jeudi, 25 octobre 2007

Le sujet de l’Empereur (Der Untertan) - Heinrich Mann - 1918

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Didier Hessling est un homme inculte, lâche, sans caractère ni personnalité et qui est nourri de tous les préjugés de son époque, mais aussi ambitieux, sans scrupule, envieux paranoïaque. Ainsi il avance dans la vie en dénonçant ses ennemis et en abattant ses concurrents sans jamais se retourner. Prêt à tout pour sa carrière et sa fortune il commet les pires traîtrises et accepte même n’importe quelles humiliations. En même temps il voue un culte profond à l’empire et à l’empereur, un culte qui lui empêche de jamais réfléchir par soi-même et tous ses méfaits s’y voient justifiés d’une façon ou d’une autre. Didier évolue ainsi dans une société en manque de repères et qui ne veut ou ne peut plus le remettre à sa place.

L’écrivain allemand Heinrich Mann, frère aîné du Prix Nobel de littérature Thomas Mann, écrit ce roman Le sujet de l’Empereur (parfois également traduit sous le titre Le Sujet !) en 1914 et ne sera publié qu'en 1918.
C’est en fait une drôle d’histoire dans laquelle le lecteur est invité à suivre les pas d’un personnage Didier (Dieter en allemand) Hessling qui est à la fois fascinant et repoussant, en somme un véritable antihéros, alors qu’en commençant le lecteur s’attend plus à un classique roman initiatique où l’on voit un jeune homme un peu perdu se retrouver petit à petit au fil de ses aventures. Ici rien de tout cela, si Didier Hessling évolue sans cesse, c’est hélas dans le mauvais sens. Mais Didier Hessling est pour Heinrich Mann avant tout l’illustration d’une époque, celle du Reich wilhelmien et sa suite, et de sa culture de sujétion. Le roman ne paraîtra d’ailleurs qu’après la destitution de l’empereur Guillaume II.
Mais Heinrich Mann y voit aussi, déjà en 1914 rappelons-le, la naissance des idéologies totalitaires et nationalismes extrêmes avec leur lot d’arbitraire, de mépris et d’inhumanité, qui vont faire de ce XXe siècle le plus terrible de tous les temps. On y reconnaît facilement entre autres la montée du nazisme, qui n’existait pas encore sous cette forme à l’époque. Et Didier Hessling représente à la fois le tyran et la lâche victime de tous ces maux.
A noter que le nom Hessling fait penser au mot allemand Hass qui veut dire haine, ou hässlich qui signifie vilain et donc Hessling sonne un peu en français comme petit haineux ou petit vilain.
Heinrich Mann nous entraîne dans un très beau style (à lire de préférence en allemand) dans ce récit qui peut parfois paraître par certaines scènes un peu choquant à lire.

Le sujet de l’Empereur, même s’il est un peu oublié de nos jours, reste un roman essentiel afin de comprendre ce qui poussa intérieurement les Allemands dans la folie du nazisme et s’applique également aux autres régimes totalitaires en place ou en devenir.

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