dimanche, 19 avril 2009

Les portes du sommeil - Fabrice Bourland - 2008

bibliotheca les portes du sommeil

Paris, 1934. Deux ans se sont écoulés depuis leur premier exploit relaté dans Le fantôme de Baker Street (2008), pour Adrew Singleton et James Trelawney une nouvelle aventure surréaliste se présente pour eux à Paris. C'est d'abord Singleton qui se rend à Paris pour enquêter sur le suicide, selon lui suspect, du poète Gérard de Nerval, avant de se faire contacter par le commissaire Fourier de la Sûreté Nationale. Un spécialiste du sommeil et un poète surréaliste ont été retrouvés morts de peur dans leur lit. Plus étrange: un énigmatique « personnage en noir » a visité chacune des victimes quelques jours avant leur disparition. En même temps Andrew Singleton fait de nombreux rêves où une belle inconnue semble directement s'adresser à lui. De nombreux mystères qui conduiront les deux détectives londoniens des milieux surréalistes parisiens à un mystérieux château au bord du Danube, quelque part au-delà des portes du sommeil...

Second tome des aventures policières des détectives Andrew Singleton et James Trelawney, Les portes du sommeil réutilise parfaitement la même recette qui a si bien fonctionné dans Le fantôme de Baker Street (2008). Et le mélange de policier, fantastique et historique fonctionne très bien. Hélas la surprise du premier tome est passée et le tout ne présente hélas que bien moins d'intérêt. Le tout est assez formel et il n'en reste que la plaisir de découvrir les milieux surréalistes parisiens, ainsi que la ville de Vienne en pleine montée du nazisme.

Un bon divertissement !

Extrait : premier chapitre

I

FATA MORGANA !

Dans la plus grande partie de l’Europe, l’année avait été exceptionnellement chaude, et, même à Londres, à Montague Street, la température était restée élevée jusqu’au commencement de l’automne. Je me rappelle que c’est en bras de chemise et le front perlant de sueur, dans les derniers jours de septembre, que mon compère James Trelawney et moi-même, Andrew Fowler Singleton, avions mis un terme aux coupables activités du « gang des voleurs de cloches ».

Rocambolesque affaire, à dire le vrai, qui nous avait mobilisés durant de longues semaines à travers toute la Grande-Bretagne, de Swansea à Ipswich, d’Édimbourg à la pointe de la Cornouailles.

Aussi, en ce matin du mardi 16 octobre 1934, aucune affaire ne semblant pointer le bout de son nez du côté de la métropole anglaise, m’étais-je décidé à prendre la direction de Paris ; je souhaitais consacrer quelques jours à la résolution d’une énigme d’un genre particulier que j’avais depuis trop longtemps différée à mon goût.

Pendant que je lestais mon sac de voyage de quelques effets, la silhouette sportive de James, qui venait de s’arracher de son lit, apparut dans l’embrasure du salon. Je m’étais à maintes reprises ouvert à lui de ce projet, mais il s’était chaque fois contenté de m’opposer une moue dubitative. En ce moment, il délibérait avec lui-même sur l’objet de ma précipitation.

- Toujours ta lubie au sujet de la mort de Gérard de Nerval ? fit-il en écrasant une mèche blonde récalcitrante sur le sommet de son crâne. Bon sang, ton bonhomme s’est suicidé il y a trois quarts de siècle, Andrew ! Qu’espères-tu découvrir, à la fin ?

- J’ai trouvé des informations déconcertantes dans ce livre, répondis-je en essayant de faire entrer dans mon bagage, à côté des six volumes de ses oeuvres complètes parus chez Honoré Champion, une biographie du poète1 acquise quelques jours auparavant dans une librairie française de Kensington. Il y a décidément trop de versions différentes concernant la découverte de son corps, en ce matin du 26 janvier 1855, rue de la Vieille-Lanterne. Et puis, pour un simple cas de suicide par « suspension », je trouve que le nombre de contrôles médicaux effectués à la morgue dans les jours qui ont suivi est très élevé.
.
- Tu m’as dit toi-même que ses amis étaient des écrivains célèbres. Cela n’a rien d’étonnant qu’ils aient relaté les circonstances de son suicide en y mêlant chacun leur grain de sel. Et puis, quand bien même ton Nerval ne se serait pas suicidé, ça signifie qu’il aurait été tué pour quelques sous par une des nombreuses crapules du quartier. Franchement, est-ce que ça fait une différence ? Comptes-tu retrouver le descendant de l’assassin pour lui extorquer des aveux ?

- Je ne prétends pas refaire l’histoire, je veux juste répondre à certaines questions qui ne laissent pas d’être obsédantes pour moi. Alors, James, vas-tu me dire si tu viens, oui ou non ?

- Tout ça n’est que du temps perdu, bâilla mon acolyte à s’en démettre la mâchoire. Mon programme à moi est tout tracé : natation, cricket et cinéma. C’est tellement bon de n’avoir rien à faire ! Après, eh bien, je me sustenterai avec ce fabuleux ris de veau que l’on sert chez McInnes, accompagné d’une pale ale au miel, puis j’irai m’étourdir de flonflons au bras d’une jolie fille.

D’ici sept ou huit jours, si tu persistes à vouloir gaspiller tes énergies outre-Manche, et si aucune gente dame ne s’est résolue à franchir le seuil de cet appartement pour réclamer mon aide, alors peut-être viendrai-je te rejoindre.

- Bah ! Tu auras rappliqué d’ici à la fin de la semaine, je suis prêt à en faire le pari.

- Soit, je gage une caisse de vin blanc de Vouvray. Mais je t’en conjure, Andrew : si jamais un mystère se présente, ne le laisse pas filer sous prétexte de rester dans tes livres. Tu m’avertiras, hein ?

- Je te le promets, répondis-je en enfilant mon veston. Mais tu en seras quitte pour deux caisses. Je te câblerai l’adresse de mon hôtel dès que j’arriverai.

Après quoi, nous nous donnâmes l’accolade en riant comme des adolescents, et je quittai la maison de Miss Sigwarth, notre attentionnée logeuse. Depuis deux ans que nous occupions le premier étage, et bien que nos moyens de subsistance se fussent assez améliorés pour nous permettre de prendre un appartement plus spacieux, nous ne nous étions pas résolus à quitter la vieille dame.

N’apercevant aucun taxi dans Montague Street, je me rendis à pied jusqu’à la borne de Great Russell Street, à une centaine de yards de là, où je trouvai un cab qui me déposa en un rien de temps devant la gare Victoria.

Au guichet de la Southern Railway, j’acquittai les vingt livres sterling réclamées par le préposé - une coquette somme, mais on ne prend pas l’un des plus luxueux trains du monde tous les jours - et, au premier coup de onze heures, fidèle à sa réputation d’exactitude, la locomotive du Golden Arrow se mettait en branle.

À midi et demi, j’étais rendu à Douvres. Ah, miracle de l’industrie humaine ! Si le choix m’eût été offert, j’eusse troqué sans barguigner cette existence facile dans ce siècle étriqué contre une vie d’apprenti chevalier au temps des York ou des Lancastre, de trappeur dans les prairies du Far West, d’explorateur des mers du Sud ou de Jeune-France sous la monarchie de Juillet, mais j’admets que passer en une poignée d’heures seulement de l’agitation de Soho à la fièvre du Quartier latin était un privilège dont je savais gré au monde moderne.

Ce n’était pas la première fois que je faisais le trajet Londres-Paris depuis que James et moi avions établi nos quartiers dans la capitale britannique. Grâce aux succès de nos premières enquêtes, notre réputation ayant débordé sur le continent, nous avions par trois fois prêté mainforte à la police parisienne : d’abord, lors de l’énigme du « Violon fantôme », à la fin du mois d’août 1932 ; ensuite, à l’occasion de l’invraisemblable affaire de la « Malédiction des Fresnoy », comme l’avait baptisée la presse à gros tirage, qui avait tenu en haleine l’opinion durant de longues semaines ; enfin, l’enquête de « l’Égorgeur à la montre cassée », restée dans toutes les mémoires du côté des studios L’Éclipse à Billancourt. Mais que ce fût durant l’un ou l’autre de ces séjours, à aucun moment je n’avais eu le loisir de flâner dans les rues de Paris, cette ville qui, d’aussi loin que je me souvienne, a toujours été pour moi l’objet de rêveries sans fin.

J’avais seize ans lorsque je lus pour la première fois Gérard de Nerval, et, adolescent sensible et tourmenté, j’avais d’emblée reconnu dans l’écrivain comme un double, un frère. C’était au pensionnat de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse – la province où je suis né –, durant un cours de français. Il s’agissait des poèmes intitulés El Desdichado et Fantaisie. Les textes étaient accompagnés d’une courte notice biographique qui relatait succinctement les séjours de l’auteur en asile psychiatrique et, surtout, sa douloureuse fin. Durant la nuit du 25 au 26 janvier 1855, âgé de quarante-sept ans, Nerval était allé se pendre à une grille de la rue de la Vieille-Lanterne, dans un des quartiers les plus sordides de la ville. Certains avaient voulu y voir un crime, mais l’hypothèse avait vite été écartée, l’enquête de police ayant conclu au suicide.

Depuis l’époque de l’internat, j’étais souvent revenu à l’oeuvre de Nerval, toujours avec la même ferveur. Je m’étais renseigné sur sa vie, j’avais lu la plupart des notices qui étaient parues à son sujet – que, du reste, après mon choix de quitter la maison paternelle, j’avais eu grand mal à me procurer en Amérique ou en Angleterre –, et je m’étais toujours promis de lever un jour le voile sur ce lancinant mystère : comment était-il mort ? S’était-il pendu une nuit de désespoir ou bien avait-il lâchement été assassiné ?

À une heure moins le quart, j’embarquai sur le Canterbury, un imposant steamer affrété par la Southern Railway et la Compagnie du Nord pour permettre à leurs passagers de traverser la Manche en un temps record. Dans moins de cinq heures, après avoir avalé les kilomètres à bord de la Flèche d’or, l’alter ego français du Golden Arrow, je foulerais les pavés de la Ville lumière !

En attendant, mon intention était de profiter pleinement du moment de la traversée.

Allongé sur un transat, le corps tourné vers l’orient, le visage caressé par les embruns et les doux rayons du soleil, je relisais quelques pages de Sylvie. Les côtes anglaises avaient déjà disparu à l’horizon, celles de France commençaient à peine à se dessiner, depuis Calais jusqu’à plusieurs milles marins au-delà du phare du cap Gris-Nez, quand soudain, déjouant in extremis ma glissade inéluctable sur la pente du sommeil, j’écarquillai les yeux devant un spectacle étourdissant. À une assez grande hauteur sur l’horizon, à droite de la ligne des côtes du Boulonnais, et donc précisément au-dessus des eaux scintillantes de la Manche, s’élevait un immense paysage de rêve, sur une distance d’un mile environ, dans lequel on pouvait reconnaître le simulacre d’une sorte de longue vallée, dans les tons vert-orangé, chargée de vignes et abondamment boisée. De loin en loin, sur des coteaux encaissés, je distinguai, trouant les frondaisons des conifères et des châtaigniers, les toits et les clochers de quelques cités de légende.

Au milieu de ce panorama surgi de nulle part serpentait un fleuve aux reflets bleutés, large comme la Tamise, sur les eaux vives duquel faisait route ce qui m’avait tout l’air de ressembler à des navires à aubes. Près des rives se dressaient de solennels pitons rocheux, enveloppés de brume, et l’on pouvait apercevoir à leur sommet les ombres de châteaux moyenâgeux, ou de petits fortins aux pierres abandonnées. Un de ces châteaux surtout, surplombant le fleuve en face d’un îlot, attirait de manière impérieuse mon attention : un nid d’aigle constitué d’une haute tour carrée et d’une autre plus basse, au toit pointu.

Quel était ce spectacle ? Avais-je sans m’en rendre compte plongé dans l’extase du sommeil ?

Ou, au contraire, tout à fait conscient de ce qui m’entourait, étais-je le spectateur d’un de ces mirages grandioses qui sont parfois dépeints dans les récits d’expéditions lointaines ?

- Fata Morgana ! prononça une douce voix féminine près de moi.

- Fata Morgana !…, répétai-je ébahi en me tournant vers celle qui avait parlé.

Sur le transat placé à ma droite – dont j’aurais pourtant juré qu’il se trouvait vacant quelques instants auparavant – était allongée une jeune femme d’une grâce aussi miraculeuse que la vision dont je venais d’être le témoin. Âgée d’une vingtaine d’années, suavement vêtue d’une longue tunique de soie blanche, les pieds nus, une ample et souple chevelure blonde lui couvrant les épaules et le décolleté, elle continuait d’étudier au loin le phénomène dont j’avais pour ma part presque oublié l’existence, tant il m’était difficile de détourner le regard de ce profil digne des statuaires de l’Antiquité.

- Croyez-vous aux mirages ? fit-elle en penchant vers moi un visage d’une candeur sublime et des yeux noirs qui brillaient comme deux gemmes brutes.

- C’est-à-dire…

Je ressentais au plus profond de moi l’indéfinissable impression de vivre quelque chose d’unique, de presque surnaturel. Ce spectacle irréel dans le ciel, cette mystérieuse inconnue près de moi, cette enivrante chaleur qui coulait dans mes veines, ce lointain bourdonnement dans mes oreilles…

- … c’est-à-dire, nous voyons la même chose, repris-je. C’est donc que ce mirage existe, c’est un fait dont on ne peut douter.

À ce moment, je me trouvais à nouveau libre de détacher mon regard du visage de la jeune femme, comme si elle avait soudain relâché l’étau de son enchantement. Mais, là-bas, de l’autre côté du ciel, la vallée suspendue s’était déjà en partie désagrégée et prenait peu à peu la forme d’un convoi de nuées aux contours irisés. Encore quelques instants et l’azur n’en conserverait plus la moindre trace.

Nous observâmes dans un silence respectueux cette lente opération alchimique jusqu’à son entier accomplissement. Puis, craignant par-dessus tout que la vision féminine à mon côté disparût aussi vite que la vision céleste, je tentai de la retenir en orientant la discussion vers un sujet plus terre à terre.

- Mon nom est Singleton, mademoiselle, Andrew Fowler Singleton. C’est un…

- Vous ne m’avez pas compris, monsieur Singleton. Je vous demandais si vous croyiez à la Fata Morgana. À la possibilité que ce que nous avons vu ait une quelconque signification.

- Tout ce que je sais, c’est qu’il s’agit d’un phénomène atmosphérique, répliquai-je, à la fois amusé et surpris de son entêtement. La tradition le rattache à la fée Morgane, d’où son nom de Fata Morgana. De l’Etna, où elle avait pris demeure, la fée produisait des mirages qui subjuguaient les peuples de la mer de Naples et les habitants de Reggio di Calabria, sur le détroit de Messine. Ceux-ci étaient avides d’y déchiffrer des présages. Mais je n’en avais jamais vu jusqu’alors et, de plus, j’ignorais qu’une telle chimère pût se produire dans les eaux septentrionales de la Manche.

- Moi, je dis que les gens dont vous parlez ont mille fois raison. Je suis certaine qu’il y a un sens caché dans tout cela.

- Et quel est-il ?

- Vous arrive-t-il de faire des rêves, monsieur Singleton ?

- Oui, très souvent.

- À la bonne heure ! Il y a, paraît-il, des individus qui ne rêvent jamais.

- C’est qu’ils ne s’en souviennent pas, car tout le monde rêve, la chose est imparable.

- Je ne parle pas de ces rêves. Je veux dire : vous arrive-t-il de faire de vrais rêves, de ceux dont l’odeur vous imprègne encore au moment du réveil, qui ne vous quittent pas de la journée et qui, quelquefois, se continuent plusieurs nuits durant ? De ces songes qui vous transforment, vous modèlent, vous font être meilleurs ?

- Ah ! Si vous parlez de pareils rêves, alors non, je dois convenir que je n’en ai jamais connu un seul.

- Vous en connaîtrez, monsieur, vous en connaîtrez. Acceptez néanmoins que je vous donne un conseil. Quand il s’en présentera un, n’oubliez pas de le jeter sur le papier. Pour lui donner une chance d’influer sur votre vie de veille.

- C’est promis. Mais, à propos de ce mirage que nous avons vu tous deux, pardonnez-moi d’insister : quel est ce sens caché dont vous parliez tout à l’heure ?

- Oh, ça, je ne puis le révéler ! Tout ce qu’il m’est permis de dire, c’est qu’il s’agit d’un message.

- Un message ? Mais envoyé par qui ?

- Les esprits élémentaires ! Les sylphes, les gnomes, les ondins, les salamandres…

Sa réponse me plongea dans une profonde perplexité. Que voulait-elle dire ? Se moquait-elle de moi ?

La sirène du steamer me rappela soudain à la réalité. Par magnétisme, mon regard était revenu se fixer dans cette région du ciel où, il n’y avait pas si longtemps encore, j’avais cru voir se dessiner un majestueux paysage. À sa place, maintenant, voltigeait un groupe de cormorans.

Je me tournai alors vers ma compagne de traversée, mais le fauteuil de toile ocre et bleu était vide.

Où était-elle passée ? Je parcourus en tous sens le pont, mais, ni d’un bord ni de l’autre, je n’aperçus sa crinière dorée.

À Calais, dans la gare maritime, et, plus tard, dans les voitures Pullman de la Flèche d’or, je la cherchai encore un moment parmi les passagers. En vain. Elle s’était pour ainsi dire volatilisée, et il était probable que je ne la reverrais jamais.

Alors que le convoi filait à plus de soixante-dix miles à l’heure à travers la campagne française, je me projetai à nouveau le film de cette étrange rencontre. Puis, lorsque la locomotive s’immobilisa sur le quai n° 1 de la gare du Nord, le souvenir de cette scène était devenu si incertain que je me demandai si je n’avais pas imaginé tout cela. Et si, décidément, la jeune femme elle-même n’était pas un mirage.

Fata Morgana !

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Voir également :
- Le fantôme de Baker Street - Fabrice Bourland (2008), présentation et extrait

vendredi, 07 mars 2008

Le fantôme de Baker Street- Fabrice Bourland - 2008

bibliotheca le fantome de baker street

Londres en 1932. Andrew Singleton et James Trelawney sont deux jeunes détectives, débarqués tout juste de Boston, leur ville d’origine, pour pouvoir faire carrière dans la ville qui a vu naître d’aussi grands personnages tel que le célèbre personnage de fiction Sherlock Holmes sorti de la plume de l’écrivain Arthur Conan Doyle. Mais le temps passe que bien lentement dans la brumeuse capitale britannique et point d’affaire criminelle intéressante pour ces deux jeunes et ambitieux détectives.
Jusqu’au beau jour où vient leur rendre visite nulle autre que Lady Conan Doyle, la veuve du défunt père de Sherlock Holmes. Celle-ci leur fait part d’un étrange pressentiment lié à une série de meurtres atroces qui se déroule actuellement à Londres et leur raconte une bien étrange histoire : depuis que la municipalité a attribué à la maison du major Hipwood le n° 221 à Baker Street, le salon du premier étage semble hanté, et une séance de spiritisme va même dévoiler l’identité du fantôme qui est nul autre que celui du personnage fictif Sherlock Holmes. S’agît-il d’une supercherie, existe-t-il un lien entre l’apparition de ce fantôme et les nombreux crimes qui sévissent dans la capitale, et surtout dans quel dessein  tout cela se produit-il à ce moment même ?
Andrew Singleton et James Trelawney vont mener l’enquête Et quand ils comprennent que les meurtres à la une des journaux imitent ceux commis par Jack l'Eventreur, Dracula, Mr Hyde et Dorian Gray, nos jeunes enquêteurs sont entraînés dans une aventure qu'ils ne sont pas près d'oublier.

Avec Le fantôme de Baker Street Fabrice Bourland lance une nouvelle série de romans, il s’agît d’ailleurs de son premier, qui mélange autour des deux détectives Andrew Singleton et James Trelawney les genres du fantastique et du policier dans la plus pure tradition des grands romans victoriens de la fin du XIXème siècle et début de XXème siècle. La série connaît d’ailleurs déjà un deuxième tome, sorti de façon quasi concomitante, paru sous le titre de Les portes du sommeil (2008).
Ce roman est une véritable hymne à l’honneur de cette grande et magnifique littérature victorienne, de ses auteurs et de ses célèbres personnages. Il y est évidemment beaucoup question d’Arthur Conan Doyle et de Sherlock Holmes, mais aussi du Dorian Gray d’Oscar Wilde, de Dracula de Bram Stoker, de Mister Hyde de Robert Louis Stevenson et encore d’autres. Et à cette époque le spiritisme était un véritable phénomène de mode, Arthur Conan Doyle était lui-même membre d’associations pratiquant ce genre de séances. Fabrice Bourland place ainsi son intrigue dans les années 1930, donc peu après cette grande époque, pour mieux en faire revenir, les fantômes qui, d’ailleurs depuis n’ont plus cessé de hanter nos esprits. Les références sont nombreuses et Fabrice Bourland impressionne par la qualité de sa documentation sur les sujets abordés. Le style d’écriture et le montage du roman ressemblent à bien des égards à ceux utilisés dans la littérature de l’époque.
Outre ce côté référentiel qui plaira à tous les amateurs de romans victoriens, l’intrigue à proprement parler est tout à fait correcte sans toutefois réellement passionner le lecteur. Le dénouement est un peu faible et le suspense n’est pas toujours parfaitement maîtrisé. N’oublions pas qu’il s’agît là d’un premier roman.

Le fantôme de Baker Street de Fabrice Bourland est un roman original, parfaitement documenté et qui plaira surtout aux amateurs de la littérature policière et fantastique de l’époque victorienne.

A découvrir.

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Extrait : premier chapitre

I

ARTICLE DU TORONTO DAILY NEWS DU 26 JUILLET 1932 (EXTRAIT)

ÉBULLITION DANS LES MILIEUX SPIRITES


« La communauté spirite de Winnipeg s’enorgueillit de compter parmi elle une des sommités incontestées de la recherche psychique internationale. En quelques années, le Dr Thomas Glendenning Hamilton, qui fut membre du Parlement de la province du Manitoba, il n’y a pas si longtemps, et qui, aujourd’hui, préside la Manitoba Medical Association, s’est taillé en effet une formidable réputation grâce à ses travaux d’investigation dans le domaine des esprits.

« L’intérêt du Dr Hamilton pour les phénomènes psychiques a commencé voici quatorze ans. À l’époque, il fut initié par un de ses collègues à l’université, le Pr Allison. Son expérience personnelle s’est ensuite développée grâce à une amie de Mrs Hamilton, Elizabeth Poole, d’origine écossaise, qui révéla des talents remarquables dans l’activité médiumnique. Le Dr Hamilton comprit qu’il y avait en la matière un champ d’expérimentation nouveau et infini pour un jeune scientifique tel que lui. Il conduisit dès lors ses recherches avec une sincérité et une rigueur qui ne se sont jamais démenties et qui ont toujours été unanimement saluées par ses confrères de tous bords.

« Sept ans après avoir commencé à organiser des séances régulières avec Miss Poole, le Dr Hamilton a réussi à obtenir sa première psychographie, autrement dit “photographie d’esprit”. Ce procédé repose sur l’hypothèse qu’une plaque sensible peut être impressionnée non seulement par le corps de la personne ayant effectivement posé devant l’appareil, mais encore par celui d’un défunt, invisible à l’oeil nu, dont la présence ne se révèle aux côtés du sujet qu’une fois le cliché développé. D’autres psychographies se sont ensuivies, qui ont rencontré un vif succès chez nous, au Canada, mais aussi aux États-Unis et en Europe, et qui sont considérées par les spiritualistes comme une preuve irrécusable de la survie de l’âme après la mort.

« Mais il est à noter que les “téléplasmes” photographiés jusque-là par le Dr Hamilton (ainsi désigne-t-on ces formes matérialisées) nous présentaient uniquement des défunts anonymes, des hommes et des femmes ordinaires qui n’avaient pas connu la notoriété au cours de leur existence.

« Entre 1923 et 1927, Elizabeth Poole avait permis d’entrer en contact avec l’écrivain écossais  Robert Louis Stevenson, l’explorateur anglais David Livingstone ou encore l’astronome français Camille Flammarion. Mais la communication avec ces glorieux défunts s’était bornée à des exercices d’écriture automatique, le médium en transe rédigeant sous leur dictée des messages adressés aux vivants. Leurs corps n’avaient jamais été fixés sur la plaque sensible.

« Or, cette fois, selon l’avis même du Dr Hamilton, tout nous autorise à penser que c’est l’esprit de sir Arthur Conan Doyle, le grand écrivain britannique, père du personnage de Sherlock Holmes, qui a manifesté sa présence à plusieurs reprises lors de la série de réunions organisées ce printemps et au début de l’été. Et c’est le visage de ce militant fervent de la cause spirite que l’on a réussi à photographier le 27 juin dernier, lors d’une séance exceptionnelle appelée à figurer en belle place dans les annales des sciences psychiques.

« Grâce aux étonnants succès obtenus lors de ces réunions expérimentales, la cité de Winnipeg se hisse d’un coup, d’un seul au niveau de Boston, Londres, New York et Paris, les capitales historiques de la recherche spirite.

« Le Dr Hamilton reprendra dès le mois de septembre le cours de ses travaux. Au train où vont les découvertes, gageons que l’on verra prochainement se lever les derniers voiles entourant le royaume de l’invisible et que l’on établira enfin, de manière positive et définitive, que l’âme humaine survit bel et bien à la mort physique du corps.

« Pour le Toronto Daily News – et nous lui en exprimons nos plus vifs remerciements –, le Dr Hamilton a bien voulu revenir sur le déroulement des séances de ces dernières semaines. Il nous a également confié quelques extraits des notes, établies durant les réunions, où sont retranscrits, entre autres choses, les incroyables dialogues échangés entre individus de chair et d’os et esprits subtils venus de l’autre monde. Ainsi pourra-t-on se faire une idée plus précise de la réalité des matérialisations, et, pour les plus défiants d’entre nos concitoyens, juger du degré de sérieux et de minutie avec lequel le groupe de Winnipeg a conduit ses expérimentations. »

ORGANISATION MINUTIEUSE DES SEANCES

« Afin d’aider le lecteur à se représenter le décor des réunions, précisons, avant d’entrer dans le vif du sujet, que celles-ci se tiennent dans une pièce spécialement aménagée au deuxième étage de la demeure de Thomas G. Hamilton, dans le centre-ville de Winnipeg. L’ameublement est composé invariablement de dix chaises en bois disposées en cercle autour d’une table plate de forme rectangulaire, en bois non verni, d’un phonographe posé sur une étagère au fond de la pièce et d’un cabinet noir, en bois également. Placés à deux angles différents, face au cabinet psychique, une batterie d’appareils photographiques et stéréoscopiques, munis de différents types d’objectifs, ainsi que des lampes au magnésium utilisées pour les flashs, sont en permanence prêts à être utilisés par l’opérateur grâce à un ingénieux système de déclenchement à distance.

« Comme nous l’a fait remarquer le Dr Hamilton, des communications d’un tel niveau de qualité ne furent possibles que grâce à la présence conjointe de trois médiums hors pair, dits “à effets physiques”, c’est-à-dire dotés de la capacité de produire de l’ectoplasme, cette substance semi-solide qui s’échappe du corps des vivants en certaines circonstances et qui sert d’habits aux entités éthérées. Il s’agit en l’occurrence de Miss Mary Marshall, désignée dans les comptes rendus de séance sous le pseudonyme d’ “Aube” ; de sa belle-soeur, Mrs Susan Marshall, désignée sous le pseudonyme de “Mercedes” ; et d’un jeune homme dont nous respectons le désir d’anonymat et qui se fait appeler “Ewan”.

« Outre les trois médiums précités et le Dr Hamilton, les autres personnes présentes aux séances étaient W. B. Cooper, l’homme d’affaires bien connu, H. A. Reed, ingénieur du téléphone à la Manitoba Telephone System, qui a contribué à l’équipement et à la maintenance technique des appareils photographiques et phonographiques, James Archibald Hamilton, le frère du Dr Hamilton, le Dr Bruce Chown, pédiatre au Children’s Hospital de Winnipeg, Lillian Hamilton, l’épouse du Dr Hamilton, et l’homme d’affaires John D. MacDonald. »

SEANCE DU 6 MARS 1932 :

C’EST LA QUE TOUT A COMMENCE !

« Dans la terminologie spirite, un guide psychique est l’esprit d’un mort qui, lors d’une séance, communique avec les vivants par la bouche du médium en transe et sert lui-même d’intermédiaire pour entrer en relation avec d’autres esprits. Pour améliorer la qualité des communications, le Dr Hamilton travaille souvent avec plusieurs médiums, ce qui fait qu’un même guide peut, lors d’une séance, s’exprimer successivement grâce à deux ou trois médiateurs différents. Aussi, par commodité, l’habitude a été prise de désigner un guide psychique en accolant son nom (quand on le connaît !) à celui du médium dont il emprunte l’appareil vocal. Ainsi, dans les lignes qui vont suivre, “Walter-Aube” désigne l’entité qui se fait appeler “Walter” et qui parle par la bouche du médium Aube. Mais Walter peut subitement décider de s’exprimer par l’intermédiaire du médium Ewan ou du médium Mercedes. On le désignera alors sous le nom de “Walter-Ewan” ou “Walter-Mercedes”.

« Lors de la séance du 6 mars dernier – la deux cent quatre-vingt-sixième de la série des matérialisations –, le groupe Hamilton a établi pour la première fois le contact avec une entité prétendant être l’esprit d’Arthur Conan Doyle. Ce jour-là, une excellente masse différenciée a été enregistrée sur une plaque photographique.

« Voici un extrait des notes prises durant la séance :

« Ewan entre en transe.

« WALTER-EWAN : “Mercedes, va t’asseoir de l’autre côté du cabinet, près d’Aube. Attention de ne pas lâcher sa main.”

« Mercedes, parfaitement consciente, s’assied à côté d’Aube, près du cabinet noir. La demiheure suivante est occupée par une séquence d’association d’idées entre le Dr Chown et la personnalité psychique qui parle par la bouche d’Ewan. Les appareils photographiques ont été vérifiés avant que la séance ne commence.

« À 9 h 30, Walter demande au Dr Chown s’il est prêt à prendre une photo.

« À 9 h 31, Aube se tient debout, soulève sa main droite, la place au-dessus de son sein et parle d’une voix profonde, calme, caractéristique de l’élocution du contrôleur Black Hawk 1.

« BLACK HAWK-AUBE : “Bonsoir, mes amis. Le visage pâle (Walter) était avec vous, et il est toujours ici. Il essaie de faire quelque chose pour vous, et il espère que les conditions seront satisfaisantes. Il m’a demandé de vérifier que le médium reste debout. Il s’assiéra dès qu’il vous aura délivré le message. De ce que je peux voir, ce ne sera plus très long…”

« (À cet instant, l’entité Black Hawk cesse de contrôler le médium.)

« À 9 h 43, AUBE (en transe, articulant lentement) dit : “Un, deux, trois, quatre !”

« À quatre, le flash est déclenché. La prise de vue semble avoir fait une forte impression sur le médium, car il respire difficilement.

« À 9 h 47, Aube recompte de nouveau jusqu’à quatre.

« Dr CHOWN : “Désolé, nous n’étions prêts que pour un flash.”

« WALTER-AUBE : “Oh, je pensais que vous étiez prêts pour deux. Placez le médium sur le plancher, s’il vous plaît (Ewan est placé sur le sol). Merci. Combien de temps vous faut-il pour être prêt ?”

« Dr CHOWN : “Je ne pourrai pas ce soir. Nous aurions dû recevoir de nouvelles plaques. Le Dr Hamilton les a commandées, mais je ne sais pas quand nous les aurons.”

« WALTER-AUBE : “Bien, au moins nous avons une image.”

« Dr CHOWN : “Si nous obtenons une bonne prise de vue, nous vous serons très reconnaissants.”

« La plaque photographique montre très nettement une masse ectoplasmique sortant de la bouche du médium et s’écoulant vers le bas, d’environ huit à dix pouces de longueur. Sur la partie supérieure de cette masse blanchâtre, on distingue deux foyers en forme d’yeux relativement bien formés, avec des pupilles légèrement dilatées. Des points plus sombres peuvent être vus dans chaque globe. Le contour de la masse claire est bien défini au niveau du sourcil gauche, tandis que le contour au niveau du sourcil droit est cassé par une ombre au-dessus du coin externe de l’oeil. Dans la section inférieure de l’ectoplasme, on distingue de manière assez imparfaite un visage avec une chevelure. »

SEANCE DU 17 AVRIL 1932 :

UN MESSAGE EN ECRITURE AUTOMATIQUE


« Six semaines plus tard, le 17 avril, par le biais de Mercedes, en transe, le texte suivant fut délivré en écriture automatique : “Le pensionnaire est sorti de sa boîte. Il faut absolument qu’il y retourne ! Absolument ! A. C. D.”

« Le message est obscur. Ni Walter ni aucun des autres esprits opérateurs présents ce jour-là n’ont été en mesure de le rendre intelligible. Ils ont en outre laissé entendre au groupe que l’entité qui prétendait être Doyle affichait une extrême agitation et semblait dans l’incapacité de formuler un message clair et cohérent. Ils allaient cependant essayer de l’y aider.

« Ils ont insisté pour qu’un certain nombre de séances spéciales soient organisées avec des membres choisis. Ainsi, un petit groupe s’est réuni le 20 avril avec Aube, le 22 avril avec Ewan, et le groupe au complet s’est retrouvé le 24. Le 27 avril, un téléplasme de main a été enregistré. »

1 Black Hawk est le nom d’un autre guide psychique. Le terme de « contrôleur » sert à désigner une entité psychique capable de contrôler les séances. (Note de la rédaction du Toronto Daily News.)

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Voir également :
- Les portes du sommeil - Fabrice Bourland (2008), présentation et extrait