samedi, 14 octobre 2006

A l'estomac (Haunted) - Chuck Palahniuk - 2005

haunted1

"Retraite d’écrivains : mettez votre vie de côté pendant trois mois

Disparaissez.
Brisez les entraves qui vous empêchent de réaliser votre chef-d’œuvre !
Le boulot, la famille, la maison, autant de contraintes, autant de distractions.
Faites une pause pendant TROIS MOIS.

D’autres partagent vos aspirations : venez vivre avec eux cette expérience dans un cadre propice au travail.
Si vous êtes sélectionné, le vivre et le couvert vous seront offerts.
Tentez votre chance, mettez en jeu ce petit bout de vie et assurez-vous un autre futur : une carrière de poète, de romancier, de scénariste.
Vivez vos rêves avant qu’il ne soit trop tard !

Places limitées."


Une vingtaine de personnes répondront à cette annonce s’imaginant couler des jours tranquilles dans un lieu de rêve afin d’écrire leur chef-d’œuvre. Mais c’est le contraire qui les attend. Dans un théâtre abandonné et délabré, ils seront enfermés et isolés, privés petit à petit de ressource, que ce soit l’énergie, la nourriture ou même la lumière. Les écrivains en herbe commencent à s’affoler. Ils croient faire partie d’une expérience, ou d’un scénario d’un nouveau reality-show à la mode. Ou alors serviront-ils à nourrir le prochain best-seller de l’année. Au fil du temps, alors que les ressources vitales commencent à s’amenuiser, diminuants ainsi les conditions de vie de chacun, les différents participants commencent à se méfier l’un de l’autre et vont tout faire pour survivre, y compris supprimer les personnes gênantes. Et leurs écrits deviennent de plus en plus terrifiants et déviants.

A l’estomac est un roman surprenant à plus d’un titre. Il s’agît au fait d’un recueil de 23 nouvelles et 21 poèmes horrifiques, servis dans un cadre terrifiant décrivant le quotidien des 23 cobayes participants. La condition de vie qui se dégrade de plus en plus au fil du récit nous est décrite le récit cadre, qui est écrit à la première personne singulier ou pluriel mettant alternativement au devant chacun des cobayes, mais se ressent surtout par l’évolution des nouvelles et poèmes qui deviennent de plus en plus sordides et gores. Le récit collectif est présenté comme dans un groupe de parole, d’un atelier d’écriture bien trash ou plutôt comme sur les planches d’une stand up comedy, chacun des membres progressant tour à tour dans le morbide, dans la folie, descendant de plus en plus au fond de leur folie à la manière des comiques avant d’entrer sur scène. A travers ses nouvelles Chuck Palahniuk décortique les travers d’une société américaine schizophrène, victime d’un puritanisme obsessionnel et de vices excessifs. Tout y passe, l’obsession de l’argent facile, le luxe indécent, l’ambition exagérée et maladive, les médias manipulateurs, la destruction de toutes valeurs, l’automutilation dans un monde où l’être s’aliénise de plus en plus par rapport à son environnement. Dans ses nouvelles horrifiques, Chuck Palahniuk a l’originalité de ne pas faire appel à des monstres ou fantômes, mais se concentre à dénicher l’horreur dans les faits les routiniers possibles du quotidien de chacun. Entre l’histoire d’un homme qui a perdu la majeure partie de ses intestins à cause de l’aspiration d’une pompe de piscine sur laquelle il s’était assis adolescent pour se donner des sensations ou de cette bourgeoise qui assiste à un meurtre alors qu’elle “jouait” les clochardes pour s’amuser et qui est devenue une cible à éliminer, le lecteur accroche de plus en plus.
A la fois source de malaise, de comique sordide, d’obscénité dégradante, ces nouvelles ne laisseront personne indifférent. L’écriture est vive, percutante, heurtant à chaque phrase… mais peut hélas aussi devenir lassante. La lecture n’est d’ailleurs pas très facile, c’est une véritable expérience que Palahniuk veut nous imposer, et dans laquelle pas tout le monde ne voudra entrer. Les âmes sensibles doivent éviter ce récit à tout prix. Le titre français a le mérite de nous avertir qu’il faut avoir l’estomac bien accroché avant de se lancer dans cette lecture.

A l'estomac est un roman remarquable, terriblement original, mais certains lecteurs auront du mal à entrer dans le récit.

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21:38 Écrit par Marc dans Palahniuk, Chuck | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : chuck palahniuk, litterature americaine, horreur | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!