vendredi, 13 avril 2007

Le grand sommeil (The Big Sleep) - Raymond Chandler - 1939

bibliotheca le grand sommeil

Tout commence par une petite affaire sans importance. Le général Sternwood, un millionnaire retraité, a des ennuis avec ses deux filles. Vivian, l’aînée, est alcoolique et flambe tout son argent en jeux et Carmen, la cadette, a des mœurs bien peu recommandables. De plus le comportement de ses deux filles font apparaître un maître chanteur, un libraire du nom de Geiger, qui essaie de soutirer de l’argent au richissime vieillard contre son silence. A bout de nerfs, Sternwood fait appel à un détective privé, Philip Marlowe, pour vite régler cette petite affaire. Marlowe se met directement sur l’affaire et part enquêter au sujet de ce libraire. En visitant la librairie de Geiger, le détective voit Carmen rentrer chez lui. Puis il entend trois coups de feu. Tant bien que mal, il arrive à s’introduire à l’intérieur dans une pièce aménagée en studio photo dans laquelle il découvre la jeune fille nue et endormie sous l’effet de drogues et, à côté d’elle allongé sur le sol, son maître chanteur, mort assassiné. Il va vite découvrir qu’autour de ces deux filles gravite l’inquiétant univers du banditisme, et les meurtres vont s’enchaîner.

Raymond Chandler est l’un des auteurs qui aura le plus marqué le genre du roman policier. Il commence à écrire des pulps dans les années trente, sa première nouvelle sera publiée dans Black Mask en 1933, et en 1939 Chandler publie son premier roman Le grand sommeil qui va imposer le style du roman noir au genre policier et introduire pour la première fois l’aujourd’hui célèbre détective privé Philip Marlowe qui deviendra l’archétype du détective privé. Innovateur à l’époque, Le grand sommeil représente certainement l’un des plus typiques exemples du genre du roman noir. Le lecteur suit l’enquête d’un détective privé cynique et antipathique, ayant été viré de la police et fortement porté sur l’alcool. La résolution de l’enquête n’est pour Philip Marlowe qu’un job comme un autre et le but n’est certainement pas pour lui de faire triompher la vérité ou la justice. D’ailleurs la fin du roman confirme clairement ce sentiment. Donc Raymond Chandler introduit finalement parmi les premiers ce genre où il n’y a finalement que des méchants personnages agissant uniquement en fonction de leurs intérêts,et envies. Pas de bon, pas de héros. L’auteur, en mettant en scène cet univers et ces personnages sombres, fait une critique féroce de la corruption et de ceux qui en profitent dans la haute société californienne qui semble totalement pourrie par l’argent aux origines douteuses. D’ailleurs l’élément essentiel de ce roman est la description de cet univers et la description du personnage principal Philip Marlowe.
Pour le reste, le suspense prend petit à petit au fil des pages et l’intrigue est plutôt bien montée même si l’on se rend compte que Chandler lui-même s’y mêle un peu les pinceaux. Par exemple l’écrivain oublie d’élucider l’un des meurtres du roman et certains autres éléments sont tout simplement trop confus.

Le grand sommeil n’est certainement pas le meilleur roman du genre, mais l’un des premiers et certainement le plus classique et le plus culte.

Le grand sommeil a été adapté au cinéma en 1946 par Howard Hawks, avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall dans les rôles principaux, pour devenir l’un des grands classiques du septième art. En 1998 Le roman fera l’objet d’une adaptation bien plus libre sous forme de comédie déjantée réalisée par les frères Joel et Ethan Cohen sous le titre de The Big Lebowsky.

Il est à noter que le roman a été traduit en français par l’écrivain Boris Vian.

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Extrait :

"Qu'est-ce que ça peut faire, où on vous met quand vous êtes mort? Dans un puisard dégueulasse ou dans un mausolée de marbre au sommet d'une grande colline? Vous êtes mort, vous dormez du grand sommeil... vous vous en foutez, de ces choses-là... le pétrole, l'eau, c'est de l'air et du vent pour vous... Vous dormez, vous dormez du grand sommeil, tant pis si vous avez eu une mort tellement moche... peu importe où vous êtes tombé... Moi, je faisais partie des choses moches, maintenant. Bien plus que Rusty Reagan. Mais le vieux bonhomme, à quoi bon? Qu'il repose tranquille dans son lit à baldaquin, avec ses mains exsangues croisées sur le drap... attendant... Son cœur n'était plus qu'un vague murmure hésitant... ses pensées grises comme la cendre... Et bientôt, lui aussi, comme Reagan, dormirait du grand sommeil.

En redescendant en ville, je m'arrêtai devant un bar et m'envoyai deux doubles whiskies. Ça ne me fit aucun bien. Le résultat, c'est que je pensais à Boucles d'Ange, et jamais je ne la revis."

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