lundi, 08 octobre 2007

L'immeuble Yacoubian ('Imrat Yaqubyan) - Alaa El Aswany - 2004

bibliotheca l immeuble yacoubian

Au Caire, l'immeuble Yacoubian construit en 1934 l'actuelle rue Talaat Harb (nommé dans le roman par son ancien nom de Soliman Pacha) par le millionnaire arménien Hagop Yacoubian est un symbole de l'ère nassérienne, un véritable vestige d'une splendeur révolue, dont la façade cache mal la réalité contemporaine: une immense misère sociale et morale. Car depuis l'époque de sa construction, ses riches occupants ont pour beaucoup fui le pays lors des nationalisations pour laisser place à une classe sociale bien plus basse. Et petit à petit Alaa El Aswany nous dresse une formidable galerie de personnages des plus hétéroclites qui vivent dans et autour de l'immeuble Yacoubian, le véritable personnage principal du roman. On y retrouve Taha, le fils du concierge qui rêve de devenir mais qui par amertume va se lier à des islamistes, le journaliste Hatem qui vit mal son homosexualité, l'affairiste et politicien corrompu Azzam, le vieil aristocrate Zaki qui est descendant d'une riche famille déchue, la belle Boussaïna qui cherche à travailler honnêtement sans devoir subir l'harcèlement de son patron...

L'immeuble Yacoubian, publié pour la première fois en 2004, est le premier roman de l'écrivain Alaa el Aswany qui lui-même pratiquait le métier de dentiste dans le véritable immeuble Yacoubian. Le roman a immédiatement été un succès à travers le monde arabe, et peu après à travers le monde tout court. Et pour cause le roman est réellement une réussite.
Alaa el Aswany nous dresse à travers son roman un impressionnant portrait de la société égyptienne et arabe d'aujourd'hui en nous décrivant dans son microcosme de l'immeuble Yacoubian tous les maux qui minent cette société et cela en nous expliquant jusqu'aux racines mêmes de ces maux. Et cela il l'écrit dans un style romanesque classique semblable à celui des grands maîtres du réalisme social égyptien, dont par exemple le Prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, auteur notamment de la Trilogie du Caire qui ne se déroule également que au sein d'un seul quartier. Et dans ce microcosme on voit les différentes classes s'affronter sans cesse et dans lequel les rapports, dont les rapports sexuels ressemblent plus à une métaphore de cette éternelle lutte des classes. Et Alaa el Aswany nous mène avec beaucoup de réalisme et d'objectivité, mais aussi avec tendresse et humour, à travers ce monde qui comme finalement partout est fait de petites et grandes misères, de joies, de conflits. Sans tabous aucuns le récit est d'une grande clairvoyance. Alaa el Aswany réussit là un véritable coup de maître.

L'immeuble Yacoubian est un véritable chef-d'oeuvre.

A lire absolument!

 

Extraits : premières lignes

Cent mètres à peine séparent le passage Bahlar où habite Zaki Dessouki de son bureau de l'immeuble Yacoubian, mais il met, tous les matins, une heure à les franchir car il lui faut saluer ses amis de la rue : les marchands de chaussures et leurs commis des deux sexes, les garçons de café, le personnel du cinéma, les habitués du magasin de café brésilien. Zaki bey connaît par leur nom jusqu'aux concierges, cireurs de souliers, mendiants et agents de la circulation. Il échange avec eux salutations et nouvelles. C'est un des plus anciens habitants de la rue Soliman-Pachas. Arrivé à la fin des années 1940, après ses études en France, il ne s'en est plus jamais éloigné. Pour les habitants de la rue, c'est un aimable personnage folklorique, vêtu été comme hiver d'un complet dont l'ampleur dissimule un corps maigre et chétif, une pochette soigneusement repassée et assortie à la couleur de la cravate dépassant de la poche de la veste, son fameux cigare à la bouche - du temps de sa splendeur, c'était un luxueux cigare cubain, maintenant il fume un mauvais spécimen local à l'odeur épouvantable et qui tire mal -, son visage ridé de vieillard, ses épaisses lunettes, ses fausses dents brillantes et ses cheveux teints en noir dont les rares mèches sont alignées de gauche à droite pour cacher un crâne dégarni. En un mot, Zaki Dessouki est un personnage de légende, ce qui rend sa présence attachante, et pas totalement réelle, comme s'il pouvait disparaître d'un moment à l'autre, comme si c'était un acteur qui jouait un rôle et dont on savait qu'une fois la représentation terminée il allait enlever ses vêtements de scène pour reprendre ses habits de tous les jours.

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15:40 Écrit par Marc dans Aswany, Alaa El | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : egypte, alaa el aswany, litterature egyptienne, le caire, romans de societe | |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it!