lundi, 12 octobre 2009

La Fille dévastée - Rozenn Guilcher - 2009

bibliotheca la fille devastee

"Plus l’autre vous jette plus vous vous agrippez. Plus vous hait plus l’aimez. Et la force se multiplie par deux : l’autre dans la rage vous dans l’adoration. Elle vous tue tous les jours mais vous ne mourez pas. Et vous lui pardonnez. Elle est votre mère tout au monde et plus. Vous craignez le reste. Le monde vous fait peur. Mais je vous expliquerai une autre fois."

Une maternité non désirée, une enfant rejetée. Tel est le sujet de ce poignant roman, La Fille dévastée, de l'écrivain français Rozenn Guilcher, paru en octobre 2009 aux éditions Sulliver. Dans un double, l'auteur décrit à la fois les affres d'une mère qui fait tout pour oublier sa grossesse et son enfant, alors que l'enfant en question tente par tous les moyens d'imposer sa présence, en provoquant des réactions et émotions qui conduisent parfois à la colère. L'indifférence se transforme alors en haine, les émotions sont perverties et conduisent peu à peu les personnages à la folie. Le récit se compose de deux monologues qui s'imbriquent l'un dans l'autre sans hélas jamais se transformer en dialogue, tant souhaité. L'écriture très habile et rythmée de Rozenn Guilcher se décline de nombreuses façons, tantôt sous la forme d'aveux, comme sortis d'un journal intime, parfois sous forme de prose plus littéraire et même sous forme de poésie. Mais la qualité réelle du roman provient de l'immense capacité de l'auteur à reproduire les sentiments humains, notamment ceux qui régissent les relations mères-filles, et comment ceux-ci évoluent et se dégradent vers la folie.

La fille dévastée de Rozenn Guilcher est un roman fort et dur. Un roman unique en son genre.

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Extraits :

Lorsque je parle avec mère je parle vite vite très vite. Il n’y a pas de place. Alors vite ! Avant qu’elle ne reprenne son souffle et sa voix. Avant qu’elle ne prenne ce qu’elle ne m’a pas donné. Alors vite. Parle. Colle des mots. En apnée. Creuse avec mes doigts. Affolée. Précipitée. Parce que là rien n’attend ni n’entend. Il n’y a pas d’espace. Il n’y a pas de place. Alors avec les doigts un trou dans la terre comme une tombe. Avec les doigts.

Mère m’a filmée pendant les dix premières années de ma vie. Elle a tout gardé. Elle a des preuves. Elle a filmé mes colères, mes façons de manger, mes réveils, mes occupations, mes toilettes, mes jeux. Il y a des parents qui filment leurs enfants pour les souvenirs garder les bons moments. Mère me filmait pour m’espionner. Elle me surveillait ainsi. Elle me considérait comme un animal de laboratoire qu’il fallait observer. Analyser les réactions, réaliser des expérimentations. J’étais rat. Rat est devenu intelligent à force d’essayer de déjouer les pièges. Rat s’est dédoublé. Rat de laboratoire répondant aux critères expérimentaux.

J’ai longtemps cru que, pour être aimée, il fallait que je sois un rat. Sage. Avec les réactions qu’on attendait. Un rat digne de ce nom. Alors l’amour et le regard qui brille de mère parce que son rat s’est bien tenu. A été gentil et sage. Peut-être qu’elle lui donnera un sucre comme aux chevaux ou aux chiens.

Un sucre c’est de l’amour. Enfin je l’ai cru. Une récompense d’avoir été comme elle veut. Pour que maman m’aime être un bon rat. Se plier aux exigences. Se mettre de côté soi soi-même ne pas exister. C’est comme cela qu’on vous aime. C’est comme cela qu’on vous désire. Oui c’est cela l’amour. Sinon non. Et l’on vous punira. Et l’on vous fera comprendre que vous décevez vous êtes méprisable mauvais rat qui ne mérite pas une mère si dévouée qui fait tout pour lui ! Et les injures et les dénigrements. Mais ces coups-là ne se voient pas ne laissent pas de traces non. Pas traces sur corps. Je vous parle d’autres blessures. Mère était professionnelle en autres blessures parce qu’elle avait élevé un mauvais rat et qu’elle ne pouvait faire autrement que de le blâmer.
Le mauvais rat c’était moi.

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14:23 Écrit par Marc dans Guilcher, Rozenn | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature francaise, rozenn guilcher, romans psychologiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!