jeudi, 26 avril 2007

Les aventures de Pinocchio. Histoire d'un pantin (Le avventure di Pinocchio. Storia di un burattino) - Carlo Collodi - 1883

bibliotheca les aventures de pinocchio

« Il était une fois...- Un roi ! s'écriront aussitôt mes petits lecteurs. Non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois un morceau de bois »
... ainsi commence l'histoire.

Geppetto, un pauvre menuisier italien, fabrique à partir d'un morceau de bois qui pleure, rit et parle comme un enfant une marionnette qu'il nomme Pinocchio. Le pantin prend vit au plus grand plaisir de son créateur mais hélas il s'avère être un véritable fripon. Sa désobéissance va lui causer tout pleins de problèmes, ses aventures vont se succéder, que ce soit dans le champ des Miracles, ses mauvaises rencontres avec Mangefeu, le Chat et le Renard qui le pendent, son séjour dans le ventre du requin ou sa transformation en âne, avant qu'il devienne enfin un petit garçon sage fait de chair et d'os.

Pinocchio est devenu à travers les temps l'un des personnages les plus célèbres de la littérature enfantine. Le conte de fée du même nom va très vite devenir le chef-d’œuvre universel la littérature pour enfants. La célébrité va être telle que de ce conte sont nés des lieux communs universels qui sont passés dans le langage courant et que l’on dit aux enfants comme par exemple : « ton nez va s’allonger si tu mens » ou « tes oreilles vont pousser comme des oreilles d’âne si tu travailles mal à l’école ».
C'est en 1881 que naît ce personnage sous la plume de Carlo Collodi, un journaliste polémiste et écrivain pédagogue italien. Carlo Collodi traduit en 1875 Les Contes de Perrault pour un éditeur florentin. C'est à partir de là qu'il va se lancer dans l'écriture d'histoires à but éducatif. En 1881 Collodi va confier un feuilleton intitulé Histoire d'une marionnete au journal Giornale per i Bambini, qui sera la première version des Aventures de Pinocchio et qui s'arrêtaient au chapitre 15, c'est-à-dire au moment où Pinocchio est pendu à un arbre par des brigands. Mais sous la poussée populaire Collodi étendra son roman pour en faire le chef-d’œuvre que l'on connaît de nos jours et qui sera finalement publié en 1883.
A travers cette oeuvre Collodi tente d'apprendre les bonnes vertus à ses petits lecteurs, en effet à chaque fois que Pinocchio fait une bêtise il s'en retrouve puni, et souvent son acte a également des conséquences sur ses proches. Les valeurs mises en avant sont la famille, l'école, le travail et l'amour (à noter qu'aucune mention est faite à la religion par cet auteur fortement laïque). Il s'agît en effet d'un roman initiatique exemplaire (le pantin qui doit apprendre à vivre pour devenir un vrai petit garçon) Malgré cela, le roman n'apparaît pas du tout moraliste, car finalement il se veut avant tout divertissant et est doté d'une rare beauté poétique. Le lecteur suit les aventures du pantin avec beaucoup de joie et de bonne humeur à travers ses nombreuses aventures qui feront son initiation.

Il est à noter que Les aventures de Pinocchio est le second livre le plus vendu en Italie  (derrière La Divine comédie de Dante Alighieri) et a fortement aidé la langue toscane à devenir la langue italienne de référence (vu qu'à l'époque malgré tous les dialectes d'usage en Italie, ce livre écrit en toscan a été lu par des enfants de tout le pays).

Les Aventures de Pinocchio auraient été traduites dans plus de 400 langues. Les adaptions au petit ou grand écran, que ce soit sous forme de film ou de dessin animé, sont très nombreuses au point que le personnage animé est devenu au fil des ans plus célèbre que l’œuvre littéraire dont il s'inspire.

Les Aventures de Pinocchio est finalement le conte de fée par excellence, immortel et universel qui fait rêver encore de nos jours petits et grands.

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Extrait: les deux premiers chapitres

Chapitre 1

Comment Maître Cerise, le menuisier, trouva un morceau de bois qui pleurait et riait comme un enfant.

Il était une fois…

- Un roi ! - vont dire mes petits lecteurs.

Eh bien non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois… un morceau de bois.

Ce n’était pas du bois précieux, mais une simple bûche, de celles qu’en hiver on jette dans les poêles et dans les cheminées.

Je ne pourrais pas expliquer comment, mais le fait est qu’un beau jour ce bout de bois se retrouva dans l’atelier d’un vieux menuisier, lequel avait pour nom Antonio bien que tout le monde l’appelât Maître Cerise à cause de la pointe de son nez qui était toujours brillante et rouge foncé, comme une cerise mûre.

Apercevant ce morceau de bois, Maître Cerise devint tout joyeux et, se frottant les mains, marmonna :

- Ce rondin est arrivé à point : je vais m’en servir pour fabriquer un pied de table.

Sitôt dit, sitôt fait : pour enlever l’écorce et le dégrossir, il empoigna sa hache bien aiguisée. Mais comme il allait donner le premier coup, son bras resta suspendu en l’air car il venait d’entendre une toute petite voix qui le suppliait :

- Ne frappe pas si fort !

Imaginez la tête de ce brave Maître Cerise !

Ses yeux égarés firent le tour de la pièce pour comprendre d’où pouvait bien venir cette voix fluette, mais il ne vit personne.

Il regarda sous l’établi : personne ! Il ouvrit une armoire habituellement fermée mais, là non plus, il n’y avait personne. Il inspecta la corbeille remplie de copeaux et de sciure : rien ! Il poussa même la porte de son atelier et jeta un coup d’œil sur la route. Pas âme qui vive ! Mais alors ?

- J’ai compris - dit-il en riant et en grattant sa perruque - cette voix, je l’ai imaginée. Remettons-nous au travail.

Empoignant de nouveau sa hache, il en asséna un formidable coup au morceau de bois.

- Aïe ! Tu m’as fait mal ! - se lamenta la même petite voix.

Cette fois, Maître Cerise en fut baba. Il resta bouche bée, la langue pendante, les yeux exorbités, comme la figurine de pierre d’une fontaine.

Mais d’où peut bien sortir cette voix qui fait « aïe » ? Pourtant il n’y a personne ici. Ou alors ce morceau de bois aurait appris à pleurer et à se lamenter comme un enfant ? C’est impossible. Le bout de bois que voici, c’est du bois à brûler, une bûche comme une autre, juste bonne à mettre dans le feu pour faire cuire une casserole de haricots. A moins que quelqu’un ne soit caché làdedans ? S’il y a quelqu’un, on va bien voir ! Tant pis pour lui.

Il saisit à deux mains le pauvre morceau de bois et se mit à le cogner sans pitié contre les murs de la pièce.

Puis il tendit l’oreille pour entendre les lamentations de la petite voix. Il attendit deux minutes, mais rien ne se manifesta. Il attendit cinq minutes, dix minutes : toujours rien !

- J’ai compris - dit-il en s’efforçant de rire et en se grattant la perruque - voilà la preuve que cette voix qui fait « aïe » sort tout droit de mon imagination ! Remettons-nous au travail.

Et parce qu’il avait eu très peur, il s’essaya à chantonner pour se donner un peu de courage.

Posant sa hache, il prit le rabot pour rendre bien lisse et propre le bois mais, alors qu’il rabotait, il entendit un petit rire :

- Arrête ! Tu me fais des chatouilles sur tout le corps !

Cette fois, le malheureux Maître Cerise s’effondra, comme foudroyé. Quand il rouvrit les yeux, il était assis à même le sol.

Son visage était décomposé. Une terrible peur avait changé jusqu’à la couleur de son nez qui, de rouge, avait viré au bleu foncé.

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Chapitre 2

Maître Cerise offre le morceau de bois à son ami Geppetto qui le prend pour se fabriquer une marionnette extraordinaire capable de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux.

C’est alors qu’on frappa à la porte.

- Entrez - dit le menuisier, sans avoir la force de se relever.

Un petit vieux tout guilleret entra dans l’atelier. Il avait pour nom Geppetto mais les enfants du voisinage, quand ils voulaient le mettre hors de lui, l’appelaient Polenta au motif que sa perruque jaune ressemblait fort à une galette de farine de maïs.

Geppetto était très susceptible. Gare à qui lui donnait de la Polenta ! Il devenait une vraie bête et il n’y avait plus moyen de le tenir.

- Bonjour, Maître Antonio - dit Geppetto - Qu’est-ce que vous faites assis par terre ?

- J’apprends le calcul aux fourmis.

- Grand bien vous fasse !

- Qu’est-ce qui vous amène chez moi, compère Geppetto ?

- Mes jambes ! Maître Antonio, je suis venu vous demander une faveur.

- Me voici, prêt à vous rendre service - répondit le menuisier en se relevant.

- Ce matin, il m’est venu une idée.

- Voyons cela.

- J’ai pensé que je pourrais faire une belle marionnette en bois, mais une marionnette extraordinaire capable de danser, de tirer l’épée et de faire des sauts périlleux. Avec elle, je pourrai parcourir le monde en dénichant ici ou là un quignon de pain et un verre de vin. Qu’en dites-vous ?

- Bravo Polenta ! cria la petite voix, celle qui sortait on ne sait d’où.

A s’entendre appelé ainsi, Geppetto devint rouge comme une pivoine et, fou de rage, se tourna vers le menuisier :

- Pourquoi m’offensez-vous ?

- Qui donc vous a offensé ?

- Vous m’avez appelé Polenta !…

- Mais ce n’est pas moi.

- Ben voyons ! Ce serait moi, par hasard ! Moi, je dis que c’est vous.

- Non !

- Si !

- Non !

- Si !

S’échauffant de plus en plus, ils passèrent des paroles aux actes. Ils s’agrippèrent, se chiffonnèrent, se griffèrent et se mordirent.

Le combat fini, Maître Antonio avait dans les mains la moumoute de Geppetto et Geppetto se rendit compte qu’il avait entre ses dents la perruque grise du menuisier.

- Donne-moi ma perruque ! - cria Maître Antonio

- Et toi, rends-moi la mienne et faisons la paix.

Chacun ayant repris sa perruque, les deux petits vieux se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis pour la vie entière.

- Donc, compère Geppetto - dit le menuisier pour sceller la paix retrouvée - que puis-je faire pour vous être agréable ?

- Il me faudrait du bois pour fabriquer ma marionnette.

Tout content, le menuisier fila prendre sur l’établi le bout de bois qui lui avait fait si peur. Mais comme il s’apprêtait à le remettre à son ami, le bout de bois se dégagea d’une violente secousse, lui échappa des mains et alla frapper durement les tibias du pauvre Geppetto.

- Eh bien, Maître Antonio, voilà une jolie manière de faire des cadeaux ! Vous m’avez quasiment estropié !

- Mais je vous jure que ce n’est pas moi !

- Alors, c’est moi !

- C’est la faute de ce bout de bois

- Je vois bien que c’est du bois, mais c’est vous qui me l’avez envoyé dans les jambes !

- Moi, je n’ai rien envoyé !

- Menteur !

- Geppetto, ne m’offensez pas, sinon je vous appelle Polenta !

- Espèce d’âne !

- Polenta !

- Imbécile !

- Polenta !

- Macaque !

- Polenta !

Trois fois Polenta, c’était une de trop. Geppetto se jeta sur le menuisier et ils s’étripèrent de nouveau.

La bataille terminée, Maître Antonio se retrouva avec deux griffures de plus sur le nez, l’autre avec deux boutons de moins à sa vareuse. Leurs comptes réglés, ils se serrèrent la main et jurèrent de rester bons amis la vie entière.

Sur ce, Geppetto prit le fameux morceau de bois et, après avoir remercié le menuisier, rentra chez lui en boitillant.
trad. de Claude Sartirano

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