jeudi, 08 mars 2007

Le Violon noir - Maxence Fermine - 2000

bibliotheca le violon noir

Venise, XIXe siècle. Les guerres napoléoniennes font rage à travers l’Europe. Johannes Karelski, un jeune violoniste de talent, est enrôlé dans l’armée française et est blessé au combat. Il sera alors cantonné à Venise, la Sérénissime, et logera chez un mystérieux luthier du nom d’Erasmus, amateur de jeux d’échecs et d’eau-de-vie. Les deux hommes, unis par leur passion de la musique et du violon, se rencontrent comme si c ‘était un signe du destin, et une relation forte va se nouer entre les deux. Johannes lui parle de sa vie vouée au violon depuis son plus jeune âge, ainsi que de l’opéra qu’il prépare depuis longtemps sans jamais en arriver à bout. Erasmus, quant à lui, lui raconte sa jeunesse dans les ateliers de Stradivarius et du mystérieux violon noir, l’instrument parfait et véritable chef-d’œuvre créé à l’image d’une femme, une merveilleuse cantatrice et l’amour de sa vie.

Après Neige (1999), son premier roman, Maxence Fermine renoue ici avec Le Violon noir avec le style concis et plein de poésie qui lui avait valu un immense succès pour son roman précédent. Les mêmes ingrédients sont là : une histoire d’amour passée mais qui subsiste encore au-delà de la mort, une structure semblable dans la relation des personnages (le jeune apprenti qui découvre les mystères du maître), et le tout sous forme d’un conte merveilleux pour adultes. Ici cependant le noir du Violon contraste avec le blanc, signe de pureté, de Neige (1999). Mais Le Violon noir nous parle avant tout de la passion pour la musique qu’éprouve le personnage d’Erasmus "qui n'eut jamais d'autre but dans l'existence que de changer sa vie en musique" et comme celle-ci va jusqu’à englober d’autres domaines de la vie, tel l’amour par exemple. D’ailleurs l’instrument fabriqué par le luthier sera à l’image de la dame de ses amours, jusqu’au point de se confondre. Lorsque l’un prend vie l’autre disparaît. De plus Maxence Fermine choisit comme cadre pour son roman la ville de Venise, ville de rêves à la gloire passée, qui reflète parfaitement les sentiments et passions décrites dans le récit.

Le violon noir est un magnifique petit roman de Maxence Fermine.

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Voir également :
- Neige - Maxence Fermine (1999), présentation et extrait

22:20 Écrit par Marc dans Fermine, Maxence | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : contes, litterature francaise, maxence fermine, poesie, venise | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mercredi, 23 août 2006

Neige - Maxence Fermine - 1999

"En vérité, le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Écrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une oeuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe."

Au Japon à la fin du XIXe siècle, le jeune Yuko Akita alors âgé de dix-sept ans, décide de devenir poète. Mais pas un poète comme un autre, il sera le poète de la neige. Le père de Yuko, un prêtre shintoïste, estime que la poésie n'est qu'un passe-temps et certainement pas un métier. Ainsi celui-ci essaie de freiner l'activité de son fils. Mais un jour beau jour arrive un poète de la cour Meiji. Il lit les poèmes du jeune Yuko qui l'impressionne fortement. Cependant les poèmes de Yuko sont d'une blancheur exagérée, telle la neige. L'envoyé de la couleur conseille alors au jeune homme d'aller se former auprès du grand artiste de l'époque, l'ancien samouraï Soséki. Celui-ci lui apprendra à de nouvelles couleurs qui complèteront les compétences du jeune poète. En chemin à travers les campagnes japonaises pour rejoindre le maître Soséki, Yuko fait une découverte qui le marquera à jamais. Il découvre le corps d'une belle jeune fille emprisonnée dans la glace et dont il tombe éperdumment amoureux.

Neige est un petit roman, voire un conte, plein de charme et de poésie. Avec ce premier roman, Maxence Fermine réussit une oeuvre d'un style simple et dépouillé de tout artifice inutile, tel un haïku, racontant le voyage initiatique et enchanteur d'un jeune poète à la quête de couleurs. Simple, concis, limpide tel des flocons de neige. Mais malgré sa simplicité, ce roman reste d'une beauté surprenante qui envoûtera le lecteur. Ce roman permet aussi au lecteur de se familiariser avec la poésie japonaise, plus particulièrement les haïkus, petits textes de 17 syllabes et de 3 vers qui jouent surtout sur la sonorité des mots, tel ce roman d'ailleurs. Mais sont repris également dans ce petit texte sans prétention les thèmes de l'amour, de la mort, de l'art et de la création artisitique et autre.

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Extrait:

"Yuko Akita avait deux passions.
Le haïku.
Et la neige.

Le haïku est un genre littéraire japonais. Il s'agit d'un court poème composé de trois vers et de dix-sept syllabes. Pas une de plus.

La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers.
Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu.

Il porte un nom. Un nom d'une blancheur éclatante.

Neige.


Vent hivernal
Un prêtre shinto
Chemine dans la forêt

Issa

Le père de Yuko était prêtre shintoïste. Il vivait dans l'île d'Hokkaido, au nord du Japon, là où l'hiver est le plus durable et le plus rigoureux.
Il apprit à son fils la puissance des forces cosmiques, l'importance de la foi et l'amour de la nature. Il lui apprit également l'art de composer des haïku.
Un jour d'avril 1884, Yuko eut dix-sept ans. Au sud, à Kyushu, les premiers cerisiers commençaient à fleurir. Au nord du Japon, la mer était encore gelée.
L'enseignement éthique et religieux du jeune homme était désormais terminé. Il était temps pour lui de choisir un métier. Depuis des générations, les membres de la famille Akita se partageaient entre la religion et l'armée. Mais Yuko ne désirait pas plus devenir prêtre que guerrier.
- Père, dit-il le matin de son anniversaire, près de la rivière argentée, je veux devenir poète.
Le prêtre fronça les sourcils d'une manière quasiment imperceptible mais qui trahissait toutefois une profonde déception. Le soleil se reflétait dans la moire de l'eau. Un poisson-lune passa entre les bouleaux puis disparut sous le pont de bois.
- La poésie n'est pas un métier. C'est un passetemps. Un poème, c'est une eau qui s'écoule. Comme cette rivière.
Yuko plongea son regard dans l'eau silencieuse et fuyante. Puis il se tourna vers son père et lui dit :
- C'est ce que je veux faire. Je veux apprendre à regarder passer le temps."

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Voir également :
- Le Violon noir - Maxence Fermine (2000), présentation