mercredi, 08 décembre 2010

Le Tempestaire, tome 2 : Les Flibustiers du Vent - Johan Heliot - 2010

bibliotheca le tempestaire les flibustiers du vent.jpgJed et ses compagnons fuient Rédemption. Les Naufrageurs ont été éliminés par Monsieur Chandaigne, embauché par les Directeurs de la Compagnie, mais il n’a pas pu tuer Jed, qu’il a reconnu comme un élémentaire. La Matrone, l’antique créature tempestaire et Haggis sont morts.
Accompagné de Kerlan le marin, Nunno, l’ex-Chien de guet, Edwyn, Isiane et Naït rejoignent la cité corsaire de Maloïnn où ils persuadent Pellot, le premier Lieutnant du Fringuant de les laisser monter à bord. Mais nos jeunes héros ne sont encore guère débarrassés de leurs ennemis. A Rédemption Morrow, qui a pris la place de Haggis, compte bien se venger. il s’associe à Monsieur Chandaigne qui, lui aussi, compte bien mener à bien la mission confiée par les Directeurs.
Entre tempêtes et attaques corsaires, l’équipée doit fuir de menaces en menaces et ne se doute pas un seul instant que la pire d’entre elles vient de réveiller : l’Aergys. Elle ouvre une brèche dans l’espace à destination de l’Archipel. Flibustiers, esprits et morts vivants s'affrontent dans ce dédale d'îles et d'îlots où règne encore l'ancienne magie. C'est également là que se trouve la clé du mystère des origines du tempestaire... 

Le Tempestaire, tome 2 : Les Flibustiers du Vent de l’écrivain français Johan Heliot fait directement suite au tome précédent La Confrérie des Naufrageurs (2010) dans ce même univers situé quelque part entre fantasy et science-fiction. On y retrouve ainsi le personnage du Tempestaire accompagné de ses amis dans de nouvelles aventures qui cette fois les porteront à défis les dangers de la mer en proie aux corsaires et flibustiers, mais aussi à la magie et aux univers parallèles. Le tout est très passionnant, original et flamboyant,  d’autant plus que l’on en apprend davantage sur nos jeunes héros. Ainsi il est question de l’existence d’une tribu des élémentaires dont Jed porterait la marque, un secret caché dans l’Archipel et bien d’autres choses. De nouveaux personnages sont introduits et d’autres dons et pouvoirs sont décrits. Et le tout est parfaitement construit sur base de multiples aventures et péripéties dans un univers si différent et fascinant.

Courses-poursuites, tempêtes, batailles navales... tout y est pour faire de Les Flibustiers du Vent, ce deuxième tome du Tempestaire une belle réussite de la littérature jeunesse francophone.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com


Extrait : premier chapitre

Chapitre 1

Entre les murs de Désespérance

La douleur réveilla monsieur Chandaigne. Il avait l’impression qu’un feu brûlait dans son cœur et ses poumons, ainsi que sous son crâne. Par réflexe, il tâtonna à la recherche d’une fiole de potion mais ne trouva rien à sa portée. Il prit alors conscience qu’il avait été presque entièrement déshabillé et allongé sur un bat-flanc à même le bois rugueux. On l’avait donc emprisonné, constata-t-il, amer. Au moins était-il toujours en vie, chercha-t-il à se rassurer. Mais pour combien de temps encore ? C’était toute la question…

Faute de soin, la maladie n’allait pas tarder à l’emporter vers l’En-Bas. À moins que ses geôliers s’en chargent avant elle. Quoi qu’il en fût, monsieur Chandaigne ne s’imaginait pas d’autre option. Cela acquis, il n’avait plus aucune raison de s’inquiéter. Seule l’incertitude nourrit le doute – une leçon apprise à la lecture des philosophes, ses plus chers amis des années passées. Il allait regretter leur fréquentation, mais savait-on jamais, peut-être s’en trouverait-il dans le Royaume d’En-Bas, prêts à lui tenir conversation ? L’éternité de la mort serait alors une épreuve moins dure à supporter.

Portant la main à son front, il ne fut pas étonné de la ramener poisseuse de sueur et de sang. Le mal progressait. Les forces du tireur émérite l’abandonnaient goutte après goutte, expulsées de son corps par le poison inoculé toute sa vie durant. L’alliage de métal utilisé pour la confection de ses balles en était la cause. Le don qui lui permettait de les diriger vers leur cible avait facilité l’absorption, scellant le sort de monsieur Chandaigne. Chaque fois qu’il ôtait une vie, il se rapprochait de sa propre fin. Avec la tournure d’esprit adéquate, on aurait pu croire à une sorte de justice, la manifestation d’un équilibre cosmique ou toute autre fadaise du même type. Mais ce n’était pas la manière de penser du chasseur d’hommes. Lui préférait y voir l’ironie de l’univers qui attribuait à certains un talent de grande valeur tout en en condamnant l’usage.

Il parvint à se mettre debout et entreprit d’explorer sa cellule. Les murs suintaient d’humidité. Une mousse verdâtre, piquetée de taches grises, recouvrait une partie de la pierre. La lumière du jour s’infiltrait par une étroite meurtrière, inaccessible. Il aurait fallu se hisser sur la pointe des pieds, juché sur le batflanc, pour espérer l’atteindre. Monsieur Chandaigne se savait incapable d’un tel effort. Il n’essaya même pas. Le nez levé au ciel, il se contenta d’inspirer une profonde bouffée d’air frais afin d’apaiser quelque peu l’incendie dans sa poitrine. L’odeur de la mer lui apporta des souvenirs d’embarquement et de longues traversées. Ainsi, sa prison s’élevait non loin du rivage.

Tendant l’oreille, il perçut les criaillements des mouettes et, de façon moins évidente, la rumeur continue du ressac. Des vagues se brisaient tout près de là, peut-être au pied même de la forteresse. Monsieur Chandaigne ne connaissait pas bien la géographie de Rédemption. Il savait que chaque quartier de la cité possédait sa maison de force, financée par les habitants, mais ignorait  laquelle appartenait aux gens de mer. En toute logique, il aurait dû être enfermé dans le Quartier Gueux, car c’était là qu’on l’avait capturé alors qu’il s’efforçait de couvrir la fuite du jeune tempestaire et de ses compagnons, harcelés par une foule excitée. Pourquoi l’avait-on transporté hors de la vieille ville ? Voilà qui méritait réflexion. Monsieur Chandaigne se rassit. Il parvenait à tenir la souffrance suffisamment éloignée pour ne pas interrompre ses cogitations. L’exercice n’avait rien d’agréable. C’était comme tenter de repousser les assauts d’un fauve affamé qui sans cesse revenait à la charge. Tôt ou tard, la bête finirait par l’emporter et lui sauter à la gorge. En attendant, le tireur ne pouvait que se livrer à l’art délicat de la supputation.

Quel était le point commun entre Jed, l’apprenti tempestaire, et le monde de la mer ? La réponse tenait en un mot, synonyme de pouvoir et de richesse : la Compagnie. Ses Directeurs avaient embauché monsieur Chandaigne pour mettre la main sur le garçon et procéder à l’élimination des Naufrageurs qui lui avaient accordé leur protection. S’il s’était acquitté de la seconde partie de sa mission, il avait finalement décidé de ne pas aller au bout de la première. Car il avait découvert la nature de Jed : celui-ci portait sur la nuque la marque des Élémentaires, dissimulée sous une avalanche de cheveux clairs, presque blancs – un détail qui changeait la donne.

De nombreuses saisons plus tôt, avant que la maladie ne se déclare, Chandaigne avait vécu ses plus belles années dans différentes îles de l’Archipel.

Il n’était alors guère plus âgé que Jed aujourd’hui.

Une légende commune aux peuples autochtones attribuait à la tribu des Élémentaires une puissance telle que longtemps après sa disparition elle faisait toujours l’objet d’un immense respect et d’une crainte encore plus forte. Certains vouaient un culte secret aux Élémentaires, malgré l’interdiction des sectes officielles. Déjà curieux de tout, Chandaigne avait assisté à quelques rituels prohibés. Il avait été impressionné par la ferveur des fidèles, qui les conduisait jusqu’à la transe, et plus encore par l’objet de leur adoration : de simples sculptures en bois, taillées dans des troncs d’arbres peints de mille couleurs dont les traits bruts dégageaient une incroyable aura. En les examinant de près, il avait constaté que chacun des totems avait gravés au feu à la base du cou quatre points séparés par une égale distance. Telle était la marque des Élémentaires, lui avait-on expliqué. Un point pour chaque élément primordial – eau, air, terre et feu. Hormis cette marque, rien ne distinguait les membres de l’ancienne tribu à présent dispersée, perdue sans doute et oubliée, sauf de certains insulaires.

Monsieur Chandaigne se souviendrait toujours de sa rencontre avec les Élémentaires. En grandissant, il s’était efforcé d’accumuler les connaissances à leur sujet. Elles tenaient en quelques lignes dispersées au hasard des recueils de contes couchés sur le papier par une poignée d’érudits. Jusqu’à sa rencontre avec Jed, le tireur n’aurait jamais pensé voir la marque sur un être vivant – et surtout pas un enfant ! – hors de l’Archipel.

Un ferraillement de serrure annonça l’irruption d’un visiteur. Monsieur Chandaigne concentra son attention sur la porte piquée de gros clous à tête carrée. Il arrangea sa position, de manière à se tenir le plus droit possible. Il ne voulait pas qu’on le découvre affaibli et tremblant.

Un Chien du Guet entra d’abord, une lanterne à la main. Il effectua une rapide inspection de la cellule puis fit un signe à celui qui se tenait sur le seuil. Le jeune homme s’avança à son tour. Solidement bâti et élégamment vêtu, il donnait l’impression de tirer grand plaisir de sa présence en ces lieux. Monsieur Chandaigne le reconnut aussitôt qu’il prit la parole :

« Il s’en est fallu de peu que notre première rencontre soit aussi la dernière, dit-il en effleurant la cicatrice sur sa tempe.

- Je rate rarement mon coup. Tu as eu de la chance. »

Morrow esquissa un sourire.

« Je connais ta réputation. Elle me semble largement usurpée. » Il engloba d’un geste les murs lépreux de la prison. « Triste fin pour un homme tel que toi.

- Qui es-tu pour en juger, toi qui n’as pas encore vraiment vécu ? rétorqua monsieur Chandaigne. Je vois toujours l’enfant sous tes habits précieux… »

Le sourire se mua en rictus. Morrow congédia le Chien du Guet avant de conseiller sur un ton menaçant :

« Si j’étais à ta place, je m’épargnerais les sarcasmes, surtout face au nouveau bourreau de la Compagnie.

- Mes félicitations pour cette promotion, se moqua monsieur Chandaigne. Mais je croyais que tu avais pris la place de Haggis ? »

Il se souvenait du discours tenu depuis le balcon de la Maison du Maître des Innocents. Haggis avait été tué. Son élève le plus doué le remplaçait.

« C’est exact, confirma Morrow. Mais il faut bien se distraire, aussi ! Et je dois avouer que je possède les capacités requises pour occuper la fonction de bourreau en l’absence de maître Borguigne. Oh, je n’ai guère de mérite… J’aime faire couler le sang. Je dois tenir ça de mon père…

- Tu as fait le déplacement juste pour m’annoncer la nouvelle ? Si tu as autre chose à dire, viens-en au fait, je te prie. Le reste ne m’intéresse pas. »

Le dédain affiché par le prisonnier piqua Morrow au vif – ce qui était bien l’effet escompté.

« Tu seras moins fier une fois que j’aurai commencé à te dépecer en place publique !

- Ça me paraît évident », souligna monsieur Chandaigne en réprimant un bâillement.

Morrow fut soudain sur lui, le poing serré autour de son cou. Le tireur n’avait rien vu venir. Comment avait-il fait pour se déplacer aussi vite ?

« Je pourrais te tuer ici, tout de suite, mais ça ne serait pas drôle. Toutefois je veux que tu saches qu’il faut me prendre au sérieux ! »

Il écumait, littéralement, crachant ses postillons au visage de Chandaigne. Ce dernier avait de plus en plus de mal à respirer. Il puisa dans ses ultimes réserves d’énergie pour prononcer les mots suivants, les arrachant à la douleur :

« La mort… n’est pas… une chose… sérieuse. Tu es… trop jeune… pour le… comprendre. »

L’autre poing de Morrow  s’abattit avec une violence inouïe sur le mur, tout près du crâne du tireur.

Il semblait incapable de maîtriser la rage qui bouillonnait en lui.

« Laisse-moi t’expliquer ce qui t’attend demain, reprit-il d’une voix vibrante de colère. Les Directeurs ont décidé d’offrir un spectacle aux citoyens de Rédemption. La foule a besoin de distraction après les événements des derniers jours. Et aussi d’un exemple. Chacun doit voir ce qui arrive quand on trahit la Compagnie ! »

*

Les ténèbres empêchaient de prendre toute la mesure du cachot. Une épouvantable odeur de déjections imprégnait l’air ambiant. Des ombres vives et nombreuses se mouvaient derrière les piliers de soutènement. Peut-être s’arrangeaient-elles pour s’approcher sans bruit du nouveau venu. Mais de telles précautions étaient inutiles car il ne pouvait pas les entendre. Néanmoins, Pucket se tenait sur ses gardes, les poings serrés, prêt à défendre sa peau. Un bourdonnement emplissait son crâne depuis qu’il s’était crevé les tympans pour  échapper à l’emprise du Maître des Innocents. Le sang coagulé avait formé un bouchon dans ses oreilles, l’isolant définitivement du monde extérieur. Lorsque les Mirliflores l’avaient vendu aux Chiens du Guet, la scène lui était apparue aussi irréelle qu’un spectacle de lanterne magique, rien qu’un jeu de mouvements muets, une histoire sans paroles. Il y avait eu tractation, négociation, de l’argent avait circulé de la main à la main, on l’avait malmené et on lui avait craché au visage, mais le grand garçon était demeuré imperturbable. Même la douleur lui avait semblé  appartenir à quelqu’un d’autre. Après l’assassinat de Haggis, rien ne pouvait plus l’atteindre.

C’était du moins ce qu’il croyait jusqu’à ce qu’on le jette dans ce cul-de-basse-fosse de la Désespérance. Le nom désignait à la fois l’îlot et la forteresse pénitentiaire qui y élevait ses sinistres murailles battues par les vagues et les vents soufflés du large. Propriété de la Compagnie, la Désespérance était comme un navire de pierre perpétuellement à l’ancre, à bord duquel croupissait un équipage de laissés-pour-compte. Marins et dockers chapardeurs ou indisciplinés, officiers désobéissants ou armateurs concurrents, tous avaient en commun de s’être attiré les foudres des Directeurs. Il n’y avait eu ni procès ni jugement, mais de lourdes peines étaient tombées – la perpétuité en règle générale : rares étaient ceux qui revenaient d’un séjour entre les murs de la Désespérance.

Pucket fit un pas en avant. Son instinct lui criait de ne pas montrer sa peur. Mais tant d’histoires horribles couraient dans Rédemption à propos de cet endroit qu’il fallait être fou pour ne pas craindre ceux qui l’habitaient. On prétendait que faute de nourriture, ils s’entre-dévoraient. Que la chair tendre des plus jeunes y était un mets fort prisé. Que pour survivre ici, il fallait devenir une bête et abandonner ses scrupules à l’entrée. Autant d’épreuves que Pucket était prêt à affronter sur le chemin de sa déchéance – il était après tout un meurtrier.

« Montrez-vous ! » gronda-t-il de sa voix basse et éraillée.

Il espérait avoir employé un ton suffisamment menaçant pour persuader ses adversaires de sa détermination à combattre. Difficile toutefois de s’en rendre compte noyé dans un océan de silence. Un mouvement attira son attention sur la droite.

Un petit groupe de prisonniers avait surgi de derrière un pilier. L’unique rayon de lumière tombé du trou percé dans le ciel de pierre permettait à peine de distinguer les contours des silhouettes efflanquées.

« Je vous préviens, dit Pucket, je ne me laisserai pas faire ! »

Cela n’eut guère d’effet. Les prisonniers se déployèrent pour l’encercler. À mesure que sa vue s’habituait à l’obscurité, Pucket discernait certains détails qu’il aurait préféré ne pas remarquer. Celui-ci n’avait qu’un bras, l’autre, le membre tranché au niveau de l’épaule, exhibait un moignon encore à vif ; celui-là avait la face à moitié dévorée par une prolifération de bubons et de cloques purulentes ; cet autre-ci rampait sur la paille pourrie, traînant derrière lui des jambes inutiles, odieusement tordues…

Un seul paraissait ne souffrir d’aucune infection et posséder la totalité de ses membres. Mais il était de petite taille et assez mince, si bien que Pucket le prit pour un nain. Il constata son erreur quand la lumière lui révéla ses traits.

« Corey ! C’est bien toi ? »

Pucket s’approcha prudemment de son ami. En quelques gestes, il lui fit comprendre qu’il avait perdu l’usage de l’ouïe. Corey l’observa sans réagir. Il avait changé. Il n’avait plus le même regard et ne souriait plus. Son expression demeurait curieusement figée, comme s’il ne maîtrisait  plus les muscles qui animaient ses lèvres. Pucket comprit qu’il avait dû en baver depuis sa capture par les Chiens du Guet, quelques semaines plus tôt.

« Que s’est-il passé ? » lui demanda-t-il.

Corey prit soin de bien articuler sa réponse.

« Je ne veux pas en parler. »

Pucket voulut poser la main sur son épaule, mais Corey recula.

« Non ! s’exclama-t-il. Il ne faut pas que tu… »

Il ne put en dire plus. Une main énorme s’était abattue sur son épaule. Elle appartenait à un prisonnier véritablement impressionnant, dont le sommet du crâne était aussi lisse qu’un œuf, dont il avait par ailleurs la forme. Torse nu, il laissait admirer la somme de ses tatouages étalés sur la moindre surface de peau. Le colosse était couvert de dessins des pieds à la tête. Rouges, bleues et noires,  les figures composaient un hallucinant bestiaire mêlé de créations macabres.

Pucket reconnut des crânes humains, des rapaces aux serres refermées sur des proies ensanglantées, des gargouilles ouvrant des gueules grimaçantes, parmi tout un tas d’autres animaux plus ou moins imaginaires. La créature la plus monstrueuse étalait ses traits grotesques à hauteur du cœur. L’espace d’un instant, Pucket eut la très désagréable impression qu’elle lui souriait.

« Il est à Tord-Col, dit le monstre peinturluré, raffermissant sa prise sur l’épaule de Corey. Comme tout le monde ici. »

Le géant tatoué se pencha sur Pucket pour déclarer en détachant nettement chaque syllabe :

« Toi aussi, tu appartiens maintenant à Tord-Col ! »

La nausée fit chavirer Pucket. L’haleine du monstre était effroyable. Il dégageait un relent de sueur âcre et de pourriture assez puissant pour donner le tournis. Pucket recula dos au mur du cachot.

« N’avancez pas, prévint-il.

- Ou sinon ? »

Tord-Col éclata de rire. Les autres prisonniers partagèrent son hilarité. Certains, toutefois, détournèrent la tête avant de refluer vers les ténèbres.

Pucket chercha une arme du regard, n’importe quoi qui aurait pu lui permettre d’affronter cet imposant adversaire avec une chance de s’en sortir indemne. Il ne trouva rien. Il allait devoir compter sur sa seule agilité pour lui échapper. Dehors, à l’air libre, cela n’aurait pas paru si insensé. Mais ici, dans les bas-fonds de Désespérance, il n’avait aucun espoir de l’emporter, pas même de rester en vie si la brute en avait décidé autrement.


Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com


Présente édition
: Editions Baam !, 8 septembre 2010, 378 pages


Voir également :
- Le Tempestaire, tome 1 : La Confrérie des Naufrageurs - Johan Heliot (2010), présentation et extrait

 

mercredi, 24 novembre 2010

Le Tempestaire, tome 1 : La Confrérie des Naufrageurs - Johan Heliot - 2010

bibliotheca johan heliot le tempestaire la confrerie des naufrageurs.jpgA sa naissance, Jed est abandonné par ses parents dans la ville de Rédemption à un certain Haggis, dit le Maître des Innocents. Celui-ci prend en charge des enfants abandonnés afin d’en faire quelque chose de rentable. Chacun des enfants recueillis devra se trouver un Don… ou alors mourir. Car il n’y a pas de place pour les faibles parmi les Innocents, ni même dans toute la ville de Rédemption.

Maltraité par son maître, Jed souffre régulièrement d’atroces migraines et, chaque fois, les tempêtes se déchaînent, un peu comme si les éléments reflétaient ses émotions. Il comprendra vite que son Don à lui est celui de Tempestaire, un très rare talent, soumis aussi à de très nombreuses convoitises.
Jed rencontre alors la Matrone des Naufrageurs. Celle-ci l’enlève de la Maison de Haggis pour lui révéler son don de Tempestaire, lui apprendre à s’en servir et découvrir sa véritable personnalité. Mais Haggis ne veut pas en rester là. Il lâche ses Innocents sur les traces du fuyard…

L’écrivain français Johan Heliot, auteur reconnu dans le vaste genre de l’imaginaire, lance avec Le Tempestaire, tome 1 : La Confrérie des Naufrageurs les débuts d’un nouveau cycle fantastique dédié à la jeunesse.
Ce premier tome sert avant tout un planter le décor… et quel décor ! Un monde situé quelque part entre fantasy et steampunk, rempli de mythes et de légendes, et peuplé de personnages aussi originaux qu’étranges. C’est impressionnant et le lecteur va de surprise en surprise.
Mais c’est bien l’ambiance qui d’abord frappe le lecteur, celle de Rédemption, une ville immense et sombre, entièrement tourné vers le commerce et le profit immédiat, point de chute de tous les miséreux du pays cherchant à faire fortune facilement. Les dangers guettent à chaque coin de rue, voleurs, escrocs, monstres, mais aussi des gangs et autres bandes mafieuses qui tentent d’étendre leur pouvoir.
L’histoire de Jed, ce jeune enfant abandonné et possédant ce Don si précieux de Tempestaire, nous est contée tambours battant, au fur et à mesure de ses aventures et rencontres. Peu à peu il fait son apprentissage, parmi les Innocents et en tant que tempestaire, afin de découvrir qui il est et aussi tout simplement de survivre dans cette ville si dangereuse.

Le Tempestaire, tome 1 : La Confrérie des Naufrageurs de Johan Heliot est un roman très original, plein d’aventures en tout genre, et qui devrait ravir tous les ados.

A découvrir !

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com


Vidéo promotionnelle concernant Le Tempestaire par les Editions Baam ! :

 


Extrait
: Prologue


Bienvenue à Rédemption


Les nuages s’étaient rassemblés au-dessus de la ville, tel un troupeau de grosses bêtes noires poussées par le vent. Ils étaient arrivés par la mer en lent cortège sombre, le matin même. Depuis, tout le monde attendait que l’orage éclate, mais les heures passaient et l’averse refusait de tomber. Le ciel pesait de plus en plus lourd à mesure que la journée avançait. Il donnait l’impression de vouloir écraser les toits couverts d’ardoise. On pouvait croire, en levant le nez, que les plus hautes cheminées allaient crever la panse des géants aériens chargés de pluie. Mais rien de tel ne se produisit.

L’orage se contenta de menacer. Chacun s’habitua à sa présence et reprit ses activités. La ville ne pouvait pas se permettre de faire de pause. Des marchandises arrivant du monde entier transitaient par ses entrepôts avant d’être distribuées dans l’arrière-pays. Ses quais accueillaient des navires jour et nuit. Les embarcations reprenaient la mer à peine leurs soutes déchargées et la solde des marins bue dans les tavernes du port. La grande cité ne dormait jamais À n’importe quelle heure, elle bruissait de mille rumeurs, propagées par ses marchands et ses dockers, ses tisserands et ses drapiers, ses bouchers et ses boulangers, ses crieurs publics et ses gardiens de l’ordre, ses mendiants et ses voleurs, ses honnêtes gens et ses fripouilles, et par des centaines d’autres catégories encore parmi tous ses habitants. Chaque jour, il en arrivait de nouveaux, attirés par la perspective d’une vie plus facile qu’à la campagne et dans les contrées reculées, demeurées sauvages, de l’intérieur du pays. Si bien que la ville ne cessait de s’étendre de façon anarchique, et ses immeubles de s’élever toujours plus près du ciel, car il fallait bien loger les hordes de miséreux qui affluaient le cœur gonflé d’espoir – avant de vite déchanter.

On disait que chacun venait ici trouver la rédemption pour un crime qu’il avait commis, peut-être celui de pauvreté… C’est pourquoi on avait appelé cette ville Rédemption. Ce nom en valait bien un autre, et il avait l’avantage d’être juste. Qui avait le premier ainsi baptisé la cité ? Personne ne s’en souvenait plus, si tant est que quelqu’un l’ait jamais su. Même les plus vieux habitants n’en avaient aucune idée, et certains étaient pourtant très, très âgés… Beaucoup plus qu’il n’aurait paru raisonnable de l’être !

Rédemption semblait avoir toujours été là, de toute éternité. C’était peut-être la vérité. Qui s’en souciait d’ailleurs ? L’essentiel demeurait qu’elle existât pour accueillir tôt ou tard ceux qui avaient besoin d’elle. Et, en ce jour où l’orage ne se décidait toujours pas à éclater, ils étaient nombreux à vouloir rejoindre Rédemption. Parmi eux, les passagers d’un chariot qui avançait sur la route bordant le rivage, au sud de la cité.

Ils avaient vu le ciel se couvrir et noircir alors qu’ils approchaient de leur but. L’homme qui conduisait l’attelage par la bride se contenta de hâter le pas. La femme assise à la place du cocher rabattit la capuche de son manteau. Elle tenait un nourrisson pressé contre son sein. Les pleurs de l’enfant se mêlaient au martèlement des fers de la mule sur le pavé. Le vent levé au large les dispersait sur la lande alentour. Le chariot continuait d’avancer. Les lumières des faubourgs le guidaient comme un phare dans la tempête.

Rédemption apparut d’abord comme un pan de ciel piqueté d’étoiles échoué en bord de mer. Des milliers de lampes à gaz brûlaient dans chaque quartier, soulignant le tracé compliqué des rues d’un trait bleuâtre un peu flou. De loin, on aurait cru une immense toile d’araignée semée de feux follets.

La route finit par s’écarter de la plage de sable noir où moussait une écume grise sous le ciel bas et obscur. Elle traçait une longue courbe à travers la lande et était désormais flanquée de murets élevés en pierre ronde. Les premières bâtisses apparurent. Il s’agissait d’anciennes fermes, autrefois éloignées du petit port de pêche qu’on n’appelait pas encore Rédemption. Aujourd’hui, les bâtiments avaient été reconvertis en auberge et en relais de poste. Là s’arrêtaient les voyageurs pas assez fortunés ou désespérés pour continuer leur chemin. Le chariot ne ralentit même pas.

Il arriva bientôt dans les faubourgs, constitués d’une ribambelle de villages engloutis par Rédemption avec le temps. Les espaces vierges, champs et prés communaux, vergers ou simples friches, avaient progressivement été avalés par la brique et la pierre, le verre et le métal. Des fabriques et des usines s’élevaient là où paissaient jadis moutons et vaches à la robe laineuse. De hautes cheminées fumaient tout le long de cette portion de la route. Des nuées de vapeur grasse, épaisse et sombre ajoutaient aux ténèbres de l’orage. Le chariot continua d’avancer.

Enfin, ce fut la ville, à proprement parler. Un incroyable enchevêtrement de ruelles tortueuses jalonnées de taudis et d’échoppes, une gangrène urbaine qui s’étendait depuis le port, véritable cœur et poumon de Rédemption. Le chariot s’arrêta. La femme serra l’enfant plus fort encore contre sa poitrine. Il pleura de plus belle. Peut-être à cause de l’odeur effroyable qui agressait ses narines, peut-être à cause de la cacophonie qui vrillait ses tympans. La pestilence et la voix de Rédemption lui souhaitaient la bienvenue, à leur inimitable manière. Quand on respirait l’une et qu’on entendait l’autre pour la première fois, elles vous marquaient à vie. C’est du moins ce que l’on prétendait.

L’homme repartit d’un pas hésitant, empruntant une rue un peu plus large que les autres, mais tout aussi encombrée. Une foule s’y pressait, épaule contre épaule, grands, petits et gros, jeunes, vieux et très, très vieux. Des animaux erraient dans cette forêt de jambes humaines, aussi à l’aise qu’au milieu des bois. Des strates d’ordures à divers degrés de décomposition pourrissaient dans l’indifférence générale au milieu de ce charivari. L’homme se fit bousculer, injurier et on lui rit au nez, mais jamais il ne lâcha la bride de sa monture. Il continua d’avancer jusqu’à une petite place dégagée, dans un quartier moins animé.

Moins prospère également. Ici, les façades des maisons semblaient sur le point de s’écrouler. La crasse s’accrochait aux murs et aux fenêtres comme la peau à la chair. Comme elle, peut-être protégeait-elle les foyers des agressions de l’extérieur…

Une vieille femme tirait de l’eau à une pompe publique, au milieu de la place. Traînant sa mule derrière lui, l’homme s’approcha. Un sourire engageant aux lèvres, il attendit que la vieille ait empli son broc.

Elle le détailla des pieds à la tête avant de lancer :

« Vous n’êtes pas né ici. Sûrement pas dans ce pays ! »

Elle parlait la langue commune des habitants de Rédemption, un mélange de tous les dialectes importés par les générations successives d’exilés. L’homme parvenait à en saisir le sens général, à condition qu’elle ralentisse son débit. Il le lui fit comprendre par signes. Puis il déplia le morceau de papier qu’il gardait au fond d’une poche et le lui présenta. La vieille prit le temps de déchiffrer l’écriture en grandes lettres malhabiles, tracées à l’encre rouge. Quand elle releva le nez de sa lecture laborieuse, son regard exprimait de l’incompréhension et aussi un soupçon de tristesse.

« Vous cherchez le Maître des Innocents ? » demanda-t-elle.

L’homme acquiesça d’un hochement de menton.

« Après tout, c’est vous que ça regarde, fit la vieille. Vous devez avoir une excellente raison. Je l’espère de tout mon cœur… »

Elle lui expliqua quel chemin suivre en quelques gestes.

« Vous ne pourrez pas vous tromper de baraque, celle de Haggis est la moins misérable de ce quartier pourri ! »

L’homme la remercia d’un nouveau signe et reprit sa route. L’enfant n’avait pas cessé de pleurer pendant ce bref échange.

« Autant t’habituer à te plaindre si tu dois vivre sous le toit du Maître des Innocents, mon gaillard », marmonna alors la vieille en esquissant un bref salut du bout des doigts.

Mais ni l’homme ni la femme au capuchon n’entendirent cette dernière remarque. Sinon, auraient-ils changé d’avis et fait demi-tour ? Impossible de le savoir. Et cela aurait-il empêché le destin de l’enfant de s’accomplir ? À nouveau, rien ne permet de le penser.

L’homme suivit donc scrupuleusement les indications fournies par la vieille. Le chariot s’immobilisa quelques instants plus tard devant la façade d’une bâtisse plus imposante que ses voisines. D’instinct, la femme se raccrocha à l’enfant, dont les sanglots avaient baissé d’un ton. Il n’émettait plus que de vagues vagissements, comme s’il avait compris qu’il était désormais inutile de geindre. Ils étaient arrives à destination.

Une immense porte de bois sculpté barrait l’entrée de la maison du Maître des Innocents. Des silhouettes d’anges y étaient représentées, et d’autres, moins facilement identifiables, qui évoquaient des hommes ou des femmes vêtus de longues tuniques plissées. Ces dernières portaient des masques, mi-souriants mi-grimaçants, ce qui leur donnait l’air de rire et de pleurer en même temps.

L’homme souleva la grosse patte de lion en fonte patinée et frappa le heurtoir plusieurs coups d’affilée. En attendant qu’on vienne ouvrir, il observa le reste de la façade. La vieille femme n’avait pas menti.

L’endroit semblait avoir été arraché par la main d’un dieu facétieux dans le plus beau quartier de la ville et inséré de force entre les bâtiments mitoyens, en voie de délabrement. En effet, la grande demeure du Maître des Innocents resplendissait. Les vitres de chaque fenêtre, du rez-de-chaussée jusqu’au troisième et dernier étage, étaient lavées de frais. Le bois des huisseries ciré et astiqué. La pierre elle-même repoussait naturellement la crasse, semblait-il.

Il y eut un déclic et la moitié grimaçante d’un masque se déroba, pour laisser apparaître à la place le visage d’un homme dans la force de l’âge. Il fallut aux visiteurs quelques instants pour comprendre qu’il s’agissait d’une simple imposte, une ouverture habilement dissimulée dans les sculptures de la porte.

« Que puis-je pour vous ? » s’impatienta le nouveau venu d’un ton qui laissait supposer qu’on le dérangeait.

L’homme s’éclaircit la gorge avant de prononcer l’une des phrases qu’il avait apprises par coeur en prévision de ce moment :

« Nous venons faire don d’un fils au Maître des Inno…

— Vous croyez que je ne m’en doutais pas ? le coupa sèchement son interlocuteur. D’où arrivez-vous, avec votre rejeton ? »

L’homme écarta les bras et haussa les épaules. Il n’avait pas compris la question.

« Peu importe, en fait. Si j’accepte le morveux sous mon toit, il appartiendra à Rédemption de toute manière.

— Êtes-vous le Maître ? articula péniblement l’homme, s’arrangeant pour dissimuler son trouble – il ne s’était pas attendu à tomber sur le propriétaire de la maison, et croyait avoir affaire à un domestique ou un concierge.

— Je suis Haggis, oui. L’enfant a-t-il déjà un nom ? »

La femme prononça alors quelques mots dans une langue que personne ne parlait en ville.

« Je ne connais pas ton charabia, l’arrêta Haggis. Tais-toi et approche, montre-moi à quoi ressemble ton fils. »

Cette fois, l’homme avait compris le genre d’ordre proféré par le Maître. Il traduisit pour sa compagne.

Celle-ci s’exécuta de mauvaise grâce.

« Présente-le-moi à la bonne hauteur », insista Haggis.

Elle fut obligée de tendre les bras pour atteindre le niveau de l’ouverture. L’enfant se remit à brailler dès qu’il aperçut le visage sévère du Maître des Innocents.

Celui-ci eut un froncement de sourcils. Aussitôt, l’enfant se tut. L’homme et la femme échangèrent un coup d’œil étonné. Jamais ils n’avaient pu convaincre le nourrisson d’obéir aussi facilement ! Ils devaient déployer d’infinis trésors de tendre persuasion pour parvenir au même résultat.

« Laisse-le-moi, lâcha finalement Haggis, j’en ferai bien quelque chose. As-tu couché par écrit l’histoire de sa naissance ? »

L’homme présenta un rouleau de parchemin tiré d’une poche de son habit.

« Donne », fit Haggis, passant la main par l’imposte.

Le rouleau disparut promptement.

« Bien, reprit le Maître. Maintenant laisse l’enfant devant la porte et pars. Tu connais la règle : ne reviens jamais, n’essaie pas de savoir ce que ton fils est devenu. Désormais, il m’appartient. »

Il avait parlé d’une voix claire, détachant nettement chaque syllabe, pour être sûr de bien se faire comprendre. L’homme acquiesça gravement. Ses poings serrés tremblaient, mais il ne chercha pas à contredire Haggis.

Cependant la femme ne se décidait pas à lâcher l’enfant. Elle restait immobile, affrontant le Maître du regard, semblant le mettre au défi de sortir de sa maison pour lui arracher son bien le plus précieux. Haggis demeurait imperturbable. Puis, il changea soudain d’expression. D’un coup, ses traits se détendirent, comme si tous les muscles de sa face se relâchaient d’une tension accumulée depuis des siècles.

Son visage n’avait plus rien de commun avec celui qu’il avait présenté jusque-là à ses visiteurs.

« POSE L’ENFANT ET PARS, QUITTE RÉDEMPTION À TOUT JAMAIS ! » tonna-t-il, et ce fut comme si l’orage tant attendu éclatait enfin.

La femme fut parcourue de frissons. Le cœur déchiré, mais incapable de résister à l’implacable volonté du Maître des Innocents, elle abandonna l’enfant devant la porte aux masques et se hâta de regrimper dans le chariot. L’homme tourna les talons à son tour, la tête basse et les épaules voûtées. Des larmes inondaient ses joues piquetées de barbe.

Haggis les observa tandis qu’ils s’éloignaient, puis disparaissaient au coin de la rue.

« Bon débarras, grommela-t-il. Nous n’avons pas besoin d’autres va-nu-pieds dans leur genre. »

Il leva ensuite le nez vers le ciel, qui s’était encore assombri.

« Le bourgmestre va-t-il enfin donner l’ordre de tirer au canon pour disperser ces fichus nuages ? » interrogea-t-il à voix haute.

En guise de réponse, l’enfant poussa un cri de détresse à fendre l’âme la plus endurcie. Haggis ne lui fit pas même l’aumône d’un regard. Il rabattit le masque pivotant avec un claquement sec.

Les pleurs de l’enfant résonnèrent longtemps devant la porte close. Personne n’osa s’approcher et tenter de le consoler. Personne n’osa l’emporter pour le mettre à l’abri alors que la nuit tombait, car ç’aurait été aller contre la volonté du Maître des Innocents. L’enfant allait devoir survivre à sa première nuit passée à Rédemption, et recevoir sa première leçon, sans se douter que sa formation d’Innocent venait de commencer.

Pour commander ce livre :

AMAZON.fr - FNAC.com - ABEBOOKS.fr - PRICEMINISTER.com

 

Présente édition : Editions Baam !, 8 mai 2010, 414 pages

Voir également :
- Le Tempestaire, tome 2 : Les Flibustiers du Vent - Johan Heliot (2010), présentation et extrait