! Je hochai la tête.

« Dites- moi si je me trompe… mais j’ai cru comprendre que vous cherchiez la jeune fille… la jeune Kâramanèh. C’est bien son nom ? »

« Oui, répondis-je d’un ton sec. Mais nous n’avons retrouvé aucune trace. Aucune. »

« Vous… euh… vous vous intéressiez à elle ? »

« Oui, bien plus que je ne l’aurais pensé – jusqu’à ce que je comprenne que je l’avais… perdue. »

« Je n’ai jamais rencontré Kâramanèh, mais d’après ce que vous en dites, vous et d’autres, ce n’était pas une personne ordinaire… »

« Elle était extrêmement belle », dis- je ; je me levai, n’aimant guère le tour que la conversation avait pris.

Eltham me regardait avec une certaine compassion ; il avait entendu parler de nos vaines recherches en terre d’Égypte ; il savait à quel point m’étaient précieux les souvenirs de la fille aux yeux sombres qui avait charmé ma morne existence, et combien ignobles et haïssables ceux du diabolique et génial docteur qui avait été le maître de la belle enfant.

Eltham se mit à faire les cent pas sur le tapis, sa pipe grésillant furieusement ; son port de tête me fit un instant penser à Nayland Smith. Et pourtant, qu’y avait- il de commun entre ce pasteur aux joues roses, à la physionomie faussement bon homme, et l’agent spécial de Birmanie, au visage maigre et hâlé, au regard d’acier ?

Mais il y avait dans son attitude une tension qui évoquait, dans la fumée du tabac, un lointain soir d’été…

Dans cette même pièce, deux ans auparavant, Smith avait fait les cent pas et levé, sous mon regard ébahi, le rideau sur un drame frénétique dans lequel – et j’étais alors bien loin de m’en douter – le Sort m’avait donné
un des premiers rôles.

Les pensées d’Eltham avaient- elles suivi le même chemin que les miennes ? J’en revenais toujours à la figure inoubliable du cruel Chinois. Et semblèrent à nouveau résonner dans mes oreilles les mots mêmes que Smith avait alors prononcés : « Imaginez- vous donc un individu long, maigre, félin, les épaules hautes ; donnez- lui le front de Shakespeare et le visage de Satan, un crâne soigneusement rasé et des yeux verts – verts comme ceux des chats. Mettez à sa disposition toute la cruauté d’un vaste peuple de l’Asie, concentrée en un esprit géant, toutes les ressources de la science du passé et du présent et peut-être bien toute la fortune d’un riche gouvernement – même si celui-ci nie complètement l’existence de cet individu. Cet être effroyable, le voyez- vous en esprit ? Eh bien, je vous présente le Dr Fu Manchu, le péril jaune incarné en un seul individu. »

Sans doute devais- je à la visite d’Eltham ces moroses réminiscences ; l’excentrique pasteur n’avait- il pas, lui aussi, joué un rôle dans le drame de Fu Manchu ?

« J’aimerais bien revoir Smith, dit soudain le pasteur. Quel dommage qu’un homme de son calibre se soit enterré en Birmanie ! Ce pays, c’est la ruine du genre humain, si noble soit- il. Vous disiez qu’il n’était pas marié ? »

« Non, dis- je, laconique. Et je ne crois pas qu’il le sera jamais. »

« Ah, pour tant vous y faisiez allusion. »

« Je n’ai pas la moindre idée sur la question. Nayland Smith n’est pas un homme très bavard. »

« Très juste, très juste ! Et vous savez, docteur, je ne le suis pas davantage ; mais… (son embarras était croissant)… peut- être devrais- je… j’ai… euh, un correspondant en Chine intérieure qui… »

« Eh bien ? » Je le fixai avec un intérêt soudain.

« Eh bien, je ne veux pas éveiller de vains espoirs…ou occasionner… si je puis dire … des craintes infondées mais, euh… Non, docteur ! »

Il avait rougi comme une jeune fille. « Je n’aurais jamais dû aborder ce sujet. Le jour où j’en saurai davantage, peut- être… En attendant, me pardonnez-vous ces sottes allusions ? »
Le téléphone sonna.

« Ah ! s’exclama Eltham. Pas de chance, docteur ! »

Cette interruption tombait visiblement à pic. « Allons bon ! Mais il est une heure du matin ! »

Je décrochai le télé phone.

« Dr Petrie ? »

C’était une voix de femme.

« Oui, qui me demande ? »

« C’est que l’état de Mme Hewett s’est aggravé, docteur. Pouvez- vous venir immédiatement ? »

« Mais certainement », répondis- je, car Mme Hewett n’était pas seulement une patiente rémunératrice, c’était aussi une femme estimable. « J’arrive dans le quart d’heure. »

Je raccrochai.

« Une urgence ? » Eltham vidait sa pipe.
« Ça en a tout l’air. Vous feriez mieux d’aller vous coucher. »

« Non, j’aimerais mieux faire un bout de chemin avec vous, si ça ne vous gêne pas. Notre conversation n’est guère propice au sommeil. »

« D’accord ! »

À dire vrai, sa compagnie était la bienvenue ; quelques minutes plus tard nous traversions la place déserte.

Une sorte de brouillard flottait entre les arbres ; dans l’éclat de la lune, on eût dit qu’un voile drapait chacun des troncs. En silence, nous passâmes devant l’Étang du Mont et nous nous dirigeâmes vers le haut
de la place.

Sans doute étaient-ce la présence d’Eltham, l’irritant souvenir de ses confidences incomplètes, mais mon esprit ne parvenait pas à se détacher de Fu Manchu et des atrocités dont il s’était rendu coupable pendant son séjour en Angleterre. Mon imagination travaillait si activement que je sentis à nouveau la menace qui avait long temps pesé sur nous – la meurtrière nuée jaune ne flottait-elle pas à nouveau sur l’Angleterre ?

Et je me surpris à souhaiter le retour de Nayland Smith. Je n’aurais su dire précisément ce à quoi le révérend pensait, mais j’en avais quelque idée, car lui aussi gardait le silence.

Au prix d’un effort violent, je finis par m’extraire de ces réflexions morbides : nous avions traversé la place et approchions du domicile de ma patiente.

« Je rentre, me dit Eltham. Vous ne devriez pas en avoir pour des heures, j’imagine. Ne vous inquiétez pas, je ne perdrai pas la porte de vue ! »

Rassuré, je montai les marches du perron. Aucune des fenêtres de la maison n’était éclairée, ce qui ne laissa pas de m’intriguer : ma patiente occupait – c’était du moins le cas lors de ma dernière visite – une chambre au rez-de-chaussée, sur le devant de la maison. J’eus beau sonner et frapper à la porte, personne ne vint. Au bout de trois à quatre minutes, une soubrette aussi peu vêtue qu’éveillée ouvrit la porte et me considéra sous le clair de lune d’un œil hébété.

« Mme Hewett me demande ? » fis- je d’un ton sec.

La jeune fille prit un air encore plus stupide.

« Ben non, m’sieur ; elle dort à poings fermés. »

« Mais quelqu’un vient de téléphoner au cabinet », insistai- je non sans, je le crains, une certaine irritation.

« C’est pas chez nous, m’sieur. » La jeune fille écarquilla les yeux. « On n’a pas le téléphone, m’sieur. »

Je restai quelque temps sur le perron, aussi interdit qu’elle, puis redescendis les marches sans rien dire. De la grille, je balayai la rue du regard. Toutes les maisons étaient plongées dans les ténèbres. Quelle était la signification de cette mystérieuse convocation nocturne ? Peut- être avais-je mal entendu le nom de la patiente ? Non, je l’avais fait répéter par mon interlocutrice. Mais l’appel, c’était manifeste, ne venait pas de chez Mme Hewett. En d’autres temps, j’eusse pris la chose comme le premier acte de quelque criminelle entreprise. Mais ce n’était sans doute, me dis-je cette nuit-là, qu’une mauvaise plaisanterie.

Eltham vint à ma rencontre d’un pas vif.

« Décidément, on ne peut plus se passer de vous, docteur. Une jeune fille est venue vous chercher juste après notre départ ; en apprenant que vous étiez sorti, elle vous a suivi. »

« Vraiment ? dis- je, quelque peu incrédule. Encore une urgence ? Je ne suis tout de même pas le seul docteur de Londres. »

« Elle a peut- être pensé que comme vous étiez déjà debout, vous gagneriez du temps. J’ai cru comprendre qu’elle n’habitait pas loin. »

Je lui jetai un regard ébahi. Était- ce là un nouveau tour du plaisantin inconnu ?

« Eltham, on vient tout juste de me jouer un mauvais tour. Ce coup de fil était une blague. »

« Cette fois-ci, ce n’est pas le cas, déclara Eltham avec conviction. La pauvre fille était dans tous ses états ; son patron s’est cassé la jambe ; il est incapable de se relever. C’est au 280 Rectory Grove. »

« Où est- elle passée, cette jeune fille ? » demandai-je d’un ton abrupt.

« Elle m’a transmis le message et est repartie en courant. »

« C’était une femme de chambre ? »

« Oui, j’imagine ; Française, à mon avis. Mais elle était si emmitouflée que je n’ai guère eu l’occasion de voir à quoi elle ressemblait. Je suis désolé d’apprendre qu’on s’est payé votre tête, Petrie. Mais, croyez- moi, dans ce cas précis (son ton se fit grave), ce n’est pas une plaisanterie. La malheureuse était submergée par les sanglots. Elle m’aura pris pour vous, sans doute. »

« Oh ! dis-je, sombre et résigné. Eh bien, il faut que j’y aille. Une jambe cassée, dites- vous ? Et ma mallette chirurgicale qui est restée à la maison, avec mes attelles et tout le reste ! »

« Mon cher Petrie ! s’exclama Eltham avec son enthousiasme coutumier, allez- y directement, vous pourrez certainement faire quelque chose pour soulager les souffrances de ce malheureux. Pendant ce temps-là, je repars chez vous et vous apporte la sacoche au 280 Rectory Grove. »

« Eltham, merci infiniment ! »

« Petrie, pas plus que vous je ne puis rester sourd aux appels de l’humanité souffrante. »

Comment eussé-je pu lui refuser de me rendre ce service ? Son point de vue était incontestable, sa résolution inébranlable. Je lui indiquai donc où trouver ma sacoche et traversai la place illuminée par le clair de lune, tandis qu’il repar tait dans la direc tion opposée.

J’avais franchi trois cents mètres à peine, le cerveau en ébullition, lors qu’une idée me traversa l’esprit. La première convocation était fausse, et il fallait avoir l’âme bien noire pour faire ce genre de farce à une heure du matin. Mais la seconde… La conversation avec Eltham me revint à l’esprit, et par-dessus tout la jeune fille qui avait porté le message, la jeune fille qu’il avait décrite comme étant française, et dont le charme l’avait tant subjugué. D’autres choses me revinrent à l’esprit et mes doutes se firent certitudes : je venais de me rendre compte (du reste, j’aurais dû y penser avant : le quartier m’était si familier !) qu’il n’y avait pas de numéro 280 dans Rectory Grove.

Je m’arrêtai, regardai autour de moi. Il n’y avait pas âme qui vive – pas même un policier. Sous les mares de lumière des lampadaires, le long des sentiers qui sillonnaient le petit parc, rien ne bougeait. Mais au plus profond de mon être, quelque chose frissonna - une voix, un cri d’alerte qui ne s’était pas fait entendre depuis long temps.

Quelque chose se tramait. Mais quoi ?

Une brise caressait les feuilles des arbres, ponctuant le silence de murmures énigmatiques. Une vérité menaçante cherchait à se faire jour dans mon esprit. Inutile de me voiler la face : le retour du mystère et de ses tragédies était imminent. Je ne pouvais plus combattre l’étrange effroi qui s’était emparé de moi. Je rebroussai chemin et me mis à courir – vers chez moi, vers Eltham.

J’avais pensé pouvoir le rattraper, mais il avait disparu. Un tram de nuit passa sur l’avenue ; je vis que mes fenêtres étaient illuminées et qu’il y avait de la lumière dans l’entrée.

À peine avais- je enfoncé la clef dans la serrure que ma gouvernante ouvrit la porte.

« Un monsieur vient tout juste d’arriver, docteur. »

Je bondis dans l’escalier et grimpai les marches quatre à quatre, jusqu’à mon bureau.

Debout près de la table, se tenait un homme grand et maigre, le visage cou leur de café, les yeux gris dar dés sur moi. Mon cœur s’emballa – puis sembla s’arrêter. Nayland Smith !

« Smith, m’écriai je, Smith ! Cher vieil ami ! Par Dieu, comme je suis heureux de vous voir ! »

Il me serra la main à la broyer, me dévorant du regard ; mais son visage n’exprimait aucune joie. Depuis notre dernière rencontre, les traits s’étaient durcis, les tempes avaient grisonné.

« Où est passé Eltham ? » demandai- je.

Smith vacilla, comme si je l’avais frappé.

« Eltham ! chuchota-t-il – Eltham ! Eltham est à Londres ? »

« Je l’ai quitté il y a dix minutes à peine. »

Smith fit claquer son poing fermé dans sa paume ; ses yeux jetaient des éclairs terrifiants.

« Dieu du Ciel, Petrie, suis- je donc destiné à n’arriver que lors qu’il est trop tard ? »

Mon effroi soudain prit corps. Je sentis mes jambes se dérober sous moi.

« Smith, vous ne voulez pas dire que… »

« Hélas, Petrie… » Sa voix semblait lointaine, si lointaine. « C’est pourtant vrai. Fu Manchu est à Londres, et Eltham, que Dieu l’ait en Sa sainte garde…

Eltham est sa première victime. »

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Voir également :
- Le mystérieux docteur Fu Manchu (The Mystery of Dr. Fu-Manchu / The Insidious Dr Fu Manchu) - Sax Rohmer (1913), présentation
- Les Mystères du Si-Fan (The Si-Fan Mysteries) - Sax Rohmer (1917), présentation

lundi, 21 septembre 2009

Le mystérieux docteur Fu Manchu (The Mystery of Dr. Fu-Manchu / The Insidious Dr Fu Manchu) - Sax Rohmer - 1913

bibliotheca le mysterieux docteur fu manchu

Le Dr Petrie, un soir, reçoit la visite surprise de l’une de ses anciennes connaissances Sir Daniel Nayland Smith, ancien agent de Scotland Yard, de retour à Londres après un voyage en Birmanie, qui va engager le brave docteur sur une enquête à la poursuite du plus terrible criminel de tous les temps : le docteur Fu Manchu, un mystérieux chinois, doté d’une intelligence rare et voué corps et âme au crime au nom de complots des plus mystérieux. Et le temps presse pour les deux enquêteurs. En effet plusieurs notables britanniques, lié d’une façon ou d’une autre à la colonie britannique en Inde, se font tuer de manières les plus étranges. Nayland Smith y reconnaît de suite la marque de Fu Manchu, et pour lui la traque commence afin de mettre au plus tôt hors d’état de nuire ce baron du crime. Mais ce dernier est bien plus adroit qu’il n’y paraît, et la traque sera longue et pleine de rebondissements…

Le mystérieux docteur Fu Manchu est le premier tome d’un feuilleton romanesque imaginé par l’écrivain anglais Sax Rohmer, de son vrai nom Arthur Henry Sarsfield. Ce roman est composé de multiples épisodes parus en 1912 avant d’être rassemblés dans ce volume. Tout tourne autour de ce mystérieux chinois, le mal absolu, l’image type du Péril Jaune, qui débarque à Londres pour commettre une série de crimes des plus abominables dans un dessein qui l’est encore plus : soumettre le monde. Heureusement que Nayland Smith veille, un policier génial qui tient à la fois d’un James Bond, par l’action, et de Sherlock Holmes, par les énigmes qu’ils perce. Et évidemment les aventures sont nombreuses, les rebondissements ne cessent jusqu’à la fin, mais le terrible Docteur réussira toujours à s’évader. Le style de Sax Rohmer est clairement celui du feuilleton populaire. Il faut que cela accroche dès les premières pages, sans trop rechercher la profondeur. Mais ce qui frappe avant tout est l’aspect d’époque de ce roman et l’immense inventivité de l’auteur. On ressent les soucis de l’époque, la Chine faisait peur, et les Chinois étaient très mal vus. Le texte, par sa représentation de Fu Manchu, les multiples propos tenus par Nayland est évidemment raciste et risque de choquer, ou plutôt même aujourd’hui plutôt de faire rire. En effet le preux policier, si héroïque, ressemble aujourd’hui plus à un facho fou furieux qui voit le mal chez tout chinois. L’inventivité de l’écrivain se distingue par la mise en place des intrigues, les crimes étant tous d’une originalité et d’un exotisme sans précédent. Fu Manchu est présenté en véritable esthète du crime : il tue en série, mais surtout il tue en beauté ! Et l’exotisme vient aussi de la description de ce Londres du début de XXème siècle, avec ses cachettes à criminels, ses souterrains, ses faux-semblants ; une ville qui se transforme en un véritable labyrinthe sombre et obscur où le danger se cache à tous les coins de rue.
Par certains aspects, ce roman est une véritable réussite, un must pour tous les amateurs. Hélas toutefois, initialement publié en feuilleton, ces multiples épisodes, mis bout à bout, ne donnent pas bien sous la forme d’un roman. Les personnages sont trop caricaturaux, et à force de rebondissements spectaculaires qui se suivent à toute page, le lecteur risque même de s’en lasser.

Le mystérieux docteur Fu Manchu de l’écrivain Sax Rohmer, premier tome d’une célèbre série, est certes un roman particulier, original et émerveillant, et toujours à prendre au second degré, mais qui lasse par sa forme trop superficielle.

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Voir également :
Les Créatures du Docteur Fu Manchu (The Return of Doctor Fu Manchu) - Sax Rohmer (1916), présentation et extrait
Les Mystères du Si-Fan (The Si-Fan Mysteries) - Sax Rohmer (1917), présentation