mercredi, 06 septembre 2006

Andorra - Max Frisch - 1961

Andorra est un petit pays, qui vit en véritable paix, et qui attend avec angoisse l’invasion des Casaques Noires, les redoutables soldats de la dictature du grand pays voisin. Andorra est une société parfaite, du moins c’est ce prétendent fièrement ses habitants. Tous les Andorriens sont purs et aux bonnes moeurs, les façades de leurs maisons sont blanches comme la neige, et de plus ils tolèrent même les juifs. Donc tout à fait le contraire des barbares du grand pays voisin. Un juif habite effectivement parmi eux, Andri, un jeune juif que, selon les racontars locaux, le maître d’école aurait courageusement enlevé à la barbarie du grand pays voisin. Mais aujourd’hui que l’invasion est proche, les habitants de Andorra commencent à réfléchir et à se demander s’il ne vaudrait peut-être pas mieux se débarrasser de ce juif encombrant ? Et la vie pour Andri va devenir de plus en plus difficile. Le menuisier ne veut pas d’Andri comme apprenti, le soldat lui cherche continuellement noise, le médecin rechigne à le soigner, l’aubergiste à le servir. Un jour un gibet est dressé au milieu de la place. Mais la population, si riche en vertus telle qu’elle le prétend, ferme les yeux. Le maître d’école voit cette vague d’antisémitisme monter et dévoile enfin la terrible vérité sur Andri : celui-ci ne serait pas juif, mais plutôt le fruit d’une affaire extra-conjugale avec une femme du pays des Casaques Noires, et l’histoire du juif sauvé d’une mort certaine n’était que prétexte à sauver sa propre morale.. Mais le mal est fait. Andri a adopté son identité de juif, même si elle n’est pas la sienne, et cette identité risquera de lui devenir fatale très rapidement.

Andorra est un drame de Max Frisch, présenté en première en novembre 1961 à Zürich. Les sujets principaux de ce classique de la littérature germanophone sont l’antisémitisme, la lâcheté et aussi l’identité de l’homme dans la société. Car c’est le manque de culpabilité, de mauvaise conscience et la lâcheté qui font agir les Andorriens, eux-mêmes n’ont jamais de torts et de responsabilités dans les atroces événements décrits. Personne n’a envie de se mouiller. «Je ne suis pas pour les massacres. Moi aussi j’ai sauvé des juifs, bien que je ne puisse pas les sentir. Et qu’est-ce qu’on a comme récompense? Rien ne les changera jamais.», déclare le médecin à la fin de la pièce. Sur quoi le soldat ajoute: «Je reconnais: je ne pouvais pas le sentir. Est-ce que je pouvais savoir que c’en était pas un, tout le monde a toujours dit que c’en était un, et puis d’ailleurs, je continue à croire que c’en était un tout de même. Depuis le début je n’ai jamais pu le sentir, mais c’est pas moi qui l’ai tué. J’ai simplement fait mon service. La consigne, c’est la consigne. Où est-ce qu’on irait, si les ordres n’étaient pas exécutés? Moi, j’étais militaire.».

Andorra en devient un puissant exemple des mécanismes de racisme et de manque de solidarité et un formidable palidoyer contre l’obéissance aveugle et finalement contre la bêtise humaine.

Andorra, dans cette pièce, est un état fictif, imaginaire, qui n’a rien à voir avec le petit pays pyrénéen que l’on connaît actuellement. C’est un modèle. Mais derrière ce modèle on reconnaît rapidement l’image de la Suisse, le pays natal de Max Frisch. La Suisse à l’image irréprochable face au grand méchant voisin des années quarante : L’Allemagne nazie.

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13:32 Écrit par Marc dans Frisch, Max | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : max frisch, seconde guerre mondiale, litterature suisse, antisemitisme, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!