jeudi, 02 novembre 2006

La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame) - Friedrich Dürrenmatt - 1956

bibliotheca la visite de la vieille dame

Lorsque la milliardaire Clara Zahanassian arrive en train dans la petite ville de Güllen, tous les habitants lui réservent un accueil aussi somptueux que possible. En effet Claire Zahanassian est une enfant du pays qui à l'époque s'appelait encore Klara Wascher, surnommée Kläri, et qui était une petite fille modeste avant qu'elle ne parte trouver fortune ailleurs. Les habitants de Güllen comptent soutirer à la milliardaire quelques millions afin de relancer leurs affaires, surtout que la ville n'a jamais été très riche. Mais Clara est revenu dans cette ville dans un bout bien précis. Elle veut se venger du fait que sa propre ville natale l'avait trahie et abandonnée quelques années plus tôt. "Je vous donne cent milliards, et pour ce prix je m'achète la justice" annonce-t-elle aux habitants de Güllen. Cent milliards contre la tête d'Alfred III, son ancien amant qui, après qu'elle ne soit tombée en enceinte, l'avait éconduite, trahie et abandonnée. Alfred avait renié sa paternité à supporté par de faux témoins, notables de Güllen, bien d'accord pour ruiner Klara qu'ils considéraient à l'époque comme une pauvre traînée. Klara dut alors quitter sa ville natale sous les insultes et moqueries de ses concitoyens, pour tomber plus tard dans les bras d'un riche industriel pétrolier qui fera d'elle une richissime héritière. Aujourd'hui elle est de retour pour assouvir sa vengeance. "Le monde a fait de moi une putain, je ferai du monde un bordel !". Tout d'abord horrifiés par sa conception de la justice, heurtés dans leur morale et philanthropie, les habitants de Güllen cèdent cependant progressivement à la tentation de la prospérité, voulant sacrifier Alfred III en en faisant un bienfaiteur de la ville.

La visite de la vieille est une pièce de théâtre en trois actes de l'écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt et qui a été produite pour la première fois le 29 janvier 1956 à Zürich sous la direction de Oskar Wälterlin. La pièce a vite été un succès mondial garantissant à son auteur à jamais une indépendance financière plus que confortable. Mais La visite de la vieille dame est avant tout une fable cruelle se situant à la fois entre tragédie et comédie. Et comme si souvent dans l'oeuvre de Dürrenmatt, le tout est écrit avec un humour grinçant dans un style très ironique qui tranche dans le vif. La pièce dérange terriblement, car elle y met en scène la cupidité et la vénalité de l'homme, rendant tout acte, aussi horrible qu'il soit, uniquement justifiable par l'argent. On nous décrit une société guidée uniquement guidée par ses intérêts et dont les grands discours moraux et démocratiques ne sont finalement que des masques servant à donner une bonne figure à l'autre. Le message de la pièce est plutôt pessimiste et se montre comme un reflet sans complaisance d'une humanité pervertie par toutes les tentations, une humanité finalement bien peu civilisée qui se cache derrière son intellect.

La visite de la vieille dame a été plusieurs fois adapté au cinéma, dont je citerai ici la version de 1963, adaptée sous le titre de The Visit et réalisée par Bernard Wickis. Les rôles principaux ont été tenus par Ingrid Bergmann et Antony Quinn. Friedrich Dürrenmatt réécrirera lui-même sa pièce en 1971 pour l'adapter à l'opéra (accompagné de la musique de Gottfried von Einem).

Un grand classique!

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Voir également:
- Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker) – Friedrich Dürrenmatt (1950), présentation
- Le Soupçon (Der Verdacht) – Friedrich Dürrenmatt (1951), présentation
- La promesse (Das Versprechen) - Friedrich Dürrenmatt (1958), présentation

13:32 Écrit par Marc dans Dürrenmatt, Friedrich | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : friedrich durrenmatt, litterature suisse, theatre | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 29 août 2006

La promesse (Das Versprechen) - Friedrich Dürrenmatt - 1958

Matthäi est un officier de police en fin de carrière. Tout devrait aller pour le mieux pour lui. Mais un crime monstrueux survient : le meurtre d’une petite fille de huit ans. Le policier ne peut s’empêcher d’en faire une affaire personnelle et de s’immiscer de plus en plus dans l’enquête. Il devient prêt à tout afin de coincer cet odieux meurtrier, mû par la promesse faite à la mère de la fillette tuée. Dès lors Matthäi va monter un plan qui va le prendre corps et âme en vue de tendre un piège au meurtrier. Cela va le mener à délaisser son entourage, y compris la police qui refuse de le suivre dans ce qu’elle croit être un délire de la part d'un policier qui a perdu le sens des réalités.

La promesse est un très sombre roman policier basé surtout sur l’évolution, la déchéance, du caractère principal le policier Matthäi. On reste surtout dans le domaine de la psychologie du policier. De plus, comme déjà précédemment dans Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker, 1950) et Le Soupçon (Der Verdacht, 1951), Dürrenmatt tente de casser la logique du roman policier. Ici le hasard viendra fortement perturber l’intrigue, rendant la logique policière déarmée face au meurtrier. Le roman est très réussit, car bien construit et bien développé, mais aussi très sombre. Ce qui ne laissera pas le lecteur indifférent.

A noter que le roman La promesse a été adaptée au cinéma sous le titre de The Pledge par Sean Penn en 2000, avec Jack Nicholson dans le rôle principal. Le roman se base d’ailleurs lui-même sur le scénario du film Es geschah am hellichten Tag produit en 1957 et avec pour rôle principal Heinz Rühmann. Le scénario avait été écrit par Friedrich Dürrenmatt lui-même.

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Voir également :
- Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker) – Friedrich Dürrenmatt (1950), présentation 
- La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame) - Friedrich Dürrenmatt (1956), présentation  
- Le Soupçon (Der Verdacht) – Friedrich Dürrenmatt (1951), présentation

16:28 Écrit par Marc dans Dürrenmatt, Friedrich | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : romans policiers, thrillers, friedrich durrenmatt, litterature suisse | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

jeudi, 08 juin 2006

Le Soupçon (Der Verdacht) - Friedrich Dürrenmatt - 1951

Le commissaire Hans Bärlach est en fin de carrière et souffre du cancer. Il est d'ailleurs alité à l'hôpital suite à une opération. Lors de ce séjour à l'hôpital il reçoit la visite d'un de ses amis, Samuel Hungertobel. Ensemble ils discutent de tout et de rien. Jusqu'au moment où Hungertobel, feuilletant le magazine Life, reconnaît dans les pages du magazine la photo d'un docteur allemand, un certain docteur Nehle, qui avait commis des expériences médicales atroces sur des juifs dans les camps de concentration lors de la Seconde Guerre mondiale. Cependant le docteur nazi est censé être mort suite à un suicide commis en 1945 à la fin de la guerre. Hungertobel reconnaît une ressemblance avec l'un de ses collègues, Emmenberger, qui avait passé la guerre au Chili. Bärlach suspecte que Nehle et Emmenberger aient échangé leurs identités, et celui qui s'est suicidé n'est pas celui que l'on croit. Après enquête Bärlach se rend compte que le docteur Emmenberger aurait vraisemblablement commis des atrocités lors de la guerre sous l'identité de Nehle et travaillerait aujourd'hui comme si de rien n'était dans une clinique privée suisse près de Zürich. Le soupçon est né et Bärlach va tout faire pour confondre ce médecin nazi.

Le Soupçon est en quelque sorte la suite de Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker, 1950), dans la mesure où Friedrich Dürrenmatt reprend le même personnage principal. Comme dans le livre précédent Bärlach sera ici à nouveau prêt à tout afin de coincer le criminel, y compris à enfreindre les lois. La méthode policière classique et rationnelle ne pourra pas ici, comme dans le tome précédent, résoudre cette affaire. Bärlach devra aller au-delà de tout ça et s'investir totalement pour cette cause, quitte à y rester. Contrairement aux romans policiers plus classiques, le thème principal n'est pas l'enquête et l'arrestation d'un criminel, mais plutôt la justice entre les hommes qui dans un monde aussi cruel que le nôtre peut paraître comme une chose impossible. Le roman est par moments plutôt dur et le tout est raconté avec un certain cynisme, deux attributs qui pourront déranger certains lecteurs. Cependant il s’agît d’un roman très original qui vaut amplement d’être lu.

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Voir également :
- Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker) – Friedrich Dürrenmatt (1950), présentation
- La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame) - Friedrich Dürrenmatt (1956), présentation 
- La promesse (Das Versprechen) - Friedrich Dürrenmatt (1958), présentation

14:06 Écrit par Marc dans Dürrenmatt, Friedrich | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romans policiers, thrillers, litterature suisse, friedrich durrenmatt | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 23 mai 2006

Le juge et son bourreau (Der Richter und sein Henker) - Friedrich Dürrenmatt - 1950

Istanboul, il y a quarante ans. Deux personnes, toutes deux originaires de Suisse, se rencontrent lors d'un séminaire international de police. L'un d'eux, Hans Bärlach est un jeune policier ambitieux qui croit que tout crime peut être résolu sur base d'une enquête méthodique. L'autre par contre, Gastmann, prétend que de nombreux crimes ne pourront jamais être résolus rien que par le fait qu'un mobile peut être absent, et il lui propose un pari des plus diaboliques: Gastmann commettra crime sur crime et Bärlach devra essayer de l'arrêter. Sur un ton de plaisanterie le policier accepte, mais à son horreur il ne se rendra compte que trop tard du sérieux de son compagnon.
Quelques dizaines d'années plus tard, Hans Bärlach est commissaire à la section criminelle de Berne, et s'approche de la retraite. Mais une nuit Ulrich Schmied, l'un des meilleurs employés de Bärlach, se fait assassiner sur une route déserte du Jura. Ayant des problèmes de santé, Bärlach confie l'enquête au jeune policier Tschanz qui était professionellement en concurrence avec le défunt Schmied. L'enquête fera découvrir que dans la région où a été découvert le corps sans vie de Schmied habite un lobbyiste très riche, chez lequel Schmied menait secrètement enquête. Ce riche lobbyiste s'avérera être Gastmann. Le commissaire Bärlach croit dur comme fer que son ancien ennemi se cache derrière tout cela, et il sait très bien que jamais il ne saura récolter suffisamment de preuves contre ce dangeraux criminel. Ainsi il va mettre au point un plan qui fera de lui le juge de tous les crimes de Gastmann et de son jeune collègue (biensûr tout à fait à son insue) le bourreau qui mettra fin à ses actes.

C'est d'un premier abord un vrai polar: un meurtre a eu lieu et une enquête est menée. Mais dans ce cas-ci la méthode d'enquête ne pourra pas porter ses fruits. Dürrenmatt critique ainsi le genre des romans policiers, car le manque de mobile ou tout simplement le hasard feront souvent capoter les enquêtes dans la vraie vie. Tout crime ne se base pas toujours sur une logique et les criminels en sont également souvent dépourvus. Et ce n'est pas un hasard non plus, que le personnage principal choisi par Dürrenmatt ressemble étrangement à un autre policier qui a fait la gloire du polar: le commissaire Maigret inventé par Georges Simenon. Mais il s'agît ici aussi d'un portrtait d'un personnage, un solitaire désillusionné, qui face au cours des choses n'a plus la force de s'opposer par une méthode mais par tout son être, quitte à abandonner toute éthique en se disant que la fin justifie bien les moyens. Donc pas de héros ici, plus personne pour représenter le bien, car Bärlach lui-même a passé la frontière poussé par le cynisme et son impuissance. Le tout est décrit dans un style alerte, souvent satirique et même grotesque, ajoutant une note d'un certain humour noir à l'oeuvre. Le lecteur sera plusieurs fois mené en bateau et ne comprendra que vers la fin l'étendue du plan du policier.

Un très bon "polar" qui défie les lois du genre et un grand classique de la part d'un des plus importants auteurs suisses du XXe siècle.

Le juge et son bourreau a été publié pour la première sous forme de feuilleton dans le journal allemand Der Schweizerische Beobachter entre le 15 décembre 1950 et le 31 mars 1951. Le personnage du commissaire Bärlach sera réutilisé et approfondi par Dürrenmatt dans le roman Le Soupçon (Der Verdacht, 1951). Alors que le thème de l'inefficacité de la méthode d'enquête sera retravaillé dans La Promesse (Das Versprechen, 1957).

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- Le Soupçon (Der Verdacht) - Friederich Dürrenmatt (1951), présentation
- La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame) - Friedrich Dürrenmatt (1956), présentation
-
La promesse (Das Versprechen) - Friedrich Dürrenmatt (1958), présentation

13:51 Écrit par Marc dans Dürrenmatt, Friedrich | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romans policiers, thrillers, litterature suisse, friedrich durrenmatt | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!