vendredi, 05 décembre 2008

Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun - 1978

bibliotheca moha le fou moha le sage

"Le rapport médical était formel: "M. Ahmed R. est décédé d'un arrêt cardiaque compliqué d'une atteinte méningée." La Ligue nationale des droits de l'homme publia un communiqué confirmant cette thèse. Elle reconnut cependant que le jeune homme "avait subi quelques sévices durant l'interrogatoire de la police". Elle exprima aussi "son émotion devant les circonstances du décès".

Un homme politique déclara à la presse étrangère: "Ici, ce n'est pas le Chili ou l'Argentine. On ne meurt pas sous la torture!""


Qu'importe les déclarations officielles. Un homme a été torturé. Pour résister à la douleur, pour triompher de la souffrance, il eut recours à un stratagème: se remémorer les plus beaux souvenirs de sa courte vie.

C'est sa parole qu'on entendra. Seul Moha saura la capter et la transmettre aux autres."

Très difficile de résumer ce roman de l'écrivain marocain Tahar Ben Jelloun dans lequel le fou Moha dénonce sur la place publique tous les torts de la société maghrébine. Il déchire des billets devant une banque, dénonce les sévices subies par une esclave noire employée dans une bonne famille ainsi que d'une domestique devenue muette. Il prend à part technocrates et psychiatres et converse avec d'autres fous, d'autres exclus.Tout cela pour finir arrêté, torturé et enterré. Mais sa parole pleine de vérité ne peut cesser d'exister.

Le personnage du fou, qui ose dire ce que tout le monde préfère voir taire, est un grand classique de la littérature de nombreuses cultures. Tahar Ben Jelloun, ici, l'utilise dans la culture marocaine afin de déclamer des vérités que personne d'autre qu'un fou n'oserait dire. Comme toujours c'est la tradition maghrébine et marocaine qui est visée, et cela dans toutes ses contradictions et hypocrisies. Comme souvent aussi chez Ben Jelloun ce roman se distingue par son style original et très cru, et son étrange montage, très peu linéaire, le rendant parfois fort incompréhensible. Et bien évidemment ce roman, comme beaucoup d'autres du même auteur, procura un immense plaisir littéraire au lecteur.

Moha le fou, Moha le sage est un roman plutôt complexe et guère facile d'accès, mais pourtant une véritable réussite pour ceux qui s'y aventureront.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également :
- Harrouda - Tahar Ben Jelloun (1973), présentation
- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 17 novembre 2008

Harrouda - Tahar Ben Jelloun - 1973

bibliotheca harrouda

Entre souvenirs et fantasmes le narrateur se rappelle d’Harrouda, prostituée déchue, qui a tant fait rêver les jeunes enfants, maîtresse de nombreux hommes, mais aussi de deux villes, de Fès, lieu de toutes les vertus et traditions, et Tanger, ville à l’opposée de la première. Harrouda, l’image d’une femme, de toutes les femmes, finalement liés au destin de ces deux villes.

Harrouda de l’auteur marocain Tahar Ben Jelloun sort en 1973 et est considéré comme son premier roman. L’axe central de ce roman-poème sont les souvenirs et fantasmes de l’enfant-narrateur entremêlés à plusieurs autres narrations autour du même thème. En effet ses cinq chapitres, ou plutôt récits, font naître plusieurs voix qui s’enchaînent et se mélangent en de nombreux fragments. Evidemment certains passages ont une allure plus conventionnelle, mais le roman reste définitivement hors norme que ce soit dans sa forme ou dans son style. Mais de par son originalité le roman en devient aussi assez difficile, dans le sens où on ne comprend pas toujours de quoi l’on parle. De plus l’auteur n’hésite pas à brouiller les interprétations par son écriture souvent bien complexe.
Concernant le contenu, comme à son habitude, Ben Jelloun s’attaque avant tout à la société marocaine, ses contradictions, ses hypocrisies, pour dénoncer l’image de la femme, certes tant adorée, mais aussi tant méprisée. Mais son pays il le décrit aussi par les destins de ces deux villes si opposées que sont Fès, la ville sainte, et Tanger, la ville de débauche. Le thème de la sexualité, également fort présent dans l’œuvre de l’auteur, tient ici aussi un rôle prépondérant.

Harrouda
de Tahar Ben Jelloun est certes un roman remarquable mais assez difficile d’accès.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également :
- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

mardi, 14 octobre 2008

La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun - 1976

bibliotheca la reclusion solitaire"Restons ce corps cassé qui ne dit pas le malheur mais qui regarde le ciel et se souvient de la forêt décimée.

Nous sommes un pays déboisé de ses hommes. Des arbres arrachés à la terre, comptabilisés et envoyés au froid.

Quand nous arrivons en France, nos branches ne sont plus lourdes ; les feuilles sont légères; elles sont mortes. Nos racines sont sèches et nous n'avons pas soif.

Si je nous compare à un arbre, c'est parce que tout tend à mourir en nous et la sève ne coule plus.

Tout le monde trouve "normal" ce déboisement sélectif.

Mais que peut un arbre arraché à l'aube de sa vie ? Que peut un corps étranger dans une terre fatiguée ?"


L’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun tente de décrire dans La réclusion solitaire la misère à la fois psychologique et sociale des travailleurs immigrés, texte faisant suite à ses travaux universitaires en psychiatrie sociale sur La misère affective et sexuelle des travailleurs nord-africains en France, travaux qui débouchèrent également sur le livre La plus haute des solitudes, paru en 1977. Ben Jelloun décrit ici le portrait de l’un de ces travailleurs immigrés, et il le décrit de façon intérieure, s’identifiant parfaitement au personnage en donnant l’impression au lecteur de se trouver réellement dans la tête de cet immigré. Le récit prend la forme d’un aveu, voire d’une confession, et l’auteur y mêle plusieurs styles. Ce poignant récit garde toujours de son actualité, et s’il ne plaira, voire n’intéressera, guère à tout le monde, le style d’écriture et sa fine analyse psychologique en font un texte remarquable.

 

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 18 août 2008

La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun - 1977

bibliotheca la plus haute des solitudes

Tahar Ben Jelloun, célèbre romancier et essayiste marocain, vint en France poursuivre ses études qui débouchèrent en 1975 sur une thèse en psychiatrie sociale sur La misère affective et sexuelle des travailleurs nord-africains en France, travail dont il tira un récit en prose poétique La Réclusion solitaire (1976) ainsi que l'essai La Plus Haute des solitudes (1977). Ce dernier deviendra d’ailleurs son premier best-seller. Mais attention, nous sommes bien loin ici d’un roman, genre qui fera la célébrité de Tahar Ben Jelloun. Il s’agît bien d’une étude qui reprend cas par cas les témoignages de nombreux travailleurs immigrés maghrébins présentant des problèmes sexuels et affectifs par rapport à leur mal-être généré par la solitude et le racisme dont ils sont victimes. Mais leur misère sexuelle leur est à la fois intrinsèque mais marque également l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes à la population locale.
Le texte est remarquable par son écriture limpide et claire, les témoignages sont crédibles, et parfaitement retranscrits. Le résultats de cette étude sont donnés ici de façon facilement compréhensible faisant de cette étude une lecture finalement bien agréable.

Un livre certes remarquable, mais qui n’intéressera pas tout le monde.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 18 juin 2007

L’enfant de sable - Tahar Ben Jelloun - 1985

bibliotheca l enfant de sable

« L’enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme, il s’appellera Ahmed même si c’est une fille ! »

Sur la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech, un conteur relate la troublante histoire d’Ahmed, huitième fille d’un couple qui faute d’héritier, décide de l’élever comme un garçon. En effet lors de la huitième grossesse de sa femme, le père décide de conjurer ce sort maudit qui ne fait lui donner que des filles. Il perçoit cela comme une disgrâce et décide de faire croire à tous que son huitième enfant sera un garçon. Il y croira lui-même si fort, que lui aussi ne verra qu’un fils dans les traits de sa fille. L’enfant va grandir en garçon et en découvrant petit à petit sa féminité il décidera de la cacher, ayant bien compris que dans cette société il valait bien mieux être de sexe masculin. Il ira même jusqu’à épouser une fille délaissée qui l’accompagnera dans sa chute vertigineuse avant qu’il ne disparaisse mystérieusement.
Le récit du conteur fait alors place à ceux de plusieurs spectateurs qui croient avoir reconnu la personne et plusieurs versions sont donnés sur le devenir de Ahmed. Mais selon tus les prétendus témoins, son destin ne pourra être que très chaotique et forcément tragique.

L'enfant de sable de l’écrivain marocain de langue française Tahar Ben Jelloun est un magnifique et très original roman mêlant brillamment contes et légendes à des sujets tabous (enfance saccagée, prostitution, machisme, l’homme-femme, la sexualité…) dans la société maghrébine et marocaine. L'enfant de sable a immédiatement été un grand succès et sa suite, La nuit sacrée (1987), dans laquelle Tahar Ben Jelloun donne la parole au personnage d’Ahmed pour que celui-ci donne sa propre version des faits, a obtenu le prix Goncourt 1987.
L’histoire commence admirablement dans la plus pure ambiance de la place Jamâ-El-Fnâ à Marrakech au rythme d’un conteur de rue. D’abord le récit suit le point de vue d'Ahmed raconté par le conteur prétendant se baser sur un manuscrit laissé par Ahmed lui-même. Ensuite la narration se démultiplie et devient assez chaotique tout en gardant cependant une certaine structure. Le résultat en est que le roman devient extrêmement vivant au dépit parfois du lecteur qui risque de s’y perdre un peu. Tahar Ben Jelloun aborde brillamment le sujet de la femme dans la société mais le roman est aussi un formidable conte philosophique sur la quête de l’identité. Et comme souvent dans son œuvre, Tahar Ben Jelloun y traite aussi de la sexualité et de la frustration qui y est souvent liée.
L’écriture est envoûtante et le roman est d’un bout à l’autre très prenant. Cependant toute la dernière partie du roman, la deuxième moitié, est parfois trop confuse et la fin laisse une certaine frustration au lecteur.

L’enfant de sable est un très original roman sur la condition féminine et la quête de son identité.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Extrait :

Il y avait d'abord ce visage allongé par quelques rides verticales, telles des cicatrices creusées par de lointaines insomnies, un visage mal rasé, travaillé par le temps. La vie - quelle vie ? une étrange apparence faite d'oubli - avait dû le malmener, le contrarier ou même l'offusquer. On pouvait y lire ou deviner une profonde blessure qu'un geste maladroit de la main ou un regard appuyé, un œil scrutateur ou malintentionné suffisaient à rouvrir. Il évitait de s'exposer à la lumière crue et se cachait les yeux avec son bras. La lumière du jour, d'une lampe ou de la pleine lune lui faisait mal : elle le dénudait, pénétrait sous sa peau et y décelait la honte ou des larmes secrètes. Il la sentait passer sur son corps comme une flamme qui brûlerait ses masque, une lame qui lui retirerait lentement le voile de chair qui maintenait entre lui et les autres la distance nécessaire. Que serait-il en effet si cet espace qui le séparait et le protégeait des autres venait à s'annuler ? Il serait projeté nu et sans défenses entre les mains de ceux qui n'avaient cessé de le poursuivre de leur curiosité, de leur méfiance et même d'une haine tenace; ils s'accommodaient mal du silence et de l'intelligence d'une figure qui les dérangeait par sa seule présence autoritaire et énigmatique.

La lumière le déshabillait. Le bruit le perturbait. Depuis qu'il s'était retiré dans cette chambre haute, voisine de la terrasse, il ne supportait plus le monde extérieur avec lequel il communiquait une fois par jour en ouvrant la porte à Malika, la bonne qui lui apportait la nourriture, le courrier et un bol de fleur d'oranger. Il aimait bien cette vieille femme qui faisait partie de la famille. Discrète et douce, elle ne lui posait jamais de questions mais une complicité devait les rapprocher.

Le bruit. Celui des voix aiguës ou blafardes. Celui des rires vulgaires, des chants lancinants des radios. Celui des seaux d'eau versés dans la cour. Celui des enfants torturant un chat aveugle ou un chien à trois pattes perdu dans ces ruelles où les bêtes et les fous se font piéger. Le bruit des plaintes et lamentations des mendiants. Le bruit strident de l'appel à la prière mal enregistré et qu'un haut-parleur émet cinq fois par jour. Ce n'était plus un appel à la prière mais une incitation à l'émeute. Le bruit de toutes les voix et clameurs montant de la ville et restant suspendues là, juste au-dessus de sa chambre, le que le vent les disperse ou en atténue la force.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation

- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

lundi, 24 juillet 2006

Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun - 2004

C'est à Tanger, fin des années cinquante, que les deux jeunes adolescents Mamed et Ali se rencontrent au lycée français, font connaissance et se lient d'amitié. Leur amitié durera trente ans, mais sera tissée de malentendus, d'épreuves, mais aussi de jalousie muette et de trahison. Jusqu'au point culminant trente ans plus tard, qui mettra fin à tout. Chacun des deux personnages va raconter sa version des faits. D'abord Ali, face à son incompréhension la plus totale de ce qui arrive, puis Mamed dirigé par un égoîsme pervers.

Le dernier ami est un roman sur l'amitié, mais aussi sur le Maroc, dont l'auteur décrit les années de répressions et de désillusions telles qu'elles sont vécues par ces deux jeunes gens. Les deux héros, alors qu'ils sont étudiants, passeront effectivement un certain temps dans un camp disciplinaire de l'armée pour seule faute d'avoir été memebre d'un mouvement de jeunesse communiste. Mais l'auteur laisse également entrevoir une société bien complexe, très contradictoire entre modernité et archaïsme. Mais le thème principal reste l'amitié, l'amitié entre deux hommes, sa quasi impossible sincérité et la concurrence qui en résulte. On lit avec beaucoup d'intérêt ce roman qui se compose en fait de deux récits témoignages, plus des aveux, des deux protagonistes. En lisant les deux récits de Ali et de Mamed, à certains moments on a même l'impression qu'ils ne parlent pas de la même relation, les deux points de vue ne correspondant jamis tout à fait, voir pas du tout. Le résultat en est déchirant. Le tout est décrit dans un style à la fois simple, précis et très direct (le language utilisé est parfois un peu cru et pourrait choquer).

Le dernier ami est un excellent et passionant roman de Tahar Ben Jelloun, paru en 2004.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation
- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation
- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation

18:28 Écrit par Marc dans Ben Jelloun, Tahar | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tahar ben jelloun, maroc, tanger, litterature marocaine | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

samedi, 06 mai 2006

Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun - 2005

L'historien Benengeli de Tanger, Ben pour les besoins de l'histoire, avait une idée en tête. Faire venir pour les 400 ans de Don Quichotte l'écrivain espagnol Miguel de Cervantès à Tanger et de le faire venir au Teatro Cervantès, vieux cinéma datant de la colonisation espagnole et à l'état d'abandon depuis bien longtemps. Cet historien, lui-même n'étant pas littéraire, connaît cependant bien l'oeuvre de Cervantès dans la mesure où il a commencé à faire une traduction personnelle du castillan vers l'arabe de ce célèbre roman espagnol. Benegeli, sous la pression de quelques tangerois meurtris, va donc consentir à écrire une lettre à Cervantès lui demandant de venir en visite à Tanger. Ainsi vont commencer pour Benengeli, aidé de sa femme, les préparatifs pour l'arrivée de Miguel de Cervantès. Les autorités aussi, avertis de ce grand événement, vont mettre la main à la patte.

La nouvelle intitulée Don Quichotte à Tanger est paru initialement dans l'édition d'août 2005 du Monde Diplomatique, en honneur aux 400 ans de Don Quichotte de la Mancha, roman de Miguel de Cervantès qui est souvent considéré comme le plus grand roman de tous les temps. Ce numéro du Monde Diplomatique était à l'époque au Maroc vite devenu introuvable et, paraît-il, un marché noir d ela photocopie s'est presque développé au fil du mois. Mais de quoi parle cette nouvelle un peu fantaisiste (en effet le propos est de faire revenir un écrivain/personnage Cervantès/DonQuichotte, qui se mêlent au cours du récit dans le Tanger de 2005). Tahar Ben Jelloun semble vouloir critiquer le paysage urbain d'une ville défigurée et aux monuments historiques abandonnés. Tanger, tel que transparaît dans cette nouvelle, est une ville que personne n'arrive à redresser, problèmes multiples dû aux immigrés africains qui tentent d'arriver en Europe, aux traficants de drogue et à une administration inculte et incompétente. En conclusion faire quoique ce soit à Tanger relève d'une entreprise impossible, tel un Don Quichotte qui se bat corps et âme contre des ... moulins à vent. Et si finalement ce Don Quichotte n'était autre que Tahar Ben Jelloun, essayant envers et contre tous de se battre pour sa ville.

La nouvelle Don Quichotte à Tanger peut actuellement être lu sur le net soit sur la page du Monde Diplomatique (en cliquant ici) ou alors sur le très intéressant site personnel de Tahar Ben Jelloun (en cliquant ici).

Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation

- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation

-
L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun (1994), présentation
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation

12:30 Écrit par Marc dans Ben Jelloun, Tahar | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tahar ben jelloun, maroc, tanger, don quichotte, litterature marocaine | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!

mardi, 02 mai 2006

L'homme rompu - Tahar Ben Jelloun - 1994

Mourad est un fonctionnaire honnête et intègre dans l'administration marocaine. Il est ingénieur et sa signature permet l'aboutissement de projets de construction. Une position qui attire les pattes graissées et les dessous de table. Mourad reste cependant fidèle à lui-même. Mais être intègre n'est pas toujours facile à vivre, surtout quand on vit dans un système totalement corrompu. Son maigre salaire de fonctionnaire lui permet à peine de faire vivre sa famille. Tous les jours il constate que même ses subordonnées vivent mieux que lui, eux ils acceptent l'argent de la corruption et ne se gênent point d'ironiser sur le train de vie minable de Mourad. De plus, une fois de retour le soir à son domicile conjugal, sa femme, Hlima, ne cesse de lui reprocher son salaire de misère. Elle aussi veut mener une belle vie et essaie de pousser son mari à la corruption. Un beau jour Mourad décide de changer de vie. Il finit par craquer et accepte un pot de vin. Puis bientôt il en arrive un deuxième. Dans un premier temps Mourad commence à bien vivre, il planifie un meilleur avenir pour ses enfants se rapproche de sa cousine aimée Najia, mais il se fait vite rattraper par ses remords. Que deux petits instants et Mourad a trahi les principes de toute une vie. Des remords il en a à un point qu'il en devient malade. Petit à petit il perd ses amis, mais pire que tout, deux mystérieux personnages semblent enquêter sur son compte. Mourad est soupçonné, il est traqué. On l'interroge. Ce petit dérapage se transforme en un immense calvaire pour le pauvre Mourad. Alors que tout ce qu'il désirait c'était faire et être comme tout le monde, être corrompu. Mais est-il donc si difficile d'entrer dans cette tribu?

L'homme rompu aurait tout-à-fait pu, en n'ajoutant que trois lettres, s'appeler L'homme corrompu, car c'est de cela qu'il s'agit. Tahar Ben Jelloun a écrit un livre très simple mais très explicite sur l’intégrité et le pouvoir de l’argent. On suit ainsi les réflexions de Mourad face aux événements, comme une réflexion de l'intérieur sur la corruption de l'être et de la société en général. On nous conte avec brio les tourments des gens qui sont intègres et ont des scrupules dans un evironnement moralement relâché. Tahar Ben Jelloun vise particulièrement la société marocaine, mais son roman s'applique hélas aussi à de nombreuses autres sociétés dans la mesure où la corruption est devenue une calamité aujourd'hui banale aussi bien dans les pays du Sud que dans ceux du Nord.

L'homme rompu est d'ailleurs dédié par Tahar Ben Jelloun à Pramoedya Ananta Toer (06 février 1925 - 30 avril 2006), grand écrivain indonésien auteur de Corruption en 1954 et qui à l'époque de la parution de L'homme rompu vivait en résidence surveillée à Djakarta.

L'homme rompu a obtenu le Prix Méditerranée en 1994.

Pour commander ce livre via Amazon.fr : CLIQUEZ ICI !

Voir également :
- Harrouda – Tahar Ben Jelloun (1973), présentation

- La réclusion solitaire - Tahar Ben Jelloun (1976), présentation

- La plus haute des solitudes - Tahar Ben Jelloun (1977), présentation

- Moha le fou, Moha le sage - Tahar Ben Jelloun (1978), présentation

- L'enfant de sable - Tahar Ben Jelloun (1985), présentation et extrait
- Le dernier ami - Tahar Ben Jelloun (2004), présentation
- Don Quichotte à Tanger - Tahar Ben Jelloun (2005), présentation  

17:52 Écrit par Marc dans Ben Jelloun, Tahar | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : tahar ben jelloun, maroc, litterature marocaine | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!