mardi, 22 novembre 2011

L’Homme qui voulait vivre sa vie (The Big Picture) - Douglas Kennedy - 1997

douglas kennedy, l'homme qui voulait vivre sa vie, roman policier, litterature americaineQue veut dire « avoir réussi dans la vie» ? La société a pour habitude d’émettre un certain nombre de critères pour y répondre, et il est clair que Ben Bradford, la trentaine, avocat de compétence en passe de devenir associé de l’un des plus grands cabinets de Wall Street, correspond parfaitement à ces critères. Il a un gros salaire, une belle maison en banlieue, une femme et deux enfants. Bref, la vie rêvée.
Pourtant Ben déteste sa vie. Avocat de talent il avait pourtant préféré devenir photographe. Les affaires, même s’il y excelle, ce n’est pas son truc. Et à force de se détester, lui et sa vie, sa vie de couple en pâtit. Son épouse lui montre de plus en plus de froideur, ce qu’il attribue faussement à une dépression post-natale. Et lorsqu’il soupçonne une liaison extraconjugale à sa femme, il perd les nerfs. Très vite il découvre même l’identité de l’amant qui n’est autre que leur voisin et dont la profession est justement d’être photographe pour les grands reportages. Ben Bradford n’en peut plus, sa jalousie est à son comble, et dans un coup de sang, il va voir son voisin et le tuer.
Un problème de plus dans une vie déjà ratée et un mariage en échec : un meurtre. Mais alors une drôle d’idée s’impose à lui. S’il prenait la place du mort et vivrait sa vie. Personne ne reconnaîtrai ce photographe aventurier un peu solitaire et peut-être que Ben Bradford pourra ainsi enfin vivre la vie qu’il désirait.


L’auteur américain Douglas Kennedy sait comment nous décrire des tranches de vie à première vue banale qui basculent dans tout autre chose tout en y dévoilant tous les défauts qu’elles cachent. Dans L’Homme qui voulait vivre sa vie, publié à l’originale en 1997 l’auteur nous décrit bien comment la dite réussite de Ben Bradford est fausse et trompeuse. Le lecteur se réjouira de suivre au pas narrateur qui s’évadera en laissant sa vie derrière lui pour en embrasser une bien plus mouvementée, aventureuse et passionnante. Ecrit à la première personne le lecteur s’identifiera immédiatement au narrateur, Ben Bradford, en comprenant bien ses motivations et désirs. De plus, un certain suspense accompagne le tout (le meurtre, la fuite, …), sans toutefois que le roman ne tombe dans le genre du policier.


L'Homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy est un beu roman, passionnant et très divertissant sur la condition d'un homme d'aujourd'hui.

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Présente édition : traduit de l’anglais par Bernard Cohen, éditions Belfond, 21 octobre 2010, 358 pages

 Voir également :
- Cul-de-sac (The Dead Heart) - Douglas Kenendy (1994), présentation
- La femme du Ve (The Woman in the Fifth) - Douglas Kennedy (2007), présentation et extrait

vendredi, 19 septembre 2008

La femme du Ve (The Woman in the Fifth) - Douglas Kennedy - 2007

bibliotheca la femme du Ve

Il y a peu de temps encore, Harry Ricks était professeur d'art cinématographique dans une université de l'Ohio. mais jeté hors de chez lui par sa femme et renvoyé de son poste académique, Harry décide de tout quitter pour aller vivre à Paris. Il n'a en effet plus rien à perdre. Ainsi débarque-t-il à Paris avec quelques maigres économies et son PC portable en vue de rédiger un roman. D'abord il s'installe dans un hôtel parisien miteux où il se fait dépouiller par un gérant peu scrupuleux. Il doit alors trouver refuge dans une sordide chambre de bonne avec WC sur palier. Et c'est un autre Paris qu'Harry découvre petit à petit, un Paris sombre loin des clichés si répandus aux Etats-Unis, le Paris des marchands de sommeil, des clandestins et des combines louches. Alors qu’il croit avoir touché le fond, une femme va venir bousculer sa vie. Elle s’appelle Margit et habite dans le Ve arrondissement. Sensuelle et énigmatique, elle donne rendez-vous à Harry seulement deux fois par semaines de 17h à 20h, pas une minute de plus. Harry est fasciné, envoûté par le charme de cette mystérieuse inconnue et accepte …

Dans La femme du Ve l'écrivain américain Douglas Kennedy invite le lecteur à une visite de Paris un peu particulière. En effet loin des clichés l'auteur nous montre un Paris glauque et sordide dans laquelle se promène son personnage totalement vide d'ambition. Et dans cet univers parisien se mêle autour d'Harry Ricks à la fois le fantastique et le réel autour d'une grande galerie de personnages les uns plus étranges et inquiétants que les autres. Kennedy installe son histoire avec lenteur consacrant les deux premiers tiers du roman qu'à des descriptions de la vie parisienne, tout en montant petit à petit son intrigue autour d'Harry Ricks tombant dans une spirale faite d'amour de sexe et de vengeance. Certaines questions existentielles viennent relever de temps en temps tout ce descriptif. Mais il n'empêche que tout cela est bien long. Vers la fin le tout se met enfin à bouger plus sérieusement, et mieux vaut tard que jamais, pour finalement tout de même se rendre compte que le tout se base avant tout sur l'ambiance de ce Paris sombre et que peu sur autre chose.

La femme du Ve
est un roman certes intéressant mais contenant certaines longueurs.

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Extrait :

C'est arrivé l'année où mon existence s'est écroulée. L'année où je suis venu vivre à Paris.

J'avais débarqué quelques jours après Noël, par un matin gris et humide. Le ciel avait une couleur de craie sale et la pluie était une brume envahissante lorsque mon avion s'était posé, à l'aube. Je n'avais pas fermé l'œil durant toutes ces longues heures au-dessus de l'Atlantique, un épisode insomniaque qui venait s'ajouter à la succession de nuits sans sommeil par laquelle je venais de passer.

En retrouvant la terre ferme, j'ai soudain basculé dans un état de désarroi complet, et j'ai perdu tous mes moyens devant le flic du contrôle des passeports qui me demandait combien de temps je comptais rester en France.

- J'sais pas exactement, ai-je marmonné sans réfléchir.

Il m'a observé avec d'autant plus d'attention que je m'étais exprimé en français.

- Quoi, vous savez pas?

- Quinze jours, me suis-je hâté de lancer.

- Vous avez un billet de retour pour les Etats-Unis?

J'ai hoché la tête.

- Montrez-le-moi, s'il vous plaît.

Je le lui ai tendu. Il a cherché des yeux la date de mon vol dans l'autre sens: 10 janvier.

- Comment pouvez-vous ne pas savoir, puisque vous avez une preuve?

- J'ai répondu bêtement, ai-je dit d'un ton penaud.

- Ouais...

Le tampon s'est abattu sur mon passeport, qu'il a poussé vers moi sans un mot de plus avant de faire signe au voyageur suivant d'avancer. Il en avait terminé avec moi.

Je me suis dirigé vers le tapis à bagages en me maudissant d'avoir attiré une attention officielle sur le flou de mes intentions. J'avais dit la vérité, pourtant: j'ignorais combien de temps j'allais rester en France. Mon billet d'avion, acheté à la dernière minute sur un site Internet qui offrait des vols bon marché pour un séjour de deux semaines, finirait à la poubelle dès que la date du 10 janvier serait passée. Je ne prévoyais pas de retourner aux Etats-Unis avant longtemps, très longtemps.

«Comment pouvez-vous ne pas savoir, puisque vous avez une preuve?»

Et depuis quand une preuve offre-t-elle la moindre certitude?

Après avoir récupéré ma valise, j'ai résisté à la tentation de me payer un taxi jusqu'à Paris, mon budget trop serré excluant ce genre d'extravagance. Je me suis donc rabattu sur le RER, à sept euros le ticket aller simple. Le wagon était sale, le plancher couvert de détritus, les sièges tout collants sentaient la bière répandue la nuit précédente. Pour arriver dans la capitale, il fallait traverser une série de banlieues industrielles sinistres hérissées de tours HLM décrépites. J'ai fermé les yeux et je me suis assoupi pour me réveiller en sursaut quand la rame s'est arrêtée gare du Nord. Suivant les instructions que l'hôtel m'avait envoyées par e-mail, j'ai changé de quai et j'ai pris le métro pour un trajet interminable jusqu'à la station qui répond au nom délicieusement aromatique de «Jasmin».

Je suis ressorti dans le matin cafardeux, traînant ma valise à roulettes dans une longue rue étroite. La pluie s'acharnait sur la ville, maintenant. La tête baissée, j'ai hâté le pas en m'engageant sur la gauche, rue La Fontaine, puis à droite, rue François-Millet. L'hôtel - le Select - était à l'autre bout. Il m'avait été recommandé par un collègue du modeste campus où j'enseignais dans le temps... Le seul qui acceptait encore de m'adresser la parole. Il m'avait assuré que le Select était un établissement sans prétention, propre et bon marché. Ce qu'il ne m'avait pas dit, c'est que l'employé qui serait de service à la réception le matin de mon arrivée serait un tel connard.

- Bonjour. Je suis Harry Ricks, j'ai une réservation pour...

- Sept jours, a-t-il complété, en levant les yeux de son écran d'ordinateur, avant d'ajouter avec un débit tellement rapide que je n'ai pas saisi ce qu'il m'a dit: La chambre ne sera pas prête avant quinze heures.

- Désolé mais, euh... je n'ai pas compris...

- Revenez à quinze heures pour avoir la clé, a-t-il articulé plus lentement, mais d'une voix très forte, comme s'il avait affaire à un malentendant.

- Mais c'est... dans longtemps, ai-je protesté.

- Les chambres sont libres à quinze heures, a-t-il déclaré en désignant un écriteau qui confirmait ses dires, à côté d'un tableau de clés, toutes accrochées à leurs places respectives, sauf deux.

- Allons, vous avez certainement au moins une chambre déjà prête! ai-je insisté. - Sans ouvrir la bouche, il a montré à nouveau le panneau. - Vous voulez me faire croire qu'il n'y en a pas une seule de libre là, maintenant?

- Ce que je vous dis, c'est que les chambres sont libres à quinze heures.

- Et moi, je vous dis que je suis mort de fatigue, et que ce serait vraiment aimable à vous de...

- Ce n'est pas moi qui ai fait le règlement. Laissez vos bagages et revenez à quinze heures.

- S'il vous plaît, soyez raisonnable.

Il a haussé les épaules tandis qu'une vague ébauche de sourire apparaissait sur ses lèvres. A ce moment, le téléphone s'est mis à sonner. Il a décroché, ce qui lui a donné l'occasion de me tourner carrément le dos.

- Je crois que je vais trouver un autre hôtel, ai-je annoncé à la cantonade.

Il s'est interrompu pour me jeter par-dessus son épaule:

- Vous devez quand même payer la première nuit. Les réservations doivent être annulées vingt-quatre heures à l'avance.

Un autre sourire faux derche, que j'ai bien eu envie d'effacer d'un coup de poing.

- Où est-ce que je peux mettre ma valise?

- Là-bas, a-t-il soufflé en indiquant une porte un peu plus loin.

Je suis allé dans le cagibi et j'y ai également déposé le sac à dos que je portais à l'épaule.

- Je laisse aussi mon ordinateur portable, donc vous voudrez bien...

- Il ne risque rien. Revenez à quinze heures, monsieur.

- Et je vais où, en attendant?

- Aucune idée.

Et il a repris sa conversation téléphonique.

A huit heures et quelques du matin, un dimanche de fin décembre, Paris n'offre pas beaucoup de distractions. J'ai arpenté la rue La Fontaine, à la recherche d'un café ouvert. Ils avaient tous leur rideau de fer baissé, certains avec une pancarte laconique accrochée à la devanture: «Fermeture pour Noël». Le quartier était avant tout résidentiel: un alignement d'immeubles anciens et cossus, parfois séparés par d'autres plus récents, typiques de la brutalité architecturale des années soixante-dix, mais ceux-là aussi exhalaient la richesse, de même que les rares voitures garées le long des trottoirs, des modèles de luxe pour la plupart. Une preuve supplémentaire d'opulence et du manque d'animation du coin à cette heure de la journée.

La pluie s'était réduite à une bruine insistante. Comme je n'avais pas de parapluie, je me suis dépêché de retourner à la station de métro, où j'ai acheté un ticket et sauté dans la première rame, ne sachant pas vraiment dans quelle direction j'allais. Ce n'était que mon deuxième voyage à Paris, après tout. Le premier remontait au milieu des années quatre-vingts, l'été précédant mon entrée à l'université. Pendant cette semaine dans un hôtel modeste, à deux pas du boulevard Saint-Michel, j'avais écumé tous les cinémas du Quartier latin. Je me souvenais d'un petit café, Le Reflet, situé en face de deux salles art et essai dans une ruelle, la rue... le nom ne me revenait pas. Peu importe. L'endroit était sans prétentions, et je me souvenais vaguement qu'il était toujours ouvert à l'heure du petit déjeuner...

Après avoir rapidement consulté la carte du réseau au-dessus des portes coulissantes du wagon, j'ai changé à Michel-Ange-Molitor et moins d'une demi-heure plus tard j'ai émergé à l'air libre à la station à Cluny-La Sorbonne. Même si plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis ma dernière incursion dans les parages, je n'oublie pas le chemin qui mène à un cinéma et donc, suivant mon instinct, j'ai remonté le boulevard Saint-Michel jusqu'à la rue des Ecoles. La devanture du Champo annonçait deux festivals, Vittorio De Sica et Douglas Sirk, et je n'ai pas pu m'empêcher de sourire. En m'approchant de ses grilles fermées, j'ai jeté un coup d'œil à l'étroite artère qui faisait angle... Rue Champollion, bien sûr! Un peu plus haut, en suivant le trottoir mouillé, j'ai retrouvé deux autres salles de cinéma. «Tout n'a pas changé, il y a encore de l'espoir», me suis-je dit. Mais à neuf heures du matin, ils n'étaient pas ouverts et Le Reflet non plus: «Fermeture pour Noël».

Revenu sur le boulevard Saint-Michel, j'ai commencé à marcher en direction de la Seine. Paris, en ces lendemains de fête, était complètement mort. Les seuls endroits ouverts étaient les fast-foods qui avaient désormais envahi la zone, leurs néons agressifs maculant les façades harmonieuses. J'aurais tout donné pour échapper au crachin, mais je ne pouvais me résoudre à passer mes premières heures de retour en France réfugié dans un McDonald's, si bien que j'ai continué à marcher jusqu'à trouver un café digne de ce nom et prêt à m'accueillir. Ce fut Le Départ, sur un quai de la Seine. Avant d'y entrer, j'ai cependant pris le temps de m'arrêter à un kiosque à journaux pour faire l'emplette du Pariscope, cette bible du cinéphile parisien que j'avais découverte lors de mon premier séjour.

Dans la salle déserte, j'ai choisi une table près d'une baie vitrée, commandé un thé pour combattre le froid qui montait en moi, puis j'ai ouvert le Pariscope et entrepris d'éplucher la liste des cinémas, décidé à m'organiser une semaine de bons films. Alors que je notais mentalement la rétrospective John Ford à l'Action Ecoles, et le cycle complet des Ealing Comedies au Reflet Médicis, j'ai éprouvé une sensation qui m'était devenue étrangère depuis des mois: le plaisir. Un bref rappel de ce que pouvait être la vie sans... eh bien, sans tout ce qui me l'avait gâchée depuis... et, sans avoir à repenser à... mais non, pas question de retourner sur ce terrain. Pas aujourd'hui, en tout cas.

J'ai sorti de ma poche un calepin et mon stylo-plume, un superbe Parker rouge, une véritable pièce de collection datant des années vingt. Le cadeau pour mes quarante ans, deux ans auparavant, offert par ma femme, du temps où elle l'était encore. Après avoir retiré le capuchon, j'ai entrepris de griffonner un emploi du temps, le brouillon de mes six prochains jours à Paris: les matins consacrés à organiser ma vie ici et le reste de la journée dans les salles obscures, captivé par des ombres animées.

«Qu'est-ce qu'une salle de cinéma a de plus fascinant, pour la plupart des gens?» C'était une question que j'aimais poser en début d'année à mes étudiants, dans le temps. «Serait-ce qu'il s'agit d'un lieu extérieur à la vie qui offre, paradoxalement, une imitation de la vie? Et dans ce cas, n'est-ce pas une cachette dans laquelle on ne peut pas vraiment se dissimuler, puisque c'est précisément le monde auquel on veut échapper que l'on a devant les yeux?» Le hic, c'est que la fuite est toujours séduisante et que l'on essaie, encore et encore. Et c'est ainsi qu'un quidam peut sauter dans un avion pour Paris sur un coup de tête, pensant fuir les ruines qu'il a laissées derrière lui...

J'ai siroté le contenu de ma théière pendant une heure, me contentant de secouer la tête quand le serveur s'approchait de temps à autre pour me demander si je désirais autre chose. La dernière tasse était froide, amère. Rien ne m'aurait empêché de traîner toute la matinée à la même place sans que personne n'y trouve à redire - d'autant que j'étais toujours l'unique client de l'établissement -, rien, sinon l'impression d'être un minable complet.

J'ai jeté un coup d'œil par la vitre. Il pleuvait toujours. A ma montre, il restait cinq heures avant que je puisse m'affaler sur un lit. Je n'avais devant moi qu'une solution. Reprenant mon Pariscope, j'ai découvert qu'un multisalle aux Halles commençait ses séances à neuf heures. J'ai rangé mon calepin et mon stylo à la hâte, renfilé mon manteau, jeté quatre euros sur la table et je me suis précipité vers le métro. Deux stations seulement, puis j'ai suivi les panneaux jusqu'à un machin appelé «Le Forum», une sorte de bunker-galerie marchande enterré au cœur de Paris. Avec ses quinze salles, le cinéma ne différait guère d'un multiplex de n'importe quelle banlieue américaine. D'ailleurs, toutes les grosses productions pour Noël made in USA étaient à l'affiche, ce qui m'a contraint à me rabattre sur le film d'un réalisateur français dont je n'avais jamais entendu parler. Comme la séance commençait vingt minutes plus tard, j'ai eu droit à un long purgatoire de publicités et de bandes-annonces ineptes.

Le film était longuet, lui aussi, et terriblement bavard, mais je l'ai suivi autant que j'en ai été capable. L'action se déroulait en majeure partie dans un coin de Paris assez décati, mais apparemment «branché». Un prof de philo dans un lycée, Matthieu, la trentaine, rêvait d'écrire un roman. Ses pulsions créatrices étaient cependant sérieusement contrariées par l'existence compliquée qu'il menait entre Mathilde, son ex-femme, une peintre à moitié ratée et écrasée par la forte personnalité de son père, Gérard, un sculpteur célèbre qui s'était mis en ménage avec son assistante, Sandrine, que Mathilde détestait parce qu'elle avait dix ans de moins qu'elle, tout comme Sylvie, la nouvelle toquade de Matthieu qui avait à peine dépassé la vingtaine. Si Mathilde avait toujours un faible pour Matthieu bien que, pendant leur mariage, il ait couché avec sa meilleure amie, celui-ci ne pouvait pas souffrir le nouveau compagnon de son ancienne femme, Philippe, un businessman féru de nouvelles technologies dont le succès professionnel offrait à Mathilde un train de vie qu'elle appréciait, même si elle déplorait ses limites intellectuelles - «Il a jamais lu Montaigne, t'imagines?»

Il y avait beaucoup de scènes dans une cuisine, où l'on buvait du café, fumait et discutait ferme, puis une autre avec Sandrine qui posait nue pour Gérard dans son atelier à la campagne, un concerto de Bach en fond sonore et ensuite celle où Mathilde retrouvait Philippe au bar d'un hôtel chic - cigarettes, champagne et conversation -, puis une nouvelle où Matthieu dansait avec Sylvie dans une boîte à la sono assourdissante, l'entraînait aux toilettes, lui faisait l'amour contre un lavabo et citait Montaigne quand il fut obligé de s'interrompre parce que quelqu'un s'escrimait sur la porte: «Il faut toujours avoir ses bottes aux pieds, prêt à partir»; la séquence suivante, les deux tourtereaux étaient assis sur le trottoir devant la boîte de nuit, et discutaient en fumant...

Incessantes, les causeries. Des mots, des mots et encore des mots. Mes problèmes, ses problèmes, tes problèmes, leurs problèmes, et de toute façon «la vie n'a pas de sens» ... Au bout d'une heure environ, je n'ai plus été en mesure de lutter contre le décalage horaire. Je me suis endormi comme une masse dans mon fauteuil.

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 Voir également :
- Cul-de-sac (The Dead Heart) - Douglas Kenendy (1994), présentation
- L'Homme qui voulait vivre sa vie (The Big Picture) - Douglas Kennedy (1997), présentation

13:14 Écrit par Marc dans Kennedy, Douglas | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paris, romans psychologiques, litterature americaine, douglas kennedy | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 17 mai 2007

Cul-de-sac (The Dead Heart) - Douglas Kenendy - 1994

bibliotheca cul de sac

"Je n'avais rien contre l'Australie avant d'écraser un kangourou par une nuit sans lune et de rencontrer Angie sur une plage ensoleillée. Douce, chaude, Angie. Un vrai rêve pour le voyageur fatigué. C'est quand j'ai su que je l'avais épousée que les choses se sont gâtées, vraiment gâtées jusqu'au cauchemar."

Ou comment quelques petits événements vont totalement bouleverser la vie tranquille de Nick Hawthorne, un petit journaliste américain sans ambitions qui travaille pour des petits journaux locaux et qui aime vivre sans attaches ni contraintes. Un jour il décide de partir faire un voyage en Australie et arrive à Darwin d’où il décide de rejoindre Perth par la route au volant d’un vieux combi. Et c’est là qu’une nuit il va écraser un kangourou et se retrouver marié à Angie, une jolie petite australienne qui va vite le faire intégrer malgré lui dans sa communauté arriérée de campagnards vivant complètement coupés du monde dans le minuscule village de Wollanup. Mais ce groupe de gens se comporte comme une véritable bande de fous. Nick au début se laisse plutôt aller, mais se rend vite compte qu’il devra fuir coûte que coûte. Fuir d’un endroit au milieu du désert alors que tout le monde est prêt à tout pour le retenir ne sera pas chose aisée pour Nick.


Tout quitter du jour au lendemain pour refaire sa vie ailleurs n’est pas toujours chose facile. De plus on peut parfois tomber ben plus bas. C’est un peu le sujet de Cul-de-sac, le premier roman du désormais célèbre écrivain américain Douglas Kennedy. Avec un certain humour il nous raconte la succession de mésaventures de son héros qui va finir captif auprès d’une communauté d’allumés, des dégénérés vivant depuis bien trop longtemps à l’écart de toute civilisation. Le récit prend vite la tournure d’un roman de captivité, mais Douglas Kennedy réussit à nous faire passer cette atmosphère glauque et sinistre avec beaucoup d’humour. Le lecteur craint pour le sort de Nick, mais en arrive à en rire tout autant. C’est à la fois drôle et terrifiant. De plus un certain suspense tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Kennedy réussit particulièrement bien à rendre cette communauté de Wollanup très crédible en lui inventant toute une gamme de lois absurdes, des personnages très poussés dans leurs caractères mais tout à fait convaincants. Certains éléments fantastiques viennent encore se rajouter avec beaucoup de plaisir à l’histoire.

Douglas Kennedy, jusqu’alors auteur de récits de voyages, s’était vu refuser le manuscrit de Cul-de-sac par quasi tous éditeurs américains. C’est en Grande-Bretagne, où il vit d’ailleurs la plupart du temps, que ce livre a pu être édité

Cul-de-sac est le premier roman de Douglas Kennedy, une grande réussite et un véritable plaisir de lecture.

A lire !

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 Voir également :
- La femme du Ve (The Woman in the Fifth) - Douglas Kennedy (2007), présentation et extrait
- L'Homme qui voulait vivre sa vie (The Big Picture) - Douglas Kennedy (1997), présentation