jeudi, 24 mai 2007

Biribi, discipline militaire - Georges Darien - 1890

bibliotheca biribi

Lorsque Jean Froissard s'engage à l'armée il est loin de se douter de ce qui l'attend. Froissard est un révolté, il n'acceptera pas les contraintes absurdes de l'armée et se fera mal voir par son hiérarchie qui le pousse vers de tâches de plus en plus ingrates. Ce qui n'aura d'autre résultat que de révolter encore plus Froissard. Cela durera jusqu'au jour où sa hiérarchie, excédée par le comportement de Froissard et toujours aussi incompréhensive face à ses volontés, décide de lui inculquer la discipline militaire de force en l'envoyant, sans la moindre forme de procès, dans un bagne en Tunisie.

C'est en 1890 que paraît le roman Biribi, un véritable pamphlet contre les bagnes et l'armée en général. Georges Darien, pseudonyme de Georges-Hippolyte Adrien, ne fait que y transposer sa propre expérience. En 1881, il s'engagea dans l'armée. Deux ans plus tard, son insoumission l'envoie pour 33 mois dans à Biribi, un bataillon disciplinaire en Tunisie. Il en sort après révolté et n'ayant qu'une seule idée en tête, celle de se venger de l'armée en racontant toutes les atrocités qu'il a vécu. Il y dénonce le sadisme des chaouchs, adjudants dans les bataillons disciplinaires, les brimades incessantes, les injustices arbitraires, les travaux forcés (p.ex. construction de routes à travers le désert tunisien), la torture etc.. Les bagnes ne seront fermés que bien des années plus tard.
Et pour dénoncer tout cela, Georges Darien n'hésite pas à tout décrire de façon très directe et plutôt rude. Si le style d'écriture utilisé a un peu vieilli, le roman garde cependant toujours toute sa force aujourd'hui. Les terribles aventures vécues par ce Jean Froissard, double de Darien, accrochent le lecteur jusqu'à la dernière page

A noter que le terme de Biribi, provient du nom d'un célèbre bagne guyanais de l'armée française du même nom et qui s'est généralisé pour désigner tous les bagnes en Afrique.

Biribi, discipline militaire de Georges Darien est un puissant témoignage anti-militariste.

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Extrait : tiré du chapitre VI

- Depuis combien de temps y es-tu ?

- Depuis dix mois.

- Et combien en as-tu encore à faire ?

- Quarante.

- Quarante ? Mais tu y fais donc ton congé ?

Il me raconte son histoire. Il est mécanicien-ajusteur. Depuis l’âge de dix-huit ans, il faisait partie d’un groupe socialiste dont il avait suivi assidûment les séances jusqu’au moment de la conscription. Après avoir tiré, au sort, un mauvais numéro, ne se sentant aucun goût pour l’état militaire, ne comprenant pas, d’ailleurs, pourquoi le gouvernement lui demandait cinq ans de sa vie, à lui, ouvrier, non-possédant, pour la défense de la propriété, il hésita fort à rejoindre le corps qui devait lui être désigné ultérieurement. Il s’adressa à quelques chefs du parti révolutionnaire qui l’engagèrent à faire son temps, tout au moins s’il était envoyé dans un régiment caserné en France. L’ordre de route arriva. On l’envoyait à Saint-Girons. Il s’y rendit et y passa près de trois mois, très tranquille, ne se livrant à aucune propagande. Un beau jour, le colonel le fit appeler et lui déclara qu’il avait l’intention de l’envoyer en Afrique ; le régiment y avait un bataillon, à Karmouan. Ce bataillon manquait de comptables ; le commandant en réclamait à chaque courrier. Queslier pouvait très bien faire l’affaire ; on avait pensé à lui ; il avait de bonnes notes, paraissait robuste, etc. Bref, il fut conduit à Marseille, embarqué sur un paquebot qui partait pour la Tunisie. Aussitôt qu’il fut arrivé à Karmouan, le commandant le fit demander et lui dit à brûle-pourpoint : « Vous êtes une canaille. Vous avez fait partie d’une société secrète qui s’appelle : la Dynamite. Du reste, voilà les notes qu’on m’a transmises à votre sujet. Le colonel n’a pas voulu vous traiter comme vous le méritiez, en France, à cause de ces sales journaux qui fourrent leur nez dans tout ce qui ne les regarde pas. C’est pour cela qu’il vous a envoyé ici. Et moi, je vous déclare ceci : c’est que, si vous ne filez pas droit, je vous montrerai comment je traite les communards. Vous voyez ces quatre galons-là ? Eh bien ! je n’en avais que trois avant la Commune ; le quatrième, on me l’a donné pour en avoir étripé quelques douzaines, de ces salauds !… Allez, crapule ! »

Vingt-quatre heures après, Queslier avait quinze jours de prison pour avoir manqué à l’appel du soir. En réalité, il s’était trouvé en retard de deux minutes à peine. Il écrivit une lettre de réclamation au général commandant le corps d’occupation. Le commandant, ayant eu connaissance du fait, écrivit de son côté au général pour protester contre les calomnies enfermées dans la missive expédiée par un de ses soldats. Le général, édifié par les notes que le commandant avait jointes à sa lettre, considérant en outre que Queslier s’était servi d’encre violette pour correspondre avec lui, lui octroya généreusement soixante jours de prison.

Queslier fit sans murmurer ces soixante jours. Au bout des deux mois, comme il allait sortir, le commandant eut l’idée de visiter les locaux disciplinaires. Il examina minutieusement les murs et finit par découvrir sur l’un d’eux l’inscription qu’il cherchait sans doute. On avait écrit sur la muraille : « Vive la Révolution sociale ! » Queslier protesta de son innocence. Néanmoins, il fut maintenu en prison jusqu’à nouvel ordre, passa au conseil de corps huit jours après et fut presque aussitôt dirigé sur la 5e compagnie de discipline.

- Hein ? Qu’est-ce que tu en dis ? me demande Queslier. Est-ce assez canaille ? Est-ce assez jésuite ? Tu vois, maintenant, je n’ai pas d’intérêt à dissimuler, n’est-ce pas ? Eh bien ! je te jure que ce n’est pas moi qui avais écrit sur le mur.

- C’est raide tout de même.

- Écoute donc quelque chose de plus raide encore, si c’est possible. J’avais, dans le groupe dont je faisais partie, à Paris, deux camarades qui ont tiré au sort en même temps que moi. Ils ont eu de bons numéros. Ils n’avaient qu’un an à faire. On les a expédiés dans un régiment en garnison du côté de Bordeaux ; il y ont passé huit jours et, au bout de cette semaine, sans jugement, sans rien, sans les faire passer au conseil de guerre ni au conseil de corps, sans les prévenir, on leur a mis les menottes aux mains et on les a envoyés, entre deux gendarmes, comme deux malfaiteurs, dans un régiment dont j’ai oublié le numéro, mais qui occupe plusieurs points dans le Sud-Oranais.

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18:24 Écrit par Marc dans Darien, Georges | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : georges darien, litterature francaise, romans de captivite, bagne, romans d aventures | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!