mardi, 30 octobre 2012

Millenium, tome 1 : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes (Män som hatar kvinnor) - Stieg Larsson - 2005

stieg larsson, millenium, liesbeth salander, mikael blomkvist, litterature suedoise, romans policiers, thrillers, les hommes qui n'aimaient pas les femmesLe journaliste économique Mikael Blomkvist voit sa carrière mise à mal après la publication d’un article attaquant le multimillionnaire Hans-Erik Wennerström, cela par des erreurs inexpliqués dans son enquête qui le font condamner pour diffamation.
Alors qu'il va prendre de la distance avec sa vie et son métier – et aussi pour aller purger une peine de prison ferme –, le riche industriel Henrik Vanger lui confie un travail de la plus haute importance. Officiellement Blomkvist doit écrire une biographie de l'histoire de la puissante famille Vanger. Mais en réalité la véritable mission de Blomkvist concerne un meurtre non élucidé depuis plus de quarante ans, celui de la nièce préférée de Henrik, Harriet Vanger, disparue à l'âge de seize ans. Pour compléter le mystère et susciter la curiosité de Blomkvist, Henrik est provoqué chaque année par un expéditeur anonyme qui lui fait parvenir une fleur sous cadre. De plus, la famille Vanger, composée d'une soixantaine de personnes, semble cacher bien des haines et des secrets. Tous ces éléments sont attrayants et Blomkvist accepte la proposition de Henrik Vanger, aussi parce que celui-ci s'est engagé à lui confier des informations sensibles sur Wennerström, avec lesquels une vengeance sera possible.
Cette enquête va également l’amener à rencontrer Lisbeth Salander, une jeune femme de vingt-quatre ans, plutôt étrange, en total déphasage avec la société dans laquelle elle vit, qui possède le don extraordinaire de découvrir des informations introuvables par des moyens connus d'elle seule. Elle travaille d'ailleurs en freelance pour une société active dans le domaine de la sécurité et sera engagée comme assistante auprès de Mikael dans le cadre de la mission confiée par Henrik Vanger.
Rapidement ces deux enquêteurs vont tomber sur des indices qui risquent de dévoiler un effroyable secret familial, un secret vieux de quarante ans et dont la révélation risque d’être fatale à tout ce monde.

Les trois romans de la série Millenium ont connu un véritable succès à travers l’Europe et au-delà, et cela dès leur première parution. Une histoire habile, une intrigue passionnante et même surprenante, des personnages forts... et surtout un beau coup de marketing se basant sur la mort de l’auteur avant que les trois romans ne soient, ce dernier étant de plus mort d’une façon décrite dans l’un de ses romans... du moins c’est ce qui a été raconté. Méfiant au départ et découragé par le nombre de pages fort important, j’ai tardé à m’y mettre... et cela sans regret. Car la qualité est effectivement là et ce premier roman Millenium, tome 1 : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes s'avère être un polar très réussi. Certains regretteront la présence de nombreuses longueurs dans le livre, qui peuvent tout de même étre justifiés par le fait de donner de nombreux détails à l’histoire et à son contexte, rendant le tout ainsi plus fort. L’enquête est bien menée, l’intrigue se construit admirablement bien. Hélas pour principal défaut, notons tout de même l’absence totale de style littéraire, l’auteur étant journaliste de base et non romancier, cela se sent à chacune des pages de ce roman.

Le roman a été adapté au cinéma dans une production suédo-danoise sous le titre Millenium (Män som hatar kvinnor) par Niels Arden Oplev, sorti en France le 13 mai 2009.
Une autre adaptation suédo-américaine, Millénium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes , réalisée par David Fincher et avec Daniel Craig, est sortie en France le 18 janvier 20125.

Millenium, tome 1 : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes est un polar très réussi et bien passionnant, de la part d’un auteur jusque-là inconnu, et déjà disparu depuis.

A lire !

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Extrait : prologue

PROLOGUE

VENDREDI 1« NOVEMBRE

C'ÉTAIT MAINTENANT devenu un événement annuel. L'homme qui recevait la fleur fêtait ce jour-là ses quatre-vingt-deux ans. Il sortit le paquet de l'enveloppe et retira le papier cadeau. Puis il souleva le combiné du téléphone et composa le numéro d'un ancien commissaire de police qui depuis sa mise à la retraite était installé en Dalécarlie, près du lac Siljan. Non seulement les deux hommes avaient le même âge mais ils étaient aussi nés le même jour - ce qui, vu le contexte, pouvait paraître de l'humour. Le commissaire savait qu'il allait recevoir cet appel après le passage du facteur vers 11 heures du matin, et il prenait son café en attendant. Cette année, le téléphone sonna dès 10 h 30. Il décrocha et ne s'embarrassa même pas des préambules.

— Elle est arrivée, je suppose. Qu'est-ce que c'est, comme fleur, cette année ?

— Aucune idée. Je vais la faire identifier. Une fleur blanche.

— Pas de lettre, évidemment ?

— Non. Rien que la fleur. Le cadre est le même que l'année dernière. Un de ces cadres bon marché à monter soimême.

— Cachet de la poste ?

— Stockholm.

— Ecriture ?

— Comme toujours, des majuscules d'imprimerie. Des lettres droites et soignées.

Ils avaient épuisé le sujet et observèrent le silence, chacun à son bout de la ligne, pendant une bonne minute.

Le commissaire à la retraite se pencha en arrière sur sa chaise de cuisine et suçota sa pipe. Il savait très bien qu'on ne comptait plus sur lui pour poser la question qui ferait déclic, la question d'une folle perspicacité qui jetterait une nouvelle lumière sur cette affaire. Ce temps-là était révolu depuis de nombreuses années et la conversation entre les  deux hommes âgés avait le caractère d'un rituel entourant un mystère que personne d'autre au monde qu'eux n'avait à coeur de résoudre.


LE NOM LATIN de la plante était Leptospermum rubinette (Myrtaceae). Une plante au port buissonnant, relativement quelconque, avec de petites feuilles rappelant celles de la bruyère, et une fleur blanche de deux centimètres, dotée de cinq pétales. Longueur totale : environ douze centimètres. On la trouvait dans le bush et les régions montagneuses de l'Australie, où elle poussait sous forme de grosses touffes herbeuses. Là-bas, on l'appelait désert snow. Plus tard, une experte d'un jardin botanique d'Uppsala allait constater qu'il s'agissait d'une plante rare, très peu cultivée en Suède. Dans son rapport, la botaniste écrivait que la plante était apparentée au myrte d'appartement, et qu'on la confondait souvent avec sa cousine bien plus fréquente Leptospermum scoparium, dont la Nouvelle-Zélande regorgeait. D'après l'experte, la différence consistait en un nombre restreint de microscopiques points roses au bout des pétales, qui donnaient à la fleur une faible nuance rosée. D'une manière générale, la rubinette était une fleur particulièrement insignifiante. Aucune valeur commerciale, pas de vertus médicinales connues, et elle n'était pas hallucinogène. Non comestible, inutilisable comme condiment et sans aucune propriété colorante. Elle avait néanmoins une certaine importance pour les aborigènes d'Australie, qui par tradition considéraient la région et la flore autour d'Ayers Rock comme sacrées. Le seul but de cette fleur semblait donc être de faire agréablement profiter l'entourage de sa beauté capricieuse.

Dans son rapport, la botaniste d'Uppsala constatait que si la désert snow était peu répandue en Australie, elle était carrément rarissime en Scandinavie. Personnellement, elle n'en avait jamais vu mais, renseignements pris auprès de quelques collègues, elle avait connaissance de tentatives d'introduction de la plante dans un jardin à Gôteborg, et on ne pouvait exclure que des jardiniers amateurs et des fanatiques de botanique la cultivent dans leurs petites serres personnelles. La principale difficulté de son acclimatation en Suède était qu'elle exigeait un climat doux et sec, et qu'elle devait passer les six mois de l'hiver à l'abri. Les sols calcaires ne lui convenaient pas et elle avait besoin d'un arrosage souterrain, directement absorbable par la racine.

Elle exigeait savoir-faire et main verte.


THÉORIQUEMENT, le fait que cette plante soit rare en Suède aurait dû faciliter le pistage de l'origine de cet exemplaire mais, concrètement, la tâche était impossible. Il n'existait ni registres à consulter, ni licences à examiner. Personne ne savait combien d'horticulteurs amateurs avaient pu procéder à l'importation aléatoire d'une plante aussi difficile - cela pouvait aller de quelques-uns jusqu'à des centaines de passionnés de fleurs qui avaient accès aux graines et aux plantes. N'importe quel jardinier avait pu les acheter à un confrère sans trace ni facture, ou par correspondance, ou à un jardin botanique n'importe où en Europe. Elle aurait même pu être introduite en Suède au retour d'un voyage en Australie. Autrement dit, identifier ces cultivateurs parmi les millions de Suédois qui possèdent une petite serre ou un pot de fleurs sur un rebord de fenêtre était une tâche vouée à l'échec.

Elle n'était qu'un numéro dans la suite de fleurs mystificatrices qui arrivaient chaque année toujours dans une grosse enveloppe molletonnée le 1e r novembre. L'espèce changeait d'une année sur l'autre, mais c'étaient de belles fleurs et souvent assez rares. Comme toujours, la fleur était pressée, soigneusement fixée sur dû papier à dessin et encadrée sous verre au format 29 x 16.


LE MYSTÈRE DE CES FLEURS n'avait jamais été communiqué aux médias et n'était connu que d'un cercle limité. Trois décennies plus tôt, l'arrivée annuelle de la fleur avait fait l'objet d'analyses - du Laboratoire criminologique de l'Etat, d'experts en empreintes digitales et de graphologues, de criminologues patentés et d'un certain nombre de proches et amis du destinataire. A présent, les acteurs du drame n'étaient plus que trois : le vieux héros de la fête, le policier à la retraite et, naturellement, l'individu inconnu qui avait envoyé le cadeau. Les deux premiers, au moins, ayant atteint un âge plus que respectable, il était grand temps de se préparer à l'inéluctable, le cercle des initiés allait diminuer sous peu.

Le policier à la retraite était un vétéran que les épreuves avaient fortifié. Jamais il n'avait oublié sa première intervention : l'arrestation d'un homme ivre - un mécanicien des chemins de fer -, violent et prêt à mettre en jeu sa vie ou celle de quelqu'un d'autre. Au cours de sa carrière, le policier avait expédié en taule des braconniers, des hommes qui battaient leur femme, des escrocs, des voleurs de voitures et des conducteurs en état d'ébriété. Il avait été confronté à des cambrioleurs, des voleurs, des trafiquants, des violeurs et au moins un dynamiteur plus ou moins malade mental. Il avait participé à neuf enquêtes sur des meurtres ou des assassinats. Dans cinq d'entre elles, le coupable avait lui-même appelé la police, bourrelé de remords, pour avouer être le meurtrier de sa femme, de son frère ou d'un autre proche. Trois cas avaient nécessité des investigations ; deux avaient trouvé leur dénouement au bout de quelques jours et un avec l'assistance de la Sâpo* au bout de deux ans. La neuvième enquête n'avait pas de bases policières solides, c'est-à-dire que les investigateurs savaient qui était l'assassin, mais les preuves étaient si minces que le procureur avait décidé de laisser l'affaire en sommeil. Au grand dam du commissaire, il y avait finalement eu prescription. Globalement, il avait cependant derrière lui une carrière impressionnante, et aurait logiquement dû se sentir satisfait du travail accompli.

Il était tout sauf satisfait.

Pour le commissaire, Y affaire des fleurs sécbées était une épine qui restait plantée - l'enquête frustrante toujours irrésolue à laquelle il avait sans conteste consacré le plus de temps.

La situation était doublement saugrenue, puisque après des milliers d'heures de réflexion, en service autant que hors service, il n'était même pas sûr qu'il y avait eu crime. Les deux hommes savaient que l'individu qui avait collé la fleur séchée avait utilisé des gants, on ne trouvait d'empreintes ni sur le cadre ni sur le verre. Ils savaient qu'on ne pouvait absolument pas remonter à l'expéditeur. Ils savaient que le cadre était en vente dans des magasins de photos ou dans des papeteries du monde entier. Il n'y avait tout simplement aucune piste d'investigation à suivre. Et le cachet de la poste changeait toujours ; le plus souvent il était de Stockholm, mais trois fois de Londres, deux de Paris, deux de Copenhague, une fois de Madrid, une de Bonn et une fois, la plus intrigante, de Pensacola, Etats-Unis. Alors que toutes les autres villes étaient des capitales, Pensacola était un nom tellement inconnu que le commissaire avait été obligé de chercher la ville dans un atlas.


APRÈS AVOIR RACCROCHÉ , l'homme qui fêtait ses quatrevingt-deux ans resta un long moment sans bouger à contempler la belle mais insignifiante fleur australienne dont il ne connaissait pas encore le nom. Puis il leva les yeux vers le mur au-dessus du bureau. Quarante-trois fleurs pressées y étaient accrochées, encadrées sous verre, formant quatre rangées de dix fleurs chacune et une rangée inachevée de quatre tableaux. Dans la rangée supérieure, il en manquait un. La place n° 9 était béante. La désert snow allait devenir le n° 44.

Pour la première fois, cependant, quelque chose se passa qui rompit la routine des années précédentes. Tout à coup, et sans qu'il s'y soit attendu, il se mit à pleurer. Il fut lui-même surpris par cette soudaine effusion sentimentale après près de quarante ans.

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Présente édition : traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, éditions Actes Sud / Babel, 4 janvier 2012, 705 pages
ISBN-10: 2330004990 / ISBN-13: 978-2330004996

Voir également :
- Millenium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Flickan som lekte med elden, 2006), présentation et extrait

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