lundi, 02 mars 2009

Les inventeurs de maladies, manoeuvres et manipulations de l'industrie pharmaceutique (Die Krankheitserfinder: Wie wir zu Patienten gemacht werden) - Jörg Blech - 2003

bibliotheca les inventeurs de maladie

"Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent." C'est sur ce principe que le médecin Knock, dans la pièce Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains, fait enfin triompher la médecine sur le monde, càd. mettre tout le monde sous traitement. Et ce tiomphe a peut-être réellement eu lieu depuis. En tout cas c'est ce que pense un certain nombre de personnes.

Sur base d'un grand nombre d'articles parus dans de nombreuses revues scientifiques, le rédacteur scientifique allemand Jörg Blech mène son enquête sur les abus de l'industrie pharmaceutique qui semblent vouloir trouver une maladie pour tout le monde, y compris pour les gens sains. Et selon Blech, les lobbys pharmaceutiques n'hésitent pas à manipuler les instances médicales pour créer peu à peu de nouvelles maladies, par exemple en modifiant certaines normes biologiques, tels par exemple le taux du cholestérol dans le sang ou la tension artérielle, taux fixés de façon aléatoire et sans réelle justification scientifique. D'ailleurs le cas du cholestérol démontre bien comment on ne traite plus une maladie, mais un facteur de risque qui pourrait donner une maladie. De nombreux autres exemples sont donnés qui démontrent comment l'industrie a toujours essayé de trouver une maladie pour chaque molécule qu'elle fabriquait. Même des épreuves naturelles de la vie sont interprétées comme étant pathologiques. Au passage Jörg Blech s'attaque évidemment aussi au corps médical qui dans son ensemble est très complaisant envers les lobbys pharmaceutiques et donnent ainsi le quasi monopole du savoir et de l'éducation scientifique aux industries.

Cet essai de Jörg Blech interpelle le lecteur à tout instant, les exemples donnés sont clairs et facilement compréhensibles, et la conception que l'on peut avoir de la médecine va être totalement bouleversée.

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Extrait :

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La ménopause a beau être une phase naturelle dans la vie d'une femme, l'establishment médical ne l'a jamais considérée comme utile. « La ménopause est la période la plus désagréable dans la vie des couples, déclarait en 1910 le médecin slovaque Arnold Lorand. Pas seulement pour la femme qui est directement affectée, mais aussi, dans une mesure presque égale, pour l'homme qui doit user de la plus grande patience. » Par chance, le même Dr Lorand pensait avoir découvert un remède contre les désagréments de la ménopause. Des extraits d'ovaires de truie auraient ainsi eu la capacité de « repousser le vieillissement de quelques années » ou du moins d'« adoucir ses effets, lorsque l'âge terrifiant s'est d'ores et déjà installé ».

Peu après, dans les années 1940, les laboratoires pharmaceutiques se mirent à produire en grande quantité l'oestrogène si convoité, non plus à partir de porcins, mais à partir de l'urine de juments pleines (ce qui a donné son nom à un produit célèbre : le Premarin, dont l'origine est pregant mares urine). [...]

Il fallut pourtant attendre la parution aux États-Unis, en 1966, du best-seller Feminine Forever pour voir l'hormone sexuelle se transformer en une drogue de masse. Le jeune Robert Wilson, gynécologue new-yorkais, décrit dans cet ouvrage l'urine de jument comme un remède miracle, prometteur d,une jeunesse éternelle. « Pour la première fois dans l'histoire, les femmes, égales biologiques des hommes, peuvent prendre part aux promesses de demain... Grâce à la thérapie hormonale, elles peuvent compter sur un bien-être accru et une jeunesse durable.»

Robert Wilson accomplit également sa mission auprès du corps médical. « À 50 ans, il n'y a plus d'ovules, plus de follicules, plus de thèques, plus d'oestrogène – une véritable catastrophe galopante », assurait-il doctement dans une revue médicale en 1972. Heureusement, les oestrogènes viennent au secours de ces femmes. « Ni les seins, ni les organes génitaux ne se flétriront. Partager la vie de ces femmes sera particulièrement agréable, et elles ne deviendront ni bêtes ni vilaines.»

Ce que personne ne savait encore à l'époque, c'est que le laboratoire pharmaceutique Wyeth-Ayerst avait financé les dépenses de Wilson liées à la rédaction de son livre. Par la suite, l'entreprise sponsorisa également sa Wilson Research Foundation, dont les bureaux étaient situés sur Park Avenue, à Manhattan. En outre, elle rémunérait le médecin pour les conférences sur son abécédaire hormonal qu'il tenait devant des associations de femmes.

Ces relations ne furent rendues publiques qu'en 2002, par le fils de Robert Wilson, Ronald Wilson. Le laboratoire Wyeth-Ayerst, devenu depuis Wyeth, était alors le plus grand fabricant d'hormones au monde. Médecin à Zurich, Barbara Wanner commente : « Il est intéressant de remarquer que la définition de la ménopause comme maladie est apparue exactement au moment où étaient disponibles des hormones de synthèse susceptibles de traiter cette maladie nouvellement définie.

Des millions de femmes se sont laissé duper par cette propagande. Les oestrogènes furent décrits comme une substance indispensable à la vie – et le fait que beaucoup de femmes survivent pendant 40 ans sans cette substance ne fut même pas évoqué. En 1981, l'Organisation mondiale de la Santé se plia d'ailleurs à la nouvelle définition de la ménopause, la désignant comme maladie du déficit oestrogénique. Quant au fait que bien des femmes âgées sont en parfaite santé et qu'elles vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, cela ne semblait pas être à l'ordre du jour.

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