jeudi, 09 décembre 2010

La Carte et le Territoire - Michel Houellebecq - 2010

bibliotheca houellebecq la carte et le territoire.jpg“Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l’histoire, il commencerait peut-être par vous parler d’une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël.
Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russe rencontrée au début de sa carrière, lors d’une première exposition de son travail photographique à partir de cartes routières Michelin. C’était avant que le succès mondial n’arrive avec la série des « métiers », ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l’écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l’exercice de leur profession.
Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police.
Sur la fin de sa vie il accédera à une certaine sérénité, et n’émettra plus que des murmures.”

Michel Houellebecq est certainement l’auteur français faisant le plus débat en ces années 2000. Certains crient au génie, d’autres à l’escroquerie médiatique et au plagiat, le débat fait rage depuis des années.  En tout cas une chose est sûre : Houellebecq intrigue et passionne.
L’année 2010 verra attribuer à cet écrivain un Prix Goncourt pour La Carte et le Territoire, une attribution décidée d’avance d’un prix plus connu pour ses magouilles que pour les qualités littéraires qu’il est censé mettre en avant.
Je ne tiens sûrement pas à refaire tout ce débat et n’étant guère amateur des précédents livres de l’auteur, j’ai quand eu envie de juger par moi-même de ce qu’il en était exactement de son dernier.

Dans La Carte et le Territoire Michel Houellebecq nous invite donc à suivre l’itinéraire d’un artiste faisant carrière dans le monde de l’art parisien. La Carte est plus intéressante que le Territoire se dit celui-ci en photogrraphiant des cartes routières Michelin en début de sa carrière, préférant l’iréel au réel insondable. Et le succès ne tarde pas d’arriver pour lui. L’auteur nous fait ainsi connaître le monde de l’art, par quelques analyses bien vues, avant de se mettre en scène lui-même, de façon assez drôle. Ensuite, tout au long de la vie de Jed Martin qui s’étend sur plusieurs décennies dans notre futur, Houellebecq nous fait vivre toute une galerie de personnages vivant dans un monde quelque peu à part, celui de la Carte... et non celui du Territoire.

Ce sujet plutôt intéressant m’a bien capté dès les premières pages et bien entraîné ensuite par le style à la fois classique et très contemporain de son auteur. L’auteur fait preuve d’un certain humour parfois très lourd et souvent décalé, ainsi que de beaucoup d’auto-dérision. Les réflexions faites sur le marché et la valeur de l’art sont plutôt intéressantes, d’autres bien moins convaincantes et souvent inutiles, voir superficielles. Certaines publicités glissés dans le texte dérangent fortement : pour exemple à plusieurs reprises il est question d’un appareil photo Samsung, dont tout le monde se trouve d’accord de dire que c’est le meilleur du marché, et le nombre de marques cités avec leurs qualités diverses est assez impressionnant.

Dans son ensemble le roman est moins fort que les précédents, Houellebecq semblant moins s’aventurer de partout en cherchant à impressionner tout en donnant plus de force au contenu . Il est également moins choquant, guère de misogynie ni de xénophobie ici. En bref La Carte et le Territoire est bien moins dérangeant que les autres et quelque part plus réussi dans son unité.

Finalement La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq, moins fort, moins impressionant et moins dérangeant que ses précédents, s’avère être toutefois un roman plutôt plaisant, offrant quelques belles réflexions sur l’art.

En somme un plutôt bon roman, procurant un beau plaisir de lecture. Mais sans plus !


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Présente édition : Editions Flammarion, 3 septembre 2010, 428 pages


Voir également :

Les particules élémentaires - Michel Houellebecq (1998), présentation
La possibilité d’une île - Michel Houellebecq (2005), présentation

mardi, 22 avril 2008

Les particules élémentaires - Michel Houellebecq - 1998

bibliotheca les particules elementaires

Bruno et Michel sont nés à la fin des années cinquante de la même mère. Ils sont demi-frères mais leurs vies seront totalement opposées. L’un vit dans l’anonymat profitant à fond de la vie, notamment sexuelle, mais tout en restant dans la solitude. L’autre, un grand scientifique, ne vit que pour ses recherches, il a l’esprit mathématique et sa vie est en tout point parfaitement rangé et cela au détriment de sa vie personnelle et sentimentale. Finalement le seul point commun entre les deux est leur immense solitude : l’un l’a choisie, l’autre la subit. Ce mal-être a débuté dès leur jeunesse, issue de la société libertaire des années soixante. A leur éveil sexuel alors que Bruno ne vit presque que des échecs, Michel n’y trouve guère d’intérêt. Et leurs vies se poursuivront ainsi, dans la solitude, allant d’échec en désastre jusque dans un futur proche de notre époque, une vie de désenchantement, qui permet de comprendre le véritable mystère des rapports humains qui n’est autre que l’illusion.

Les particules élémentaires
du fort controversé auteur français Michel Houellebecq sort en 1998 et va cette année-là faire couler beaucoup d’encre dans la presse, ainsi que de violents débats. Le résumé du livre, plutôt intéressant, ne laisse cependant guère présager du roman. Michel Houellebecq nous conte la vie parallèle de ses deux personnages depuis la fin des années 50 jusqu’en 2009, l’histoire ne s’achevant réellement qu’en 2029. Pour Houellebecq c’est surtout l’occasion de revoir la situation historique des mœurs, qui pour lui se résume quasi uniquement à la sexualité, des années 60 jusqu’au années 90. La conclusion, située en 2029, a pour but à Houellebecq de donner une fin, style science-fiction, à son étude de mœurs, un peu pour se prouver à lui-même qu’il est dans le vrai. Cependant le tout est assez ridicule, surtout la conclusion qui paraît de plus fort inutile. Alors que le sujet du livre semble être les errements de l’homme en cette fin de siècle, un véritable roman de société voulant nous proposer une véritable analyse psychologique d’une période, Houellebecq ne s’attarde qu’à de vaines provocations et ne cesse tout au fil des pages de nous décrire les dérives sexuelles de ses personnages. Le ton est cru, vulgaire et ne semble servir qu’à choquer le lecteur. Et d’un point de vue provocation, Michel Houellebecq sait s’y faire : misogynie, homophobie, xénophobie, racisme même… Tout y passe dans une lourdeur difficilement soutenable. La lecture est bien pénible, ennuyeuse car sans intérêt pour arriver à une fin nous décrivant un monde idéal où les êtres humains auraient sans cesse des plaisirs sexuels sans la nécessité d’entrer en rapports avec d’autres. C’est affligeant, certains passages frisent le ridicule le plus absolu. Et hélas pour Houellebecq : être un grand provocateur ne suggère en rien le fait d’être un grand écrivain.


En bref, Les particules élémentaires est un roman provocateur, terriblement lourd et pénible. Même s’il réutilise continuellement les mêmes recettes dans ses romans, certains sont cependant bien plus réussis que celui-là.

A éviter !

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Voir également :
- La possibilité d’une île - Michel Houellebecq (2005), présentation- La Carte et le Territoire - Michel Houellebecq (2010), présentation

dimanche, 11 mars 2007

La Possibilité d'une île - Michel Houellebecq - 2005

bibliotheca la possibilité d une ile

Daniel est un humoriste provocateur et qui vit en ce début de XXIe siècle. Il rédige son autobiographie, ou son "récit de vie", afin qu'il soit lu par ses descendants. Il y raconte sa carrière de comique et d'homme de spectacle, ses relations amoureuses et son entrée dans une secte, les Elohimites, qui cherche à donner l'immortalité à ses disciples. Et c'est pour cela que Daniel écrit sa vie, pour qu'elle soit connue par ses descendants clonés. Quand le premier clone de Daniel voit le jour, longtemps après sa mort, il est imprégné du récit de vie de son original et vit sa vie de clone tout en ajoutant les commentaires de sa propre vie. A sa mort, un autre clone prendra la relève en s’imprégnant du récit de vie de Daniel1 mais également des commentaires du premier clone et ainsi de suite. Ici, c'est, plusieurs siècles plus tard, Daniel24 et à la mort de celui-ci, Daniel25, qui nous font découvrir la vie de Daniel1. Mais ces clones qui naissent adultes et qui s'imprègnent de vies qu'ils n'ont pas vécues, se transforment petit à petit. Ils s'ennuient, deviennent monotones et ont fini par oublier la notion d'émotion. leur seul but est d'attendre et de mourir pour être remplacé par un autre clone. Certains tentent de s'échapper, mais tout ce qu'ils trouvent est alors un monde dévasté où vivent des humains retournés à l'état sauvage.

On s'en souvient, La Possibilité d'une île a été la parution de loin la plus médiatisée de l'année 2005. L'éditeur avait fait tout son possible pour entretenir un mystère autour de ce livre qui est vite devenu incontournable. D'ailleurs même le quatrième de couverture n'indique absolument rien sur le contenu du livre. De plus avec La Possibilité d'une île, on ressent que Michel Houellebecq est plus devenu une marque qui vend qu'un auteur réel. Mais ce dont il n'avait pas été question, c'était le livre en lui-même. Comme d'habitude ce sont ceux qui en lisent le moins qui en parlent le plus, et une fois le livre paru et enfin lu, les médias n'en parlaient plus. Et c'est vrai, La Possibilité d'une île est loin d'être un chef-d'oeuvre, même s'il contient certains éléments intéressants.
Le roman est construit sur le récit de vie de Daniel1, partie majeure du livre, que coupent et prolongent des commentaires des Daniel suivants. Par des chapitres successifs intitulés Daniel 1,1 jusqu'à Daniel 1,28 (référence aux repérages bibliques) le personnage central raconte les étapes de sa vie adulte avec ses conceptions du monde et ses états d'âme. Le tout est écrit dans un ton provocateur et parfos plutôt pénible pour le lecteur. D'ailleurs il semble que la seule chose réellement importante pour ce très antipathique héros soit sa vie sexuelle. L'épilogue sera faite par Daniel25, qui part seul à la recherche d'une île-paradis à travers le monde dévasté et qui se rend vite compte de l'impossibilité d'une telle île, le bonheur n'étant pas un horizon possible.
Le style est bon, mais le tout reste toujours très cynique et terriblement provocateur. Le tout est saupoudré de nombreux éléments qui se veulent philosophiques sur l'existence dans la société d'aujourd'hui, le clonage et les sectes sans jamais rentrer dans les détails. Il s'agît d'ailleurs plutôt d'un roman philosophiqe que d'autre chose. De plus le tout est finalement très mssogyne sans qu'on y retrouve un quelconque second degré. D'un point de vue science-fiction, rien de terrible, d'ailleurs les éléments de science-fiction ne servent que comme outil pour supporter certaines des idées de l'auteur, sans toutefois apporter quoi que ce soit de neuf dans le genre. la lecture reste cependant plutôt agréable, Houellebecq réussissant malgré tout à nous entraîner grâce à sa prose.

Finalement La Possibilité d'une île est plus une curiosité littéraire que réellement un bon livre, qui toutefois pourra plaire à un certain nombre de personnes.

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 Voir également :
- Les particules élémentaires - Michel Houellebecq (1998), présentation
La Carte et le Territoire - Michel Houellebecq (2010), présentation