mardi, 24 mai 2011

La Cinquième Montagne  (O Monte Cinco) - Paulo Coelho - 1996

la cinquieme montagne, litterature bresilienne, romans philosophiques, romans histroriques« Pourquoi Celui qui a créé le monde préfère-t-Il se servir de la tragédie pour écrire le livre du destin? demanda Élie.
- Tu ne sais pas ce que tu dis, rétorqua l'ange. Il n'y a pas de tragédie, il y a seulement l'inévitable. Tout a sa raison d'être c'est à toi de savoir distinguer ce qui est passager de ce qui est définitif.
- Qu'est-ce qui est passager? L'inévitable.
- Et qu'est-ce qui est définitif ? Les leçons de l'inévitable. »

Neuf siècles avant notre ère, le prophète Elie reçoit l’ordre de Dieu de quitter la terre d’Israël, tombée aux mains de rois impies. Son chemin le mènera à la ville de Sarepta en Phénicie, alors assiégée par les Assyriens, où il perdra tout ce qu’il aime dont surtout son épouse bien-aimée. De plus il sera entraîné dans un tourbillon d’événements qui le pousseront à se révolter contre Dieu, celui-là même qui lui avait ordonné de quitter sa paisible vie d’avant.

La Cinquième montagne de l’auteur brésilien Paulo Coelho emmène son lecteur dans un magnifique conte sur le destin, le sens de la vie et la foi, cette foi universelle en l’espoir qui fait la force qui est en chacun de nous. Car c’est bien cet espoir, et la nécessité d’espérer, qui selon Coelho fait comprendre que ma tragédie qui fait irruption dans la vie de tout un chacun  n’est pas une punition mais au contraire un défi à relever.
L’histoire se fonde sur un fragment de la Bible (1 Rois, 17 et 2 Rois, 2) et l’écrivain en tire un beau roman entre récit historique et fable philosophique, un texte qui comme à l’habitude de la part de Coelho plonge le lecteur dans un univers magnifique à la suite d’une quête des plus sublimes.

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Présente édition : traduit du portugais (brésilien) par Françoise Marchand-Sauvagnarques, 02 mars 2011, 252 pages

Voir également :
- L'Alchimiste (O Alquimista) - Paulo Coelho (1988), présentation et extrait
- La solitude du vainqueur (O Vencedor está Só) - Paulo Coelho (2008), présentation et extrait
- Le Démon et mademoiselle Prym (O Demônio e a Srta. Prym) - Paulo Coelho (2000), présentation et extrait
- Onze minutes (Onze minutos) - Paulo Coelho (2003), présentation et extrait
- Le Zahir (O Zahir) - Paulo Coelho (2005), présentation

samedi, 05 septembre 2009

La solitude du vainqueur (O Vencedor está Só) - Paulo Coelho - 2008

bibliotheca la solitude du vainqueur

Le Festival de Cannes bat son plein, la Croisette fourmille de vedettes, des starlettes en mal gloire, des producteurs très puissants, des acteurs de renom et une multitude de touristes.
Igor est un homme d'affaires russe, ancien combattant de la guerre d'Afghanistan, qui est venu à Cannes dans un but bien précis. Il veut retrouver sa femme Ewa qui l'a quitté il y a près de deux ans et qui est aujourd'hui avec Hamid Hussein, un grand couturier bien en vue de ce petit monde cannois. Et Igor veut se venger, mais aussi prouver à Ewa qu'il est prêt à tout pour elle. Pour cela il décide de tuer des personnes au hasard. Mais Igor n'est pas le seul à vouloir par n'importe quels moyens se faire remarquer dans la jungle cannoise. les destins de nombreuses autres personnes vont s'y croiser, dont entre autres Gabriela, une jeune actrice naïve mais ambitieuse, Jasmine, un mannequin rwandais exilé aux Pays-Bas et Javits, un producteur influent et véreux. L'irruption violente et sanguinaire d'Igor va bouleverser à jamais ce beau petit monde.

La solitude du vainqueur de l'écrivain brésilien Paulo Coelho, auteur du très célèbre L'alchimiste (O Alquimista, 1988), s'attaque dans ce roman au monde du strass et des paillettes : le Festival de Cannes. De 03h17 à 1h55, c'est presque  24H00 de la vie cannoise qui est racontée. Mais pour Coelho ce monde-là, si glorieusement dépeint par les médias, est loin de s'apparenter à un paradis. Le roman décrit une Croisette bien sombre où les puissants écrasent les plus faibles et où tout un chacun s'accroche à l'ambition démesurée de réussir dans ce business médiatique, et cela à n'importe quel prix. Et Coelho s'attaque à tout et à tout le monde en épinglant les multiples torts et travers d'une société aux contraintes si vaines et superficielles et où chacun devient l'esclave du pouvoir sans plus jamais pouvoir s'en détacher. Le titre du roman résume à lui seule toute la tragédie de la situation : celui qui enfin réussit, n'a plus que sa solitude pour l'accompagner. Après lecture, jamais plus ne verra-t-on ce monde de la même façon.
Si l'histoire fait penser à un roman policier, comme d'ailleurs la forme utilisée par l'écrivain, il n'en est toutefois rien. L'intérêt du roman vient uniquement du contexte décrit, bien sombre et parfois même trop sombre. A force de tout noircir le lecteur risque de peu à peu s'y ennuyer. Et comme souvent dans l'oeuvre de Coelho, il est parfois difficile de le suivre dans ses développements qui parfois paraissent bien simplistes. mais Coelho en a l'habitude, chacun de ses romans connaît ses amateurs et détracteurs.

La solitude du vainqueur est roman très sombre sur un univers pourtant si étincelant.

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Extrait : premières pages

3 H 17

Le pistolet Beretta Px4 compact est un peu plus gros qu’un téléphone mobile. Il pèse environ 700 grammes et peut tirer dix coups. Peu volumineux, léger et ne laissant aucune marque visible dans la poche qui le porte, ce petit calibre a un énorme avantage : au lieu de traverser le corps de la victime, la balle frappe les os et fait éclater tout ce qui se trouve sur sa trajectoire.

Évidemment, les chances de survivre à un coup de ce calibre sont élevées aussi ; dans des milliers de cas, aucune artère vitale n’est sectionnée, et la victime a le temps de réagir et de désarmer son agresseur. Mais, si le tireur a un peu d’expérience dans ce domaine, il peut choisir entre une mort rapide – en visant la zone entre les yeux, le cœur – ou quelque chose de plus lent, plaçant le canon de l’arme à un angle déterminé près des côtes, et pressant la détente. La personne atteinte met un certain temps à se rendre compte qu’elle est mortellement blessée – elle essaie de contre-attaquer, de fuir, d’appeler au secours. C’est là le grand avantage : la victime a tout le temps de voir celui qui est en train de la tuer, tandis qu’elle perd peu à peu ses forces, au point de tomber à terre, sans perdre beaucoup de sang, sans bien comprendre ce qui lui arrive.

Pour les connaisseurs, c’est loin d’être l’arme idéale. « Elle convient bien mieux aux femmes qu’aux espions », dit un fonctionnaire des services secrets britanniques à James Bond dans le premier film de la série, tandis qu’il lui confisque le vieux pistolet et lui remet un nouveau modèle. Mais cela n’est valable que pour les professionnels, bien sûr, car, pour ce qu’il veut en faire, il n’y a rien de mieux.

Il a acheté son Beretta au marché noir, il sera donc impossible d’identifier l’arme. Il y a cinq balles dans le chargeur, bien qu’il n’ait l’intention d’en utiliser qu’une, sur la pointe de laquelle il a fait un « X » à l’aide d’une lime à ongles. Ainsi, quand la balle sera tirée et atteindra un objet solide, elle se séparera en quatre fragments.

Mais il ne se servira du Beretta qu’en dernier recours. Il a d’autres méthodes pour effacer un monde, détruire un univers, et elle va certainement comprendre le message dès que l’on trouvera la première victime. Elle saura qu’il a fait cela au nom de l’amour, qu’il n’a aucun ressentiment et qu’il acceptera qu’elle revienne sans poser de questions sur ce qui s’est passé ces deux dernières années.

Il espère que ces six mois de préparation méticuleuse donneront un résultat, mais il n’en aura la certitude qu’à partir du lendemain matin. Son plan est le suivant : laisser les Furies, antiques figures de la mythologie grecque, descendre avec leurs ailes noires sur ce paysage blanc et bleu envahi par les diamants, le Botox, les voitures ultrarapides, absolument inutiles parce qu’elles ne contiennent pas plus de deux passagers. Rêves de pouvoir, de succès, de renommée et d’argent – tout cela peut être interrompu d’une heure à l’autre par les petits instruments qu’il a apportés avec lui.

Il aurait pu remonter à sa chambre, parce que la scène qu’il attendait a eu lieu à 23 h 11, bien qu’il se fût préparé à attendre plus longtemps. L’homme est entré accompagné de la belle femme, tous les deux en tenue de rigueur, pour une de ces fêtes de gala organisées toutes les nuits après les dîners importants, plus recherchées que la sortie de n’importe quel film présenté au Festival.

Igor a ignoré la femme. Il s’est servi d’une de ses mains pour couvrir son visage d’un journal français (un magazine russe aurait suscité des soupçons), pour qu’elle ne puisse pas le voir. C’était une précaution inutile : comme toutes celles qui se sentent reines du monde, elle ne regardait jamais autour d’elle. Elles sont là pour briller, elles évitent de faire attention à ce que portent les gens – le nombre de diamants et l’exclusivité des vêtements des autres risqueraient de leur causer une dépression, de la mauvaise humeur, un sentiment d’infériorité, même si leurs vêtements et accessoires ont coûté une fortune.

L’homme qui l’accompagne, bien habillé et cheveux argentés, est allé au bar et a commandé du champagne, apéritif nécessaire avant une nuit qui promet d’être riche en contacts, avec de la bonne musique, et une vue imprenable sur la plage et sur les yachts ancrés dans le port.

Il a vu qu’il traitait la serveuse avec respect. Il a dit « merci » quand il a reçu les coupes. Il a laissé un bon pourboire. Tous trois se connaissaient. Igor a senti une joie immense quand l’adrénaline a commencé à se mêler à son sang ; le lendemain il allait faire en sorte qu’elle sache qu’il était là. À un moment donné, ils se rencontreraient.

Et Dieu seul savait ce qu’il résulterait de cette rencontre. Igor, un chrétien orthodoxe, avait fait une promesse et un serment dans une église de Moscou, devant les reliques de sainte Madeleine (qui se trouvaient dans la capitale russe pour une semaine, pour que les fidèles pussent les adorer). Il passa cinq heures ou presque dans la queue et quand il arriva tout près il était convaincu que tout cela n’était qu’une invention des prêtres. Mais il ne voulait pas courir le risque de manquer à sa parole.

Il demanda à sainte Madeleine de le protéger, qu’il puisse atteindre son but sans que trop de sacrifice fût nécessaire. Et il promit une icône en or, qui serait commandée à un peintre renommé dans un monastère de Novossibirsk, quand tout serait terminé et qu’il pourrait de nouveau poser le pied dans son pays natal.

À 3 heures du matin, le bar de l’hôtel Martinez sent la cigarette et la sueur. Bien que Jimmy ait déjà fini de jouer du piano (Jimmy porte une chaussure de couleur différente à chaque pied) et que la serveuse soit extrêmement fatiguée, les personnes qui sont encore là se refusent à partir. Pour elles, il est indispensable de rester dans ce hall, au moins encore une heure, toute la nuit s’il le faut, jusqu’à ce qu’il se passe quelque chose !

Après tout, le festival de Cannes a commencé depuis quatre jours, et il ne s’est encore rien passé. Aux différentes tables, tous veulent la même chose : rencontrer le Pouvoir. Les jolies femmes attendent qu’un producteur tombe amoureux d’elles et leur offre un rôle important dans leur prochain film. Il y a là quelques acteurs qui bavardent entre eux, riant et faisant comme si tout cela ne les concernait pas, tout en gardant un œil sur la porte.

Quelqu’un va arriver.

Quelqu’un doit arriver. Les jeunes réalisateurs, qui ont des tas d’idées, des vidéos faites à l’université dans leur CV, qui ont lu toutes les thèses au sujet de la photographie et du scénario, attendent leur chance. Quelqu’un qui, revenant d’une fête, chercherait une table vide, demanderait un café, allumerait une cigarette, se sentirait épuisé d’aller toujours aux mêmes endroits et serait ouvert à une nouvelle aventure.

Quelle naïveté !

Si cela arrivait, la dernière chose dont cette personne aimerait entendre parler, c’est d’un nouveau « projet que personne n’a encore fait » ; mais le désespoir peut tromper le désespéré. Les puissants qui entrent de temps à autre se contentent de jeter un coup d’œil, puis ils montent dans leurs chambres. Ils ne sont pas inquiets. Ils savent qu’ils n’ont rien à craindre.

La Superclasse ne pardonne pas les trahisons, et tous connaissent leurs limites – ils ne sont pas arrivés là où ils sont en marchant sur la tête des autres, même si c’est ce que dit la légende. Et puis, d’ailleurs, si l’on devait faire une découverte imprévue et importante – que ce soit dans le monde du cinéma, de la musique ou de la mode –, elle serait le fruit des recherches, et ce ne serait pas dans les bars d’hôtel.

La Superclasse fait maintenant l’amour avec la fille qui a réussi à s’introduire dans la fête et accepte tout. Elle se démaquille, regarde ses rides, pensant que l’heure d’une nouvelle chirurgie esthétique est venue. Elle cherche dans les informations en ligne ce qui est sorti au sujet de la récente annonce qu’elle a faite au cours de la journée. Elle prend l’inévitable pilule pour dormir, et la tisane qui promet l’amaigrissement sans effort. Elle remplit le menu avec les articles désirés pour le petit déjeuner dans la chambre et le pose sur le bouton de la porte, à côté du carton « Ne pas déranger ». La Superclasse ferme les yeux et pense : « J’espère que le sommeil viendra vite, demain j’ai un rendez-vous avant 10 heures. » Mais, au bar du Martinez, tous savent que les puissants sont là. Et s’ils sont là, ils ont une chance.

Il ne leur passe pas par la tête que le Pouvoir ne parle qu’au Pouvoir. Qu’ils ont besoin de se rencontrer de temps en temps, boire et manger ensemble, donner des fêtes prestigieuses, laisser croire que le monde du luxe et du glamour est accessible à tous ceux qui ont le courage de s’en tenir à une idée. Empêcher les guerres quand elles ne sont pas lucratives et stimuler l’agressivité entre pays ou compagnies quand ils sentent que cela peut rapporter davantage de pouvoir et d’argent. Feindre d’être heureux, même s’ils sont maintenant otages de leur propre réussite. Continuer à lutter pour accroître leur richesse et leur influence, bien qu’elle soit déjà énorme ; parce que la Superclasse est présomptueuse, ils sont tous en concurrence pour voir qui est au sommet du sommet.

Dans le monde idéal, le Pouvoir parlerait aux acteurs, réalisateurs, stylistes et écrivains, qui ont en ce moment les yeux rouges de fatigue, se demandant comment ils vont regagner les chambres qu’ils ont louées dans des villes éloignées, pour reprendre demain le marathon des demandes, des possibilités de rencontres, de la disponibilité.

Dans le monde réel, le Pouvoir est à cette heure enfermé dans sa chambre, consultant son courrier électronique, se plaignant que les fêtes se ressemblent toujours, que le bijou de l’amie était plus gros que le sien, que le yacht du concurrent a une décoration unique – comment est-ce possible ?

Igor n’a personne à qui parler, et cela ne l’intéresse pas non plus. C’est la solitude du vainqueur.

Igor, patron et président prospère d’une compagnie de téléphonie en Russie. Il a réservé la plus belle suite du Martinez (qui oblige tout le monde à payer au moins douze jours d’hébergement, quelle que soit la durée du séjour) un an à l’avance, il est arrivé cet après-midi en jet privé, il a pris un bain et il est descendu dans l’espoir d’assister à une seule et simple scène.

Pendant quelque temps, il a été dérangé par des actrices, des acteurs, des réalisateurs, mais il avait pour tous une réponse formidable :

« Don’t speak English, sorry. Polish. »

Ou bien :

« Don’t speak French, sorry. Mexican. »

Quelqu’un a bredouillé quelques mots en espagnol, mais Igor a trouvé un nouveau recours. Noter des chiffres sur un cahier, pour n’avoir l’air ni d’un journaliste (qui attire la curiosité de tous), ni d’un homme lié à l’industrie du cinéma.

À côté de lui, un magazine économique en russe (après tout, la plupart ne savaient pas distinguer le russe du polonais ou de l’espagnol) avec la photo d’un cadre inintéressant en couverture.

Les habitués du bar se disent qu’ils comprennent bien le genre humain, ils laissent Igor en paix, pensant qu’il est sans doute l’un de ces millionnaires qui ne vont à Cannes que pour se trouver une petite amie. Après que la cinquième personne s’est assise à sa table et a demandé une eau minérale en prétextant qu’« il n’y a pas d’autre chaise vide », le bruit court, tous ici savent déjà que l’homme solitaire n’appartient pas à l’industrie du cinéma ou de la mode, et il est abandonné comme un « parfum ».

« Parfum » est le terme argotique dont se servent les actrices (ou « starlettes », comme on les appelle pendant le Festival) : il est facile de changer de marque, et ils peuvent souvent se révéler de vrais trésors. Les « parfums » seront abordés les deux derniers jours du Festival si elles ne trouvent absolument rien d’intéressant dans l’industrie du film. Cet homme bizarre, apparemment riche, peut donc attendre.

Toutes savent qu’il vaut mieux partir d’ici avec un petit ami (qui peut se convertir en producteur de cinéma) que de se rendre à l’événement suivant en répétant toujours le même rituel – boire, sourire (surtout sourire), feindre de ne regarder personne, tandis que les battements de leur cœur s’accélèrent, les minutes sur la montre passent vite, les soirées de gala ne sont pas encore terminées, elles n’ont pas été invitées, mais eux l’ont été.

Elles savent ce que les « parfums » vont dire, car c’est toujours la même chose, mais elles font semblant de croire :

a) « Je peux changer votre vie. »

b) « Bien des femmes aimeraient être à votre place. »

c) « Pour le moment, vous êtes encore jeune, mais pensez à ce que vous serez dans quelques années. Il est temps de faire un investissement à plus long terme. »

d) « Je suis marié, mais mon épouse… » (ici la phrase peut avoir différentes fins : « est malade », « a juré de se suicider si je la quittais », et cetera).

e) « Vous êtes une princesse et vous méritez d’être traitée comme telle. Sans même le savoir, je vous attendais. Je ne crois pas aux coïncidences, et je pense que nous devons donner une chance à cette relation. »

La conversation ne varie pas. Ce qui varie, c’est le désir d’obtenir le maximum de cadeaux (de préférence des bijoux, que l’on peut revendre), se faire inviter à des fêtes sur des yachts, prendre le plus possible de cartes de visite, écouter de nouveau la même conversation, trouver un moyen d’être invitée à des courses de formule 1, où viennent le même type de gens et où la grande opportunité les attend peut-être.

« Parfum » est aussi la façon dont les jeunes acteurs font allusion aux vieilles millionnaires, avec chirurgie plastique et Botox, plus intelligentes que les hommes. Elles ne perdent jamais de temps : elles arrivent aussi dans les derniers jours, sachant que tout leur pouvoir de séduction est dans leur argent.

Les « parfums » masculins se trompent : ils pensent que les longues jambes et les visages juvéniles se sont laissé séduire et qu’ils peuvent maintenant les manipuler à volonté. Les « parfums » féminins font confiance au pouvoir de leurs brillants, et c’est tout.

Igor ne connaît aucun de ces détails : c’est la première fois qu’il vient ici. Et il vient d’avoir la preuve, à sa surprise, que personne ne paraît s’intéresser beaucoup aux films – excepté dans ce bar. Il a feuilleté quelques magazines, ouvert l’enveloppe dans laquelle sa compagnie avait mis les invitations pour les fêtes les plus importantes, et absolument aucune ne mentionnait une avant-première. Avant de débarquer en France, il a voulu savoir quels films étaient en compétition – il a eu une immense difficulté pour obtenir cette information.

Et puis un ami a déclaré :

« Oublie les films. Cannes est un festival de mode. »

La Mode, qu’en pensent les gens ? Croient-ils que la mode est ce qui change avec la saison de l’année ? Sont-ils venus de tous les coins du monde pour montrer leurs robes, leurs bijoux, leur collection de chaussures ? Ils ne savent pas ce que cela signifie. « Mode » est seulement une façon de dire : j’appartiens à votre monde. Je porte l’uniforme de votre armée, ne tirez pas dans cette direction.

Depuis que des groupes d’hommes et de femmes ont commencé à vivre ensemble dans les cavernes, la mode est le seul moyen de dire quelque chose que tous comprennent, même sans se connaître : nous nous habillons de la même manière, je suis de votre tribu, nous sommes unis contre les plus faibles et c’est ainsi que nous survivons.

Mais ici se trouvent des gens qui croient que la « mode » est tout. Deux fois par an, ils dépensent une fortune pour changer un petit détail et rester dans la tribu très fermée des riches. S’ils faisaient maintenant une visite dans la Silicon Valley, où les milliardaires des industries de l’informatique portent des montres en plastique et des pantalons râpés, ils comprendraient que le monde n’est plus le même, tous semblent appartenir à la même classe sociale, personne n’accorde la moindre attention à la grosseur du diamant, à
la marque de la cravate, au modèle du portefeuille en cuir.

D’ailleurs cravates et portefeuilles en cuir sont introuvables dans cette région du monde, mais près de là se trouve Hollywood, une machine relativement plus puissante – bien que décadente – grâce à laquelle les ingénus admirent encore les robes de haute couture, les colliers d’émeraude, les énormes limousines. Et comme c’est cela qui est encore présenté dans les magazines, qui a intérêt à détruire une industrie qui brasse des milliards de dollars en publicité, ventes d’objets inutiles, changement de tendances sans nécessité, création de crèmes qui sont toujours les mêmes mais avec des étiquettes différentes ?

Ridicules. Igor ne parvient pas à cacher sa haine pour ceux dont les décisions touchent la vie de millions d’hommes et de femmes travailleurs, honnêtes, qui assurent leur quotidien avec dignité parce qu’ils ont la santé, un lieu où habiter, et l’amour de leur famille.

Pervers. Quand tout paraît en ordre, quand les familles se réunissent autour de la table pour dîner, le fantôme de la Superclasse vient leur vendre des rêves impossibles : luxe, beauté, pouvoir. Et la famille se désagrège.

Le père passe des nuits blanches à faire des heures supplémentaires pour pouvoir acheter le nouveau modèle de tennis pour le fils, ou bien il sera jugé à l’école comme un marginal. L’épouse pleure en silence parce que ses amies portent des vêtements de marque, et elle n’a pas d’argent. Les adolescents, au lieu de connaître les vraies valeurs de la foi et de l’espoir, rêvent de devenir artistes. Les filles de province perdent leur identité et commencent à envisager l’hypothèse de partir pour la grande ville et d’accepter n’importe quoi, absolument n’importe quoi, du moment qu’elles pourront posséder tel ou tel bijou. Un monde qui devrait marcher vers la justice se met à tourner autour de l’objet matériel, qui en six mois ne sert plus à rien et doit être renouvelé. Ainsi seulement, le cirque peut continuer à maintenir au sommet du monde ces créatures méprisables qui maintenant se trouvent à Cannes.

Certes, Igor ne se laisse pas influencer par ce pouvoir destructeur.

Il continue à faire un travail des plus enviables au monde. Il continue à gagner beaucoup plus d’argent par jour qu’il n’en pourrait dépenser en un an, même s’il décidait de se permettre tous les plaisirs possibles – légaux ou illégaux. Il n’a aucune difficulté à séduire une femme, avant même qu’elle sache s’il est ou non un homme riche – il en a fait l’expérience très souvent, et cela a toujours marché. Il vient d’avoir quarante ans, est en pleine forme, a fait son check-up annuel et l’on ne lui a découvert aucun problème de santé. Il n’a pas de dettes.

Il n’a pas besoin de porter une marque de vêtements déterminée, de fréquenter tel restaurant, de passer les vacances sur la plage où « tout le monde va », d’acheter un modèle de montre seulement parce que tel sportif à succès l’a recommandé. Il peut signer des contrats importants avec un stylo à trois sous, porter des vestes confortables et élégantes, faites à la main dans une petite boutique proche de son bureau, sans aucune étiquette visible. Il peut faire ce qu’il désire, sans avoir besoin de prouver à quiconque qu’il est riche, qu’il a un travail intéressant et qu’il est enthousiasmé par ce qu’il fait.

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Voir également :
- L'Alchimiste (O Alquimista) - Paulo Coelho (1988), présentation et extrait
- La Cinquième montagne (O Monte Cinco) - Paulo Coelho (1996), présentation
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- Onze minutes (Onze minutos) - Paulo Coelho (2003), présentation et extrait
- Le Zahir (O Zahir) - Paulo Coelho (2005), présentation

16:47 Écrit par Marc dans Coelho, Paulo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : festival de cannes, paulo coelho, litterature bresilienne, romans de societe | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

vendredi, 07 novembre 2008

Onze minutes (Onze minutos) - Paulo Coelho - 2003

bibliotheca onze minutes

Maria est une jeune Brésilienne portée par le rêve de devenir un jour quelqu'un et de trouver le grand amour. Lors de vacances à Rio de Janeiro elle fait la rencontre d'un Suisse qui lui propose de devenir danseuse dans un cabaret qu'il possède dans son pays. Maria accepte tout de suite croyant qu'enfin le conte de fée frappe à sa porte. Elle se voit déjà en tant que vedette qui brillera à travers le monde. Mais ce qui aurait dû être un rêve se transforme vite en cauchemar, et son job de danseuse promise à un grand avenir devient rapidement celui d'une prostituée travaillant rue de Berne dans le quartier rouge de Genève. Là elle découvre le monde des sexualités conventionnelles qui l’ont déçue, et découvre l’univers étrange de pratiques à la marge, celles des nuits anonymes, des plaisirs lucratifs, des fantasmes interdits : l’expérience du sadomasochisme lui fait deviner la perte de contrôle et l’oubli de soi. Mais rien de tout cela ne répond à son attente et c’est dans les bras banals d’un jeune artiste qu’elle trouve un amour en lequel elle avait fini de croire.

Onze minutes, c’est le temps moyen, selon l’auteur, de l’acte sexuel, ce bref instant de plaisir, partagé ou non, subi ou désiré, qui explique à la fois le mariage, la prostitution et l'adultère. Et c'est sur tout ce qui tourne autour de ces onze minutes que l'auteur brésilien Paulo Coelho a décidé de construire son roman, tel un roman initiatique, suivant le destin d'une jeune brésilienne devenue prostituée et qui à travers ce monde rempli de sexualités vaines, tente de retrouver ce qui la motive réellement, càd. l'amour qui se cache derrière. Le roman commence comme un conte de fée, "Il était une fois...", et en garde souvent encore certains éléments par la suite. Beau et dérangeant, l'auteur place cependant ce conte de fée dans le milieu de la prostitution, sans toutefois sans jamais porter de jugement, de blâme ou de glorification sur ce métier. Et malgré un contenu à caractère bien explicite, Coelho évite de tomber dans le domaine érotique, voire pornographique, pour se concentrer sur les thèmes de l'initiation de Maria, la quête de soi et de l'amour sacré, ...

En bref Onze minutes est bien dans la lignée des autres grands romans de Paulo Coelho: un merveilleux et très prenant roman philosophique.

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Extrait :

Il était une fois une prostituée qui s'appelait Maria.

Un moment. «Il était une fois», telle est la meilleure manière de débuter un conte pour enfants, tandis que «prostituée» est un terme d'adultes. Comment peut-on faire débuter une histoire sur cette apparente contradiction? Mais enfin, puisque à chaque instant de nos existences, nous avons un pied dans le conte de fées et l'autre dans l'abîme, conservons ce commencement.

Il était une fois une prostituée qui s'appelait Maria.

Comme toutes les prostituées, elle était née vierge et innocente et, durant son adolescence, elle avait rêvé de rencontrer l'homme de sa vie (qui serait riche, beau intelligent), de l'épouser (en robe de mariée), d'avoir de lui deux enfants (qui deviendrait célèbres), d'habiter une jolie maison (avec vue sur la mer). Son père était représentant de commerce, sa mère couturière. Dans sa ville du Nordeste du Brésil, il n'y avait qu'un cinéma, une boîte de nuit, une agence bancaire; c'est pourquoi Maria attendait le jour où son prince charmant apparaîtrait sans prévenir, envoûterait son cœur, et où elle partirait conquérir le monde avec lui.

Comme le prince charmant se montrait pas, il ne lui restait qu'à rêver. Elle tomba amoureuse pour la première fois à l'âge de onze ans, tandis qu'elle se rendait à pied à l'école primaire. Le jour de la rentrée, elle découvrit qu'elle n'était pas seule sur le trajet: non loin d'elle cheminait un gamin qui habitait dans le voisinage et fréquentait l'école aux mêmes heures. Ils n'avaient jamais échangé un mot, mais Maria remarqua que les moments de la journée qui lui plaisaient le plus étaient ceux qu'elle passait sur la route poussiéreuse, malgré la soif, la fatigue, le soleil au zénith, le garçon qui marchait vite tandis qu'elle faisait des efforts épuisants pour demeurer à sa hauteur.

La scène se répéta pendant plusieurs mois; Maria, qui détestait étudier et n'avait d'autre distraction que la télévision, se mit à désirer que le temps s'écoule rapidement; elle attendait anxieusement de se rendre à l'école et, contrairement aux filles de son âge, trouvait très ennuyeuses les fins de semaine. Comme les heures passent bien plus lentement pour un enfant que pour un adulte, elle en souffrait, trouvait les jours interminables, car ils ne lui offraient que dix minutes à partager avec l'amour de sa vie et des milliers d'autres pour penser à lui, imaginer comme il serait bon qu'ils puissent se parler.

Or, un matin, le gamin s'approcha d'elle et lui demanda de lui prêter un crayon. Maria ne répondit pas, elle fit mine d'être irritée par cet abord intempestif et pressa le pas. Elle était restée pétrifiée d'effroi en le voyant se diriger vers elle, elle avait peur qu'il sût qu'elle l'aimait, l'attendait, rêvait de le prendre par la main, de dépasser la porte de l'école pour suivre la route jusqu'au bout, où-- disait-on-- se trouvaient une grande ville, des personnages de roman, des artistes, des automobiles, de nombreuses salles de cinéma et toutes sortes de merveilles.

Toute la journée, elle ne parvint pas à se concentrer en classe. Elle souffrait de son comportement absurde, tout en étant soulagée de savoir que le garçon lui aussi l'avait remarquée. Le crayon n'était qu'un prétexte pour engager la conversation-- quand il s'était approché, elle avait aperçu un stylo dans sa poche. Elle languit de le revoir. Cette nuit-là-- et les nuits qui suivirent-- elle se mit à imaginer toutes les réponses qu'elle lui ferait, jusqu'à ce qu'elle eût trouvé la bonne manière de débuter une histoire qui ne finirait jamais.

Mais il ne lui adressa plus jamais la parole. Ils continuaient de se rendre ensemble à l'école, Maria marchant parfois quelques pas devant lui, tenant un crayon dans la main droite, parfois derrière pour le contempler tendrement. Elle dut se contenter d'aimer et de souffrir en silence jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Pendant les vacances, qui lui parurent interminables, elle s'éveilla un matin, les cuisses tachées de sang et crut qu'elle allait mourir;  Elle décida de laisser une lettre au garçon dans laquelle elle lui avouerait qu'il avait été le grand amour de sa vie, puis elle fit le projet de s'enfoncer dans le sertao où elle serait dévorée par l'une des bêtes sauvages qui terrorisaient les paysans de la région: le loup-garou ou la mule-sans-tête. Ainsi, ses parents ne pleureraient pas sa mort, car les pauvres gardent espoir, en dépit des tragédies qui les accablent. Ils penseraient qu'elle avait été enlevée par une famille fortunée et sans enfants, et qu'elle reviendrait un jour, couverte de gloire et d'argent-- tandis que l'actuel (et éternel)amour de sa vie ne parviendrait pas à l'oublier et qu'il souffrirait chaque matin de ne plus lui avoir adressé la parole.

Elle ne put rédiger la lettre, car sa mère entra dans la chambre, vit les draps rougis, sourit et lui dit: « Te voici un jeune fille, ma petite. »

Maria, voulut savoir quel rapport il existait entre le fait d'être une jeune fille et le sang qui s'écoulait entre ses jambes, mais sa mère fut incapable de lui expliquer. Elle affirma seulement que c'était normal et que désormais elle devrait porter une serviette pas plus grosse qu'un traversin de poupée quatre ou jours par mois. Maria lui demanda si les hommes aussi se servaient d'un tuyau pour empêcher que le sang ne tache pas leur pantalon, et elle apprit que ça n'arrivait qu'aux femmes.

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Voir également :
- L'Alchimiste (O Alquimista) - Paulo Coelho (1988), présentation et extrait
- La Cinquième montagne (O Monte Cinco) - Paulo Coelho (1996), présentation
- Le Démon et mademoiselle Prym (O Demônio e a Srta. Prym) - Paulo Coelho (2000), présentation et extrait
- Le Zahir (O Zahir) - Paulo Coelho (2005), présentation
- La solitude du vainqueur (O Vencedor está Só) - Paulo Coelho (2008), présentation et extrait

samedi, 11 novembre 2006

Le Démon et mademoiselle Prym (O Demônio e a Srta. Prym) - Paulo Coelho - 2000

bibliotheca le demon et mademoiselle prym

Bescos est un petit village d'un peu plus de 200 âmes isolé dans une région montagneuse. La population vit dans le calme, un peu hors du temps. D'ailleurs les jeunes ont peu à peu quitté le village, laissant derrière eux une génération vieillissante de fermiers et de bergers. Le village vit dans un calme parfait jusqu'au jour où arrive un mystérieux étranger, qui selon la vieille Berta, semble être accompagné par le démon. Cet étranger est venu pour faire une proposition des plus étranges et macabres aux villageois. Par l'intermédiaire de Mlle Chantal Prym, une jeune employée de l'auberge du village, il va proposer à la communauté le marché suivant : si dans la semaine qui suit, 'ils assassinent un des leurs, ils se verront récompensés par un trésor de lingots d'or, qui leur permettra de retrouver la prospérité passée. L’étranger recherche par ce stratagème à se prouver que tous les hommes sont habités par le Mal (il en sera définitivement convaincu si un meurtre est effectivement commis), ou si les terroristes qui ont exécuté froidement sa femme et ses deux filles qu’ils retenaient en otage sont des cas à part (il en aura la certitude si tous les villageois résistent à la tentation). Difficile de refuser une telle prospérité soudaine. Mais faut-il accepter ce marché? Et puis... qui sacrifier? Les notables du village se réunissent plusieurs fois pour choisir la victime. On désignera d’abord Chantal Prym, qui, n’ayant plus de famille, ne sera pas pleurée. Puis le curé s’offre lui-même en sacrifice, tout en suggérant les arguments qui feront repousser son offre. Enfin tous se mettent d’accord sur la personne de Berta, veuve, sans parenté et qui doit, affirme-t-on, être impatiente de rejoindre au ciel son mari. Mais cèderont-ils à la tentation en allant jusqu'au bout de leur raison,

C'est l'éternelle question du Bien et du Mal qu'est illustrée dans le roman Le Démon et mademoiselle Prym de l'écrivain brésilien Paul Coelho. L'histoire, à la base, semble fortement inspirée de la pièce de théâtre La visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame, 1956) de Friedrich Dürrenmatt, oeuvre que Coelho cite d'ailleurs dans le roman présent. Mais le développement et les idées travaillées sont différentes. L'Homme est-il bon ou mauvais? Succombera-t-il au Mal face à la moindre tentation? Et Dieu s'intéresse-t-il à leur sort? Paulo Coelho, dans son style bien connu et toujours aussi brillant, fait avancer ses personnages en merveilleux marionnettiste face à cette grande question. Et il se trouve que Coelho est plutôt pessimiste par rapport à la conscience humaine : seule la peur de la punition va sauver Bescos du Mal et empêcher les villageois d'assassiner quelqu'un. Comme si le monde était réellement mauvais, mais en plus de cela terriblement lâche. Finalement c'est l'illustration du reproche qui est fait à Dieu d’avoir simplement interdit à Adam et Eve de manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sans leur avoir montré quelles seraient les conséquences du péché, sans leur avoir permis a priori d’en mesurer la portée, sans leur avoir d’abord inculqué la peur. Tout est dans la parabole dans laquelle Paulo Coelho transforme le fruit du savoir en lingots d'or, et le jardin d'Éden en petit village perdu dans les montagnes, somnolant dans une paisible béatitude. Et le serpent tentateur, voyageur élégant et beau parleur, a choisi pour médiatrice Chantal Prym, jeune et jolie serveuse d'auberge.

Le Démon et mademoiselle Prym est un roman fascinant.

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Extrait:

"Il y avait presque quinze ans que la vieille Berta s'asseyait tous les jours devant sa porte. Les habitants de Bescos connaissaient ce comportement habituel des personnes âgées : elles rêvent au passé, à la jeunesse, contemplent un monde qui ne leur appartient plus, cherchent un sujet de conversation avec les voisins.

Mais Berta avait une bonne raison d'être là. Et elle comprit que son attente avait pris fin ce matin-là, lorsqu'elle vit l'étranger gravir la pente raide, se diriger lentement vers le seul hôtel du village. Vêtements défraîchis, cheveux plus longs que la moyenne, une barbe de trois jours : il ne présentait pas comme elle l'avait souvent imaginé. Pourtant, il venait avec son ombre : le démon l'accompagnait.

« Mon mari avait raison, se dit-elle. Si je n'étais pas là, personne ne s'en serait aperçu. »

Donner un âge, ce n'était pas son fort. Entre quarante et cinquante ans, selon son estimation. « Un jeune », pensa-t-elle, avec cette manière d'évaluer propre au vieux. Elle se demanda combien de temps il resterait au village : pas très longtemps, sans doute, il ne porterait qu'un petit sac à dos. Probablement une seule nuit, avant de poursuivre son chemin vers un destin qu'elle ignorait et qui l'intéressait guère. Tout de mêmes toutes ces années, assise sur le seuil de sa maison, n'avaient pas été perdues, car elle avait repris à contempler la beauté des montagnes- à laquelle elle n'avait pas prêté attention pendant longtemps : elle y était née et ce paysage lui était familier.

Il entra dans l'hôtel comme prévu. Berta se dit que peut-être elle devait aller parler au curé de cette visite indésirable ; mais il ne l'écouterait pas, il dirait : « Vous les personnes âgées, vous vous faites des idées. »

« Bon maintenant, allons voir ce qui se passe. Un démon n'a pas besoin de beaucoup de temps pour faire des ravages-- tels que tempêtes, tornades et avalanches, qui détruisent en quelques heures des arbres plantés il y a deux cents ans. »

Soudain, elle se rendit compte que le seul fait de savoir que le mal venait d'arriver à Bescos ne changeait en rien le cours de la vie. Des démons surviennent et repartent à tout moment, sans que les choses soient nécessairement perturbées par leur présence. Ils rôdent en permanence à travers le monde, parfois simplement pour telle ou telle âme, mais ils sont inconstants et généralement par le seul plaisir d'un combat qui en vaille la peine. Berta trouvait que Bescos ne présentait rien d'intéressant ou de particulier pour attirer plus d'une journée l'attention de qui que ce soit- encore moins celle d'un être aussi important et occupé qu'un messager des ténèbres.

Elle essaya de penser à autre chose, mais l'image de l'étranger ne lui sortait pas de la tête. Le ciel, si bleu tout à l'heure se chargeait de nuages.

« C'est normal, c'est toujours comme ça à cette époque de l'année, pensa-t-elle. Aucun rapport avec l'arrivée de l'étranger, juste une coïncidence. »

C'est alors qu'elle entendit le roulement lointain d'un coup de tonnerre, suivi de trois autres. C'était signe de pluie, bien sûr, mais peut-être que ce fracas, si elle se fiait aux anciennes traditions du village transposait la voix d'un Dieu courroucé se plaignant des hommes devenus indifférents à Sa présence.

« Peut-être que je dois faire quelque chose. Finalement, ce que j'attendais vient d'arriver. » Pendant quelques minutes elle se concentra sur tout ce qui se passait autour d'elle. Les nuages continuaient de s'amonceler au-dessus du village, mais on n'entendait plus aucun bruit. Elle ne croyait pas aux traditions et superstitions, surtout pas celles de Bescos, qui s'enracinaient dans l'antique civilisation celte qui avait jadis régné ici.

« Un coup de tonnerre n'est qu'un phénomène naturel. Si Dieu avait voulu parler aux hommes, Il ne l'aurait pas fait par des voies aussi indirectes. » À peine cette pensée eut-elle effleuré son esprit que le craquement d'un éclair retentit, cette fois-ci tout près. Berta se leva, prit sa chaise et rentra chez elle avant que la pluie ne tombe. Mais, tout à coup, son cœur était oppressé par une peur qu'elle n'arrivait pas à comprendre.

Que faire ?

« Que l'étranger parte tout de suite », souhaita-t-elle. Elle était trop vieille pour pouvoir s'aider elle-même, pour aider son village, ou encore-- surtout-- le Seigneur tout-puissant, qui aurait choisi quelqu'un de plus jeune s'Il avait eu besoin d'un soutien."

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Voir également:
- L'Alchimiste (O Alquimista) - Paulo Coelho (1988), présentation et extrait
- La Cinquième montagne (O Monte Cinco) - Paulo Coelho (1996), présentation
- Onze minutes (Onze minutos) - Paulo Coelho (2003), présentation et extrait
- Le Zahir (O Zahir) - Paulo Coelho (2005), présentation

- La solitude du vainqueur (O Vencedor está Só) - Paulo Coelho (2008), présentation et extrait

23:21 Écrit par Marc dans Coelho, Paulo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paulo coelho, litterature bresilienne, romans philosophiques | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

dimanche, 16 juillet 2006

Le Zahir (O Zahir) - Paulo Coelho - 2005

Esther, correspondante de guerre et femme d'un célèbre écrivain brésilien, disparaît du jour au lendemain laissant son mari seul dans l'ignorance san laisser de mot explicatif. Et c'est précisément ce qui va hanter l'écrivain, l'héros du livre. La pensée même de ne pas comprendre pourquoi elle l'a abandonné à ses doutes et ses remords. Toutes ses questions vont le conduire à une totale remise en question de son couple mais surtout de lui même. Pour l'écrivain elle devient son Zahir, traditionnellement une pièce de monnaie, une boussole et avant tout une métaphore romantique pour les aveugles, et ici son obsession, son idée fixe qui ne le lâchera pas avant de l'avoir retrouvée, sa seule et unique raison de vivre. L'écrivain partira à la recherche d'Esther, au fil d'un long périple qui le fera voyager de Paris jusqu'aux steppes d'Asie centrale, où il s'adressera même à la magie et aux légendes locales pour retrouver son Zahir.

Le Zahir est un récit d'initiation, genre cher à Paulo Coelho, mêlé de nombreuses notes autobiographiques. L'écrivain en question se confond à Coelho lui-même. On y trouve tous les thèmes chers de l'auteur, quête de spiritualité, d'amour, de liberté, de repères de l'homme moderne. Paulo Coelho nous invite à nous interroger sur nos choix, sur nos actes, nos pensées, .... toujours en gardant comme thème principal celui du couple, cette accoutumance d'être ensemble qui souvent entraîne vers l'érosion et finit parfois par exploser sans que l'un ou l'autre n'ait rien vu arriver. Beau roman, mais hélas l'autobiographie prend trop le pas sur le récit, négligeant parfois le côté spirituel. Souvent on se perd, ne sachant pas trop où veut nous mener l'auteur. Cela laisse un peu un sentiment de déception aux lecteurs habitués au romans précédents du type de L'Alchimiste (O Alquimista, 1988). Paulo Coelho se pose également trop en tant que victime de son propre succès qui l'aurait détourné des valeurs essentielles de la vie et de l'amour. Cela devient parfois agaçant.

Un beau roman, mais souvent décevant.

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Voir également:
- L'Alchimiste (O Alquimista) - Paulo Coelho (1988), présentation et extrait
- La Cinquième montagne (O Monte Cinco) - Paulo Coelho (1996), présentation
- Onze minutes (Onze minutos) - Paulo Coelho (2003), présentation et extrait
- Le Démon et mademoiselle Prym (O Demônio e a Srta. Prym) - Paulo Coelho (2000), présentation et extrait

- La solitude du vainqueur (O Vencedor está Só) - Paulo Coelho (2008), présentation et extrait

vendredi, 30 juin 2006

L'Alchimiste (O Alquimista) - Paulo Coelho - 1988

Il y a bien longtemps en Andalousie, le jeune berger Santiago en s'endormant à la belle étoile dans une chapelle en ruine fait un étrange rêve pour la seconde fois. Il s'y voit déterrant un magnifique trésor aux pieds des pyramides d'Egypte. Le lendemain il rencontre un étrange vieillard qui se prétend être Melchisé, roi de Salem. Celui-ci lui propose au jeune garçon d'interpréter ce rêve en échange de quelques brebis. "L’univers tout entier conspire à la réussite de celui qui accomplit sa Légende Personnelle", lui a affirme le vieil homme. Santiago, afin d'accomplir sa légende, devra donc se rendre jusqu'aux pieds de l'Egypte. De la commence alors le long voyage de Santiago qui en passant par le Maroc, puis en traversant le désert jusqu'en Egypte au détour de milles aventures et rencontres. S’ouvrant peu à peu au Langage du cœur, apprenant à déchiffrer dans le Grand Livre de la Nature et de la vie les Signes que nous envoie l’Âme du Monde, Santiago parviendra au terme de sa quête initiatique jusqu’à l’Alchimiste, homme plein de sagesse retiré au milieu du désert, puis aux pyramides tant convoitées. Il y connaîtra une révélation inattendue, lui indiquant l’emplacement réel de Son trésor.

L'Alchimiste est un roman d'initiation, best-seller mondial qui a fait le succès et la renommée de son auteur. Ce livre est souvent considéré comme un ouvrage culte et souvent comparé au Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry ou au Prophète de Khalil Gibran. L'histoire est fortement inspirée par la légende britannique The Pedlar of Swaffham, qui a également servi de base à By Night under the Stone Bridge (1952) de Leo Perutz et à Le conte des deux rêveurs de Jorge Luis Borges. Donc conte d'initiation, mais aussi conte philosophique, dans lequel on suit le jeune Santiago dans la poursuite de son rêve. Il devra accomplir les quatre piliers essentiels et existentiels de l'alchimie: la nécessité d’écouter son cœur, de savoir décrypter la langue des signes, de comprendre la relation intime entre toutes les choses de l’Univers et d’accomplir sa Légende Personnelle. Le tout est décrit dans le style d'un conte, voire d'un rêve. Finalement le tout se résume dans le fait que chacun doit aller au bout de ses rêves, beau principe mais pas très novateur. Et c'est peut-être là la principale critique à faire à ce beau roman (même si parfois il me vient à penser que Paulo Coelho nous mène à travers mille détours pour arriver à cette conclusion bien simple de la même façon qu'il fait voyager Santiago à travers les déserts pour aboutir à un résultat équivalent). Si personnellement j'ai beaucoup apprécié, beaucoup de lecteurs n'accrocheront pas du tout, que ce soit au style ou aux idées philosophiques véhiculées à travers le récit et n'y verront qu'une supercherie intellectuelle.

Donc à chacun de voir.

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Extrait: premier chapitre

"Il se nommait Santiago. Le jour déclinait lorsqu’il arriva, avec son troupeau, devant une vieille église abandonnée. Le toit s’était écroulé depuis bien longtemps, et un énorme sycomore avait grandi à l’emplacement où se trouvait autrefois la sacristie. Il décida de passer la nuit dans cet endroit. Il fit entrer toutes ses brebis par la porte en ruine et disposa quelques planches de façon à les empêcher de s’échapper au cours de la nuit. Il n’y avait pas de loups dans la région mais, une fois, une bête s’était enfuie, et il avait dû perdre toute la journée du lendemain à chercher la brebis égarée.

Il étendit sa cape sur le sol et s’allongea, en se servant comme oreiller du livre qu’il venait de terminer. Avant de s’endormir, il pensa qu’il devrait maintenant lire des ouvrages plus volumineux : il mettrait ainsi plus de temps à les finir, et ce seraient des oreillers plus confortables pour la nuit.

Il faisait encore sombre quand il s’éveilla. Il regarda au-dessus de lui et vit scintiller les étoiles au travers du toit à moitié effondré.

« J’aurais bien aimé dormir un peu plus longtemps », pensa-t-il. Il avait fait le précédente et, de nouveau, s’était réveillé avant la fin.

Il se leva et but une gorgée de vin. Puis il se saisit de sa houlette et se mit à réveiller les brebis qui dormaient encore. Il avait remarqué que la plupart des bêtes sortaient du sommeil sitôt que lui-même reprenait conscience. Comme si quelque mystérieuse énergie eût uni sa vie à celle de ces moutons qui, depuis deux ans, parcouraient le pays avec lui, en quête de nourriture et d’eau. « Ils se sont si bien habitués à moi qu’ils connaissent mes horaires », se dit-il à voix basse. Puis, après un instant de réflexion, il pensa que ce pouvait aussi bien être l’inverse : c’était lui qui s’était habitué aux horaires des animaux.

Il y avait cependant des brebis qui tardaient un peu plus à se relever. Il les réveilla une à une, avec son bâton, en appelant chacune d’elles par son nom. Il avait toujours été persuadé que les brebis étaient capables de comprendre ce qu’il disait. Aussi leur lisait-il parfois certains passages des livres qui l’avaient marqué, ou bien il leur parlait de la solitude ou de la joie de vivre d’un berger dans la campagne, commentait les dernières nouveautés qu’il avait vues dans les villes par où il avait l’habitude de passer.

Depuis l’avant-veille, pourtant, il n’avait pratiquement pas eu d’autre sujet de conversation que cette jeune fille qui habitait la ville où il allait arriver quatre jours plus tard. C’était la fille d’un commerçant. Il n’était venu là qu’une fois, l’année précédente. Le commerçant possédait un magasin de tissus, et il aimait voir tondre les brebis sous ses yeux, pour éviter toute tromperie sur la marchandise. Un ami lui avait indiqué le magasin, et le berger y avait amené son troupeau."

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14:06 Écrit par Marc dans Coelho, Paulo | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : romans philosophiques, romans initiatiques, paulo coelho, litterature bresilienne | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!