mercredi, 24 février 2010

La jeune fille à la perle (The Girl With a Pearl Earring) - Tracy Chevalier - 1999

bibliotheca la jeune fille a la perle

La ville hollandaise de Delft au XVIIème siècle. Alors que le commerce de son père vient de s'écrouler, la jeune Griet, âgée de seize ans, est embauchée par la famille des Vermeer comme servante pour faire le ménage dans l'atelier du maître Johannes Vermeer, le grand peintre qui est aussi un catholique vivant dans le quartier des papistes de Delft. Le père de Griet, un céramiste réputé a perdu la vue lors d'un accident de travail et compte donc sur les entrées que sa fille lui procura pour faire survivre sa petite famille. pour Griet c'est tout un univers qui bascule à ce moment. Elle est protestante et ne comprend rien aux mœurs étranges des catholiques, de plus elle a toujours fréquenté les milieux ouvriers bien éloigné de la vie de cet artisan-peintre à la si grande renommée qu'est Vermeer. Devant s'intégrer dans la maisonnée, entre Catharina Bolnes, l'épouse de Vermeer, la mère de celle-ci, Maria Thins, et la servante Tanneke, sans compter Cornelia, une des filles, elle doit faire profil bas.
Mais Vermeer comprend rapidement les qualités de Griet, sa discrétion, ainsi que son intérêt et sa grande sensibilité pour la peinture...
 
Le roman historique La jeune fille à la perle de l'écrivaine américaine Tracy Chevalier sort en 1999 et devient vite un immense succès publique. Un adaptation cinématographique à succès sera d'ailleurs réalisée en 2003 par Peter Webber avec les acteurs américains Scarlett Johansson et Colin Firth dans les rôles principaux.
Le roman fascine dès les premières pages par l'aisance avec laquelle il plonge le lecteur dans le Delft de l'époque, dans la vie austère des familles hollandaises du XVIIe siècle. L'opposition sociale entre le milieu d'origine de Griet, un milieu ouvrier protestant, et celui de Vermeer, un haut bourgeois catholique qui a toutefois du mal à nourrir sa nombreuse famille par ses quelques tableaux qu'il vend par an, et se refusant à en produire plus par souci artistique (seules trente-cinq toiles du maître sont connus). Tracy Chevalier s'est prétendue passionnée depuis longtemps par les œuvres de Vermeer, et la décision d'écrire cette histoire lui serait venue en regardant un poster d'un tableau du même nom La jeune fille à la perle datant de 1665. Cela lui inspirera ce roman fort passionnant, mais ne traitant pas tant de peinture que de l'inspiration du peintre pour créer ainsi que la relation imaginaire entre le peintre et sa servante. Le lecteur suit aussi l'évolution de la jeune fille qui devient de plus en plus femme et va finir par s'émanciper de son état de servante.
L'écriture est simple, très efficace, et le tout est très prenant. Un charme fou s'en dégage, alors que l'on découvre de plus en plus l'autre point de vue de la peinture, celui de l'artiste créateur. Hélas le roman souffre par moments de sa trop grande simplicité. et naïveté Le personnage trop parfait de Griet est certes attachant mais n'est pas toujours crédible. De nombreux autres sont très caricaturaux. De plus certaines invraisemblances et facilités viennent quelque peu nuire à la lecture.
 
La jeune fille à la perle est un merveilleux roman historique, intéressant par son contexte et par son sujet principal qu'est la peinture et son inspiration créatrice. Parfois un peu simple, le roman reste quand même un admirable divertissement.
 
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Extrait :

 
L'homme m'observait de ses yeux gris comme la mer. Son visage allongé, anguleux, reflétait la sérénité alors que celui de son épouse était aussi changeant que chandelle au vent. Il ne portait ni barbe ni moustache, d'où cette apparence nette que j'appréciai. Une houppelande noire couvrait ses épaules, sa chemise était blanche et son col de fine dentelle. Son chapeau était enfoncé sur la chevelure couleur de brique défraîchie par les intempéries.
"Que faisiez-vous là Griet ?" demanda-t-il.
 
Sa question me surprit, mais je n'en laissai rien paraître.
 
Je coupais des légumes pour la soupe, Monsieur."
 
J'avais l'habitude de disposer les légumes en cercle, par catégorie, comme les parts d'une tarte. Il y avait cinq parts : choux rouge, oignons, poireaux, carottes et navets. Je m'étais servie d'une lame de couteau pour délimiter chaque part et j'avais placé une rondelle de carotte au centre.
 
L'homme tapota sur la table. "Est-ce dans cet ordre qu'ils iront dans la soupe ? me demanda-t-il en étudiant le cercle.
 
- Non, Monsieur." J'hésitais, je n'aurais pu expliquer pour quelle raison je les avais arrangés de la sorte. Je m'étais dit que ça devrait être comme ça, un point c'est tout, mais j'avais trop peur d'avouer ça à un monsieur.
 
"Je vois que vous avez mis de côté les légumes blancs, reprit-il en montrant les navets et les oignons. Tiens, ceux de couleur orange ne voisinent pas avec ceux de couleur pourpre, pourquoi ça ?" Il ramassa une tranche de chou et un bout de carotte, les secoua dans sa main comme des dés.
 
Je regardais ma mère, elle hocha discrètement la tête.
 
"Les couleurs jurent parfois quand elles sont côte à côte, Monsieur."
 
Il fronça les sourcils, de toute évidence il ne s'attendait pas à cette réponse. "Dites-moi, vous passez beaucoup de temps à disposer les légumes avant de faire la soupe ?
 
- Oh non ! Monsieur", répondis-je confuse, je ne voulais pas qu'il crût que je gaspillais mon temps. Du coin de l'œil, j'entrevis un mouvement. Ma sœur Agnès nous épiait, tapie derrière le montant de la porte. En entendant ma réponse, elle avait secoué la tête. Il était rare que je mente. Je baissai les yeux.
 
L'homme tourna légèrement la tête, Agnès disparut. Il laissa retomber les morceaux de carottes et de chou parmi leurs semblables. Le chou se retrouva en partie avec les oignons. J'aurais voulu tendre la main pour le remettre à sa place. Je me retins, ce qu'il devina. Il me mettait à l'épreuve.
 
"Assez bavardé comme ça", déclara la femme. Si agacée fût-elle par l'attention qu'il me portait, c'est moi qu'elle fustigea du regard. "Nous disons donc à demain ?" Elle se tourna vers l'homme avant de sortir majestueusement de la pièce, suivie par ma mère. L'homme jeta un dernier coup d'œil à ce qui devait être la soupe, puis il me salua de la tête et suivit les femmes. "

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Présente édition : traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, éditions Folio Gallimard, 28 février 2002, 313 pages