vendredi, 21 janvier 2011

Le bourreau - Pierre Boulle - 1954

bibliotheca pierre boulle le bourreau.jpgLe narrateur, un européen en fuite de ses démons au fin fond de la Chine rencontre un jour dans une auberge un vieux Chinois qui tient à lui conter une histoire incroyable. Ce dernier est un ancien médecin qui a assisté dans les années 1920 à un fait divers très singulier. A l’époque, dans sa ville natale, il était en charge de vérifier et de confirmer le décès des condamnés à mort après leur exécution. Mais un jour, après la peine affligée, un policier vient arrêter toutes les personnes impliqués dans l’exécution. Il prétend que le condamné n’a pas été exécuté, mais qu’en fait il a été tué. Et que ce n’est pas la première fois que cela arrive. Le bourreau avoue de suite ses crimes. En effet pour les sept condamnés dont il tranché la tête il leur a d’abord administré un poison redoutable, juste quelques minutes avant, tuant ainsi ces pauvres hommes avant que ne tombe le sabre de la justice. Le vieux Chinois, présent à toutes les étapes de la condamnation du bourreau, fait le récit de son procès et, par ce biais, raconte la vie du tortionnaire pervers ou humaniste. Car en Chine c’est toute la vie de l’accusée qui est passée au crible afin de pouvoir comprendre ce crime. Et l’histoire de cet assassin si particulier est véritablement particulière : des années auparavant, en conflit avec son père, le bourreau quittait son village pour une odyssée morbide et sinistre où, acoquiné à une femme horriblement laide, aveugle et décharnée, il va aller de Charybde en Scylla. Les années passe et au fil de leurs terribles aventures le couple n’héritera que d’un flacon, devenu à leurs yeux mystique et intouchable, et contenant un terrible poison. Il se développe alors dans leurs têtes un plan fou et meurtrier autour de ce poison...

Le bourreau, paru initialement en 1954, est un véritable petit bijou de l’auteur français Pierre Boulle, dont l’oeuvre globale reste assez peu connue, se résumant souvent à ces deux gros succès internationaux que sont Le Pont de la rivière Kwai (1953) et La Planète des singes (1963)
Ici, Pierre Boulle s’avère vite être un conteur hors pair, accrochant son lecteur dès les premières pages par la personnalité trouble du narrateur, l’ambiance sombre qui ressort du récit ainsi que par le terrible mystère qu’il nous expose. Et on se rend vite compte que c’est un bien étrange roman d’aventures dans lequel on plonge, à travers une Chine somptueuse et terrible. Le roman traite de la folie, celle qui va pousser le bourreau à tuer et aussi celle du narrateur en conflit avec son ange, sorte de bonne conscience qui l’empêche de savourer cette histoire. Mais Pierre Boulle y traite aussi des ressorts de la fiction et la manière dont on la compose, opposant continuellement le conteur et son auditeur ainsi que l’auteur et le lecteur. Il joue de tous les styles en véritable virtuose en amenant le lecteur vers une fin cruelle. Des ratés existent hélas aussi dans ce qui n’est finalement que l’un des premiers romans de ce grand écrivain que deviendra Pierre Boulle.

Le bourreau de Pierre Boulle est un étonnant et dérangeant roman d’aventures, l’un de ses premiers, qui, même s’il comporte certaines erreurs et ratés, est un véritable bijou littéraire, captivant d’un bout à l’autre.

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Présente édition : Editions Le Cherche Midi, 11 mars 2010, 213 pages

Voir également :
William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
Le Pont de la rivière Kwaï (1953), présentation
La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation 
L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait
L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation

mardi, 11 août 2009

L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle - 2007

bibliotheca enlevement de l obelisque

Paris, un beau matin, l'obélisque de la place de la Concorde disparaît. Plus tard, des anarchistes font exploser une banque tous les lundis, sauf le premier avril. Une autre fois c'est une danseuse qui est retrouvée morte suicidée simultanément au gaz, au poison, à la corde, au pistolet et au poignard. Et pendant ce temps, une série de crimes dont le nombre défie toute statistique ensanglante Paris. La capitale est sous le choc, mais heureusement elle compte parmi ses citoyens le criminologue de génie et fin analyste Merlec, accompagné par son apprenti Bitard, qui réussiront à résoudre tous ces crimes, les uns après les autres. Mais lorsque le mystère s'étoffe de trop, eux-mêmes réussiront-ils à arriver à bout?

L'enlèvement de l'obélisque est un roman posthume de l'écrivain français Pierre Boulle, plus connu pour ces deux romans La planète des singes (1963) et Le pont de la rivière Kwaï (1953). C'est cinq ans après la mort de l'auteur que sa nièce, qu'il avait élevé comme sa propre fille, et son mari découvrent dans une mallette des manuscrits inédits. Presque illisibles, il  fallut repasser une à une les vingt mille pages découvertes pour les restaurer. À l'issue de ce fastidieux travail, un nouveau roman sortait de l'oubli : L'Archéologue et le Mystère de Néfertiti, probablement écrit entre 1949 et 1951, et publié en 2005, ainsi que des nouvelles inédites mi-fantastiques, mi-policières, réunies dans le présent recueil, vraisemblablement une œuvre de jeunesse d'un auteur en devenir.

Pierre Boulle y raconte en sept nouvelles les enquêtes de deux détectives, pastiches de Sherlock Holmes et du docteur Watson, qui les mènent sur des affaires les plus mystérieuses. Le tout n'est pas crédible et l'on sent la volonté de l'auteur de plus se moquer d'un genre, le roman à énigme, qui afin d'attirer de plus en plus le lecteur chercher des histoires de plus en plus mystérieuses et qui finalement ne trouvent même plus de solution logique.
Dans la première nouvelle, éponyme au recueil, L’enlèvement de l’Obélisque, l’Obélisque a disparu. A l’aide de pastis, d’une carotte et de son crédule Bitard, le professeur Merlec parvient à démonter la mécanique de l’enlèvement, un invraisemblable vol à la chinoise.
Ensuite dans Un étrange événement fait jaser tout Paris avec l’apparition soudaine et inexplicable d’une femme nue sur la scène du Paradis. Dopé par ses verres de pastis, Merlec usera d’un stratagème brutal pour vérifier ses conjectures, mais, grâce à Dieu, il trouvera la solution.
Puis dans Le message chiffré, un mystérieux message est légué par un roi du diamant à son héritier. Comme dans La lettre volée (The Purloined Letter, 1844) d’Edgar Allan Poe, le mystère crevait les yeux. Le message avait l’évidence du message.
Avec Une mort suspecte, Pierre Boulle se paie le luxe de tuer cinq fois la danseuse Fedora Tchecoff. Elle a été, au même moment, empoisonnée, poignardée, asphyxiée, pendue et percée de deux balles. S’agit-il d’un crime odieux commis par son ami El Barone ? Ou d’un suicide ?
Le 1er avril est un jour de farce anarchiste. Grâce à lui, Merlec déjoue d’odieux attentats contre les banques parisiennes, menés par un groupe qui se fait appeler « L’Age nouveau ». Ces attentats ont lieu tous les lundis entre neuf heures et dix heures du matin. Le nez dans le pastis et le haschisch, Merlec trouvera la solution, non sans laisser un dernier attentat se commettre…
Dans Le Coupable, le ministre de la Justice et le directeur de la Sûreté générale cherchent une raison à la recrudescence soudaine de meurtres facilement résolus. Du haut de sa superbe, Merlec va examiner les coupables, trancher et en trouver un à sa mesure.
Puis finalement la nouvelle La croisière de l’alligator est surprenante. Véritable satire des romans d'Agatha Christie, notamment du Dix petits nègres (And Then There Were None, 1939) se déroulant sur un voilier d'un d’un richissime excentrique où les passagers se font tuer l'un après l'autre. Ici la résolution est toutefois laissait au soin du lecteur, Pierre Boulle poussant le mystère si loin qu'une solution réelle n'existe même plus. Merlec n'a plus le temps de résoudre l'énigme et Bitard assume bien mal son rôle de suivant.

Le tout se veut parodique et humoristique, et même si les nouvelles sont bien distinctes, elles ne valent que dans leur ensemble. La logique de l'auteur est impeccable, les textes courts ne laissent de place qu'à l'essentiel. Après lecture, aussi plaisante et intéressante que celle-ci ait pu être, on comprend toutefois pourquoi Pierre Boulle ne les avait pas publié de son vivant. En effet ce recueil ne vaut que bien peu par rapport au reste de l'œuvre de l'écrivain, rappelons-le, il s'agît bien d'une œuvre de jeunesse. Les textes et intrigues ne sont pas toujours aboutis et le lecteur reste quelque peu sur sa faim.

L'enlèvement de l'obélisque est une parodie intéressante des romans policiers à énigme, mais aussi une œuvre posthume qui n'égale toutefois pas les autres écrits de Pierre Boulle.

Intéressant !

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Voir également:
- William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
- Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
- Le Pont de la rivière Kwaï - Pierre Boulle (1953), présentation
- Le bourreau - Pierre Boulle (1954), présentation
- La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation
- L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait

mardi, 03 juillet 2007

L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle - 2005

bibliotheca l archeologue et le mystere de nefertiti

Découvrir l’Egypte antique à bord d’un biplan, tel est le but que s’est fixé un jeune couple d’anglais pour leur vacances. Mais rien ne se passe comme prévu entre les deux, et ils décident de se séparer afin de continuer leur route chacun de son côté. C’est à Louqsor que l’homme, le narrateur, rencontre un beau soir à l’hôtel un archéologue indépendant, auteur d’un livre trouvé à la bibliothèque de l’hôtel : 'Tell el-Amarna, The city of Aton'. Les deux décident de faire un bout de chemin ensemble pour retourner au Caire. Mais lorsqu’ils survolent le site de Tell al-Amarna, vestiges de l’ancienne cité de Akhenaton dédié au dieu du soleil, une panne de carburant fait s’écraser le biplan dans une colline non loin du site en question. C’est la mort assurée… Mais à la plus grande surprise des deux voyageurs, leur avion a atterri au sein même d’un temple caché derrière une fausse paroi et qui est resté jusqu’à présent encore inconnu de tous. L’archéologue comprend vite que ce temple était dédié à Néfertiti, illustre épouse du roi Akhenaton et femme influente de la dix-huitième dynastie d’Egypte. Néfertiti était une souveraine puissante et charismatique qui joua n rôle religieux prépondérant dans l’Egypte antique. C’est elle aussi qui éleva le pharaon Toutankhamon. Cependant les historiens savent encore bien peu de choses au sujet de Néfertiti. Mais la découverte de nos deux aventuriers vont définitivement amener plus de lumière sur ce éminent personnage historique. Plus que cela l’archéologue va mettre à jour un immense complot qui à l’époque la vie même de la souveraine…

L’archéologue et le mystère de Néfertiti est un roman posthume du grand écrivain français Pierre Boulle, auteur entre autres de grands classiques tels Le pont de la rivière Kwaï (1952) ou La planète des singes (1963). Lorsque Pierre Boulle décède en 1994, ce roman est encore inconnu de tous. Le manuscrit ne sera trouvé que cinq ans plus tard par sa nièce qu’il considérait comme sa fille Christiane Loriot et de son mari Jean Loriot. C’est dans la cave de l’ancien domicile parisien de Pierre Boulle, que le couple Loriot a retrouvé des valises pleines de manuscrits et autres documents. Cependant Pierre Boulle avait l‘habitude de dactylographier ses textes sur des pelures qui supportent mal l’humidité des sous-sols. Après avoir séché plusieurs dizaines de milliers de ces pelures et après les avoir analysés minutieusement, Jean Loriot a découvert de nombreux brouillons de romans déjà publiés, mais aussi des nouvelles totalement inédites et finalement le roman L’archéologue et le mystère de Néfertiti qui avait été dactylographié par l’auteur sur le recto d’un autre manuscrit.
C’est enfin en 2005 que ce roman paraîtra pour la première fois au grand public, soit plus de dix ans après la mort de Pierre Boulle et vraisemblablement plus de cinquante ans après avoir été écrit.

Mais que vaut donc finalement ce roman tant attendu. Si L’archéologue et le mystère de Néfertiti présente beaucoup de points positifs qui le rendent digne des plus grands romans de Pierre Boulle, ce texte contient également un certain nombre de défauts. L’intrigue est originale à plus d’un titre et tient à la fois du roman d’aventures, genre cher à Pierre Boulle, du roman policier, historique et on y retrouve même un soupçon de fantastique. Derrière les découvertes archéologiques narrées dans le roman se forme petit à petit une véritable intrigue policière dont le crime avait lieu il y a près de trois mille ans. Les deux héros mettent à jour, tels de vrais détectives, tous les tenants et aboutissants d’un complot politico-religieux en analysant soigneusement les traces laissés par les vestiges qu’ils explorent. En véritable roman à énigme L’archéologue et le mystère de Néfertiti passionnera tous les amateurs de romans policiers dans le style des aventures de Sherlock Holmes de Arthur Conan Doyle, avec en plus ce cadre antique égyptien qui apporte une dimension supplémentaire au roman.
Mais hélas on reconnaît dans ce roman aussi une œuvre de jeunesse de Pierre Boulle, qui malgré de nombreuses qualités présente aussi de défauts. On sent que l’intrigue et le déroulement des différentes actions ne sont pas parfaitement maîtrisés. La découverte de départ, càd. du temple en question, est bien peu crédible. Le suspense ne tient pas toujours et les invraisemblances de toutes sortes sont assez courantes.

Il n’empêche que la lecture est très agréable, voire même passionnante et il aurait été bien dommage que ce roman ne soit jamais publié.

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Extrait :

A la limite extrême de la perte de vitesse, l'avion passa dans un trou d'air et perdit d'un seul coup plusieurs mètres d'altitude. La montagne se dressa bien au-dessus de nous, mon dernier espoir s'évanouit. Elle était maintenant toute proche; un grand mur vertical, contre lequel nous allions nous écraser. C'était la mort certaine. Je me courbai sur les commandes pour faire un virage et aborder le sol dans le sens de la vallée.

A ce moment, l'archéologue, devenu littéralement fou de terreur, se jeta sur moi et me paralysa. Il était trop tard pour éviter la catastrophe. Enfoui sous le corps de mon passager qui se cramponnait à moi, j'aperçus distinctement la falaise de pierre brune à une longueur de bras de l'hélice immobile. Résigné, je songeai que, de cette façon au moins, je ne souffrirais pas, et ma dernière vision, avant de pénétrer dans le royaume des ombres, fut celle d'une femme au bras d'un gentleman au teint bistre, qui se penchait avec un sourire railleur sur des inscriptions très anciennes.

Or, en cet instant infinitésimal qui devait être celui de notre inévitable écrasement, se passa un événement étrange, dont je ne connus pas immédiatement la nature exacte.

Je m'attendais instinctivement, je crois, à un choc violent à la tête, qui me ferait perdre conscience, et un réflexe m'avait fait fermer les yeux au moment précis de l'impact. Dans le centième de seconde qui suivit, je fus stupéfait de ne ressentir aucune douleur et de continuer à penser.

J'essayai d'analyser mes sensations. Il y avait eu un choc, qui avait fait trembler toute la carlingue, mais mon corps était intact; j'en avais pleinement conscience.

Rouvrant mes yeux encore aveuglés par l'éclatante lumière du soleil égyptien, je me trouvai plongé dans une obscurité profonde, mais ces ténèbres n'étaient pas celles de la mort. La pensée que je pouvais ne plus être ne me vint pas immédiatement à l'esprit. Par un miracle que je ne pouvais expliquer, l'avion ne s'était pas arrêté. Comprenez-vous? Il se mouvait toujours. Imaginez-vous mes impressions de stupeur, de doute, d'émerveillement? Il avait continué son vol au-delà de la falaise, «au travers» de la paroi. Il avait crevé cette muraille rocheuse que j'avais presque touchée du doigt.

Il roulait maintenant; il roulait sur une surface rugueuse, mais à peu près plane. Le choc avait rejeté mon compagnon sur son siège. J'avais inconsciemment placé la main sur le levier de commande, et je sentais au bout des doigts toutes les trépidations d'un appareil qui s'est posé sur une mauvaise piste.

Le mouvement n'était pas très rapide. Le premier choc avait considérablement diminué la vitesse. Il y en eut un deuxième. Je sentis l'avion heurter un obstacle invisible et, après un dernier tressaillement, s'immobiliser dans les ténèbres.

Alors la pensée que je pouvais être mort effleura mon esprit. Il était admissible, après tout, qu'un trépas soudain paralysât les sens, empêchant la perception de toute douleur, en suscitant pendant un temps très court une hallucination paraissant prolonger l'existence. Mais cette idée s'évanouit à peine formée; je sentais trop bien mon corps vivant, mon corps tremblant. Mes yeux s'accoutumaient à l'obscurité qui n'était pas aussi complète que je l'avais cru. Je distinguai devant moi des ombres qui n'étaient pas le néant. Je me retournai et aperçus une lueur, comme celle qui brille au bout d'un long souterrain. Au loin, je reconnus, éclairé par le soleil, le sommet que nous avions rasé quelques instants auparavant.

Sans m'occuper de mon passager, qui restait immobile, la tête enfouie dans ses mains, je sautai hors de l'avion. A la faible clarté qui venait du tunnel, je m'aperçus d'abord de quelque chose d'insolite dans l'apparence de mon appareil. Cela me frappa comme un élément incongru que je n'arrivais pas à préciser. Il me fallut plusieurs secondes d'observation réfléchie avant de comprendre pleinement que les ailes avaient disparu. Il ne restait plus que la carlingue.

[...]

Je pris une torche électrique à l'intérieur de la carlingue et éclairai une des colonnes. Il comprit et poussa une exclamation.

- Un monument souterrain! Un tombeau peut-être? Aurions-nous eu la chance...

Je voulus me rendre compte de la disposition générale des lieux. Décrivant lentement un demi-cercle avec ma torche, à partir du tunnel, je vis que nous avions débouché dans une salle de vastes dimensions. La partie à droite, par rapport à l'axe suivi par l'avion, révéla deux rangées de colonnes, séparées par un intervalle de plusieurs mètres et ornées de motifs papyriformes. Au-delà, sur la muraille brune, se détacha une longue bande horizontale, plus claire, où apparaissaient des sculptures.

- Un bas-relief, murmura mon compagnon.

Il m'arracha la lampe des mains et se précipita vers cette muraille. J'eusse attendu plus de méthode de sa part, et j'étais sur le point de lui en faire la remarque, mais je ne pus prononcer une parole, tant le spectacle que je venais d'entrevoir m'avait ému.

Dans le geste instinctif que j'avais fait pour conserver la torche électrique, le faisceau lumineux avait rapidement balayé la partie centrale du local, opposée au tunnel, que je n'avais pas encore explorée mais où j'avais deviné dans l'ombre des formes confuses. Celles-ci s'étaient brusquement précisées. Comme à la lueur d'un éclair, j'avais eu devant les yeux, pendant une fraction de seconde, une scène si étrange que je restai muet et stupide.

Au centre du tableau (cela m'avait impressionné à la manière d'une immense toile), il y avait une potence, une authentique, une classique, une sinistre potence, et à cette potence était accroché un pendu. En dessous du pendu et un peu en arrière, une partie de ses os gisant sur une petite plate-forme, l'autre en désordre sur le sol, il y avait un squelette; un squelette humain, j'avais eu le temps de distinguer le crâne. Mes yeux avaient enregistré ce cliché avec la fidélité d'une plaque photographique. On ne peut pas se tromper sur ce genre d'image, et d'ailleurs j'apercevais encore dans l'ombre la hideuse silhouette du gibet, avec le corps allongé qui y était suspendu.

Je restai un moment immobile, pétrifié par le caractère profondément incohérent de cette vision au fond d'un caveau égyptien. La peur me saisit en même temps que je retrouvai l'usage de mes membres. Mon premier réflexe fut de rejoindre mon compagnon. Il avait atteint le fond de la pièce et sa lumière dansait sur la muraille. Je me dirigeai vers cette lueur, traversant la salle en oblique, me rapprochant ainsi de la potence. Je fis trois pas dans cette direction en lui parlant pour me rassurer.

- Attendez-moi!

Je m'arrêtai, car plusieurs phénomènes inexplicables se produisirent. D'abord, le son de ma voix était démesurément enflé, hors de proportion avec l'intention que j'avais mise dans ma prière. Ensuite, j'avais senti un frôlement sur ma jambe. Enfin, j'en étais certain, dans le silence pesant du caveau qui avait suivi l'éclat de mes paroles, j'avais perçu un léger cliquetis, tout près de moi, à ma droite.

- Je vous en prie, murmurai-je encore, attendez-moi.

La voûte et les murailles déformèrent de nouveau le son d'une manière qui me terrifia. Je n'osai même pas répondre à son appel. Il me cherchait enfin, mais, trompé par ces bizarres échos, il tâtonnait avec le faisceau le long de la muraille. Je fis un nouveau pas en avant et sentis, cette fois-ci, une résistance devant ma jambe. J'entendis encore le cliquetis. Je tournai les yeux vers la droite. A la lueur diffusée par la torche, je vis un autre squelette, effondré sur le sol au pied d'une colonne, et il me sembla voir bouger quelque chose dans la masse répugnante de ses os.

Je respirai péniblement et fis un pas de plus. La résistance s'accentua, et j'eus l'impression qu'une main invisible me tirait en arrière. Il y eut un bruit prolongé d'objets qui s'entrechoquent. J'osai encore risquer un regard. Le squelette remuait, je n'en pouvais plus douter. Je voyais et j'entendais. Les os se heurtaient. Je tournai brusquement la tête pour échapper à cette hallucination. J'étais alors presque à la hauteur de la potence et j'aperçus... non, ce ne pouvait être une hallucination, jamais mes nerfs ne m'avaient joué de pareils tours!

Le pendu, lui aussi, s'était mis en mouvement; lentement, très lentement, son corps se tendait vers moi. Je voyais ses pieds, maintenant écartés de la verticale, pointer dans ma direction. La brutale réalité de la situation me saisit dans son inexplicable extravagance: j'étais dans un temple égyptien, vieux de milliers d'années peut-être, entre un squelette qui remuait et un pendu qui se balançait au bout d'une potence. Pour ajouter à mes malheurs, un fantôme invisible me tenait captif, me serrait la jambe. En une fraction de seconde me revinrent en mémoire certaines histoires entendues autrefois sur la science occulte des Egyptiens et les mystérieux coups du sort qui frappèrent avec violence les antiques sépultures. J'étais la proie de puissances maléfiques. Je perdis complètement la tête. Je bondis en avant vers mon compagnon, dont le faisceau venait de me repérer et m'éblouissait, mettant dans ce saut tout ce qui me restait d'énergie pour échapper à ces sortilèges.

Je réussis à rompre l'étreinte. Tel avait été mon effort que, emporté par l'élan, je traversai d'un trait, tête basse, l'espace qui me séparait de l'archéologue. Je le heurtai violemment. Il laissa échapper la torche, qui s'éteignit, et nous tombâmes côte à côte devant la scène la plus diabolique qui se soit jamais déroulée au fond d'un sanctuaire de la vieille Egypte. Je veux essayer d'en donner une idée, sans grand espoir d'y parvenir, car l'impression qui s'en dégageait me paraît proprement inexprimable.

Ce que je vis, lorsque, déjà épouvanté, je me trouvai à plat ventre, le menton contre le sol, près de mon ami l'archéologue, c'était une gerbe étincelante, prenant naissance dans le corps même du pendu, qui l'embrasait et distribuait dans tout le caveau de fantastiques ombres; c'était le pendu lui-même, cet atroce pendu, qui se balançait au bout de la potence, non plus d'un mouvement lent, mais au contraire en oscillations rapides, violentes, furieuses, comme si, gardien depuis des siècles de ce sanctuaire, il avait voulu nous convaincre de notre sacrilège par cette manifestation démoniaque; c'était le squelette effondré au bas de la colonne, qui se lançait maintenant dans une sarabande endiablée, accompagnant par des soubresauts insensés de tous ses os le branle frénétique du supplicié déchaîné; c'était le premier squelette, immobile lui, au pied de la potence, affalé comme une victime sur un autel, et dont le crâne se déformait en reflets fantastiques sous la pluie d'étincelles qui prenait sa source dans le corps au bout de la corde; c'était enfin une troisième carcasse humaine, que je n'avais pas encore aperçue, qui formait avec les deux premières un triangle mystérieux. Et comme si cette vision de l'enfer n'était pas suffisante pour nous convaincre de notre crime, comme si nous n'étions pas assez accablés par ce témoignage de nos yeux, une musique accompagnait le tableau. Une musique! Une effroyable cacophonie composée de roulements, de grondements, de rugissements, d'une intensité si profonde que mes oreilles en devinrent bientôt douloureuses et que j'y appliquai instinctivement mes mains, sans pouvoir apaiser en moi l'insupportable résonance de ce monstrueux déchaînement.

Je sentis que tout mon corps allait éclater si je restais là. J'oubliai mon compagnon. Je sautai sur mes pieds et bondis vers l'entrée du souterrain. Je fis un détour pour éviter les squelettes. Je me cognai contre des colonnes, heurtai des obstacles invisibles, et parvins enfin à l'étroit tunnel derrière la carlingue de l'avion. Je courus dans un dernier effort vers la lumière du soleil, arrivai haletant à l'orifice par lequel nous avions fait mystérieusement irruption, et m'assis sur le sol, la tête dans mes mains.

Je ne sais depuis combien de temps j'étais dans cette position quand j'entendis la voix de l'archéologue.

- Monsieur, disait-il, je crois que nous avons eu la chance de faire une découverte qui présente un intérêt exceptionnel au point de vue archéologique.

C'est l'occasion que j'ai attendue toute ma vie et j'ai hâte de me mettre à l'œuvre.

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Voir également:
- William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
- Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
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Le Pont de la rivière Kwaï - Pierre Boulle (1953), présentation
Le bourreau - Pierre Boulle (1954), présentation
- La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation

- L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation

lundi, 21 mai 2007

Le Pont de la rivière Kwaï - Pierre Boulle - 1952

bibliotheca le pont de la riviere kwai

"Il n'y a plus d'ordre, ni de discipline. Notre tâche est de reconstituer le bataillon. Ce ne sera pas une chose facile mais heureusement nous avons un moyen d'y arriver. Le pont."

Pendant la Seconde Guerre mondiale les Japonais, ayant conquis une bonne partie de l’Asie orientale, décident de construire une immense ligne de chemin de fer à travers la jungle reliant la Thaïlande à la Birmanie afin d'acheminer des matières premières nécessaires pour l'effort de guerre du Japon. Cette ligne, appelée par la suite La voie ferrée de la mort, coûtera la vie à plusieurs dizaines de milliers de travailleurs enrôlés de force, dont quelques milliers de prisonniers de guerre alliés réduits en esclavage. La plupart d’entre eux succombent d'épuisement et de maladies (choléra, malaria, dysenterie, …). Le point sensible était la construction d'un pont sur la rivière Kwaï. Ce sera le régiment britannique du colonel Nicholson, capturé quelques jours plus tôt, qui devra construire ce pont sous l’autorité du colonel japonais Saïto. Mais Nicholson, en tant qu’officier dur, fier et pur produit de l’armée britannique s’oppose dès le premier jour à ses geôliers pour les pousser à respecter les conventions internationales sur les prisonniers de guerre. Le colonel Saïto finira par céder et Nicholson prendra petit à petit le projet en main. Son but est de construire ce pont de la meilleure façon possible afin d’occuper ses hommes prisonniers et pour en finir au plus vite. De plus il souhaite humilier les Japonais en leur démontrant la supériorité technologique des britanniques. Petit à petit Nicholson prendra de plus en plus corps avec ce projet jusqu’à en faire sa quasi seule raison d’exister. Un véritable bras de fer opposera les deux hommes durant toute la construction du pont.
Pendant ce temps-là les services spéciaux britanniques ont décidé de tout faire pour empêcher la construction de ce pont aux enjeux stratégiques énormes.

Le Pont de la rivière Kwaï est un magnifique roman de Pierre Boulle sur les conditions des prisonniers alliés aux prises des Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Il retrace dans ce roman les souffrances de ces soldats, mais aussi comment certains d’entre eux réussiront à trouver au fond d’eux-mêmes suffisamment de force et de courage pour surmonter leur état de prisonnier-esclave.
Pierre Boulle utilise pour illustrer cela la construction d’un pont sur la rivière Kwae Yai, dont la première version en bois a été terminée le 17 octobre 1943 à Kanchanaburi. Le pont sera d’ailleurs plusieurs fois bombardés par les alliés, tuant ainsi encore plus de leurs hommes attelés en tant qu’ouvriers à l’ouvrage.

Pierre Boulle fait appel dans ce récit à sa propre expérience militaire en Indochine durant la Seconde Guerre mondiale et à son enrôlement dans les Forces Françaises Libres où il suivra l’entraînement qu’il décrit si bien pour les services spéciaux britanniques, càd. apprendre à faire sauter des ponts, à poignarder des mannequins etc. Pierre Boulle profite également de sa formation d’ingénieur pour conter l’avancement du projet. Concernant le chantier du pont Pierre Boulle se sert de témoignages d’anciens prisonniers. Le personnage de Nicholson, autour duquel tourne tout le récit, serait inspiré des officiers français d’Indochine que Pierre Boulle a rencontrés. Le développement et le dénouement du roman se détachent cependant fortement des faits réels.
Le récit est très poignant, le lecteur est accroché jusqu’à la dernière page et lutte à tout moment avec le colonel Nicholson lui souhaitant de réussir la construction de ce pont. Même lorsque les services spéciaux britanniques interviennent, les bons en principe, il leur souhaitera d’échouer afin de voir aboutir le pont. Le personnage de Nicholson sera totalement aveuglé par ce projet de sorte qu’il en oublie petit à petit les raisons de la guerre.
Le roman est écrit dans un style simple et précis, et sans le moindre temps mort. Pierre Boulle réussit à parfaitement rendre l’ambiance de ce camp de travail et les personnages, certes plutôt caricaturaux, sont parfaitement convaincants. Les personnages japonais ne sont hélas que stéréotypés et on sent chez Pierre Boulle une certaine animosité restante envers l’armée japonaise. Par exemple le colonel Saïto, quasi unique personnage ennemi décrit plus profondément, est présenté surtout comme étant un tyran alcoolique et violent. C’est parfois un peu dérangeant, mais l’histoire se déroule surtout dans le camp allié et de leur point de vue, les ennemis ne faisant finalement que fonction de geôliers plutôt passifs au développement du récit.

Le Pont de la rivière Kwaï a été porté à l’écran en 1957 par le britannique David Lean avec Alec Guinness dans le rôle du colonel Nicholson. Le film a été un succès mondial dont la renommée a largement dépassée celle du pourtant excellent livre original.

Le Pont de la rivière Kwaï est un très beau livre de Pierre Boulle, l’un de ses plus célèbres romans de guerre.

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Voir également :
- William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
- Le sacrilège malais - Pierre Boulle (1951), présentation
Le bourreau - Pierre Boulle (1954), présentation
- La planète des singes - Pierre Boulle (1963), présentation
- L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait

- L'enlèvement de l'obélisque - Pierre Boulle (2007), présentation

samedi, 06 janvier 2007

Le sacrilège malais - Pierre Boulle - 1951

bibliotheca le sacrilege malais

Un jeune ingénieur arrive en Malaise en 1935 pour travailler dans la société SOPHIA dont le métier est de cultiver des hévéas en vue de la production de caoutchouc. Il y sera engagé en tant que planteur dans une plantation. Mais la vie dans une plantation au sein d'une société coloniale n'est pas toujours évidente. Il doit faire face à la rigueur de la société qui n'a qu'un seul but officiel qui est l'efficacité. Mais derrière ce principe se cachent toutes les faiblesses humaines qui, loin de tout en Malaisie, ressortent facilement. Alors qu'au s'annoncent déjà les premiers signes de la Seconde Guerre mondiale.

Le sacrilège malais qui sort en 1951 est le second roman du célèbre romancier Pierre Boulle après William Conrad (1950) et clairement l'oeuvre la plus autobiographique.
Lui-même avait été engagé en 1936 dans la plantation de hévéas de Sungei Tinggi, à cinquante miles de Kuala Lumpur. Et tel qu'il le décrit dans son roman tout ne s'est pas toujours bien passé. On sent que Le sacrilège malais est l'oeuvre d'un homme désabusé. Il s'attaque à la fois à l'organisation ridicule faite d'une bureaucratie stérile et de la folie des grandeurs des dirigeants des sociétés tels la SOPHIA. Pierre Boulle nous décrit comment et pourquoi on recrute des ingénieurs, des hommes habitués à penser avec leur tête, pour les faire participer à la vie d'un système et le non-sens l'emportent largement sur le souci de l'efficacité. Il critique également la vie sociale menée par ses hommes expatriés loin de chez eux et un peu obligés de faire vie commune et dans laquelle d'un point de vue amour il ne restait guère le choix qu'entre les bordels et l'adultère. Mais Pierre Boulle y décrit également tout ce dur et absurde travail qui a été effectué par tous ces gens pour finalement retrouver le tout détruit après la Seconde Guerre mondiale.
Dans l'oeuvre plus générale de Pierre Boulle, on retrouve déjà certains événements préfigurant son plus célèbre et troisième roman: Le Pont de la rivière Kwaï (1952). Le meilleur exemple en est l'épisode de la construction du bungalow sur le sommet du Bukit Gila, la montagne folle.
Le sacrilège malais est un très bon roman, souvent présenté comme un roman d'aventures mais qui prend plus la forme d'une chronique au quasi jour le jour. Que peu de suspense, d'ailleurs Pierre Boulle empêche également tout identification aux personnages faisant finalement de la société SOPHIA le seul personnage d'intérêt. Mais on apprend énormément de choses sur les sociétés coloniales comme la SOPHIA, depuis sa création jusqu'à sa fin.

Un roman intéressant.

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William Conrad - Pierre Boulle (1950), présentation
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Le Pont de la rivière Kwaï - Pierre Boulle (1953), présentation
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L’archéologue et le mystère de Néfertiti - Pierre Boulle (2005), présentation et extrait
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mercredi, 08 novembre 2006

William Conrad - Pierre Boulle - 1950

bibliotheca william conrad

1941. Seconde Guerre mondiale. En Angleterre la population vit avec beaucoup d'émoi, les multiples défaites de son armée, d'un côté face à l'armée allemande qui est en train de conquérir le continent européen, mais surtout face à l'avancée de l'armée japonaise en Extrême-Orient. L'armée anglaise qui contrôlait jadis un empire d'envergure mondiale, n'est plus que l'ombre d'elle-même. William Conrad est un jeune homme brillant, originaire de Pologne, qui tente de son mieux de faire évoluer son pays. D'ailleurs il avait déjà été blessé lors d'une bataille sur le front européen, bataille durant laquelle il avait même été décoré pour son héroïsme. Du moins c'est ce qu tout son entourage pense. William Conrad est en fait un espion allemand, une taupe, dont la mission est de s'infiltrer dans a haute société anglaise et de faire carrière au niveau de la défense de ce pays, et cela jusqu'au jour où sa patrie, l'Allemagne nazie, lui demandera d'agir. En 1941 William Conrad a déjà passé plusieurs années en Angleterre. Il s'est petit à petit habitué à ce pays qu'il détestait tant. D'ailleurs en tant que jeune homme brillant aux mille ressources, il a déjà contribué par de multiples façons qà l'effort de guerre britannique. Pendant ce temps, les services secrets plutôt soupçonneux à son sujet, le surveillent sans jamais rien trouver à lui reprocher. Mais un beau jour William Conrad reçoit une lettre au premier abord tout à fait anodine, qui pourtant se révélera rapidement être un message secret envoyé par sa hiérarchie allemande. Le moment est enfin venu: William Conrad va pouvoir sortir de l'ombre et remplir sa mission...

William Conrad est le premier roman de l'écrivain français Pierre Boulle qui se distingua principalement durant sa carrière par ses récits ayant pour sujet la guerre, voir par exemple Le pont de la rivière Kwaï (1952), et par ses romans de science-fiction, dont La planète des singes (1963). Pour ses premiers pas dans la littérature, Pierre Boulle a écrit un captivant récit d'espionnage qui se sert de la taupe de façon plutôt originale. Un espion allemand, infiltré en Angleterre avant la Deuxième Guerre mondiale, est confronté à une situation morale très inconfortable quand interviennent ses commanditaires. On retrouve nombreux des thèmes chers à Pierre Boulle: la Seconde Guerre mondiale, le conflit britannique en Malaisie contre les Japonais, des personnages héroïques, ... Pierre Boulle nous raconte ce récit dans un style très efficace. Les personnages sont bien approfondis et présentant certaines originalités. L'écrivain met également beaucoup d'humour dans certaines descriptions, ce qui rend la lecture de ce roman très agréable. L'enquête menée par les services secrets britanniques m'a particulièrement passionnée. Le dénouement est hélas un peu prévisible.

William Conrad est un beau roman qui, même si aujourd'hui semble un peu oublié, vaut la peine d'être redécouvert.

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lundi, 27 février 2006

La planète des singes - Pierre Boulle - 1963

L’ histoire commence quand Jynn et Phylis, deux voyageurs de l'espcae récupèrent une bouteille contenant un manuscrit, qui racontait l’histoire de trois hommes partant à bord d’un vaisseau spatial afin de découvrir d’autres planètes habitables vers un autre système planétaire, celui de l’étoile Bételgeuse, en 2500. A l’approche de celui-ci, le professeur Antelle et ses deux équipiers, son second Arthur Levain et le journaliste Ulysse Mérou, observent à la surface de l’une des planètes des agglomérations, des routes, et d’autres artefacts synonymes de la présence d’une civilisation. Très vite, gagnés par une curiosité bien compréhensible, nos protagonistes vont rencontrer les maîtres de la planète : trois espèces simiesques proches de nos gorilles, orang-outangs et autres chimpanzés, (presque) parfaitemant bipèdes, douées du langage articulé, qui ont pu bâtir une société au sein de laquelle chaque espèce possède ses domaines propres de spécialisation (sciences et techniques pour les chimpanzés, arts de la guerre pour les gorilles, religion, politique et justice pour les orang-outang). Mais une surprise de taille attend nos voyageurs. Les humains sont totalement dominés par ces singes et vivent à l'état sauvage ou réduits à l'esclavage. Ils finiront par découvrir que les humains avaient été autrefois l'espèce dominante, tombée en décadence jusqu'à devenir esclave des singes. Alors ils tentent de s'enfuir, afin de rentrer chez eux, pour avertir leur monde de la menace que représentent les singes...

La planète des singes, rédigé dans une prose assez simple, naïve et un style délesté de superflu, nous fait découvrir un miroir certes naïf de notre société. En effet le regard que jette le lecteur sur la société simiesque décrite par l’auteur pourrait être celui de l’observateur extérieur, curieux et objectif, découvrant notre propre société. Cependant il y a une différence de taille: une espèce dite 'inférieure' domine tout naturellement l'homme. Mais là ne réside pas la principale force de l’histoire. Le comportement des singes eux-mêmes, au travers du dogmatisme de leurs chefs religieux en particulier, gardiens de la foi comme de l’orthodoxie scientifique laisse au lecteur attentif comme un arrière goût de déjà-vu. Le choc du dénouement, quant à lui, ajoute à l’ensemble une touche finale qui achève définitivement tout espoir. Le roman vaut hélas plus de la fable que du roman de science-fiction.

Il est à noter que La planète des singes a connu un immense succès aux Etats-Unis, où le roman a été adapté plusieurs fois au cinéma. La principale adaptation au cinéma jusqu'à nos jours aura lieu en 1968 par Franklin J. Schaffner avec en rôle principal Charlton Heston, adaptation que je préfère d'ailleurs au livre. Mais à part cela il y eut de nombreux téléfilms, séries télé, etc.
Il est à remarquer que pour toutes ces adaptations, aucune ne présente les singes avec un niveau technologique équivalent au notre (ce qui est le cas dans le livre de Pierre Boulle), à l'exception de la scène finale de la version de Tim Burton. Ceci tiendrait au fait que certains producteurs n'auraient pas voulu offenser certaines instances chrétiennes, selon la Bible, Dieu aurait créé l'Homme pour commander aux plantes et aux animaux;l'inverse n'est donc pas possible.

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