mercredi, 05 octobre 2005

En crabe (Im Krebsgang) - Günther Grass - 2002

bbbimkrebsgang

C'est la plus grosse catastrophe de la navigation. Le 30 janvier 1945 le paquebot "Wilhelm Gustloff", rempli de 6100 allemands, blessés et affamés, est attaqué et coulé par un sous-marin soviétique. Plus de 5000 personnes sont mortes, alors que la guerre était pratiquement finie...

Qu'il est difficile d'exorciser le passé encore palpitant de son pays ! Combien les acteurs restent englués dans les faits récents, dans les mythes fondateurs et destructeurs !

Le 30 janvier, c’est aussi le jour de l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933 et l’anniversaire de naissance du « Martyre ». Des anniversaires que l’on veut oublier. Mais c’est aussi celle du narrateur, né au cours du naufrage même, alors que sa mère sera l’une des rares rescapées.

C’est le 4 février 1936 que le juif dénommé David Frankfurter assassina le nazi Wilhelm Gustloff. Ce dernier fut alors élevé au rang de « Martyre » du troisième Reich. C’est ainsi que le bateau de croisière « sans classes », destiné à offrir des vacances sur les eaux norvégiennes aux travailleurs allemands, au nom du slogan « La force par la joie », fut baptisé Wilhelm Gustloff.

Cinquante ans plus tard, un jeune adolescent néonazi, qui se cache derrière un site Internet destiné à la gloire du Wilhelm Gustloff, le navire, comme à celle du « Martyre », exalte le régime nazi. À son tour, il assassine un jeune juif. « Parce que je suis allemand », clamera-t-il. L’Histoire avec un grand H semble avancer en crabe, de même que l’histoire personnelle du narrateur qui termine son récit, également tout en zigzag, par un : « Tout ça ne finit pas. Ça ne finira jamais ».

Un livre fort dérangeant sur l'histoire allemande, son passé et comment elle vit mal avec. Le livre a le mérite de faire parler tous les camps, le narrateur né à la fin de la guerre, deux adolescents, l'un néo-nazi, l'autre juif, le commandant du sous-marin soviétique, l'assassin de Gustloff, tout ça pour nous montrer que l'histoire, même celle-là, celle de la Seconde Guerre, ne se résume pas à la notion du tout est noir ou blanc.

Günther Grass a reçu et bien mérité, comme le montre le présent livre, le Prix Nobel de littérature en 1999