mardi, 09 septembre 2008

Le Capitaine Alatriste (El capitàn Alatriste) - Arturo Perez-Reverte - 1996

bibliotheca le capitaine alatriste

Madrid au XVIIe siècle sous le règne de Philippe IV.Le jeune page Iñigo Balboa attend, comme souvent, la sortie de prison de son maître, le capitaine Diego Alatriste y Tenorio, ancien soldat de la guerre des Flandres, qui aujourd’hui passe son temps entre les tavernes madrilènes et en effectuant quelques contrats pour lesquels on lui paie cher ses dons à l’épée. Le capitaine Alatriste n’est guère le genre à craindre d’en découdre, et la mort, surtout celle qu’il dispense, ne lui fait pas peur et ne titille d’ordinaire pas trop sa conscience.
En cette année 1623, Alatriste, sur recommandation de son ami Martin Saldaña, ancien compagnon d'armes en Flandres et lieutenant d'Alguazils, va accepter une mission un peu particulière, commandée par des hommes masqués dont l’un semble être le grand juge inquisiteur Emilio Bocanegra. Alatriste doit monter une embuscade contre deux anglais censés arrivés en ville dans les prochains jours. Pour cela, il fera équipe avec un tueur italien, Gualterio Malatesta. Au moment de commettre son forfait, Diego est pris de remords, et surtout de curiosité, et laisse finalement la vie sauve aux deux voyageurs qu'il devait envoyer à trépas. Il découvre l'identité de ses victimes : Georges Villiers, marquis de Buckingham, et… Charles, futur roi d'Angleterre. Stupéfait, le capitaine comprend alors l'ampleur du complot auquel il est mêlé, une conspiration  impliquant jusqu’à la cour corrompue du roi d’Espagne et le Saint Office, en d’autres mots, l’Inquisition. Mais c'est pour sa vie, et pour celle du jeune Iñigo, que le capitaine doit bientôt craindre, car Emilio Bocanegra est prêt à tout pour lui faire payer le prix de sa trahison…

Il s’agît ici du premier tome d’une longue série de romans écrits par l’écrivain espagnol Arturo Perez-Reverte mettant en scène le personnage du Capitaine Alatriste. Romans historiques, mais surtout de cape et d’épée, ces romans excellent véritablement dans leur genre. Ce premier tome est particulièrement réussi, et vécu, à travers les yeux du jeune page : on se glisse dans les ruelles borgnes, on boit dans des tavernes obscures en compagnie de spadassins éméchés, on chuchote entre conspirateurs, on s'amourache…, qui rend le tout très vivant et donne beaucoup d’intérêt au roman. On ressent bien sûr l’inspiration évidente de l’auteur auprès d’Alexandre Dumas, dont il a déjà été beaucoup question dans son précédent roman Le Club Dumas ou l’ombre de Richelieu (El Club Dumas, 1993). L’auteur hélas se perd de temps à autre un peu trop dans l’évocation de la grande Espagne déchue, certaines scènes qui se déroulent dans les tavernes sont un peu longues, mais il n’empêche que ce roman est un excellent divertissement.

La série du Capitaine Alatriste est composée à ce jour des romans suivants : Le Capitaine Alatriste  (El capitán Alatriste, 1996), Les bûchers de Bocanegra (Limpieza de sangre, 1997), Le Soleil de Breda (El sol de Breda, 1998), L'Or du roi (El oro del rey, 2000), Le Gentilhomme au pourpoint jaune (El caballero del jubón amarillo, 2003) et Les corsaires du Levant (Corsarios de Levante, 2006).

Le Capitaine Alatriste est pur roman de cape et d’épée, très réussi et fort divertissant.

A lire !

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Voir également :
- Le maître d'escrime (El maestro de esgrima) - Arturo Perez-Reverte (1988), présentation
- Le tableau du Maître flamand (La tabla de Flandes) - Arturo Perez-Reverte (1990), présentation
- Le Club Dumas ou l'ombre de Richelieu (El Club Dumas) - Arturo Perez-Reverte (1993), présentation
- La peau du tambour (La piel del tambor) - Arturo Perez-Revertz (1995), présentation et extrait

mercredi, 20 décembre 2006

La peau du tambour (La piel del tambor) - Arturo Perez-Reverte - 1995

bibliotheca la peau du tambour

Un pirate arrive à entrer dans le système informatique d Vatican et à adresser un message personnel à l'adresse du pape. Le message laissé par le pirate demande l'aide du Vatican pour résoudre un problème concernant une vieille église de Séville en les mots suivants: "... Quelque part en Espagne, à Séville, les marchands menacent la maison de Dieu et une petite église du XVIIe siècle, abandonnée par le pouvoir ecclésiastique autant que par le séculier, tue pour se défendre. ...". Le Vatican prend tout cela au sérieux, pas tellement dans le but de sauver une église abandonnée, mais plutôt pour découvrir qui a pu ainsi pirater leur système informatique. Le prêtre Lorenzo Quart, sorte d'enquêteur spécial pour les comptes du Saint-Siège, est envoyé sur place à Séville afin de découvrir ce qui se cache derrière cette affaire. Il constatera vite fait que la petite église Notre-Dame-des-Larmes, vouée à la destruction pour être remplacée par un complexe touristique, est le théâtre de morts mystérieuses visant principalement les promoteurs de ce projet. Il rencontrera également une foule de personnages fort étranges dont par exemple un archevêque qui ne pardonne pas les offenses, un ours en soutane, une religieuse énigmatique, des tas de bandits picaresques et une duchesse aussi belle que mystrieuse.

Depuis Le tableau du Maître flamand (La tabla de Flandes, 1990) et Le Club Dumas ou l'ombre de Richelieu (El Club Dumas, 1993) on connaît l'immense talent de l'excellent écrivain espagnol Arturo Perez-Reverte à mener des intrigues policières aux dimensions insoupçonnées. L'histoire, écrite dans un style vivant et entraînant, est pleine de rebondissements et le suspense réel. En arrière plan, on retrouve une belle histoire d'amour tragique appartenant au passé, mais qui revit par la force de la mémoire des protagonistes. Mais Arturo Perez-Reverte se concentre avant tout à nous décrire la ville de Séville, étrange mélange entre mdernité et tradition andalouse, ainsi que les personnages que l'on y rencontre. On sent cette ville prendre forme et vivre au fil de la lecture, son ambiance ressort au tournant de chaque page. Tous les personnages sont bien décrits et approfondis. Arturo Perez-Revertz réussit à leur donner vie et à les faire vivre dans son roman. Hélas à force de vouloir créer une ambiance par de longues descriptions de personnages ou de lieux, Arturo Perez-Reverte néglige de temps à autre son intrigue qui n'arrive jamas à atteindre son point culminant. Certains passages sont bien trop longs et parfois ennuyeux et on peine pour arriver au bout. Et le dénouement final manque un peu denvergure et est un peu décevant. Concernant les aspects plus techniques utilisés par le pirate informatique, la technologe a fortement évoluée ces dernières années et les idées présenté ici sont un peu vieillotes.
Cependant La peau du tambour reste un très bon roman, fort intressant à lire.

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Extrait:

"Il y avait une panne de courant et le bureau n'était éclairé que par le jour grisâtre d'une fenêtre ouverte sur les jardins du Belvédère. Alors que le secrétaire refermait la porte derrière lui, Quart fit cinq pas en avant et s'arrêta exactement au centre de la pièce familière où bibliothèques et classeurs de bois dissimulaient partiellement les cartes peintes à la fresque par Antonio Danti, sous le pontificat de Grégoire XIII: la mer Adriatique, la mer Tyrrhénienne et la mer Ionienne. Puis, ignorant la silhouette qui se découpait à contre-jour devant la fenêtre, il salua d'une brève inclinaison de la tête l'homme assis derrière une grande table couverte de dossiers.

- Monseigneur...

L'archevêque Paolo Spada, directeur de l'Institut pour les œuvres extérieures, lui répondit silencieusement par un sourire complice. C'était un Lombard, fort et massif, presque carré avec ses puissantes épaules sous le costume noir trois-pièces qui ne portait aucun signe de son rang dans la hiérarchie ecclésiastique. La tête lourde, le cou épais, il avait plutôt l'air d'un camionneur, d'un lutteur ou - on était à Rome après tout - d'un ancien gladiateur qui aurait troqué son glaive et son casque de myrmidon pour l'habit sombre de l'Eglise. Impression que confirmaient des cheveux encore noirs, raides comme du crin, des mains énormes, presque disproportionnées, sans anneau archiépiscopal, qui jouaient avec un coupe-papier en forme de dague. Il s'en servit pour montrer la silhouette qui se découpait devant la fenêtre:

- Vous connaissez le cardinal Iwaszkiewicz, je suppose.

Pour la première fois, Quart regarda à sa droite et salua la silhouette immobile.

Il connaissait naturellement Son Eminence Jerzy Iwaszkiewicz, évêque de Cracovie, élevé à la pourpre cardinalice par son compatriote le pape Wojtila, préfet de la Sainte Congrégation pour la Doctrine de la foi, connue jusqu'en 1965 sous le nom de Saint-Office, ou Inquisition. Même à contre-jour, on ne pouvait confondre la silhouette mince et noire d'Iwaszkiewicz ni se méprendre sur ce qu'il représentait.

- Laudeatur Jesus Christus, Eminence.

Le directeur du Saint-Office ne répondit pas, ne fit pas un geste.

- Vous pouvez vous asseoir si vous le désirez, père Quart, reprit Mgr Spada de sa voix enrouée. Il s'agit d'une réunion officieuse et Son Eminence préfère rester debout.

Il avait utilisé le mot italien ufficiosa, et la nuance n'échappa pas à Quart. Dans la langue vaticane, la différence entre ufficiàle et ufficióso était importante. Le dernier terme évoquait plutôt ce qu'on pense vraiment par opposition à ce qu'on dit; et même s'il arrivait qu'on le dise, inutile d'en espérer confirmation par la suite. En tout état de cause, Quart regarda la chaise que l'archevêque lui offrait d'un autre mouvement de son coupe-papier et déclina l'invitation d'un bref signe de tête. Puis, les mains derrière le dos, il attendit debout au centre de la pièce, détendu et tranquille, comme un soldat à qui l'on va donner ses ordres.

Mgr Spada le regarda d'un air approbateur, de ses yeux rusés dont le blanc était veiné de marron, comme ceux d'un vieux chien. Son regard, son allure massive et ses cheveux raides comme du crin lui avaient valu le surnom de Bouledogue que seuls osaient utiliser, et à mi-voix encore, les membres les plus éminents et les mieux assis de la Curie.

- Je suis heureux de vous revoir, père Quart. Le temps passe.

Deux mois, se dit Quart. Comme aujourd'hui, ils étaient trois dans ce bureau: l'archevêque, lui-même et un banquier bien connu, Renzo Lupara, président de la Banca Continentale d'Italia, une des institutions liées à l'appareil financier du Vatican. Elégant, bel homme, d'une morale publique irréprochable et heureux père de famille, doté par le ciel d'une jolie épouse et de quatre enfants, Lupara s'était enrichi en se servant de la couverture vaticane pour blanchir l'argent de certains hommes d'affaires et politiciens membres de la loge Aurora 7 où lui-même avait atteint le trente-troisième degré. Il s'agissait précisément d'une de ces affaires mondaines qui réclamaient les compétences particulières de Lorenzo Quart. Pendant six mois, il avait donc suivi les traces que Lupara avait laissées sur les moquettes de divers bureaux de Zurich, Gibraltar et Saint-Barthélemy, aux Antilles. Résultat de ces voyages: un rapport complet qui, ouvert sur le bureau du directeur de l'IOE, laissait au banquier le choix entre la prison et un exitus assez discret pour sauvegarder la réputation de la Banca Continentale, du Vatican et, dans la mesure du possible, de Mme Lupara et de leurs quatre rejetons. Ici même, dans le bureau de l'archevêque, les yeux fixés sur la fresque de la mer Tyrrhénienne, le banquier avait parfaitement compris l'essentiel du message que Mgr Spada lui avait exposé avec beaucoup de tact, en s'aidant de la parabole du mauvais serviteur et des talents. Plus tard, faisant fi du conseil technique qu'on lui avait opportunément donné, à savoir qu'un franc-maçon non repenti meurt en état de péché mortel, Lupara s'était rendu directement à sa belle villa de Capri, face à la mer, où il avait fait une chute, apparemment sans confession, en basculant par-dessus le garde-fou d'une terrasse surplombant les rochers; là, rappelait une plaque commémorative, où Curzio Malaparte avait un jour pris un vermouth.

- Nous avons une affaire dans vos cordes.

Quart attendait toujours, immobile au centre de la pièce, attentif aux paroles de son supérieur, sentant sur lui le regard d'Iwaszkiewicz, invisible dans le contre-jour de la fenêtre. Depuis dix ans, l'archevêque n'avait jamais manqué d'affaires dans les cordes du père Lorenzo Quart. Et toutes étaient marquées de noms et de dates - Europe centrale, Amérique latine, ex-Yougoslavie - dans l'agenda à couverture de cuir noir qui lui servait de journal de voyages: sorte de carnet de bord où il notait, jour après jour, le long chemin parcouru depuis qu'il avait adopté la nationalité vaticane et qu'il était entré à la section des opérations spéciales de l'Institut pour les œuvres extérieures.

- Regardez ceci.

Le directeur de l'IOE tenait entre le pouce et l'index un imprimé d'ordinateur. Quart tendit la main et la silhouette du cardinal Iwaszkiewicz, inquiète, bougea aussitôt dans l'embrasure de la fenêtre. La feuille de papier toujours à la main, Mgr Spada esquissa un sourire.

- Son Eminence est d'avis qu'il s'agit d'une question délicate, dit-il sans quitter Quart des yeux, même s'il était clair qu'il s'adressait au cardinal. Et il n'est pas convaincu qu'il soit prudent d'élargir le cercle des initiés.

Quart retira la main sans prendre le document que Mgr Spada lui offrait toujours et regarda son supérieur d'un air tranquille, attendant la suite.

- Naturellement, ajouta Spada dont le sourire s'était réfugié dans les yeux, Son Eminence est loin de vous connaître aussi bien que moi.

Quart hocha légèrement la tête et continua d'attendre sans poser de questions ni donner le moindre signe d'impatience. Alors Mgr Spada se retourna vers le cardinal Iwaszkiewicz:

- Je vous ai déjà dit que c'était un bon soldat.

Il y eut un moment de silence pendant lequel la silhouette resta figée devant le ciel nuageux et le rideau de pluie qui enveloppait le jardin du Belvédère. Puis le cardinal s'écarta de la fenêtre et le jour gris tomba en diagonale sur son épaule, révélant une mâchoire forte, le col pourpre de la soutane, le reflet d'une croix pectorale en or et un anneau pastoral sur une main qui, tendue vers Mgr Spada, s'empara du document pour le remettre elle-même à Lorenzo Quart.

- Lisez.

Quart obtempéra à cet ordre formulé dans un italien guttural aux accents polonais. La feuille d'imprimante n'était qu'une note de quelques lignes:

«Saint-Père,
La gravité de la situation justifie mon audace. Parfois, le trône de saint Pierre est trop lointain et les voix les plus humbles ne parviennent pas jusqu'à lui. Quelque part en Espagne, à Séville, les marchands menacent la maison de Dieu et une petite église du XVIIe siècle, abandonnée par le pouvoir ecclésiastique autant que par le séculier, tue pour se défendre. Je supplie Votre Sainteté, notre pasteur et notre père, de tourner les yeux vers les plus humbles brebis de son troupeau et de demander des comptes à ceux qui les abandonnent à leur sort.
Vous suppliant de nous bénir, au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur.»

- Ce message est apparu sur l'ordinateur personnel du pape, expliqua Mgr Spada quand son subordonné eut fini de lire. Sans signature.

- Sans signature, dit Quart machinalement. Il lui arrivait de répéter à haute voix ce qu'on lui disait, à l'instar des timoniers et sous-officiers qui répètent les ordres de leurs supérieurs, comme pour se donner la possibilité, à lui ou à d'autres, d'y réfléchir. Dans son monde, certaines paroles équivalaient à des ordres. Et certains ordres, parfois même une simple intonation, une nuance, un sourire, pouvaient avoir des conséquences irréparables.

- L'intrus, continuait l'archevêque, a réussi à dissimuler fort habilement son point exact d'origine. Mais l'enquête confirme que le message a été envoyé de Séville, au moyen d'un ordinateur branché sur le réseau téléphonique.

Quart relut la feuille de papier, cette fois en prenant tout son temps.

- On parle d'une église... Il s'arrêta, espérant que quelqu'un terminerait la phrase à sa place. Lue à haute voix, elle aurait vraiment paru trop stupide.

- Oui, confirma Mgr Spada, une église qui tue pour se défendre.

- Une horreur, lança Iwaszkiewicz, sans préciser s'il parlait du sujet ou de l'objet.

- Quoi qu'il en soit, ajouta l'archevêque, nous avons constaté qu'elle existe. Je veux parler de l'église - il lança un bref regard au cardinal, puis fit glisser un doigt sur le tranchant de son coupe- papier. Et nous avons également constaté plusieurs irrégularités assez pénibles.

Quart posa la feuille sur le bureau de l'archevêque qui se contenta de la regarder sans y toucher, comme si ce geste risquait d'avoir des conséquences imprévisibles. Le cardinal Iwaszkiewicz s'approcha, s'en saisit, la plia en quatre et la glissa dans sa poche.

- Nous voulons que vous vous rendiez à Séville pour identifier l'auteur du message, dit le cardinal en se tournant vers Quart.

Il était tout près et ce voisinage déplut à Quart qui pouvait presque sentir son haleine. Il soutint son regard quelques secondes puis, prenant sur lui pour ne pas faire un pas en arrière, regarda Mgr Spada par-dessus l'épaule du cardinal. Son supérieur sourit discrètement, le remerciant de confirmer ainsi sa loyauté envers la hiérarchie.

- Quand Son Eminence utilise le pluriel, précisa l'archevêque de son fauteuil, il se réfère naturellement à lui et à moi... Et, au-dessus de nous, à la volonté du Saint-Père.

- Qui est la volonté de Dieu, ajouta Iwaszkiewicz, presque provocateur, toujours à deux doigts de Quart, ses pupilles noires et dures fixées sur lui.

- Qui est effectivement la volonté de Dieu, confirma Mgr Spada sans qu'on puisse déceler dans sa voix le moindre soupçon d'ironie. Le directeur de l'IOE connaissait parfaitement son pouvoir et ses limites. Son regard était une mise en garde pour son subordonné: ils naviguaient tous les deux dans des eaux dangereuses.

- Je comprends, dit Quart et, regardant à nouveau le cardinal dans les yeux, il lui fit un petit salut, bref et discipliné. Iwaszkiewicz parut se détendre un peu, tandis que Mgr Spada hochait la tête dans son dos, approbateur:

- Je vous ai déjà dit que le père Quart...

Le Polonais leva la main où brillait l'anneau cardinalice, interrompant l'archevêque.

- Oui, je sais. Il regarda une dernière fois le prêtre et alla reprendre sa place devant la fenêtre: Vous l'avez dit et redit. Vous m'avez déjà dit qu'il était un bon soldat.

Il avait parlé sur un ton de fausse lassitude ironique, puis il se retourna pour regarder la pluie tomber, comme s'il se désintéressait de la suite. Mgr Spada posa le coupe-papier sur son bureau et ouvrit un tiroir d'où il sortit une volumineuse chemise de carton bleu.

- Votre travail ne se limite pas à identifier l'auteur du message..., dit-il en déposant le dossier devant lui. Qu'avez-vous conclu de sa lecture?

- Qu'il pourrait être l'œuvre d'un ecclésiastique, répondit Quart sans hésiter. Puis il s'arrêta un instant avant d'ajouter: D'un ecclésiastique qui pourrait bien être fou à lier.

- C'est possible. Mgr Spada ouvrit la chemise et feuilleta le dossier qui contenait des coupures de presse: Mais il connaît bien l'informatique et les faits qu'il mentionne sont authentiques. Cette église a des problèmes, et elle en cause aussi. Les morts dont il parle sont bien réelles: deux au cours des trois derniers mois. Une affaire qui fleure le scandale.

- Pire que le scandale, fit le cardinal sans se retourner, de nouveau à contre-jour sur le ciel gris.

- Son Eminence, expliqua le directeur de l'IOE, est d'avis que le Saint-Office devrait prendre les choses en main. Il fit une pause lourde de sous-entendus: A l'ancienne manière.

- A l'ancienne manière, répéta Quart. Dès qu'il s'agissait de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, il n'aimait ni l'ancienne manière ni la nouvelle, en partie à cause de certains souvenirs. Un instant, il entrevit dans un recoin de sa mémoire le visage d'un prêtre brésilien, Nelson Corona: un prêtre des favelas, un de ces hommes de l'Eglise de la Libération dont il avait fourni le bois du cercueil.

- Le problème, continuait Mgr Spada, c'est que le Saint-Père souhaite une enquête en bonne et due forme. Mais une intervention du Saint-Office lui paraîtrait excessive. On ne tue pas une mouche avec un boulet de canon. Il fit une pause calculée en regardant fixement Iwaszkiewicz: Ni avec un lance-flammes.

- Nous ne brûlons plus personne, murmura le cardinal, comme s'il parlait à la pluie. Et l'on aurait pu croire qu'il le regrettait.

- De toute façon, reprit l'archevêque, il a été décidé pour le moment - et il insista sur pour le moment - que l'Institut pour les œuvres extérieures s'occuperait de l'enquête. C'est-à-dire vous. Ce n'est que si la situation se révèle vraiment grave que le dossier sera confié au bras officiel de l'Inquisition.

- Je vous rappelle, mon frère dans le Christ - face au Belvédère, le cardinal leur tournait toujours le dos -, que l'Inquisition n'existe plus depuis trente ans.

- C'est vrai, pardonnez-moi, Eminence. Je voulais dire: le dossier sera confié au bras officiel de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.

- Nous ne brûlons plus personne, répéta Iwaszkiewicz, têtu. Mais il y avait maintenant dans sa voix un écho ténébreux, l'annonce d'une menace.

Mgr Spada garda le silence quelques instants sans quitter Quart des yeux. Ils ne brûlent plus les gens, disait son regard, mais ils lâchent après eux leurs chiens noirs. Ils les traquent, ils les salissent et ils en font des morts vivants. Ils ne brûlent plus personne, mais fais bien attention. Ce Polonais est dangereux pour toi comme pour moi; et des deux, tu es le plus vulnérable.

- Père Quart - cette fois le directeur de l'IOE parlait sur un ton officiel et prudent -, vous passerez quelques jours à Séville... Vous essaierez d'identifier l'auteur du message. Vous resterez en contact avec les autorités ecclésiastiques locales, mais avec circonspection. Et surtout, vous agirez avec discrétion et réserve - il posa un autre dossier sur le premier. Voilà tous les renseignements dont nous disposons. Des questions?

- Une seule, Monseigneur.

- Eh bien, je vous écoute.

- Le monde est rempli d'églises à problèmes et de scandales qui ne demandent qu'à éclater. Pourquoi celle-ci en particulier?

L'archevêque lança un regard au cardinal Iwaszkiewicz, toujours de dos, mais l'inquisiteur ne sortit pas de son mutisme. Il se pencha alors sur les chemises étalées devant lui, comme s'il y cherchait une révélation de la dernière heure.

- Je suppose, dit-il enfin, que le pirate s'est donné beaucoup de mal et que le Saint-Père a su apprécier ses efforts.

- Apprécier me paraît excessif, fit remarquer Iwaszkiewicz de sa fenêtre.
Mgr Spada haussa les épaules:

- Disons alors que Sa Sainteté a décidé de lui faire l'honneur de s'intéresser personnellement à son cas.

- Malgré son insolence et son audace, commenta le Polonais.

- Malgré tout cela, renchérit l'archevêque. Quoi qu'il en soit, ce message laissé sur son ordinateur privé a piqué sa curiosité. Il veut être tenu au courant.

- Tenu au courant, répéta Quart.

- Sans faute.

- Devrai-je aussi faire rapport aux autorités ecclésiastiques de Séville pendant mon séjour?

Le cardinal Iwaszkiewicz se retourna:

- Dans cette affaire, vous ne relevez que de Mgr Spada.

Sur ces entrefaites, la lumière revint et le grand lustre du plafond illumina la pièce, arrachant des reflets à la croix sertie de diamants et à l'anneau porté par la main qui désignait le directeur de l'IOE:

- C'est à lui que vous ferez rapport. A lui seul.

La lumière électrique adoucissait un peu les angles du visage du cardinal, atténuant la ligne volontaire de ses lèvres minces et dures. Une de ces bouches qui de toute leur vie n'ont jamais embrassé que des ornements, de la pierre et du métal.

Quart hocha la tête:

- A lui seul, Eminence. Mais le diocèse de Séville a son ordinaire, qui est archevêque. Quelles sont mes instructions à cet égard?

Iwaszkiewicz joignit les mains sous sa croix pectorale et se plongea dans la contemplation des ongles de ses pouces:

- Nous sommes tous frères dans le Christ Notre-Seigneur. Des rapports harmonieux, et même de coopération, sont donc souhaitables. Mais pour l'obéissance, vous jouirez là-bas d'une dispense spéciale. La Nonciature de Madrid et l'archevêché local ont reçu des instructions.

Quart se tourna vers Mgr Spada avant de répondre au cardinal:

- Son Eminence ignore peut-être que je n'ai pas la sympathie de l'archevêque de Séville...

- Nous sommes au courant de vos difficultés avec Mgr Corvo, dit Iwaszkiewicz. Mais l'archevêque est homme d'Eglise et il saura faire passer les intérêts supérieurs avant ses antipathies personnelles. "

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Voir également:
- Le maître d'escrime (El maestro de esgrima) - Arturo Perez-Reverte (1988), présentation
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Le tableau du Maître flamand (La tabla de Flandes) - Arturo Perez-Reverte (1990), présentation
-
Le Club Dumas ou l'ombre de Richelieu (El Club Dumas) - Arturo Perez-Reverte (1993), présentation
- Le Capitaine Alatriste (El capitàn Alatriste) - Arturo Perez-Reverte (1996), présentation

16:06 Écrit par Marc dans Perez-Reverte, Arturo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature espagnole, romans policiers, arturo perez-reverte | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

lundi, 09 octobre 2006

Le Club Dumas ou l’ombre de Richelieu (El Club Dumas) – Arturo Perez-Reverte - 1993

leclubdumas1

Lucas Corso est un mercenaire d’un type plutôt spécial. Il chasse des livres précieux pour le compte de riches collectionneurs. Il n’a ni honneur et ne répond qu’à l’appel de l’argent. Lucas Corso se rend chez Boris Balkan, un spécialiste d’Alexandre Dumas pour faire authentifier des feuillets du manuscrit original des Trois Mousquetaires de Dumas : Le Vin d’Anjou. Ces derniers lui ont été confiés par son ami et libraire, Flavio La Ponte, qui lui-même tenait ce manuscrit de la main d’Enrique Taillefer, un éditeur et illustre bibliophile notamment spécialisé, comme Balkan, dans les feuilletons littéraires des journaux du XIXème. Or Enrique Taillefer vient de se pendre, laissant derrière lui qu’un exemplaire du Vicomte de Bragelonne d’Alexandre Dumas sur lequel sont surlignées les répliques suivantes : « Oh ! Je suis trahi, murmure –t’il : on sait tout. » et « On sait toujours tout, répliqua Porthos qui ne savait rien. »
Pendant ce même temps Lucas Corso reçoit une deuxième mission : enquêter sur l’ouvrage Les Neuf Portes du Royaume des Ombres d’Aristide Torchia. Son commanditaire, Varo Borja, bibliophile richissime de Tolède, s’inquiète de l’achat qu’il avait fait lorsqu’il apprit qu’il existait deux autres exemplaires de son livre, censé être unique. Ce livre, imprimé au milieu du XVIIe siècle à Venise, est censé révéler tous les secrets pour invoquer le Diable et accéder au royaume des Ombres. A l’époque le Saint Office mit l’ouvrage à l’index, le détruisit et inculpa l’imprimeur Aristide Torchia de pratiques satanistes avant de l’exécuter. Cette œuvre contenait neuf gravures qui, selon la légende, ont été gravés par Lucifer en personne. Lucas Corso se met à la recherche des autres exemplaires, ce qui le fait voyager au Portugal et à Paris pour rendre visite à de célèbres collectionneurs croyant eux aussi posséder un exemplaire unique. Mais il se rend vite compte que les trois exemplaires existants ne sont pas parfaitement identiques. Un problème subsiste concernant les gravures.
Mais durant tout son voyage Corso a l’impression d’être suivi. De plus des morts suspectes apparaissent sur sa route. Plus il avance dans ses recherches, plus il a l’impression que ses deux enquêtes, celle sur Alexandre Dumas et celle sur Les Neuf Portes du Royaume des Ombres, sont étroitement liées. Et qu’est-ce qui se cache derrière tout cela. A travers toute son enquête, Lucas Corso aura l’impression que c’est le Diable en personne qui mène la danse.

Le Club Dumas, derrière son intrigue policière et mystique, est avant tout un roman parlant des livres, que ce soit de leur contenu ou alors de l’objet en soi, et de la magie qu’ils exercent sur ses possesseurs et lecteurs. Arturo Perez-Reverte met Alexandre Dumas en avant, auteur dont l’écrivain espagnol s’est d’ailleurs fortement inspiré également pour d’autres de ses romans. Tout tourne autour des livres, on apprend beaucoup de choses sur Alexandre Dumas et sur d’autres, sur la passion de certains lecteurs et l’imaginaire créé par ses grandes œuvres chez certains. Le roman, dans son idée, se rapproche également du Pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault, 1988) de Umberto Eco. Ici aussi on retrouve des sociétés secrètes, ainsi que des complots et machinations qui peut-être n’existent que dans la tête d’un seul homme mais finissent par se refléter dans la réalité. D’ailleurs on ne sait plus ce qu’il en est de la réalité. Roman fantastique, ou non, on le saura qu’à la fin… et encore, des doutes subsisteront toujours. Les références littéraires sont très nombreuses et le lecteur passionné accrochera vite fait à l’histoire. Le tout est raconté dans une ambiance fascinante et mystérieuse. Les deux enquêtes sont mêlées avec beaucoup d’habileté, et tel le héros, le lecteur connaîtra un semblable envoûtement. La galerie de personnages utilisés - collectionneurs, libraires spécialisés, rabatteurs, restaurateurs-faussaire, tous prêts à tuer, parfois littéralement, pour assouvir leurs passions, est très réussie.

Le Club Dumas a été adapté au cinéma en 1999 sous la direction de Roman Polanski, avec Johnny Depp dans le rôle de Lucas Corso. le film sort sous le nom La Neuvième Porte (The Ninth Gate), mais contrairement au livre le film n'évoque à aucun moment toute l'intrigue tournant autour d'Alexandre Dumas.


Un roman indispensable pour tous les amateurs de livres et d'Alexandre Dumas!

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Voir également :
- Le maître d'escrime (El maestro de esgrima) - Arturo Perez-Reverte (1988), présentation

- Le tableau du Maître flamand (La tabla de Flandes) - Arturo Perez-Reverte (1990), présentation
- La peau du tambour (La piel del tambor) - Arturo Perez-Revertz (1995), présentation et extrait

- Le Capitaine Alatriste (El capitàn Alatriste) - Arturo Perez-Reverte (1996), présentation

jeudi, 15 juin 2006

Le tableau du Maître flamand (La tabla de Flandes) - Arturo Perez-Reverte - 1990

Un homme confie à Julia, restauratrice d'oeuvres d'art, une oeuvre intitulée : La partie d'échecs. Huile sur bois de peinte en 1471 par le peintre flamand Pieter Van Huys représentant deux chevaliers s'affrontant aux échecs. Derrière eux se tient une dame, vêtue de noir, un livre entre les mains. Comme beaucoup de ses congénères, le tableau a traversé l'histoire suivant un parcours chaotique. Avant de se retrouver aujourd'hui à Madrid, chez Julia. Mais quelle n'est pas sa surprise lorsqu'une analyse révèle, sous la peinture, une phrase en latin pouvant se traduire par "Qui a pris le cavalier?" ou "Qui a tué le chevalier?". Prise au jeu de cette énigme Julia commence à enquêter. De quel chevalier parle-t-on? Est-ce celui sur le tableau? Elle découvre que Pieter Van Huys aurait exécuté ce tableau suite à la disparition mystérieuse d'un chevalier. Elle va se faire aider par un ami antiquaire, d'un joueur d'échecs et d'un historien, car ce tableau risque de révéler par le jeu d'échecs qu'il représente et par son histoire l'identité d'un meurtrier vieux de plus de 500 ans. Mais cette petite énigme historique va vite se transformer en un jeu extrêmement dangereux, lorsque quelqu'un reprend le jeu d'échecs figé par la toile et que chaque mouvement se révèlera mortel pour l'entourage de Julia, transformé en pièces du jeu. Mais qui aurait intérêt à garder secrète la vérité d'un meurtre vieux de plusieurs siècles? Quel est le but de cette partie d'échecs dans laquelle le moindre faux pas peut devenir fatal?

Le tableau du Maître flamand est un thriller terriblement passionant et palpitant. Une vraie réussite de la part d'Arturo Perez-Reverte qui nous livre un roman parfaitement maîtrisé et d'une rare originalité.Le lecteur est pris du début à la fin dans cette partie d'échecs à travers le temps, qui, à chaque mouvement, révélera de nouveaux indices. Perez-Reverte nous explique fort bien et avec beaucoup de passion le déroulement de cette partie, ce qui la rendra intéressante même pour ceux qui n'y connaissent rien aux échecs. L'auteur va jusqu'à insérer des diagrammes de la partie en cours, impliquant ainsi le lecteur dans le jeu. Tout est bien développé, que ce soit l'intrigue et son contexte (les échecs, la peinture flamande, l'histoire) ou alors des personnages, certes improbables mais crédibles. Il s'agît donc d'un thriller tout à fait atypique à l'intrigue riche et complexe. Un divertissement de très grande qualité. Un vrai plaisir.

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Voir également:
- Le maître d'escrime (El maestro de esgrima) - Arturo Perez-Reverte (1988), présentation
- Le Club Dumas ou l'ombre de Richelieu (El Club Dumas) - Arturo Perez-Reverte (1993), présentation
- La peau du tambour (La piel del tambor) - Arturo Perez-Revertz (1995), présentation et extrait

- Le Capitaine Alatriste (El capitàn Alatriste) - Arturo Perez-Reverte (1996), présentation

samedi, 03 juin 2006

Le maître d'escrime (El maestro de esgrima) - Arturo Perez-Reverte - 1988

Madrid, 1868. l'Espagne est secouée par de très graves troubles politiques. Don Jaime Astarloa ne s'intéresse que peu à ces choses-là, tout son intérêt se porte sur son art, l'escrime. En effet Don Jaime Astarloa est maître d'escrime, l'un des meilleurs mais aussi l'un des derniers. En effet les temps changent et l'escrime n'est plus à l'ordre du jour De plus le maître d'escrime n'est plus tout jeune et il n'assistera vraissemeblablement plus à un renouveau de son art. Pour Don Jaime Astarloa c'est tout un monde qui s'effondre petit à petit. Car pour lui l'escrime était un art qui véhiculait des valeurs morales et chevaleresques. Don Jaime, rempli d'amertume, va alors s'isoler de plus en plus de la société. Le maître sacrifie ses nuits et ses rares heures de liberté à la rédaction d'un traité qui puisse aller au-delà des théories légendaires de Gomard, Grisier et Lafaugère. Tel un alchimiste entêté, Astarloa est depuis son jeune âge en quête de son Graal : la botte parfaite et imparable, aboutissement absolu de l'art de l'escrime. Mais un beau jour apparaît dans sa salle d'armes la belle et troublante Adela de Otero. Elle veut qu'il lui enseigne tout son art. Mais quelque chose se cache derrière tout cela. En effet Adela va entraîner Don Jaime dans un dangereux jeu d'intrigues et de pouvoir visant à détrôner la monarchie. Sa vie va alors bascouler dans une aventure où les trahisons succèdent aux manoeuvres politiques et aux crimes, et qui se déroule selon les règles d'un duel : assaut, fausse attaque, dégagement forcé, jusqu'au combat à pointe nue, mortel.

Le maître d'escrime est un magnifique roman de l'écrivain espagnol Arturo Perez-Reverte. Entre roman historique et roman policier, il s'agît finalement d'un réel roman de cape et d'épée dans le plus pur style d'Alexandre Dumas. On y retrouve tous les éléments du genre: intrigue historico-politique, énigme policière, histoire d'amour,... On y retrouve même un montage et parfois un style d'écriture semblable aux romans de l'époque. Arturo Perez-Reverte est d'ailleurs un grand admirateur de la littérature d'Alexandre Dumas. Le contexte historique est celui de l'Espagne de fin de XIXe siècle, époque à laquelle le fossé se creuse de plus en plus entre le trône et la société menant à la chute de la monarchie d'Isabel II Le pays est menacé par les soulèvements populaires, les révoltes estudiantines et militaires. C'est ce contexte historique que Arturo Perez-Reverte a choisi pour y décrire cette aventure mettant en scène son héros vieillissant et vivant à une époque qui n'est plus la sienne. Don Jaime Astarloa est finalement une sorte de Don Quichotte qui appartient clairement au passé. Donc au roman de cape et d'épée s'ajoute l'implacable combat moral que le maître d'armes livre en lui-même et face à son époque. Le tout est raconté avec une tension augmentant petit à petit au fil du récit jusqu'à un dénouement éclatant. Perez-Reverte arrive particulièrement bien à décrire le domaine de l'escrime en épuisant toutle vocabulaire technique du thème, et réussit parfaitement à faire de l'intrigue une métaphore d'un combat d'escrime (ou est-ce le contraire?). Bref, le tout est terriblement passionant.

Le maître d'escrime, paru en 1988 est un roman très prenant et l'un des plus réussis d'Arturo Perez-Reverte.

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Voir également:
- Le tableau du Maître flamand (La tabla de Flandes) - Arturo Perez-Reverte (1990), présentation
- Le Club Dumas ou l'ombre de Richelieu (El Club Dumas) - Arturo Perez-Reverte (1993), présentation
- La peau du tambour (La piel del tambor) - Arturo Perez-Revertz (1995), présentation et extrait

- Le Capitaine Alatriste (El capitàn Alatriste) - Arturo Perez-Reverte (1996), présentation

15:42 Écrit par Marc dans Perez-Reverte, Arturo | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : arturo perez-reverte, romans historiques, litterature espagnole | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!