dimanche, 04 janvier 2009

Dialogues avec Satan - Jean-Luc Coudray - 2008

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Or, une après-midi, en poussant ma porte, j’aperçus, allongé sur mon canapé, le corps orange d’un homme entièrement nu. Il exhibait, dans la posture vulnérable du sommeil, une musculature puissante adoucie d’une fine toison. En m’approchant, je découvris deux cornes et deux sabots. Ma connaissance des saintes images m’aida à penser qu’il s’agissait de Lucifer.

J’en déduisis que les fables du Moyen Âge étaient vraies et que je devais désormais, pour mieux comprendre le monde, accepter l’existence des lutins, fantômes et autres êtres marginaux.

Le temps que j’assimile ce point de vue, le diable s’éveilla et me fixa sans étonnement.

“Qui êtes-vous ? demandai-je pour obliger le démon à décliner son identité.

- Lucifer.” répondit-il simplement.

“Pourquoi êtes-vous là ?

- Pour vous parler de votre avenir.” me dit-il.

Je vis qu’il s’était préparé du thé. Il se versa une tasse qu’il but par roucoulements.

“Asseyez-vous.” dit le démon.


C'est ainsi que débarque le diable dans la vie monotone et pépère d'un français moyen vivant peinard dans une banlieue tranquille. Son but est de convaincre son hôte de l'intérêt de l'enfer, tellement mieux selon lui que le paradis. Et pour cela il ne va pas utiliser la ruse qui lui est si coutumière, mais une franche conversation durant laquelle il n'hésite pas à se mettre à nu. Mais de bavardages en débats philosophiques et métaphysiques, le démon, peu à peu, va transformer son hôte, l'homme simple et sans soucis qui se pique au jeu, en un ambitieux recherchant le bonheur à tout prix. Car plus l'homme croit avoir le dessus, comme cela arrivera souvent au fil de ces dialogues, plus il s'en approche, et l'enfer n'est jamais bien loin.

Entre poésie et débat philosophique l'écrivain français Jean-Luc Coudray nous sert un conte surprenant, plein d'humour et qui nous fera revoir notre conception des choses de la vie. Le lecteur suit avec beaucoup de plaisir l'évolution du narrateur qui grâce à ou à cause de Satan se transforme peu à peu. Et de la vie tranquille qu'il menait jusque là il va commencer une vie bien plus passionnante, plus vivante qu'il n'en a jamais connu. Le récit de Jean-Luc Coudray, très réussi dans son ensemble, souffre hélas de certains passages un peu vides et moins convaincants.

Dialogues avec Satan est un roman dans son ensemble fort surprenant et très réussi.

Un roman à découvrir !

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Extrait :

Chapitre XIII

Lucie me téléphona le lendemain pour un entretien sur l’état de nos relations. Elle vint à deux heures et s’assit en face de
moi.

“ Hier, tu as précipité notre goûter pour me presser vers la sortie. J’exige des explications.” dit-elle.

Lui avouer que le diable avait réussi à orienter ma libido sur de plates images commerciales eut été maladroit. J’inventai alors une excuse.

“ Je devais simplement me libérer pour recevoir Lucifer.”

Je compris au mouvement de son visage que je n’avais pas choisi le bon mensonge.

“ Nous y sommes, dit-elle. Satan prend de plus en plus de place dans ta vie. Avec lui, tu discutes sans fin de choses métaphysiques. Je n’ai pas ses compétences. Comment pourrais-je rivaliser avec le Prince des Ténèbres ?

- Le diable n’est pas une femme, lui dis-je.

- Comment? s’écria-t-elle. Tu réduis notre relation au pur intérêt sexuel ? ”

Elle quitta le fauteuil qu’utilisait habituellement Satan et se hâta vers la sortie. Je lui barrai la route.

“ Mes conversations avec Satan ne sont pas privées, lui dis-je. Tu peux y participer.”

Les yeux de Lucie brillèrent.

“ C’est vrai? dit-elle. Alors, convoque-le!”

Je composai le numéro infernal.

“ Il arrive.” annonçai-je.

Quand on frappa, ce fut Lucie qui ouvrit. Lucifer se présenta sous une forme particulièrement herculéenne. Elle l’invita à s’asseoir.

“ Un thé ? dit-elle en rougeoyant.

- Avec plaisir.” dit-il.

Lucie s’assit à côté de moi et contempla Lucifer. Sa peau rayonnait doucement. Ses muscles semblaient dotés d’une vie propre. Satan exhalait un souffle chaud délicatement épicé. Son corps exhibait une fermeté exemplaire. Je trouvai cependant sa silhouette olympique ridiculisée par les cornes et les sabots. Tel ne semblait pas être l’avis de Lucie qui redoublait d’attention envers notre invité.

“ Des petits gâteaux ? demanda Lucie.

- Oui, mais pas trop car je suis au régime.” dit Satan.

Elle lui servit des sablés biologiques qui venaient de mon placard. Le diable les goba comme des insectes.

“ Où en êtes-vous de votre vie ? lui demanda Satan.

- Je suis étudiante, dit Lucie.

- Cela ne m’intéresse pas, dit le diable. Où en est votre rapport avec Dieu ?

- Je ne crois pas en son existence, dit Lucie.

- La belle affaire ! dit Satan. Et d’où vient alors la vie ?

- Du hasard, dit Lucie.

- Le hasard n’est qu’un mot qui recouvre notre ignorance, dit Belzébuth. Il n’y a pas de crime sans coupable et Dieu est responsable de la souffrance humaine.

- N’est-ce pas le diable qui est responsable de la souffrance humaine ? lança Lucie.

- N’est-ce pas Dieu qui a créé le diable ? ” répondit Lucifer.

Lucie considéra l’humanoïde.

“ Si Dieu existe, affirma-t-elle, alors la plus grande liberté de l’homme est d’arriver à le contempler.

- La plus grande liberté de l’homme, reprit le diable, est de pouvoir contempler Dieu et de rester indifférent.”

Lucie admira cette faculté de Satan. Je pris alors la parole.

“ Satan ne supporte pas le feu divin. C’est pourquoi il s’enferme dans la pénombre infernale. En vérité, Satan mime Dieu par un dérisoire théâtre, tentant de reproduire par les braises ce qu’il n’a pas la possibilité de contempler.

- Mensonge ! J’ai vu Dieu ! hurla Satan.

- Alors, à quoi ressemble-t-il? demandaije.

- À une mère universelle, dit Lucifer. Pour éviter la fusion et la confusion avec la Mère divine, il faut un tiers qui joue le rôle de père. Voilà pourquoi je suis là.”

En disant ces mots, il bomba son torse rugueux. L’étirement de sa peau exacerba ses différents tons de rouge qui s’unirent en un seul cri. Lucie ne put s’empêcher de tâter son poil. Elle trouva Belzébuth rudasse. Puis la main de mon amie prit connaissance des abdominaux lucifériens et les découvrit inflexibles. Enfin, elle remonta vers les pectoraux pour leur découvrir la dureté du marbre.

Elle se tourna vers moi, comme pour comparer ma médiocrité ordinaire avec la radicalité satanique, puis interrogea Lucifer sur son apparence de chèvre.

“ Je ne fais ni l’ange ni la bête, dit Satan. Voilà pourquoi j’ai la double représentation.”

Lucie contourna le démon et regarda ses fesses. Elles débordaient d’une tendre animalité. Lucie palpa les muscles de son dos et les sentit bien cuits. Puis sous mes yeux incrédules, elle commença à caresser le diable.

Obligé de me taire pour ne pas révéler au démon une faiblesse personnelle, je vis les mains de mon amie descendre et monter le long de la peau victorieuse. Satan trembla de désir. Lucie fit le tour de la bête, l’entoura de ses maternités, dégrossit la résistance de ses muscles, induisit des frissons, lança des roues libres, dégagea des espaces désaffectés.

Belzébuth ne sut que faire. Il tenta de s’extraire mais déjà les mains de Lucie s’approchaient de la touffe génitale. Le ventre d’acier se détendit, révéla un ballonnement enfantin, accepta quelques hoquets.

Puis au moment où les doigts féminins pénétrèrent la broussaille sexuelle, Satan se précipita dans la cheminée et disparut par l’ouverture.

“ Que s’est-il passé ? demandai-je.

- Il ne voulait pas perdre sa maîtrise.” dit Lucie.

Elle me fit alors basculer sur le canapé afin de renverser mes défenses. En acceptant ce risque, je lui prouvai ma moralité.

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