mardi, 02 janvier 2007

L'attentat – Yasmina Khadra - 2005

bibliotheca attentat

Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme se fait exploser à l’aide d’une bombe dissimulée sous sa robe. Les victimes sont nombreuses. A quelques mètres de là, le chirurgien Amine, un Palestinien naturalisé Israélien, opère à la chaîne les innombrables victimes de cet horrible attentat.
Amine est un exemple d’intégration. Etudiant, il avait fini premier de sa promotion. Ensuite il s’est parfaitement intégré dans la société Israélienne comptant de nombreux amis, et parmi eux même des personnalités bien placés dans la société. Les conflits dans les territoires occupés sont bien loins de sa vie quotidienne. Sa situation en fait rêver plus d’un.
Mais la réalité va très vite le rattraper. Au milieu de la nuit il est rappelé à l’hôpital pour voir le cadavre de la femme kamikaze qui provoqué ce meurtrier attentat plus tôt dans la journée. Amine ne comprend pas pourquoi on fait appel spécialement à lui. Mais la police, en le faisant venir, ne recherche pas en Amine le médecin. Elle veut qu’il identifie le corps. En effet Amine reconnaît la victime. C’est sa propre femme qui s’est fait exploser tuant de nombreuses personnes.
C'est un séisme pour cet homme qui a toujours refusé de prendre parti dans le conflit qui oppose son peuple d'origine et son peuple d'adoption, se consacrant à son métier et à sa femme qu'il adore. L'enquête qu'il mène le conduit au cœur de l'enfer et le contraint à regarder en face une situation qu'il refuse d'affronter depuis trop d'années.

Quel sujet brûlant qu’est celui des attentats terroristes. Il faut tout le talent d’un grand écrivain pour réussir néanmoins à convaincre sur ce sujet opprimé par les préjugés. Le roman est puissant et ne laissera personne indifférent. Yasmina Khadra embarque le lecteur, à la façon d’un thriller policier, à suivre le héros de cette histoire pour découvrir la vérité sur ce qui s’est passé. Mais cette quête s’avérera terriblement douloureuse. Le destin du médecin, à la vie si stable, va petit à petit basculer dans un chaos semblable à celui de son pays. D’ailleurs petit à petit sa personne va s’assimiler à ce pays chaotique, tiraillé entre deux peuples qui n’arrivent pas à vivre ensemble et où des vivants sont prêts à se sacrifier pour des causes alimentées par la haine et l’humiliation quotidienne. Khadra ne justifie jamais les attentats mais tentent de nous faire comprendre comment et pourquoi l’idée d’un tel acte prend naissance chez certains. Le récit est monté en cercle représentant le cercle vicieux qu’est le conflit, où la violence appelle inlassablement plus de violence. Et Yasmina Khadra réussit à nous amener tout cela avec beaucoup de finesse et d’objectivité.
Mais derrière ce tragique conflit israélo-palestinien se cache également la tragédie d’un couple qui finalement n’a jamais réussi à se comprendre parfaitement et faire part l’un à l’autre de leurs de leurs frustrations. Sihem, la femme d’Amine, en se faisant exploser attaque, détruit également son couple.


Dans ce brillant roman à l’immense succès critique et populaire Yasmina Khadra de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, ancien officier algérien pendant la guerre contre les islamistes dans son pays, continue avec L’attentat d’explorer le domaine de l’intolérance, du fanatisme et de la haine en décrivant des portraits saisissants des passions souvent meurtrières qui agitent le monde musulman. Dans Les Agneaux (1998) il décrit la vie d’un village d’Algérie sous la coupe d’un maquis islamiste, A quoi rêvent les loups (1999) raconte le terrible parcours d’un jeune déshérité devenu émir du GIA, dans Les hirondelles de Kaboul (2002) il nous conte le destin fatal de deux femmes sous le régime archaïque et barbare des talibans et Les sirènes de Bagdad (2006) expose la descente aux enfers d’un jeune homme broyé par le terrorisme.

L’attentat est un roman terriblement percutant, un pur chef-d’œuvre.

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Voir également :
- Les hirondelles de Kaboul – Yasmina Khadra (2002), présentation et extraits

samedi, 04 novembre 2006

Les hirondelles de Kaboul - Yasmina Khadra - 2002

bibliotheca les hirondelles de kaboul

"Une prostituée a été lapidée sur la place. J'ignore comment je me suis joint à la foule de dégénérés qui réclamait du sang. J' étais comme absorbé par un tourbillon. Moi aussi, je voulais être aux premières loges, regarder de près périr la bête immonde. Et lorsque le déluge de pierres à commencé à submerger le succube, je me suis pris à ramasser des cailloux et à le mitrailler, moi aussi. J'étais devenu fou, Zunaira. Comment ai-je osé ?"

A Kaboul, une ville qui se meurt dû au régime impitoyable des talibans, les destins de deux couples vont se croiser jusqu'à un dénouement fatal dont personne ne survivra. Il y a d’un côté Atiq Shawquat, un ancien combattant devenu geôlier et qui a perdu toute sa fierté, et son épouse Mussarat, droite et courageuse mais atteinte d’une maladie incurable. Puis, il y a Mohsen et la belle Zunaira, un couple bourgeois, éduqué et libéral, qui dans la société actuelle afghane n'arrive plus à vivre et s’accroche à l’amour comme pour échapper à la folie et donner un sens à leur existence. Mais les talibans veillent dans une ville que la folie guette et qui est à deux pas de tomber dans le barbarisme le plus total.

Yasmina Khadra, ancien militaire algérien exilé en France et de son vrai nom Mohammed Moulessehoules, nous conte ici un récit terriblement bouleversant. Il s'agît finalement juste d'une histoire d'amour tragique. Mais Yasmina Khadra choisit de placer son histoire dans le cadre du Kaboul des talibans, une ville aux mains du fondamentalisme religieux et qu'il décrit comme "l'antichambre de l'au-delà. Une antichambre obscure où les repères sont falsifiés, un calvaire pudibond; une insoutenable latence observée dans la plus stricte intimité.". Yasmina Khadra lui-même avait été fortement choqué par la montée de ce même fondamentalisme dans son pays d'origine. Au fil des pages de ce récit, surviennent des personnages complexes en quête d'une liberté inespérée et qui périront, non pas en se révoltant, mais juste en voulant vivre. Les hirondelles de Kaboul est une terrible fable noire définitivement pessimiste à l'atmosphère dense et oppressante. Le style est plutôt lyrique sans être trop original. mais la lecture, du à la dureté des propos, est souvent éprouvante.

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Extrait: Avant-propos

"Au diable vauvert, une tornade déploie sa robe à falbalas dans la danse grand-guignolesque d'une sorcière en transe; son hystérie ne parvient même pas à épousseter les deux palmiers calcifiés dressés dans le ciel comme les bras d'un supplicié. Une chaleur caniculaire a resorbé les hypothétiques bouffées d'air que la nuit, dans la débâcle de sa retraite, avait omis d'emporter. Depuis la fin de la matinée, pas un rapace n'a rassemblé assez de motivation pour survoler ses proies. Les bergers, qui, d'habitude, poussaient leurs maigres troupeaux jusqu'au pied des collines, ont disparu. A des lieues à la ronde, hormis les quelques sentinelles tapies dans leurs miradors rudimentaires, pas âme qui vive. Un silence mortel accompagne la déréliction à perte de vue.

Les terres afghanes ne sont que des champs de bataille, arènes et cimetières. Les prières s'émiettent dans la furie des mitrailles, les loups hurlent chaque soir à la mort, et le vent, lorsqu'il se lève, livre la complainte des mendiants au croassement des corbeaux.

Tout paraît embrasé, fossilisé, foudroyé par un sortilège innommable. Le racloir de l'érosion gratte, désincruste, débourre, pave le sol nécrotique, érigeant en toute impunité les stèles de sa force tranquille. Puis, sans préavis, au pied des montagnes rageusement épilées par le souffle des fournaises, surgit Kaboul... ou bien ce qu'il en reste: une ville en état de décomposition avancée.

Plus rien ne sera comme avant, semblent dire les routes crevassées, les collines teigneuses, l'horizon chauffé à blanc et le cliquetis des culasses. La ruine des remparts a atteint les âmes. La poussière a terrassé les vergers, aveuglé les regards et cimenté les esprits. Par endroits, le bourdonnement des mouches et la puanteur des bêtes crevées ajoutent à la désolation quelque chose d'irréversible. On dirait que le monde est en train de pourrir, que sa gangrène a choisi de se développer à partir d'ici, dans le Pashtoun, tandis que la désertification poursuit ses implacables reptations à travers la conscience des hommes, et leurs mentalités.

Personne ne croit au miracle des pluies, aux féeries du printemps, encore moins aux aurores d'un lendemain clément. Les hommes sont devenus fous; ils ont tourné le dos au jour pour fare face à la nuit. Les saints patrons ont été destitués. Les prophètes sont morts et leurs fantômes crucifiés sur le front des enfants...

Et pourtant, c'est ici aussi, dans le mutisme des rocailles et le silence des tombes, parmi la sécheresse des sols et l'aridité des coeurs, qu'est née notre histoire comme éclôt le nénuphar sur les eaux croupissantes du marais."


Extrait: pris du premier chapitre

"Le mollah lève une main majestueuse pour apaiser le hurleur. Après la récitation d’un verset coranique, il lit quelque chose qui ressemble à une sentence, remet la feuille de papier dans une poche intérieure de son gilet et, au bout d’une brève méditation, il invite la foule à s’armer de pierres. C’est le signal. Dans une ruée indescriptible, les gens se jettent sur les monceaux de cailloux que l’on avait intentionnellement disposés sur la place quelques heures plus tôt. Aussitôt, un déluge de projectiles s’abat sur la suppliciée qui, bâillonnée, vibre sous la furie des impacts sans un cri. Mohsen ramasse trois pierres et les lance sur la cible. Les deux premières faillissent à cause de la frénésie alentour mais, à la troisième tentative, il atteint la victime en pleine tête et voit, avec une insondable jubilation, une tache rouge éclore à l’endroit où il l’a touchée. Au bout d’une minute, ensanglantée et brisée, la suppliciée s’écroule et ne bouge plus. Sa raideur galvanise davantage les lapideurs qui, les yeux révulsés et la bouche salivante, redoublent de férocité comme s’ils cherchaient à la ressusciter pour prolonger son supplice. Dans leur hystérie collective, persuadés d’exorciser leurs démons à travers ceux du succube, d’aucuns ne se rendent pas compte que le corps criblé de partout ne répond plus aux agressions, que la femme immolée gît sans vie, à moitié ensevelie, tel un sac d’horreur jeté aux vautours."

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Voir également:
- L'attentat - Yasmina Khadra (2005), présentation

22:40 Écrit par Marc dans Khadra, Yasmina | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : yasmina khadra, litterature algerienne, romans politiques, islamisme, afghanistan | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!