vendredi, 17 septembre 2010

Treize hommes dans la mine - Pierre Hubermont - 1930

bibliotheca treize hommes dans la mine.jpegUne journée comme une autre s’annonce pour Prosper, Jeansef et toute leur équipe alors qu’il s’apprête à descendre dans la mine pour y extraire ce précieux charbon qui les fait tous vivre. Hors en ce jour, un éboulement a lieu, d’abord une aération qui se bouche, puis toute une veine qui se bouche enfermant dans la terre les treize hommes dont Prosper et Jeansef. En surface les secours s’organisent rapidement, mais que faire pour sauver ces hommes ? Ils étoufferont bien trop vite, enterrés vifs...

Treize hommes dans la mine de l’écrivain belge Pierre Hubermont nous conte sur base d’un tragique accident, comme il y en a eu tant à l’époque, et d’ailleurs toujours encore de nos jours, la terrible histoire de ces ouvriers dans les mines. Le charbon était le nerf de l’industrie et l’une des conditions d’existence du monde moderne. Pourtant ces mines étaient restées très rurales, archaïques mêmes, seules travaillés par la sueur de certains hommes qui y grattaient les parois à la recherche de cet or noir. Pierre Hubermont réussit en à peine une centaine de pages à la fois de nous raconter une histoire tragique mais aussi de parfaitement illustrer le fonctionnement de ces mines. On y découvre ainsi la dure labeur quotidienne des ouvriers, la gestion de ces mines, souvent propriétés de fermiers et autres propriétaires terriens, les travaux de l’ingénieur à l’exemple de Liévin qui fera tout pour sauver ses hommes, mais finira par les condamner faute de solution autre. La question sociale est évidemment posée, l’auteur était d’ailleurs fort engagé dans ces mouvements à son époque, mais ici, contrairement à ce que l’on retrouve dans d’autres romans du même type, dont le célèbre Germinal d’Emile Zola, Hubermont ne caricaturise jamais ses hommes pour montrer leur misère. Ici, pas d’ouvrier alcoolique, pas de patrons terriblement inhumains, seuls des hommes comme tout le monde, et lorsqu’à la fin les treize hommes vont enfin se révolter, ils se retrouvent seuls dans la terre, l’émeute se brise avant même d’avoir commencée, et il se voient réduits à l’impuissance la plus totale.
Au-delà du sujet fort et admirablement bien mené, il y a aussi le style d’écriture à la fois riche, fort et poétique. Tous les personnages sont bien étoffés, souvent juste à partir de quelques mots choisis de façon admirable avec précision et concision. Les descriptions donnés, dont celle de la terre impressionnent et marquent: la terre écrase, elle brûle, elle déjoue les tentatives des sauveteurs et Hubermont en faut un véritable monstre, et finalement le personnage principal du texte.

Les textes d’Hubermont ont été quelque peu oubliés avec le temps qui passe, une affaire de collaboration durant les années 1940 ayant encore contribuée à écarter cet auteur. Pourtant ce texte, Treize hommes dans la mine, est d’une richesse et d’une force inouïe. Et pour ceux qui croient que le sujet n’est plus d’actualité, aujourd’hui que de nombreuses mines d’Europe sont fermées, qu’ils tournent leur regards vers les mines de charbon de Chine, qui comptent 20.000 victimes par an en ce début de XXe siècle, ou alors celles d’Amérique du Sud, où au moment où j’écris cet article une trentaine d’ouvriers sont toujours reclus depuis le 5 août sans espoir de sortie prochaine dans la mine de San José au Chili.

A lire !

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Présente édition : Editions Labor / Espace Nord, 16 octobre 1993, 171 pages