jeudi, 11 septembre 2008

Baudolino - Umberto Eco - 2001

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En 1204, à Constantinople qui est ravagée par la Quatrième Croisade, le narrateur Baudolino, un piémontais, charmeur, coquin, roublard et fieffé menteur, se raconte au Grec Nicétas Khoniatès qu'il a sauvé de la mort. Il a grandi dans la campagne du bas Piémont où guerroyait l'empereur germanique Frédéric Barberousse dont, l'ayant ébloui par son don des langues et son astucieuse fantaisie, il est devenu, à l'âge de treize ans, le fils adoptif. Il lui donne déjà de sages conseils, mais tombe amoureux de l'impératrice Beatrix.
Heureusement, il est envoyé à Paris où il connaît le double enseignement des maîtres et la bamboche la plus insouciante, écrivant des lettres d'amour à Beatrix. L'ingestion de miel vert lui fait découvrir le Paradis terrestre dont il se dit que ce devait être le pays plein de merveilles et de monstres, au-delà de la Perse, dans un lointain et inaccessible Orient, où règne le Prêtre Jean. Avec des compagnons, il invente alors une lettre que ce mythique personnage aurait écrite à l'empereur. Baudolino, qui croit dur comme fer à ses fables, se met à leur recherche, chargé d’une légation officielle par l’empereur, à qui a été envoyée par le Prêtre Jean en personne une invitation créée de toute pièce par le héros et ses compagnons, sous la forme d’un parchemin qui devient un document historique pour tout le monde, y compris pour ses inventeurs.
Et ses mensonges ne peuvent devenir que réels, du moins c’est à lui de les rendre ainsi. Ainsi va-t-il réellement au cours de ses voyages et au long de ses années rencontrer tous les êtres qu’il a imaginés, vivre tous les événements qu’il a prédit de voir et en faire la chronique officielle.
Et bien sûr il tombera amoureux d’une Hypathie, créature de ses propres rêves, avec laquelle il vivra une très belle histoire d’amour, malgré les jambes velues et les sabots de la belle jeune fille-chèvre.

Baudolino est un formidable roman historique et d’aventures où se succèdent les périples les lus surprenants que l’on puisse s’imaginer. On y vit de grandes batailles, des massacres, la découverte de contrées merveilleuses,  ainsi que des situations plus comiques ou romantiques. Tout y est, tout est vrai, ou alors tout est faux, mais l’importance est que Baudolino lui-même y croit. Il dit lui-même : «Le problème de ma vie, c'est que j'ai toujours confondu ce que voyais et ce que je désirais voir». Ce roman plonge donc le lecteur dans l’imaginaire médiéval au temps des Croisades, et qui rappelle les entreprises de l'empereur germanique Frédéric Barberousse en Italie et sa participation à la troisième croisade, sa mort et qui fait revivre la prise de Constantinople. Que des faits réels, mais qui sont intiment mélangés à l’imaginaire du personnage principal. La fausse lettre du Prêtre Jean devient vraie du moment que tout le monde y croit, et la réalité ne se dissocie plus du mensonge. D’ailleurs cette lettre fut effectivement envoyée à l’empereur, et jamais personne ne sut s’’il s’agissait d’une supercherie ou d’une vérité dévoilant l’existence d’un merveilleux royaume en Orient.
A côté de cela on retrouve un certain nombre de thèmes centraux dans l’œuvre d’Umberto Eco tel que le langage, la manière de voir et d’écrire l’Histoire, les rapports entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, sur  l’amour dans ses différentes formes, sur le fanatisme religieux et sur les légendes et mythes qui sont un pilier de la société. Mais pour Eco, situer le roman en ce treizième siècle sanglant, a aussi pour but de représenter l’Europe à une période des plus sombres de son histoire. Mais heureusement qu’existe quelque part ce Royaume du Prêtre Jean, ultime échappatoire contre ce continent en guerre. Cette aventure picaresque est aussi une parodie du roman de chevalerie qui, au lieu d'avoir pour héros Don Quichotte, a plutôt en Baudolino une particulièrement futé et menteur, plein de bon sens et pas guerrier pour deux sous. Et comme on le sait, Umberto Eco adore mélanger les genres : outre le côté historique, aventureux et merveilleux, on y retrouve un plus policier entourant la mort mystérieuse de Frédéric, une prétendue noyade, alors que celui-ci se trouvait entouré de ses hommes en route pour la Terre Sainte.
Et tout cela est apporté dans un style et une langue magnifiques. Le roman est long et ne connaît pourtant guère de temps morts pour tous ceux plongés dans l’histoire et s’intéressant à cette période historique.

Baudolino d’Umberto Eco est une magnifique fresque médiévale, pleine d’aventures, de merveilleux et aussi d’humour.

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Extrait :

Chapitre 2 : Baudolino rencontre Nicétas Khoniatès

Qu’est-ce que c’est ? demanda Nicétas après avoir tourné et retourné le parchemin dans ses mains et cherché d’en lire quelques lignes.

- C’est mon premier exercice d’écriture, répondit Baudolino, et depuis l’époque où je l’ai écrit -j’avais, je crois, quatorze ans et j’étais encore une créature des bois - je l’ai toujours porté avec moi, comme une amulette. Ensuite j’ai rempli beaucoup d’autres parchemins, jour après jour parfois. Il me semblait exister seulement parce que le soir je pouvais raconter ce qui m’était arrivé le matin. Puis me suffisaient les regestes mensuels, quelques lignes, pour me rappeler les événements principaux. Et, me disais-je, quand j’aurais atteint un grand âge -on pourrait donc dire maintenant - sur la base de ces notes je rédigerais la Gesta Baudolini. Ainsi au cours de mes voyages emportais-je avec moi l’histoire de ma vie. Mais en fuyant le royaume du Prêtre Jean...

- Prêtre Jean ? Jamais entendu ce nom.

- Je t’en parlerai, même trop peut-être. Mais je disais : dans ma fuite j’ai perdu ces pages. Ce fut comme perdre la vie même.

- Tu me raconteras à moi ce dont tu te souviens. Il m’arrive des fragments de faits, des lambeaux d’événements, et j’en tire une histoire tissue d’un dessein providentiel. Toi, en me sauvant, tu m’as donné le peu de futur qui me reste, et moi je te montrerai ma gratitude en te restituant le passé que tu as perdu.

- Mais mon histoire est peut-être dénuée de tout sens...

- Des histoires dénuées de sens, il n’y en a pas. Et moi je suis de ces hommes qui savent en trouver un, même là où les autres n’en voient pas. Après quoi, l’histoire devient le livre des vivants, une trompette retentissante qui fait ressusciter de leur sépulcre ceux qui étaient poussière depuis des siècles... Seulement il y faut du temps, considérer les péripéties, les regrouper, découvrir leurs liens, fût-ce les moins visibles. Mais nous n’avons rien d’autre à faire, tes Génois disent que nous devrons attendre tant que la rage de ces chiens ne se sera pas calmée. "

Nicétas Khoniatès, naguère orateur de cour, juge suprême de l’empire, juge du Voile, logothète des secrets, autrement dit - selon les Latins - chancelier du basileus de Byzance outre qu’historien de nombreux Comnènes et des Anges, regardait avec curiosité l’homme qui se trouvait devant lui. Baudolino lui avait dit qu’ils s’étaient rencontrés à Gallipoli, du temps de l’empereur Frédéric, mais si Baudolino y était, c’est perdu au milieu de quantité de ministériaux, tandis que Nicétas, qui traitait au nom du basileus, était bien plus visible. Mentait-il ? Il était en tout cas celui qui l’avait soustrait à la furie des envahisseurs, l’avait conduit dans un lieu sûr, l’avait réuni à sa famille et lui promettait de l’emmener hors de Constantinople... Nicétas observait son sauveur. Plus qu’à un chrétien, il ressemblait désormais à un Sarrasin. Le visage brûlé par le soleil, une cicatrice pâle qui traversait toute la joue, une couronne de cheveux encore roussâtres qui lui donnaient un air léonin. Nicétas s’étonnerait plus tard en apprenant que cet homme avait plus de soixante ans. Les mains étaient grosses, quand il les tenait réunies sur son ventre on voyait aussitôt les jointures noueuses. Des mains de paysan, faites davantage pour la bêche que pour l’épée.

Et pourtant il parlait un grec fluide, sans cracher sa salive à chaque mot comme faisaient d’habitude les étrangers, et Nicétas venait de l’entendre s’adresser à certains envahisseurs dans une langue à eux, hirsute, qu’il parlait vite et sec, tel qui sait en user même pour l’insulte. D’ailleurs, il lui avait dit la veille au soir qu’il possédait un don : il lui suffisait d’entendre deux personnes parler dans une langue quelconque et, peu après, il était capable de parler comme elles. Don singulier, que Nicétas croyait n’avoir été accordé qu’aux apôtres.

Vivre à la cour, et quelle cour, lui avait appris à estimer les individus avec une calme défiance. Ce qui frappait chez Baudolino c’était que, quoi qu’il dît, il regardait son interlocuteur à la dérobée, comme pour l’avertir de ne pas le prendre au sérieux. Manière que l’on peut permettre à quiconque, sauf à quelqu’un dont vous attendez un témoignage véridique à traduire en Histoire. Mais d’un autre côté Nicétas était curieux de nature. Il aimait entendre les autres raconter, et pas seulement des choses qu’il ne connaissait pas. Même les choses qu’il avait déjà vues de ses propres yeux, quand quelqu’un les lui redisait, il lui semblait les regarder d’un autre point de vue, comme s’il se trouvait sur le sommet d’une de ces montagnes des icônes et voyait les pierres tels les apôtres sur l’éminence et non tel le fidèle, d’en bas. Et puis il aimait interroger les Latins, si différents des Grecs, à commencer par leurs langues à eux, toutes nouvelles, chacune différente des autres.

Nicétas et Baudolino étaient assis face à face, dans la salle d’une tourelle aux fenêtres bilobées qui s’ouvraient sur trois côtés. L’une montrait la Corne d’or et la rive opposée de Pera avec la tour de Galata qui émergeait au milieu de son cortège de bourgs et de masures ; par l’autre, on voyait le canal du port déboucher dans le Bras Saint-Georges ; la troisième, enfin, regardait vers l’occident, et d’ici on aurait dû voir tout Constantinople. Mais, ce matin-là, la couleur tendre du ciel était obscurcie par la fumée dense des palais et des basiliques consumés par le feu.

C’était le troisième incendie qui frappait la ville au cours des neuf derniers mois, le premier avait détruit magasins et réserves de cour, depuis les Blachernes jusqu’aux murs de Constantin, le deuxième avait dévoré tous les fondouks des Vénitiens, des Amalfitains, des Pisans et des Juifs, de Perama jusqu’à la côte ou presque, n’épargnant que ce quartier de Génois touchant au pied de l’Acropole, et le troisième était en train de flamber de tout côté.

En bas, c’était un vrai fleuve de flammes, tombaient à terre les portiques, s’écroulaient les palais, se brisaient les colonnes, les globes de feu qui se détachaient du centre de cet embrasement consumaient les maisons lointaines, puis les flammes, poussées par les vents qui capricieusement alimentaient cet enfer, revenaient dévorer ce que d’abord elles avaient épargné. En haut s’élevaient des nues denses, encore rougeoyantes à leur base sous les reflets du feu, mais de couleurs différentes, savoir si par une illusion des rayons du soleil levant ou par la nature des épices, des bois et d’autres matières brûlées à l’origine. Non seulement : selon la direction du vent, de différents points de la ville provenaient des arômes de noix muscade, de cannelle, de poivre et de safran, de sénevé ou de gingembr

– c’est ainsi que la ville la plus belle du monde brûlait, certes, mais tel un brasier d’arômes exhalant leurs parfums.

Baudolino tournait le dos à la troisième fenêtre bilobée et on eût dit une ombre sombre halonée par la double lueur du matin et de l’incendie. Nicétas en partie l’écoutait et en partie repensait aux événements des jours précédents.

Désormais, en cette matinée-là du mercredi 14 avril de l’an du Seigneur 1204, autrement dit six mille sept cent douze depuis le début du monde, comme on calculait d’habitude à Byzance, depuis deux jours les barbares avaient définitivement pris possession de Constantinople. L’armée byzantine si scintillante d’armures et d’écus au temps des parades, et la garde impériale des mercenaires anglais et danois armés de leurs terribles bipennes, qui le vendredi encore avaient tenu tête aux ennemis en se battant avec hardiesse, avaient cédé le lundi lorsque les ennemis eurent finalement violé les murs. Cela avait été une victoire si inopinée que les vainqueurs eux-mêmes s’étaient arrêtés, pris de crainte, vers le soir, s’attendant à une rescousse et, pour tenir éloignés les défenseurs, ils avaient allumé le nouvel incendie. Mais le matin du mardi toute la ville s’était rendu compte que, durant la nuit, l’usurpateur Alexis Doukas Mursuphle avait fui dans l’arrière-pays. Les habitants, maintenant orphelins et défaits, s’étaient répandus en malédictions contre ce voleur de trônes qu’ils avaient célébré jusqu’à la veille au soir, de même qu’ils s’étaient mis à l’encenser quand il avait étranglé son prédécesseur, et, ne sachant que faire (vils, vils, vils, quelle honte, se lamentait Nicétas devant la vergogne de cette reddition), ils s’étaient réunis en un grand cortège, le patriarche et des prêtres de toute race en tenue rituelle, les moines qui jacassaient pitié, prêts à se vendre aux nouveaux puissants comme ils s’étaient toujours vendus aux anciens, les croix et les images de Notre Seigneur levées bien haut au moins autant que leurs cris et leurs plaintes, et ils s’étaient rendus à la rencontre des conquérants dans l’espoir de les amadouer.

Quelle folie, espérer pitié de la part de ces barbares qui n’avaient pas besoin que l’ennemi se rendît pour faire ce qu’ils rêvaient depuis des mois, détruire la ville la plus étendue, la plus populeuse, la plus riche, la plus noble du monde, et s’en partager les dépouilles. L’immense cortège des pleurants se trouvait devant des mécréants au froncement de sourcils courroucé, à l’épée encore rouge de sang, aux chevaux piaffants. Comme si le cortège n’avait jamais existé, commença le sac.

O Christ notre Seigneur, quelles furent alors nos détresses et nos tribulations ! Mais comment et pourquoi le fracas de la mer, l’assombrissement ou le total obscurcissement du soleil, le rouge halo de la lune, les mouvements des étoiles ne nous avaient-ils pas annoncé ce dernier malheur ? Ainsi pleurait Nicétas, le soir du mardi, faisant des pas égarés dans ce qui avait été la capitale des derniers Romains, d’un côté cherchant à éviter les hordes des infidèles, de l’autre trouvant son chemin barré par de toujours nouveaux foyers d’incendies, désespéré de ne pouvoir s’acheminer vers sa demeure et craignant qu’entre-temps certaines de ces canailles n’en vinssent à menacer sa famille.

Enfin, entre chien et loup, comme il n’osait traverser les jardins et les espaces découverts de Sainte-Sophie à l’Hippodrome, il avait couru vers le temple en voyant ouvertes ses grandes portes, et sans supposer que la furie des barbares arriverait jusqu’à profaner même ce lieu.

Mais, à peine y fut-il entré qu’il blêmissait d’horreur. Ce vaste espace était parsemé de cadavres au milieu desquels caracolaient des cavaliers ennemis obscènement avinés. Là-bas, la racaille brisait à coups de masse le portail d’argent et bordé d’or de la tribune. La superbe chaire avait été liée avec des cordes pour la dessocler et la faire traîner par une troupe de mulets. Une bande d’ivrognes aiguillonnait en sacrant les animaux mais les sabots glissaient sur le dallage poli, les armés stimulaient d’abord d’estoc et puis de taille les malheureuses bêtes qui, d’épouvante, se répandaient en rafales d’excréments, certaines tombaient à terre et se brisaient une jambe, si bien que toute la surface autour de la chaire était une bourbe de sang et de merdaille.

Des groupes de cette avant-garde de l’Antéchrist s’acharnaient contre les autels, Nicétas en vit qui ouvraient tout grand un tabernacle, empoignaient les calices, jetaient au sol les saintes espèces, de leur dague faisaient sauter les pierres qui ornaient la coupe, les cachaient dans leur vêtement et lançaient le calice sur un tas commun destiné à la fusion. Mais avant, certains, tout en ricanant, prenaient à la selle de leur cheval un flacon plein de vin, en versaient dans le vase sacré, et en buvaient tout en parodiant les attitudes d’un célébrant. Pire encore, sur le maître-autel désormais dépouillé, une prostituée à demi vêtue, troublée par quelque liqueur, dansait pieds nus à même la sainte table en caricaturant des rites sacrés, tandis que les hommes riaient et l’incitaient à enlever ses derniers effets ; elle, peu à peu mise à nue, s’était prise à danser devant l’autel l’antique et coupable danse de la cordace, avant de s’effondrer enfin, lasse et rotante, sur le siège du patriarche.

En pleurant pour ce qu’il voyait, Nicétas s’était hâté vers le fond du temple où se dressait ce que la piété populaire appelait la Colonne qui transpire - et qui, de fait, exhibait au toucher sa sueur mystique et continue, mais ce n’était pas pour des raisons mystiques que Nicétas voulait l’atteindre. Et, à mi-parcours, il avait trouvé son chemin barré par deux envahisseurs de haute stature - ils lui semblèrent des géants - qui lui criaient quelque chose d’un ton impérieux. Il n’était pas nécessaire de connaître leur langue pour comprendre que, d’après ses vêtements de cour, ils présumaient qu’il était chargé d’or, ou pouvait dire où il l’avait caché. Et Nicétas en cet instant se sentit perdu car, ainsi qu’il l’avait alors vu dans sa course hors d’haleine le long des rues de la ville envahie, il ne suffisait pas de montrer qu’on était muni de menue monnaie ou de nier posséder certain trésor en un certain endroit : des nobles déshonorés, des vieillards en pleurs, des possédants dépossédés se voyaient torturer à mort pour qu’ils révélassent où ils avaient caché leurs avoirs, tuer si, ne les ayant plus, ils ne parvenaient pas à le révéler, et abandonner à terre quand ils le révélaient, après avoir subi de tels et si nombreux sévices que de toute façon ils mouraient tandis que leurs tourmenteurs soulevaient une pierre, abattaient une fausse paroi, faisaient s’écrouler un faux plafond, et plongeaient leurs mains rapaces au milieu d’une vaisselle précieuse, du crissement de la soie et du frôlement des velours, caressant des fourrures, égrenant entre leurs doigts des pierres et des bijoux, flairant des vases et des sachets de drogues rares.

Ainsi, en cet instant, Nicétas se vit mort, pleura sa famille qui l’avait perdu, demanda à Dieu Tout-Puissant pardon pour ses péchés. Et ce fut à ce moment-là que dans Sainte-Sophie entra Baudolino.

Il apparut, beau comme un Saladin, sur un cheval caparaçonné, une grande croix rouge à la poitrine, flamberge au vent, hurlant " ventredieu, viergelouve, mordiou, répugnants sacrilèges, porcs de simoniaques, c’est là manière de traiter les choses de notreseigneur ? " et de donner des coups de plat à tous ces blasphémateurs arborant le signe de la croix comme lui, à la différence que lui n’était pas ivre mais bien furibond. Et, arrivé à la putasse vautrée dans le siège patriarcal, il l’avait saisie par les cheveux et la traînait dans le crottin des mulets tout en lui hurlant des choses horribles sur la mère qui l’avait engendrée. Mais autour de lui tous ceux qu’il croyait punir étaient si soûls, ou si occupés à ôter des pierres de toute matière qui les pouvait enchâsser, qu’ils ne s’apercevaient pas de ce que Baudolino était en train de faire.

Ce faisant, il arriva devant les deux géants qui s’apprêtaient à torturer Nicétas, regarda le malheureux qui implorait pitié, laissa la chevelure de la courtisane, qui tomba à terre maintenant estropiée, et dit en un grec parfait : " Par tous les douze Rois Mages, mais tu es le seigneur Nicétas, ministre du basileus ! Que puis-je faire pour toi ?

- Frère en Christ, qui que tu sois, avait crié Nicétas, libère-moi de ces barbares latins qui me veulent mort, sauve mon corps et tu sauveras ton âme ! " De cet échange de vocalises orientales les deux pèlerins latins n’avaient pas compris grand-chose et ils en demandaient raison à Baudolino qui paraissait des leurs, en s’exprimant en provençal. Et en un provençal parfait Baudolino avait crié que cet homme était le prisonnier du comte Baudoin de Flandre et de Hainaut, sur ordre duquel justement lui-même le recherchait, et en raison d’arcana imperii que deux misérables sergents comme eux ne comprendraient jamais. Les deux restèrent étourdis un instant, puis ils décidèrent qu’à discuter ils perdaient leur temps, alors qu’ils pouvaient chercher d’autres trésors sans effort, et ils s’éloignèrent en direction du maître-autel.

Nicétas ne s’inclina pas pour baiser les pieds de son sauveur, aussi bien il se trouvait déjà à terre, mais il était trop bouleversé pour se comporter avec la dignité que son rang eût requise : " O mon bon seigneur, merci pour ton aide, tous les Latins ne sont donc pas des fauves déchaînés au visage retourné de haine. Même les Sarrasins n’en agirent pas ainsi quand ils reconquirent Jérusalem, quand Saladin se satisfit de quelques monnaies pour laisser partir sains et saufs les habitants ! Quelle honte pour toute la chrétienté, frères contre frères armés, des pèlerins qui devaient aller à la reconquête du Saint-Sépulcre et qui se sont laissé arrêter par la cupidité et par l’envie, et ils détruisent l’empire romain ! O Constantinople, Constantinople, mère des églises, princesse de la religion, guide des parfaites opinions, nourrice de toutes les sciences, repos de toute beauté, tu as donc bu de la main de Dieu le calice de la fureur, et tu t’es embrasée d’un feu bien plus grand que celui qui brûla la Pentapole ! Quels convoiteux et implacables démons répandirent sur toi l’intempérance de leur enivrement, quels fous et odieux Prétendants t’ont allumé la torche nuptiale ? O mère hier vêtue de l’or et de la pourpre impériale, aujourd’hui souillée et hâve et privée de tes fils, comme oiseaux prisonniers d’une cage nous ne trouvons pas le moyen de quitter cette ville qui était nôtre, ni le cœur d’y rester, mais à tant d’erreurs mêlés, telles des étoiles errantes nous divaguons !

- Seigneur Nicétas, avait répondu Baudolino, on m’avait dit que vous, les Grecs, vous parliez trop et de tout, mais je ne croyais pas que c’était à ce point. Pour le moment, la question est de savoir comment transporter son cul loin d’ici. Moi je peux te mettre à l’abri dans le quartier des Génois, mais toi il faut que tu me suggères le chemin le plus rapide et le plus sûr pour le Neorion, parce que cette croix que j’ai sur la poitrine me protège moi, mais pas toi : ici, alentour, les gens ont perdu toute lueur de raison, s’ils me voient avec un Grec prisonnier, ils pensent qu’il doit valoir quelque chose et ils me l’enlèvent.

- De chemin, j’en connais un bon mais il ne longe pas les rues, dit Nicétas, et il faudrait que tu abandonnes ton cheval...

- Et donc abandonnons-le ", dit Baudolino avec une nonchalance qui étonna Nicétas ignorant encore à quel bon prix l’autre s’était procuré son destrier.

Alors Nicétas se fit aider pour se relever, le prit par la main et s’approcha, furtif, de la Colonne qui transpire. Il regarda autour de lui : sur toute l’ampleur du temple les pèlerins qui, vus de loin, remuaient comme des fourmis, étaient absorbés dans quelque dilapidation et ne prêtaient pas attention à eux deux. Il s’agenouilla derrière la colonne et enfila les doigts dans la fissure un peu branlante d’une dalle du pavement. " Aide-moi, dit-il à Baudolino, peut-être à deux en serons-nous capables. " Et de fait, après quelques efforts la dalle se souleva en découvrant une ouverture sombre. " Il y a des escaliers, dit Nicétas, j’entre le premier parce que je sais où je dois mettre les pieds. Ensuite tu refermeras la pierre sur toi.

- Et que fait-on à présent ? demanda Baudolino.

- On descend, dit Nicétas, et puis à tâtons nous trouverons une niche, dedans il y a des torches et une pierre à feu.

- Fort belle ville cette Constantinople, et pleine de surprises, commenta Baudolino tandis qu’il descendait par cet escalier en colimaçon. Dommage que ces porcs ne laisseront pas pierre sur pierre.

- Ces porcs ? demanda Nicétas. Mais n’es-tu pas des leurs ?

- Moi ? s’étonna Baudolino. Pas moi. Si tu fais allusion à cet habit, je l’ai emprunté. Quand ceux-là sont entrés dans la ville, j’étais déjà à l’intérieur des murs. Mais où sont-elles, ces torches ?

- Du calme, encore quelques marches. Qui es-tu, comment tu t’appelles ?

- Baudolino d’Alexandrie, pas la ville d’Egypte, celle qu’on nomme maintenant Cesarea, mais il se peut qu’on ne la nomme même plus et que quelqu’un l’ait brûlée comme Constantinople. Là-haut, entre les montagnes du Nord et la mer, près de Mediolan, tu connais ?

- Je sais pour Mediolan. Une fois ses murs furent détruits par le roi des Alamans. Et plus tard notre basileus leur donna des fonds pour aider à les reconstruire.

- Voilà, moi j’étais avec l’empereur des Alamans, avant qu’il ne mourût. Tu l’as rencontré lorsqu’il traversait la Propontide, il y a presque quinze ans.

- Frédéric l’Ahenobarbus. Un grand et très noble prince, clément et miséricordieux. Il n’aurait jamais fait comme ceux-là...

- Quand il enlevait une ville, il n’était pas tendre lui non plus. "

Enfin ils furent au pied de l’escalier. Nicétas trouva les torches et, les tenant haut au-dessus de leur tête, tous deux parcoururent un long conduit jusqu’à ce que Baudolino vît le ventre même de Constantinople, là où, presque juste sous la plus grande église du monde, s’étendait, invisible, une autre basilique, une selve de colonnes qui se perdaient dans l’obscurité comme autant d’arbres d’une forêt lacustre surgissant de l’eau. Basilique ou église abbatiale complètement chavirée car même la lumière, qui frisait à peine les chapiteaux s’estompant dans l’ombre des très hautes voûtes, ne provenait pas de rosaces ou de vitraux mais du pavement aqueux qui reflétait la flamme mobile des visiteurs.

" La ville est percée de citernes, dit Nicétas. Les jardins de Constantinople ne sont pas un don de la nature mais bien l’effet de l’art. Or, vois-tu, maintenant l’eau nous arrive seulement à mi-jambes parce qu’elle a été presque toute utilisée pour éteindre les incendies. Si les conquérants détruisent les aqueducs aussi, tout le monde mourra de soif. D’habitude, on ne peut avancer à pied, il faut une barque.

- Mais celle-ci continue jusqu’au port ?

- Non, elle s’arrête bien avant ; je connais pourtant des passages et des escaliers qui la font communiquer avec d’autres citernes, et d’autres galeries, si bien que nous pourrions marcher sous terre, peut-être pas jusqu’au Neorion mais jusqu’au Prosphorion. Cependant, dit-il angoissé et comme s’il ne se rappelait qu’en cet instant une autre affaire, je ne peux aller avec toi. Je te montre le chemin, mais ensuite il faut que je retourne sur mes pas. Il faut que je mette à l’abri ma famille cachée dans une petite maison derrière Sainte-Irène. Tu sais, et il parut s’en excuser, mon palais a été détruit dans le deuxième incendie, celui d’août...

- Seigneur Nicétas, tu es fou. Primo, tu me fais venir là en bas et abandonner mon cheval, alors que sans toi moi je pouvais arriver au Neorion même en passant par les rues. Secundo, penses-tu rejoindre ta famille avant que ne t’arrêtent deux autres sergents comme ceux avec qui je t’ai trouvé ? Tôt ou tard quelqu’un vous dénichera, et si tu penses prendre les tiens et t’en aller, où iras-tu ?

- J’ai des amis à Selymbria, dit Nicétas, perplexe.

- Je ne sais pas où ça se trouve, mais avant d’y arriver tu devras sortir de la ville. Ecoute un peu, toi, à ta famille, tu ne sers à rien. En revanche, où moi je t’emmène, nous trouvons des amis génois qui, dans cette ville, font la pluie et le beau temps, ils sont habitués à traiter avec les Sarrasins, avec les Juifs, avec les moines, avec la garde impériale, avec les marchands persans, et à présent avec les pèlerins latins. Ce sont des gens rusés, tu leur dis où est ta famille et eux te l’amènent demain où nous serons ; comment ils feront, je l’ignore, mais ils le feront. Ils le feraient en tous les cas pour moi, qui suis un vieil ami, et pour l’amour de Dieu, mais ce sont toujours des Génois et si tu leur fais un petit cadeau, c’est encore mieux. Et puis nous restons là-bas en attendant que les choses se calment, d’habitude un sac ne dure pas plus de quelques jours, tu peux me croire j’en ai pas mal vu. Et après, à Selymbria sinon où tu voudras. "

Nicétas avait remercié, convaincu. Et tout en avançant il lui avait demandé pourquoi il se trouvait dans la ville, s’il n’était pas un pèlerin qui avait pris le signe de la croix.

" Je suis arrivé quand les Latins avaient déjà débarqué sur l’autre rive, avec d’autres personnes... qui à présent ne sont plus là. Nous venions de très loin.

- Pourquoi n’avez-vous pas quitté la ville lorsqu’il était encore temps ? "

Baudolino hésita avant de répondre : " Parce que... parce que je devais rester ici pour comprendre une chose.

- Tu l’as comprise ?

- Hélas oui, mais seulement aujourd’hui.

- Une autre question. Pourquoi tu te donnes tant de peine pour moi ?

- Quoi d’autre devrait faire un bon chrétien ? Mais au fond, tu as raison. J’aurais pu te libérer de ces deux-là et te laisser t’enfuir de ton côté, et voilà que je reste collé à toi comme une sangsue. Tu vois, seigneur Nicétas, je sais que tu es un écrivain d’histoires, ainsi que l’était l’évêque Otton de Freising. Mais quand je connaissais l’évêque Otton, et avant qu’il ne meure, j’étais un enfant, et je n’avais pas une histoire, je voulais seulement connaître les histoires des autres. Maintenant, je pourrais avoir une histoire à moi ; cependant, sans compter que j’ai perdu tout ce que j’avais écrit sur mon passé, si j’essaie de me souvenir mes idées s’embrouillent. Non que je ne me rappelle les faits, mais je suis incapable de leur donner un sens. Après ce qui m’est arrivé aujourd’hui, il faut que je parle à quelqu’un, sinon je deviens fou.

- Que t’est-il arrivé aujourd’hui ? demanda Nicétas en avançant péniblement dans l’eau – il était plus jeune que Baudolino mais sa vie d’études et de courtisan l’avait rendu gras, paresseux et mou.

- J’ai tué un homme. C’était celui qui, il y a presque quinze années de cela, avait assassiné mon père adoptif, le meilleur des rois, l’empereur Frédéric.

- Mais Frédéric s’est noyé en Cilicie !

- C’est ce que tout le monde a cru. En réalité, il a été assassiné. Seigneur Nicétas, tu m’as vu donner de l’épée, furibond, ce soir à Sainte-Sophie, mais sache que de ma vie je n’avais jamais répandu le sang de personne. Je suis un homme de paix. Cette fois j’ai dû occire, j’étais le seul à pouvoir faire justice.

- Tu me raconteras. Mais dis-moi comment tu es arrivé aussi providentiellement à Sainte-Sophie pour me sauver la vie.

- Alors que les pèlerins commençaient à mettre à sac la ville, j’entrais dans un lieu obscur. J’en suis sorti qu’il faisait déjà sombre, il y a une heure, et je me suis retrouvé près de l’Hippodrome. J’ai été presque renversé par une foule de Grecs qui s’enfuyaient en hurlant. Je me suis retiré sous le porche d’une maison à demi brûlée pour les laisser passer, et quand ils furent passés j’ai vu les pèlerins qui les poursuivaient. Je compris, et en un instant s’imposa dans ma tête cette belle vérité : que, certes, j’étais bien un Latin et pas un Grec, mais avant que ces Latins devenus bêtes furieuses ne s’en aperçoivent, entre moi et un Grec mort il n’y aurait aucune différence. Et pourtant, ce n’est pas possible, me disais-je, ces types ne voudront tout de même pas détruire la plus grande ville de la chrétienté juste au moment où ils viennent de la conquérir... Puis je repensais qu’à l’époque où leurs ancêtres sont entrés dans Jérusalem du temps de Godefroy de Bouillon, même si, en fin de compte, la ville devenait la leur, ils ont tué tout le monde, femmes, enfants et animaux domestiques, et c’est miracle si, par erreur, ils n’ont pas aussi brûlé le Saint-Sépulcre. Il est vrai qu’eux c’étaient des chrétiens qui entraient dans une ville d’infidèles, mais justement dans mon voyage j’ai vu combien les chrétiens peuvent s’égorger entre eux pour un simple mot, et on sait bien que depuis des années nos prêtres se disputent avec vos prêtres sur l’affaire du Filioque. Et enfin, trêve d’histoires, quand le guerrier pénètre dans une ville, il n’y a pas de religion qui tienne.

- Qu’as-tu fait alors ?

- Je suis sorti du porche, marchant en rasant les murs jusqu’au moment où je suis arrivé à l’Hippodrome. Et là j’ai vu la beauté défleurir et devenir chose pesante. Tu sais, depuis que je suis dans la ville, de temps en temps j’allais là-bas contempler la statue de cette fille, celle aux pieds faits au tour, les bras qui semblent de neige et les lèvres rouges, ce sourire, et ces seins, et les robes et les cheveux qui dansaient au vent, qu’à la voir de loin on ne pouvait pas croire qu’elle fût en bronze, car elle avait l’air de chair vive...

- C’est la statue d’Hélène de Troie. Mais que s’est-il passé ?

- En l’espace de quelques secondes, j’ai vu la colonne où elle se trouvait se plier tel un arbre scié à la base et chuter à terre, tout un grand nuage de poussière. En morceaux, plus loin le corps, à deux pas de moi la tête, et alors seulement j’ai réalisé comme elle était grande cette statue. La tête, on n’aurait pu l’embrasser avec deux bras grands ouverts, et elle me fixait de travers, ainsi que fait une personne couchée, le nez horizontal et les lèvres verticales qui, excuse-moi, mais elles ressemblaient à celles que les femmes ont entre les jambes, et la pupille avait sauté des yeux, et elle paraissait devenue aveugle d’un coup, Très Saint Jésus, comme celle-ci ! " Et il avait fait un bond en arrière, éclaboussant de toute part, parce que sa torche avait soudain éclairé dans l’eau une tête de pierre, grande comme dix têtes humaines, qui se trouvait là pour soutenir une colonne, et cette tête aussi était couchée, la bouche plus vulvaire encore, entrouverte, quantité de serpents au sommet en manière de boucles, et une pâleur mortifère de vieil ivoire.

Nicétas sourit : " Celle-ci est là depuis des siècles ; ce sont des têtes de Méduse qui viennent de je ne sais où et ont été utilisées par les bâtisseurs en guise de socle. Tu t’effraies de peu...

- Je ne m’effraie pas. C’est que ce visage je l’ai déjà vu. Ailleurs. "

Devant le trouble de Baudolino, Nicétas changea de sujet : " Tu me disais qu’ils ont abattu la statue d’Hélène...

- Si ce n’était que celle-là. Toutes, toutes celles situées entre l’Hippodrome et le Forum, du moins toutes celles en métal. Ils montaient dessus, y liaient des cordages ou des chaînes au cou, et au sol ils les tiraient avec deux ou trois paires de bœufs. J’ai vu tomber toutes les statues des auriges, un sphinx, un hippopotame et un crocodile égyptiens, une grande louve avec Romulus et Remus pendus aux mamelles, et la statue d’Hercule ; elle aussi, j’ai découvert qu’elle était si grande que le pouce avait la taille du buste d’un homme normal... Et puis cet obélisque de bronze avec tous ces reliefs, celui qui est surmonté d’un petit bout de femme qui tourne selon le vent...

- La Compagne du Vent. Quelle perte. Certaines étaient des œuvres d’anciens sculpteurs païens, plus anciens même que les Romains. Mais pourquoi, pourquoi ?

- Pour les fondre. La première chose que tu fais quand tu mets à sac une ville, c’est de fondre tout ce que tu ne peux pas transporter. On fait des creusets partout, et tu peux imaginer ici avec toutes ces belles maisons en flammes qui sont comme des fours naturels. Et puis, tu les as vus les autres dans l’église, ils ne peuvent tout de même pas se montrer à la ronde avec les ciboires et les patènes qu’ils ont pris dans les tabernacles. Fondre, il faut fondre sur-le-champ. Un sac, expliquait Baudolino en homme qui connaît bien son métier, c’est comme une vendange, il faut se répartir les tâches aussi, il y a ceux qui foulent le raisin, ceux qui transportent le moût dans les cuves, ceux qui font à manger pour les fouleurs, d’autres qui vont prendre le bon vin de l’année précédente... Un sac est un travail sérieux – du moins si tu veux que de la ville il ne reste pierre sur pierre, comme de mon temps à Mediolan. Mais pour ça, il faudrait les Pavesans, eux oui qu’ils savent comment on fait disparaître une ville. Ceux-ci ont encore tout à apprendre, ils jetaient à bas la statue puis s’asseyaient dessus et se mettaient à boire, après quoi arrivait l’un d’eux qui tirait une fille par les cheveux et criait qu’elle était vierge, et tous d’enfiler le doigt dedans pour voir si elle valait la peine... Dans un sac bien fait, tu dois tout nettoyer tout de suite, maison après maison, et tu t’amuses ensuite, sinon les plus malins emportent le meilleur. Mais en somme, mon problème était qu’avec des gens de ce genre je n’avais pas le temps de leur raconter que j’étais né moi aussi du côté du marchis de Montferrat. Alors il n’y avait qu’une chose à faire. Je me suis tapi à l’angle de la ruelle jusqu’à ce qu’y entre un cavalier qui, avec tout ce qu’il avait bu, ne savait désormais même plus où il allait et se laissait mener par son cheval. Je n’ai rien dû faire d’autre que de le tirer par une jambe, et il s’est écroulé par terre. Je lui ai ôté son heaume, je lui ai laissé tomber une pierre sur le chef...

- Tu l’as tué ?

- Non, c’était un machin friable, tout juste de quoi le laisser évanoui. Je me suis donné du cœur au ventre parce que notre homme commençait à vomir des choses couleur giroflée, je lui ai enlevé sa cotte de mailles et son bliaud, ses armes, j’ai pris le cheval, et filé par les quartiers jusqu’à ce que j’arrive à la porte de Sainte-Sophie ; j’ai vu qu’ils y entraient avec des mulets, et devant moi est passé un groupe de soldats qui emportaient des candélabres d’argent et leurs chaînes grosses comme le bras, et ils parlaient comme des Lombards. A la vue de ce démantèlement, de cette infamie, de ce trafic, j’ai perdu la tête car ceux qui faisaient ce carnage étaient pourtant bien des hommes de mes terres, fils dévots du pape de Rome... "

Ainsi discourant, alors que les torches allaient toucher à leur fin, ils étaient remontés hors de la citerne dans la nuit maintenant pleine, et, par les ruelles désertes, ils avaient rejoint la tourelle des Génois.

Ils avaient frappé à la porte, quelqu’un était descendu, ils avaient été accueillis et restaurés avec rude cordialité. Baudolino paraissait être chez lui parmi ces gens, et il avait aussitôt recommandé Nicétas. L’un d’eux avait dit : " Facile, on s’en occupe nous, à présent allez dormir ", et c’était dit avec une telle assurance que non seulement Baudolino mais Nicétas lui-même avaient passé une nuit tranquille.

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Voir également :
- Le nom de la rose (Il nome della rosa) - Umberto Eco (1980), présentation
- Le pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) - Umberto Eco (1988), présentation
- L’île du jour d’avant (L'isola del giorno prima) - Umberto Eco (1994), présentation

jeudi, 08 novembre 2007

L’île du jour d’avant (L'isola del giorno prima) - Umberto Eco - 1994

bibliotheca l ile du jour d avant

Au XVIIème siècle, le cardinal de Mazarin contraint un jeune noble piémontais du Montferrat de vingt-neuf ans, Roberto de la Grive, à s'embarquer comme espion au service de la France sur un navire hollandais, le Daphne en route pour l’océan Pacifique, pour découvrir le secret ardemment convoité par plusieurs puissances européennes de la mesure des longitudes qui livrera la localisation des terres inconnues supposées fécondes en trésors de l'océan Pacifique. Mais en 1643 le navire fait naufrage au large d’une petite île et Roberto en tant survit en solitude à bord du Daphne, dans lequel il sera prisonnier car n’ayant aucune embarcation manoeuvrable par lui-même et ne sachant pas nager. Mais quelle est sa surprise en découvrant dans ses soutes un jardin édénique, une oisellerie, de mirobolantes machines, un prodigieux fatras de télescopes et d'astrolabes, d'horloges et de portulans. Au bout de quelque temps il trouve même à bord, dans une cachette, un vieux jésuite très érudit, Caspar Wanderdrossel, qui était resté seul à bord après ses anciens compagnons soient morts dans une lugubre affaire d’anthropophagie. Caspar va commencer à initier Roberto aux mystères de l'astronomie et à la mathématique céleste jusqu’à lui dévoiler la mission secrète du Daphne : découvrir le mystère des longitudes. Car le navire se trouve sur le 180e méridien, la ligne de changement de date, alors que l’île au large de laquelle se trouve le bateau, se trouve dans le temps le jour avant…

Difficile de présenter ce magnifique roman de l’auteur sémiologue et linguiste Umbert Eco qui se trouve à la croisée des genres entre le roman d’aventures de capes et d’épées, historique, philosophique et scientifique même. Umberto Eco nous mène dans cette robinsonnade sur une immense énigme historique que représentent les longitudes, en revisitant  au passage la guerre de Trente Ans, la politique française sous le cardinal Mazarin, et la forte évolution des sciences en ce XVIIème siècle, véritable siècle de lumières durant lequel les découvertes de mondes inconnus n’ont cessé de faire chanceler les esprits, la religion et l’art et la culture en général. Mais roman d’aventures aussi par les multiples péripéties que raconte le personnage de Roberto dans ses écrits qu ce soit relatif à la guerre, l’espionnage ou ses aventures de mer. A travers les écrits de Roberto on remarque aussi la personnalité perturbée de celui-ci par un véritable problème d’identité qui le fait imaginer jusqu’à ce qu’il devienne réel un double dans la vie qui se retrouvera comme lui naufragé sur le Daphne.
Umberto Eco nous conte cette histoire avec un véritable talent romanesque et littéraire augmenté d’une érudition époustouflante, finalement ce que l’on retrouve dans tous les romans de cet excellent écrivain italien.  Le récit alternant entre les différentes périodes de la vie de Roberto fait découvrir au lecteur un flot incessant de personnages atypiques, d’événements historiques, d’idées philosophiques et de machines merveilleuses. Il y est d’ailleurs fait mention d’une machine qui si elle était développée serait la base des calculettes électroniques actuelles. Umberto Eco semble également beaucoup s’interroger sur sa propre identité, de nombreuses caractéristiques, plus intérieures, de Roberto étant clairement autobiographiques.
Mais la lecture de ce récit reste difficile par le fait que Umberto Eco l’histoire d’un jeune homme qui s’étouffe de plus en plus, un roman initiatique à l’envers, comme dans une bouteille jetée à la mer du monde et du savoir. Et c’est peut-être l’un des plus difficile à aborder des romans d’Eco. Les descriptions et explications sont longues et fascineront un grand nombre de lecteurs mais ennuiera beaucoup d’autres.

A noter que l’on trouve de nombreuses références dans L’île du jour d’avant au roman plus célèbre d’Umberto Eco qui est Le Nom de la Rose (Il nome della rosa, 1980), notamment lorsque le capitaine du Daphne mentionne une lugubre histoire dans laquelle des hommes ont été empoisonnés en humidifiant leurs doigts par la salive en tournant les pages de certains livres.

L’île du jour d’avant est un fascinant roman d’Umberto Eco, une œuvre phare de cette littérature de fin de millénaire.

Voir également :
- Le nom de la rose (Il nome della rosa) - Umberto Eco (1980), présentation
- Le pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) - Umberto Eco (1988), présentation
- Baudolino - Umberto Eco (2000), présentation et extrait

mardi, 26 juin 2007

Le pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) - Umberto Eco - 1988

bibliotheca le pendule de foucault

Casaubon est étudiant à Milan et prépare une thèse sur le procès des Templiers, procès dont le déroulement a été bien mystérieux pour de nombreux érudits. Les Templiers, malgré leur puissance, n’avaient-ils pas pu prévoir leur arrestation, ou du moins s’en défendre ? Pourquoi certains, parmi ceux qui ont avoué sous la torture, se sont-ils rétractés par la suite, au risque de mourir sur le bûcher ? Avec son ami Jacopo Belbo, employé chez les éditions Garamond à Milan, et son ami et collègue Diotallevi, tous grands amateurs d’ésotérisme et de sciences occultes, vont petit à petit, et par jeu, réécrire l’histoire de la fin tragique des Templiers dont le procès n’aurait été qu’un leurre dans le but de conquérir le monde. Ils inventent ainsi un Plan Mondial, un immense complot, qui aurait duré depuis plus de sept siècles et qu’ils font vivre en réinterprétant de nombreux faits historiques. Mais à force d’y travailler dans les moindres détails, ils en oublient parfois qu’il ne s’agît là que d’un jeu. Et plus, d’autres personnes semblent y croire fortement et tentent de se réapproprier le Plan Mondial.
Le Plan Mondial inventé par jeu serait-il peut-être vrai ?

Ayant connu un succès mondial avec sa première œuvre de fiction, le roman Le nom de la Rose (Il nome della rosa, 1980), l’écrivain et sémiologue italien Umberto Eco publie huit ans plus tard son second roman Le pendule de Foucault qui connaîtra un succès semblable. Dans cet excellent roman Umberto Eco propose au lecteur de parcourir toute l’histoire européenne depuis le procès des Templiers d’un point de vue ésotérique et complotiste. Et tout cela autour du célèbre pendule de Foucault, autour duquel tournerait tout l’univers. Tout événement est rattaché à ce fameux Plan Mondial qu’auraient établi les Templiers il y a plus de sept siècles. Il nous y conte de nombreux faits mystérieux tournant autour de tout autant de sociétés secrètes tels les cabbalistes, les rosicruciens, les cathares…
Mais tout cela est dans le but de nous montrer comment avec une bonne connaissance historique, et en ne choisissant que ce qui cadre avec ce qu’on veut obtenir, il est possible de prouver tout et n’importe quoi. Quinze ans après la publication du pendule de Foucault, sort en effet le roman Da Vinci Code (The Da Vinci Code, 2003) de l’écrivain américain Dan Brown, également un immense succès en librairie, qui justement à l’encontre du roman d’Umberto Eco va prouver les pires inepties en rattachant n’importe quels événements l’un à la suite de l’autre. Umberto Eco semble beaucoup s’amuser à critiquer certaines conclusions hâtives qui ont par le passé été erronément déduites de faits tout à fait banaux et qui consistent par exemple à tirer avec un égal succès des informations cosmiques à partir de la pyramide de Khéops, d’un kiosque à journaux ou même d’une cabine téléphonique. Mais comme dans son roman où l’histoire de ces trois savants tourne finalement bien mal, Eco semble également vouloir mettre en garde face à ces interprétations qui pourraient s’avérer bien dangereuses.
Le roman vaut avant tout pour l’immense érudition de Umberto Eco et la fascinante démarche qu’il entreprend, mais en plus de cela Eco a réussi à donner à son roman une intrigue digne des plus grands thrillers dans une langue magnifiquement lyrique.

Le pendule de Foucault est un roman unique et fascinant, un chef-d’œuvre à découvrir de toute urgence.

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Voir également :
- Le nom de la rose (Il nome della rosa) - Umberto Eco (1980), présentation

- L’île du jour d’avant (L'isola del giorno prima) - Umberto Eco (1994), présentation
- Baudolino - Umberto Eco (2000), présentation et extrait

lundi, 26 février 2007

Le nom de la rose (Il nome della rosa) – Umberto Eco – 1980

bibliotheca le nom de la rose

An de grâce 1327, alors que la chrétienté est divisée entre l'autorité du pape Jean XXII et celle de l'Empereur Louis IV du Saint-Empire et que les hérésies sont traquées à travers tout l’empire, l'ex-inquisiteur et moine franciscain Guillaume de Baskerville se rend dans une abbaye bénédictine, située entre Provence et Ligurie, accompagné par son novice Adso, un jeune bénédictin issue de la noblesse de Melk. Cette abbaye va servir de rencontre théologique entre franciscains et l'autorité pontificale d’Avignon au sujet de la pauvreté du Christ, débat servant avant tout de façade au conflit politique entre le pape et l'empereur. Mais de Baskerville est également chargé par l’abbé d ‘enquêter sur une mort suspecte d’un jeune moine qui semble s’être suicidé. Rapidement, ce que beaucoup semblaient considérer comme un suicide prend des allures de plus en plus inquiétantes, et chaque jour connaîtra un nouveau meurtre parmi les moines, se fondant sur le modèle de l’Apocalypse. Mais lorsque peu de jours plus tard débarque l'inquisiteur dominicain Bernardo Gui qui se rend à l'abbaye à la demande du pape, et commence à se mêler à l'enquête, les choses commencent à se compliquer.

Le nom de la rose est la première œuvre de fiction d’Umberto Eco et devient très vite un immense succès mondial pour être considéré comme l’un des plus grands chef-d’œuvres littéraires de la fin du vingtième siècle. Il s’agît à la fois d’un roman historique médiéval extrêmement recherché et d’un roman policier des plus efficaces et passionnants. Le nom de la rose est une véritable révélation pour la plupart des lecteurs qui le lisent, un livre tout à fait unique. Un vrai choc littéraire.
Dans ce roman Umberto Eco tente avant tout de décrire le combat d’un homme contre l’obscurantisme et pour la liberté du savoir, mais la première chose qui impressionne dans ce génial roman est la qualité de l’intrigue policière qui se déroule en huis clos dans l’ambiance sombre et austère d’une abbaye médiévale et qui accroche le lecteur du début à la fin. Eco place des mystères, puis des pistes qui présentent des signes qui à leur tour deviennent symboles prêts à être interprétés. L’enquête est pleine de rebondissements et de suspense. Mais ensuite le lecteur reconnaîtrera rapidement l’immense érudition d’Umberto Eco qui nous relate cette époque de l’histoire de façon très détaillée et savante tout en gardant l’aspect divertissant du roman. A force de détails, de faits divers d’époque, Umberto Eco nous fait revivre ces temps d’obscurantisme comme si on y était. Le travail effectué par Eco est très méticuleux (il faut savoir que le perfectionisme d’Eco a poussé celui à travailler pendant toute une année sur l’élaboration du plan de l’abbaye). Le dénouement final est impressionnant, à la hauteur de l’intrigue, et ne décevra personne en donnant pleienement son sens à l’oeuvre.
Les références littéraires et historiques sont nombreuses. Par exemple le personnage de Guillaume de Baskerville, rationaliste et disciple du savant anglais du XIIIe siècle Roger Bacon, est à la fois inspiré du détective Sherlock Holmes (en particulier au roman d'Arthur Conan Doyle Le Chien des Baskerville) et fait allusion à Guillaume d’Occam (Premier jour, Vêpres : « il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu'on en ait une stricte nécessité »), alors que le novice Adso n’est que la version contractée du Docteur Watson. A noter aussi que le personnage du bibliothécaire aveugle est directement inspiré de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges. Ce genre de références se retrouvent dans quasi chaque phrase. Ce roman n’aurait pu exister sans toute la littérature qui l’a précédé, et en son sein se retrouve enfoui, tel dans la mystérieuse bibliothèque de l’abbaye, un immense savoir littéraire qui ne demande qu’à être découvert.

Le titre Le nom de la rose n’est pas directement en lien avec le contenu, mais avait été trouvé par Eco, aidé par des amis, tout simplement parce que cela sonnait bien, toutefois en gardant à l’esprit que la rose a toujours été symbole de secret et de mysticisme.

Le roman a été adapté au cinéma en 1986 par Jean-Jacques Annaud dans une production internationale avec Sean Connery dans le rôle de Guiilaume de Baskerville et Christian Slater dans celui du novice Adso. Le film, même s’il est plutôt réussi, n’arrive évidemment pas en rendre la complexité de l’œuvre littéraire.
Le nom de la rose a également inspiré une multitude d’autres écrivains pour créer le genre du roman historico-policier.

Le nom de la rose est une véritable œuvre mythique, un éblouissement de culture et de savoir tout à fait unique en son genre.

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Extrait : pris dans du premier chapitre

"Telle était la situation quand – déjà novice bénédictin au monastère de Melk -je fus arraché à la tranquillité du cloître par mon père, qui se battait dans la suite de Louis, non le moindre d'entre ses barons, et qui trouva sage de m'emmener avec lui pour que je connusse les merveilles d'Italie et fusse présent quand l'empereur serait couronné à Rome. Mais le siège de Pise l'absorba tout entier dans des préoccupations militaires. J'en tirai avantage en circulant, mi par oisiveté, mi par désir d'apprendre, dans les villes de la Toscane, mais cette vie libre et sans règle ne seyait point, pensèrent mes parents, à un adolescent voué à la vie contemplative. Et suivant le conseil de Marsile, qui s'était pris d'affection pour moi, ils décidèrent de me placer auprès d'un docte franciscain, frère Guillaume de Baskerville ; ce dernier allait entreprendre une mission qui devait le conduire jusqu'à des villes célèbres et des abbayes très anciennes. C'est ainsi que je devins son secrétaire en même temps que son disciple ; je n'eus pas à m'en repentir car je fus avec lui le témoin d'événements dignes d'être consignés, tel qu'à présent je le fais, et confiés à la mémoire de ceux qui viendront après moi.

Alors je ne savais pas ce que frère Guillaume cherchait, et à vrai dire je ne le sais toujours pas aujourd'hui, et je présume que lui-même ne le savait pas, mû qu'il était par l'unique désir de la vérité, et par le soupçon – que je lui vis toujours nourrir- que la vérité n'était pas ce qu'elle lui paraissait dans le moment présent. Et, en ces années-là, il était sans doute distrait de ses chères études par les devoirs impérieux du siècle. La mission dont Guillaume était chargé me restera inconnue tout au long du voyage, autrement dit il ne m'en parla pas. Ce fut plutôt en écoutant des bribes de conversations, qu'il eut avec les abbés des monastères où au fur et à mesure nous nous arrêtâmes, que je me fis quelque idée sur la nature de sa tâche. Cependant je ne la compris pas pleinement tant que nous ne parvînmes pas à notre but, comme je le dirai ensuite. Nous avions pris la direction du septentrion, mais notre voyage ne suivit pas une ligne droite et nous nous arrêtâmes dans plusieurs abbayes. Il arriva ainsi que nous virâmes vers l'occident tandis que notre destination dernière se trouvait à l'orient, comme pour longer la ligne montueuse qui depuis Pise mène dans la direction des chemins de saint Jacques, en faisant halte sur une terre que les terribles événements qui s'y passèrent me dissuadent de mieux identifier, mais dont les seigneurs étaient fidèles à l'empire et où les abbés de notre ordre d'un commun accord s'opposaient au pape hérétique et corrompu. Notre voyage dura deux semaines entrecoupées de moult vicissitudes, et dans ce laps de temps j'eus la possibilité de connaître (pas suffisamment, loin de là, comme j'en suis toujours convaincu) mon nouveau maître."

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Voir également:
- Le pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault) - Umberto Eco (1988), présentation
- L’île du jour d’avant (L'isola del giorno prima) - Umberto Eco (1994), présentation
- Baudolino - Umberto Eco (2000), présentation et extrait

23:13 Écrit par Marc dans Eco, Umberto | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : umberto eco, litterature italienne, romans policiers, romans historiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!