vendredi, 05 octobre 2007

Zovy : 1947, au cœur de l’insurrection malgache - René Radaody-Ralarosy - 2007

bibliotheca zovy

Pour le Madagascar la période qui commence le 29 mars 1947 pour se terminer en décembre 1948 a été l’une des périodes les plus importantes, mais aussi des plus terribles, de l’insurrection malgache contre le colonisateur français, insurrection qui a d’ailleurs été réprimée dans le sang donnant un nombre de victimes estimé aux alentours de 8000 à 12.000 personnes. L’indépendance ne sera obtenue que bien des années plus tard. Zovy ("qui vive" en malgache), titre du roman, était aussi le mot de passe utilisé par les insurgés nationalistes et indépendantistes auquel les membres du MDRM (Mouvement démocratique de la rénovation malgache) devaient répondre Vorona ("oiseau" en malgache). L’écrivain René Radaody-Ralarosy est né en 1937 dans une famille tananarivienne francophile et deviendra plus tard élève à l’école militaire de Saint-Cyr où il côtoie les coloniaux. Mais plutôt que d’écrire un témoignage d’époque René Radaody-Ralarosy utilise la forme de la fiction pour nous raconter les événements de 1947 dont il a été témoin en inventant des personnages qui vont être acteurs actifs ou passifs des événements réels et tragiques de cette période. Ce très réussi croisement entre fiction et réalité facilite au lecteur la découverte de pan de l’histoire malgache. Son roman nous invite ainsi à découvrir cette terrible histoire se déroulant dans l’univers complexe de la colonie française du Madagascar avec ses colons et riches bourgeois français, ses légionnaires maghrébins, sénégalais et indochinois, les anciens combattants malgaches revenus de l’Afrique du Nord ou de l’Europe où ils ont combattu au côté de la France lors de la Seconde Guerre mondiale etc. Le but est de nous raconter l’insurrection de l’intérieur, et non pas comme une accumulation de faits historiques, en s’attachant à un certain nombre de personnages hauts en couleurs qui va vivre de multiples aventures à travers cette insurrection jusqu’à son malheureux dénouement. L’auteur réussit à parfaitement rendre les aspirations complexes et contradictoires des insurgés
Le style d’écriture est sobre et parfaitement adapté. La structure du roman n’est toutefois pas toujours réussie : tout chapitre est monté systématiquement comme une scène au théâtre où l’auteur commence par la mise en scène et s’ensuit un dialogue qui pousse jusqu’à la fin du chapitre. Certains passages sont de plus un peu longs.

Zovy : 1947. Au cœur de l’insurrection malgache est malgré quelques défauts un intéressant roman sur l’insurrection malgache de 1947 et sur la décolonisation en général.

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Extraits :

« Voilà Velo : avec un certain nombre de camarades, et sous le couvert du MDRM, nous nous préparons au combat. Toi qui viens des maquis d’Auvergne, je ne te rappellerai pas la nécessité du secret dans la clandestinité. Tout doit être cloisonné et personne ne doit connaître les autres groupes. Je te dirai seulement qu’un certain nombre de camarades de guerre avec ces civils se préparent. A Fianarantsoa même, des camarades détournent des armes et des munitions et mettent en place des caches dans les forêts alentour. Il en est de même à Tananarive et à Diego. D’autres camarades prennent en main la population. J’ai besoin de toi pour venir avec moi dans la région de Moramanga : il y aura tout à monter, recruter des troupes, prendre ne main la population, constituer des réserves de vivres, d’armes et de munitions, et tout cela dans la clandestinité, loin des regards de l’administration, des colons et du MDRM. «  (p.38).

« Dès que le chef d’escadron Germain apprit l’occupation d’Ambohimiadana, il s’y rendit, intégrant sa jeep dans un convoi de ravitaillement. Ambohimiadana se trouvait à une soixantaine de kilomètres de Tananarive et l’on y parvenait en longeant la rivière Sisaony. La route était très mauvaise, avec souvent des trous et des grosses pierres qui avaient été dénudées par la dernière saison des pluies. Ils mirent trois heures avant d’arriver. Ambohimiadana était un village bâti sur une hauteur, à 1500 mètres d’altitude, dominant une vallée rizicole, avec des collines plantées d’eucalyptus, et dès le coucher du soleil le froid vous mordait. Il était dommage, pensait Germain, que d’aussi beaux paysages soient gâchés par le spectacle de ces maisons incendiées. Accompagné d’un sous-officier malgache, il alla se présenter au colonel qui avait commandé l’opération. Le village continuait à brûler après que les maisons eurent été fouillées. Le colonel Gomez, vétéran de l’Armée d’Afrique et qui avait mené des tirailleurs algériens pendant toute la guerre, contemplait ce spectacle, appuyé sur une canne : - Voilà ce que nous sommes amenés à faire, dit-il à Germain, je n’aime pas beaucoup ça. Mes tirailleurs rechignent à la tâche et mettent beaucoup de mauvaise volonté. S’ils n’avaient pas tiré en l’air et reculé aux premiers accrochages, nous serions arrivés avec une journée d’avance et nous aurions pris au nid tout l’état-major de la rébellion du secteur. Ce baroud va sans doute donner des idées à mes tirailleurs une fois rentrés au pays et nous aurons les pires ennuis. «  (p.148)
Copyright: Editions Sépia

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