mardi, 10 août 2010

Croisière maudite (The Wheel of Darkness) - Douglas J. Preston et Lincoln Child - 2007

bibliotheca croisiere maudite (the wheel of darkness).jpgL’agent spécial du FBI Aloysius Pendergast et sa protégée Constance Green se ressourcent dans un monastère tibétain lorsqu’un moine leur révèle qu’un objet sacré du temple a été dérobé il y a seulement peu de temps par un alpiniste de passager. Il s’agît de l’Agozyen, un objet enfermé dans un coffre depuis des siècles et dont plus personne ne se souvient de sa ressemblance. Les moines ont toujours craint cette relique qui, selon eux, pourrait anéantir l’humanité en annihilant toute barrière morale. Les deux enquêteurs se mettent vite au boulot et retrouvent d’ailleurs rapidement sa trace : son nouveau propriétaire l’a emporté avec lui sur le luxueux paquebot Britannia. Pendergast réussit de justesse à s’embarquer pour le voyage et très vite il discerne un certain nombre de suspects. Mais pour lui cette enquête va se révéler bien plus complexe et dangereuse, dans la mesure où des meurtres étranges commencent à s’enchaîner à bord.
Quelqu'un aurait-il soulevé le couvercle du coffre contenant l'Agozyen, libérant la puissance maléfique que l'on prête à cette relique tibétaine ?
Jamais l’inspecteur Pendergast n’a été confronté à un tel ennemi. Et comment maîtriser cet objet, s’il est retrouvé, sans tomber sous son emprise.
Peu à peu cette croisière se transforme en un terrible cauchemar dont personne n’est sûr de pouvoir sortir sain et sauf.

Les aventures de l’inspecteur Aloysius Pendergast ont débuté en 1995 avec l’excellent thriller Relic (1995). Près de dix ans plus tard les deux auteurs américains que sont Douglas Preston et Lincoln Child, en sont avec
Croisière maudite à leur neuvième aventure et ne semblent guère avoir perdu la main. La recette est toujours la même : une enquête policière associant fantastique et roman d’aventures, sur un sujet souvent emprunt d’ésotérisme, autour de deux personnages très charismatiques que sont le policier Pendergast et sa pupille Constance Greene. Certaines références sont faites au tomes précédents, mais cela n’empêche guère de considérer cette histoire comme parfaitement indépendante. En conteurs de talent que sont Preston et Child, l’intrigue commence sans détour par une enquête rapide qui va conduire Pendergast à bord du Britannia, le paquebot qui le temps du roman va se transformer en un huis clos sanglant plein de suspense et de tensions. Le tout prend immédiatement et le lecteur accroche jusqu’au bout. La construction est parfaite, permettant ainsi une montée régulière dans le suspense et dans l’horreur.
Hélas le tout est loin d’être parfait. De nombreuses invraisemblances viennent gâcher le plaisir. Les auteurs prennent aussi de nombreux raccourcis : tel par exemple la vitesse avec laquelle Pendergast réussit à cerner les principaux suspects sur un paquebot contenant plusieurs centaines de personnes.

Croisière maudite
de Douglas Preston et Lincoln Child, énième aventure de Pendergast, s’avère être un thriller fantastique très divertissant qui souffre cependant de certaines lacunes.

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Présente édition
: Editions J’ai Lu, 5 mai 2010, 507 pages


Voir également :
- Relic - Douglas Preston et Lincoln Child (1995), présentation et extrait
- Le Codex (The Codex) - Douglas Preston (2004), présentation

dimanche, 29 mars 2009

Le Codex (The Codex) - Douglas Preston - 2004

bibliotheca le codex

Maxwell Broadbent, ancien archéologue et riche collectionneur d'art, fait venir ses trois fils, Tom, Philip et Vernon, à sa demeure au Nouveau-Mexique. or lorsque ceux-ci arrivent ils trouvent une maison abandonnée et totalement vidée de ses richesses. Une vidéo laissée là leur indique que leur père est parti s'enterrer vivant accompagné de ses multiples trésors, dans une cité perdue au beau milieu des jungles honduriennes. Et celui qui découvrira sa retraite héritera de toute sa fortune. Il espère ainsi que ses trois fils après des années 'errance et se retrouvent pour collaborer dans un seul et unique but. Mais le trésor de Broadbent est également convoité par d'autres personnes, dont le mystérieux détective privé Hauser, un ancien collègue de Broadbent, et Sally, une universitaire en pharmaco-éthnologie, voulant récupérer un codex maya du XI ème siècle avant qu'un groupe pharmaceutique ne réussisse à mettre la main dessus.
La chasse au trésor est lancée, mais ne s'improvise pas aventurier qui veut. La jungle ne connais pas la pitié, et tous n'arriveront pas jusqu'au bout de leur rêve.

L'écrivain américain Douglas Preston a d'abord travaillé au Muséum d'histoire naturelle de New York avant de collaborer au National Geographic et s'adonner pleinement à l'écriture. C'est en collaboration avec l'écrivain américain Lincoln Child qu'il publie de très beaux thrillers,dont par exemple Relic (1995), qui deviendront rapidement d'immenses succès commerciaux. Il utilise les mêmes ingrédients avec le même succès pour sa carrière solo, dont Le Codex, publié en 2004, est un parfait exemple. On y retrouve les nombreuses aventures et le dépaysement (l'histoire se déroule en Amérique Centrale) autour d'une histoire plutôt simple et très classique qui réussit à accrocher le lecteur dès les premières pages. Et le roman ne connaît quasiment aucun temps mort. Hélas le roman souffre aussi de sa parfois trop grande simplicité, les personnages sont très unidimensionnels et l'intrigue prévisible. De ce fait l'ennui finit quand même peu à peu par s'installer. De plus de nombreux rebondissements sontinvraisemblables et le dénouement final un peu bête et naïf.

En bref Le Codex de l'écrivain américain Douglas Preston est un roman d'aventures très distrayant, mais hélas bien trop simpliste.

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Voir également :
- Relic - Douglas Preston et Lincoln Child (1995), présentation et extrait
- Croisière maudite (The Wheel of Darkness) - Douglas Preston and Lincoln Child (2007), présentation

16:43 Écrit par Marc dans Preston, Douglas | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : thrillers, romans d aventures, litterature americaine, douglas preston | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

samedi, 07 juin 2008

Relic - Douglas J. Preston et Lincoln Child - 1995

bibliotheca relic

1988, une expedition d’archéologues à la recherche de traces d’une légende presque oubliée, les Kothogas, se fait mystérieusement tuer en pleine jungle amazonienne. Cependant avant de mourir, les archéologues réussissent à faire parvenir leurs découvertes au Muséum d’histoire naturelle de New York, où elles seront oubliées pendant des années faute de quelqu’un pour les étudier.
En 1995, juste avant l’ouverture d’une très importante exposition consacrée aux superstitions et croyances mystérieuses des peuples primitifs, deux enfants sont retrouvés morts, atrocement mutilés. La direction du musée préfère garder l’affaire sous silence de peur de perturber l’ouverture de leur exposition et demandent donc aux enquêteurs de procéder en toute discrétion. Mais ces meurtres intriguent et ne trouvent guère d’explication. Le criminel ne peut être qu’un homme extrêmement puissant, ou alors une entité maléfique encore inconnue, un monstre. Aloysius Pendergast, un agent du FBI expert en crimes rituels, flaire immédiatement quelque chose de peu naturel et va tout mettre en œuvre pour démasquer le tueur.
Alors que l’enquête peine à avancer, le musée s’apprête à inaugurer son exposition en accueillant un nombre impressionnant de personnalités en ses locaux. Mais ils ignorent encore l’immense catastrophe qui les attend. Tout va très vite tourner au carnage, à moins que Pendergast ne réussisse à temps à mettre un terme à toute cette horreur.

Relic
, paru en 1995, est un excellent thriller fantastique écrit par les auteurs américains Douglas J. Preston et Lincoln Child, mettant en scène pour la première fois le personnage de l’enquêteur du FBI expert en crimes rituels Aloysius Pendergast qui deviendra ensuite le héros de nombreux autres romans de ces deux auteurs. Le lecteur comprend dès les premières pages qu’il s’agît ici d’un roman d’horreur et d’épouvante. Le suspense tient admirablement et le lecteur mettra du temps à comprendre la nature du meurtrier. Aidé par une bonne documentation scientifique les deux auteurs réussissent à rendre cette histoire parfaitement crédible tout en rendant parfaitement l’ambiance de ce grand musée, version fictive du New York City's American Museum of Natural History. De nombreux personnages interviennent tout au long de l’histoire et les auteurs multiplient les points de vue afin de raconter cette histoire sous tous ses angles. Même si tout est écrit et monté de façon très efficace, il subsiste cependant certains passages inutiles. Pour Preston et Child ce roman vaut également comme critique envers les manipulations génétiques et contre les musées, tiraillés entre leur côté scientifique et financier.

Relic
a été adapté au cinéma en 1997 par le réalisateur américain Peter Hyams avec Tom Sizemore, Penelope Ann Miller et Linda Hunt dans les rôles principaux.

En bref, Relic est un thriller fantastique très prenant et divertissant qui plaira à de nombreux lecteurs.

Extrait : les deux premiers chapitres

1

Bassin de l’Amazone,

Septembre 1987

Il était midi. Les nuages accrochés au sommet du Cerro Gordo se détachèrent avant de se disperser. Là-haut, très loin au-dessus de sa tête, entre les branches les plus élevées de la forêt, Whittlesey distinguait les éclats d’un soleil doré. Des animaux, sans doute des singes araignées, se disputaient sous la voûte en poussant des hurlements, et un macaque descendit en piqué vers lui en gloussant des obscénités. Whittlesey s’arrêta à côté d’un jacaranda déraciné. Il jeta un oeil sur Carlos, son aide de camp, qui le rattrapait tout en sueur et lui dit en espagnol :

- Baja la caja, on va se poser ici.

Whittlesey s’assit sur le tronc couché et entreprit de retirer sa botte droite et sa chaussette. Il alluma une cigarette dont il appliqua l’extrémité brûlante sur la grappe de sangsues qui avaient envahi son tibia et sa cheville. Carlos se délesta d’un vieux paquetage de l’armée sur lequel avait été attachée à la hâte une caisse en bois.

- Ouvre-la, veux-tu ? demanda Whittlesey.

Carlos défit les liens, il releva une série de petits fermoirs en cuivre et souleva le couvercle. Le contenu de la caisse était enveloppé soigneusement dans les fibres tressées d’une plante locale. Whittlesey en écarta quelques-unes et découvrit les objets d’artisanat qu’elle contenait : un herbier en bois et un carnet de cuir à la couverture tachée. Après un moment d’hésitation, il tira de la poche de sa chemise une petite figurine en bois sculptée de manière délicate, qui représentait un animal. Il la manipula, admirant une fois de plus la qualité du travail ; elle était étonnamment lourde. Après quoi, il la déposa comme à regret dans la caisse, replaça le filet végétal et reficela le paquet. Ensuite, il tira de son sac à dos une feuille de papier blanc qu’il déplia sur ses genoux. De sa poche il sortit un stylo en or tout cabossé et écrivit :

Haut bassin du Xingu

17 septembre 1987

Montague,

J’ai décidé de renvoyer Carlos avec la dernière caisse, moi je vais continuer seul à chercher Crocker. On peut faire confiance à Carlos, et je ne veux pas prendre le risque de perdre cette caisse au cas où il m’arriverait quelque chose. Tu remarqueras qu’elle contient une crécelle de chaman et divers autres objets rituels qui semblent uniques. Mais la figurine qui les accompagne et que nous avons trouvée dans une hutte vide constitue la preuve que je cherchais. Observe ces greffes de taille exagérée, ce côté reptilien, cette allure de bipède. Les Kothogas existent bel et bien, et la légende du Mbwun n’est pas une simple vue de l’esprit. Toutes les notes que j’ai prises sur les lieux sont dans le carnet qui contient aussi un récit complet des circonstances dans lesquelles l’équipe s’est séparée ; mais tu l’auras déjà appris quand ces lignes te parviendront.

Whittlesey secoua la tête à la mémoire de ce qui s’était passé la veille. Ce salopard de Maxwell. Son seul souci, c’était de ramener intacts au musée les spécimens sur lesquels il était tombé. Whittlesey se prit à rire. Des œufs fossiles. Rien d’autre que des coquilles inutiles, stériles. Maxwell aurait dû être paléobiologiste et non anthropologue. Quelle ironie du destin ! Maxwell et les autres avaient quitté l’expédition à peine un kilomètre avant l’endroit de sa propre découverte. Mais peu importait. Il n’était resté que Carlos, Crocker et les deux guides. Enfin, maintenant il se retrouvait seul avec Carlos.

Whittlesey recommença à écrire.

Sers-toi de mes notes et des objets que tu trouveras pour m’aider à me remettre en bons termes avec le musée. Mais, pardessus tout, prends grand soin de cette figurine. Je suis convaincu qu’elle est d’une valeur incalculable pour un anthropologue. Nous sommes tombés dessus hier par hasard. Il semblerait qu’il s’agisse de l’élément central dans le rituel du Mbwun. Toutefois il n’y a pas d’autre trace d’habitation dans les parages, ce qui me paraît bizarre.

Whittlesey fit une pause. Ses notes ne comportaient pas la description de la figurine. Même à présent, quelque chose dans son esprit préférait écarter ce souvenir. Si Crocker n’avait pas quitté la piste pour mieux observer un jacamar, personne n’aurait jamais trouvé ce sentier caché qui courait dans la pente entre des parois couvertes de mousse. Après cela ils étaient tombés sur cette hutte grossière à moitié enterrée au milieu de vieux arbres, au fond de cette vallée humide où le soleil pénétrait à peine. Les deux guides botocudos, qui d’ordinaire n’arrêtaient pas de bavarder derrière son dos en tupian, s’étaient tus aussitôt. Quand Carlos leur avait posé des questions, l’un d’eux avait marmonné quelque chose à propos d’un gardien de la hutte et de la malédiction qui frappait quiconque violait ses secrets. C’est là que pour la première fois Whittlesey les avait entendus évoquer les Kothogas Les Kothogas. Le peuple de l’ombre.

Whittlesey était incrédule. C’étaient généralement les guides qui parlaient de malédictions : un prétexte comme un autre pour demander une augmentation ! Mais là, quand il était sorti de la hutte, les guides avaient carrément disparu. Ensuite, il y avait eu cette vieille femme, qui avait débouché, comme ça, de la forêt. Probablement une Yanomami, pas une Kothoga. Mais elle les connaissait, elle les avait même vus. Les mots étranges qu’elle avait proférés… Et cette façon qu’elle avait eue de se fondre à nouveau dans la forêt. On aurait dit un jeune jaguar et non une grand-mère. À ce moment-là, ils avaient à nouveau jeté les yeux sur la hutte.

La hutte… Whittlesey laissa ses souvenirs se rassembler. Elle était flanquée de deux stèles de pierre où se trouvait gravée la même effigie : celle d’un animal assis sur ses pattes arrière qui, entre ses griffes, enserrait une forme indistincte. Derrière la hutte se distinguait un jardin de hautes herbes, une oasis de couleur vive, singulière au milieu de tout ce vert uniforme.

Le sol de la hutte était creusé sur plusieurs dizaines de centimètres. En pénétrant à l’intérieur, Crocker avait failli se rompre le cou. Whittlesey l’avait suivi avec plus de précaution, tandis que Carlos restait agenouillé à l’entrée. À l’intérieur, l’air était sombre, frais. Il y flottait une forte odeur d’humus. Quand il avait allumé sa lampe de poche, Whittlesey avait aperçu la figurine posée sur un haut monticule érigé au centre de la hutte, au pied duquel, tout autour, était disposée une série de disques gravés de manière bizarre. Ensuite, il avait promené sa torche sur les murs. Des crânes humains étaient alignés le long des parois. Examinant les plus proches, Whittlesey avait remarqué des marques de griffure qu’il n’avait pas su interpréter. Les crânes présentaient des trous béants sur leur sommet, et dans de nombreux cas, à la base, la lourde plaque occipitale avait disparu.

Sa main tremblait et la lampe torche avait donné des signes de faiblesse. Avant de la rallumer, il avait aperçu une lumière ténue qui filtrait à travers les milliers d’orbites tournées vers lui. Des grains de poussière flottaient lentement dans l’air épais. C’est là que Crocker avait déclaré qu’il avait besoin d’aller marcher un peu - d’être seul un instant, avait-il précisé à Whittlesey.

En fait, de cette promenade il n’était jamais revenu.

La végétation ici est très bizarre. Le cycas et la fougère sont presque primitifs. Dommage, je n’ai pas le temps de me pencher davantage là-dessus. Nous avons utilisé une variété végétale particulièrement résistante pour empaqueter nos caisses. Tu peux laisser Jorgensen examiner de quoi il s’agit, si ça l’intéresse.

Dans un mois j’espère vraiment te retrouver à l’Explorer’s Club pour fêter notre succès autour de quelques Martini et d’un bon Macanudo. En attendant, je sais que je peux confier ces objets et ma réputation à un type tel que toi.

Ton collègue, Whittlesey

Il glissa la lettre sous le couvercle de la caisse.

- Carlos, dit-il, je voudrais maintenant que tu retournes avec cette caisse à Pôrto de Mós et que tu m’attendes. Si tu ne me revois pas avant deux semaines, va voir le colonel Soto. Dis-lui d’envoyer ça par le premier bateau, avec toutes les autres caisses, au musée, comme il était convenu. Il te paiera ton salaire.

Carlos le regarda, interdit.

- Je ne comprends pas, vous allez rester seul ici ?

Whittlesey sourit, alluma une deuxième cigarette, et recommença à chasser les sangsues qui couvraient ses jambes.

-Il faut bien que quelqu’un rapporte les caisses. Tu auras rejoint Maxwell avant d’atteindre la rivière. J’ai besoin de quelques jours de plus pour savoir où est passé Crocker.

Carlos s’envoya une claque sur le genou et s’écria :

- Eres loco ! Je ne peux pas te laisser ici. Si te dejo amis, te moriras. Tu vas mourir ici dans la forêt, - señor, tes os serviront de pâture aux singes hurleurs. Il faut retourner là-bas ensemble, c’est mieux.

Whittlesey secoua la tête avec impatience.

- Donne-moi le mercurochrome, la quinine et le bœuf séché qui sont dans ton sac, dit-il en remettant sa chaussette sale et en nouant les lacets de sa ranger.

Carlos commença à fouiller dans son sac, non sans continuer à gémir. Whittlesey fit semblant de ne pas l’entendre. D’un air pensif il grattait sa nuque constellée de piqûres d’insectes, en regardant le Cerro Gordo.

- Ils vont me soupçonner de vous avoir abandonné, señor, ce ne sera pas bon pour moi.

Carlos parlait avec vivacité en fourrant dans le sac de Whittlesey ce qu’il lui avait demandé.

- En plus, les mouches cabouri vont vous dévorer cru, ajoutât-il en faisant le tour de la caisse pour la fermer solidement. Vous allez encore faire un accès de malaria. Cette fois vous y laisserez votre peau. Non, je reste avec vous.

Whittlesey regarda la mèche blanche que Carlos portait en haut du front, brillant de transpiration. Hier encore, avant qu’il ne jette un coup d’oeil à l’intérieur de la hutte, cette mèche était noire. Carlos soutint son regard un instant puis il baissa les yeux.

Enfin Whittlesey se leva. « Adios », dit-il avant de disparaître dans les broussailles.

À la fin de l’après-midi, Whittlesey remarqua que les nuages lourds s’étaient reformés autour du Cerro Gordo. Pendant les derniers kilomètres, il avait suivi une piste abandonnée, à peine un sentier qui, à travers les broussailles, serpentait habilement entre les noirs marécages qui entouraient la base du tepui, ce plateau détrempé, couvert de jungle, qui s’élevait devant lui.

Cette piste avait été ouverte par des hommes, pensa Whittlesey.

On sentait, dans le tracé, une logique évidente. Les animaux, eux, se baladent… Elle se dirigeait vers un vallon qui s’enfonçait profondément dans les contreforts du tepui dont il était proche à présent. Crocker avait dû emprunter ce chemin-là.

Il s’arrêta pour jeter un coup d’oeil tout en manipulant inconsciemment son talisman. Depuis l’enfance, il le portait à son cou : une flèche en or surmontée d’une autre en argent. En dehors des huttes, ils n’avaient décelé, pendant les derniers jours, aucun signe de présence humaine, à l’exception d’un village déserté et livré depuis longtemps à la végétation. Seuls les Kothogas pouvaient être à l’origine de ce sentier.

En approchant du plateau, il vit une série de cours d’eau qui dévalaient ses flancs escarpés. Ce soir il irait coucher là-bas, au pied du relief, et demain matin il grimperait la centaine de mètres qui restaient. Ce serait raide, boueux, et sans doute dangereux. S’il se trouvait face à face avec les Kothogas à ce moment-là, c’en serait fini, il serait leur prisonnier.

Mais il n’avait aucune raison de croire que les Kothogas soient vraiment une tribu de sauvages. Après tout, c’était le Mbwun, créature que tous les mythes locaux décrivaient comme l’auteur de tueries et autres cruautés. C’était étrange : une créature inconnue, qu’on disait appartenir à une tribu que personne n’avait jamais vue. Est-ce que le Mbwun existe réellement ? On pouvait penser qu’un spécimen vivait encore dans cette vaste forêt équatoriale. Les biologistes ne s’étaient pratiquement jamais intéressés à cette région. Une fois de plus, il forma le voeu que Crocker, en les quittant, n’ait pas emporté son Männlicher .30 06.

D’abord, il fallait trouver Crocker, se dit Whittlesey. Ensuite il pourrait partir à la recherche des Kothogas et prouver qu’ils n’avaient pas disparu depuis des siècles. Une telle découverte lui assurerait la célébrité. Un peuple de l’Antiquité, survivant au coeur de l’Amazonie dans une sorte de pureté originelle, celle de l’âge de pierre, et juché sur son plateau au-dessus de la jungle comme dans Le Monde perdu de Conan Doyle. Non, décidément, il n’y avait pas de raison de craindre les Kothogas. Sauf cette hutte…

Soudain, une odeur puissante et nauséabonde assaillit ses narines, et il s’arrêta. Aucun doute possible, c’était un cadavre, et celui d’un gros animal. Après une dizaine de pas, l’odeur devint plus intense. Son coeur battit plus fort : peut-être que les Kothogas avaient dépecé un animal dans les parages et laissé, sur le lieu du sacrifice, des outils, des armes ou même quelque objet rituel.

Il avança. La puanteur doucereuse s’amplifia. Là haut, dans la voûte végétale se dessinait une tache de lumière annonçant une clairière. Il s’arrêta et arrima solidement son sac afin de ne pas être gêné si la fuite devenait nécessaire. La piste, resserrée entre deux murs de verdure, déboucha brusquement sur une petite clairière. Là, de l’autre côté, se trouvait le cadavre d’un animal. Il reposait contre un arbre à la base duquel une spirale avait été gravée, probablement lors du rituel. Un bouquet de plumes de perroquet, vertes, avait été jeté sur la cage thoracique béante.

En s’approchant, il s’aperçut que la carcasse portait une chemise kaki. Un nuage de grosses mouches formait un essaim bourdonnant autour d’elle. Whittlesey remarqua que le bras gauche, martyrisé, était attaché à l’arbre au moyen d’une corde en fibres végétales, la paume de la main était restée ouverte. Ensuite il aperçut la tête, placée sous l’aisselle, le visage face au ciel, la partie arrière du crâne avait été arrachée. Les yeux vitreux regardaient vers le haut, les joues étaient gonflées.

Whittlesey avait retrouvé Crocker.

Instinctivement, il commença à faire machine arrière. Il remarqua comment les griffes avaient déchiqueté ce corps avec une force obscène, inhumaine. Le cadavre devait être raide. Peut-être, si Dieu avait pitié de lui, peut-être que les Kothogas avaient déjà quitté les lieux - à supposer qu’il s’agît des Kothogas.

Alors il remarqua que la forêt équatoriale, qui normalement bruissait de toute une rumeur vivante, s’était tue. Il tressaillit et se retourna vers la jungle. Quelque chose se déplaçait au sein de l’amas de broussaille qui bordait la clairière, deux yeux perçants couleur de feu liquide apparurent entre les feuilles. Il s’étrangla, jura et regarda de nouveau. Plus rien, les yeux avaient disparu. Pas de temps à perdre : revenir à la piste et filer. Le chemin du retour vers la forêt, c’était droit devant. Il lui fallait se tirer d’ici. Mais il vit alors par terre quelque chose qu’il n’avait pas remarqué auparavant et il entendit un mouvement pesant, et pourtant sacrément rapide, dans la broussaille juste devant lui.

2

Belém, Brésil, juillet 1988

Cette fois, Ven en était sûr, le responsable de la surveillance l’épiait.

Il se rencogna dans l’ombre que projetait l’entrepôt, et il ouvrit l’oeil. Une petite pluie noyait les formes massives des cargos amarrés et réduisait les lumières du quai à des têtes d’épingle. L’eau qui tombait sur les ponts métalliques brûlants se transformait en vapeur et dégageait une vague odeur de créosote.

Derrière lui montait la rumeur nocturne du port : l’aboiement intermittent d’un chien, des échos de rires étouffés, mêlés de phrases lancées en portugais ; des relents de calypso aussi, qui provenaient des bas de l’avenida.

L’affaire était pourtant juteuse. Il était descendu dans les parages quand Miami était devenu trop dangereux et avait emprunté le chemin des écoliers. Dans ce coin, les transactions portaient principalement sur de la petite marchandise, des cargos qui cabotaient tout le long de la côte. Les équipes de dockers avaient toujours besoin de recrues. Du reste, il avait déjà fait ce travail. Il s’était donné le nom de Ven Stevens. Personne n’avait posé de questions. Ils n’auraient sans doute pas cru à son vrai nom, Stevenson.

Il n’était pas dépaysé par ce qu’il avait trouvé ici. À Miami, il s’était aguerri. Il avait eu l’occasion de raffiner ses instincts. Ici c’était un avantage. Il faisait exprès de parler le portugais en marquant des hésitations, afin de pouvoir lire dans le regard de son interlocuteur et de voir ce qu’il avait dans le ventre. Rincon, assistant de l’autorité portuaire locale, était le chaînon ultime dans son dispositif.

Ven apprenait par lui qu’une cargaison descendait le fleuve. Généralement on précisait s’il s’agissait d’une entrée ou d’une sortie. Il savait exactement que chercher, les boîtes étaient toujours identiques. Il veillait à ce qu’elles soient déchargées sans problème et stockées ici dans l’entrepôt. Ensuite, il s’assurait qu’elles étaient chargées en dernier sur le cargo qu’on lui désignait et qui partait pour les États-Unis.

Ven était d’un naturel prudent. Il avait le surveillant-chef à l’oeil. Une fois ou l’autre il avait nourri comme une intuition, une sonnette d’alarme qui résonnait au fond de lui-même : l’homme soupçonnait quelque chose. Mais chaque fois il avait levé le pied. L’alarme s’était tue.

À présent il regarda sa montre. Elle marquait onze heures. Il entendit une porte qui s’ouvrait, qui se refermait, derrière le bâtiment. Il se plaqua davantage contre le mur. On entendait un pas lourd sur le plancher de bois. Une silhouette familière passa dans la lueur du lampadaire. Quand le bruit de pas diminua, Yen atteignit l’angle du bâtiment. Le bureau était vide, éteint, il s’y attendait.

Un dernier regard. Il franchit l’angle et fila vers les quais. Sur ses épaules, un sac à dos vide battait à chaque pas avec un bruit mouillé. Tout en marchant, Ven fouilla sa poche pour en tirer une clé qu’il serra fermement dans sa main. De cette clé, sa vie dépendait. Après deux jours passés sur ce quai, il en était déjà convaincu.

Ven dépassa un petit cargo accosté le long du quai, dont les cordages gouttaient une eau noire sur les bittes d’amarrage rouillées. Personne sur le pont. Pas même un gardien. Il ralentit. La porte de l’entrepôt était devant lui, près de l’extrémité de la jetée principale. Ven jeta un rapide coup d’oeil par-dessus son épaule. Après quoi, d’une brève rotation du poignet, il déverrouilla la porte de métal et se glissa à l’intérieur. En refermant la porte derrière lui, il prit le temps d’habituer ses yeux à l’obscurité. Il avait fait la moitié du chemin. Restait à finir le boulot ici et à foutre le camp au plus vite.

Au plus vite, parce que Rincon devenait de plus en plus gourmand. Les cruzeiros filaient comme de l’eau entre ses doigts. Ce matin-là, Rincon et le surveillant avaient échangé quelques mots rapides à voix basse. Le type avait jeté les yeux sur Ven. L’instinct de Yen l’avertissait qu’il valait mieux prendre le large, désormais.

À l’intérieur, l’entrepôt livré à l’obscurité n’était qu’un vague paysage de containers et de caisses alignées. Impossible de s’éclairer d’une lampe torche. Le risque était trop grand. Mais peu importait après tout. Il connaissait suffisamment les lieux pour les arpenter en rêve. Alors il avançait, prudemment, trouvant son chemin entre les cargaisons empilées.

À la fin, il tomba sur ce qu’il cherchait : une série de caisses en piètre état, six grandes et une petite, placées dans un coin à l’écart. Deux des grandes portaient l’inscription MNH NEW YORK. Des mois auparavant, Ven s’était renseigné au sujet de ces caisses. Le gars de l’intendance lui avait raconté l’histoire. Il semblait qu’elles avaient descendu le fleuve en provenance de Pôrto de Mós. Ça se passait à l’automne dernier. Normalement elles auraient dû être transportées vers New York par avion. Mais il était arrivé quelque chose aux propriétaires. Le gars n’avait pas su préciser davantage. Le paiement n’était pas intervenu. À présent les caisses étaient couvertes d’étiquettes collantes officielles, et d’avertissements destinés aux employés, mais on semblait les avoir oubliées.

Ven, lui, ne risquait pas de les oublier. Derrière ces caisses il y avait juste assez de place pour dissimuler ses marchandises jusqu’à ce que les bateaux en partance procèdent au chargement. La brise tiède du soir pénétrait dans le bâtiment par un vasistas brisé. Le front de Ven en perlait de sueur. Dans l’obscurité, un sourire se dessina sur ses lèvres. La semaine dernière, il avait appris que les caisses allaient finalement être rapatriées aux États-Unis. Il aurait déjà largué les amarres depuis longtemps. Il examina la cachette. Cette fois il n’y avait qu’une seule boîte, dont le contenu tiendrait sans problème dans son sac à dos. Il savait très bien quoi en faire et où se trouvait le marché. Il allait s’en occuper très vite. Quelque part loin d’ici.

À l’instant de se glisser derrière les grandes caisses, il s’arrêta net. Une curieuse odeur parvenait à ses narines, quelque chose qui tenait de la terre et de la chèvre, une espèce de pourriture. Il avait vu pas mal de cargaisons bizarres dans le coin, mais aucune ne dégageait une odeur pareille.

Son sixième sens l’avertissait que le risque était maximum. Pourtant rien ne semblait anormal. Tout était à sa place. Il se glissa entre la cargaison du musée et le mur.

Nouvel arrêt. Non ; décidément ça n’allait pas, vraiment ; quelque chose clochait.

À ce moment-là il entendit, plutôt qu’il ne la vit, une forme qui se déplaçait dans ce recoin. L’odeur violente se précisa, ce fumet de pourriture l’enveloppa soudain ; il se sentit alors projeté contre le mur par une force terrible et la douleur fit irruption dans sa poitrine et dans son ventre. Il ouvrit la bouche pour crier, mais quelque chose de bouillant lui emplissait la gorge. Un éclair transperça son crâne, suivi d’une nuit profonde.

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Voir également :
- Le Codex (The Codex) - Douglas Preston (2004), présentation
- Croisière maudite (The Wheel of Darkness) - Douglas Preston and Lincoln Child (2007), présentation